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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 05:44

 

Le cuisinier mitonne ses plats pour sa clientèle, avec savoir-faire et inventivité, afin qu’ils soient satisfaits et qu’ils reviennent. C’est aussi, souvent, dans le but de se prouver qu’il est encore et toujours capable de cuisiner les meilleurs mets. Telle est la comparaison qui me vient en tête quand je pense à Frédéric Dard. Il ne fut pas cuisinier, mais un de ces hommes animés par la passion d’écrire, la nécessité même de s’exprimer par l’écriture. Travail d’artisan non pas seulement propre, mais particulièrement soigné.

Celui-là, tout le monde en est capable, à condition de savoir écrire un roman […] Mais des San-Antonio, je vous jure que c’est dur. Ça me prend là, je suis sans arrêt plongé dans des dictionnaires pour faire des jeux de mots, vérifier un point d’histoire. C’est quelque chose qui me mobilise totalement. Ça me fait suer qu’on traite ça par-dessus la jambe a-t-il écrit. DARD-2010Certes, les beaux esprits littéraires ne pouvaient pas comprendre ce besoin permanent chez lui d’être San-Antonio. Avec cette faconde et ces trouvailles, ce style qui séduisaient un lectorat nombreux à chaque roman.

Il est une question à laquelle cet album ne répond pas. Frédéric Dard aimait-il ses lecteurs ? De lui qui ricana tant sur les cons de toutes espèces, de lui qui a dit Mes contemporains ? Cela fait si longtemps que je les emmerde qu’ils me sont devenus indispensables on pourrait penser qu’il fut un sacré misanthrope. Ce serait sans doute inexact. Simplement, le public n’a pas de visage, le lecteur est trop anonyme. Or, cet homme de clan, de tribu, doté d’une forte sensibilité, avait besoin de visages pour aimer les gens. C’est donc à sa/ses famille(s) que Frédéric Dard réservait son affection, sa tendresse, ses sentiments. On discerne cette chaleur protectrice envers les siens à travers les photos illustrant ce livre. Ses proches, son clan, ça représente déjà une foule de personnes, en France et en Suisse. La famille de son premier mariage, celle du second dont est issue Joséphine Dard, celle de son éditeur et beau-père Armand de Caro, celle du théâtre et du cinéma, celle des amis de toujours et de son quotidien dans ses propriétés helvétiques. Besoin d’aimer et d’être aimé de tous ces gens-là.

Chacun de ses lecteurs possède sa vision personnelle de Frédéric Dard et de ses romans, San-Antonio et autres. Les plus passionnés se sont même rassemblés en association. D’autres lisent ou relisent périodiquement, avec nostalgie ou par plaisir, un de ses romans. Certains se souviennent que c’est, en grande partie, grâce à lui qu’est née en eux le goût (intensif dans mon cas) de la lecture. Lire un Frédéric Dard, c’est la certitude de ne pas être déçu. Lire un San-Antonio, c’est du pur plaisir assuré. À de rares exceptions, on n’idolâtre pas Frédéric Dard, on le remercie simplement de nous apporter une dose de bonheur. Même si sa vie à lui n’a pas connu que des joies, ce qui est aussi évoqué ici. DARD-Joséphine

Joséphine Dard parle de sa relation avec son père, sans oublier le douloureux épisode de son kidnapping en 1983. Pas de haine chez Frédéric Dard, mais il est des faits qui ne se gomment jamais. Cet album nous permet d’entrer, tant soit peu, dans l’intimité du clan et dans le parcours d’écrivain de Frédéric Dard. Deux facettes complémentaires et indissociables, richement illustrées de photos rares.

Un livre réservé aux admirateurs ? Ce romancier aux tirages impressionnants en a certainement encore beaucoup, une dizaine d’années après son décès. Mais il me semble que l’ouvrage s’adresse autant à ceux qui voudraient découvrir cet écrivain qu’ils ont peut-être raté, parce que sous-estimé du monde intellectuel.

Pour terminer, une pensée émue pour Elisabeth Dard, présente dans cet album, demi-sœur de Joséphine Dard, qui a choisi de s’en aller en février 2011.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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commentaires

Patrick 26/09/2013 12:37

Il sont loin mes 8 ans 3/4 ....oupsss.... ;)

Patrick 26/09/2013 07:26

bonjour claude

Je vais chercher l'adaptation au ciné , merci pour l'info..
Bon jeudi.
Amitiés
Pat

Claude LE NOCHER 26/09/2013 08:05

Salut Patrick
Je ne suis pas sûr que le film soit un chef d'œuvre, mais rajeunir de plus de cinquante ans, c'est pas mal non plus.(^_^)
Amitiés.

Patrick 25/09/2013 17:51

Bonsoir Claude
As tu lu " Les bras de la nuit" ? Je te le conseille , quel beau roman et une chouette histoire ...
Amitiés et bonne soirée
Pat

Claude LE NOCHER 25/09/2013 18:15

Bonjour Patrick
Non, je n'ai pas lu celui-là... Tiens, je vois qu'il existe une adaptation cinéma de 1961, avec Danielle Darrieux... Il faudra que je demande à Jean-Pierre Ferrière (grand ami de D.Darrieux) s'il a ça dans sa DVDthèque.
Amitiés.

Patrick 03/07/2013 16:23

Oui le thème est vraiment traité en sous entendu , au début je n'étais pas trop sur....Mais c'est un bon roman , tragique quand même....

Claude LE NOCHER 03/07/2013 16:27

A l'époque, la prudence s'imposait pour ne choquer ni les lecteurs réticents, ni la censure. Dans le genre, il faut lire aussi "Un diable sur mesure" de J.P.Ferrière, où l'homosexualité est aussi suggérée (et réelle).
Amitiés.

Patrick 03/07/2013 15:53

Bonjour Claude

As-tu lu " Rendez-vous chez un lâche" , je suis en train de le lire c'est un roman bien écrit , spéciale mais vraiment bien...En as tu parlé ?
Bonne journée
Amitiés .

Claude LE NOCHER 03/07/2013 16:16

Salut Patrick
Non, j'avoue ne pas encore avoir lu ce roman de F.Dard. J'ai vu qu'il traite de l'homosexualité ce qui, en 1959, n'était pas un thème si courant dans le polar.
Amitiés.

CM 08/10/2012 13:06

Chère Madame,
Présidente de Femmes 3000 suisse, mettant en avant des talents au féminin, je souhaiterais vous inviter à l'une de nos soirées conférence de l'an, au Golf de Pont-la-Ville. Seriez-vous disponible
et intéressée?
Avec mon meilleur message. CM

Claude LE NOCHER 09/10/2012 06:08



Bonjour


Je crains de ne pas être assez "féminin" pour suivre vos activités.


Amitiés.



Alexandre MEGGLE 01/08/2011 16:18


Bonjour jeunne fille.
J'aurais aimé demander à votre pere d'écrire un San A dans lequel Béru et ce dernier poursyivraient un méchant à bord d'une de ces petites machine qui nettoient nos rue de france et de navarre, que
les deux auraient chopper à la sauvette dans une des enquettes si bien récitées comme savait le faire votre pere. Je viens dans croiser une qui apres nous avoir bien casser les oreilles dans un
petit parque parisien des plus charmant ou je me finissait une boite de 8'6, qui est engtrenous assez immonde en tant que tel, mais qui a un pouvoir 'ivresse puissant, je me trouvais là donc quand
j'ai vu ce petit boilide remonter une rue a la vitesse folle d'au moiçns 25 à l'heure. Je trouvais la situation comique et m'empressais de venir la décrire a qui veut l'entendre.
ben du coup merci.
Je suis sur que la fille de Frederique Dard est tres mignone.


Claude LE NOCHER 01/08/2011 17:10



Merci de cette contribution, qui renouvelle avec audace l'orthographe, comme San-Antonio le fit avec le vocabulaire français. Si Joséphine Dard passe sur ce blog,
elle appréciera. C'est surtout à son frère aîné, Patrice Dard, qui continue à écrire des San-Antonio qu'il faut souffler des idées aussi... géniales.


Amitiés.



alexandre clement 25/06/2011 09:35


"Faut-il tuer les petits garçons..." est excellent, mais il ne s'est pas inspiré du kidnapping de sa fille, il a décrit le kidnapping avant que celui ci n'arrive, c'est pourquoi Dard, a laissé le
bouquin plusieurs mois à dormir, ce qui n'était pas tout à fait sa manière. En outre cet- ouvrage que j'ai relu il n'y a pas si longtemps est écrit dans une langue magnifique : techniquement c'est
très fort.


Claude LE NOCHER 25/06/2011 16:22



Tu as certainement raison.


Comme je l'ai dit, je connais moins sa période "après-80".


Amitiés.



Serge 31 25/06/2011 01:08


Salut Claude (et tous les autres passionnants intervenants qui m'ont précédé).
Oui, ça papote, normal pour un tel géant de la littérature populaire. D'accord avec toi pour la meilleure période San-A., durant laquelle le styliste bouffon et alerte était d'abord un grand
bâtisseur d'intrigues. Oui aussi pour ses écrits noirs des années 50-60, fabuleux romans de la fatalité ("Ma sale peau blanche", "Le bourreau pleure", "Le monte-charge", et tant d'autres...).
"Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches" a forcément une résonnance particulière dans la vie de Dard. Le livre relate l'histoire d'un écrivain habitant la Suisse dont le
dernier roman traite d'un petit garçon vivant près de Lyon et dont la fille se fait kidnapper contre rançon. Pendant l'écriture, la réalité a rejoint/dépassé la fiction...
Je voudrais aussi citer Dard auteur de nouvelles. Un recueil publié à la sauvette en 1977, à ma connaissance jamais réédité: "Histoires déconcertantes", 20 courts textes plus surréalistes que
fantastiques (un tableau de Magritte, que Dard vénérait, en couverture), 20 preuves d'une douleur latente de vivre... A ce propos, et concernant la dernière phrase de ta chronique, je ne savais pas
pour Elisabeth...
Amitiés.


Claude LE NOCHER 25/06/2011 07:02



Salut Serge... Pour "Faut-il tuer...", c'est effectivement inspiré du Kidnapping de Joséphine Dard, il faudra que je lise ce livre un jour. Je ne connaissais pas ce
recueil de nouvelles, mais je peux imaginer que F.Dard y exprime son extrême sensibilité. Car, outre sa rigueur pro, il y avait cette part intime à ne pas oublier quand on le lit. Concernant
Elisabeth Dard, l'info m'avait échappé aussi en février. N'écrivant rien sans vérifier, c'est ainsi que je l'ai retrouvée. Sans faire de la psycho à deux balles, elle avait un regard triste sur
certaines photos de l'album.


Amitiés.



alexandre clement 24/06/2011 11:26


D'accord avec Max pour dire que dans la nouvelle manière qu'il avait trouvée d'écrire, "San-Antonio et Frédéric Dard ont fait leur jonction", il a produit beaucoup de bon, mais il y a aussi du
déchet. Les dames du palais Rizzi est mauvais, et "Le dragon de Cracovie" également. Peut être le meilleur reste "Faut-il tuer les petits garçons..." en tous les cas, il le classait parmi les
bouquins qui lui avaient donné satisfaction.


Claude LE NOCHER 24/06/2011 17:00



Eh bé, ça papote pendant que j'ai le dos tourné, c'est bien ! Il est vrai que, hors les qualités propres ou les défauts de chaque roman de F.Dard, nous avons tous
nos préférés. Moi, c'est dans la période 1950-60 pour ses Noirs, jusqu'aux années 1970 pour les San-A. J'ai fait l'impasse sur l'essentiel de sa production postérieure, passant à bien d'autres
auteurs. Néanmoins, il fut le détonateur à l'origine de ma passion.


Amitiés.



Max 24/06/2011 09:17


Les San A, les Dard, les pavés tels que "La vieille..." "Les clés du pouvoir.....", "Y-a-il un français...." ou l'extraordinaire "Faut-il tuer les petits garçons qui ont les mains sur les hanches"
(peut-être son meilleur bouquin)...Bien peu de déchet....
Un des plus grands écrivains français contemporains, doublé d'un homme attachant que j'aurais aimé rencontrer.....


Claude LE NOCHER 24/06/2011 17:04



Bonjour Max... "La vieille dame qui..." et "Y a-t-il un Français dans la salle", j'ai beaucoup aimé. Hélas raté "Faut-il tuer les petits garçons...", ayant déjà
décroché vers d'autres horizons.


Un grand écrivain populaire, la formule lui convient plus qu'à tant d'autres.


Amitiés.



alexandre clement 24/06/2011 06:26


Oui, je suis d'accord avec tout ce qui est dit ici. Ce qui est curieux ce sont les gros San-Antonio où sont disparus le commissaire et son équipe. Selon moi c'est là qu'il a trouvé son plein
épanouissement, par exemple "Faut-il tuer les petits garçons..." ou le très étrange "La nurse anglaise". En effet, il n'a jamais été très content de ce qu'il publiait. En 1966 il avait même décidé
de ne plus écrire de San-A. Mais c'est vrai qu'il avait une sacrée palette. Il est le seul écrivain comme ça, à avoir écrit pour autant de formats différents, le théâtre, le cinéma, la télévision.
Ceci dit dans le lot, il y a aussi beaucoup de déchet.


Claude LE NOCHER 24/06/2011 17:14



Salut Alexandre... Déchet or not déchet, ou parfois des romans décevants car il correspondaient moins à cette capacité d'écriture qu'on espérait de lui. Histoires
plus faibles, peut-être, par manque de cette inventivité* ou fantaisie* qu'on aimait. (*J'ai du mal à exprimer ça, ces mots ne sont sans doute pas adéquats, mais bon).


(Période de doute vers 1966-68 pour Frédéric Dard, c'est vrai, pour raisons familiales en particulier.)


Amitiés.



Oncle Paul 23/06/2011 20:19


Bonsoir
Pour répondre à Alexandre, j'ai eu ma période San-A, surtout au collège dans les années 60 puis au début des années 70. Puis j'ai décroché, et c'est Frédéric Dard qui m'a donné mes meilleurs
moments de lecture
Amicalement


Claude LE NOCHER 23/06/2011 20:29



Bonsoir Paul... Les romans noirs de F.Dard avaient souvent ce mérite de jouer sur les ambiances, la tension impalpable, le doute, la cruauté non affichée, tous ces
éléments incontrôlables qui font qu'un épisode de la vie peut virer au drame, avec ou sans effets spectaculaires.


Celà dit, jamais jamais jamais je ne renierai cette évidence : c'est en lisant des San-Antonio que je suis devenu un lecteur boulimique !


Amitiés.



alexandre clement 23/06/2011 15:34


A mon sens il serait bon de réhabiliter aussi Frédéric Dard, l'écrivain qui produisait autre chose que des San-Antonio. Frédéric Dard c'était bien autre chose que San-Antonio. Sans doute même un
des meilleurs auteurs de romans noirs français et aussi un grand conteur.


Claude LE NOCHER 23/06/2011 20:24



Bonsoir Alexandre... Ayant été fortement marqué par "C'est toi le venin", "Une gueule comme la mienne", "On n'en meurt pas" ou, plus récemment "La crève", je ne peux
qu'adhérer à cette reconnaissance de ses romans noirs (régulièrement réédités pour beaucoup).


Toutefois, je répète que F.Dard, c'est un tout, un univers : pas de romans noirs sans histoires plus légères (et San-Antonio était bien plus écrit qu'on ne l'a
dit), pas de "Grands romans" sans activités annexes (théâtre, cinéma).


Le terme de "conteur" est celui qui lui correspond le mieux : envie/besoin/nécessité/rage de raconter, d'entraîner ses lecteurs dans les
récits noirs/turbulents/mystérieux/rigolos qu'il avait en lui. On ne produit pas tant de livre sans cette avidité à raconter qui est au fond des tripes de l'auteur.


Amitiés.



Oncle Paul 23/06/2011 10:05


Bonjour Claude
Dard animé par la passion d'écrire. Je dirai même mieux animé par la rage d'écrire, surtout lorsqu'il utilisait son nom, ce qui ne l'empêchait pas dans ses San-A sous couvert d'humour de se vider
de ce qui lui déplaisait dans notre société
Amitiés


Claude LE NOCHER 23/06/2011 20:10



Salut Paul... Nous sommes toi comme moi graphomanes (*), ayant besoin de s'exprimer sur la page blanche en permanence. (* même si nous n'écrivons plus à
la main, mais avec la main). Sur son IBM à boule, Frédéric Dard nous a mille fois surpassés par sa rage d'écrire. D'évoquer la société aussi, de dire la
connerie bien sûr, de faire dans l'absurde évidemment (dans la 1ere scène de "Béru et ces dames", San-A assiste à des obséques, bénissant le cercueil avec son goupillon portatif !). Bref, je ne
regrette pas d'avoir acquis cet album, qui ne me quittera plus !


Amitiés.



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