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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 05:52

 

Le nouveau roman de Boston Teran vient de paraître. Le credo de la violence (Le Masque, août 2010) mérite une lecture attentive. C’est beaucoup mieux qu’un roman noir historique ordinaire.

Au Texas en 1910, Rawbone est un bandit criminel âgé de quarante-cinq ans. Égoïste et cynique, cet aventurier a souvent tué. Soit pour subsister, soit pour la patrie, car il fut un temps soldat lors de la guerre à Manille. Aujourd’hui, il s’empare par la ruse d’un camion censé transporter du matériel technique, éliminant les chauffeurs. Le véritable chargement, ce sont des armes. Sachant qu’au Mexique, la révolte devient violente, il pourra trouver des acheteurs. Ses contacts dans le pays l’y aideront. Mais, à cause d’une rencontre le hasard à El Paso, son plan va être compromis. Il ne connaît pas ce jeune agent fédéral de vingt-trois ans au service du juge Knox, nommé John Lourdes. Ancien ouvrier des chemins de fer, sa rigueur lui a permis d’obtenir ce poste d’enquêteur. À El Paso, alors que des émeutes secouent le Mexique voisin, John Lourdes surveille les mouvements frontaliers. C’est ainsi qu’il remarque les allers et venues de Teresa, jeune fille sourde exploitée par ses proches pour quelque trafic. Quand il reconnaît Rawbone, il le fait arrêter par les services du juge Knox.

Masquant ses origines, John Lourdes est le fils d’une pauvre Mexicaine immigrée à El Paso et d’un homme qui les a abandonnés, Rawbone. Le fils se garde bien de dire la vérité à son père. TERAN-2010Même quand ils sont obligés de collaborer. En effet, l’avocat de Rawbone négocie avec le juge l’impunité de son client. En échange, celui-ci doit livrer au Mexique le camion d’armes, en compagnie de John Lourdes qui fera un rapport sur le trafic. Quand le duo fait une pause afin de récupérer le camion dans un village abandonné, ils sont attaqués par une bande dont fait partie le père de Teresa. Leur riposte est explosive. Dans les papiers des morts, John Lourdes trouve des cartes commerciales au nom d’un certain Merrill, de la Standard Oil. Quand il s’agit de passer clandestinement le Rio Bravo, Rawbone supprime rapidement les douaniers. Les deux hommes arrivent à Juárez, où ils dissimulent le camion d’armes chez un ami de Rawbone.

Le consul des Etats-Unis leur précise la position non-interventionniste de leur pays dans les affaires mexicaines. Mais un propriétaire terrien local rétorque qu’ils sont là pour se garnir les poches. Sur un film d’actualités, John Lourdes ne tarde pas à identifier les protagonistes manipulant la politique du Mexique. Après une bagarre avec un des contacts de Rawbone, il est temps de quitter Juárez, d’autant que John Lourdes est blessé. Poursuivre la mission apparaît plus que dangereux. Pourtant, le fils incognito et son père s’intègrent au camp du Dr Stallings. Avec le camion darmes, ils se joignent au convoi ferroviaire à destination de Tampico. Périlleux trajet où le train est plusieurs fois stoppé, victime de sabotages, ou attaqué, car la révolution est en marche. John Lourdes y retrouve la jeune Teresa avec d'autres femmes. Quand ils se trouvent isolés en plein désert à deux cent kilomètres de Tampico, est-ce une bonne chose que de se rendre sur ce site ravagé par l'exploitation pétrolifère ?...

 

Certes, on peut lire ce roman à la manière d’une road-story d’époque, ou d’un western crépusculaire mettant en scène des antihéros animés d’une sombre rivalité père-fils. D’ailleurs, il est fait allusion à Abel et Caïn, le mauvais père existant pour la valorisation du fils honnête. Ce qui nous donnerait déjà un bon roman aux péripéties animées. Cette lecture est insuffisante lorsqu’il s’agit d’un auteur déjà chevronné comme Boston Teran. Son propos est nettement plus subtil, plus actuel.

Les Etats-Unis n’ont pas construit leur puissance sur des bases propres et saines. La légende veut que des pionniers à l’esprit pur et volontaire en aient fait une nation influente, le massacre des Indiens et la ségrégation raciale n’étant qu’un détail. En réalité, c’est en développant son impérialisme financier soutenu militairement que ce pays a imposé sa domination. À l’aube du vingtième siècle, avec l’essor de l’industrie florissante, le pétrole fut un des principaux vecteurs de la maîtrise du monde. Qu’importe la démocratie dans un pays recelant du pétrole dans son sous-sol, l’essentiel a toujours été de protéger les enjeux financiers américains, dans cet esprit dominant. La révolution mexicaine de 1910 perturbe, mais inquiète peu les intérêts des compagnies. Elles engagent autant de mercenaires qu’il en faut pour se défendre. Des hommes sans scrupules, ni états d’âme, tels que Rawbone sont les meilleures recrues.

Garder la propriété des puits de pétrole dans un pays en guerre, cette situation pourrait bien nous rappeler en grande partie celle d’Irak. L’auteur préfère la référence historique à une simple adaptation contemporaine. BlackWater de nos jours, Agua Negra à l’époque, les mercenaires sont toujours là. Comme notre duo, les pauvres bougres égarés dans ce genre de conflits doivent posséder autant de force que de cynisme ou d’indifférence pour traverser les épreuves et sauver leur peau. Au mieux, ils finissent ignares et fauchés tandis que la suprématie des Etats-Unis continue à s’affirmer. Seuls quelques-uns profitent de l’application pratique de la stratégie.

Dès que l’on s’interroge sur l’intention de l’auteur, ce suspense offre des qualités dépassant le simple roman d’aventures. Cent ans plus tard, le monde n’a guère changé, sinon en pire…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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commentaires

Paul Maugendre 26/08/2010 09:54


Bonjour Claude
Tu as raison, au delà de l'histoire romanesque, il faut aussi chercher les fondements historiques et cela n'est pas toujours joli, joli. Comme en France les ouvrages consacrés au colonialisme,
comme Soupe tonkinoise de Jan Thirion
Amitiés
Paul


Claude LE NOCHER 26/08/2010 10:18



Salut Paul,


Boston Teran a l'intelligence de ne pas dénoncer brutalement, mais de nous amener progressivement à comprendre le parallèle. Les pays puissants ne s'impliquent pas
que pour exercer une influence politique, mais bien pour tirer profit de la situation (voir la France et le pétrole du Gabon). Quant à l'aspect para-militaire, Bob Denard et ses branquignols
n'étaient que des mercenaires à l'impact relatif, comparés aux armées de la société BlackWater protégeant les intérêts américains en Irak. Quant à notre colonialisme tonkinois, cher au
non-regretté Bigeard, il n'y avait pas assez de fric à glaner pour que nos successeurs US s'éternisent au Vietnam... Derrière les péripéties du roman, il y a ici un vrai contexte donnant matière
à réflexion.


Amitiés.



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