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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 04:55

À Londres, en mai 1856, après une carrière déjà bien remplie, William Monk est le chef de la police fluviale, basée au commissariat de Wapping. Il est marié à Hester, ex-infirmière militaire durant la guerre de Crimée. L'ancien bordel de Squeaky Robinson, c'est elle qui l'a transformé en clinique accueillant des prostituées malades ou blessées. Squeaky gère le difficile équilibre des comptes de l'établissement. William et Hester ont adopté quelques années plus tôt Scuff, un gamin des rues, aujourd'hui âgé de quinze ans. Il leur porte un véritable attachement. Séchant parfois l'école, Scuff s'intéresse aux enquêtes de Monk.

Le Princess Mary est un navire touristique, une sorte de bateau-mouche qui navigue sur la Tamise. Sous les yeux de William Monk et de son adjoint Orme, le navire explose, causant une vaste panique. Certains passagers sont sauvés, mais on comptera cent-quatre-vingt cadavres. Dès le lendemain, Monk fait une plongée en scaphandre, vérifiant que le bateau a été saboté par un explosif posé à sa proue. “Il y avait de nombreuses victimes. Sans parler de leur famille, ces gens méritaient que justice soit rendue, que la lumière soit faite sur les événements de la veille au soir. Il n'avait pas le droit d'oublier.”

Mais Monk est aussitôt déchargé de l'enquête par son supérieur Lydiate. Pourtant, la police métropolitaine n'est pas aussi accoutumée aux lieux. Que savent-ils des “gens invisibles”, qui vivent autour du fleuve : “Les livreurs, les cochers, les bonnes […] Les hommes qui chargent et déchargent, qui nettoient, qui rangent, qui nous conduisent à terre ou nous emmènent sur l'eau” ? Ami de Monk, le policier Runcorn admet que cette affaire comporte un aspect international. Initiative française, la construction en cours du Canal de Suez nuit aux intérêts anglais. Or, il y avait de riches investisseurs sur le Princess Mary.

On a arrêté un Égyptien, Habib Beshara. Hester assiste à son procès. Des témoins disent avoir vu rôder cet accusé étranger autour du bateau. Quand tombe le verdict, Beshara est condamné à la pendaison. Comme il est malade, sa peine sera commuée en détention à vie. Peu après, Beshara est agressé en prison. Runcorn ne cache pas ses sérieux doutes à Monk. Il faut une contre-enquête. Le chef de la police Lydiate admet la même incertitude, vu le contexte politique. Le ministre Lord Ossett rend finalement l'enquête à la police fluviale. Déjà, à la clinique d'Hester, on interroge des prostituées présentes sur le bateau.

Après avoir rencontré des rescapés, Monk s'entretient avec les magistrats du procès, qui sont convaincus de la culpabilité de Beshara. Le directeur de la prison n'est pas coopératif, lui non plus. “Et si un navire entier avait été coulé dans le but de tuer un seul individu ?” se demande Monk. De retour de voyage, l'avocat Oliver Rathbone a son rôle à jouer afin d'éclaircir une affaire égyptienne qui pourrait impliquer la haute société britannique...

Anne Perry : Du sang sur la Tamise (Éditions 10-18, 2014)

Anne Perry écrit plusieurs séries historiques. Outre une dizaine de “Petits crimes de Noël”, celle consacrée à Charlotte et Thomas Pitt compte près de trente titres, situés dans la décennie 1880. Il y a aussi deux romans unitaires (À l'ombre de la guillotine, Du sang sur la soie) et la saga des Reavley, cinq aventures ayant pour contexte la Première Guerre Mondiale. Actuellement, on peut redécouvrir les trois premiers titres réédités en un seul volume. Ici, c'est la vingtième enquête de William Monk que nous propose Anne Perry.

Couvrant une grande partie du 19e siècle, l'époque victorienne symbolise la puissance de l'Empire britannique : maîtrise des mers, révolution industrielle, finance florissante, armée puissante. Mais rares sont les classes sociales qui tirent profit de ces avantages. La plus grande partie de la population est très pauvre, à l'image de ceux qui vivotent autour de la Tamise. C'est ce petit monde-là que fréquentent Monk, homme d'honneur au caractère anxieux, et le jeune Scuff. Leur ami avocat Rathbone est plus proche de l'aristocratie. Il n'ignore pas combien est corrompue la classe dirigeante, lui-même ayant subi quelques désagréments à cause de cela. Anne Perry prend le temps de nous immerger dans le climat d'alors car, vu le contexte, mener une enquête sérieuse ne peut se faire dans la précipitation. L'ambiance importe autant que le mystère, et c'est fort agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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17 août 2014 7 17 /08 /août /2014 07:30

Voici un extrait du nouveau roman d'Elena Piacentini “Des forêts et des âmes” (Ed.Au-delà du raisonnable, 2014). Mémé Angèle, grand-mère corse du policier Leoni, rend visite à Aglaé, dans le coma à l'hôpital, après avoir été attaquée. Elle tente de la réconforter, espérant une réaction. 

 

« La vieille dame poussa un long soupir en découvrant la forme menue et immobile.

Mais on pourrait en mettre quatre comme vous dans le même lit !

Elle s’approcha et vint tapoter l’oreiller dont elle testa le moelleux.

Mm, le confort ne s’est pas arrangé à ce que je vois. Demain Aglaé, je vous amènerai un coussin en plumes, ce sera plus confortable. Aglaé, c’est un très joli prénom. J’avais une cousine qui s’appelait comme ça. Elle n’était pas bien grosse non plus. Quand vous irez mieux, vous viendrez manger à la maison, que je vous remplume un peu.

Par habitude, mémé Angèle passa sa main sur le front encore enfantin et sentit un frissonnement parcourir la peau tiède. Elle balança la tête d’un air navré et tira une chaise pour s’asseoir à côté du lit.

Pierre-Arsène m’a expliqué, pour vous. Je sais que vous ne vous sentez pas à l’aise avec les gens, que vous les évitez. Mais les gens, c’est la vie et la vie, on a beau faire, on peut pas l’éviter. C’est ce que j’arrêtais pas de répéter à cette tête de mule. Quand sa femme est morte, vous pouvez me croire, il n’était pas en meilleur état que vous. Il était pour ainsi dire allongé en-dedans. Maintenant, il s’est redressé et j’ai bon espoir. Mais,je veille au grain.

Elle fit rouler la main de Fée entre ses paumes comme pour réchauffer un oisillon tombé du nid.

Regardez-moi ces petites mains toutes neuves, on dirait une page blanche. C’est pas comme les miennes ! Mes doigts sont tous tordus. Mì ! Celui-là, je n’arrive plus bien à le plier.

Un extrait de “Des forêts et des âmes” d'Elena Piacentini (2014)

Entre son pouce et son index, elle tira sur la peau du dos de sa main jusqu’à monter un petit chapiteau.

Sur le dessus il y a des tâches et la peau elle est aussi fine que du papier à cigarettes. Figurez-vous que je me suis brûlée tellement de fois que je crains même plus le chaud. Je peux sortir un plat du four sans torchon ! Un jour, c’est ce que je vous souhaite, vous aurez des mains comme les miennes. Pas des mains lisses, non. Des mains qui ont fait leur vie et qui en ont vu de belles. Et c’est pas sur les ordinateurs et l’Internet que vous allez les user, et l’écrire, votre vie. Tout ça, c’est du vent. De l’immatériel, comme vous dites. La preuve c’est que quand il y a une panne de téléphone, pfff, plus rien. Et pendant ce temps, l’herbe, elle continue de pousser et les oiseaux de chanter. Je ne sais pas s’il vous reste encore de la famille, Aglaé, mais si c’est le cas, Pierre-Arsène la retrouvera. Vous pouvez lui faire confiance. En attendant, il y a des personnes qui tiennent à vous. Pas des fantômes derrière des écrans, mais des personnes qu’on peut toucher. Tiens ! À commencer par Grégoire qui monte la garde devant votre chambre. Sous ses airs bourrus, il ne l’avouera jamais mais je peux vous dire qu’il est sacrément secoué. D’ailleurs, c’est ceux qui paraissent les plus forts qui sont les plus sensibles. Un peu comme les artichauts. Je vous dis pas le travail que c’est de les nettoyer et de les préparer. Toutes ces feuilles, ça en fait des couches de cuirasse à enlever. Après, on a les doigts tous noirs. Mais à l’intérieur, le cœur est tendre. Un deliziu ! Je vous mitonnerai un plat d’artichauts au brocciu pour votre retour, vous m’en direz des nouvelles.

« Mais pour ça, il faut décider de revenir parmi les vivants. Je vous comprends, vous savez. Combien de fois, je me suis dit que ça pourrait être agréable de ne pas se lever, d’arrêter de lutter, de ne plus avoir ce poids à supporter sur les épaules. Oui, ça m’est arrivé de le penser. Avant de poser le premier pied par terre. Après, avec tout ce qu’il y a à faire dans une maison, on est dans le mouvement et c’est la vie qui vous porte. La vie et les gens. Moi, c’est Pierre-Arsène et maintenant Lisandra. Un jour, quand j’aurai fait ma part, que la petite elle sera lancée, je laisserai aller. Mais pas avant. Parce que même dans les plus grandes peines, il y a des petites victoires à remporter et de la joie à prendre. Moi, ce que j’aime, c’est boire le premier café, seule le matin, et regarder les moineaux qui prennent leur bain dans la gouttière. Ils me font toujours autant rire à faire leur toilette en s’ébouriffant comme des diablotins. S’ils m’amusent encore, c’est que mon heure n’est pas encore venue et que je tiens bon la barre. Il ne faut pas lâcher, Aglaé. Je ne sais pas ce que vous avez déjà enduré, mais moi, je crois que ça vous a empêché de voir ce qu’il y a de bon et de beau. Il y a sûrement plein de choses que vous avez ratées. Croyez-moi, elles valent la peine qu’on s’accroche…

Mémé Angèle interrompit son monologue en entendant un léger coup frappé à la porte. À sa grande surprise, son petit-fils apparut dans l’entrebâillement... »

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2014
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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 04:55

Le 20 mai, le policier Camille Verhœven est de retour à Paris après un congé exceptionnel. Ce gnome d'un mètre quarante-cinq n'exclut pas de passer sa soirée avec Anne, son amie de cœur. Un rendez-vous qui va être compromis. Car, si Verhœven, a peu porté attention à l'actualité, elle va le rattraper. À 17H, une explosion s'est produite rue Joseph-Merlin. Cet attentat aurait pu être meurtrier, ayant provoqué la chute d'un échafaudage. Par miracle, on ne compte que vingt-huit blessés, modérément graves. Les techniciens des secours ont été prompts à intervenir en professionnels, il est vrai. L'instigateur de l'explosion se trouvait à proximité des lieux, filmant l'évènement sur son téléphone portable.

Ce jeune homme de vingt-sept ans se nomme Jean Garnier. Ou John, officiellement. Il ne tarde pas à se livrer à la police, réclamant de parler à un seul interlocuteur, Verhœven. Il sera bientôt reconnu par Clémence K, jeune femme qu'il croisa peu avant les faits. Quant aux démineurs, ils s'aperçoivent que l'on a utilisé un obus datant de la Première Guerre Mondiale. Jean Garnier explique à Verhœven comment il s'y est pris pour trouver ces obus et organiser les attentats. En effet, il affirme que six autres bombes attendent d'exploser, une par jour tant qu'il n'aura pas ce qu'il exige. L'expert en déminage de la police estime que la version de Jean est parfaitement plausible.

Jean Garnier réclame que sa mère Rosie soit immédiatement libérée, et qu'on leur donne une somme de plusieurs millions pour fuir en Australie. Cette femme de quarante-six ans est en prison pour avoir tué la petite amie de son fils. Tandis que Louis Mariani, l'adjoint distingué de Verhœven, s'occupe de la coordination de l'enquête, les policiers se rendent à Bagnolet. C'est là qu'habitent ensemble Jean et Rosie. Une perquisition qui confirme la vie basique de la mère et de son fils. Dans le quartier, Jean a la réputation d'être bricoleur, mais peu courageux. Nettement insuffisant pour comprendre les motivations du poseur de bombes, pourquoi il tient tant à partir au bout du monde avec sa mère.

L'Antiterrorisme a pris le relais de l'interrogatoire de Jean. Sans le moindre succès, celui-ci campant sur ses positions. Néanmoins, il accepte de confier à Verhœven qu'une bombe va exploser à 9H dans une école maternelle. Il y en a plusieurs centaines à Paris, des milliers en France. S'il faut évacuer tous le monde, ça ne va pas arranger les politiciens qui ont déjà du mal à gérer la crise due à cette menace. C'est par hasard qu'on va découvrir boulevard de Mulhouse un autre engin explosif, le cinquième programmé par Jean. Pour Camille Verhœven, il faut agir et comprendre au plus tôt l'attitude de Jean Garnier…

Pierre Lemaitre : Rosy & John (Le Livre de Poche, 2014)

Pierre Lemaitre a été récompensé par le Prix Goncourt 2013. Mais il était déjà connu et apprécié des amateurs de polars. Pour sa trilogie consacrée au policier Verhœven (Travail soigné, Alex, Sacrifices) ainsi que pour ses deux autres suspenses (Cadres noirs, Robe de marié). Dès ses débuts, il nous a épatés par la magnifique construction de ses intrigues. Son écriture, quelque peu discutable pour ses tous premiers titres, s'est bientôt améliorée, devenant réellement stylée. On le vérifie d'ailleurs dès le départ dans le présent roman. Il s'agit d'une histoire plus courte (140 pages, quand même), quatrième volet inédit de la trilogie Verhœven. Oui, ça devient une tétralogie, mais combien de gens comprennent le sens de ce mot ? Tandis qu'une trilogie, on a l'habitude.

À travers certains portraits (le gamin à la clarinette, la pucelle attendant son futur amant, la femme de ménage Farida, etc.) se dégage une part d'ironie. Certes, la menace reste redoutable et les faits dramatiques, mais l'auteur nous invite à prendre ainsi un peu de recul. Il offre également à Verhœven des comportements prêtant à sourire. Ce polar est aussi une manière de montrer à ceux qui l'ignorent encore que Pierre Lemaitre est, hormis son Goncourt, un excellent romancier dans cette catégorie.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 04:55
Charles Williams : Allô ! L'assassin vous parle (1958)

Jerry Forbes est un Texan âgé de vingt-huit ans. Suite à un incident à Las Vegas, il se fait oublier en Floride sous le nom d'Hamilton. Amateur de pêche en mer sportive, il se trouve à Key West. C'est là qu'il fait la connaissance de Marianne Forsyth, venue de Louisiane. Elle avoue trente-quatre ans, mais en aurait trente-huit. Elle fait semblant de s'intéresser à la pêche, alors que son but est ailleurs. Par des détectives, elle sait tout de Jerry Forbes. Le couple s'installe dans un motel de Miami où, devenus intimes, elle va tout lui expliquer. Bien qu'épris de Marianne Forsyth, Jerry Forbes est réaliste : “J'avais réussi à m'introduire ici parce qu'elle avait besoin de moi pour quelque chose et elle s'était soumise avec une certaine complaisance; il n'y avait rien de fortuit dans tout cela. Tout était magnifiquement contrôlé, calculé.”

Il a exactement la même voix que Harris Chapman, ex-patron de Marianne Forsyth, un homme d'affaires de Louisiane. En réalité, le jeune femme fut aussi l'amante de Chapman, et le conseilla longtemps sur ses investissements. À peine veuf de sa femme légitime, il l'a trahie en projetant de se marier avec la belle Coral Blaines, vingt-trois ans. C'est pour ça qu'elle veut lui voler une grosse somme et le détruire. Jerry Forbes touchera 75000 dollars comme complice. Pour ça, il devra copier l'allure générale de Chapman, l'essentiel étant qu'il connaisse en détail la vie du businessman. Il étudie le dossier préparé par Marianne Forsyth, écoute les enregistrements de la voix de Chapman. Jerry Forbes ne pourra pas persuader la jeune femme de renoncer, car sa détermination à se venger est immense. Le jour prévu, Harris Chapman arrive à Miami.

Marianne Forsyth ne tarde pas à tuer Chapman. Jerry Forbes commence par se charger du cadavre. Selon son plan, il va se débarrasser du corps en le jetant à l'eau du côté de Key Largo, à bonne distance de Miami. Revenu en ville, il prend la place de la victime à l'hôtel où il devait résider. Il s'agit de faire croire que Chapman est toujours vivant. Imitant la voix du mort, il téléphone à Coral Blaines, et à l'agent de change s'occupant de ses opérations boursières. Il fait livrer des petits cadeaux à des proches de Chapman. Sans doute est-il possible d'aller au bout de sa mission pour Jerry Forbes. Mais jusqu'à quel point, sentimentalement ou pas, peut-il faire confiance à Marianne Forsyth ?...

Charles Williams : Allô ! L'assassin vous parle (1958)

Charles Williams (1909-1975) fut l'auteur de vingt-deux romans noirs, de 1952 à sa mort. En France, ils ont été traduits pour la Série Noire, puis chez Rivages. “Peau de bananes” fut récompensé par le Grand prix de Littérature policière en 1956. Une douzaine de ses titres ont été transposés au cinéma, aux États-Unis et en France. “Fantasia chez les ploucs” reste un de ses plus beaux succès chez nous. “Allô ! L'assassin vous parle” (All the way, 1958 – en Grande-Bretagne : The concrete flamingo) fut adapté au cinéma en 1960 sous le titre “The 3rd voice”. Edmond O'Brien, Julie London et Laraine Day étaient les têtes d'affiches de ce film d Hubert Cornfield.

Traduit par Charles B.Mertens, le roman parut dans la collection Marabout. Il fut réédité en 1990 aux éditions Minerve, avec une nouvelle traduction de Philippe Bonnet. N'ayant pas été retenu par la Série Noire, ni repris chez Rivages, des puristes vont en déduire que c'est un titre plus faible de Charles Williams. Préjugé habituel et absurde. On retrouve ici l'ambiance du sud des États-Unis, chère à cet auteur. Et l'on sent que le héros va s'empêtrer dans une situation qu'il ne maîtrise pas, thème souvent traité par le romancier. L'idée que ça va forcément se gâter alimente un solide suspense. Une issue dramatique est à craindre. Mais sous quelle forme ? Moins ironique que d'autres titres de Charles Williams, mais tout aussi réussi. Un roman noir à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 04:55

Bien qu'ayant écrit une dizaine de romans, Fletcher Flora n'aura pas marqué les lecteurs français. Seuls deux de ses titres furent traduits : “Un train d'enfer” (“Let me kill you, sweetheart”, coll. Un mystère 1959) et “Une cousine dangereuse” (“Killing Cousins”, coll. Interpolice, début des années 1960). Né à Parsons (Kansas) en 1914, Fletcher Flora est décédé en 1968. Enrôlé dans l'armée en 1943, il a reçu de nombreux éclats d'obus dans les deux jambes et son bras droit, qui laissèrent toute sa vie des séquelles. Il travailla pour l'Armée à Fort Leavenworth, au Kansas, de 1945 jusqu'en 1963. Dès 1952, il écrivit des nouvelles publiées dans des revues comme Dime Detective ou Manhunt, et dans des anthologies. Son premier roman datant de 1954, “Strange sisters”, connaît là-bas un beau succès. Peut-être parce qu'il y est question de lesbianisme. Écrit en 1958, “Un train d'enfer” est paru l'année suivante en France, puis réédité en 1979 dans la collection Classiques du Roman Policier.

Fletcher Flora : Un train d'enfer (Un mystère, 1959)

Avis Pisano est serveuse à l'hôtel du bord du lac de Sylvan Green, petite station estivale où on ne trouve par ailleurs qu'une douzaine de cabanes disséminées dans les bois le long de la rive. Cet été-là, Avis eut trois jeunes amants, qu'elle surnomma tous Frisé. Rex Tye, Guy Butler et Ellis Kuder sont trois citadins de Rutherford, une ville moyenne sans attrait. Tous trois envisagent d'épouser Lauren Haig, vingt-six ans, la jeune femme la plus riche de la région, fille de millionnaire. Au mois de novembre, Avis Pisano prend le train pour rejoindre la gare de Rutherford. Quelqu'un dans l'ombre l'attend dans le square attenant, pas sur le quai. Elle est enceinte et veut de l'argent, mille dollars, pour élever son bébé. Montée dans la voiture de son amant, Avis va être étranglée.

Purvy Stubbs est un jeune homme assez lourdaud, quelque peu naïf, qui n'est guère en confiance avec les femmes. Il a toujours aimé les trains, une véritable passion. Il voulait être ingénieur dans les chemins de fer, mais son père banquier l'obligea à travailler dans sa banque, comme caissier. Ce qui n'empêche pas Purvy d'aller voir passer les trains le plus souvent possible. Ce samedi soir-là, il est même en avance pour le train de dix-neuf heures cinq. Il remarque qu'une inconnue, la seule à descendre du train, rejoint une silhouette au coin du square. Plus tard dans la soirée, Purvy prend un dernier verre au bar avec Guy, Rex et Ellis. L'épisode de la gare n'a pas l'air de les intéresser. Pourtant, l'arrivée d'Avis risquait fort de nuire au mariage de l'un d'eux avec la riche Lauren.

Le surlendemain lundi, Purvy reste intrigué par la scène de la gare. Au principal hôtel du coin, on n'a pas vu l'inconnue. Par une cliente de la banque, Purvy apprend que le cadavre de la jeune femme a été retrouvé. Il va reconnaître le corps à la morgue, puis raconte ce qu'il a vu à la gare au shérif Lonnie Womber. Ce dernier se dit peu expérimenté question crimes, tout juste note-t-il que la valise de la victime a disparu. En réalité, il ne tarde pas à identifier la victime. Et remarque que trois clients de Rutherford ont séjourné à Sylvan Green. Guy, ex-violoniste virtuose, handicapé à la main suite à une blessure de guerre, ressassant son amertume. Rex, fils trop proche de sa mère, qui déteste sa propre attitude soumise alors qu'il se croit supérieur. Ellis, ex-combattant qui s'ennuie et ne vise que le mariage avec Lauren. Purvy va servir d'appât pour coincer le tueur...

 

Il ne s'agit pas d'une œuvrette, mais d'un suspense très habile, d'un “roman malin” qui n'a rien d'une enquête linéaire. La construction de l'histoire inclut, sans le nommer, des scènes avec l'assassin et présente en souplesse le profil des suspects. L'ambiance peu excitante de cette petite ville typique des États-Unis est suggérée avec soin. Les personnages annexes sont aussi nuancés. Tel le sceptique barman du “Division Hotel” ou Phyllis Bagby, patronne du bordel local. La rapide enquête du shérif est exemplaire.

L'écriture n'est pas fade, au contraire. Voici comment est décrit le malaise régnant entre les trois possibles coupables dans le bar où ils ont leurs habitudes : “Il eut un silence, ce qui était habituel. Mais le silence en soi ne l'était pas. Ce silence avait quelque chose de différent, et même [le barman] Bernie Huggins le sentit. C'était difficile à comprendre, mais c'était un peu un silence comme quand on est petit, couché dans le noir, et qu'on sent qu'il y a un monstre ou un dragon, là tout près, qui va vous sauter dessus. C'était le genre de silence qui précède un grand cri.” (traduction Louis Saurin). On appréciera enfin le dénouement elliptique, qui esquisse le nom de l'assassin. Une vraie “perle du polar” à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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13 août 2014 3 13 /08 /août /2014 04:30
Adieu à Robin Williams et à Lauren Bacall

Il y a des jours plus tristes que les autres.

Quand on apprend le décès du remarquable Robin Williams (1951-2014), puis le lendemain celui de la merveilleuse Lauren Bacall (1924-2014).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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12 août 2014 2 12 /08 /août /2014 04:55

Âgé de trente-deux ans, Scott James est policier en uniforme à Los Angeles. Il fait équipe en patrouilles avec Stephanie Anders. Scott espère intégrer bientôt une unité d'élite. Cette nuit-là, tous deux assistent à un accident de la circulation entre un camion et une Bentley. Mais quand intervient une Gran Torino, une fusillade éclate. Le couple de policiers est visé, même si ce sont les occupants de la Bentley qu'on ciblait. Stephanie Anders est abattue par les tueurs, Scott James en sort gravement blessé. Neuf mois et demi plus tard, Scott a toujours des séquelles post-traumatiques et physiques, qu'un psy a du mal à soigner. Le policier est hanté par les images de la scène meurtrière. Pendant tout ce temps, l'enquête sur la mitraillade n'a pas vraiment avancé.

Scott James a été accepté dans la brigade canine, l'unité K9. Pour le recaser, plutôt que grâce à ses compétences. Leland, le patron, ne voit pas d'un bon œil que Scott choisisse le berger allemand Maggie. Cette chienne a appartenu au corps des Marines. Son maître est mort en opération en Afghanistan. Maggie, qui l'a protégé jusqu'au bout, souffre de stress post-traumatique, comme Scott. La chienne ne supporte pas le bruit des coups de feu, handicap majeur. Même avec des médicaments, le psy de Scott ne peut guère aider la chienne. L'idée de Leland est d'inciter Scott à renoncer à ce boulot, Maggie ne pouvant être entraînée correctement. Néanmoins, le couple fonctionne assez bien. La chienne ne tarde pas à adopter son nouveau maître.

L'inspecteur Orso et sa collègue Cowly relancent l'enquête sur la fusillade. Scott retourne souvent sur les lieux, maintenant avec Maggie. Il s'est aperçu que les cambriolages sont fréquents dans ce quartier. Pas impossible qu'un braqueur présent cette nuit-là ait pu voir quelque chose de précis. Même si ce sont aussi des drogués, tels Marshall Ishi, que l'on va arrêter avec l'aide des flics de l'unité spéciale vols. Scott étudie les témoignages et la reconstitution des faits dans le dossier mis à sa disposition. Les victimes de la Bentley, Pahlasian et Beloit, passèrent par deux clubs avant la fusillade. Pour Scott, ça n'explique pas que “deux richards se baladent en Bentley pendant une demie-heure dans un quartier pourri à cette heure de la nuit”. Pour Maggie, l'entraînement continue...

Robert Crais : Suspect (Éd.Belfond Noir, 2014)

Voilà un suspense diablement sympathique, par un romancier chevronné puisqu'il est déjà l'auteur d'une quinzaine de titres. Concernant l'intrigue criminelle proprement dite, Robert Crais sait ménager ses effets. Après la scène-choc de la fusillade, il va distiller les menus indices, les possibles pistes. Il nous présente un policier plutôt solitaire, persévérant à chercher des éléments sur la mort de sa partenaire. Un thème classique et solide. Idem pour l'aspect psychologique. Depuis quelques années, les Américains ont admis la notion de stress post-traumatique : c'est un sujet récurrent que l'auteur utilise avec pertinence. Pour le héros comme pour la chienne Maggie, puisque Scott James a intégré la brigade canine (K9, prononcez K-nine).

Ce qui séduira bon nombre de lectrices et de lecteurs, c'est bien sûr la nouvelle partenaire du policier, pesant quarante kilos. D'autant que certaines scènes sont “vues par” Maggie, la chienne militaire. La relation entre un animal (capable d'un véritable dressage) et son maître (directif sans dureté) apparaît effectivement bien décrite. Les amoureux des chiens s'y reconnaîtront certainement. On ne sera pas surpris qu'existe un projet de film autour de cette histoire, avec un tel tandem chien-maître. Toutefois, quant au livre, un polar ne fonctionnerait pas sans un scénario sérieux et une narration fluide : atouts favorables qui sont bien présents dans ce “Suspect”.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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11 août 2014 1 11 /08 /août /2014 04:55

L'univers de M.Fernand, c'est le quartier Pigalle, de la rue des Martyrs à la place Clichy. On l'y voit passer dans sa Rolls Silver Shadow quelque peu défraîchie. On reconnaît sa haute silhouette, son manteau de poils, son chapeau sombre à larges bords. M.Fernand est toujours accompagné par sa chienne Jouvencelle et par son amant-garde du corps Karl, un Allemand à l'accent teuton prononcé. Toutes les nuits ou presque, on trouve M.Fernand au Favori, le club de Gérard Lambert. Pourtant, malgré son allure, il a beaucoup perdu de son prestige en 1978. Il n'est plus le flamboyant Fernand Legras, qui vendit des tableaux de maîtres aux plus riches Américains. En ce temps-là, il côtoyait les célébrités du cinéma dans les soirées mondaines, se sentant leur égal. La gloire est passée, la roue a tourné, d'autant plus logiquement que les toiles qu'il écoulait étaient des faux.

Aujourd'hui, M.Fernand végète avec Karl dans une chambre d'hôtel minable. S'il fréquente l'immeuble du 11 boulevard de Clichy, c'est parce qu'Annie – épouse de Jimmy Fallow – est généreuse avec lui, en argent et en alcool. Elle voudrait bien que M.Fernand aide son fils Fredo à percer dans la chanson. À cette même adresse, vivent aussi la baronne Lydie et son fils André, une belle paire de drogués. M.Fernand alimente leur vice. Et le couple Kowalski : Irène est prof, son mari est un peintre sans clientèle. Crédule, la jeune femme est sensible à l'aura de M.Fernand. Il a vécu une vie si aventureuse et connu tant de personnalités. Ça déplaît plutôt à Annie Fallows, cette admiration d'Irène. D'ailleurs, les crises colériques de M.Fernand agacent parfois ses hôtes de l'immeuble. Il reste capable de ruser, afin de ne pas perdre son crédit auprès de ces gens dont il abuse.

Un mafieux corse serait acheteur d'un faux Dufy. Hélas, M.Fernand a perdu l'essentiel de ses contacts chez les faussaires. Il y encore l'alcoolique Bronstein. Lui ne fait pas de copies, mais il espère que le peintre Patrice Benamou pourra produire un Dufy. Ce dernier se doute du nom du commanditaire, et pourrait se passer d'intermédiaire. M.Fernand sait où dénicher un authentique Dufy. La baronne en possède un, qu'elle n'a pas l'intention de lui vendre. Le mafieux Albertini invite M.Fernand pour des vacances au ski, afin de mettre un peu de pression sur lui car il le sait aux abois.

Venu de Périgueux, marié à une ex-prostituée dont il a éliminé le proxénète, Cabrillac est commissaire de police dans le secteur de Pigalle. Suite au meurtre d'une pute du quartier, le policier Le Guen des RG contacte Cabrillac. La faune mafieuse qui tourne autour du club Le Favori, il fait tout ce qu'il peut pour l'alpaguer. Albertini et Lambert, mais aussi Fernand Legras, qui est en attente d'un procès. Cabrillac a bientôt l'occasion d'enquêter aussi bien au 11 boulevard de Clichy que parmi les habitués du Favori…

Louis Sanders : La chute de M.Fernand (Éd.Seuil, 2014)

L'auteur s'inspire de Fernand Legros, marchand de tableau qui connut une belle notoriété dans les années 1960-70. Il n'était pas lui-même un faussaire, mais possédait un réseau de copieurs d'œuvres très pointus. Il avait sa technique pour faire authentifier les toiles, s'adressant aux veuves souvent ruinées des artistes peintres. Cultivant son personnage, il possédait une prestance indéniable qui lui permit de vendre des dizaines de faux tableaux.

Sa vie romancée par l'écrivain Roger Peyrefitte, et son autobiographie, ont contribué à sa légende. Pour comprendre le succès de cet escroc, sans doute faut-il le replacer dans son époque. Entre culot et habileté, non dénués de charisme, ces gens sans scrupule n'avaient pas peur de se lancer dans des arnaques énormes. Comme ils visaient les plus friqués, la population les trouvaient sympathiques, et s'amusait de leurs aventures.

S'agissant d'une fiction, c'est un clone de l'original que nous présente l'auteur. D'ailleurs, Fernand Legros est décédé à l'âge de cinquante-deux ans quelques années plus tard. Dans la misère, comme le héros de cette histoire. Louis Sanders réussit à restituer l'ambiance générale de cette époque, la fin de la décennie 1970.

Pigalle conserve sa réputation sulfureuse, les Corses ont encore la haute main sur les boites de nuits parisiennes, et si les flics sont efficaces, ils ne se prennent pas encore pour des “experts”. Effectivement, de même que le grand banditisme évolue, le temps des grands arnaqueurs se termine. Certes, il y en aura d'autres, mais ils manqueront de brio. L'histoire est ici assortie d'une enquête criminelle, toutefois on retient en priorité le climat d'alors, et le délicieux portrait du fantasque M.Fernand. Un savoureux roman.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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