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25 janvier 2011 2 25 /01 /janvier /2011 06:47

 

Le nouveau roman de Marcus Malte Les harmoniques est publié en ce début 2011 dans la Série Noire. D’abord, un survol de l’ambiance de cette intrigue…

Bob est chauffeur de taxi, au volant d’une antique 404, philosophe à ses heures. Son ami Mister est un musicien noir, pianiste dans un club de jazz parisien, le Dauphin Vert. Ce dernier reste perturbé par le meurtre de Véra Nad, âgée de 26 ans. Elle semble avoir été victime d’un règlement de compte dans un quelconque trafic de drogue. Ses assassins, Carlin et Mandic, ont été rapidement identifiés et arrêtés. Sans doute trop vite, comme si ces exécutants sans importance avaient été balancés. Mister persiste à croire qu’il y a autre chose à trouver, le véritable commanditaire et les circonstances de l’assassinat de son amie. Reprendre sa propre enquête, se remémorer un nom, un lieu, un détail ? Mister se souvient que Véra évoqua l’Atelier Lazare. Cet endroit est un cours de théâtre dirigé par Mme Stein, froide prof âgée, dont l’apprentie comédienne Véra Nad fut une des élèves. Ni cette dame, ni la jeune Karima, n’apportent d’infos utiles à Mister.

Un appel téléphonique anonyme offre une piste au pianiste. Bob et lui visitent la galerie d’art qu’on leur a indiqué. On y expose une série dodécatyque de douze portraits de Véra, des toiles du peintre Josef Kristi. Un artiste qu’on n’approche pas facilement. Tandis que Bob s’intéresse au CV de la jeune femme, originaire de l’ancienne Yougoslavie, Mister sympathise avec deux musiciens du métro, Milosav Pesic et son aïeul aveugle Dobrica Pesic. MALTE-2011Il ne tarde pas à gagner la confiance des deux immigrés venus des Balkans. Mister et Bob sont invités à rencontrer Josef Kristi, dans sa propriété de Neauphle-le-Château (Yvelines). En réalité, l’endroit appartient toujours à son ex-femme Célia Valdéron, devenue l’épouse du ministre de l’Intérieur Karoly. Pour le peintre, Véra fut plus qu’un simple modèle. Évidemment à cause de leurs origines yougoslaves, de Vukovar, de la famille de guerriers dont faisait autrefois partie Joseph Kristi.

Ne dédaignant pas la piste d’un trafic de drogue, Mister et Bob planquent par la suite non loin de chez le peintre. Ils ont bientôt un suspect, un jeune aux airs de berger rasta. Il s’agit de Jean-Baptiste, le fils du peintre et de son ex-épouse. Un coup pour rien, ou presque. Car le duo apprend que le ministre Karoly voulait acquérir la série de tableaux représentant Véra. Il aurait bien voulu que celle-ci devienne sa maîtresse mais, malgré chantage et menace, elle persista dans son refus. Célia pouvait être au courant des désirs de son mari actuel. Une nuit, à la sortie du club de jazz, Mister est pris à partie par un type hostile et armé. Les Pesic arrivent à point nommé pour assommer l’agresseur, que Mister embarque dans la voiture de Bob. Ce dernier ironise sur les raisonnements approximatifs de Mister. Faire parler leur prisonnier, ancien de la Légion, ne sera pas facile…

 

Voilà un bon petit roman d’enquête, avec ses ingrédients confirmés : duo de détectives amateurs, références musicales, scènes nocturnes, pistes de hasard. La vérité prend sa source dans les drames sanglants de l’ex-Yougoslavie, on le comprend assez tôt. La mafia serbe, issue d’une guerre dont quelques-uns tirèrent bénéfice, est aussi soupçonnable qu’un ministre et son entourage, ou que le peintre manchot auteur des toiles sur le thème la colombe et le corbeau.

Sans doute est-il préférable d’avoir lu de précédents titres de cet auteur pour en apprécier pleinement l’univers, la tonalité. Le cercle s’élargissait. De plus en plus, glissant sur la pente de l’empathie, Mister se sentait y appartenir. À son tour il entrait dans la danse, dans la ronde macabre où une place lui était retenue. Une main dans celle de la comédienne, une autre dans celle du peintre. Qu’est-ce qui les unissait, sinon une trop grande sensibilité ? Le charognard s’attaque d’abord aux morceaux les plus tendres. Par ailleurs, certains traits d’humour sont agréables, d’autres caricatures moins convaincantes (paysan lourdaud, barman homo, Demis Roussos). Néanmoins, il est plaisant de suivre Mister et Bob dans leurs investigations.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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commentaires

caroline 26/01/2011 22:15


Avis mitigé aussi, j'en ai fait un petit article pour l'Indic. Ton avis me conforte Claude, car de mon côté j'avais même oublié la caricature du barman homo avec ses menottes en fourrure rose. Ça
alourdit, je suis d'accord avec ta conclusion.


Claude LE NOCHER 27/01/2011 07:09



Salut Caroline,


Ce qui fait souvent la différence entre bon roman et un grand roman (évitons le mot chef d'oeuvre), c'est ce genre de caricatures pas très réussies (ou des
situations mal exploitées, dans d'autres cas). Je conçois qu'on puisse ne pas voir ces défauts, mais ils existent et laissent une impression mitigée, en effet. Néanmoins, ça reste un roman de
qualité correcte.


Je profite de ton commentaire pour citer deux interventions trouvées sur Internet, qui montrent que l'unanimité favorable est à relativiser :


Nicolas Fanuel http://www.encrenoire.be/livres/policier-thriller/les-harmoniques
Au final, 'Les harmoniques' se révèle un honnête roman noir, dans lequel l'auteur distille avec savoir les ingrédients classiques du genre (les enquêteurs désabusés, un amour contrarié, ou le
jazz, omniprésent) et à la lecture duquel on s'emballe bien souvent tant les personnages se révèlent denses et attachants. J'écris 'bien souvent' car, il faut bien le reconnaître, à trop vouloir
embrasser, Malte perd quelquefois de sa force de frappe et tend à s'égarer dans des passages trop longs, des dialogues inutiles et des situations hasardeuses. Cote finale en demi-teinte donc pour
un auteur qui ne démérite pas mais dont il ne s'agit pas ici du meilleur titre.


Dodger, sur Polars Pourpres, écrit ( http://rivieres.pourpres.net/forum/les-harmoniques-de-marcus-malte-vt4307.html )
Il y a de belles idées dans ce nouveau roman de Marcus Malte : tout d'abord, celle de le nourrir de jazz, dont l'auteur est un fin connaisseur, et dont il se sert pour animer son récit,
empruntant à ce genre musical son sens de la digression, de l'improvisation, de la variation et du changement de rythme. Faire de la victime et de quelques autres personnages du récit des
rescapés de la guerre des Balkans a le mérite de nous emmener également vers de sombres territoires qui, s'ils ne sont pas inédits, gorgent d'une violence et d'une noirceur édifiantes l'histoire
imaginée par Malte.
Dommage, dès lors, que l'intrigue de l'enquête ne soit pas à la hauteur, affaiblie par un manque de dynamique, de rebondissements, et par une construction du roman quelque peu boiteuse. Au fil de
déductions hasardeuses, les héros font quelques rencontres plus ou moins instructives, imaginent quelques solutions plus ou moins téléphonées, avant que l'auteur ne consacre les 80 dernières
pages du roman à fournir de longues explications dans une séquence statique dépourvue de suspense.
S'il ne s'agit pas de comparer ces "Harmoniques" au précédent roman de Marcus Malte - "Garden of Love", une réussite inouïe et si brillante qu'elle a toutes les chances de rester totalement à
part dans l'œuvre de l'écrivain -, on peut regretter tout de même de ne pas retrouver ici le sens de la construction littéraire et la pertinence psychologique qui avaient pu nous emballer
auparavant. Le style est là, néanmoins, et le roman contient suffisamment de matière, d'originalité et d'émotion pour être considéré comme un bon moment de lecture.



cynic63 26/01/2011 09:39


Je laisse passer un peu de temps pour le lire car tout le monde en parle en ce moment. Je constate juste que ta critique est très mesurée ou nuancée et, ça, ça m'intrigue...
J'avais lu "Le doigt d'Horace" et c'est surtout la langue de Malte, son "style" qui me plaît plus que certains aspects de l'intrigue parfois un peu tirés par les cheveux...Ca reste quand même un
des auteurs à suivre en Sarkoland


Claude LE NOCHER 26/01/2011 11:41



Salut Cynic,


J’ignore ce que disent d’autres chroniques sur ce livre car, par souci d’objectivité, je n’en ai pas lu. Après-coup, j’ai seulement consulté celle de l’Oncle Paul.
Il est carrément lyrique, mon ami Paul. C’est normal, puisqu’il adore cet auteur dont il a tout lu. À l’inverse, je ne connaissais pas encore l’univers de Marcus Malte.


Rien à redire au sujet de l’intrigue. Certes, les indices tombent un peu du ciel (ce qu’on appelle le Deus Ex Machina), mais chacun organise son récit comme il
l’entend. L’ensemble est vraiment écrit ("son style"), on le sent, pas de problème non plus.


Ce sont juste les éléments pas drôles (voir réponse à Paul) qui me font nuancer mon appréciation. Que l’auteur garde sa férocité contre le ministre Karoly et sa
femme Cécilia ou Carla, contre les profiteurs de toutes les guerres. Quand il ironise sur un bouseux crédule, un chanteur à succès, ou un gay caricaturé, je m’interroge encore sur cet humour.
L’histoire s’en trouve affaiblie, même si ça reste un bon polar (ai-je suggéré le contraire ? Bien sûr que non).


Sur un thème analogue relatif aux Balkans, je t’avoue avoir préféré le roman de Thomas Kanger "Les disparus de Monte Angelo" (à lire ici http://0z.fr/yNQeR   )


Amitiés. 


 


 



Oncle Paul 25/01/2011 15:30


Bonjour Claude
Alors toi aussi tu t'es laissé envoûté par ces Harmoniques ?
Perso la scène dans le champ m'a amusé, d'autant que si le paysan te parait lourdaud, mais bien souvent ce n'est qu'une façade de faux rustre madré, que penser de Mister et Bob le taxi qui ne
savent pas reconnaître les légumes qui sont cultivés dans ce champ ? Moi c'est surtout cette ambiance jazz qui m'a plu et sans trop en dévoiler les références à la guerre entre pays constituant
l'ex-Yougoslavie
Amitiés


Claude LE NOCHER 25/01/2011 16:04



Salut Paul,


Envoûté, c'est un bien grand mot. Disons que, sans être le meilleur polar que j'aie lu ces derniers temps, c'est un roman plaisant. Ne connaissant pas les précédents
titres de Marcus Malte (il faut bien que je rate des auteurs de temps en temps), il est possible qu'une partie de son univers m'échappe.


Pour le jazz et les Balkans, d'accord avec toi.


Pour les scènes supposées humoristiques, j'ai moins adhéré. La caricature du barman homo amoureux de Mister, c'est même assez limite (m'a-t-il semblé). La scène du
champ, un paysan niais acceptant les mensonges des deux embourbés, mouais, pas tellement sympa. Quant au leitmotiv anti-Demis Roussos, c'est drôle ? N'y vois pas un réquisitoire critique, juste
des aspects qui m'ont paru affaiblir le roman.


Sinon, comme je l'ai écrit, c'est un bon roman d'enquête, bien sûr.


Amitiés.


 


 


 



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