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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:39

CINQ FOIS CRIFO

 

Une sélection de cinq romans de Thierry Crifo...

 

« OBSESSION ELLE » (2004, Coll.Rail Noir)

En prison pendant quatre ans, Marc Voisin n’a pas cessé de penser à Eléonore. C’est à cause de son amour pour elle qu’il a été détenu. Il en sort aujourd’hui. Personne ne l’attend dehors. Ill ne veut pas être hébergé par des amis, refusant leur pitié. Dans le bus, à la gare, il retourne à la vie réelle. Dès ce premier jour, son but est la rue du Commerce. Eléonore habitait là ; elle y vit encore. Marc s’installe à l’hôtel Zola, au 2e étage, juste en face de chez elle, de la fenêtre de sa chambre.

Il y a quatre ans… Marc attendait Eléonore à la Gare de Lyon. Il lui offrait un voyage vers le Sud et le soleil. Elle n’était pas au rendez-vous. Bien qu’elle fut injoignable au téléphone, Marc ne paniqua pas : un malentendu, sans doute. Elle avait laissé sur le répondeur de Marc un message de rupture, pas hostile mais définitif. Il chercha à comprendre, la relança par courrier, rôda autour de chez Eléonore. Un soir, il s’énerva devant sa porte. Il frappa avec violence un voisin voulant le calmer. Ce sentiment d’abandon, il tenta de l’expliquer à son procès. La jeune femme n’y assista pas. On le décrivit comme immature et narcissique. Marc ne se pensait pas possessif : Eléonore l’avait trahiundefined, alors qu’il l’aimait... Il n'en a pas fini avec Elle...

En 2002, Thierry Crifo publia la nouvelle « Retour de flamme » dans le recueil « Billets brûlés » (Baleine). Voici une version longue de ce texte. Le sujet est simple : une brutale rupture. Mais, pour en évoquer les circonstances et les effets, l’auteur nous présente un récit subtil. Une histoire sombre et psychologique, très réussie. Le style personnel de Thierry Crifo ne manque pas d’une belle originalité.

 



« J’AIME PAS LES TYPES QUI COUCHENT AVEC MAMAN » (2004, Le Masque)

Bénédicte est une ado de 14 ans et demi, qui en paraît 18. Elle affiche un look gothique, tête rasé, vêtements informes masquant un joli corps qu’elle refuse. Son père est décédé depuis 8 ans. Elle vit avec sa mère, femme active. Plutôt, elles se croisent dans le même appartement. Souvent, elles ne se parlent que par messages téléphoniques. Parfois, Béné rencontre chez elles les amants de sa mère. Elle déteste ces « gros ventres » venant sauter sa mère dans « la chambre à niquer ». Béné voudrait une maman comme Meryl Streep, pas une telle salope... éné est attirée par les femmes. Elle aime sa copine Rosy, fiancée avec Marco. Et la belle Leïla du bar lesbien Chez Nénette. Et aussi Fanfan, batteuse d’un groupe hardcore.

Béné sait depuis 4 ans que son père s’est suicidé. Sa mère le lui avait caché. Une fois, Béné incendia la voiture neuve d’un amant de sa mère. Avec le même type, elle simula plus tard une agression sexuelle. Malgré un non-lieu, il ne s’en est jamais remis. Solitaire, Béné fait des films. Avec sa caméra, mais surtout dans sa tête. Bénédicte a disparu. Absente, sa mère alerte tardivement la police...

L’esprit tourmenté d’une ado habitée de profondes rancœurs n’est pas facile à décrire. Ce très beau portrait dépasse le simple « mal de vivre », exprimant toute la complexité de la jeune Bénédicte. Outre la psychologie, l’auteur propose aussi un subtil suspense autour de la disparition de l’héroïne.

 

« FEMMES DANS LA VILLE » (L’idée Bleue, 2006)

Recueil de deux nouvelles.

Les portes de la liberté. Maryse, 40 ans, sort de prison après trois ans de détention. Elle redécouvre la normalité, le plaisir d’un repas dans une brasserie et d’une après-midi sensuelle avec le serveur. Le soir, elle prend le train pour Paris. Elle remarque une jeune fille suspecte, qui dérobe bientôt le portefeuille d’un homme âgé. Maryse l’oblige à le rendre. Le vieux monsieur la remercie. A la gare Montparnasse, la jeune voleuse a été arrêtée. On désigne Maryse comme témoin. Elle refuse de dénoncer la fille. Vu sa situation, Maryse risque d’être impliquée. La policière qui l’interroge est compréhensive. L’avenir de Maryse s’annonce heureux…

Marguerite et les dimanches. Marguerite, 79 ans, est veuve depuis quelques mois. À Saint-Mandé, son appartement est bien ordonné. Restant très active, elle aide volontiers le voisinage. Elle a de vieilles copines, fréquente la Maison de Quartier. Elle participe à des activités théâtrales. M.Bertrand, l’animateur, l’attire plus que ce vieux dragueur de Gustave. Pour Marguerite, le dimanche est sacré. Ce jour lui rappelle tant de souvenirs liés à son défunt mari, Ernest. Et puis, il y a la coiffeuse et le marché. Ce dimanche-là, elle ne se réveille pas dans son état normal. Sortie hâtivement, elle ne retrouve plus ses repères. Marguerite est perdue…

Deux textes qui expriment une fois encore un réel plaisir d’écriture, caractéristique chez Crifo. Très réussis, ces portraits de femmes décrivent un moment majeur de leur existence. Deux histoires sensibles, attachantes, de belle qualité.

 

« FLAMBEUR » (Editions Le Passage, 2006)

Flambeur n’est pas n’importe quel quidam dans la foule anonyme. Il appartient à l’aristocratie des joueurs. C’est un as de la roulette, un champion des casinos, un roi des grosses mises. Les jeux d’argent sont toute sa vie. S’il perd, s’il doit retourner à un quotidien sans attrait, il n’existe plus. Dès qu’il en a de nouveau les moyens, quitte à s’endetter un peu, le frisson du jeu l’envahit. Sa destination préférée, c’est la Station Balnéaire. On y fait des efforts de promotion pour attirer la clientèle, en particulier les amateurs de jeux de hasard. Selon son rituel, Flambeur s’installe, se prépare. Au casino, il jauge les autres joueurs, flaire l’atmosphère. Il est dans son univers.

L’excitation monte. Flambeur sait gérer ses pulsions, pour que la chance soit avec lui. Des échecs, des déconvenues, il en a connu : cette fameuse course hippique qui pouvait lui rapporter le pactole, si le 4e n’avait été battu d’un rien ; ce « Tapis Vert » qu’il rata à cause du stress. Jouer à la Station Balnéaire, où se côtoient vacanciers, miss d’un jours, seniors, amants en week-end, autochtones commerçants : les sensations sont ici bien plus fortes. Près de Flambeur, ce Crétin gagne et frime, sans l’impressionner. Flambeur calcule et théorise. S’il est en veine, si la tactique est bonne, cette fois ce sera un coup magistral...

Ce très beau « portrait d’un joueur » n’est certes pas une histoire criminelle. Pourtant, le jeu assassin détruit la vie de Flambeur, héros solitaire et pitoyable qui se marginalise. Thierry Crifo peaufine ses descriptions des personnages ou de la Station Balnéaire. Le tableau n’est pas figé. L’action progresse par petites touches, ver l’inéluctable destin de Flambeur.

 

« PATERNEL A MORT » (Le Masque, 2006)

Cadre supérieur parisien surmené, le père de Sophie se montre exagérément protecteur avec sa fille majeure. Inventant des prétextes à ses absences, il passe des nuits entières à surveiller Sophie en cachette. Il admet mal que sa princesse intouchable, sa « liebellule », vive sa propre vie. Trop nerveux, il est parfois violent avec des inconnus. Il en oublie même l’anniversaire des 23 ans de Sophie. Son petit ami, ce Fred à barbichette fils de médecins, il ne l’aime pas du tout. Pourtant, Sophie et Fred déménagent pour habiter ensemble. Le père rôde autour du nouveau domicile de sa fille.

Il néglige sa femme Marthe et leur cadette Marie, 13 ans. Après de sévères disputes conjugales, Marthe pourrait bien se laisser tenter par le beau Marco, un copain de Fred. Sophie est heureuse dans son nid douillet pour petit couple normal. Epanouie, elle pense déjà à un bébé. Son père rumine ses souvenirs dans l’ancienne chambre de sa fille. Il écoute en boucle cette cassette qu’elle enregistra pour lui à 12 ans. Sa collègue Elisabeth “La Louve” cherche à le séduire : premier essai raté en club échangiste, puis rendez-vous au Lutetia qui se termine encore plus mal. Son idée fixe est incompatible avec le sexe. Son décalage avec le monde réel se creuse toujours davantage....

Il s’agit du magnifique portrait d’un père stressé, possessif à l’extrême, qui dérape jusqu’à l’inévitable drame. Ce récit noir, empreint de schizophrénie, est finement raconté. Des personnages fort glissant sur une pente fatale...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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