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8 mars 2013 5 08 /03 /mars /2013 05:58

 

Johanna Moosdorf (née à Leipzig en juillet 1911, décédée à Berlin en juin 2000) fut une femme de lettres allemande. Presque inconnue en France, elle reçut diverses récompenses pour son œuvre et son engagement politique. Juif, père de ses deux enfants, son premier mari Paul Bernstein mourut à Auschwitz. Dans la maison où elle a vécu de 1959 jusqu'à sa mort, une plaque indique depuis 2006 l’importance de son travail.MOOSDORF-1955

Publié en 1952 sous le titre Flucht nach Afrika, l’un de ses romans parut en français sous le titre Puzzle noir, collection Un Mystère. Il s’agit quasiment de l’unique ouvrage de Johanna Moosdorf (avec Les rossignols chantent dans la neige aux Éd.Robert Laffont) qui eut une version française. G.Morris-Dumoulin se chargea de la traduction. On ne peut exclure qu’il ait, pour des questions de format, un peu adapté le texte. Néanmoins, l’esprit de l’histoire apparaît respecté. Voilà un suspense singulier par son ambiance et son époque. L’Afrique coloniale et, surtout, l’Allemagne de l’après-guerre sont évoquées en toile de fond du récit, ce qui fut longtemps assez tabou. Sans omettre une subtile intrigue, soulignons-le. Bien que ce roman n’ait jamais été réédité, on le trouve aisément dans la vente de livre d’occasion.

 

Quelque part en Afrique noire, Marcel Lebrun, un homme encore jeune, veut comprendre pourquoi son épouse Suzanne s’est suicidée. Allemande d’origine, elle semblait pourtant s’être parfaitement adaptée à la vie africaine. Sans doute avait-elle connu une existence difficile, mais elle était heureuse avec Marcel. Celui-ci pense trouver des réponses à Berlin. Ce qui laissent sceptiques ses amis Blancs, des coloniaux blasés. Il compte retourner voir le couple Kramer. Pendant la guerre, ils tenaient une auberge transformée en camps de prisonniers, où Marcel a séjourné. Les Kramer, qui n’étaient pas nazis, ont connu Suzanne.

Dans le Berlin de l’après-guerre, les choses ont beaucoup changé, même si la mainmise soviétique n’est pas encore essentielle. Par une ancienne employée devenue prostituée, Kati (Katherine), Marcel apprend que l’auberge n’appartient plus aux Kramer. Le mari a disparu, l’épouse est partie. Le vieux M.Holzarm a aussi d’utiles renseignements pour Marcel. Deux personnes figurent dans le passé de Suzanne, le musicien Engelhardt et le riche Kerstenberg. L’idéaliste Englehardt n’ayant jamais été l’amant de sa femme, pas de quoi être rétrospectivement jaloux. Toutefois, il peut avoir un rapport avec le suicide. Le musicien fait partie des victimes de cette période, autant que Mme Kramer, qui vit tel un fantôme.

Tout a été tenté pour que Mme Kramer récupère son bien. Pourtant, Marcel veut agir en sa faveur. Aidé de Katherine, il met son plan à exécution. Sans doute est-il trop tard désormais pour changer le destin de ceux qu’il a connus, y compris la jeune prostituée. De retour en Afrique Occidentale, les évènements se bousculent autour de Marcel Lebrun. Tandis qu’une superbe Noire lui propose de remplacer la défunte Suzanne, la mort d’un vieux colonial et les révélations d’un ami lui permettent de mieux comprendre. La page est tournée, mais l’Afrique reste un continent où règnent les sortilèges et le mystère…

Un petit extrait : Il se rendit compte, soudain, que les maisons qu’il longeait lui étaient familières et sourit de guingois en constatant que ses pieds avaient plus de mémoire que sa tête… Cette rue avait conservé, dans sa mémoire, un caractère vieillot et respectable, que coupait de loin en loin la présence d’ailleurs fort discrète— d’un hôtel de passe. Mais elle avait beaucoup changé, elle aussi, entre-temps. À présent, chaque décamètre de trottoir avait ses deux ou trois tapineuses adossées au mur ou marchant de long en large, la hanche onduleuse et le sein provocant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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commentaires

Philippe 08/03/2013 18:15

Non, je viens de regarder, les Cinq de Cambridge ( Cambridge Magnificent ) sont tous morts. Anthony Blunt n'était pas auteur de romans, mais historien et critique d'art.

Claude LE NOCHER 08/03/2013 20:27



Merci de cette précision.



Philippe 08/03/2013 17:26

Bonjour M. Le Nocher,

Juste quelques pensées qui me viennent à l'évocation de cette histoire.
Le héros qui revient à Berlin dans l'immédiat après-guerre, cela rappelle le scénario du film Le Troisième homme ( 1948 ) où Joseph Cotten vient à Vienne, occupée par les Alliés comme l'Allemagne,
à la recherche d'un ami, Harry Lime, apprend sa mort - on ne voit jamais cet homme - et en enquêtant découvre un trafic, courant à cette époque. Avec Orson Welles dans le rôle du méchant et une
scène finale d'anthologie, de poursuite dans les égoûts de Vienne.
En parlant d'Orson Welles, c'est lui aussi qu'on voit également avec une scène finale de poursuite et d'affrontement, dans La Dame de Shangaï ( j'ai oublié l'année, 1966 peut-être ? ) et dans un
lieu - genre fête foraine - où il y a plein de miroirs. De sorte que les deux adversaires ne sont pas sûrs de se trouver l'un face à l'autre, ou s'ils tirent sur son reflet.
A propos du Berlin d'après-guerre, on n'a plus trop en tête le blocus de Berlin ( 1948 - 1949 ), c'est loin, et surtout cet épisode de la guerre froide a été supplanté dans notre mémoire par
l'histoire du mur de Berlin.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Blocus_de_Berlin

Je crois qu'il y a eu un téléfilm américain sur le blocus de Berlin, " Un pont au-dessus de Berlin " , mais je ne retrouve pas la référence exacte, cela vous dit-il quelque chose ?

Je pense aussi à un roman qui met en scène des enfants des rues qui tentent de survivre ensemble dans leur abri, dans le Berlin d'après-guerre.
Les Enfants de Vienne, de Robert Neumann, un Autrichien devenu britannique, un livre paru en anglais en 1946 puis en français en 1948, réédité par Gallimard en 1968, qui n'a pas connu d'autre
réédition jusqu'en 2009 chez Liana Levi.

http://www.amazon.fr/gp/product/2867465230/ref=olp_product_details?ie=UTF8&me=&seller=

Pour la partie africaine de l'histoire, le titre original Flucht nach Afrika ( Flucht c'est la fuite comme flight en anglais ? ) me remet en tête le film Nowhere in Africa ( 2001 ) de Caroline
Link, d'après le livre autobiographique " Une enfance africaine " de Stephanie Zweig qui raconte l'histoire d'une famille juive allemande qui fuit le nazisme en 1938 et trouve refuge au Kenya,
colonie britannique.

http://en.wikipedia.org/wiki/Nowhere_in_Africa

Pour le coté polar, l'ambiance encore coloniale du roman que vous évoquez me rappelle - bien que là l'affaire criminelle se produit au sein même du milieu de la petite communauté britannique du
Kenya, surnommée the Happy Valley Set, alors que dans votre chronique l'Afrique est là où s'est installé le héros et où il revient après Berlin - cette affaire de meurtre en 1941 aux alentours de
Nairobi. Le nommé Jock Delves Broughton avait été accusé d'avoir tué un autre Anglais. Mis hors de cause, il s'était pourtant suicidé en 1942, comme beaucoup plus tard sa petite-fille Isabella
Blow. Cette histoire est la source du film de 1987 Sur la route de Nairobi ( White Mischief ).

http://en.wikipedia.org/wiki/White_Mischief

http://en.wikipedia.org/wiki/Happy_Valley_set

http://en.wikipedia.org/wiki/Sir_%28Henry%29_John_Delves_Broughton,_11th_Bt

http://en.wikipedia.org/wiki/Isabella_Blow

http://en.wikipedia.org/wiki/Alice_de_Janz%C3%A9

J'ai acheté ce film en DVD dans un coffret " Cinéma anglais " , les autres films étant Local Hero ( 1983 ) avec Burt Lancaster qui se passe en Ecosse. Dance With a Stranger ( 1985 ) où Miranda
Richardson interprète Ruth Ellis, la dernière femme pendue en Grande-Bretagne en 1955 pour avoir tué son amant qui l'avait quittée. Un crime passionnel qui ne lui aurait jamais valu la peine de
mort dans un autre pays. Et Another Country ( 1984 ) qui raconte l'histoire de l'un des Cambridge Five, ces étudiants à cette université dans les années 1930, certains homosexuels dans une société
alors conservatrice, y compris à l'école, qui dans les années 1950 ou 1960 choisirent le camp soviétique, lui offrant leurs services voire s'installant en URSS.
Je crois qu'au moins l'un des Cambridge Five, peut-être pas celui héros de ce film, est toujours en vie. Un autre, le plus connu, était Kim Philby. Je confonds peut-être, mais je crois qu'un autre
encore, prénommé Anthony, est devenu auteur de romans d'espionnage genre John Le Carré ou Eric Ambler.

Cordialement

Claude LE NOCHER 08/03/2013 20:24



Merci cher Philippe, pour ces réflexions connexes à ma chronique.


D'abord, je tiens à souligner que j'ai profité de cette "Journée de la femme" pour évoquer cette semaine plusieurs romancières : Elisa Vix, Nadine Monfils, Johanna
Moosdorf. En matière de polar, il n'y a pas de parité ou d'équité, le talent ne se mesurant pas au sexe (si j'ose dire). Sans doute devrais-je évoquer plus d'auteures femmes, mais je ne crois pas
être injuste par rapport au nombre de polars publiés par celles-ci.


Berlin vécut une étrange situation pendant l'après-guerre. Il me semble que Patrick Pesnot et Monsieur X ont évoqué le blocus, sur France Inter. Je crois me souvenir
d'un programme télé sur le sujet, mais était-ce un téléfilm, je ne sais. On a trop tendance à affirmer que les Russes fermèrent Berlin-Est dès 1945, après Yalta. Non, dans les "zones" définies,
chaque camp montrait ses uniformes. Berlin, -largement détruite, faut-il le rappeler- commença par se reconstruire vaille que vaille. Comme dans tout après-guerre, les règlements de
comptes dans la population furent légion... Tout cela pour expliquer que, comme je l'ai écrit, un tabou régna sur Berlin (y compris dans les romans, même 'espionnage) pendant longtemps.


Ambiguïtés de la langue allemande, un peu comme les "faux-amis" en anglais, le mot "Flucht" (comparable à "Flight") me semble avoir plusieurs sens
proches : départ, échappatoire, fuite, ou simplement ici "Envol vers l'Afrique". Le traducteur a préféré une consonnance anglophone -puzzle- utilisée dans quelques titres de cette
époque.


Amitiés.



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