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26 novembre 2012 1 26 /11 /novembre /2012 06:02

 

Disponible en poche chez Folio policier, Bluebottle de James Sallis nous permet de retrouver le personnage de Lew Griffin.

SALLIS-2012La Louisiane, dans les années 1970. Le Viêt-Nam venait de se terminer, le grand foutoir en Amérique du Sud et en Amérique Centrale se profilait à l’horizon. Une époque où le mépris racial envers les Noirs reste présent chez les Blancs. Ancien soldat, Lewis Griffin est détective privé à La Nouvelle Orléans. Il a déjà quelques missions réussies à son actif. Lew est l’amant de LaVerne, une prostituée qui n’a pas l’intention de quitter son métier. Le détective est ami avec le lieutenant Don Walsh, un flic qui ne se soucie pas des réactions sur leurs relations. Lew est aussi copain avec le journaliste Hosie, et quelques musiciens locaux. Autodidacte, le détective est un passionné de littérature, qui finira par devenir écrivain, un jour.

Pris dans une fusillade à la sortie d’un club, Lew Griffin est hospitalisé, souffrant de cécité temporaire. Ses amis ne le laissent pas tomber, malgré la convalescence qui s’annonce lente. Lew venait de passer la soirée avec Dana Esmay, journaliste blanche, encore qu’elle ne soit connue d’aucun journal. Ils avaient déjà pas mal bu quand ils furent pris pour cible. Était-ce Lew ou cette Dana, qu’on visait ? Le détective n’est sûr de rien, son cerveau fonctionnant imparfaitement. Alors qu’il est toujours hospitalisé, un éditeur rend visite à Lew. Il voudrait qu’on retrouve l’écrivain Ray Amano, qui vit isolé dans un mobil home, pour un projet de cinéma. Impossible de remplir cette mission dans l’immédiat, pour Lew Griffin.

Le détective quitte brusquement l’hôpital, pour aller s’installer chez LaVerne. Ils vont bientôt subir l’arrivée de Mildred, la mère de Lew, qui passe quelques temps avec eux. Le lendemain de la fusillade, c’est le truand Eddie Bone qui fut refroidi. Bien que les semaines passent, cette affaire-là n’intéresse pas vraiment les flics. Pourtant, il pourrait exister un lien entre la mort d’Eddie Bone et la disparition de Dana Esmay. À peu près rétabli, Lew prend contact avec Joe Montagna, mafiosi notoire, habitué d’un bar où les Noirs ne sont pas les bienvenus. Le caïd Jimmie Marconi a souhaité rencontrer le détective. Ils se connaissent un peu, Lew étant naguère venu en aide à Cathy, la fille de Marconi.

Ce que Marconi lui propose, c’est autant une forme d’entraide que de mener une enquête proprement dite. Le caïd n’aime pas ce sac de nœuds autour de la mort d’Eddie Bone, du cas de la pseudo-journaliste. Et peut-être de la disparition de l’écrivain Ray Amano, sur laquelle Lew va se renseigner également. C’est LaVerne qui, ayant fureté de son côté, va découvrir le cadavre de Dana Esmay dans un bâtiment squatté. Heureusement que Don Walsh peut couvrir LaVerne. Quant au détective, il est sur la piste d’un groupuscule d’activistes blancs. Peut-être basés à Baton Rouge, leur objectif est la suprématie raciale par les armes…

 

Bien sûr, la trilogie consacrée au policier John Turner et les six titres ayant pour héros Lew Griffin classent James Sallis parmi les auteurs de polars, de romans noirs. En réalité, il convient plus simplement de le considérer comme un écrivain, et même un grand styliste. Ici, sa manière narrative décompose ou resitue le vécu de Lew, qui explique : Les fissures subsistantes (et elles sont considérables), je les ai rebouchées de mon mieux avec l’étoupe de l’imagination, au point de ne plus pouvoir distinguer dans ce récit la part d’authentiques souvenirs, de témoignages rapportés et d’inventions personnelles.

Enquête, certes, mais aussi évocation privée quant à la mère instable de Lew, par exemple. Ou la tendresse de LaVerne, compensant le fait que le détective ne croit guère au bonheur. Racontée avec le recul des années, c’est une mise en abyme d’un épisode de son histoire que nous relate le détective. Tel qu’on l’imagine, Lew Griffin est l’alter ego de James Sallis. Il fait aussi penser au remarquable écrivain Chester Himes, vénéré par l’auteur. Car c’est dans une Amérique où les Noirs gardent toujours une certaine marginalité que vit Lew. Loin du polar ordinaire, un roman qui se savoure sans précipitation, pour en goûter toutes les nuances.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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jacques olivier 26/11/2012 20:10

Bjr, trés bel article, je viens de lire le Frelon noir, puis L'oeil du criquet, j'ai dégusté avec Drive mais j'adore Lew Griffin, ce détective apprenti écrivain de Niou OrléAnss, je voulais parler
de ta très bonne remarque sur le style littéraire et sur le fait que ces romans ne se consomment pas, il se dégustent, justement - ou nous font déguster - Blue bottle, je pense à L'arbre à
bouteille ( dans un autre genre, mais Niou orléansss too), de Lansdalle (que tu connais surement) que j'ai beaucoup aimé, aussi, oui ce Blue bottle à l'air encore mieux que mes deux premier
Griffin, qui dèja...
JOB

Claude LE NOCHER 26/11/2012 20:36



Bonsoir JOB


(Dommage, mon passage à Lamballe était trop court pour qu'on puisse se rencontrer, et en plus j'ai raté ma photo de vous/toi, ouais c'est con parfois, on se reverra
j'en suis sûr).


Moi, fan de Joe R.Lansdale, j'ai honte d'avouer que "L'arbre à bouteilles" est le principal titre de lui que je n'ai pas lu. Par contre, concernant James Sallis, je
prévois de relire "Cripple Creek", une histoire de John Turner m'ayant fortement marqué il y a quelques années.


Pour le vieil admirateur de Chester Himes que je suis, Lew Griffin est un prolongement, un complément, grâce à James Sallis. Je ne fais jamais de comparaison
(entre auteurs ou titres d'un même auteur), mais l'introspection ou l'intimité de Lew dans "Bluebottle" me semble de plus en plus complète, en grande partie à cause de sa cécité
temporaire.


En effet, si j'aime aussi l'action pur suspense, il reste des romans dont je crois qu'il faut savourer l'écriture, la finesse, les nuances. Vive la diversité du
polar.


Amitiés.


 


 



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