Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
25 juin 2010 5 25 /06 /juin /2010 06:08

 

Pourquoi faut-il rééditer les romans d’Émile Gaboriau (1832-1873) ? Parce qu’il fut l’un des grands initiateurs de la Littérature policière, un des pères du roman d’enquête ? Parce que Conan Doyle s’inspira partiellement de M.Lecoq (L’affaire Lerouge) pour créer le personnage de Sherlock Holmes ? Il est vrai que l’impact de Gaboriau fut international : admiré par Valentin Williams, Fergus Hume, Bismarck, Disraeli ; traduit en Angleterre, en Italie, en Espagne, aux États-Unis ou au Japon ; il fut en France admiré par Hippolyte Taine, Francisque Sarcey, Edmond Locard (le fondateur de la police scientifique), Aristide Briand, André Gide, Jean Cocteau, Joseph Kessel, et même Michel Lebrun.

Ce sont là des arguments historiques, mais les meilleures raisons de rééditer l’œuvre de Gaboriau appartiennent aux lecteurs. Quelles sont les deux qualités essentielles de ses romans ? GABORIAU-2010D’abord, comme son collègue et ami Paul Féval, Émile Gaboriau possède un sens narratif exceptionnel. Qu’il décrive une ruelle mal famée un soir de pleine lune, une réunion de bourgeois plus ou moins aisés, une scène champêtre où plane l’ombre d’un mystère, une altercation entre deux protagonistes, un passage explosif, ou les mille questions qui viennent à l’esprit de l’enquêteur, Gaboriau est toujours juste dans sa manière de présenter les choses. Normal, telle est la fonction du romancier, peut-on répliquer. Non, à toute époque, certains auteurs se bornent à exprimer leur vision de l’histoire. Dans l’esprit de Balzac, Gaboriau montre une version réaliste et humaine de ce qu’il décrit. Le public provincial ne connaît pas les immeubles parisiens ? Il en ausculte les particularités. Les lecteurs populaires n’imaginent pas les cercles de l’aristocratie ou de la haute-bourgeoisie de leur époque ? Il leur montre le véritable aspect de ce monde élitiste. Tout apparaît véridique dans les récits de Gaboriau, grâce à cette fameuse capacité narrative. Les personnages et leurs tourments nous touchent d’autant plus qu’ils sont exprimés sans effets inutiles.

La seconde qualité de Gaboriau, ce sont ses intrigues ouvertes. Comme chez Alexandre Dumas et chez Paul Féval, tous les éléments mis en place et tous ceux ajoutés au fil du récit permettent d’avancer dans le mystère. En résumé, tout peut se produire ! Le héros malchanceux connaît une embellie, forcément de courte durée, car un personnage annexe gâche le précieux moment de bonheur, avant que surgisse un nouvel espoir, encore assombri par un sinistre coup du sort. Tout cela n’a rien à voir avec du mélodrame. Ce sont les vicissitudes d’une vie sociale, les aléas des choix et des fréquentations, les risques d’espoirs probablement déçus, etc. Gaboriau n'est pas le dernier a exploiter ce puissant moteur qu'est la vengeance, thème éternel depuis la Bible jusqu'à notre époque. Autrement dit, ce que nous raconte Émile Gaboriau serait toujours juste de nos jours. Le monde a changé, ses défauts et ses tares sont éternellement présents. Un “Expert” de la police actuelle ferait-il mieux que M.Lecoq ? Techniquement, possible. Dans certains détails liés à la réalité des gens, c’est nettement moins sûr.

Sans doute est-ce pour ces raisons qu’il est bon de republier les romans de Gaboriau. Non pas pour quelques références “historiques”, certes dignes d’intérêt, mais pour la justesse de leur narration et de leurs intrigues. L'Affaire Lerouge, Le Crime d'Orcival, Monsieur Lecoq, La Corde au cou ont été réédités dans la collection Labyrinthes. Le Petit Vieux des Batignolles a été republié aux Éd.Liana Levy). C’est aujourd’hui l’éditeur Pascal Galodé qui prend l’excellente initiative de rééditer La vie infernale, dans un volume de 568 pages. L’œuvre de Gaboriau mérite ce genre d’hommage. Les lecteurs auront raison de redécouvrir ce talentueux romancier.

L’éditeur nous propose ce survol de “La vie infernale”, évidemment impossible à résumer tant les péripéties sont riches… «Dans la soirée du 15 octobre 1869, le Comte de Chalusse est frappé d’une attaque dans le fiacre qui le ramenait à son luxueux hôtel particulier de la rue de Courcelles. La domesticité se précipite, et l’on fait venir le premier médecin qu’on a pu trouver. Celui-ci laisse peu d’espoir à mademoiselle Marguerite, jeune fille de 20 ans que le comte a retirée d’un orphelinat quelques années auparavant, et dont on peut supposer qu’elle est l’enfant naturelle.

Au cours de la même soirée, un jeune avocat de famille très modeste, mais d’un brillant avenir, Pascal Férailleur, est présenté par un soi-disant ami, le prétendu Vicomte de Coralth, dans un tripot mondain tenu par une personne assez équivoque, Lia d’Argelès. C’est en réalité un piège tendu par le Marquis de Valorsay, un viveur criblé de dettes à qui le Comte de Chalusse, ignorant l’état de ses finances, a promis la main de Marguerite avec une dot de deux millions. Cependant, et pour arriver sans encombre à ses funestes fins, Valorsay a décidé d’éliminer Férailleur ; en effet, le jeune avocat et Marguerite éprouvent l’un pour l’autre des sentiments, sans que le Comte de Chalusse ne sache rien de cette chaste idylle.

Férailleur est alors entraîné dans une partie de cartes et, accusé d’avoir triché sans pouvoir prouver son innocence, voit sa carrière désormais brisée. Comprenant d’où provient le coup, il fait croire à tout le monde son brusque départ pour l’Amérique et, avec sa mère, s’installe sous un faux nom dans un quartier éloigné, d’où il va pouvoir, tel Monte Cristo, préparer sa vengeance et sa réhabilitation. Apparences, illusions, faux nez, ce livre plonge le lecteur dans les ténèbres de l’esprit humain ; esprit dans lequel peuvent naître les forfaitures les plus inattendues et pour qui la félonie et la trahison s’avèrent une qualité. Roman de l’argent et du chantage Gaboriau tisse sa toile où il mêle, mais aussi démêle, habilement personnages et traits humains pour donner une fresque révélatrice d’un Paris du Second Empire bientôt à la veille de la Commune, avec ses rues, ses bas-fonds, ses estaminets, sa police, ses hôtels, ses maisons de jeux, son peuple.»

- Le premier tirage de cette édition comporte des coquilles en grand nombre, suite à une erreur. L'éditeur s'engage à compenser ce désagrément, pour toute personne en faisant la demande. - 

Partager cet article

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
commenter cet article

commentaires

ESTUBLIER 28/01/2011 16:17


Ecellente idée que cett réédition et j'ai lu ce roman avec beaucoup de plaisir.
Ce livre est, de plus, une curiosité ; dans ma (longue) vie de lecrice, jamais, au grand jamais, je n'ai rencontré autant de coquilles dans un seul livre : visiblement ce texte a été relu par une
machine et non un correcteur !


Claude LE NOCHER 28/01/2011 17:02



Bonjour,


Vous avez raison : le premier tirage a été une catastrophe sur la question des fautes. L'éditeur m'a expliqué qu'il s'agissait de la version non-corrigée qui, par
erreur, a été retenue. Il s'est engagé à dédommager les personnes ayant subi ce désagrément. Vous avez bien fait de vous manifester. Je vous envoie par message perso ses coordonnées et je
l'avise de ce problème.


Amitiés.



Thierry CHEVRIER 29/08/2010 10:20


Ravi de lire votre excellente présentation de la Vie Infernale. Ex-président de l'AARP (qui édite la revue Le Rocambole), je suis à l'oroigine de la réédition de ce roman, l'un de mes préférés de
Gaboriau, que j'admire. Pour la petite histoire, je connais aussi la personne qui l'a relu avant édition (...) et que nous laisserons tranquille ! Nous préparons pour fin 2011 un beau numéro du
Rocambole sur le père du roman policier. Ce sera ambitieux, nous avons de bonnes sources et une immense envie de mieux le faire connaître. Vous plairait-il d'y participer ? Par l'analyse d'un roman
de votre choix, ou quoi que ce soit d'autre ? Contactez-moi, tous les amateurs de Gaboriau sont les bienvenus pour en parler. Notez par ailleurs que les éditions Omnibus (Presse de la Cité)
préparent pour Mars 2011 la sortie d'un gros volume (que je présenterai) intitulé "Les Enquêtes de Monsieur Lecoq" et qui contiendra 1) L'Affaire Lerouge, 2) Monsieur Lecoq, 3) Le Crime d'Orcival.
Il y aura des reproductions d'illustrations rares, cela devrait être soigné...Au plaisir de vous lire ?


Claude LE NOCHER 29/08/2010 11:24



Bonjour,


Nous avons pu nous croiser, il me semble, au "Salon du roman populaire" d'Elven (56). En outre, un lien avec votre site figure depuis le début ici-même. N'oubions
pas que j'ai collaboré avec un ami de votre association, Alain Fuzelier, pour "L'année de la fiction". Avant cet article, j'en avais consacré un autre à Gaboriau : http://action-suspense.over-blog.com/article-emile-gaboriau-le-petit-vieux-des-batignolles-ed-liana-levi--40480476.html S'il
peut vous servir (ou tel quel, ou dans une version allégée), ce serait très bien. Car je manque quelque peu de temps, hélas, pour relire ce merveilleux auteur, hormis les rééditions donc
l'actualité. Toutefois, restons en contact, je verrai si je peux faire mieux.


--- Par ailleurs, la première version de "La vie infernale" rééditée par Pascal Galodé a connu un problème technique, en voie d'être rectifié au deuxième
tirage. Les lecteurs insatisfaits (on les comprend) obtiendront un bon d'achat de l'éditeur (il me l'a confirmé).---


Amitiés.


 


 



Catherine 16/07/2010 11:38


J'ai été aussi enthousiasmée par cette réédition de La Vie infernale que je suis en ce moment en train de lire. Dommage, tout de même, que la lecture soit parasitée par les coquilles. Le texte n'a
manifestement pas été relu avant impression. Cela va des majuscules ou apostrophes escamotées, à de réelles fautes de grammaire, ou des copier/coller hasardeux. Sur certaines pages, ce sont deux ou
trois fautes à suivre. J'avais commencé à les noter, puis j'ai renoncé face à l'ampleur de la tâche ! Mais qui est cet éditeur ? !!!!!


Claude LE NOCHER 16/07/2010 16:02



Bonjour Catherine,


Je transmets directement vos remarques à Pascal Galodé. D'ordinaire, il soigne la présentation de ses livres. Reste, effectivement, cette excellente initiative de
rééditer Gaboriau, un des précurseurs de la littérature policière.


Amitiés.



mazel 25/06/2010 11:57


oui Paul Féval aussi...
Un grand regret c'est d'avoir perdu tout la suite du "Bossu" dans un déménagement, et jamais retrouvé... me demande si un jour ils seront réédités.
amitié


Claude LE NOCHER 25/06/2010 12:03



Trouver de bonnes rééditions (complètes) de ces auteurs est effectivement incertain. Ce serait aussi vrai pour Ponson du Terrail ("Rocambole") et quelques romans
moins connus d'Alexandre Dumas (souvent amputés, car ces romans -d'abord publés dans les journaux de l'époque- ont connu plusieurs éditions, parfois pas intégrales. Mais je ne vais pas faire mon
p'tit érudit sur la question, c'est un fait connu).


Ah, "Les habits noirs" de Paul Féval. Un de mes grands souvenirs. Et un des romans préférés de Jean-Bernard Pouy (d'où le nom de l'association qu'il a créé avec
Stéfanie Delestré).


Amitiés.



mazel 25/06/2010 11:21


Génial Gaboriau !
As-tu lu "le satyricon"... un petit bijou (mais pas un polar)...


Claude LE NOCHER 25/06/2010 11:51



Le satyricon, oui j'ai lu ce livre voilà bien longtemps. Même si je ne saurais plus en parler, je garde le souvenir d'un très bon moment.


Quant à Gaboriau, et pour moi plus encore Paul Féval, ce sont là des auteurs avec lesquels je ne m'ennuie jamais. Je n'ai pas à me forcer pour en dire du bien
!


Amitiés.



Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/