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18 septembre 2010 6 18 /09 /septembre /2010 06:03

 

Une histoire d’enlèvement ? Rien de plus classique dans le polar. Pourtant, le troisième roman d’Andrea Maria Schenkel renouvelle astucieusement le thème. Bunker vient de paraître dans la collection Actes Noirs…

Il a espionné sa voisine de l’immeuble d’en face, cette Monika qui déambulait souvent nue chez elle. Il a même visité son appartement, dérobant une photo. Ce vendredi après-midi, il fait irruption dans l’agence où elle est employée. Dans la confusion, Monika pense qu’il s’agit d’un hold-up, seule raison plausible de l’agression. L’homme la maltraite, l’assomme sans doute. Après un moment d’incompréhension, elle sombre dans un état comateux. Quand Monika se réveille, elle est nue dans une pièce à l’étage d’un moulin délabré. Elle parvient finalement à se libérer de ses liens, espérant s’enfuir. Son ravisseur, elle juge que c’est un rustre et un connard. Réagir, Monika y pense, mais sa volonté n’est pas assez forte. Il lui donne à manger, l’enferme seule dans la pièce.

SCHENKEL-2010Et si tout ça avait un rapport avec Joachim, qui hante ses rêves ? La photo volée chez elle datait de leur enfance, un cliché où Monika posait avec lui. Elle se remémore cette époque, se souvient de Hans. C’était l’idiot du village, celui dont les gamins se moquaient cruellement. Il voulait pourtant faire partie de leur bande. Le plus méchant avec Hans, ce fut assurément Gerold. Grande gueule jouant au meneur, il répandit de sales rumeurs au sujet de Hans. Quand un drame se produisit au village, il fut immédiatement suspect. Qu’est-ce qu’il est devenu ? Ils ont dit qu’il était fou. Hôpital psychiatrique à perpétuité (…) L’affaire était claire, pourquoi aurait-on continué à en parler ? La captive imagine que son ravisseur n’est autre que Hans, sorti prématurément. D’ailleurs, des détails physiques et comportementaux lui rappellent cet enfant, l’idiot du village.

Pour l’homme, qui a subi la prison, ce moulin est un refuge. Il y a là le souvenir de son père, brutal, qui enfermait sa mère dans la pièce à l’étage où se trouve Monika. C’est au moulin que le ravisseur développa son goût pour l’aventure. Il se souvient encore du projet délirant de son père, construire ce bunker. Mal conçue dans un terrain inadapté, cette cave fortifiée s’avère inutile... Est-ce le choc qui rend sa prisonnière hagarde, ou est-elle folle ? À cause de brûlures aux mains, Monika devient plus dépendante encore de l’homme. Elle a une pensée pour son patron qu’elle n’aime pas et sa collègue. Monika se doute que personne ne s’est préoccupé de sa disparition. Elle finit par proposer à son ravisseur de piéger son employeur, pour s’emparer de l’argent du coffre-fort…

Certes, il est un peu dommage de présenter un résumé linéaire pour un histoire qui n’est pas si rectiligne. En effet, le découpage scénique est nettement plus fin et habile. Chaque protagoniste raconte sa version de la séquestration, narrations parallèles assorties de leur état d’esprit et de réminiscences d’enfance. L’atout principal, c’est évidemment la psychologie de Monika et du ravisseur. Doit-on y voir une variante du Syndrome de Stockholm ? Pas exactement, car on trouve ici plus d’introspection que d’affinités entre eux. S’ils se rejoignent, c’est par leur caractère solitaire, voire indifférent. Au fil du récit, nous suivons également l’intervention des secours. Savoir qui ils essaient de sauver, voilà un aspect supplémentaire du suspense. Un roman court, subtil et captivant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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cynic63 24/09/2010 08:26


Salut Claude,
Eh bien!!! Je vois qu'on est "raccords" sur l'analyse: effectivement, on a bien du mal à saisir les motivations du ravisseur. Par contre, je te rejoins totalement sur l'écriture et j'ai beaucoup
aimé, également, la plongée dans l'esprit de Monika, pas si victime que cela...
J'en parlerai demain d'ailleurs
Amitiés en retour


Claude LE NOCHER 24/09/2010 10:08



Salut-bis,


Y a qu'une seule explication au fait que nous soyons "raccords" : nous lisons tous deux les livres le plus scrupuleusement possible. En essayant d'en comprendre
le scénario, et sa finalité. Ainsi que "l'intention de l'auteur" (je ne sais si on inculque encore ce vieux principe aux étudiants). Or ici, on constate que l'intention de l'auteur ne porte pas
sur les motivations, mais sur les caractères et la psychologie profonde des deux protagonistes.


"Monica, pas si victime que ça" dis-tu, avec raison. La 4 de couv' évoque le syndrome de Stockholm, mais l'auteure est plus habile et nuancée que ça. La
complexité de son état d'esprit est, à mon sens, extrêmement bien vue.


Peut-être quelques exemples de séquestrations en Autriche et en Allemagne l'ont-ils inspirée. Natacha Kampush et autres victimes répondaient en effet à un "état" où
la soumission n'était sûrement pas la seule explication.


Court roman, mais bien des choses à retenir sur "Bunker".


Amitiés.



cynic63 24/09/2010 01:50


Bonjour,
J'ai plutôt trouvé ça pas mal ce Bunker. Pas le livre du siècle évidemment mais surtout, ce que j'ai apprécié, c'est la langue, l'écriture elle-même. Après, pour l'intrigue, il y a des petites
lacunes quand même...


Claude LE NOCHER 24/09/2010 06:59



Salut Cynic,


Effectivement, plus que l'intrigue, c'est la construction du récit et l'écriture qui m'ont aussi fait aimer ce (court) roman. Sur les "petites lacunes", c'est sans
doute le manque de motivations claires du ravisseur qui gêne un peu. Par contre, la "rencontre" des deux personnages est bien exprimée. Chef d'oeuvre, peut-être pas, mais un roman qui laisse une
bonne impression.


Amitiés.



millgram 18/09/2010 17:26


le seul bunker que j'apprecie c'est edward!!


Claude LE NOCHER 18/09/2010 17:39



Certainement, Millgram ! Mais Edward Bunker (1933-2005, auteur de "Aucune bête aussi féroce", "La bête contre les murs", "La bêt
au ventre", "Les hommes de proie", seulement quatre romans - aussi noirs de noirs soient-ils) n'écrira plus. Or, ce sont les talents actuels que je m'efforce de présenter, la plupart du temps.
Cela dit, quelqu'un qui aime "I love rock'n'roll" et Joan Jett ne peut pas être tout à fait mauvais, cher Millgram...


Amitiés.



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