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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:25

 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Marin Ledun (ses prochains romans : “Un singe en Isère”, et “La guerre des vanités”)

Si tu étais un assassin, quelle arme aurais-tu utilisée ?

La première idée qui me vient à l’esprit, c’est : la politique et la bureaucratie. C’est malheureusement la meilleure arme de destruction massive qui existe encore à ce jour et ce, depuis des siècles de « civilisation » humaine, que ce soit par son inertie ou, au contraire par son activisme idéologique économique, qu’il soit néolibéral ou colonialiste pour parler des plus récents. Mais j’ai aussi envie de te répondre : management à la menace et nouvelles formes d’organisation du travail. L’actualité française est lourde dans ce sens. Et du coup, difficile de ne pas citer toutes les munitions de cette nouvelle arme : mobilités forcées, entretiens individuels de progrès, pression managériale, réorganisations, primes au mérite, part variable, horaires merdiques, contrats précaires. Sans parler des dégâts qu’elles causent : alopécie, fybryomalgie, stress, pulsions homicides, maladies cardio-vasculaires, insomnies, irritabilité, nausées, eczémas, idéations suicidaires, culpabilité, peur…

LEDUN-1.jpgSi tu étais le cauchemar des cauchemars ?

Un programme viral de lobotomisation généralisé et irréversible. Ou pire : un virus pandémique mondial de lucidité forcée.

Si tu étais le rêve absolument inaccessible ?

L’antidote à ce virus : un idéal de vie où l’imagination créatrice et l’autonomie seraient les clefs de voûte d’une véritable démocratie humaine.

Si tu étais le pire défaut humain ?

La cupidité. A bientôt 35 ans, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi certains et certaines sont excités à la seule évocation du principe selon lequel tout ce qui est humain et vivant – eau, air, relations, plaisir, loisirs, plantes, etc. – peut être breveté, acheté, vendu, bref monnayable sur le marché économique de la connerie humaine.

Si tu étais un personnage historique (lequel), serais-tu pire ou meilleur ?

Adam ou Eve. Sans doute Eve. Ni pire ni meilleur : seulement pour comprendre où, dans l’un des principaux mythes fondateurs de notre civilisation judéo-chrétienne, ça a merdé.

Si tu étais l’amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

L’un(e) des amants ou maîtresses de Jésus. Mon côté mégalo…

Si tu étais un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

Pour l’animal sauvage : un serpent (cf. réponse à la question sur le personnage historique). Pour le domestique, une poule bien sûr : pour connaître à quel point c’est douloureux et/ou jouissif de pondre un œuf…

Si tu étais une ville 1/ de France, 2/ d’Europe ?

Bayonne, pour sa zone portuaire au taux de radioactivité démentiel en voie de reconversion en lotissements de pavillons individuels. Et Algerisas, en Espagne, à la condition que disparaisse toute la mécanique de sélection humaine qui préside à l’entrée dans l’union européenne.

Si tu étais un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

Un lundi matin, entre 6 et 9 heures, heure de pointe, sur la rocade sud de Grenoble, après qu’il ait neigé un bon trente centimètres pendant la nuit sur un sol parfaitement gelé.

Si tu étais un métier (autre qu’auteur), lequel et pourquoi ?

J’hésite vraiment entre terre-neuvas au début du siècle - parce que ce métier très dur de pêcheurs dans les eaux de la Mer du Nord m’a toujours fasciné : des campagnes de pêche de morue de plusieurs mois voire plusieurs années, une (sur)vie à plusieurs sur un bout de bois en plein milieu de la mer, une femme au port, tout ça… - et maître du monde – quitte à vivre sous un régime économique totalitaire, autant que ce soit moi qui en dicte les règles.

LEDUN-2Si tu étais une catégorie musicale ?

Je commence à sécher, là… Une catégorie musicale, dis-tu ? Disons : le natural storm-punk – c’est un courant musical à inventer. Ce serait un mélange entre la rage qui se dégage de la musique punk, l’énergie d’un orage, et le vacarme d’une tempête de type Klaus 2009 sur une forêt de pins en train de chuter sur le sol sous les assauts de rafales de vent de plus de 160 km/h.

Si tu étais un sport ?

J’aime assez l’idée d’une course perpétuelle, un truc un peu dingue où certains hommes et femmes seraient se lèveraient un matin et se mettraient à courir sans plus jamais s’arrêter, comme ça, pour rien. Surtout pour rien. J’aime les sports inutiles, ceux où il n’existe ni compétition, ni dépassement de quoi que ce soit, juste le plaisir de savoir que ça ne sert à rien, qu’il n’y a aucun enjeu de pouvoir, mais que ça ne prive personne non plus, comme fendre du bois pendant quatre heures, faire dix fois le tour du pâté de maison avec un ami, démonter et remonter une montre, plonger dans les vagues, se refaire le saut de Mike Powell en 1991 dans un bac à sable en s’imaginant qu’on saute aussi loin et aussi bien, faire un bras de fer avec son chien ou une course avec une taupe, une serfouette à la main... Une sociologie sportive de l’inutilité, en quelque sorte. Inutile mais festif et drôle.


Quelques mots sur les prochains romans de Marin Ledun :

"Un singe en Isère" (Le Poulpe, Éd. Baleine, février 2010)

« Qu’est devenue Mathilde, une jeune SDF que son amie Judith cherche partout depuis une semaine ? Que s’est-il passé pour que José, le fils unique d’un vieux copain du Poulpe, se retrouve accusé du meurtre de Judith ? Quel rapport y a-t-il avec la construction du stade de foot en plein coeur de Grenoble ? Et avec les « éco-citoyens » installés dans les arbres du parc Paul Mistral pour empêcher qu’ils soient abattus ? Ce qui est sûr néanmoins, c’est que tant que le Poulpe veillera, il n’y aura pas de répit pour la canaille. »

"La guerre des vanités" (Série Noire, mars 2010)

« Tournon, dix mille habitants, petite ville de la vallée du Rhône recroquevillée sur elle-même et balayée par le souffle glacial du Mistral. Immobile, presque éteinte. Jusqu’à ce qu’une série de suicides d’adolescents vienne perturber le fragile équilibre de la cité et libérer les vieux démons qui y sommeillent.
Le lieutenant Alexandre Korvine est dépêché sur place pour enquêter. Plus habitué à traquer les dealers et à pratiquer des autopsies qu’à fouiller les placards et feuilleter les albums de famille, il entame rapidement une descente aux enfers. Trois jours de chasse à l’homme qui voient la ville mourir à petit feu et entraîner ses enfants dans un processus autodestructeur. Trois jours de chaos au cours desquels Korvine, usé, hanté par son propre passé et au bord de l’explosion, se transforme en missionnaire pour tenter de percer le secret qui ronge les parents des suicidés.

Un secret en forme de nature morte, composé de portraits en trompe-l’œil. Mensonges par omission, suspects commis d’office, vidéos compromettantes et étranges résultats d’analyses médicales. Une guerre que Korvine doit mener seul sans jamais céder un pouce de terrain, quitte à se transformer en bombe humaine au service de la vérité. Là où précisément tout se complique… »

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Interviews Express
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Xavier 12/01/2010 08:46


Cette idée de portrait est assez intéressante car elle permet de découvrir un écrivain par un autre bout de la lorgnette.
J'ai déjà lu le Poulpe de Marin et j'ai beaucoup aimé, d'ailleurs c'est lui qui m'a converti aux Poulpades de Gabriel. Quant à "La Guerre des Vanités", je n'ai pas lâché le tapuscrit, je suis
rentré dans l'histoire tout de suite pour ne pas en ressortir.


Claude LE NOCHER 12/01/2010 09:03


Sur l'idée de cette série des "Portraits chinois" (dix auteurs/un par jour), j'ai trouvé intéressant de les interroger de manière un peu décalée - et de les
exposer à des questions où l'on évite les réponses trop préparées. J'ai contacté des auteurs déjà confirmés, dont le "potentiel" me paraît assez important pour l'avenir.
J'ai trouvé faible le "Mona Cabriole" de Marin Ledun. Il n'était pas content. Nous nous sommes expliqués et compris. Il publie deux titres en ce début d'année, que je lirai le moment venu. Il m'a
semblé normal de donner la parole à cet auteur. Ce "portrait" exprime visiblement son propre caractère, j'en suis ravi.
La présentation de "La guerre des vanités" de Marin Ledun en Série Noire est très alléchante, je l'avoue. Outre celui de Marin Ledun, je vais bientôt lire et chroniquer LE POULPE de Maïté
Bernard (qui sort ces temps-ci) et celui de Laurence Biberfeld (paru à l'automne). On en repalera donc.


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