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21 septembre 2010 2 21 /09 /septembre /2010 05:55

  

Dans ses deux premiers romans, Michel Vigneron utilisait une tonalité dure. Le puits de la perversion, son nouveau titre chez Polars en Nord, décrit un monde actuel d’un réalisme profondément noir.

Patrice Orca est policier au commissariat de Boulogne-sur-Mer. À cause de la noirceur à laquelle il est confronté, Orca ne cache pas une certaine froideur confinant au cynisme. Qu’il s’agisse d’interventions extérieures ou d’interroger un suspect, les méthodes de ce flic s’avèrent souvent percutantes. Arrestation mouvementée pour un violeur qui se suicide peu après avec l’arme d’un gardien. Audition d’une femme battue, entraînant bientôt les aveux du mari. Procédure annulée dans ce dernier cas, pour vice de forme. Série d’agressions violentes sur des personnes âgées, par un cruel trio de manouches. Tel est le quotidien professionnel d’Orca. Par ailleurs, sa vie de famille est un complet ratage. VIGNERON-2010Il trouve un peu d’écoute auprès de sa maîtresse, Ariane, relation sans passion. Une vie insatisfaisante pour un flic d’action. Aussi se défoule-t-il en cognant sans pitié le mari brutal trop vite remis en liberté. Celui-ci porte plainte contre Orca, qui est mis en garde à vue. Ariane a heureusement bien compris que si on lui demande son témoignage, c’est pour offrir un (faux) alibi à Orca.

Éducateur dans un foyer pour jeunes en difficulté à Calais, Jean affiche envers tout le monde une bienveillance appréciée. Par exemple, il est compréhensif vis-à-vis du jeune Pascal, cabossé de la vie, qui se fait du fric d’une façon guère orthodoxe. Pourtant, le caractère profond de Jean est à l’opposé de cette façade. Il déteste ses collègues, sa mère atteinte d’Alzheimer, et sans doute le monde entier. Il n’aime que la domination et la force dans les rapports sexuels. Ne dédaignant pas les expériences homosexuelles, il prend plaisir à violer les femmes. Quant aux jeunes mineurs, il éprouve aussi de l’attirance pour eux.

Raymond Verbecq est boucher à Calais. Depuis que son épouse a été retrouvée morte dans leur puits, il élève seul sa fille de seize ans. On peut penser qu’il s’occupe bien d’elle. Face aux profs ayant remarqué que le niveau scolaire de sa fille baissait, il promet d’y veiller. Il n’y a qu’à son journal que l’adolescente confie sa véritable situation. Depuis des années, elle est l’esclave sexuelle de son père. Il assouvit ses besoins sans se poser de question, en maître pervers. Souvent, la jeune fille pense au suicide de sa mère, comme si elle l’appelait. Elle résiste moralement, bien que ces images du puits la hante de plus en plus.

Le policier Orca finit par découvrir une piste le conduisant aux agresseurs de personnes âgées. Il s’agit bien d’un petit caïd manouche et de ses deux sbires. Il réussit à les prendre en filature, sur un flagrant délit d’agression. Il les tient au bout de son arme, devrait les buter sans attendre. Gravement blessé lors de cette intervention, Orca frôle la mort. Surmontant l’épreuve, il entreprend de fouiller dans la vie du violeur qui s’est suicidé dans leurs locaux. Voyant la photo d’un enfant Rom aveugle, il sent comme un message, un appel au secours. Une sensation qu’il attribue à son expérience de ­mort imminente. Son enquête l’entraîne d’un camp de Roms jusqu’à Calais…

Les amateurs d’ambiances sous analgésiques et d’investigations aseptisées sont priés de choisir un autre roman. Outre de violentes agressions crapuleuses, on évoque ici crûment des crimes et délits sexuels, des dérives perverses extrêmes, une lourde affaire d’inceste. On patauge dans le sordide, dans les bas-instincts, ce que la nature humaine peut produire de plus rebutant. Avec des personnages toujours animés d’envies plus glauques, secrètement fiers de leurs exploits, pour eux autant d’expériences hors normes. Il est bon qu’on nous les présente ainsi, ayant une vie sociale ordinaire, puisque ça semble être le cas de la plupart des prédateurs daujourd’hui. En face, un flic qui n’a rien d’exemplaire, qui ne cherche pas à attirer la sympathie. Un homme d’action jusqu’au-boutiste jouant au nettoyeur. N’espérons guère de tendresse ou de drôlerie dans ce climat âpre, sale, d’une féroce dureté. Un bon suspense sombre, mais s’adressant à un public capable de prendre une certaine distance avec cette histoire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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