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9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 05:25

 

Megan Abbott nous a séduit avec ses premiers titres : Absente, Adieu Gloria, et Red Room Lounge. Cette fois, il ne s’agit plus d’une histoire rappelant les romans noirs des années 1950. D’un autre style, La fin de l’innocence est un remarquable suspense psychologique.

ABBOTT-2012jclÂgée de treize ans, Lizzie vit avec son frère Ted et leur mère divorcée. Evie Verver est sa voisine, du même âge. Non seulement les deux ados sont dans la même classe, mais elle entretiennent une relation fusionnelle. Elles ne font qu’une, se partageant leurs secrets et leurs vêtements. Bien qu’encore peu féminines, Lizzie et Evie ne sont pas insensibles aux garçons. Lizzie passe beaucoup de temps chez les Verver, cette famille idéale. Dusty, la sœur aînée d’Evie, a dix-sept ans. C’est une jeune fille sportive, pratiquant le hockey, dont la séduction fascine les deux filles. Infirmière, Mme Verver est aujourd’hui une femme plutôt effacée. Lizzie se souvient qu’elle montrait naguère plus de fantaisie. Par contre, M.Verver est un homme merveilleux, aux yeux de Lizzie. Patient et chaleureux, il est très complice avec Dusty, autant qu’attentif vis-à-vis d’Evie et de son amie.

C’est le printemps, vers la fin de l’année scolaire. Le jour où Evie disparaît, Lizzie est la dernière à lui avoir parlé. La police recherche immédiatement l’adolescente. La rumeur locale évoque une précédente disparition, parle d’un tueur rôdant dans la région. Dusty et la mère d’Evie sont sous le choc. Lizzie s’efforce de rester proche de M.Verver. Quand elle se souvient que son amie pensait qu’un inconnu surveillait sa fenêtre de chambre, Lizzie suggère cette piste à M.Verver. Il y avait bien une voiture couleur bordeaux qu’elle a repéré peu avant la disparition d’Evie. Peut-être celle d’Harold Shaw, l’agent d’assurance. Tant que rien n’est sûr, il faut rester prudent dans les accusations. Néanmoins, M.Shaw n’est pas rentré chez lui. Une perquisition à son domicile ne donne pas les preuves espérées par Lizzie et ses copines de lycée. Mme Shaw pense que son mari a trouvé refuge au Canada.

Une vieille dame aurait vu une ado plonger habillée dans un lac voisin, où des recherches sont menées. Lizzie tient à sa propre version, impliquant M.Shaw. Un détail précis lui permet de découvrir des indices importants. Pourtant, elle doit quelque peu manipuler ces preuves pour que, grâce à M.Verver, l’enquête soit orientée dans la bonne direction. Tandis que le FBI cherche autour de la frontière canadienne, Lizzie finit par admettre la mort possible de son amie. Les derniers temps, n’étaient-elles pas un peu moins complices ? Evie m’échappe, se dit Lizzie. La nervosité dépressive de Mme Verver et de Dusty n’empêchent pas l’ado de continuer son enquête parallèle, pour conserver sa relation avec le père d’Evie. Alors qu’elle tente une fouille clandestine nocturne chez M.Shaw, c’est le fils de celui-ci qui va l’aider à faire progresser les investigations policières…

 

Le contexte est plutôt actuel, encore que le sujet apparaisse intemporel. Maîtriser un véritable suspense psychologique n’est pas si simple, surtout quand l’auteure doit se mettre dans la tête d’une enfant de treize ans. C’est justement ici l’atout majeur. Car Megan Abbott ne nous présente pas une petite adulte, mais bien une adolescente, avec sa vie scolaire et familiale, son amitié forte pour sa jeune voisine, l’imaginaire de son âge, et son attirance pour la maturité tranquille du père d’Evie. Lizzie ressent le besoin de comprendre, au-delà de la disparition de sa copine.

Une affaire qui progresse donc surtout grâce aux trouvailles de Lizzie. L’intrigue semblerait assez simple, mais il faut compter avec les portraits subtils des personnages. Par exemple, si le jeune Pete Shaw aide l’ado à pister son père, ça répond à de fins motifs. Quelques scènes vécues par les deux amies suggèrent des nuances dans l’image idéale des Verver. Belle virtuosité narrative, pour un suspense de haute qualité. C’est différent de ce que l’on connaît déjà de Megan Abbott, mais tout autant convaincant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Megan Abbott
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commentaires

Philippe 11/07/2012 15:12

Bonjour M. Le Nocher,

D'après la page
http://fonduaunoir44.blogspot.fr/2010/03/les-sommaires.html
c'est le numéro 9 qui a un article de vous intitulé " Nos jeunes héros ".

Je vois au passage que le numéro 8 de l'Indic est épuisé chez Fondu Au Noir, comme le 1. Donc même question que pour le 1 ( que j'ai posée dans mon commentaire pour votre chronique sur l'Indic ) :
connaîtriez-vous quelqu'un qui l'aurait à vendre ?

Cordialement

Claude LE NOCHER 11/07/2012 17:21



Même réponse, cher Philippe : lancez l'appel sur le forum de www.polarnoir.fr/


 



Pierre FAVEROLLE 09/07/2012 21:13

Salut Claude, encore une fois, tu me coiffes au poteau ! Tu te doutes bien que je l'ai acheté dès sa sortie. Je me le réservais pour les vacances. J'en attends tant ! Amitiés

Claude LE NOCHER 10/07/2012 06:31



Salut Pierre


Achat "coup de coeur" en ce qui me concerne, aussi, tu t'en doutes. J'avais rapidement envie de voir le talent de l'excellente Megan Abbott en matière de suspense
psychologique.


Amitiés.



Philippe 09/07/2012 16:48

Rebonjour M. Le Nocher, Oncle Paul,

Cela m'est revenu : la série de livres pour apprendre la langue aux enfants aux Etats-Unis, c'est Dick and Jane.

http://en.wikipedia.org/wiki/Dick_and_Jane

Cordialement

Claude LE NOCHER 09/07/2012 20:33



Cela dit, quand on entend parler certains Américains, ils ont un langage beaucoup moins châtié que ce qu'ils ont appris dans ces manuels (Fuck, shit, bitch). Et
encore, je ne parle pas du mot "dick", connoté sexuellement.


Amitiés.



Philippe 09/07/2012 16:23

Bonjour M. Le Nocher,

Vous dîtes que le contexte est plutôt actuel, encore que le sujet semble intemporel.
La fiche éditeur précise : " dans une banlieue tranquille du Midwest dans les années 80. "
D'après vous, qu'est-ce qui a pu pousser Megan Abbott à situer l'histoire dans les années 1980 plutôt que de nos jours ? Y a-t-il des choses qui existent de nos jours et pas dans les années 80, et
que l'auteur préférait qu'il n'y ait pas dans ce roman ?
Cela me fait penser au roman jeunesse de Susie Morgenstern : Les Deux moitiés de l'amitié, paru en 1983 chez Rageot. Quand il a été réédité dans les années 2000, l'auteur a indiqué au début, à
l'intention des nouvelles générations de lecteurs, que son livre datait de 1983, époque où n'existaient pas les téléphones portables ni Internet. Ce qui a son importance : c'est l'histoire de deux
enfants qui se rencontrent car l'un a appelé au hasard le numéro de l'autre qui figurait dans l'annuaire papier, seul existant en 1983. Cette histoire ne pourrait en effet se passer qu'à une époque
où il n'y a que des téléphones fixes.
Pour en revenir au livre de Megan Abbott, je me rends compte que ce ne sont pas forcément des considérations d'ordre technologiques, existence ou non de certains objets aujourd'hui ou dans les
années 80, qui ont guidé son choix de faire se dérouler son histoire dans les années 80. Mais, tout comme ses autres romans aussi se passent en d'autres décennies, elle a pu vouloir créer une
distance par rapport à notre époque.
Et puis, je crois comprendre que l'intrigue brode autour de l'image de la famille américaine idéale telle qu'on se la représente, les Verver ici. D'autant plus qu'ils vivent dans une " banlieue
tranquille du Midwest " , dans une petite communauté. Et cette image idéale va être écornée aux yeux de Lizzie puisque c'est à travers elle que le lecteur découvre les fissures qu'il peut y avoir
dans cette image, les secrets, les non-dits.
On a pu parler de " fin de l'innocence " aux Etats-Unis quand Kennedy a été assassiné en 1963, prélude à la guerre du Viêtnam.
On a étudié l'image de la famille américaine idéale dans les années 1950, renforcée par les publicités de l'époque.
Il y avait une série d'albums pour enfants dont j'ai oublié le nom, mais qui montrait une famille et des générations d'enfants ont appris à l'école avec ces livres.
Il y a quelques années il y a eu un film : une famille contemporaine est fan d'un feuilleton télévisé qui se passe dans les années 1950 et met en scène une communauté idéale, dans une petite ville
typique, une banlieue aisée. Par un sortilège, nos personnages se retrouvent happés dans le feuilleton et arrivent dans le décor. Ils sont prisonniers de ce monde et bien sûr l'histoire est qu'ils
découvrent que tout n'est pas aussi rose et ils ont à trouver le moyen de revenir.
Je pense aussi : Lizzie est une fille de 13 ans dans les années 1980. Ce qui permet au lecteur d'imaginer que si elle avait existé elle serait aujourd'hui adulte et évoquerait ces événements de son
enfance. Cela rend l'histoire plus crédible, plus prenante, avec ce recul ainsi créé, plus que si c'était une fille ayant 13 ans de nos jours qui s'exprimait.
Et puis, ce roman est un polar adulte, non jeunesse. Un lecteur, adulte aujourd'hui, peut avoir eu 13 ans dans les années 1980, comme Lizzie. ( C'est mon cas. ) Il pourra s'identifier à elle. Alors
que ceux qui ont 13 ans maintenant, pour la plupart, ne liront pas ce livre. Et ceux qui le liront auront affaire à une héroïne qui a eu 13 ans autrefois.

Ce qui me fait digresser sur le roman Des Cornichons au chocolat, paru vers 1983 ou 1954 avec comme auteur une jeune fille prénommée Stéphanie. Lors de sa réédition il y a quelques années, il y
avait une préface inédite par Philippe Labro. Disant que Stéphanie, adolescente à l'époque de la première édition, aurait maintenant 33 ans. Si elle avait existé. Car, et c'était la révélation de
cette réédition, Stéphanie n'avait jamais existé. C'était Philippe Labro lui-même qui avait écrit le livre sous le pseudonyme de Stéphanie.

Cordialement

Claude LE NOCHER 09/07/2012 20:26



Bonjour Philippe. Plusieurs précisions s'imposent, en effet.


Au tout début du roman, Lizzie revient sur ces images de son passé, à l'âge de treize ans, sur cette étape de sa vie, ayant depuis pris du recul. Mais c'est bien
l'époque qui est en question, peut-être les années 1980, qui voit se dérouler l'histoire de Lizzie et des Verver.


Ce choix (que je n'ai pas souligné, volontairement) est lié à une certaine image des Etats-Unis, telle que véhiculée par les séries télé, par exemple. Une Amérique
middle-class, familiale, propre, "dans la norme", non sans hypocrisie. Ce n'est pas la technologie qui est en cause (encore que les deux copines se comporteraient autrement avec portables et
Internet), mais une vision simpliste de leur pays par les Américains. Megan Abbott, très cultivée, n'est pas dupe de cet idéalisation, pas plus que de celle des années 1950.


"The end of everything", titre original, signifierait ici "La fin de toute chose", mais le titre choisi en français est excellent, aussi. Fin d'une relation
fusionnelle entre filles du même âge, fin d'un regard égoïste sur l'entourage, etc. Début d'une nouvelle étape à venir. J'ai consacré un article dans un numéro de "l'Indic" au sujet ("Nos jeunes
héros").


Quand j'évoque la psychologie très crédible de cette histoire, c'est justement grâce à tous ces éléments véridiques, et finalement humains. Et puis Megan Abbott est
une grande romancière, je ne cesserai de le proclamer !!!


Amitiés.



Oncle Paul 09/07/2012 15:18

Bonjour Claude
J'ai lu avec plaisir Absente et Adieu Gloria, donc je me pencherai sur cette production lors de sa sortie en poche.
Amitiés

Claude LE NOCHER 09/07/2012 20:28



Vive Megan Abbott, mon cher Paul !


Ce n'est pas à toi que je l'apprendrai, quand on suit d'excellents auteurs comme ça, on a plus que jamais envie de partager une belle passion de lecteurs.


Amitiés.



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