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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 05:55

 

Ce n’est pas un roman. Avec le diable raconte une histoire vraie et récente, qui s’adresse assurément aux amateurs de polars.

Natif de Kankakee, petite ville de l’Illinois frontalière de l’Indiana, à une heure au sud de Chicago, James Keene n’était pas un saint. KEENE-LEVIN-2013Il fut élevé par un père qu’il respectait, une force de la nature qui fut agent de police puis pompier, avant de se croire doué pour le business. James Keene se lança très tôt dans des activités lucratives, au point de devenir dans les années 1990 un des principaux dealers de drogue du secteur. Beau mec, sportif, il monta un solide réseau de vente, traitant avec les puissants fournisseurs, se mouillant parfois pour ses amis. Alors que le fric coulait à flots, Keene s’arrangea longtemps pour ne pas se faire prendre. Il dépensa sans compter, aidant financièrement son père nul en affaires qui dilapidait tout cet argent sans se poser de questions. La famille à laquelle ils appartenaient avait beaucoup fréquenté les ripoux en tous genre de la région, il est vrai.

Bien que prudent, Keene était néanmoins pisté par les Stups. On finit par l’arrêter. Au procès, il écopa d’une peine de dix ans de prison. Une éternité, mais il avait le soutien moral de son père. James Keene s’adapta aussi bien que possible dans les prisons où on l’enferma, malgré la menace de gangs violents. Il y côtoya même un authentique tueur de la Mafia et son fils, aussi mafieux et aussi sympa que lui. Quelques temps plus tard, le procureur Beaumont proposa à Keene une curieuse mission en échange d’une large remise de peine. Il s’agissait de trouver le moyen de recueillir les confidences de Larry Hall. Ce tueur en série était incarcéré pour les meurtres de plusieurs adolescentes et jeunes femmes.

Sans doute le principal enquêteur, Gary Miller, était-il parvenu à des aveux. Mais la justice manquait d’éléments, en particulier dans les cas des ados Jessica Roach et Tricia Reitler. Il fallait fournir des preuves, autant pour les familles des victimes que pour établir le crime fédéral. James Keene hésita avant d’accepter la mission. Quand il réalisa que l’état de santé de son père déclinait, il accepta afin de sortir pour être auprès de lui. Larry Hall était enfermé à Springfield, sinistre prison médicalisée dont on ne s’évadait pas. Keene y fut transféré, sans savoir comment il mènerait à bien sa mission. Par hasard, un premier contact eut lieu, qui était nettement prématuré. Un caïd mafieux incarcéré là fit comprendre à Keene qu’il devait éviter toute relation avec les criminels tueurs d’enfants, dont Larry Hall.

Originaire de Wabash, bourgade de l’Indiana, Larry Hall et son jumeau naquirent dans une famille désorganisée. Sa scolarité fut médiocre, avant qu’il n’obtienne un bon job d’agent d’entretien. Ayant beaucoup moins de charisme que son frère, Larry Hall n’avait pas de petite amie. Il traficotait des véhicules anciens, tout en participant à des reconstitutions historiques en costumes. C’est ainsi qu’il adopta un aspect physique façon dix-neuvième siècle. Ces fêtes traditionnelles l’amenant à voyager, il se trouva plusieurs fois près de lieux où des victimes fut agressées et assassinées. Dès son premier interrogatoire, il concède : Parfois, je rêve que je tue des femmes. Mais je crois que c’est juste un rêve. Des documents de sa main attestent d’intentions criminelles, mais pas du passage à l’acte. Au bout de quatre mois à Springfield, James Keene va réussir à apprivoiser Larry Hall…

 

Il s’agit ici d’une histoire qu’on nous garantit absolument vraie. Dans la fiction, romans ou films, les affaires de tueurs en série s’avèrent parfois convaincantes. Encore qu’on prête trop d’intelligence à ces personnages pervers. Certes, ces meurtriers disposent d’un instinct les aidant à passer inaperçus, à ne pas tomber trop vite dans les griffes de la police. Ils ne sont pas si habiles, jouant seulement sur le fait que des enquêteurs tardent à faire le lien entre leurs crimes. Dans la plupart des cas, ce ne sont pas des recoupements de fichiers qui vont les faire repérer, mais l’opiniâtreté d’un ou plusieurs policiers. Dans cette affaire, le flic Gary Miller va se sentir longtemps seul, certains de ses collègues ne voyant en Larry Hall qu’un brave type moyennement équilibré. Un coupable qui évoque des trous noirs au moment de chacun des meurtres, pas facile dans ces conditions de rétablir toute la vérité.

L’idée du procureur Beaumont est assez gonflée, disons-le. Il a bien compris que James Keene est un débrouillard, capable de fine psychologie, l’homme idéal pour faire parler l’assassin. KEENE-LEVIN-2013Par ailleurs, après avoir goûté à l’excès de fric, Keene sait par avance que la suite de sa vie sera forcément différente. Sans doute cherche-t-il, au-delà du marché passé avec le procureur, une forme de rédemption. Il n’en reste pas moins que c’est un défi, sachant qu’un tueur en série ne se livre jamais aisément, d’autant qu’ils ont souvent de la difficulté à formuler les faits. Il ne faut pas considérer ce récit tel une énième histoire sur un serial killer, mais comme un témoignage d’une véritable profondeur.

En effet, ce qui fascine dans ce livre, peut-être davantage que les aveux attendus, c’est le double parcours des protagonistes. Hillel Levin et James Keene ont reconstitué en détail, comme le prouvent une trentaine de pages d’annotations, la vie et l’état d’esprit de l’ex-dealer et du tueur en série. Le contexte est tout aussi scotchant. Par exemple, l’historique de la fort singulière prison de Springfield (Missouri) est aussi passionnant que le reste. Regard extérieur sur l’affaire et implication de l’intérieur se complètent merveilleusement. Il arrive que la réalité, aussi sordide soit-elle, nous apparaisse encore plus captivante que les polars.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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Jeanmi 11/01/2013 18:09

Je pense que les tueurs en série sont intelligents, ils ont ce que j'appellerai le "génie criminel", s'ils avaient un QI d’huîtres comme certains, ils se feraient avoir dès le premier meurtre. Mais
il es vrai que je n'en n'ai rencontré que dans les polars...

Claude LE NOCHER 11/01/2013 18:22



Vaste débat, cher Jean-Michel. S'ils ne commettent qu'un seul meurtre, ce ne sont pas des tueurs "en série". La plupart des spécialistes de la question ne les
considèrent pas comme tellement intelligents. Malins ou joueurs, introvertis fuyant la réalité, mais pas plus futés que la moyenne. Leurs qualités romanesques ou
cinématographiques sont plutôt des inventions de scénaristes, parfois assez peu inventifs, jamais très réalistes. Par contre, ici, les auteurs admettent que les fictions sur les serial
killers se vendent comme des petits pains.


Amitiés.


 



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