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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 04:50

On est là dans un village rural, une commune de la campagne profonde. Les seuls emplois qui restent, on ne les trouvent qu'à l'abattoir. “Selon la direction des vents, certains jours ça pue le sang jusqu'ici. Le sang des bêtes. À vomir.” Si Barrois ─ le propriétaire qui vient d'obtenir la Légion d'Honneur − fermait l'abattoir, il n'y aurait plus guère d'activité dans le secteur. Gaby, collégienne de 3e, habite l'ancienne ferme de ses grands-parents, avec sa famille. Plutôt que d'utiliser son vrai prénom, Gabrielle, elle préfère qu'on l'appelle Gaby. Comme dans la chanson d'Alain Bashung. Sa mère est décédée depuis quelques années. Son père Bruno est employé à l'abattoir, de même que sa nouvelle compagne plus jeune que lui, Louise.

C'est Gaby qui est chargée de veiller sur ses deux frères, encore à l'école primaire. Djezon ne va pas tarder à avoir pour ambition de devenir footballeur. De ceux qui, bien que peu éduqués, gagnent des fortunes. Le petit Jirès, lui, ne parle quasiment pas. Gaby le sent intelligent, mais il semble faire un blocage inexplicable. Les trois enfants ont bien une grand-mère paternelle. Devenue citadine, elle ne passe pas souvent les voir. Sauf pour traiter son fils Bruno d'incapable, et pour montrer combien elle déteste Louise. Ce n'est pas une tendre, leur mamie. Il est vrai que le père de Gaby rate rarement son étape quotidienne au Bar du Stop, d'où il rentre souvent ivre. Quant à Louise, son principal loisir consiste à se vernir les ongles de pieds et de mains dans la cour de l'ancienne ferme.

Au collège, Gaby a un petit ami non déclaré, Frank. Elle l'appelle de son véritable prénom, Djamel, car cet enfant adopté est Kabyle d'origine. Son père est flic, mais ne parle jamais de son métier en famille. Pour obtenir des infos, généralement assez sûres, Gaby écoute parfois les rumeurs colportées par les sœurs Delbourg. Sans être vraiment copine avec ces jumelles trop fouineuses. Contrairement à beaucoup de gens du coin, Gaby ne rejette pas le vieux Bob. L'ancien rebouteux magnétiseur a désormais l'air d'un vagabond loqueteux, c'est sûr. Il est vaguement inquiétant, ce bonhomme qui traîne ses journées le long de la voie ferrée. Ni Gaby, ni l'intuitif Jirès, ne le considèrent comme dangereux.

Dans la région, l'expression “Prendre le train” trouve un sens très particulier. Depuis des années, plusieurs femmes se sont jetées du pont de chemin de fer, pour en finir. Dans un contexte aussi morne, ça ne surprend personne. La dernière en date, c'est Mathilde. Un suicide supplémentaire ? Son cas s'avère pourtant un peu plus énigmatique. On pourrait soupçonner Vincent, le cuisinier du collège, de l'avoir supprimée. Tandis que menaces et rumeurs excitent la population, il y a plusieurs personnes que Gaby peut suspecter...

Jean-Claude Le Chevère : Rouge ballast (Éd.des Ragosses, 2013)

Certains romans nécessitent quelques centaines de pages pour raconter une histoire. D'autres, pas moins intenses, n'ont besoin que d'un format plus resserré, atteignant à peine les cent pages. Pourtant, cette concision n'est nullement un défaut. Ils réjouissent tout autant leurs lecteurs. C'est le cas de ce “Rouge ballast”. Il s'agit d'authentique roman noir, puisque basé sur une réalité sociale et une quotidienneté ordinaire. Qui apparaît en filigrane, sans doute, car l'auteur évite d'imposer une ambiance trop lourde.

Néanmoins, la modeste population locale est bel et bien “prisonnière” de cette contrée désenchantée. Où bistrot et foot restent des échappatoires. Où il vaut mieux s'appeler Frank que Djamel. Où atteindre le Brevet des Collèges est le top des études. Où des “familles recomposées” aussi peu brillantes que celle de Gaby existent probablement. Ne fermons pas les yeux sur ces univers, qui n'appartiennent pas qu'au passé. Si la tonalité ne s'avère pas si sombre, c'est que ce récit est éclairé par la collégienne. Tel un témoin extérieur face au monde des adultes. Ceux-ci devraient prendre exemple sur le petit Jirès, qui ne parle qu'à bon escient. Format court, pour un noir suspense de grande qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2013 Livres et auteurs
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Philippe 23/04/2013 20:15

Bonjour M. Le Nocher,

Rien à voir, mais j'ai vu aujourd'hui sur le site Jeunesse Lille 3 un article dont l'auteur imagine une interviex de Sherlock Holmes par Watson et où, contrairement à toutes les traductions françaises, ils se tutoient.

http://jeunesse.lille3.free.fr/article.php3?id_article=2024

SHERLOCK HOLMES, le grand détective consultant, se raconte à son ami John Watson
L’interview vérité

Cordialement

Claude LE NOCHER 23/04/2013 21:08

Bonjour
Je me demande si cet entretien aurait l'approbation de le S.S.H.F. (http://www.sshf.com/). J'en doute fort, même si le contenu est exact.
Non, époque victorienne oblige, Sherlock Holmes et John Watson ne peuvent bien sûr pas se tutoyer. Car ils n'appartiennent pas à la même classe sociale. Médecin militaire aux Indes devenu docteur Watson à Londres, ça n'équivaut pas les origines supposées aristocratiques de Sherlock Holmes. De même que les policiers de terrain, à l'époque, n'avaient nullement le niveau social des juges (issus de la haute classe). Idem pour les officiers à bord d'un navire, etc.
Les étudiants de Lille adoptent le tutoiement par convention de leur génération, autant que pour créer une "intimité" entre Holmes et Watson. Ce faisant, ils ne restituent pas le contexte réel, historique. Certes, de nos jours, politiciens et journalistes politiques se vouvoient en public alors qu'ils se tutoient en privé (et plus si affinités). Mais si vous retrouvez des articles des années 1920-30, ou des années 1950-60, vous verrez que le vouvoiement était de rigueur. On disait alors Monsieur Mendes-France ou Monsieur Albert Lebrun, alors qu'on ne dit plus Monsieur Hollande, Monsieur Ayrault, Monsieur Fillon, etc. NKM ou DSK, c'est tellement plus pratique (!) mais peu respectueux.
Amitiés.

Claude LE NOCHER 23/04/2013 06:23

Salut Pierre
De temps à autres, il n'est pas désagréable de lire des romans plus courts, tel que celui- ci. D'autant que c'est réellement excellent.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 23/04/2013 06:20

Salut Claude, je vais le lire celui là, le loger entre 2 pavés puisque je me lance dans les pavés de l'été ! C'est le résumé en quatrième de couverture qui m'a plu. Amitiés

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