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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 06:05

 

Né fin 1950 à Trenton (New Jersey), Max Zajack ne tient nullement à aller faire la guerre au Vietnam, en ce début des années 1970. Par contre, Max s’imagine futur écrivain célèbre, bien qu’il n’ait encore rien écrit de concret. Pour l’heure, il doit se contenter de jobs médiocres pour survivre. Ayant été viré de la fabrique de bière qui l’employait, SAFRANKO-2013Max opère un repli stratégique chez ses parents, Jake et Bash, à Trenton. Pas de tendresse à attendre de leur part, vu qu’ils voient leur fils comme un pur raté. Ne sortant ni d’Harvard, ni de Princeton, issu d’une famille d’ouvriers d’une ville industrielle sordide, n’ayant aucune relation dans les milieux littéraires, Max s’entête malgré tout à croire en son avenir d’écrivain. Ses lectures multiples sont ses bouées de sauvetage, surtout l’œuvre d’Henry Miller. Pour le reste, Max enchaîne les boulots les moins passionnants du monde.

Après avoir fait du démarchage téléphonique sans espoir, c’est dans une banque qu’il décroche formation rémunérée. La vérification comptable ne risque pas de le mettre en transes. Traînant un peu trop avec ses copains, il est de plus en plus souvent en retard. Guère assidu, Max en profite pour lire en cachette. On ne va pas le garder à la banque, d’autant qu’un incident sans rapport avec lui l’oppose aux vigiles de l’établissement.

Tant d’écrivains ont commencé par le journalisme. Max postule donc dans un quotidien, où il s’occupera des sports. On lui trouve un autre journal pour l’employer, à Philadelphie. Aucune chance de sympathiser avec son supérieur, exigeant et même caractériel. Rétrogradé aux infos générales, il ne va pas vraiment briller. Des incendies, la mort d’une marginale sexy, l’interview d’une voyante, pas de quoi calmer son chef. Qui le virera sous un prétexte.

Côté relations féminines et sexuelles, Max subit un certain blocage. Si sa chaude collègue Lindsay finit par de désinhiber, il fait ensuite un flop en tentant de plaire à la belle Babette. Août 1974, Richard Nixon démissionne après le Watergate, et la menace d’être envoyé au Vietnam s’estompe pour Max. Un job vite abandonné dans un fast-food, un autre de livreur d’annuaires où il est impossible de tenir le rythme, ça ne s’arrange pas. Avec des potes, ils vont monter un groupe musical, les Fat Paycheck, pour lequel Max écrit quelques chansons. Se produisant dans les bars glauques, entre bagarres et coups de feux, impossible d’espérer devenir des rock stars. Un manager sévère leur donne le coup de grâce, ne leur trouvant pas le moindre talent. Les galères ne sont pas près de cesser pour Max, qu’il s’agisse d’emplois ou de femmes…

 

Nul doute que le héros Max Zajack soit l’alter ego de l’auteur, qui nous raconte ainsi les tribulations erratiques de ses jeunes années. C’est le quatrième titre de Mark SaFranko retraçant le parcours de cet anti-conformiste, dans une Amérique qui lui correspond si peu. Un pays puissant, malgré le cuisant échec du Vietnam et les déboires de son président, où gagner sa vie n’a rien de facile pour un type sous-qualifié comme ce rêveur. La tonalité pourrait être terriblement sombre. Se faire virer, pour lui, c’est le plaisir de retrouver la liberté. On aura compris que le récit baigne dans l’autodérision, Max persévérant dans ses impasses. L’écriture d’une admirable souplesse et des chapitres courts, voilà qui donne envie au lecteur de suivre le narrateur dans ses mésaventures.

On ne peut classer ce livre parmi les polars et les romans noirs, encore qu’on se rapproche de ces derniers. Néanmoins, outre les références livresques de Max, il nous narre un épisode qui met en scène la ténébreuse Patricia Highsmith, bel hommage. Mark SaFranko, un excellent écrivain qui mérite de figurer dans la liste des auteurs actuels à retenir.

-Travaux forcés est disponible dès le 2 janvier 2013-

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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commentaires

Philippe 28/12/2012 17:50

Bonjour monsieur Le Nocher,

Tous mes voeux de fin et de début d'année à vous ainsi qu'à tout le monde.

Vous aviez déjà parlé de Trenton à propos de la série Stéphanie Plum de Janet Evanovitch.
J'ai vu que le général Norman Schwarzkopf, héros de la première guerre du Golfe ( 1990-1991 ), venait de mourir. Je me souviens d'avoir lu qu'il était né à Trenton.
Donc comme le héros du roman de Mark SaFranko que vous avez chroniqué. Mais Schwarzkopf, lui, à la différence de Max, tenait à aller faire la guerre du Viêtnam. Et il l'a fait.

Incidemment, en consultant l'article Wikipedia aujourd'hui après avoir appris la mort de Norman Schwarzkopf, j'ai lu quelque chose que j'ignorais : c'est que, avant sa naissance, c'est son père
qui, en tant que Superintendent de la police du New Jersey dans les années 1930, avait dirigé l'enquête sur le kidnapping et la mort du petit Charles Lindbergh Junior, le fils du célèbre
aviateur.

http://en.wikipedia.org/wiki/Norman_Schwarzkopf,_Jr.

"
Schwarzkopf was born in Trenton, New Jersey, the son of Ruth Alice (née Bowman) and Herbert Norman Schwarzkopf. His paternal grandparents were German. His father served in the US Army before
becoming the Superintendent of the New Jersey State Police, where he worked as a lead investigator on the 1932 Lindbergh baby kidnapping case before returning to an Army career and rising to the
rank of Major General. "

Cordialement

Claude LE NOCHER 28/12/2012 20:19



Joyeuses fêtes et Bonne Année à vous et vos proches, cher Philippe !


Ah, ce brave général Tête-Noire (traduction de Schwartzkopf) ! Bill Clinton fit comme Mark SaFranko et bon nombre d'autres jeunes de cette époque, évitant de partir
pour cette guerre aussi inutile que les autres. Mark SaFranko précise dans ce roman que son héros (donc lui) n'agissait pas par conviction politique, ni tellement pour rester en vie, juste parce
qu'il considérait que ça ne le concernait pas. Sa logique, pas pire qu'une autre.


Trenton, nous l'avons déjà dit, c'est la "moyennitude" par excellence aux Etats-Unis. Ville laborieuse mais pas assez de jobs sûrs, population plutôt modeste mais
pas très pauvre, pas vraiment d'histoire locale à laquelle se référer culturellement. En somme, pour les Américains, soit on vit à Trenton, soit on n'y mettra jamais les pieds.


Amitiés.


 



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