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20 juillet 2013 6 20 /07 /juillet /2013 04:54

Sigean est une commune à une vingtaine de kilomètres au sud de Narbonne, près de Port-La-Nouvelle. Vers 1970, employée dans l'immobilier, Marie Lacaze habite une maison au bord de l'étang de la Berre, à l'écart du centre de Sigean, avec sa fille Julie. Noël, l'époux de Marie, est décédé cinq ans plus tôt. Puis, c'est leur aîné Simon qui est mort à l'âge de douze ans. Marie reste en contact avec Germaine Marty, la sœur de son mari. Divorcée, celle-ci élève seule sa fille Gilberte, étudiante dans le social. Une paire de malveillantes commères, Marie ne l'ignore pas. La jeune femme laisse une grande liberté à Julie, âgée de dix ans, qui aime flâner aux abords de l'étang. Le jeudi est encore le jour de repos des écoliers. C'est seulement à la rentrée de 1972 que ce sera déplacé au mercredi. Marie ne peut s'occuper de sa fille ces jeudis-là, ni pendant les actuelles vacances de Pâques. La gamine est suffisamment autonome, cela ne présente guère de risques.

Julie parle à sa mère de plusieurs enfants, dont elle est devenue l'amie en son absence. Il y aurait un nommé Willy, puis un Boris Romanov, âgés de douze ans comme le défunt fils de Marie. La jeune veuve comprend qu'il s'agit d'amis imaginaires. Sa belle-sœur Germaine et sa nièce Gilberte s'en mêlent, estimant que ce n'est pas sain pour une fillette comme Julie. Marie évite d'évoquer devant elles un certain Gildas, qui serait âgé de plus de seize ans. Jouer à la dînette avec des mômes inventés, oui, mais cet adolescent serait plus inquiétant. Germaine dénonce Marie à Mme Cauteret, assistante sociale. Proche de sa belle-sœur, cette dame espionne la maison au bord de l'étang, en particulier chaque jeudi. Marie essaie de ne pas braquer sa fille, mais ces jours sans école restent problématiques. Julie et sa mère font en sorte de ne pas êtres prises en faute. Quitte à simuler l'absence de l'enfant, à mentir à l'assistante sociale si elle insiste.

Marie s'interroge quand Julie rentre un jeudi soir tardivement, après une supposée balade en moto avec l'invisible Gildas. Germaine suggère à Marie de vendre cette maison. Elle soutient son amie Mme Cauteret, tout en complotant avec sa fille Gilberte. Les gendarmes débarquent un jour au bureau de Marie. Selon le chef Dobart, qui ne masque pas son hostilité accusatrice, Julie vient d'abattre chez elles sa tante. Marie rentre avec lui à son domicile sigeanais. Accompagnée de Mme Cauteret, Germaine Marty s'est introduite sans y être invitée dans la maison. Julie a utilisé la carabine de son défunt père, bien que les munitions soient dissimulées, pour tirer sur elle. Julie ne nie rien. “Tu n'as ouvert que lorsque nous [les gendarmes] sommes arrivés. Pourquoi ? ─ J'avais peur que Mme Cauteret ne me batte. Je l'entendais qui criais que j'étais folle, que je venais de tuer cette pauvre femme. J'ai préféré rester enfermée dans ma chambre.”

Dans les semaines suivantes, par décision judiciaire, Marie et sa fille sont séparées. Marie va vivre dans un appartement au centre de Sigean. En attendant de pouvoir retrouver sa fille pour quelques jours d'été, elle revient dans leur maison. Marie croise une famille qui vit en caravane, s'installant ponctuellement sur les rives de l'étang. S'amorce un début d'explication sur les amis imaginaires de Julie. À l'automne, Marie continue, aidée d'un voisin, à suivre des pistes. Quant aux circonstances du crime, elles restent à définir. La clé est sans doute dans “François le bossu” de la Comtesse de Ségur...

G.J.Arnaud : Les jeudis de Julie (Fleuve Noir, 1978)

Un enfant meurtrier, horrible hypothèse, même si celui-ci s'est senti en danger. C'est un des thèmes les plus difficiles à traiter dans le polar, il faut le souligner. Certes, présenter un gosse monstrueux, un psychopathe passant à l'acte dès son jeune âge, rien de bien original. Ce n'est pas le cas de Julie. L'antipathique assistance sociale évoque une névrose, une attitude de sauvageonne. En ces années 1970, les pédopsychiatres commencèrent à insister sur l'obligation de “sociabiliser” les enfants très tôt. Ce qui déclassait les mômes timides, rêveurs, solitaires, jugés tels des asociaux par ces prétendus spécialistes. Qu'un enfant se comporte comme tel ne leur venait pas à l'esprit. Jouer, imaginer, c'est aussi un apprentissage de la vie. L'essentiel restant la relation de confiance entre parent et enfant, à l'exemple de Julie qui parle à sa mère, et qui assume plutôt bien son autonomie.

Vu le sujet abordé, il s'agit d'un véritable suspense sociétal, donc d'un roman noir. Inutile d'insister sur la psychologie finement dessinée des protagonistes. Les “méchantes” sont désignées, oui mais avec authenticité. Car l'atout-maître de la plupart des romans (polars) de G.J.Arnaud a toujours été de s'inscrire dans le quotidien, dans la réalité de son temps. Quant à l'intrigue, loin d'être mièvre, elle est pose diverses questions : Julie ment-elle sur ses jeunes copains ? Marie est-elle une bonne maman ? L'entourage et les services sociaux ne sont-ils les vrais responsables des faits ? Julie ayant avoué, est-elle l'assassin de sa tante ? L'enquête perso de Marie peut-elle répondre au mystère qui entoure ce crime ? “Les jeudis de Julie” est assurément un des suspenses les mieux maîtrisés de G.J.Arnaud. Ce roman a été transposé pour le téléfilm “Un soupçon d'innocence” d'Olivier Perray (2010 – diffusion France2) par Sylvie Granotier et Olivier Perray, avec Pascale Arbillot et Mélusine Mayance.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story G.J.Arnaud
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commentaires

Serge 31 22/07/2013 01:50

Salut Claude.
Grand cru pour G.-J. A., dont c’était la période faste. Pas vu le téléfilm. Adaptation filmée qui plaide rarement pour la version d’origine ? Difficile débat. A mon humble avis, « Le deuxième souffle », le film (Melville) est supérieur au roman (Giovanni). Parfois, il arrive même que des auteurs donnent quitus à des réalisateurs qui ne respectent ni la trame ni l’épilogue de leur texte. Dernier en date, Caryl Férey pour son « Zulu » qui sort cet automne…
Pour en revenir aux « Jeudis de Julie », une anecdote perso. A cette époque, j’ai converti un mien ami aux vertus du polar. Il devint papa d’une petite Julie, prénom, m’assura-t-il, qui n’était pas étranger à la lecture de ce roman. Aujourd’hui, Julie est une ravissante jeune femme… grande lectrice de polars.
Amitiès.

Claude LE NOCHER 22/07/2013 06:19

Salut Serge
Cinq exemples, avis perso : "Le trou" de Jacques Becker surclasse le roman de José Giovanni, qui était déjà fort. "Classe tous risques" de Claude Sautet (d'après Giovanni) est aussi remarquable que le roman."Le ruffian" de José Giovanni reste un grand film d'action sur le thème de l'amitié. "Les longs manteaux" de Gilles Béhat (d'après G.J.Arnaud) est bien, mais n'a pas la saveur du roman. "Garde à vue" de Claude Miller est nettement meilleur que le roman "A table" de John Wainwright.
Dans "Les jeudis de Julie", Marie Lacaze est mal vue par sa belle-sœur pour avoir donné ce prénom à sa fille. Prénom rarement attribué dans les conformistes années 60, peut-être parce qu'il faisait penser à "un jules", mot jugé trivial puisque désignant un proxénète autant qu'un petit ami.
A noter que l'animatrice d'Europe 1 "Julie" se prénomme en réalité Chantal (épouse de Gérard Leclerc, belle-sœur de Julien Clerc). Le prénom Julie s'est généralisé, tant mieux. Dans le roman, il y a aussi un "Gildas", prénom pas si fréquent à l'époque. Un des personnages évoque en référence un journaliste-télé portant ce nom. Oui, Philippe Gildas (pseudonyme, mon papa l'avait connu sous le nom de Philippe Leprêtre) faisait déjà de la télé.
Amitiés.

ALIZET 21/07/2013 12:06

Bonjour Claude . Audois, je connais Sigean et Arnaud est un de mes auteurs favoris . Sa Compagnie des Glaces est devenu un classique de la SF . Un Soupçon d'innocence repasse mercredi sur FR2 . Je vais donc relire le roman , puis voir son adaptation . J'aime beaucoup cette expérience de comparaison que je renouvelle dès que l'occasion se présente . Amitiés .

Claude LE NOCHER 21/07/2013 16:00

Bonjour Jean-Claude
N'ayant pas vu la précédente diffusion du téléfilm, je suppose que l'adaptation insiste sur l'enquête de la mère pour disculper la gamine. Logique, c'est le sujet. Il me semble que si Arnaud place l'histoire en 1970, c'est aussi que cette région gardait un côté plus sauvage et authentique, moins bétonné et touristique que par la suite. Impression toute personnelle. Comparer adaptation et œuvre d'origine plaide rarement pour la version filmée, mais sait-on jamais ?
Amitiés.

Patrick 21/07/2013 11:50

Tu es au Pays de Galles ou c'est l'action de ton roman ?...
Mdr...Bonne lecture .
Amitiés.

Claude LE NOCHER 21/07/2013 15:50

Je ne serais pas contre un séjour au Pays de Galles, il y ferait sûrement plus frais que chez moi en ce moment...
Amitiés.

Patrick 21/07/2013 11:05

Bonjour Claude
Je le note , c'est vrai que G.J Arnaud c'est tout bon...Bon dimanche de lecture...

Claude LE NOCHER 21/07/2013 11:22

Bonjour Patrick
Côté lecture, c'est dans la région de Cardiff que je vais passer un très bon dimanche, avec une jeune policière sympathique.
Amitiés.

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