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27 décembre 2009 7 27 /12 /décembre /2009 07:16

 

Publié dans la Série Noire en 2009, le roman de Thierry MarignacRenegade Boxing Clubest sans doute un peu hors norme, sûrement atypique. Avant tout commentaire, le plus simple consiste à en résumer l’histoire.

MARIGNAC-SNEmployé de la Croix-Rouge en Russie, Dessaignes est obligé de négocier avec la pègre, qui détourne des médicaments destinés à une clinique caritative. Quand un commando de police prend d’assaut ses locaux, Dessaignes est interrogé sur ses liens mafieux. Bien qu’il nie toute collusion, il est bientôt expulsé du pays. La Croix-Rouge ne tarde pas à le virer. À Paris, Dessaignes retrouve l’avocat Oleg Kribanov. Le Russe défend les intérêts de l’ONG Nature-CEI, qui a besoin d’un traducteur à New York. Dessaignes hésite avant d’accepter ce poste, mais c’est une opportunité de rebondir. Arrivé aux Etats-Unis, Dessaignes va devoir passer une série de tests et d’examens, afin d’obtenir l’agrément de traducteur auprès des tribunaux. Il devrait être prêt à l’époque d’un procès où plaidera Kribanov.

Dessaignes s’installe dans un logement à Greenville, New Jersey. Ce quartier, c’est la Ville Noire, largement gangrenée par la délinquance. Un Blanc n’y est pas facilement accepté. Denise, la concierge Noire de son immeuble, sympathise rapidement avec lui. Grâce à elle, il devient légitime dans le quartier, y compris à la bibliothèque locale. Dessaignes fait la connaissance de Big Steve, un ancien boxeur. Dans une cave digne d’une forteresse, celui-ci a créé une salle de boxe. Toutefois, le “Renegade Boxing Club” peine à être reconnu dans le monde de la compétition : “Pas de palmarès, pas de traces, pas d’existence légale.” Pourtant, plusieurs jeunes sont prometteurs. Dessaignes se défoule au club de boxe, tout en commençant les tests avant les examens pour l’agrément.

Après l’avoir laissé sans nouvelles, l’avocat Kribanov finit par lui confier une traduction pour le dossier du procès à venir. Curieuse affaire, où un nommé Khalimov est accusé de trafic de pétrole, alors qu’il se présente comme militant scientifique défenseur de la nature. S’il n’ignore pas les subtilités de la société russe, Dessaignes a du mal à comprendre l’enjeu réel du procès. Durant les tests, il doit être prudent avec le sudiste Anthony Thomas Lee, examinateur qui semble se méfier de lui. Côté boxe, Dessaignes devient “l’assistant” de Big Steve, en vue des combats des Golden Gloves.

Quand un jeune dealer Noir se fait pincer, la police débarque dans l’immeuble de Denise. Dessaignes aide la concierge à limiter l’impact de l’affaire. Lorsqu’il obtient son premier diplôme, avant d’être agréé, Dessaignes rencontre l’associé de Kribanov, l’avocat suisse Schweitzer. Avant d’être engagé, le traducteur subit un interrogatoire serré. Il suffisamment lucide pour y faire face, même s’il finit par s’énerver. Quand on lui confie un document, pièce à conviction du futur procès, il comprend vite l’importance de sa traduction. En parallèle, il entraîne toujours les jeunes boxeurs qui espèrent sortir vainqueurs des Golden Gloves…

Ce riche roman est à l’opposé d’une intrigue monolithique qui dominerait le récit. Plusieurs thèmes sont abordés, se complétant dans une étrange harmonie. Il est question de manipulation, grande spécialité russe, avec la difficulté de cerner la frontière de l’honnêteté. L’acceptation de l’autre et une forme d‘entraide, tel est le rapport entre Dessaignes et Denise. Celle-ci incarne un mélange de fragilité et de force, c’est dire que le personnage est attachant. Solidarité encore et sens de l’amitié, avec Big Steve et ses protégés. Ces boxeurs quasi-clandestins ont-ils la moindre chance d’obtenir la reconnaissance qu’ils méritent ? Soulignons aussi l’ambiance d’un quartier déshérité de la mégapole new-yorkaise. Petit commerce miteux ou délinquance médiocre, chacun utilise ses atouts pour y survivre. En ce qui concerne le héros lui-même, on comprend qu’il s’agit du parcours qui l’amène à trouver sa vraie place dans la société. Dessaignes est traducteur; c’est le métier de Thierry Marignac, qui en profite pour nous initier aux nuances de la traduction. Un roman noir vraiment convaincant.
Lire aussi la chronique sur "Maudit soit l'Eternel" de Thierry Marignac (cliquer)

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commentaires

Xavier 07/01/2010 15:33


"ne suit pas les schémas ordinaires, c'est vrai. Ce faisant, il se veut en opposition avec ce qu'il estime être une "ligne de pensée" (donc un manque d'originalité) de beaucoup d'auteurs français
de romans noirs" En cela, cette démarche est très captivante à tous les niveaux, écriture, narration, personnages. Merci pour cette précision.


Claude LE NOCHER 07/01/2010 16:57


Indépendance d'esprit et originalité vont souvent de pair. Sans vouloir m'exprimer à sa place, je comprends que Marignac ait envie d'exprimer "autre chose" que
les conventions du genre. Cependant, il ne néglige ni l'aspect "actuel", ni l'aspect "social", en marge de l'intrigue. Il les présentent d'une façon différente, le quotidien de son traducteur
rythmant le récit. Toute tentative de jouer avec les normes est à saluer, je crois, c'est pourquoi j'ai souhaité défendre plusieurs de ses livres.
Amitiés.


Xavier 07/01/2010 04:20


Ce roman est l'un de mes préférés de l'année 2009, je l'ai lu deux fois avec grand plaisir.Oui, c'est vrai, le personnage est assez attachant. Il y a certainement aussi un miroir avec le travail de
traduction et le récit, sa structure... J'avais donné mon avis à la première lecture :


Peut-être, pour reprendre une proposition d’Antoine Chainas , le côté atypique du livre m’a captivé. Dessaignes, traducteur, après avoir flirté avec la bande jaune en Russie, est viré de la
Croix-Rouge pour se retrouver à New York avec un futur certain devenu incertain. Avec cette incertitude, la plume – le clavier plutôt – de TM effleure puis crée une tension narrative en pointillé
qui se conjugue parfois dans un suggéré ou un non-dit assez subtil – Philippe Claudel dans « Les âmes grises » ou « Le rapport Broedeck » m’embarquait parfois dans cette atmosphère opaque où les
actions peinent à donner des actes décisifs. Le travail sur l’écriture donne un rythme qui sied à merveille à cette tension ; la phrase, sans être longue, supporte plusieurs enchâssements qui font
écho à ce temps de l’incertain, « Le corps avait sa façon à lui d’être émotif, en quelques semaines, on entretenait une intimité étrange avec des gens qu’on connaissait à peine, à qui on avait
parlé une ou deux fois.» La ponctuation, toute de virgules, est utilisée avec mesure sans peser sur la fluidité du texte. Thierry Marignac met en scène un anti-héros qui frôle le néant et la mort
tout en gardant son humanité, loin d’un cynisme. Le salut semble vouloir passer par un club de boxe composé d’anciens et futurs délinquants dans un quartier où on croise des balles en marchant. «
La fleur du destin que représentait cette amitié tombée du ciel – le traducteur dans la débine et le boxeur sonné – attachait Dessaignes à la Ville Noire, plus encore que Denis et ses oraisons
tonitruantes. Ce soir-là, Big Steve le contemplait d’un air soucieux à la minute de repos, comme s’il ressentait la peur palpable que le Français martelait à tour de bras sur les sacs de frappe –
son besoin de défense et, peut-être, de protection. » (p.95) Une intrigue, durant plusieurs chapitres, se dessine pour s’estomper, le schéma habituel est cassé pour un dénouement à la « En
attendant Godot » éventuellement. L’auteur a pris de gros risques surtout à ce niveau et il a réussi sans l’ombre d’un infime doute. Presque inclassable, le roman reste aux confins des divers
sous-genres du polar, l’histoire aurait pu tomber du côté du roman policier avant d’osciller vers la sphère de l’espionnage pour se centrer davantage dans le roman noir. Ou alors tout simplement
elle est « Renegade Boxing Club » au titre intrigant, porteur d’un message non révélé même si le recours à Essenine donne quelques clés. « La vie est une tromperie d’une tristesse envoûtante Et que
d’une main brutale Elle rédige des lettres fatales C’est ce qui la rend si puissante » (p.176)


Claude LE NOCHER 07/01/2010 15:26


Bonne analyse, effectivement, cher Xavier (même si Godot a beaucoup servi).
Roman inclassable, oeuvres atypiques, c'est exactement ce que revendique Marignac. "Renegade..." ne suit pas les schémas ordinaires, c'est vrai. Ce faisant, il se veut en opposition avec ce
qu'il estime être une "ligne de pensée" (donc un manque d'originalité) de beaucoup d'auteurs français de romans noirs. Sans être aussi catégorique que lui sur la question, je trouve très
intéressante sa volonté de se démarquer. De ne pas raconter les mêmes histoires de la même façon (avec un dénouement plus "ouvert" que la plupart des romans noirs, peut-être). J'aurai l'occasion de
bientôt évoquer à nouveau cet auteur.
Amitiés.


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