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13 janvier 2011 4 13 /01 /janvier /2011 06:54

 

S’il existe des polars n’entrant dans aucune catégorie, difficiles à étiqueter, c’est assurément le cas du roman de Heinrich Steinfest Requins d’eau douce, publié aux éditions Carnets Nord en ce début 2011.

À Vienne, l’inspecteur Richard Lukastik n’est pas le plus agréable des policiers autrichiens. Âgé de 47 ans, il loge au domicile de ses parents. Vit avec eux sa sœur, avec laquelle il partage une relation ambiguë. Lukastik est un admirateur du philosophe Wittgenstein, et un mélomane averti. Il possède une curieuse Ford Mustang de couleur dorée, dont l’histoire est assez particulière. Ses manies diverses, Lukastik ne voit pas de raison de les justifier. Pas plus que son regard plutôt cynique sur ses contemporains. Dans son métier de policier, il n’affiche aucune marque de respect pour son supérieur, le commissaire Albrich. Pas de complicité non plus envers son adjoint Jordan, qui a le même âge que lui, ni d’autres membres de la police ou de la gendarmerie. Enquêter selon de stricts critères d’investigation ou scientifiques n’a guère d’intérêt pour Lukastik.

STEINFEST-2011On a découvert un cadavre mutilé dans une piscine au vingt-huitième étage d’un immeuble viennois. Cet homme à l’allure sportive semble avoir été mis en pièces par un requin. Ce que ne tarde pas à confirmer le Dr Paul. Le légiste ne saisit pas le sens de cette mise en scène macabre. Le seul indice retrouvé sur les lieux est une prothèse auditive. Ces appareils étant répertoriés, la police déniche le nom du client en question. Ce serait un certain Sternbach, vivant à Zwettl. Sans leur demander leur avis, Lukastik oblige Jordan et leur collègue féminine de la police scientifique, Boehm, à se rendre immédiatement à Zwettl. Quant à lui, Lukastik rencontre le biologiste marin Slatin. Ce scientifique détestant l’eau lui confirme que la dent animale retrouvé sur la scène du crime appartient à un requin commun. L’hypothèse d’une expérience secrète expliquant la présence inattendue d’un requin à Vienne apparaît pour le moins fragile.

Quand il reçoit un énigmatique appel téléphonique, Lukastik comprend que le couple de collègues policiers est en difficulté à Zwettl. La nuit est déjà avancée quand, ayant passé une sorte de frontière virtuelle, Lukastik arrive à l’Étang de Roland. C’est un petit complexe touristique et commercial dirigé par Selma Beduzzi et son mari. Il exige de rencontrer aussitôt Sternbach, coiffeur très apprécié dans le secteur. Pas plus que Selma, occupée au bar, il n’a vu le couple de policiers ce soir-là. Il est même très étonné des questions de Lukastik.

Le plus naturellement du monde, Sternbach explique avoir acheté la prothèse auditive pour un de ses clients, le caractériel Tobias Oborin. L’homme, un graphologue, est probablement la victime mutilée. Dès le lendemain matin, Lukastik et Sternbach se rendent chez Oborin. La jeune compagne hongroise du graphologue confirme qu’il a disparu. Le policier estime prudent d’éloigner la jeune femme au plus tôt. Sur une indication, Lukastik va retrouver Jordan et Boehm dans le bunker où ils sont prisonniers. Débute alors un jeu du chat et de la souris entre l’assassin et le policier…

 

C’est un surprenant spécimen d’enquêteur que nous présente Heinrich Steinfest. Ni flic chevronné usant d’une méthode sans faille, ni policier perturbé par de lourds souvenirs. Il semblait voir dans le crime et surtout dans son aspect prétendument unique une offense personnelle. Dès lors, il n’avait de cesse de mettre au jour la dimension générale et quotidienne de telle action criminelle spécifique. Voilà quel était son moteur : la volonté de démystification. Dans la mise en œuvre de cet objectif, il manifestait peu d’égards et usait rarement de diplomatie.

Selon quelle logique ce misanthrope poursuit-il ses investigations ? Son bréviaire philosophique est censé l’aider, mais il tâtonne et se trompe, tout en étant sur la bonne voie. La plupart de ses interlocuteurs ne sont pas moins originaux que lui. Bon nombre de scènes prêtent à sourire, un peu comme si le récit s’inscrivait dans une réalité décalée. Par exemple, le complexe touristique de Zwettl se situe dans un décor sans attrait pour des vacanciers. Pour autant, il existe bien une intrigue criminelle, avec indices et pistes, fuite en voiture, et aveux du coupable. Ce roman à l’ambiance hors du commun fait penser à des eaux froides : on hésite à s’y immerger, alors qu’une fois dedans, on s’y baigne avec grand plaisir. Mais gare aux requins !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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commentaires

One More Blog in the Ghetto 14/01/2011 06:59


Claude, étant moi aussi intéressé par les polars d'origine un peu originale, je t'encourage à continuer à fouiner dans le monde du polar sortant des "sentiers battus". J'ai pour le moment été déçu
par le polar autrichien (Wolf Haas), mais ce Steinfest m'a l'air bien intéressant. Noté. Merci pour tes investigations.


Claude LE NOCHER 14/01/2011 07:23



Il est certain que nos envies de découvertes peuvent entraîner d'éventuelles déceptions. Surtout quand on cherche parmi les romanciers méconnus, souvent
injustement, ou dans les premiers romans d'un auteur encore inconnu en France. Et puis, il y a de bonnes surprises. Coté auteurs allémaniques, ce fut pour moi le cas avec Sebastian
Fitzek, maître du suspense. Steinfest, c'est autre chose, un univers ou un état d'esprit pas commun. J'ai l'impression (en espérant ne pas me tromper) que les lecteurs curieux ne seront pas
déçus.


Amitiés.



Oncle Paul 13/01/2011 14:26


Bonjour Claude toujours à la recherche de nouveaux auteurs ?!
Est-ce une traduction ?
Amitiés
Paul


Claude LE NOCHER 13/01/2011 15:25



Salut Paul,


Eh oui, tu me connais, je ne suis pas de ceux qui lisent éternellement le même roman. J'aime les auteurs, Français ou Etrangers, aussi singuliers que possible,
surprenants et plein de talent. Cet autrichien-là, traduit en effet, m'avais bien semblé sortir du lot. Enfin un héros désagréable avec son entourage, rencontrant des gens pas spécialement
sympathiques, aussi peu attachants que lui ! Pas du polar lisse et calibré, ça fait du bien...


Amitiés.



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