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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 06:12

 

Bien qu’il ne s’agisse pas de fictions, deux ouvrages documentaires récemment publiés s’adressent aux lecteurs de polars. L’un raconte la conception du monde réel de l’espionnage, vue par un ancien professionnel. L’autre reprend plusieurs études sur le roman noir. Une autre manière, analytique, d’aborder le thème.

Dans la collection Sagesse d’un métier, les Éditions l’Œil neuf présentent le livre d’Alain Chouet La sagesse de l’espion (2010)

C’est ne rien comprendre que d’accuser les services secrets de faire "dans l’illégalité". Le fait est évident. Ils ne font même que cela. C’est leur vocation et leur raison d’être. Le renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des autres. Le problème n’est pas d’obtenir, fût-ce avec virtuosité, ce que les autres peuvent dire ou montrer, mais bien ce que leurs lois, leurs coutumes ou leur environnement social leur interdisent formellement de communiquer ou de faire. DocuCHOUETConsidérant cette fin, il va de soi que les moyens mis en œuvre seront en rapport : manipulation, séduction, corruption, violence, menace, chantage, au terme d’un processus qui aura mis à nu toutes les facettes de l’objectif visé, pénétré son intimité, exploité toutes ses vulnérabilités.

Né en 1946 à Paris, Alain Chouet est entré à la DGSE en 1972. Il a longtemps servi en postes extérieurs au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe avant de diriger le Service de renseignement de sécurité chargé de la lutte anti-terroriste, de la contre-criminalité et du contre espionnage à l’étranger.

Voici un extrait du début de cet ouvrage.

« L’Histoire humaine est plutôt fertile en affaires d’espionnage et de renseignement (…) Mais si l’histoire des espions se perd dans la nuit des temps, elle reste largement celle d’individus isolés, marqués du sceau du destin et en général voués à un sort funeste. En revanche, les services d’espionnage organiquement constitués, disposant de personnels, locaux, budget et moyens permanents sont de création très récente. Les plus anciens datent du début du 20e siècle. La France attendra 1946 pour se doter d’un service de renseignement à vocation généraliste et planétaire, le SDECE. Il n’est nul besoin de se livrer à des analyses sociologiques fines pour concevoir que, si les services de renseignement n’existaient pas, c’est tout bêtement parce qu’ils ne correspondaient pas à un besoin.

Jusqu’à la moitié du 20e siècle, les unités politiques, économiques et sociales étaient suffisamment statiques, isolées, indépendantes, pour ne pas avoir à intervenir de façon subtile dans la vie de leurs voisins, concurrents ou adversaires. La concurrence politique et économique entre systèmes autarciques, protectionnistes et centralisés ne pouvait se résoudre que par la menace ou l’exécution d’affrontements armés et violents. Au mieux pouvait-on espérer repousser les échéances par le jeu de quelques ambassadeurs habiles ou des alliances, y compris matrimoniales, savamment orchestrées.

Dans ce contexte la classe guerrière, et plus tardivement la diplomatie, instruments ultimes du pouvoir de l’État, disposaient d’un statut social reconnu et privilégié. La noblesse était avant tout d’épée. Les casernes ont encore aujourd’hui quelque nostalgie du sang bleu et les annuaires diplomatiques ne sont pas chiches en particules. La guerre et la diplomatie, modes ordinaires de relations entre les peuples, ont été rapidement normalisées par des ensembles de lois communément acceptées et généralement respectées, qui ont trouvé leur origine dans les traités de Westphalie et d’Utrecht et leur achèvement dans les Conventions de Genève et de Vienne.

L’espion était évidemment hors de ces normes. Son utilisation se bornait au besoin ponctuel du chef de guerre d’être informé des dispositions de l’armée adverse ou à celui du Prince de percer les intentions malveillantes du potentat voisin. Comme on ne passait quand même pas tout son temps à préparer des batailles ou à ourdir des complots, la fonction était intérimaire et, puisqu’il faut bien vivre, mercenaire. Le métier n’y gagnait pas en prestige. Affranchi des allégeances personnelles qui constituaient le seul fondement des sociétés antérieures à l’idée nationale, l’espion était littéralement un individu sans foi ni loi, félon par définition, gibier de potence par destination...»

http://www.sitedit.eu/mutu/oeil9/index.php?sp=liv&livre_id=51

 

DOCU-Manières de NoirLes Presses Universitaires de Rennes publient donc un livre consacré à l’étude de la fiction policière contemporaine. Sous la direction de Gilles Menelgado et Maryse Petit, Manières de noir mène l’enquête sur le roman policier : à quoi sert-il aujourd’hui ? Quelle a été son évolution depuis les années 70 ? Quelle est sa place actuelle dans la littérature ? La contamination par le "Noir" de la littérature générale est examinée ici, à travers les œuvres d’auteurs européens et américains contemporains, tels que Fred Vargas, Thierry Joncquet, Didier Daeninckx, Ian Rankin, David Peace, Henning Mankel, les frères Vaïner, James Ellroy, Jerome Charyn, Michael Connelly, etc, mais également celles d’écrivains mainstream comme Graham Swift, Kasuo Ishiguro ou encore Patrick Modiano, eux aussi séduits par la "manière noire" qui participe à divers degrés de leur imaginaire fictionnel.

Parmi les thèmes abordés : de Delphine Cingal, "Lectures du corps : de Sherlock Holmes à Kay Scarpetta"; de Mchèle Witta, "Le roman policier historique : une anomalie ?"; de Stéphanie Benson, "La langue étrange de David Peace ou l’exilé du Yorkshire"; de Maryse Petit, "Harry Bosch ou la stratification du monde" (Michael Connelly); de Léo Lapointe, "«Donnez-nous notre pékin quotidien» la polarisation du monde comme produit d’une rencontre"; de Françoise Abel, "Nostalgie des valeurs-valeur de la nostalgie chez M. V. Montalban"; de Maria Dolorès Vivero García, "L’humour dans l’enquête criminelle chez Fred Vargas"… et bien d’autres sujets développés.

348 pages et un cédérom (Paroles d’écrivain: Tanguy Viel - Dominique Manotti - Fred Vargas - Freddy Michalski (traducteur) - Table ronde avec Léo Lapointe, Philippe Huet (écrivains) et Gilles Guillon (éditeur).

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2408

 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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