Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 06:22

S’il y a un livre qui suscite un enthousiasme tout particulier, c’est bien “L’affaire de Road Hill House”, de Kate Summerscale, aujourd’hui réédité chez 10-18. Ce n’est pas exactement un roman, mais une reconstitution soigneuse vraiment remarquable, à tous points de vue passionnante, tant sur le plan historique que judiciaire. Un livre de qualité supérieure!

Le crime a lieu dans la nuit du 30 juin 1860 à Road Hill House, propriété située aux confins du Wiltshire et du Somerset. Le petit Saville Kent, à peine quatre ans, fils du maître des lieux, Mr Kent, a disparu. Élizabeth Gough, sa nurse, donne un peu tardivement l’alerte, croyant l’enfant dans la chambre de sa mère. On découvre bientôt le cadavre de Saville dans des latrines proches. Il a été égorgé et mutilé. Si une fenêtre du salon a été entrouverte, il est possible mais improbable que le meurtrier soit venu de l’extérieur. Soupçonnant vivement la nurse, les enquêteurs locaux voient d’un mauvais œil l’arrivée d’un détective de la police londonienne.

Âgé de 45 ans, Jonathan “Jack” Whicher est un détective confirmé, appartenant à l’élite de la police. Observateur attentif ne manquant ni de sagacité, ni d’instinct, Jack Whicher ne tarde pas à reconstituer l’évidence des faits. L’hypothèse impliquant Élizabeth Gough ne repose sur rien de tangible. Par contre, l’organisation familiale est ici particulière. Après le décès de sa première épouse, Mr Kent s’est remarié avec leur ancienne gouvernante. Whicher remarque que les enfants du second mariage sont mieux traités que les aînés, du premier. Si le jeune William Kent est très affecté par le meurtre de son demi-frère, sa sœur Constance parait bien moins touchée.

À 16 ans, Constance Kent possède un caractère indifférent, et même durement volontaire. De précédents incidents le démontrent. Elle ne s’est jamais attaquée publiquement au petit Saville, mais l’aimait peu. Whicher s’intéresse à une chemise de nuit manquante, celle de Constance, qui a pu être tachée de sang. Des amies de la jeune fille témoignent qu’elle aurait la force de tuer. Mais, faute de preuve, et grâce au plaidoyer d’un excellent avocat, Constance est libérée sous caution. C’est un fiasco pour Whicher. L’hostilité des policiers locaux, les rumeurs visant la nurse et Mr Kent, les campagnes de presse de plusieurs journaux favorables à Constance, sont cause de cet échec.

L’affaire enflamme le pays. Malgré tant de cas avérés d’infanticides, le public pense Constance innocente. On préfère penser que la nurse avait un amant, Mr Kent ou un voisin, formant avec un couple de meurtriers. De retour à Londres, Whicher et ses collègues reçoivent quantité de lettres, exposant des hypothèses variées, rarement sérieuses. Le détective reste convaincu de ses conclusions. Quelques années passent. La famille Kent a déménagé. Constance passe d’un collège de Dinan (en Bretagne) à un établissement dirigé par un religieux, le révérend Wagner. En 1864, Whicher prend sa retraite, devenant détective privé.

L’année suivante, des aveux relancent cette mystérieuse affaire…

Il s’agit donc d’une histoire criminelle bien réelle, retracée avec une magnifique précision par Kate Summerscale. On comprend que toute la Grande-Bretagne fut captivée par ce cas, ce qui entraîna quelques vives polémiques. Le rôle des détectives de la police fut contesté. On rappela l’inviolabilité du foyer anglais, fondement de la société victorienne. On développa les positions psychologiques de l’époque. Mais, surtout, cette affaire inspira les plus brillants romanciers, tels Wilkie Collins ou Mary Élizabeth Braddon. Même Charles Dickens fut troublé par ce dossier, admirant les détectives tout en défendant l’accusée. La formule “Ça se lit comme un polar” est bien faible pour exprimer la qualité de ce livre.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
commenter cet article

commentaires

bene 18/09/2009 18:57

Un livre qui m'a bien troublé. J'ai adoré!!

Claude LE NOCHER 18/09/2009 20:53


D'habitude, c'est moi qui conseille ou suggère des livres aux autres, aux lecteurs. Là, c'est un ami écrivain (Hervé Jaouen) qui me l'a chaudement recommandé. Moi
aussi, j'ai été non seulement troublé, mais fasciné de me trouver "en présence" d'un des tous premiers vrais enquêteurs de Scotland Yard (qui ne se trompait pas). On comprend que cette affaire
criminelle ait passionné les Anglais de l'époque, y compris les romanciers ! Ce "Coup de coeur" (comme toujours) est destiné à un livre qui le mérite largement, selon moi.


Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/