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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 04:55

Né en 1820, Pellegrino Artusi est un ancien négociant. Âgé de plus de soixante-dix ans, il connaît un immense succès avec “La Science en cuisine et l'art de bien manger”. C'est le tout premier livre recensant la majorité des recettes de cuisine italienne. Mi-juin 1895, ce gastronome aux remarquables moustaches blanches, vêtu d'une redingote, est invité dans un château de Toscane, par le baron Bonaiuti de Roccapendente. À cette époque, l'unification de l'Italie est encore récente. L'aristocrate règne toujours, à l'ancienne, sur ses terres et sur sa maisonnée. Gaddo, le fils aîné, se prend pour un grand poète. Il espérait que son père eût invité un véritable écrivain, et non Artusi. La désinvolture quelque peu agressive de Lapo, l'alcoolique fils cadet, le rend encore plus déplaisant que Gaddo.

La jeune Cecilia, unique fille du baron, s'estime trop prisonnière des traditions. Douée pour les études et la médecine, elle rêve d'un brillant avenir, mais les femmes restent confinées dans la société italienne d'alors. La mère du baron, Speranza, est une vieille dame acerbe, acariâtre, en fauteuil roulant. Mlle Barbarici, sa demoiselle de compagnie, est une personne effacée qui subit le mauvais caractère de l'aïeule. Cosima et Ugolina sont deux cousines âgées vivant au château, des femmes malveillantes aussi stupides que leur roquet, le chien Briciola. Pellegrino Artusi n'est pas le seul invité. Le photographe d'art Ciceri a également été convié, sans qu'on sache pour quelle raison. Le gastronome devra amadouer Parisina, la cuisinière, s'il veut qu'elle partage avec lui ses bonnes recettes.

Au matin, le cadavre du majordome Teodoro Banti est retrouvé dans un cellier lui servant de pièce de service. L'endroit étant verrouillé de l'intérieur, il faut faire appel à un ouvrier pour ouvrir. Si Pellegrino Artusi flaire le pot de chambre de la victime, c'est à cause des asperges. Quant au Dr Bertini, médecin de la famille, il refuse la mort naturelle. Teodoro a été empoisonné avec de la belladone se trouvant dans le porto. Artistico, le délégué à la sécurité publique, est alerté. Les méfaits dont il s'occupe d'ordinaire sont des broutilles. Il interroge respectueusement le baron et ses deux arrogants fils. Ces derniers désignent illico Pellegrino Artusi comme le coupable probable. Le délégué Artistico possède assez de psychologie pour comprendre que le gastronome est honnête homme.

Alors que Pellegrino Artusi sympathise avec la jeune Cecilia, quelqu'un tire un coup de feu sur le baron Bonaiuti de Roccapendente. La chevrotine blessant l'aristocrate, il faut de nouveau faire appel au Dr Bertini. La personne ayant commis cet acte n'est visiblement pas habituée à manipuler une arme. Le photographe Ciceri a tiré un cliché de la femme qui a visé le baron. Rapidement, on l'identifie et on l'arrête. Toutefois, ce n'est pas elle qui empoisonna le porto bu par le majordome, Pellegrino Artusi en est tout aussi certain que le délégué Artistico. Ces fouineurs vont s'approprier la formule de Sherlock Holmes : “Éliminez l'impossible. Ce qui reste, quoique improbable, doit forcément être la vérité.”

Marco Malvaldi : Le mystère de Roccapendente (Éd.10-18, 2013)

C'est une savoureuse comédie policière qu'a mitonné Marco Malvaldi pour les lecteurs. Il faut souligner que Pellegrino Artusi a réellement été un pilier de la gastronomie italienne. Le procédé consistant à utiliser un personnage connu en guise de détective amateurs n'est pas neuf. Sans se limiter à une stricte énigme, l'auteur ajoute astucieusement une tonalité enjouée qui offre un certain piment à l'intrigue. Il ne s'agit nullement de caricaturer, mais de dessiner avec soin les protagonistes, en notant leurs petits ou grands défauts. Ou leurs éventuelles qualités. Les dialogues sont également délicieux : “Voilà un an, il a essayé de la coincer dans un angle, et il s'est pris un coup de genou sous la ceinture qu'il s'en rappelle encore. Si avant c'étaient des paupiettes, elle lui en a fait des escalopes.”

Le contexte est essentiel, évidemment. Si la république italienne est unifiée, la noblesse garde ses prérogatives. Une telle famille aristocratique continue à dominer la région, sans doute au-delà de ses propriétés. Tous ont été élevés dans un esprit supérieur, incluant une bonne dose d'impunité, n'ignorant pas que cela ne s'applique que sur “leurs terres”. Bien qu'on soit dans une période charnière pour l'Italie, ils restent ce qu'ils sont. Les classes dominantes préservent leurs privilèges, hier comme aujourd'hui. Toutefois, le Dr Bertini leur rappelle ici que tout ne s'achète pas. Un souriant et succulent suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2013 Livres et auteurs
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commentaires

Philippe 19/07/2013 02:03

Bonjour M. Le Nocher,

Il est tard, je suis revenu de la Grande-Motte depuis aujourd'hui jeudi et j'avoue ne pas encore avoir lu votre chronique du jour.

Ce message est simplement pour dire que je suppose que vous avez remarqué la rediffusion mercredi prochain 24 juillet sur France 2 du téléfilm " Un soupçon d'innocence " ?
Avec Pascale Arbillot et, dans le rôle de Julie, la jeune Mélusine Mayance.
Le Télé 7 Jours précise que c'est d'après un roman de GJ Arnaud, " Les Jeudis de Julie " .
J'ai regardé, il est paru en 1978 au Fleuve Noir Spécial Police, puis dans les années 90 toujours au Fleuve, collection Crime Story.
Je le dis tout de suite, si je souhaite revoir ce téléfilm de 2010 que j'avais beaucoup aimé lors de sa première diffusion en 2011, ce n'est pas tellement parce que c'est l'adaptation d'un roman de GJ Arnaud, mais surtout pour le plaisir de revoir la jeune Mélusine Mayance ( née en 2000 ) que j'avais découverte, comme tout le monde, dans " Elle s'appelait Sarah " d'après le roman de Tatiana de Rosnay ( Sarah's Key ). Elle joue formidablement bien.
Son rôle de Julie dans " Un soupçon d'innocence " est certes différent. Comme le contexte l'est, la guerre pour Sarah, notre époque pour Julie. Quoiqu'on puisse trouver des rapprochements : Sarah se sent coupable d'avoir enfermé à clef son petit frère dans le placard pour le cacher lors de la rafle, car il y est mort de faim, ce qu'elle ne découvre que quelques années après en rentrant à cet appartement, ayant échappé aux gendarmes vichystes.
Julie dessine des amis imaginaires dans des mangas, enfin dans le téléfilm, je ne sais pas ce qu'elle dessine dans le roman de 1978 de GJ Arnaud ( vous le savez ? ) Et elle s'accuse d'un meurtre, ce qui pousse sa mère ( Pascale Arbillot ) à enquêter pour découvrir son secret et le vrai coupable.

M. Le Nocher, je n'ai pas vu de chronique par vous ou Oncle Paul spécifiquement pour " Les Jeudis de Julie " ? ( Mais si oui, indiquez-moi le lien ).

Je vois quand même vos articles suivants :

http://action-suspense.over-blog.com/article-g-j-arnaud-tendres-termites-le-suspense-en-famille-111489720.html

http://www.rayonpolar.com/Dossiers/article/44.pdf

D'après ces derniers, c'est surtout Oncle Paul Maugendre qui semble aimer particulièrement " Les Jeudis de Julie ".

Cordialement

Claude LE NOCHER 19/07/2013 18:24

Non, cher Philippe, Sylvie Granotier n'apparait pas dans les PPM 2013. Cette semaine, c'est une nouvelle de Marin Ledun, auteur ô combien recommandable. Anne Secret et Brigitte Aubert, à venir, vont probablement nous livrer de très bons textes, car elles ont aussi un beau talent.
Je n'attendrai pas un jeudi pour évoquer "Les jeudis de Julie", un roman diablement riche, oui, même sans manga. C'est pour très bientôt...
Amitiés.

Philippe 19/07/2013 16:15

Merci beaucoup M. Le Nocher,

Oui, cela vaut le coup que vous attendiez d'avoir le temps d'écrire une chronique détaillée plutôt que maintenant de composer quelques lignes qui ne suffiraient pas à restituer la richesse du livre.
Symboliquement, vous pourriez faire exprès de publier cette chronique un jeudi ?

A propos de Sylvie Granotier puisque vous la mentionnez, il me revient qu'elle était l'auteur de l'un des petits polars du Monde l'année dernière. Je ne sais plus si ce sera ou non le cas cette année, il me semble qu'elle ne figurait pas parmi les auteurs que vous avez cités pour la cuvée 2013 des petits polars du Monde.

Cordialement

Claude LE NOCHER 19/07/2013 15:23

Bonjour Philippe
Je vous promets une prochaine chronique un peu détaillée consacrée à cet excellent roman de G.J.Arnaud, un de se meilleurs selon l'avis général. Notez que l'adaptation télé dont vous parlez est co-signée par Sylvie Granotier, comédienne mais surtout romancière pleine de talent.
Amitiés.

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