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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 15:33

En guise de suite à l'article précédent sur les ennuis judiciaires de Lalie Walker, retour sur un article diffusé sur Rayonpolar.com. En 2006, j'avais posé la question suivante à plusieurs romanciers : "Réel ou réaliste, dans quelle mesure le roman doit-il être le reflet de la réalité ?" Voici un extrait de leurs réponses :

Didier Daeninckx : « … Et si je lis tout azimut, l'écriture est pour moi une tentative de porter un peu de lumière dans les ténèbres du réel. En y projetant des personnages dont le parcours me permet de voir un peu plus loin que dans la vie normale. Et force est de constater que si les écrivains du 19e siècle parvenaient encore à obtenir ce "reflet du réel", cette empreinte des temps présents dans le miroir promené au bord du chemin, nos surfaces réfléchissantes (les romans) ne captent que du noir.»

Roland Sadaune : « Pour ma part, utilisant régions, départements ou villes comme héros bis de mes intrigues, je suis fidèle au décor. Au réel. J'y parachute des personnages. Il m'est indispensable de conserver la part de fictions des protagonistes. Mais par essence, réaliste, je prends en compte les phénomènes de société et les adapte à l'environnement et aux intervenants périphériques. Ce qui me permet de laisser filtrer certaines idées, à mes yeux, objectives. Coller à la réalité, oui mais une réalité plus événementielle que politique. Et sachant ménager une large plage de rêve.»

Laurence Biberfeld : « Peut-être que ce qu'on appelle une écriture réaliste consiste juste à éviter de tartiner nos fictions de fantasmes trop convenus ou de stéréotypes trop grossiers, qu'il s'agisse de personnages ou de situations. De toute façon le reflet n'est pas la réalité, c'est une réalité cadrée et inversée. Un roman pertinent, réaliste ou pas, serait alors un roman convaincant dans son choix narratif, esthétique, et dont la forme servirait au mieux le propos.»

DOSSIER-REELPascal Martin : « La cohérence des personnages dicte souvent leur conduite contre la volonté de l'auteur. C'est ce que j'ai découvert. Il arrive donc que le roman et son intrigue rejoignent le réel et, finalement, ce n'est guère surprenant. Je trouverais simplement dommage d'en faire un dogme. Je reste néanmoins persuadé que le roman, et particulièrement le roman noir, reste le meilleur reflet d'une époque.»

Dominique Sylvain : « L’intéressant, c’est justement quand un auteur évoque une réalité proche de la nôtre et, dans le même temps, nous la fait voir sous un angle complètement nouveau. Un effet de proximité/distance difficile à réussir […] D’autre part, j’avoue avoir un faible pour les auteurs qui osent se coltiner à la réalité, même s’ils en donnent une version subjective. Ils sont les plus courageux d’entre nous.»

Gérard Alle : « La littérature est là au moins pour nous proposer d'aborder les choses sous un angle inattendu. Tout part du réel, l'important c'est de ne pas y rester. Le reflet pur et simple de la réalité est sans intérêt. Il faut pour le moins que le reflet trouble nous trouble, que le miroir déformant nous déforme.»

Claude Amoz : « En tant que lectrice, je ne peux pas, je ne veux pas choisir. Réalisme ou non, ce n'est pas le critère que je retiens. Tout me plaît, à condition qu'une certaine magie opère. Magie qui, comme toute magie, ne peut se définir: disons que c'est la rencontre d'un style, de personnages, de thèmes... avec la sensibilité du lecteur.»

Serge Quadruppani : « Le roman « est », avec l'évidence d'une belle musique, quand il réussit à atteindre la vérité des êtres et d'une époque. Le réalisme est une convention comme une autre pas plus capable d'atteindre le réel qu'une autre. De grands auteurs y sont parvenus, je note que leur "réalisme" comporte toujours, qu'ils le veuillent ou non, une part de fantastique (quoi de moins "réalistes" que les dernières pages de « l'Education sentimentale » ou les premières de « La Position du tireur couché »?)

Max Obione : « Je dirai par boutade que le roman est toujours le reflet de la réalité, mais il faut savoir de quelle réalité il s’agit : la réalité des faits décrits dans un contexte historique donné, c’est à dire un vérisme des situations et des personnages, dans la grande veine naturaliste à la Zola ou du néo polar ? La réalité de l’écrivain - en tant qu’écrivant dans un contexte donné - qui, quand bien même son œuvre serait éloignée de la réalité sociétale, révèle et témoigne de son temps.»

Serge Le Gall : « Je me nourris de réalité, celle des autres, celle qui est la mienne, celle aussi qu'on me fait prendre comme telle sans toujours y déceler l'honnêteté que j'y rechercherais si je faisais oeuvre de vérité. Si le roman n'était que la réalité qu'on nous propose dans toute sa nudité, nous n'aurions pas la possibilité d'en grossir le trait, d'en déformer la perspective, d'en gommer les effets qui nous dérangent, d'en faire celle qui devient la nôtre et que nous livrons au lecteur. L'intérêt est la juxtaposition de réalités différentes pour les faire s'affronter, se mélanger pour en définir une vision pseudo commune.»

Lalie Walker : « Partir d'un reflet de la réalité, c'est partir du point de vue d'un observateur qui, observant le réel, va le modifier par le simple fait de son observation. De là, soit l'auteur extrait du réel ce qui n'était alors pas encore perceptible, du moins pas au premier coup d’œil, ce qui peut rendre ce réel encore plus réaliste, plus vivace ; soit il s'en éloigne et, partant, exprime sa part de réel accolée au réalisme social, économique, criminel, psychologique, historique. Une part de non réel qui, parfois, apparaîtra bien plus réaliste que le pur réalisme.»


L’article complet est ici :
http://www.rayonpolar.com/Dossiers/article/19.pdf

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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Xavier 06/03/2010 10:14


"Reflet de la réalité?" D'abord, tout simplement, on peut se demander ce qu'est la réalité. Je penserais qu'elle n'existe pas, chacun a sa réalité. On voit le monde à travers son prisme, sa grille
de lecture, ses bagages intellectuels, culturel, etc... Article fort intéressant avec des réflexions diverses


Claude LE NOCHER 06/03/2010 11:50


Salut Xavier,
Sur Action-Suspense, c'est un condensé avec (me semble-t-il) des extraits significatifs. L'article est donc sur www.rayonpolar.com
Vu l'actualité de Lalie Walker, je place cet article pour montrer (comme tu le dit) que chacun a sa réalité, son approche de la vie, et que les romanciers "s'inspirent de..." plutôt qu'ils ne
copient la réalité (en général).
Amitiés.


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