Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 05:46

 

Aux Éditions Jigal, Maurice Gouiran évoque une fois encore l’Histoire et les totalitarismes dans Sur nos cadavres, ils dansent le tango. Néanmoins, s’il y parle de certains sujets de société, il s’agit d’un véritable polar bien construit…

Conseiller municipal, Vincent de Moulerin a été abattu par balles dans un parking souterrain marseillais. La victime avait le grade de colonel, suite à une brillante carrière militaire en Indochine puis en Algérie. Trente ans plus tôt, il créa une société de gardiennage à Marseille, aujourd’hui dirigée par son fils Antoine. Pour le commissaire Arnal, c’est dans le banditisme local qu’on trouverait l’assassin de Vincent de Moulerin.

L’enquête de routine est confiée à Emma Govgaline, jeune policière à l’allure androgyne, limite gothique. Elle-même fille d’un militaire trop distant, maintenant décédé, Emma prend à cœur cette affaire. Aux obsèques, les éloges de son compagnon d’armes Bernardinet envers le colonel masquent un passé de facho, estime Emma. La veuve et la famille de Moulerin lui ont peu apporté d’aide. La policière contacte le toujours bien informé Clovis Narigou. Celui-ci se trouvant à New York, il la met en relation avec plusieurs amis.

GOUIRAN-2011C’est surtout l’ancien journaliste Mario Crescensi qui, bien qu’il vive sa retraite dans le Lubéron, est capable de lui donner des éléments. Sur la Guerre d’Algérie, d’abord, en lui rappelant le massacre d’éducateurs par un commando de l’armée française. Certes, rien ne prouve que le défunt colonel en fit partie. L’important reste de découvrir où de Moulerin se trouvait de 1962 à 1980. Sans doute en Espagne, puisque c’est là qu’il se maria avec Eva Torres.

Acceptant de recevoir Emma, la veuve confirme mais ne croit pas à un acte de vengeance contre son mari. Selon elle, il était particulièrement soucieux ces derniers temps. Il avait reçu récemment un étrange dé à cinq faces, troublant cadeau. Emma demande à Mario de se renseigner à ce sujet. Chez les Moulerin, le petit-fils Kevin apparaît singulier. Il s’isole en permanence avec son ordinateur, fréquente assidûment le monde virtuel de Second Life, fait des recherches sur sa famille.

Emma fait un saut à Paris, où Bernardinet lui confirme que son ami de Moulerin a passé quelques années comme instructeur en Argentine. Un partenariat officiel entre la France et ce pays. Les efficaces méthodes de l’armée française étaient appréciées là-bas. Cette mission en Argentine cessa avant que ne s’installe la dictature de Videla et de ses généraux. Toutefois la chronologie concernant le défunt colonel n’est pas totalement claire encore pour Emma.

Son amie Rosy est agressée dans l’appartement de la jeune policière, qui ne doute pas avoir été la véritable cible. Elle se réfugie un temps à La Varune, le village de Clovis, où elle est adoptée par les amis de celui-ci, toujours absent. Son supérieur Arnal fait bientôt pression sur Emma pour qu’elle s’occupe du banditisme marseillais plutôt que de cette affaire. Néanmoins, Mario continue à chercher des infos pour elle, et un ancien copain de classe initie Emma à Second Life…

 

Maurice Gouiran joue sur deux principales facettes. D’abord, une vraie intrigue à suspense. Il y a bien une victime et un tueur, ainsi qu’un contexte criminel pas si limpide. L’aspect enquête est complété par quelques considérations sur la ville de Marseille, ses supporteurs parfois exaspérants, son grand banditisme à peine caché, sa police éventuellement vérolée. Il est vrai que ceci est vu à travers le regard de la jeune Emma, bisexuelle mal dans sa peau. Sa fragilité la rend touchante, mais elle ne manque pas non plus de persévérance.

La seconde facette, c’est la documentation historique liée à l’affaire. La volonté de l’auteur, c’est de nous rappeler ces faits dramatiques afin que le temps ne les gomme pas, qu’on ne les oublie pas. Le rôle d’une large partie de l’armée française durant la guerre d’Algérie ne fut guère glorieux, la torture et les exécutions sommaires n’étant jamais justifiables. Quant à la dictature en Argentine dans les années 1970-80, il est bon d’en souligner les atroces méthodes qui causèrent des dizaines de milliers de disparus. Pendant ce temps, on jouait au football pour le Mundial 1978 sans condamner ce régime. La France ne fut pas officiellement impliquée dans le sinistre et meurtrier Plan Condor, mais on ne peut exclure qu’elle y contribua indirectement. C’est un roman militant fort convaincant que nous présente Maurice Gouiran, autant qu’un polar de belle qualité.

Partager cet article

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
commenter cet article

commentaires

cynic63 14/06/2011 22:33


Salut Claude,
Malgré quelques défauts (ou plutôt des parti-pris d'écriture qui me gênent un peu mais pas trop non plus), les romans de Gouiran sont toujours intéressants. On a toujours à apprendre d'un point de
vue historique. Il y a toujours un assez cohérent enchevêtrement narratif. Ce que je trouve plus réussi dans ce dernier par rapport à "Franco...", c'est qu'on reste sur les deux facettes comme tu
dis. Ca part un peu moins dans tous les sens. J'en parlerai plus en détails dans la semaine. Il me semble, pour finir, que Gouiran a été sélectionné pour un prix lycéen (tu l'as peut-être
d'ailleurs signalé. Si c'est le cas, excuse-moi pour la redite). A plus


Claude LE NOCHER 15/06/2011 07:05



Salut Cynic... Dès que l'on évoque des thèmes historiques forts (et sanglants), un auteur ne peut se contenter d'un scénario-guimauve, il doit principalement écrire
"à charge" - ou, comme le disait Hervé Jaouen : "écrire contre". C'est bien ce que fait M.Gouiran, et tant pis pour de petites maladresses éventuelles. En effet, le croisement d'intrigues plus
serré porte bien le sujet ici. D'autant qu'il y a, en contrepoint, la fragilité de l'enquêtrice...


Les romans publiés par Jigal figurent dans pas mal de sélections de Prix, justement grâce à leur différence. Je ne sais pas pour celui-ci, mais ça le mériterait
largement. Et de s'adresser à de jeunes lecteurs, c'est essentiel, nous le savons bien.


Amitiés.



Bruno 27/05/2011 16:54


Mon cher Claude, je crois que tu sais que je suis tombé littéralement sous le charme de la plume de Maurice GOUIRAN avec son roman " Franco est mort jeudi"( et que je recommande vivement !) Alors
tu t'en doutes, celui ci je vais le lire non sans une certaine délectation, en espérant que le charme opère une nouvelle fois! Ton billet me rassure !J'aime les romans qui ont des choses à
dire!
A bientôt compagnon!


Claude LE NOCHER 27/05/2011 17:10



Salut Bruno... "Des choses à dire" et qui n'oublient pas de nous raconter une histoire, avec une bonne intrigue polar. Ce que j'appelle souvent des romans ayant
plusieurs "entrées". Je doute que tu sois déçu par ce roman-là.


Amitiés.



Oncle Paul 27/05/2011 14:38


Bonjour Claude,
Maurice Gouiran s'affirme de plus en plus comme un auteur majeur et ce sera son sixième livre que je lirai. Il me semble que Gouiran n'est pas souvent cité pour les prix pourtant il le
mériterait
Amitiés


Claude LE NOCHER 27/05/2011 17:07



Salut Paul... "Sous les pavés, la rage" a été récompensé par le Prix Virtuel du polar en 2006 (chez l'ami Luis Alfredo) et "La nuit des bras cassés" a eu le Prix
Sang d'Encre des lycéens en 2003. C'est effectivement peu pour un auteur approchant des vingt titres, qui mériterait mieux. Les romans de chez Jigal figurent parfois dans des sélections (par
exemple pour le Prix polar Cognac, je crois). Philippe Georget a, quand même, été récompensé par le Prix SNCF cette année. Mais Jigal ne fait pas partie des éditeurs labellisés par les
puristes, ce qui explique sa relative absence des palmarès. Dans le cercle que nous connaissons, m'étonnerait que ça change.


Amitiés.



Pierre FAVEROLLE 27/05/2011 08:45


Salut Claude, désirant découvrir Maurice Gouiran depuis un certain temps déjà, celui ci est dans ma liste de lecture urgente. Je me demande même si je ne vais pas l'attaquer en début dine prochaine
! Amitiés


Claude LE NOCHER 27/05/2011 10:46



Salut Pierre... Ce n'est que le 3e titre de Maurice Gouiran que je lis, mais j'aime beaucoup sa manière. Je vois dans ce dernier roman l'expression d'un
salutaire refus de l'oubli vis-à-vis des exactions dont il parle. C'est "ma" lecture, tu en auras peut-être une différente.


Amitiés.



Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/