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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 07:12
 

Avocat au barreau de Paris, Emmanuel Pierrat dirige un cabinet spécialisé dans le droit de la propriété intellectuelle. Sans être lui-même auteur de polars, il est bien connu dans ce milieu pour avoir défendu quelques éditeurs ou romanciers. Après avoir publié aux éditions First “La Justice pour les nuls”, il nous présente aujourd’hui, toujours chez First, “Les grandes énigmes de la Justice”. Ce sont ici une douzaine d’énigmes qui sont retracées. Des cas célèbres comme celui d’Omar Raddad ou de la réhabilitation de Seznec, mais aussi des affaires sordides ou douteuses. Car il est vrai que méthodes d’enquête ou témoignages incertains, acharnement policier ou lynchage médiatique, troublent parfois des dossiers judiciaires déjà compliqués.

Avant la sortie, le 2 juillet 2009, de “Les grandes énigmes de la Justice”, voici (en exclusivité pour Action-Suspense) un extrait de ce livre d’Emmanuel Pierrat.

L’affaire de la rue des Chrysanthèmes

L’affaire de la rue des Chrysanthèmes reste assez peu connue. Elle contient pourtant tous les ingrédients de la parfaite énigme judiciaire, où se mêlent sexe, bar à voyous et ombre du bagne.

Pierre Bouchet exerce la profession de menuisier-ébéniste. Il a 37 ans en 1969 lorsqu’il est accusé du meurtre de sa maîtresse, Joséphine Gardil, tuée chez elle à La Rochelle, au 3 bis, rue des Chrysanthèmes. Dans le quartier de Saint-Éloi, chaque rue porte le nom d’une fleur. Pierre Bouchet avoue devant le juge d’instruction, et se rétracte devant la cour d’assises.

La scène du crime

C’est au début du mois de novembre 1969 que le cadavre de Joséphine Gardil est découvert, par son locataire, gisant dans le garage de son pavillon. Cette veuve, mère de deux enfants, âgée de 57 ans est gérante du bar La Cabane, ouvert tard le soir et notoirement fréquenté par la pègre. Lorsqu’on trouve son corps, la tenancière de La Cabane est morte depuis quatre jours, soit dans la nuit du 2 novembre, un dimanche.

Une clé à molette, sur laquelle a séché le sang de la victime mêlé à quelques cheveux, est abandonnée à proximité du corps. Elle ne porte plus ses chaussures, elles aussi posées tout près du cadavre. Comme à son habitude, une fois fermé l’établissement dont elle s’occupait seule, elle avait enfourché son cyclomoteur et était rentrée chez elle.

Premières investigations

Le commissaire Léridon et l’officier de police Bruneau prennent l’enquête en main. Le juge Faucillon est, quant à lui, chargé de l’instruction. Entre autres faits troublants, les enquêteurs relèvent que le chien de Joséphine Gardil n’a pas aboyé. Il est sagement resté enfermé dans le garage où est morte sa maîtresse, ce qui accrédite la piste d’un familier des lieux. Et rien n’a été volé.

En revanche, l’état de la cuisine témoigne d’une certaine activité dans les instants qui ont précédé ou suivi le meurtre. L’attestent de la cendre de cigarette, un verre et une bouteille de whisky, ainsi que des traces de vomissure – comme il en a été observé dans le garage et dont l’« origine » a été attribuée au chien.

Yannick Aubrée est gardien de la paix. Partageant l’inquiétude d’un des locataires de Joséphine Gardil, qui ne l’a pas vue depuis trois jours, il pénètre dans le garage de la tenancière de La Cabane et trouve son corps sans vie étendu par terre.

Pour compliquer ce ténébreux tableau, Joséphine Gardil loge parfois des individus connus des services de police pour leurs points communs avec une part, non négligeable, de la clientèle interlope de La Cabane. De plus, la police est aussi au fait que la victime noue de fréquentes relations intimes avec des hommes rencontrés dans son établissement. Enfin, Joséphine Gardil a déjà été la cible de vols, chez elle et à La Cabane. Ses demandes pour obtenir un permis de port d’arme sont chaque fois restées vaines.

L’autopsie fait apparaître six plaies sur le crâne, causées par des coups portés avec une extrême violence. De nombreux fragments osseux sont détectés autour de la morte. Rapidement, les soupçons de Léridon se focalisent sur deux fréquentations de la victime, dont on sait qu’elles ont eu maille à partir avec elle.

Il s’agit d’Armand Fayolle, parti sans régler son loyer, et de Jean-Claude Duverney-Prêt, ancien légionnaire et quelque temps amant de Joséphine Gardil. La réputation d’agressivité furieuse dont s’accompagnent les beuveries du second n’est plus à faire. D’ailleurs, Joséphine Gardil se méfiait de lui. Il a disparu depuis plusieurs mois quand survient le crime ; toutefois, il a été aperçu par des voisins à peine quelques jours auparavant.

L’enquête s’intéresse aussi à d’autres familiers de l’entourage de la victime, qu’ils soient des habitués de La Cabane ou de son domicile de la rue des Chrysanthèmes.

Plus concrètement, Tabet Farouk, qui s’est inquiété au bout de soixante-douze heures après la disparition et en a fait part à l’agent Aubrée, déclare aux enquêteurs que Joséphine Gardil lui avait confié ses craintes d’être un jour menacée par son dernier amant en date, un dénommé Pierre Bouchet, alias Pierrot. Et peut-être même, « plus que menacée »…

Bouchet est en quelque sorte un morceau de choix. À 37 ans, il a été condamné à treize reprises ! Tabet Farouk et lui se sont connus au pénitencier de Saint-Martin-de-Ré, où ils avaient tous deux été relégués. Bénéficiant d’une libération conditionnelle, Pierre Bouchet sort en décembre 1968, et retrouve Farouk à La Rochelle, au centre d’accueil dit L’Escale.

Ce dernier présente Joséphine Gardil à son ancien camarade de prison. Ils ne tardent pas à devenir amants. Puis Bouchet entame une autre liaison avec une jeune femme, une certaine Françoise Laurent, qui a rencontré le menuisier- ébéniste en juillet 1969, dans un bar où il jouait de la guitare, et en est tombée instantanément amoureuse.

Lorsque les policiers l’interpellent, le 11 novembre 1969, il est chez elle. Et c’est encore elle qui lui sert d’alibi pour la nuit du meurtre. Le problème avec cet alibi est qu’il est infirmé par les deux filles qu’a eues Françoise Laurent avec le rejeton du maire de la ville… La jeune femme n’a pas tellement d’autre solution que de renoncer à sa version et d’admettre que Bouchet ne partageait pas son lit ce soir-là (…)”

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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commentaires

Institut pour la Justice 16/03/2013 21:05

J'ai bien aimé ...
L'auteur apporte une lumière sur de grands procès mais aussi sur des histoires moins connus tel que le meurtre de la rue des chrysanthèmes. Ce livre doté d'une solide bibliographie tente d'apporter
un autre regard face à un système judiciaire qui semble peu à-même de se remettre en cause malgré certaines réhabilitations.

Claude LE NOCHER 17/03/2013 06:21



Bonjour


Je vous recommande également "Crime et Justice en Bretagne" : http://action-suspense.over-blog.com/article-annick-le-douget-crime-et-justice-en-bretagne-89657682.html 


Amitiés, Claude Le Nocher



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