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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 06:10

 

Le roman de J.Eric Miller “Décomposition” ne se sera disponible qu’à partir du 20 mai 2010, dans la collection Domaine Policier chez 10-18. Néanmoins, comment résister à le chroniquer dès maintenant, tant cette road-story est remarquable ?

Elle a environ vingt-cinq ans. Elle conduit une Ford Mustang. Comme beaucoup de gens, elle fuit La Nouvelle-Orléans menacée par l’ouragan. Direction le nord et l’ouest, vers Seattle. C’est là-bas qu’elle espère retrouver George, son ancien amant, un type bien avec lequel elle peut prendre un nouveau départ. Dans le coffre de la Mustang, elle transporte le cadavre de son amant actuel, Jack. Elle l’a assassiné la veille. Peut-être est-elle encore sous son emprise, car elle ne parvient pas à se séparer du corps. En quittant brusquement George pour Jack, elle croyait avoir trouvé le prince charmant. Celui qui lui ferait oublier le passé, ses parents et la mort de son petit enfant, Danny Boy. Écrivain et enseignant, Jack avait l’arrogance de ceux qui se pensent supérieur. Pour le sexe, il était toujours prêt. Ça ne lui déplaisait pas à elle. Là encore, ses exigences cyniques allait loin dans la dépravation. Avec lui, ce ne fut pas le conte de fée attendu.

MILLER-2010Dans une station-service, elle entreprend de libérer les poules convoyées dans un camion. Les conséquences sont cataclysmiques. Elle recueille une des volailles, qu’elle baptise Petite Poule. Elle explique sa situation à cette compagne de voyage, qui parait l’écouter. Puis elle fantasme sur un beau flic de la route, qui a l’air d’apprécier la beauté de la jeune femme. Il ne tarde pas à la contrôler pour excès de vitesse. Elle l’imagine homosexuel, et le plaint. Tout en roulant, les souvenirs de Jack et de George lui occupent l’esprit. Elle finit par s’assoupir au volant, embourbe sa voiture, mais parvient à poursuivre son voyage. Elle fait une pause dans un motel. C’est là qu’elle va devoir se séparer de Petite Poule. Quant à se reposer, dormir sans avoir fait l’amour avant, impossible pour elle. De temps à autre, elle ouvre le coffre, vérifiant la rigor mortis de Jack. L’odeur du corps devient forte, mais un peu de déodorant masque la puanteur.

Elle trouve le moyen de réparer l’œil de Jack, qui a été picoré par Petite Poule. Elle s’aperçoit qu’elle passe non loin de chez ses parents. Elle n’a aucune envie de les revoir. Néanmoins, elle y retourne comme pour tourner la page. Ça ne pouvait pas finir autrement que par une dispute, évidemment. Quand arrive le troisième jour du voyage, elle se trouve aux abords d’un lac. Si le destin les a conduits là, c’est sans doute pour qu’elle jette son amant dans l’eau. Pourtant, elle y renonce : “Le lac semble si calme et si beau, et Jack est sale et infect. Je ne crois pas qu’il soit bon de les mettre en rapport.” Elle doit sembler pitoyable aux gens qui la croisent, car un homme lui offre un sandwich et un peu d’argent. “J’ai un peu le tournis, sans doute à cause de l’odeur et de l’altitude. Du manque de sommeil et de tous ces kilomètres” se dit-elle. Malgré tout, elle continue son trajet, rêvant encore de rejoindre George…

Une road-story conduisant sagement les lecteurs du point de départ à l’arrivée ne serait guère palpitante. Logiquement, notre héroïne traverse bon nombre de mésaventures, sans se départir de son candide optimisme : “Certes, je suis un peu sale. Certes, je suis fatiguée (…) Mon petit ami est dans le coffre de ma voiture alors qu’il devrait être enterré. Tout ça est vrai. Et alors ? Je me regarde dans le miroir, avec ma robe neuve qui dévoile mes jambes et accentue ma taille et mes seins, et je me trouve à nouveau jolie. Je sais que ce voyage va être pénible, mais je vais y arriver. Je ne sais même pas où habite George exactement, mais je le trouverai.” Puisque selon elle, tout se répare, son conte de fée prendra forcément la bonne tournure. Entre-temps, elle ne se prive pas d’évoquer, avec excitation et en détail, ses relations sexuelles très chaudes avec le défunt Jack. On sourit énormément à la lecture de son histoire. On le fait sans moquerie, car cette pauvre fille larguée est pathétique. Assez déjantée aussi, interprétant le monde à sa manière. Juste à côté de la réalité, en somme. Sur un tempo vif, le récit s’avère captivant, enthousiasmant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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commentaires

Margotte en noir 12/06/2010 11:51


Bonjour,
J'ai une dernière remarque à faire concernant le message affiché sur mon blog par la jeune lycéenne. Entre travail et obligations diverses, je n'ai pas pensé à en parler hier... J'ai trouvé
vraiment surprenant que vous parliez de cette personne sans vous adresser directement à elle. Vous en parlez sur votre blog sans lui permettre de vous répondre directement, c'est une drôle de
manière de procéder ! Personnellement, lorsque j'ai quelque chose à dire à quelqu'un, je m'adresse directement à cette personne (donc, sur un blog, j'écris là où je sais qu'elle peut me lire). Je
vais donc donner un avis même je ne peux répondre à sa place ! Je pense que cette jeune personne manque non de "savoir-lire" mais de "savoir-dire". Pour le savoir-lire, j'ai même tendance à penser
que l'enseignement littéraire a été bien dispensé ! Elle dispose de capacités critiques, de capacités d'argumentation et sait se distancer des courants dominants et du politiquement correct : un
bon point ! Quant au savoir-dire, l'âge est peut-être l'une des explications....
Cordialement, Margotte


Claude LE NOCHER 12/06/2010 16:13



Chère Margotte, bonjour !


J'ai brièvement évoqué ce propos insultant (qui m'a choqué), que vous avez vous-même oté de votre blog, comme je le fais ici si ça se produit. Par principe
d'ailleurs, je ne polémique pas sur les sites des autres avec un tiers intervenant, depuis que j'ai perdu mon temps à raisonner quelqu'un qui était de mauvaise foi. Vous l'aurez compris, j'admets
des opinions contraires, pas agressives (c'est bien inutile, je crois). Le cas de cette personne ne m'intéresse donc pas.


Est-ce que "se distancer des courants dominants et du politiquement correct" suffit à déterminer sinon la qualité d'un roman, du moins un certain degré d'intérêt ?
Vaste question à laquelle ma nullité en philosophie ne me permet pas de répondre. La vrai capacité critique, selon mes critères, consiste à lire un ouvrage avec bienveillance s'il le mérite, avec
le recul nécessaire s'il est moins convaincant, à l'abandonner s'il est nul. La bienveillance est, à mon avis, un rempart contre la complaisance.


L'étiquette "Roman noir" fait aujourd'hui partie de ces "courants dominants politiquement corrects" (avec sa part de socio-réalisme pas toujours crédible) tout comme
l'étiquette "Thriller" auprès d'un (grand) public différent. Jamais je ne lis un roman en fonction de ces vrais-faux labels, mais parce que j'éprouve un plaisir à les lire.


Et c'est le message que je fais passer ici chaque jour...


Amitiés.



Margotte 11/06/2010 18:33


L'avantage de cette affaire, c'est que je me replonge avec délice dans les mésaventures de R&B (Ken Buren)... qui eux me font franchement rigoler. Cordialement, Margotte


Claude LE NOCHER 11/06/2010 20:15



Etant moi-même un des admirateurs de Ken Bruen, qu'il s'agisse du duo R&B, de ce diable d'alcoolo de Jack Taylor, ou de ses autres romans, je ne peux
qu'approuver. La "dérision assumée" de ses personnages (c'est encore la cas avec "Brooklyn Requiem", son nouveau roman), me réjouit également.


C'est aussi toute la difficulté de l'humour dans un contexte de roman noir qu'on pourrait poser, somme toute. Bien évidemment, décrire un loser congénital, un tueur
à gages raté, un serial killer pathétique, un assassin sans le vouloir, etc... devrait nous faire sourire à chaque fois. Notre perception + la tonalité de l'auteur = convaincus ou
pas.


Mais, dans l'ensemble, on s'amuse plutôt bien, non ?


Amitiés. 



Margotte 11/06/2010 13:18


Je suis d'accord avec vous concernant le commentaire que je vais d'ailleurs supprimer (mon blog n'est pas modéré). En revanche, concernant "l'inventivité", je pense au contraire que l'auteur surfe
sur des obsessions courantes : la fascination pour le morbide et le sexe. L'alliance des deux, par un grand auteur, peut-être dérangeant, questionner, provoquer l'imaginaire. Ici, cela m'a paru
(mais cela reste bien sûr un ressenti tout à fait personnel) d'un banal tel que je me suis posée la question de l'utilité d'une telle démarche. Pour conclure, je n'ai pas trouvé dans cette oeuvre
de quoi me nourrir, ni même d'ailleurs de quoi me couper l'appétit...


Claude LE NOCHER 11/06/2010 14:55



Il est certain qu'on ne perçoit pas toutes et tous d'une manière unique la provocation ou, je préfère dire : le décalage. Certes, J.Eric Miller "se contente" de
décrire la perception du monde par une jeune fille "larguée", se croyant romantique alors qu'elle privilégie le sexe, refusant de se séparer de son amant mort. C'est le portrait d'un cas, pas
d'une génération par exemple. Encore que, je me suis laissé dire que pas mal de jeunes américaines n'étaient pas spécialement équilibrées, se prenant pour des héroïnes de séries télé ou de
magazines peoples.


Ce roman est (à mon humble avis) à lire davantage au second degré, humoristique, que tel un roman noir sociétal, bien sûr. Si l'on cherche un réalisme, ça ne peut
convenir. Enfin, je conçois totalement que le ressenti de chacun(e) soit différent à la lecture d'un roman qui, c'est le cas, force volontairement sur la caricature (côté sexe et
morbidité).


Amitiés.



Margotte en noir 10/06/2010 23:03


J'ai de mon côté trouvé ce livre d'une pauvreté stylistique à pleurer, sans parler du fond (que je cherche encore...). Si la provocation se limite à cela, il y a du soucis à se faire !


Dujardin 30/04/2013 11:44

Oh oui quelle chance d'aimer lire !

Claude LE NOCHER 30/04/2013 11:28

Il m'arrive parfois, moi aussi, d'être déçu par certains romans - ou nettement moins enthousiaste. Mais, oui, le plaisir de lire reste essentiel pour les passionnés que nous sommes.
Amitiés.

Dujardin 30/04/2013 10:50

En ce qui concerne "la morale" ce mot n'est pas totalement approprié avec ce que j'attendais du roman. Il est vrai que le terme le plus adapté à ce roman est "une moralité de l'histoire" puisque le résumé parle d'un conte de fée..... en parlant en ces termes, je ne parlais pas de votre critique mais uniquement de mon attente personnelle et rien de plus.

Je vous souhaite encore d'excellents moments de lecture car au fond.... ce qui compte le plus .... c'est le plaisir de lire.

Amitiés

Claude LE NOCHER 30/04/2013 10:32

Bonjour "Dujardin"
Je confirme que ce fut (pour moi) un vrai "Coup de Cœur". Après les multiples réponses et échanges autour de ce roman, je ne tiens pas à épiloguer. Juste, je reprécise que la notion de "savoir lire" concernait une lycéenne, à laquelle ce roman ne s'adressait peut-être pas (et qui eut un commentaire agressif). Quant à chercher une "morale", elle ne se trouve certes pas dans le dénouement (relisez ma conclusion). Ceci étant éclairci, je n'oblige personne à partager mon avis positif sur les romans "décalés".
Amitiés.

Dujardin 30/04/2013 10:19

Coup de cœur ????? ... chacun ses goûts M. Le Nocher à votre tour de ne pas insulter les personnes qui ne partagent votre engouement.
Il ne s'agit pas là d'un "savoir-lire", je pourrai dire la même chose dans l'autre sens mais je m'abstiens car je respecte votre avis qui est à l'opposé du mien.

Pour ma part ce livre est totalement vide et ne mène à rien, n'apporte rien.

J’espérai quelque chose....une fin.... une conclusion....une morale.....mais...le vide.

Heureusement que le roman est court !

Ma conclusion : j'ai perdu mon temps à la lecture de cette ouvrage.

Claude LE NOCHER 11/06/2010 07:52



Bonjour,


Télérama, Lire, et moi-même (avec beaucoup d'autres lecteurs, sans doute) avons adoré ce roman, avant tout pour son humour décalé probablement. Vous avez
parfaitement le droit de n'avoir pas adhéré. D'ailleurs il est possible que cette histoire s'adresse plutôt à des hommes qu'à des lectrices, bien que je n'en sois pas du tout sûr.


Par contre, la réaction d'une lycéenne sur votre site me choque. Parler de "bouse" au sujet de ce livre est insultant et dénote un total manque de "savoir-lire" chez
cette jeune personne.


 Quant à la "pauvreté stylistique" que vous-même évoquez, l'inventivité (provocatrice ou pas) est aussi assimilable à une forme de style, non ? Le fond, c'est
certainement le portrait d'une brave fille qui passe à côté de la réalité, d'une vie plus heureuse.


Je confirme mon "Coup de coeur", ayant passé un excellentissime moment de lecture.


Amitiés.



caroline 14/05/2010 18:19


Oui, un sacré roman noir, j'ai trouvé. Et c'est marrant, j'ai vu cet après-midi qu'un autre de ses ouvrages venait de sortir, ça a l'air spécial...


Claude LE NOCHER 14/05/2010 20:19



Salut Caroline,


Oui, "Défense des animaux et pornographie" est publié aux éditions "Passage du Nord-Ouest" (*). Voilà le lien : http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Defense-des-animaux-et.html Il était annoncé (sous son titre original) dans le
roman chez 10-18. Entre l'extrait du lien et la couv' sixties, ça donne envie. (* je ne connais pas cet improbable éditeur).


"Décomposition" est un de ces romans qu'on entame juste "pour voir" (peu d'info sur l'auteur, synopsis minimal). Et on ne le quitte plus jusqu'au final. Si le cinéma américain était moins en
recherche de spectaculaire, voilà ce qu'il devrait adapter ! Quoique, une version française avec Sylvie Testud - son côté canaille/vulgos, j'suis pas contre).


Sacré "Coup de coeur" dans mon cas, je l'avoue !


Amitiés.



BMR & MAM 11/05/2010 07:28


Ah, joli billet !
Et sans doute joli roman, on va voir ça !


Claude LE NOCHER 11/05/2010 07:31



Bonjour !


Je confirme l'excellence de ce roman quelque peu hors norme. M'étonnerait que ça déçoivent les lecteurs avides d'originalité.


Amitiés.



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