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31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 05:50

 

Le qualificatif de roman noir est parfois galvaudé, englobant de bons romans d’enquête ou des aventures à suspense. À ces histoires-là, aussi sympathiques et convaincantes soient-elles, il manque un élément crucial. Car un véritable roman noir comporte une vision sociétale, un regard sur la réalité du monde. L’intrigue criminelle, plus ou moins présente, est liée au contexte social. Parmi les nouveautés en format poche, deux titres répondent impeccablement à cette idée.

 

Marin Ledun : "Les visages écrasés"

LEDUN-Points12À Valence, dans la vallée du Rhône, cette plate-forme d’appels conseille et vend des produits téléphoniques et des forfaits Internet. Une forte pression s’exerce ici sur les salariés, dans ce secteur économique très concurrentiel. Âgée de quarante-deux ans, le docteur Carole Matthieu est le médecin du travail intégré à cette société. Chaque jour, elle reçoit des employés surmenés, des patients au bout du rouleau. Elle suit de près chaque cas, mais n’a pas empêcher plusieurs tentatives de suicide, ainsi qu’une mort par pendaison. Fragilisée elle-même par cet univers sous tension, Carole Matthieu se gave de pilules sédatives. Sauver ces gens est devenu une mission sans fin, au détriment de sa relation avec sa fille. Elle doit souvent s’opposer à l’intransigeante direction de la plate-forme, ainsi qu’aux représentants syndicaux, trop dans la négociation à son avis.

Vincent Fournier était exemplaire de l’incapacité des salariés à surmonter leur stress. Rétrogradé dans ses fonctions, il devint suicidaire. Tenter de soutenir le moral de Fournier ne servait plus à rien, il était fichu. Ce vendredi soir, Carole l’a abattu par arme à feu. Pour le soulager définitivement, comme pour dénoncer les méthodes de management de l’entreprise. Le vigile Patrick Soulier n’a trouvé le cadavre que dans la journée de dimanche. Le lundi s’annonce particulièrement difficile pour Carole. Elle a bien songé à avouer le crime, avec ses motivations. Elle doit encore tenir, grâce aux pilules, pour aider les autres employés. Pour la direction pas question de stopper l’activité de la plate-forme. Le policier Richard Revel est chargé de l’enquête sur le meurtre de Vincent Fournier. Il ne cache pas son attirance envers Carole. Celle-ci en joue pour ne pas être inquiétée, puis pour qu’il prenne connaissance des dossiers médicaux des employés les plus touchés. Également proche du suicide, Hervé Sartis fait partie de ceux que Carole tente de sauver. Une solution trop tardive sans doute, car il risque fort de récidiver…

Ce roman a été récompensé en 2011 par le Trophée 813 et par le Grand Prix du roman noir de Beaune.

 

Eric Miles Williamson : "Bienvenue à Oakland"

WILLAMSON-Points12Pourquoi T-Bird Murphy végète-t-il dans un garage individuel de Warrensburg, Missouri, planqué au milieu de nulle part ? Ça ne vous regarde pas. À travers cette histoire, il vient vous raconter son existence et celle du petit peuple d’Oakland. D’origine irlandaise, né entre les Noirs et les Mexicains des pires quartiers de la ville, il revendique cette promiscuité. Jouer de la trompette avec un orchestre mexicain lors d’un quinceanera, voilà un aspect qu’il aimait à Oakland. Et la solidarité entre pauvres quand, alors gamin, il se fit arnaquer par FatDaddy Slattern, ça c’était quelque chose.

Les privilégiés de l’Amérique idéale, T-Bird leur crie sa rage. Sa détestation de leur conformisme, de leur décor trop propre, de la certitude de leur puissance. Ça le met en colère de savoir qu’ils liront ce livre. Ces lecteurs érudits vont-ils percevoir ce qu’est la dureté de la vraie vie d’en bas ? Où les salaires minables ne satisfont les besoins qu’au jour le jour. Peuvent-ils comprendre pourquoi on a le droit à la vulgarité, quand on trime dans les plus sales boulots et, qu’après, on se réunit pour se saouler dans le bar de Dick ? Tout est si parfait dans les Etats-Unis de l’élite. Sauf qu’aucune vie de couple n’est plus possible, estime T-Bird. Il a bien tenté d’accéder à la supposée normalité, métier stable, gentille petite famille, maison proprette, et tout ça. Mais autour de lui, rien que des épouses n’ayant d’autre but que de gruger les maris. L’exemple le plus éloquent, ce fut Blaise et Ashley. En le quittant, Lashley ruiné tout espoir chez leur pote Blaise. T-Bird et ses amis de chez Dick ont fait appel à Jorgensen, pour savoir ce qui n’allait pas avec Blaise. Une mission menée avec la rigueur militaire indispensable, mais Jorgensen a quand même échoué.

T-Bird ne garde que bons souvenirs des Hell’s Angels. Faut dire que sa mère était diablement accueillante avec ces motards. Donc, lui, il était un peu leur fils, à tous. Les Mexicains aussi, ils ont toujours été amicaux avec T-Bird. Il respecte avant tout leur tradition musicale : Leur musique, c’est pas un truc qu’ils ressortent une fois par an des archives ou d’un musée, non, elle est vivante, là, à notre époque, et elle fait absolument partie de leur vie. Il évoque encore le vieux Duke Hammerback, septuagénaire comme Myrtle. Si elle s’est réfugiée dans les croyances religieuses, l’ironique Duke a une conception plus personnelle d’une heureuse fin de vie. T-Bird a également été conducteur de camion-poubelle, un job très chic. C’est encombrant comme engin, mais ça peut servir de domicile…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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commentaires

valcogne 29/10/2012 12:55

C'est vrai, je m'attendais à un polar au sens propre, mais ça ne m'empèchera pas de lire d'autres oeuvres de cet écrivain, au contraire, et de continuer mes découvertes grâce à vos avis. J'ai lu
ces derniers temps les trois bouquins de "La première loi" de John Abercrombie, plutôt Fantasy et SF, et vais me pencher sur d'autres auteurs que vous chroniquez. J'avais adoré "Le lien conjugal"
en son temps et la belle adaptation qu'en avait fait Peckinpah sous le titre authentique "The Gateway" et j'essaierai d'aborder la nouvelle traduction. Bone journée.

Claude LE NOCHER 29/10/2012 15:56



Merci de la visite. "L'échappée", dans la nouvelle traduction de "Le lien conjugal", donne un roman probablement plus dense, plus affiné, qui mérite bel et bien une
lecture.


Amitiés.



valcogne 29/10/2012 10:22

J'ai donc lu le brûlot de Eric Miles Williamson. Pas vraiment un polar 100% dans la mesure où il n'y a ni intrigue, ni enjeux, ni coups fourrés, ni flics etc...Une très forte description d'un monde
oui, et un peu lassante de ci de là à cause de répétitions. La lecture est aisée, le style excellent, ce livre est fort mais j'espère pour le héros qu'il verra un coin de ciel s'ouvrir parce que
vivre continuellement de la même manière et toujours connaitre la même fange n'est pas forcément un idéal.

Claude LE NOCHER 29/10/2012 10:49



Bonjour. C'est là que le qualificatif "roman noir" prend plus de sens que "polar", en effet. Noire description de l'univers de ce personnage (on n'ose pas dire : ce
héros), qui semble bien empêtré pour longtemps dans cette misère. Rage sans doute répétitive, mais qui va dans le sens de son médiocre sort. Pourtant, son idéal était bien de former un couple
simple et solide.


Amitiés.



valcogne.over-blog.com 21/10/2012 13:57

Merci de parler de ces livres de poches, au prix accessible, pour être franc. Je les ajoute à ceux que j'envisage de lire. Si je me souviens bien, Points a édité pas mal de chef d'oeuvre du genre
dont "Necropolis" et tous les Herbert Lieberman, donc c'est encourageant. Bon week end.

Claude LE NOCHER 21/10/2012 17:53



Bonjour. Même si j'évoque des nouveautés grand format, je n'ignore pas que les budgets lecture ne sont pas extensible. C'est pourquoi je chronique assez souvent des
"poche".


"Necropolis" est aujourd'hui proposé en format Point.2 (11,90€) chez Points.


Amitiés.



cafardages 22/06/2012 18:19

excellent ! sacré choix et d'ailleurs on va parler un de ces 4 de Williamson. Impressionnant aussi le livre des "visages écrasés"

Claude LE NOCHER 23/06/2012 06:49



Salut les Cafardeurs Enchaînés


Williamson, c'est de la culture coup de poing, aucun doute. Violent réalisme aussi chez Marin Ledun, qui va publier à la rentrée "Dans le ventre des mères", du
solide également.


Amitiés.



holden 04/06/2012 22:35

ytahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh
mes 2 ecrivains, pref, avec willocks, brun, le pape,le mairezzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
bon sinon ca boum, lisez chrisian rouc c'est de la bombe baby
a ++++++++++++++++++++++++++

Claude LE NOCHER 05/06/2012 06:48



Salut Holden


Toujours aussi calme, hein ? Le dimanche de Pentecôte, j'ai discuté avec notre camarade Marin Ledun à Penmarch. Nous avons eu une pensée clin d'oeil pour toi
!


Amitiés.



Pierre FAVEROLLE 31/05/2012 21:17

Salut Claude, j'ai aussi mis en avant ces deux sorties qui doivent être indispensables pour tout amateur de noir. Indispensable ! Le livre de Eric Miles Williamson est une de mes lectures les plus
fortes de ces 10 dernières années. Amitiés

Claude LE NOCHER 01/06/2012 08:35



J'ai vu ça, mon cher Pierre ! Si j'appartenais au Jury du prix attribué par points, je classerais ces deux titres en tête, sans hésitation (même si d'autres sont
aussi d'excellent niveau).


Raconter correctement des histoires solides, c'est déjà bien. Y ajouter une véritable "écriture" comme Eric Miles Williamson, c'est le summum.


Amitiés.



La Petite Souris 31/05/2012 20:50

je suis d'accord à 100% avec ta définition du roman noir, que je trouve moi aussi un peu galvaudé. J'ai l'intention de lire très prochainement Eric Miles Willamson, parce que c'est un roman
noir......très noir !!! et j'avoue que j'adore ca !! Marin Ledun je compte aussi le lire, mais celui ci je vais peut être encore attendre un peu. Lire autre chose de lui avant. Ya comme ca des
romans que j'ai besoin de laisser mûrir, histoire que l'envie me gagne peu à peu. ^^ Amitiés mon cher Claude, j'espère que tu trouves un peu le temps de profiter de ce " enfin" beau soleil !!!

Claude LE NOCHER 01/06/2012 08:38



Salut Bruno


J'ai tenu à associer ces deux titres, majeurs selon moi, puisqu'ils sortent en poche au même moment. Et parce qu'il s'agit d'authentiques romans noirs, c'est
évident. Je retiens la notion que tu évoques, de "laisser mûrir". C'est capital pour apprécier certains auteurs. Si je prend l'exemple de Thomas H.Cook, un de nos préférés, je crois que c'est
aussi le cas. Ne pas vouloir dévorer des bouquins dont on parle, mais attendre un peu pour les apprécier.


Amitiés.



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