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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 06:28

 

Avec les remarquables Absente et Adieu Gloria, Megan Abbott a séduit bon nombre de lecteurs français. Voici Red Room Lounge, son tout premier titre qui risquait de nous paraître moins élaboré. Il n’en est rien, ce troisième roman publié en français s’avère aussi maîtrisé que les deux autres…

ABBOTT-2011En 1954, à Pasadena et dans la région de Los Angeles. Lora King est professeur au lycée de filles de Westridge. Bill, le frère de la jeune femme, est policier. Il a vite mérité ses galons d’inspecteur. N’ayant pas de famille, Lora et Bill ont vécu longtemps ensemble. Il sont séparés depuis que Bill a épousé Alice Steele, après l’avoir courtisée pendant cinq mois. Lora et son frère restent proches, mais elle a du mal à considérer Alice comme une sœur.

Ancienne costumière à Hollywood, celle-ci n’est pas d’une grande beauté, mais elle possède une vitalité attirante. Issue d’un milieu modeste, Alice garde de moins bons souvenirs d’enfance que Lora et Bill. Elle se comporte telle une parfaite femme au foyer. Pourtant, Lora devine qu’Alice possède une face cachée. Elle obtient un poste d’enseignante pour sa belle-sœur, mais le doute plane sur ses diplômes et sa qualification.

Lois Slattery est une amie d’Alice, figurante dans quelques films vivotant dans un logement miteux. Une habituée des soirées hollywoodiennes, semble-t-il. À peine cache-t-elle ses expériences sexuelles agitées et sa consommation de drogues. Bien qu’ayant tourné la page, menant une vie rangée loin du monde du cinéma, Alice est toujours bienveillante envers Lois. Une photo érotique confirme à Lora que les deux jeunes femmes ont fréquenté les mêmes milieux pervers.

Plus affirmée, Alice détonne quelque peu parmi les épouses des collègues de Bill. C’est elle qui a incitée Lora à sortir avec Mike Standish, agent de publicité dans le cinéma. Bien qu’ils soient intimes et fassent la fête ensemble, Lora refuse de le considérer comme son petit ami. Sans doute à cause du léger cynisme de Mike. Surtout parce qu’elle pense qu’il est trop proche de sa belle-sœur.

Lora continue à glaner des renseignements sur Alice. Elle réalise peu à peu le rôle de l’omniprésent Joe Avalon, connu sous plusieurs identités, familier des studios de cinéma. Elle s’étonne que l’épouse d’un collègue policier de Bill soit en relation avec cet homme. Lora ne voit pas comment confier à son frère, qui reste hypnotisé par Alice, tout ce qu’elle a déjà découvert. Le cadavre d’une femme martyrisée retrouvé dans Bronson Canyon incite Lora à contacter le policier Cudahy. Car elle a déjà mis un nom sur cette victime. Mike Standish peut aussi l’aider à comprendre, à condition de lui faire confiance. Grâce à lui, les archives d’une société cinématographique offrent des éléments à Lora. Le témoignage monnayé d’une maquerelle lui est aussi fort utile…

 

La subtilité de l’intrigue et la souplesse narrative constituent les atouts majeurs de ce scénario, une fois encore. L’agent de publicité du cinéma Mike Standish semble une première esquisse de Gil Hopkins, le héros de Absente. On savoure l’ambiance de l’Amérique des années 1950, que l’auteure sait si merveilleusement restituer. D’autant qu’elle fait se côtoyer deux mondes bien distincts.

Lora, la jeune prof, cultive une relation fusionnelle sans ambiguïté avec son frère Bill, soldat durant la récente guerre, devenu flic exemplaire. Du côté d’Alice, c’est d’un univers malsain qu’elle vient. Image de la femme fatale ? Oui et non. Si elle est attirante, glamour, elle ne possède pas cette supériorité élégante dont sont dotées les vamps. Elle a encore des similitudes avec les filles perdues, telles Lois Slattery. Si Lora est forcément troublée par la perversité qu’elle découvre, elle s’en méfie.

On l’aura compris, beaucoup de nuances et de finesse dans les relations entre les protagonistes. Dans le rôle de la police aussi, faisant plus partie du décor qu’elle n’est impliquée directement. S’inspirant des romans noirs d’autrefois, Megan Abbott est vraiment la meilleure.

Ici, mes chroniques sur : "Absente" et "Adieu Gloria".

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Megan Abbott
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commentaires

caroline 30/11/2011 20:59

Il est d'ailleurs étonnant que Sonatine, qui avait "sorti" Megan Abbott en France - une vraie bonne découverte de qualité - l'ait perdue au profit du Masque.

Claude LE NOCHER 30/08/2014 17:46

Salut Serge
Tu imagines bien le bonheur que je ressens en constatant que tu adhéré à l'univers de Megan Abbott. Je n'en suis pas surpris, car ses romans sont d'une riche finesse. Ce qui nous permet des interprétations selon notre propre expérience, peut-être. Quoi qu'il en soit, ces portraits de femmes sont remarquables, oui. Dans le roman noir traditionnel, il y a les femmes fatales face aux durs-à-cuire mâles. Megan Abbott inverse en attribuant ce rôle de "dures" aux femmes. Avec toutes les nuances que tu auras noté.
"Absente", "Adieu Gloria" et "Envoûtée" sont dans cette veine. Si ses autres romans ("contemporains") sortent en poche, ne les néglige pas. "La fin de l'innocence" et "Vilaines filles" offrent une sacrée psychologie des ados et jeunes filles, aussi. Dans le dernier cas, nous captiver avec une histoire de cheerleaders (pom pom girls), il faut être drôlement forte !
Oui, Megan Abbott est une grande romancière. Amitiés.

Serge 31 30/08/2014 17:01

Salut Claude
Comme annoncé, un petit bond en arrière dans tes chroniques, car j’ai profité de mes vacances au sud du sud (= Vendée) de ta chère Bretagne pour découvrir l’univers de Megan Abbott, à travers la réédition poche de ce 1er roman. Coup de cœur de mes lectures estivales !... J’ai été emballé par l’intrigue et l’ambiance, bien apprécié l’écriture sèche et directe. Et puis, quels magnifiques portraits de femmes (Lora, Alice, et la pathétique Lois) : pas si fréquent que ça dans le polar. En relisant tes échanges avec Cynic, je penche plutôt de son côté pour l’ambiguïté et j’adhère à son expression « d’inceste affectif ». Il y a plus que de la protection d’une ascension sociale dans l’acte final de Lora, bien gangrénée par la débauche hollywoodienne, comme tu la nommes, et qui, à mon avis, rejoint la fange. Voir, dans les dernières pages, le contenu de la lettre envoyée par Alice à Lora … Et puis, à deux reprises dans le texte, Alice prétend avoir l’impression d’être suivie. C’est vrai, elle l’est par Cudahy. D’une certaine manière, aussi par Lora, lorsque celle-ci décide de l’épier. Mais ce qui m’a troublé, c’est lorsqu’Alice en parle la 2éme fois : dans la très forte scène finale du roman, en fait un flash back, comme pour mieux mettre en exergue la déchéance de Lora. Si « l’impression d’être suivie » était celle d’être copiée, imitée, voire remplacée… par Lora, bien sûr, qui n’a de cesse, pour seule dérisoire défense, de scander : « Je n’ai pas ça en moi… Je n’ai pas ça en moi… ».
Interprétation personnelle, mais qui, avec les vôtres, démontre bien la finesse des liens tissés entre les personnages, propice à tous ces échanges. C’est l’apanage des grand(e)s, ce qu’est assurément Megan Abbot, dont je ne vais sans doute pas tarder à lire « Absente », son 2éme roman.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 01/12/2011 06:45



Salut Caroline


Difficile de connaître les arcanes de l'édition, en l'occurence. Il me semble que c'est Patrick Raynal qui avait présenté "Absente" chez Sonatine. Ensuite, l'équipe
actuelle du Masque (avec Marie-Caroline Aubert, sauf erreur) fait preuve ces derniers temps de choix avisés. Il est clair que Megan Abbott ayant déjà conquis un public, c'est une excellente
recrue. Le catalogue Sonatine n'est pas dépourvu de très bons auteurs, également.


Amitiés.



cynic63 29/11/2011 18:45

Ah mais ça, on est d'accord: il y a aussi cet aspect "social" très important. Cette sorte de séparation invisible mais bien réelle entre deux mondes aux antipodes.
J'avais utilisé l'expression "ne pas couper le cordon" pour Lora.
Attendons le prochain en souhaitant qu'il soit traduit (ce qui me semble plus que probable vu que le Masque a exhumé ce premier roman très réussi).
Bonne continuation!!!

Claude LE NOCHER 29/11/2011 20:14



Mon cher Cynic


Tu sais bien que nous sommes globalement d'accord sur beaucoup de lectures. Avec ces petits détails que nous pouvons interpréter chacun à notre manière.


Ce n'est pas à toi que j'apprendrai combien les codes ont pesé (et pèsent encore) sur les diverses strates de la société américaine (voir Eric Miles Williamson). En
effet, Lora "ne coupe pas le cordon", car telle est son éducation, son parcours de vie. Elle est troublée mais ne bascule pas dans le camp de la débauche, pour les mêmes raisons.


Il me semble avoir lu que les autres romans de notre petite Megan Abbott adorée seraient plus "contemporains". Malgré tout, je doute qu'elle nous déçoive.
Quant au Masque, leur intérêt est de poursuivre les traductions, vu qu'elle a déjà un vrai public.


Amitiés.



cynic63 29/11/2011 17:02

Re-Claude,
J'entends tout à fait ce que tu dis mais (et je ne voudrais pas dévoiler l'intrigue plus que ça)ce que fait Lora à la fin me semble dépasser le simple stade de la protection. Encore une fois, je ne
mets pas d'inceste "effectif" là-dedans mais bien un du genre "affectif", dénué de jalousie, tu as raison, mais quand même...Mais toutes les lectures sont possibles je suis bien d'accord

Claude LE NOCHER 29/11/2011 17:22



Bis, Cynic


Sur la fin (sans en dire trop en effet) je vois quand même un acte de protection vis-à-vis de son frère. Tous essaient, y compris Joe Avalon, de se sortir de cette
affaire sans dégâts. Lora choisit une solution (que je ne dévoillerai pas) dans la logique de sa relation avec Bill. Pour préserver les efforts qu'il a fait pour grimper socialement, et parce
qu'elle est sa soeur.


Il n'est pas interdit d'y voir de l'ambiguïté, c'est vrai, mais Lora représente la société saine face à la débauche hollywoodienne incarnée par Alice, Lois et
compagnie.


Amitiés.



cynic63 29/11/2011 12:20

Salut Claude,
Oui, c'est très bien (voire très, très bien) mais pas aussi bon que le dernier (au niveau de l'écriture pas de la construction).
Par contre, pas vraiment d'accord quand tu parles de "relation sans ambiguïté" entre Lora et Bill. Ca flaire le pas net cette affaire (attention: je ne parle pas de passage à l'acte mais d'une
sorte "d'inceste affectif" en tout cas).
Amitiés

Claude LE NOCHER 29/11/2011 15:58



Salut Cynic


Il est vrai que "Adieu Gloria" était magistral, pour nous qui apprécions ces références.


"Relation sans ambiguïté" ? Je fais moi-même partie d'une famille ne comptant que deux enfants, ma soeur et moi, avec peu de cousinages. Il a toujours existé entre
nous, une relation protectrice forte et mutuelle, très concrète face à diverses difficultés de la vie. Evidemment, rien de comparable au sujet de ce roman, mais je partage assez l'instinct de
protection qui habite Lora et son frère. Ils sont soudés, pas comme un couple (rien d'incestueux, ni d'exagérément affectif), plutôt par un parcours
solidaire. Lora ne traite pas Alice en ennemie de leur duo. Elle n'a pas du tout le même vécu qu'eux, donc aucune chance que Lora la considère telle une soeur. C'est, en tout cas, ainsi
que je l'ai lu.


Amitiés.  



Pierre FAVEROLLE 29/11/2011 09:51

Salut Claude, je l'ai fini ce week end, et je me disais : Tiens, Claude ne l'a pas encore lu ? Je l'ai trouvé aussi très bon, un peu moins maitrisé que Adieu Gloria mais impressionnant pour un
premier roman. Amitiés

Claude LE NOCHER 29/11/2011 11:44



Salut Pierre


J'ai pris un peu plus de temps pour l'apprécier, vu que j'adore l'excellente Megan Abbott.


Un roman très très bien construit, quand même. Par exemple, corser l'intrigue avec le cas d'Edie Beauvais (épouse dépressive d'un collègue de Bill), c'est fort bien
pensé. Mon seul bémol serait sur le titre "français", l'établissement en question apparaissant peu. Sinon, pas grand chose à reprocher à ce premier roman, bien au contraire.


Amitiés.


 



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