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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 05:34

 

Il n’est pas habituel que j’accorde un Coup de Cœur a un roman ancien. Pourtant La bête de miséricorde de Fredric Brown le mérite plus que tout autre. Il est disponible en format poche dès le 3 novembre 2011, aux Éditions Points.BROWN-2011

 

À Tucson, en Arizona, au milieu des années 1950. Ayant découvert un cadavre étendu dans son jardin, John Medley téléphone à la police. Les enquêteurs Frank Ramos et Red Cahan arrivent bientôt sur place. Reçus courtoisement par John Medley, ils n’ont aucune raison de suspecter ce retraité âgé de cinquante-six ans. Installé ici depuis six ans et demi, cet homme cultivé vivant seul pratique de temps à autre des opérations immobilières régulières. Il possède un revolver mal entretenu, qui n’est certainement pas l’arme du crime. Un mauvais hasard a conduit cet inconnu à mourir sur son terrain, voilà tout.

Un meurtre, sans doute, mais on ne peut pas totalement exclure le suicide. Frank Ramos ne tarde pas à identifier le mort, même si ça mérite confirmation d’un témoin, le père Trent. Le prêtre reconnaît bientôt un de ses protégés, Kurt Stiffler.

La vie n’a pas épargné Stiffler. Né en Allemagne à l’époque nazie, il a vécu après guerre au Mexique, avant de s’installer depuis peu en Arizona avec sa femme et leurs trois enfants. Le père Trent lui trouva un emploi dans une entreprise de bâtiment dirigée par un Allemand d’origine. Stiffler étant de santé fragile, on lui attribuait des tâches simples. Quelques semaines plus tôt, il a perdu toute sa famille dans un accident de voiture. Il restait hanté par ce drame impossible à surmonter. Voilà pourquoi l’hypothèse d’un suicide apparaît également plausible. Si Frank Ramos éprouve une troublante obsession concernant John Medley, son supérieur le capitaine Pettijohn est assez d’accord avec Red Cahan pour chercher une autre explication. D’autant que Medley n’a pas le moindre lien avec Stiffler.

Ramos et Red Cahan interrogent le patron du défunt, la désagréable secrétaire, le contremaître et l’ensemble des ouvriers de l’entreprise. Ils confirment l’état dépressif de Stiffler et ses horaires. Par l’épicier de quartier où se fournissait la victime, les policiers obtiennent de minces indices. Ramos ne croit toujours pas au suicide, l’homme étant croyant, bien que ce soit possible. À condition de positionner l’arme de manière très particulière, et d’être capable d’expliquer la disparition du revolver en question. Tandis qu’Alice, l’épouse de Ramos, s’éloigne de son mari, Red Cahan va trouver l’amour auprès de la jeune et belle voisine de Medley, Caroline. Ayant rencontré John Medley, le capitaine Pettijohn est sûr de son innocence. Il souhaite que Frank Ramos cesse de le traiter en suspect…

 

Datant de 1956, ce livre figure parmi les classiques du roman noir. Beaucoup de lecteurs se souviennent certainement de l’édition de 1980 dans la collection Le miroir obscur, chez Néo, réédition de la version française publiée en 1967 chez Dupuis. C’est dans une nouvelle traduction, due à Emmanuel Pailler, qu’il est désormais proposé.

La bête de miséricorde frise la perfection. La construction du récit, à plusieurs voix, est d’une merveilleuse habileté. Dans cette affaire criminelle, nous avons sous les yeux un suspect : Tu pensais que c’était un psychopathe, non ? Les dingues n’ont pas besoin de mobile. Si, Alice. Ce n’est pas forcément un mobile logique, mais ils en ont un répond Frank Ramos. Oui, c’est bien la subtilité des motivations de l’assassin sur laquelle bloque l’enquête de police.

Quand on est flic, on voit tout le côté moche, tout le gâchis que les gens font de leur vie et de celle des autres dit encore Ramos. C’est là l’autre grand atout de l’histoire, la précision avec laquelle les protagonistes nous sont présentés, leur caractère si proche de la réalité humaine. Y compris dans le vécu personnel des enquêteurs, pas si anodin. Nul besoin de longues descriptions pour rendre crédibles ces personnages, le style narratif de Fredric Brown étant d’une remarquable souplesse. L’auteur ne manque pas d’une certaine ironie, non plus. Évidemment, le dénouement sera moral, mais il faut en noter la finesse. Un roman noir à redécouvrir !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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commentaires

pierre Bondil 18/12/2011 18:55

Gilles Morris-Dumoulin est quelqu'un que je pourrais peut-être contacter, mon frère ayant soigné quelqu'un de sa famille. Il faudrait que je voie ça...

Claude LE NOCHER 18/12/2011 20:28



J'avais l'adresse de Gilles Morris-Dumoulin (dans le 5e, je crois), mais le plus sûr serait de demander à notre camarade Paul Maugendre. Moins bordélique que moi,
l'oncle Paul a certainement ça dans ses précieuses et riches archives.


Amitiés.



pierre Bondil 18/12/2011 17:27

Précisions d'autant plus précieuses qu'elles sont mal connues. Merci, Claude, j'en ferai part à de récents contacts australiens qui s'intéressent de très près à tout cela, aux raisons, au sens et à
la nécessité des retraductions. Le polar n'est pas seul en cause. Je pourrais donner des exemples chez Steinbeck, Faulkner, Styron...
Amitiés
pierre

Claude LE NOCHER 18/12/2011 18:13



Je ne suis hélas plus en contact avec Nicolette, l'épouse de Brice Pelman/Pierre Darcis, mais ce serait vérifiable auprès d'elle. Toujours en activité, Gilles
Morris-Dumoulin pourrait aussi témoigner des contraintes qu'il a connu dans les années 1950-60 aux Presses de la Cité.


Amitiés.



pierre Bondil 18/12/2011 13:11

Il y a des années que je rêve de retraduire un Fredric Brown car je l'admire énormément, il a un ton, un humour très particulier, et au moins un chef d'œuvre à son actif, "Le Fille de Nulle Part",
l'équivalent du "Laura" de Preminger dans la littérature tout court. Il faut dire qu'une grande part de son œuvre a été traduite par Gérard de Chergé, ce qui est un gage de (grande) qualité.
Damned, je suis encore passé à côté. On peut signaler que dans le texte antérieur de "La Bête de miséricorde", il devait manquer environ UN TIERS du roman;
Amitiés

Claude LE NOCHER 18/12/2011 16:24



On incrimine toujours Marcel Duhamel, mais il ne fut pas le seul massacreur de traductions.


Le regretté Brice Pelman m'a jadis raconté que Pierre Nord était intraitable : les traductions de sa collection "L'aventure criminelle" chez Fayard devaient tenir en
220 pages maxi. Or, les romans d'un Andrew Garve ou d'un Bruno Fischer étaient nettement plus "copieux" que ça. Comme l'opération se faisait en deux temps, Nicolette l'épouse de Brice
Pelman/Pierre Darcis assurant la stricte traduction, il s'arrangeait pour ne pas "perdre" trop de passages. Sachant que, dans le même temps, il fallait tant soit peu améliorer le niveau de
ces romans bien foutus mais au style assez plat, c'était évidemment d'une grande difficulté.


Amitiés.



dominque 19/10/2011 11:12


et bien a la lcture de tous ces louanges
j'y vais de ce pas, il y a un moment que je me tatais, d'ailleurs je commence à a voir mal aux c ....
ok je m'en vaissssssssssssssssssss


Claude LE NOCHER 19/10/2011 11:50



Tu es d'une exquise finesse, Holden ! Change pas, c'est comme ça qu'on t'aime...


Quant à Fredric Brown, m'étonnerait pas que tu deviennes aussi vite accro que nous z'autres.


Amitiés.



One More Blog in the Ghetto 19/10/2011 08:48


Hello Claude.
Moi aussi, c'est avec enthousiasme que je me joins à ce concert de louanges pour Fredric Brown. Tous les livres cités dans les commentaires précédents, oui, à lire! J'y ajoute perso un roman un
brin expérimental, paru lui aussi en son temps chez les géniaux de Neo, "La chandelle et la hache". Brown est effectivement le maitre absolu de la short short story (Ah, oui! "Fantômes et
farfafouilles": quelle inventivité!!).
Je vénère pour toujours cet auteur qui m'a permis la transition de la SF au polar (avec, moi aussi, R.Bloch).
Coïncidence amusante, j'ai commencé à lire hier "Rouge gueule de bois", de Léo Henry, dont le personnage principal est... Fredic Brown himself!! J'espère en reparler plus tard.
Lisons et relisons Brown.
Amitiés


Claude LE NOCHER 19/10/2011 09:32



Bon, il va falloir que je fouille dans mes titres de chez NéO pour faire le point et mettre en vue mes F.B. avant de les relire. On risque bien d'en reparler dans
les semaines à venir, donc. Déjà, j'ai bien fait de relire "La bête de miséricode" et de l'évoquer ici, je crois !


Amitiés.



Serge 31 19/10/2011 02:12


Salut Claude.
Puis-je me joindre au concert de louanges? Sans risquer la fausse note, entonnons aussi "La nuit du Jabberwock" (réédité pas bien longtemps en Rivages Noir) et "La Belle et la Bête" en Série Noire.
Et Fredric Brown s'avère le maître du consensus puisque je suis d'accord avec Max ("La fille de nulle part" est son chef d'oeuvre et le plus sensationnel roman à chute que je connaisse) et Paul
(oui, rien n'est à jeter dans son oeuvre). A l'occasion, Claude, lis ses nouvelles, dont beaucoup de "short short stories", soit des textes ultra courts, comme ceux rassemblés dans "Fantômes et
farfafouilles", dont je livre ici, à toi et tes visiteurs, le tout dernier intitulé:

"F.I.N.

Le Professur Jones potassait la théorie du temps depuis plusieurs années déjà.
- J'ai trouvé l'équation-clé, dit-il un jour à sa fille. Le temps est un champ. Cette machine que j'ai construite peut agir sur ce champ, et même en inverser le sens.
Et, tout en appuyant sur un bouton, il dit: 'Ceci devrait faire repartir le temps à rebours à temps le repartir faire devrait ceci, dit-il bouton un sur appuyant en tout, et.
- Sens le inverser en même et, champ ce sur agir peut construire j'ai que machine cette. Champ un est temps le. Fille sa à jour un dit-il, l'équation-clé trouvé j'ai.
Déjà années plusieurs depuis temps du théorie la potassait Jones Professeur le.

N.I.F."


séitima... euh, pardon, amitiés


Claude LE NOCHER 19/10/2011 07:18



Salut Serge


Ah ah ah, un texte très FIN, en effet !!! Merci.


Oui, cette génération d'auteurs faisait preuve d'une belle inventivité. Peut-être que c'est ce qui nous manque parfois à nous autres, vieux lecteurs, dans une partie
de la production actuelle (saluons Sébastien Rutès et son original "Mélancolie des corbeaux"). Comme répondu à Max, j'avais lu chez NéO deux recueils de nouvelles. Il me semble que "120 heures de
cauchemar" se composait d'ailleurs d'un court roman et de nouvelles. Paul a plusieurs fois pesté contre les pavés de 500 pages et plus. Je suis d'accord avec lui :  on peut
exploiter d'excellents sujets sous forme de nouvelles, de romans bien moins longs !


Amitiés.



Max 18/10/2011 22:58


Bonsoir Claude,
Sans oublier, pour ce qui est de Néo, le génial "Crépuscule des stars" de Robert Bloch, "La mort en gros sabots", de Bardin, et d'autres.....
Les années 70/80 ont été pour moi fertiles en grands bouquins....
Pour en revenir à Fredric Brow, il est l'auteur prolifique de remarquables nouvelles, tant en polar qu'en SF.


Claude LE NOCHER 19/10/2011 07:08



Salut Max


Robert Bloch, grand auteur en effet. Chez NéO, parmi les Français, il y eut aussi les premières oeuvres de Marc Villard. On n'en finirait pas de vanter les romans de
qualité publiés à cette époque par le couple Oswald (NéO) et par F.Guérif (chez Red Label).


Si ma mémoire est bonne, j'ai lu quelques-unes des nouvelles de Fredric Brown dans "120 heures de cauchemar" et un autre recueil dont j'ai oublié le titre.


Amitiés.



Max 18/10/2011 10:02


Ah, Fredric Brown !! Un de mes auteurs favoris, découvert (pour ce qui est du polar, je connaissais déjà ses 5 bouquins de SF parus en Présence du futur) avec les 7 ou 8 bouquins parus en Red
Label, dont "La fille de nulle part", peut-être son chef-d'œuvre, puis les Néo. J'ai aimé aussi la série des Ed et Ham Hunter, ses nombreux recueils de nouvelles, en fait beaucoup de choses....
Fredric Brown, un très grand !


Claude LE NOCHER 18/10/2011 11:14



Bonjour Max


Red Label et Le Miroir obscur (Néo), des collections "mythiques" ! Surtout de grands plaisirs pour les lecteurs de romans noirs. C'est toujours avec émotion que je
pense à "Méchant garçon" de Jack Vance, paru dans ces deux collections. Aux romans d'Howard Fast, à ceux du regretté Pierre Siniac, et à toutes ces perles du noir qui y furent publiées. Je
connais mal les nouvelles (qu'on dit remarquables, aussi) de Fredric Brown - et pas du tout son oeuvre SF. Oui, voilà un écrivain à placer au Panthéon des meilleurs auteurs populaires.


Amitiés.



Oncle Paul 18/10/2011 09:16


Bonjour Claude
Oserais-je écrire que tout Brown, Fredric, est à lire ? Oui et il me reste d'excellents souvenirs passés en sa compagnie. Alors les éditions Points vont-ils en rester là ? Souhaitons que non.
Amitiés


Claude LE NOCHER 18/10/2011 09:22



Salut Paul


C'est évidemment la re-traduction récente (par Emmanuel Pailler chez Moisson Rouge) qui amène ce regain d'intérêt. J'avais lu Fredric Brown dans la collection NéO, à
l'époque. Excellent souvenir, en effet. On a beaucoup vanté David Goodis (normal), mais d'autres tel Fredric Brown méritent d'être redécouverts et appréciés d'un lectorat actuel, à
l'évidence !


Amitiés.



Pierre FAVEROLLE 18/10/2011 07:17


Salut Claude, je vais le lire, celui là, je vais le lire, je vais le lire, je vais le lire ! Amitiés


Claude LE NOCHER 18/10/2011 07:31



Salut Pierre


Eh oui, celui-là c'est vraiment un incontournable, un délice, un chef d'oeuvre du roman noir.


Amitiés.



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