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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 04:55

En Argentine, dans la région côtière de Corrientes. Manuel Ovejero, que l'on surnomme Perro, est aujourd'hui âgé d'un trentaine d'années. Il avait onze ans quand, en défendant son petit frère, il comprit que rien ne remplaçait l'usage de la force. Plus tard, il intégra une bande de malfaiteurs, en tant que chauffeur. “Depuis que je suis gosse, il n'y a que deux choses qui m'ont permis de sortir du lot : conduire et danser sur du rock. Ça se voyait que j'étais né pour ça. Les bonnes bagnoles, c'est comme n'importe quelle femme digne de ce nom, il faut savoir les conduire.”

Ovejero baigne dans le rock, tendance hard, qui accompagne la plupart des moments de sa vie. Les femmes, c'est pour le sexe, pas le moindre sentiment. Il n'y a qu'avec Julia que ce fut différent. C'était une gamine de treize ans, quand ils se rencontrèrent dans un bar. Il en avait vingt-quatre, préférait éviter le détournement de mineure. Petit jeu du chat et de la souris, entre elle et lui. Toutefois, Julia n'était pas une allumeuse sans cervelle.

À la suite d'un casse, Ovejero a fait six ans de prison. Sans jamais dénoncer la bande qui l'employait, on lui en sera reconnaissant à sa sortie. Pendant sa détention, Julia et lui échangèrent des courriers, nouant une forte relation qui aidait le prisonnier à tenir le coup. Quand il fut libéré, Ovejero rejoignit Julia, qui tenait une ferme avec son père tout en étudiant. Admis comme son petit ami officiel, il avait d'autres activités, moins conformistes. C'est en taule que tout s'était joué. Avec sa bande de Paraguayens, le Pombero Vega entendait imposer sa loi à tous derrière les murs de la prison. Seul, Ovejero résistait déjà bien. Avec la complicité de Noé Carabajal, ce fut l'épreuve de force contre Vega et ses amis. Le Pasteur Noé, un illuminé, un prêcheur plus délirant que la moyenne, adepte de la violence s'il le fallait. Quand ils sortirent de prison, Ovejero et lui n'ignoraient pas la menace que le Pombero Vega continuait à faire peser sur eux.

Dans le Dodge Polara jaune du Pasteur Noé, ils devinrent des bandits itinérants, des pirates de la route, improvisant une série de coups fructueux. Le dernier en date, c'est l'enlèvement d'Andrea, la fille du riche Madariaga. L'essentiel, c'est de mettre la pression afin que le père verse rapidement la rançon. Il paie donc, et le duo n'a plus qu'à filer en relâchant bientôt la fille (et son employée). Ça, c'était le plan, mais le Pasteur Noé décide de doubler son comparse. Ovejero est en état d'arrestation, au commissariat de Lapacho.

Noé le tire de ce mauvais pas, avant de disparaître. Il a simplement pris l'autocar en direction de la triple frontière. Sauf que ses délires vont entraîner un accident, virant tant soit peu au carnage. Ovejero est retourné chez Julia. À la ferme, il va récupérer sa Chevy, car il lui faut un tel bolide pour traquer Noé. Quand il part, après avoir découvert que sa Julia avait un enfant en bas-âge, ça ressemble beaucoup à un adieu : “Saposimenendivé”, dit-elle en langue guarani. La chasse est lancée, la vengeance est en chemin. Pour Ovejero, les obstacles ne vont pas manquer...

Leonardo Oyola : Chamamé (Éd.Points, 2013)

Un noir polar qui ne réserve que de bonnes surprises au lecteur. Terriblement excitante, cette galerie d'excités. Bourrée d'adrénaline, c'est une histoire qui se shoote au rock'n'roll. Des repris de justice réglant leurs comptes, le sujet n'a pourtant rien de neuf. Dans la pègre, la trahison est une “valeur” universelle. Qu'ils se poursuivent à travers le décor argentin, américain ou français, du pareil au même. C'est donc par son écriture, sa tonalité et son tempo, que ce roman trouve toute sa saveur. Loin d'être tranquillement linéaire, la narration s'avère volontairement décousue, éclatée, effrénée, décoiffante.

Par exemple, on ne peut pas dire que ce soient des flash-backs qui nous relatent le parcours passé du héros, c'est plutôt dans la continuité du récit. Même la part amoureuse de sa vie ne calme guère la nervosité fiévreuse du style. La notion de “hors-la-loi” n'est pas ici un vague qualificatif, on est vraiment au milieu de truands violents qui ne font de cadeau à personne. Ce qui est illustré, entre autres, par le sort de Chapu, ami de Perro et de Noé en prison. Noirceur et cynisme donc, mais également un certain humour. Notamment grâce à des références aux séries-télé américaines des années 1970-80, en particulier à “Shérif, fais-moi peur” (147 épisodes d'une sacrée ringardise, mais un succès mondial). Quant aux extraits de chansons cités, ils apparaissent indissociables du texte, en effet. Un roman décalé et explosif, qui fut récompensé en 2008 par le Prix Dashiell Hammett, de la Semana Negra de Gijon (Asturies, Espagne).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2013
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commentaires

Philippe 04/06/2013 13:04

Bonjour M. Le Nocher,

Oui, j'ai vu la réponse de Serge au message que vous avez relayé à ma demande. Je l'ai lu dés le lendemain ( enfin le matin puisqu'il a écrit vers minuit ).

Par ailleurs, hier le blog de Philippe Poisson mentionnait la BD La cavalière Elsa, adaptation par Jean Cubaud du roman ( 1921 ) de Pierre Mac Orlan. Livre dont j'avais entendu parler à sa parution et que j'avais acheté.
( Il y avait l'année dernière en collaboration avec la librairie Pippa, rue du Sommerard à Paris 5ème, un hommage à Pierre Mac Orlan par l'association basée à Saint-Cyr sur-Morin sa ville en Seine-et-Marne, présidée par Pierre Poma. )
J'ai voulu retrouver le site de l'association consacrée à Mac Orlan qui proposait cet album.
Ce n'est pas http://www.comitemacorlan.com/fr/ ( très beau site néanmoins ) , mais terroirs77.free.fr

http://terroirs77.free.fr/Elsa.html

Si j'en parle, c'est aussi parce qu'au passage comme j'avais tapé " Cavalière Elsa " dans un moteur, parmi les résultats il y avait un lien vers un article du site d'Herveline :

http://www.librairiesoleilvert.com/article-jean-cubaud-la-cavaliere-elsa-2010-69861111.html

Ce qui apprend qu'elle va accueillir ( si la page parle bien de cette année 2013, mais le 22 juin prochain tombe bien un samedi ) entre autres Jean-Pierre Alaux l'un des deux auteurs de la série le Sang de la vigne.

Décidément c'est la seconde fois en deux jours après hier que j'ai l'occasion de parler de vin !

Cordialement

Claude LE NOCHER 04/06/2013 18:00

Je garde un très bon souvenir de mes (lointaines) lectures de Pierre Mac Orlan. "Le quai des brumes" ou "L'ancre de miséricorde", bien sûr, et aussi "Le tueur n°2". Je vous recommande "A bord de l'Etoile Matutine", ni son chef d'œuvre, ni un de ses titres connus, mais tout simplement un excellent roman.
L'amie Herveline a de bonnes fréquentations, en effet. Et l'on constate qu'à Calvisson, bien qu'il s'agisse d'une toute petite ville, les commerçants multiplient les sympathiques animations (dont cette rencontre avec Jean-Pierre Alaux, un auteur dont j'aime beaucoup les romans).
Amitiés.

Philippe 03/06/2013 11:15

Bonjour M. Le Nocher,

Carlos Salem, né une très bonne année ?
Private joke ? En lisant ce que vous disiez, il m'est venu à l'esprit que :
- Soit vous vouliez dire que Carlos Salem était né une très bonne année pour tel vin. C'est à propos de vins qu'on parle le plus souvent d'une très bonne année.
- Soit qu'il était né la même année que vous.
Un coup d'oeil sur W. et en effet, c'est cette version-là.
Je me souviens d'avoir lu que le hasard avait fait naître Francis Heaulme, le serial killer, et Jean-François Abgrall, le gendarme qui l'a attrapé, la même année ( 1959 ) à un mois d'intervalle !
Ce qui est dit dans le téléfilm de 2004 ou 2005 " Dans la tête du tueur " où , lors de leur première rencontre ( cet échange verbal n'a peut-être pas eu lieu dans la réalité ), Abgrall ( interprété par Bernard Giraudeau qui nous manque tant, presque trois ans déjà ) dit à Heaulme ( Thierry Frémont, excellent dans son rôle, bien que beaucoup plus petit de taille que Heaulme ) qu'ils sont nés à peu près le même jour. Heaulme répond " On peut se tutoyer alors ? " Abgrall acquiesce afin d'établir un pseudo climat de confiance.

Cordialement

Claude LE NOCHER 03/06/2013 15:56

Bonjour Philippe
D'abord, j'espère que vous avez noté la réponse que vous attendiez : "La vie devant ses yeux", film de Vadim Perelman (2008), avec Uma Thurman, tiré d'un roman de Laura Kasischke.
Il me semble que 1959 fut un très bon cru pour les vins, peut-être grâce à la chaleur du printemps et du début d'été, cette année-là. Je parle des vins de nos terroirs, car les vins argentins, bof.
J'ai souvent entendu une ânerie, associant les enfants nés en 1959 au "baby boom" de l'après-guerre. Or, la natalité s'étant alors stabilisée depuis plusieurs années déjà, seule la période allant de 1946 au tout début des années 1950 peut être incluse dans ce "baby boom". Si cette formule est bien pratique pour désigner une génération, des enfants nés à douze ans d'intervalle (1947-1959) n'ont pas forcément les mêmes références.
Certes, je digresse, mais ça peut répondre à votre question.
Amitiés.

Pierre FAVEROLLE 03/06/2013 06:31

Excellente lecture celle là, à tel point que je me rappelle quand je l'ai lu et certains passages. Leonardo Oyola est vraiment un auteur à part que j'aime beaucoup comme Carlos Salem en Espagne ou Sébastien Gendron en France. Amitiés

Claude LE NOCHER 03/06/2013 06:47

Salut Pierre
J'avoue l'avoir raté chez Asphalte, mais je comptais bien me rattraper après avoir lu les avis unanimes à son sujet. Voilà qui est fait, et avec grand plaisir. Quant à Carlos Salem (né une très bonne année), n'oublions pas qu'il est également Argentin d'origine. Ces auteurs-là sont réellement originaux, aucun doute.
Amitiés.

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