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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 05:55

Elspeth Howell vient de passer quatre mois en ville, exerçant son métier de sage-femme. En ce neigeux hiver 1897, elle rentre dans sa ferme isolée du nord de l’État de New York. Son mari Jora et leurs enfants (Mary, Emma, Jesse et Amos) ont été massacrés. Cinq ou six jours plus tôt, trois hommes portant des foulards rouges ont débarqué ici, tuant sans pitié toute la famille. Sauf Caleb, douze ans, fils solitaire des Howell. Il a tout vu depuis le fenil, dans la grange où il passait son temps. Bien que possédant un fusil Ithaca, il n'a pas pu intervenir. Sans le vouloir, Caleb blesse sérieusement sa mère à son arrivée. Fiévreuse, Elspeth reste semi-inconsciente durant plusieurs jours. Son esprit lui restitue des images de leur vie passée, entre la pieuse dureté de Jora et leur histoire familiale. C'est le feu qui va intégralement purifier le décor meurtrier. Caleb et sa mère se réfugient dans la grange.

Le garçon réfléchit à la suite : “Ils auraient besoin d'un plan, et pour la première de fois depuis le drame, il envisagea la possibilité d'un avenir. La seule chose qu'il révélerait à sa mère, c'est qu'il prévoyait de tuer ces hommes. Sans doute le voudrait-elle aussi.” Après quelques jours de répit, Elspeth affaiblie et Caleb partent à pied dans la neige et le brouillard. Un long chemin de croix dans les campagnes sans vie. Ils échouent finalement dans la maison d'un couple de vieux, William H.Wood et sa femme Margaret. Ceux-ci leur procurent chaleur et réconfort. Quatre jours plus tôt, le trio de tueurs a brutalisé William, dérobant ce qu'ils pouvaient. Ils sont partis en direction de Watersbridge. Elspeth connaît la ville, près du lac Erié, car c'est là que naquit Caleb. William et Margaret ne peuvent retenir la mère et son fils, pressés de rester sur les pas du trio criminel.

Tandis qu'ils se logent dans un hôtel, Caleb découvre la civilisation. Déguisée avec les vêtements de son défunt mari, Elspeth se voit offrir un job d'homme à la Compagnie des Grands Lacs. Un boulot difficile où elle fait équipe avec Charles Heather, au caractère plutôt bienveillant. Elle ne peut rien lui révéler dans l'immédiat. Caleb ayant entendu parler de la Taverne de l'Orme, un lieu mal famé, il a été engagé pour un petit job de service par le patron, London White. Il est convaincu que c'est là qu'il trouvera la trace des trois tueurs. Caleb s'est acheté un Colt, qui ne le quitte pas. À l'Orme, il croise des types comme Owen Trachte, qu'il sent animé d'une sourde colère, ou Martin Shane, un habitué paraissant énervé de nature. Mais il y a également la jeune Ellabelle, qui l'impressionne quelque peu. Tandis qu'Elspeth reste hantée par son passé, il n'est pas question pour Caleb de renoncer à sa vengeance…

James Scott : Retour à Watersbridge (Éd.Seuil, 2015)

À la toute fin du 19e siècle, l'Amérique reste largement un décor de western, la ruralité s'appliquant toujours à de petites villes comme Watersbridge. C'est une époque rude, où le confort reste relatif pour la population modeste, gens ordinaires menant une vie sans luxe, chacun défendant ses maigres biens ou sa tranquillité. Non sans utiliser des armes, au besoin. Des notables de la classe un peu plus aisée, tels ceux qui employèrent Elspeth Howell, il en existe. Ces conditions de vie engendrent une sélection naturelle au détriment des plus faibles, y compris des bébés. On se raccroche dans certains cas aux préceptes bibliques, comme le fit Jora Howell. Ou on traîne sa peine et ses secrets, telle Elspeth.

Ce que l'on retient en priorité, c'est l'écriture de James Scott, capable de faire passer cette âpreté de l'ambiance d'alors. Certes, il y a des règlements de comptes dans l'air. Au-delà de ça, c'est l'ensemble des rapports entre tous les protagonistes qui sont sous perpétuelle tension. Beaucoup de méfiance, assurément une dose de rancœur. Néanmoins, l'auteur parvient à nuancer, à travers des personnages plus modérés : William et Margaret Wood, le patron de l'hôtel Frank, l'ouvrier Charles Heather, et d'autres encore. Quelques lueurs humanistes percent dans toute cette noirceur.

Quant à l'intrigue, le massacre initial en est le moteur, bien sûr. Toutefois, c'est dans l'histoire d'Elspeth et de ses proches que l'affaire prend sa source. Bien que de style personnel, ce roman puissant n'est pas sans rappeler ceux de Ron Rash. C'est avec une très belle maîtrise que James Scott nous raconte ces destins tourmentés.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 05:55

Drôle d'expérience d'être une pute bon marché au club Gran Madam's, côté espagnol de la frontière, à La Jonquera. Ex-étudiante, Virginie Lupesco devenue Bégonia Mars, “apprécie” les plaisirs du job. Y a qu'à se faire secouer dans tous les sens par une succession de clients, qui paient via une sorte de parcmètre. Pour le reste, Ludovic le Boss s'occupe de tout : lui tirer son fric, lui claquer des baffes, ingurgiter des chocolats et picoler. Et puis organiser un mauvais coup avec son assistant le Chinois et elle : buter salement le Catalan, patron du club où elle est employée. Dès le lendemain, le trio s'offre une virée côté France sous la chaleur de l'été, avec le chien de Bégonia, dans la Dacia pourrie du Boss conduite par le Chinois. Pinard à volonté pour un pique-nique en bord de mer près de Leucate, sur une plage polluée où la baignade est interdite. L'ombre du Catalan plane encore sur eux.

Le hasard fait qu'ils embarquent une gamine d'une douzaine d'années, Marielle, traînant dans les dunes. Elle a tendance à l'embonpoint, la petite. Quand elle a envie de voir les lions au zoo de Sigean, Ludovic le Boss est d'accord pour cette balade chez les fauves. Il n'empêche qu'une mineure, ça peut finir par attirer les embrouilles avec les flics. Ramener Marielle à ses parents, Jean-Louis et Sylvie, couple de garagistes à Capendu, un village du coin ? Bien que la fillette fugueuse ait disparu depuis plusieurs jours, ils ont l'air modérément perturbés, ces deux-là. Ce n'est pas sa première fugue, il est vrai. Quand même, ils sont très heureux que Marielle soit retrouvée, et invitent le trio à rester. Le Chinois étant tombé malade, ils sont obligés de prolonger leur séjour. L'occasion pour Bégonia Mars de se remémorer son parcours du Puy-de-Dôme jusqu'à la prostitution.

La jeune femme s'entend bien avec Marielle, qu'elle a envie de protéger. Surtout, Bégonia est très attirée par Ali Talib, le beau gardien de nuit de la station. Ludovic le Boss ne parle plus de ses projets parisiens. Globalement, une agréable pause vacances, dans la bonne humeur. Tandis que le farniente s'éternise à Capendu sous la canicule, les habitants du village masquent mal une certaine désapprobation envers le trio, suspect à leurs yeux. Le Chinois, issu d'un étonnant métissage, les intrigue sûrement. Par ailleurs, il y a la famille de Sylvie, au sujet de laquelle Bégonia ressent un malaise certain. Faut-il protéger Marielle contre tout cet environnement, finalement pas si calme, avec ses secrets et sa nervosité ? Quand les gens du village lancent les hostilités, il est temps pour le trio de réagir…

Anne Bourrel : Gran Madam's (La Manufacture de Livres, 2015)

Cet excellent roman s'inscrit dans la lignée de ce que l'on appela le “néo-polar” voilà une trentaine d'années. On y mêlait réalisme et marginalité, la narration fluide compensant un climat tendu. À l'époque, il eût trouvé sa place aux côtés de ceux de Pierre Pelot, Thierry Jonquet, Michel Quint, et autres ténors de la collection Engrenage du Fleuve Noir. Par son écriture vive et inspirée, l'auteure réussit instantanément à nous fasciner. Sacré “tour de force”, car elle n'est pas la première à nous raconter les déboires d'une prostituée.

Cette jeune femme acceptant le sexe tarifé à la chaîne, assumant sa soumission à un proxénète, on n'a vraiment aucune raison de la trouver émouvante. Probablement est-ce sa franchise qui la rend bien plus sympathique. Par exemple, elle n'a pas l'hypocrisie de se dire escort-girl, qualificatif plus noble (mais c'est la même chose) que celui de pute. Elle ne nie pas que, en plusieurs occasions, elle pourrait certainement fuir cet univers malsain. Franche ou sincère, oui, mais pas peut-être pas complètement lucide.

Elle semble accro au dégoût, comme bon nombre de ces femmes, qui jureraient mordicus qu'elles sont libres de leur vie, heureuses. Elles sont au service de faux-caïds : “Ils se ressemblent tous : visages fermés, lunettes noires, costume chemise blanche, chapeau de cuir, ou survêt, médaille, casquette. Aucun ne révèle jamais son véritable nom. Ils s'entre-tuent et sont interchangeables.” Les maquereaux d'antan n'ont guère évolué, des gagne-petits qui se donnent des airs de chefs, de businessmen.

Anne Bourrel confronte son trio à un monde normal et quotidien, en apparence équilibré, mais peut-être pas tant. Sous le soleil du Languedoc-Roussillon, un noir polar de haute qualité, nettement plus sombre qu'il y paraît.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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2 février 2015 1 02 /02 /février /2015 05:55

En 2010, âgé de soixante-deux ans, K.William Hodges est depuis quelques temps retraité, après avoir passé quarante années dans la police. Sa vie est désormais plutôt ennuyeuse. Il est divorcé de sa femme Corinne, et leur fille trentenaire Alison vit à San Francisco. Il ne fréquente plus guère ses ex-collègues, dont son partenaire Pete Huntley. Seul Jerome Robinson, lycéen noir qu'il paie pour de menus travaux, reste un contact avec la vie réelle, sinon la télé occupe son temps. Hodges reçoit un courrier d'un criminel qu'il n'a pas réussi à identifier tant qu'il était en service. Ce Tueur à la Mercedes fonça volontairement sur une foule de chômeurs réunis en attente d'une Foire à l'emploi au City Center, causant plusieurs victimes dont un bébé. L'auteur de la lettre ne cache pas sa jubilation d'avoir tué tous ces gens sans se faire prendre. Avec ce puissant véhicule volé à Mrs Olivia Trelawney, et en prenant moult précautions, l'opération ne pouvait pas être un échec.

Hodges ne confie pas le courrier à la police. Il veut comprendre le but du tueur, qui semble bien renseigné sur lui-même, l'ancien flic. Besoin de célébrité ou, quoi qu'il en dise, envie de recommencer ? Hodges analyse la forme de la lettre, un texte avec des détails curieux, tel ce mot erroné de “créminel” pour “criminel”. Le retraité se souvient de l'interrogatoire de Mrs Trelawney, qui se suicida au cours de l'enquête. Se posait la question de la clé de cette Mercedes, l'assassin ayant refermé la voiture avec elle après l'avoir garée dans une zone industrielle isolée. La propriétaire disait ne pas posséder de doubles de ladite clé. Un petit mystère, pourtant capital, qui entraîna peut-être le suicide de Mrs Trelawney. Hodges retourne dans le quartier pour habitants aisés où elle habitait. Les confidences d'un agent de sécurité l'aident à mieux cerner les circonstances et le caractère de la défunte.

Hodges s'adresse à la quadragénaire Janey Patterson, sœur et héritière de Mrs Trelawney. Elle lui donne une lettre, à la tonalité culpabilisante, que le tueur envoya à feue sa sœur. Janey engage Hodges tel un détective privé pour éclaircir l'affaire. Malgré leur différence d'âges, le vieux flic et Janey masquent à peine leur attirance mutuelle. C'est Jerome qui va bientôt résoudre l'énigme de la deuxième clé de la Mercedes. Doué en informatique, il aide aussi Hodges à explorer un site Internet de rencontres, “Sous le parapluie bleu de Debbie”. Mrs Trelawney fut en rapport avec le Tueur à la Mercedes via ce site. D'ailleurs, le criminel donne aussi rendez-vous à Hodges sur le même site. Le retraité finit par jouer le jeu. À sa manière, tel le pêcheur à la ligne ferrant le poisson, en utilisant la provocation envers son adversaire anonyme. Il le traite de mythomane, ce qui ne peut qu'exacerber la fierté de cet assassin. Après plusieurs messages de la sorte, les réponses sont irritées.

Âgé de vingt-huit ans, Brady Hartsfield vit avec sa mère Deborah, adepte de la vodka. Il est employé à temps partiel chez Discount Electronics, vente et réparation informatique. Son second job, c'est marchand de glace. Avec son fourgon Mister Délice, il passe dans les quartiers. Dont celui de Hodges, où il a pour clients Jerome et sa jeune sœur de neuf ans. Voilà en partie comment Brady connaît si bien le retraité de la police. Chez lui, le sous-sol est aménagé tel un poste de contrôle informatique, avec sept ordinateurs et tout ce que le bricolage permet comme connections. Il compte même y mettre au point un appareillage explosif. Utilisant le pseudo de Frankie, du nom de son défunt frère, pour le site “Sous le parapluie bleu de Debbie”, c'est d'ici qu'il incita Mrs Trelawney à se supprimer. Excité par les réponses ironiques de Hodges, pour prouver qu'il n'est pas un rigolo, Brady projette d'empoisonner Odell, le chien de Jerome. En fait, il va se produire un sérieux ratage.

Hodges invite Jerome et Janey à repérer tout véhicule susceptible de surveiller le quartier. En provoquant le criminel, le but du vieux flic est “qu'il se concentre sur une personne en particulier. Plus je resterai dans sa ligne de mire, moins il pensera à planifier une autre tuerie comme celle du City Center, peut-être même encore plus grande.” En effet, Brady est jaloux des amours de Hodges et Janey. Tout en rôdant au centre culturel de la ville, il prépare un piège explosif. Interrogé par son ami policier Pete, Hodges ne dit pas la vérité. Le vieux flic, Jerome et leur amie Holly Gibney, doivent absolument contrer le tueur...

Stephen King : Mr Mercedes (Éd.Albin Michel, 2015)

Brady sait qu'il est malade mental, bien sûr qu'il l'est, les gens normaux ne foncent pas sur des foules de gens avec leur voiture et n'envisagent pas de commettre un attentat-suicide contre le Président des États-Unis. Les hommes normaux ne s'arrêtent pas devant la chambre de leur mère en se demandant si elle est nue. Mais les hommes anormaux n'aiment pas que les gens sachent qu'ils sont anormaux.

 

Il est superflu de faire l'éloge des romans de Stephen King. Son sens narratif fait de lui un des meilleurs conteurs de tous les temps, quel que soit le genre d'histoire qu'il entreprend de raconter. Cette fois, c'est dans un polar qu'il embarque ses lecteurs. Pas une énigme où il faudrait découvrir le nom du coupable, mais un duel entre un enquêteur et un tueur. D'une part, un récent retraité de la police prêt à se muer en détective privé, pour revenir sur une monstrueuse affaire non élucidée. De l'autre, un solitaire se croyant intelligent et malin parce qu'il est bon bricolo en informatique. Une base plutôt classique, en effet.

Ce qui convainc dans les romans de cet auteur, c'est la description de l'univers où évoluent les personnages centraux. Entre quartiers rupins et secteurs où fleurit la délinquance, une ville ordinaire du Midwest, quelque peu touchée par la crise économique. Un jeune Noir de bonne famille qui, par complicité avec le flic retraité, s'amuse à parler “petit nègre”. La petite sœur de Jerome excitée, comme une gamine de son âge, par un show au centre culturel. Une dame impliquée dans un acte criminel qui, comme beaucoup, s'occupait peu de la sécurité de sa voiture. Une amourette entre le vieux flic et une femme plus jeune. La mère du tueur ressemblant à une loque vulgaire. Voilà une poignée d'exemples de ce qui offre une belle crédibilité au sujet.

Stephen King s'applique à coller au quotidien, à une certaine réalité. Y compris dans les technologies si présentes à notre époque. Que nous maîtrisons parfois mal, tandis que d'autres savent en tirer parti de manière néfaste. Contraste entre l'innocente activité de marchand de glace et celle de technicien névrosé, en ce qui concerne le tueur. L'angle que choisit le policier retraité pour l'affronter est symptomatique aussi : la provocation. Sans doute, un des points forts du récit. Face à des jusqu’au-boutistes, raisonnement et recherche d'indices seraient insuffisants, il faut être aussi hargneux qu'eux. L'auteur utilise tout ce contexte avec son aisance naturelle, ce ton assez enjoué qui lui est propre. Encore un excellent suspense de Stephen King, un maître en la matière.

— Disponible dès le 5 février 2015 —

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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 05:55
http://www.polarencontre.fr/

http://www.polarencontre.fr/

Le festival Polar'Encontre aura lieu les 7 et 8 mars 2015 au Centre Jacques Prévert à Bon-Encontre, près d'Agen (47).

Les auteurs de polars : Elena Piacentini Prix Calibre 47 en 2014 pour “Le cimetière des chimères” (Éd.Au-Delà du Raisonnable), Dominique Sylvain, Cristina Fallarás, Sophie Dieuaide, Olivier Bordaçarre, Frank Bouysse, Michel Embareck, Laurent Guillaume, Hervé Le Corre, Marin Ledun, Christian Roux, Éric Maravélias, François Médeline, Claude Mesplède, François Guérif.

Les romans sélectionnés pour le Prix Calibre 47 en 2015 :

"Dernier Désir" d'Olivier Bordaçarre 

"Grossir le ciel" de Franck Bouysse

"Après la guerre" d'Hervé Le Corre

"L'homme qui a vu l'homme" de Marin Ledun

"La faux soyeuse" d'Éric Maravelias

"Les rêves de guerre" François Médéline

"Ombres et soleil" de Dominique Sylvain

Les auteurs de bédé : Jean-Christophe Chauzy, Nicoby, Stéphane de Caneva, Isabelle Dethan, Stéphane Douay, Florence Duprè la Tour, Rm Guéra, Jordi Lafèbre, Anthony Pastor, Vincent Perriot, Alberto Ponticelli, Jeff Pourquié, Roberto Zaghi et un invité surprise.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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30 janvier 2015 5 30 /01 /janvier /2015 05:55

En cette année 1734, Voltaire va avoir quarante ans. Son ouvrage “Lettres Philosophiques” a été condamné par les autorités royales. Il a été contraint de se réfugier au château de Cirey, dans le duché de Lorraine, chez son amie Émilie du Châtelet. Malgré les mirabelles et la cuisine locale, Voltaire s'ennuie de Paris où il est banni. Il y retourne clandestinement afin de retrouver Émilie, avant qu'elle se laisse séduire par Maupertuis, savant en vogue.

Quand il arrive chez la marquise, le cadavre empoisonné d'une soubrette vient de sortir d'un placard de cuisine. Ni Maupertuis, ni Voltaire n'ont vraiment de solution, car l'alerte a été donnée. Sollicitée par le lieutenant général de police Hérault, Émilie du Châtelet joue la comédie de l'ignorance. Une noble dame n'a pas à se préoccuper d'une simple servante, que diable ! Si René Hérault poursuit l'interrogatoire dans ses bureaux, ce n'est pas qu'il la suspecte, mais parce qu'il est sous le charme incontesté d'Émilie.

Voltaire a bien vite quitté la demeure de la marquise, retournant à son ancien domicile. Non pas qu'il compte sur l'assistance du couple Dumoulin, ses logeurs chafouins. Mais l'aide du gros abbé Linant, son ancien secrétaire prisonnier dans leur grenier, peut s'avérer utile. Encore qu'il pense davantage à s'empiffrer. Voltaire va successivement se faire engager chez l'écrivain Montesquieu puis chez l'épistolière Mme du Deffand, profitant que tous deux soient bigleux. Il ne profitera guère de l'hospitalité du comte d'Argental, fera quelques dépenses au frais de Maupertuis, avant de s'installer chez des nonnes. S'il doit se grimer, c'est facile pour ce Fregoli avant l'heure qui pense posséder “les plus belles fesses de la littérature française.”

Quoi qu'il en soit, Voltaire doit garder un œil sur sa belle Émilie, invitée à résider chez Hérault, tout en menant son enquête. La jolie marquise n'aurait jamais dû recevoir cette luxueuse “maison de poupée”, décorée avec soin, garnie de petits personnages. Le service de surveillance du courrier a mal dirigé ce précieux objet. Avec la bénédiction du lieutenant général Hérault, Voltaire se renseigne chez une modiste malgracieuse, puis chez l'artisan qui fabriqua cette merveille de jouet. Restant officiellement recherché, sous menace d'embastillement, Voltaire frôle l'arrestation chez un perruquier saxon qui se fait son complice.

C'est donc ladite “maison de poupée” qui s'avère empoisonnante. Du moins, en la tripotant, faut-il se méfier d'insidieux dards mortels. Émilie du Châtelet finit par situer la demeure ayant servi de modèle à ce remarquable jouet. Déserté aujourd'hui, l'hôtel particulier de Parolignac fut le sinistre lieu d'un crime, dit-on. Serait-ce dans les salons mondains que Voltaire trouvera les preuves de ce qui pourrait bien être un complot ?…

Frédéric Lenormand : Élémentaire, mon cher Voltaire ! (Éditions J.C.Lattès, 2015)

Depuis “La baronne meurt à cinq heures” (2011, Prix Arsène Lupin), c'est la cinquième aventure voltairienne que nous raconte Frédéric Lenormand, auteur chevronné. Il s'agit d'une comédie policière enjouée, qui s'amuse avec les péripéties (revisitées) de la vraie vie de son héros. Que l'on imagine pas le vieux Voltaire, quelque peu assagi, réfugié en son château de Ferney, assis dans son fauteuil et se consacrant à l'écriture. Car c'est un Voltaire encore jeune et frétillant, se gaussant des littérateurs de son temps (ainsi que du compositeur Jean-Philippe Rameau), amoureux de l'intelligente et ravissante Émilie, échappant d'un air sautillant à la police royale, qui nous entraîne dans son sillage.

Philosophe et aventurier ? La biographie de Voltaire nous montre que son existence fut effectivement agitée. Ses moments de répit ne furent que temporaires, on le sait. À vrai dire, c'est l'époque du roi Louis XV qui s'y prêtait, riche en manigances et conspirations. Une quinzaine d'années plus tard, le chevalier d’Éon en sera l'illustration. Si l'auteur se base sur des personnages et des faits d'alors, il choisit de traiter l'Histoire avec le sourire. On se plaît à penser que le pétillant Voltaire, doté d'un esprit vif et caustique, aborda avec la même énergie endiablée les vicissitudes de son parcours. Entre fluidité du récit, humour et suspense, un roman “historique” fort excitant.

 

— Disponible dès le 4 février 2015 —

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 05:55

Un immeuble en chantier sans gardien, rue du Laos, Paris 15e. Dans la cave, le cadavre d'une quadragénaire morte là depuis plus d'une semaine. La victime ligotée a été mutilée, torturée, bras brûlé et langue sectionnée. Étrange constatation : ces blessures ont été soignées, et le corps martyrisé déposé tel un gisant médiéval. C'est une ado anonyme qui a donné l'alerte en pleine nuit. Le groupe du commandant Bastien Carat, de la Brigade Criminelle, est chargé de l'enquête. Une équipe un peu bancale et démotivée, marquée par l'exclusion d'un des leurs, Colin Mansour, meilleur ami de Carat. Il a été remplacé par Franka Kehlmann, venue de la Brigade Financière, protégée par la divisionnaire Christine Santini. La nouvelle ne demande qu'à faire ses preuves, malgré un frère embarrassant, Joey. Enfants d'une défunte chanteuse et d'un universitaire agressif, Franka et son frère ont une histoire familiale chargée. Pour elle, leur père fait figure de “chacal”.

L'heure serait à l'efficacité, en récoltant rapidement un maximum d'élément, bien qu'on ne dispose ni d'empreintes, ni de traces ADN. Car on a probablement affaire à un prédateur, un méchant dingue cruel et précis. Si Bastien Carat se méfie de sa supérieure Christine Santini, il peut compter sur le soutien amical du juge d'instruction Seimourt. Garder un contact positif avec son ex-collègue Mansour, qui est en soins psys, paraît de moins en moins possible. Les ouvriers du promoteur Victor Frey ayant travaillé sur le chantier figurent parmi les premiers suspects. L'un d'eux, Teddy Brunet, aurait le profil adéquat. On procède à son arrestation musclée chez son ancienne petite amie sage-femme. Un coupe-boulon peut incriminer Brunet. Il sera défendu par un célèbre avocat, Louis Bagneux, qui ne semble pas redouter l'accusation contre ce véhément client.

Quand Colin Mansour prend contact avec Franka, c'est visiblement dans le but de semer la discorde dans le groupe de Carat. La jeune policière garde le cap dans l'enquête, notant les petits troubles de santé de son chef. Maître Bagneux, ami du promoteur Frey, s'affiche en esthète bienveillant : il a remarqué les qualités de photographe de Joey. Peut-être cet avocat joue-t-il un trouble jeu. Néanmoins, on finit par réaliser que la nervosité de Brunet était explicable. La victime est enfin identifiée : Victoire Pélissier était médecin au Samu.

Tu baigneras dans la lumière. Tu seras noyée dans l'étang de feu” : cette formule tirée de l'Apocalypse indique aux enquêteurs qu'ils ont affaire à un prédateur mystique. Un ami du juge Philippe Seimourt, historien spécialiste de la torture, cerne pour Carat l'esprit de l'assassin. La calligraphie intervient sûrement dans son processus mental. Plus tard, on s'apercevra que des phénomènes naturels sont aussi prétextes déclencheurs. L'enquête devient fatigante pour Carat, qui aimerait consacrer plus de temps à son épouse Garance, chef cuisinière. Pour Franka, les tentatives de retour de leur père nuisent quelque peu à sa concentration. Une affaire datant d'une dizaine d'année présente des analogies avec le cas de Victoire Pélissier. Un homme retrouvé dans un canal avait aussi été amputé de la langue…

Dominique Sylvain : L'archange du chaos (Éd.Viviane Hamy, 2015)

Ce n'est évidemment pas un ordinaire roman d'énigme, avec assortiment de suspects et enquête rectiligne, que nous propose Dominique Sylvain. Auteure confirmée, elle entraîne son public sur les pas d'un assassin mystique, en prenant bien garde de ne pas “surdoser” ses effets. Elle sait qu'il serait contre-productif de charger l'ambiance, de miser sur l'excès de croyances délirantes, dans cette intrigue ou la motivation criminelle est autre. Finesse et méandres vont agréablement de pair dans le récit.

Certes, un climat de mystère règne ici, mais c'est davantage à travers chaque personnage et son univers privé. Ce sont des portraits fouillés, riches en nuances, voire en demies-teintes, que dessine Dominique Sylvain. Ainsi, sous son air de catcheur, Bastien Carat masque une part de fragilité. Ou encore, le suicide passé de leur mère crée entre Franka et Joey un lien fort subtil. Et l'on peut discerner que le cas de Colin Mansour n'est pas si extérieur, bien sûr. En somme, si tous portent leur croix, celle de l'adversaire des policiers s'avère la plus pesante. Notons que l'auteure glisse la différence entre les tueurs-en-série américains, souvent cruels par goût, et les quelques cas français. Toutefois, la férocité du prédateur reste mortelle jusqu'au bout de cette affaire. Un suspense aussi sombre que palpitant, une belle réussite.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 05:55
Homicide à New York, la victime est morte 55 ans plus tard

Voilà une info évoquée par Le Point (25 janvier 2015) d'après une actualité du New York Times, qui pourrait inspirer les auteurs de noirs polars.

À New York, Antonio Ciccarello est mort d'un coup de couteau, suite à une agression datant des années 1950. Selon l'autopsie, Antonio Ciccarello est bien décédé, à 97 ans, du point de vue de la médecine légale, du coup de couteau qui l'a touché il y a environ cinquante-cinq ans. Son certificat de décès authentifie la cause de sa mort : complications d'une occlusion intestinale "causée par une hernie ventrale due à une profonde laparotomie [une incision de l'abdomen] réalisée pour traiter une blessure par arme blanche au torse". S'agissant d'une blessure "infligée par un tiers", c'est bien un "homicide". Ce qui fait de son agresseur d'autrefois un meurtrier présumé.

Chaque année, la police new-yorkaise recense quelques affaires de ce genre, indique New York Times, mais le cas d'Antonio Ciccarello détient le record de temps entre les faits et la mort de la victime. L'homicide étant avéré, les policiers new-yorkais ont ouvert une enquête pour meurtre. Sans preuve, ni témoin, ni indice. Sans même savoir avec certitude dans quel hôpital la victime a pu faire soigner sa blessure. Ils suivent la piste de ceux qui étaient à l'époque collègues de celui qui était gardien dans un immeuble de la 5e avenue. "Le problème, c'est qu'il n'y a plus tellement de gens vivants, a déclaré le lieutenant chargé de l'enquête. Il a vécu toutes ces années sans problème. Et subitement, c'est un homicide." Quant au meurtrier, il est certainement décédé depuis longtemps.

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 05:55

La vie de W. a basculé vers 1979-80 en Italie, quand il a rencontré un certain Dan. Celui-ci dirigeait un groupuscule anti-communiste, le Gladio. C'est sur une base de l'OTAN que son adjoint Gus entraînait des tireurs d'élite, des baroudeurs qui seraient envoyés plus tard en mission. Avec une préparation idéologique, afin que ces exécuteurs réalisent les bienfaits de l'économie capitaliste mondiale, pour laquelle ils allaient œuvrer. Être grassement payé afin d'éliminer les grains de sables qui nuisent à l'ultra-libéralisme, sans contact avec les commanditaires. Ne pas exister, mener des opérations occultes pour un résultat efficace. Voilà ce qu'on attendait de W. et de ses semblables. Il arriva qu'il coopère avec des gens exerçant le même métier particulier.

À Samarkand (Ouzbékistan), c'est avec Dimitri qu'il accomplit sa mission. C'était l'époque post-Gorbatchev, où l'on faisait le ménage autour de Gazprom afin que ça devienne un puissant holding. W. est intervenu depuis dans d'autres pays du monde. Y compris aux États-Unis, à la demande de l'industrie céréalière. C'est cette fois-là qu'il découvrit les Struggle For Live, un groupe de rock trash. Leurs musiques violentes accompagnent généralement ses missions, depuis cette époque. Quant à lui, W. n'est pas du tout opposé au système, qui lui permet de gagner des fortunes avec une activité “infralégale”. Que ses employeurs soient puissants, tandis que W. reste discrètement dans la marge, voilà ce qui lui garantit une certaine sécurité.

Il y a plus de vingt ans qu'il est exécuteur sur contrats. Le Gladio de Dan, c'est du passé. Il compte sur son ami trader new-yorkais Jack pour gérer au mieux son patrimoine. En abattant naguère un duo de maîtres-chanteurs, W. rendit un sacré service à Jack. En ce début septembre 2001, W. s'est installé au Chelsea Hotel, en plein cœur de New York. Il a une nouvelle mission lucrative à remplir, dans une des tours du World Trade Center. Buter un inconnu, récupérer sa mallette de documents, la transmettre à un contact, sans rien savoir des raisons de l'opération, parfait pour W. Tout se déroule comme prévu. Sauf qu'il remarque une femme qui le surveille et, surtout, que la tour du WTC se met à trembler. Dimitri est présent, lui aussi, venu là pour supprimer sur contrat son collègue W.

W. avoue avoir été déstabilisé par la situation inattendue, même si l'obstacle principal n'était pas Dimitri. Descendre avec la foule fuyant l'immeuble, sortir du guêpier encore inexplicable, regagner le Chelsea Hotel, c'est ce que lui dicte son instinct de survie. Il se procure au plus vite des armes. Après un périple dans la ville paniquée, W. pense que le Chelsea Hotel est surveillé. Se réfugiant dans une église, il s'aperçoit que les documents de la mallette qu'il a récupérée possèdent une très forte valeur.

Il est temps de faire son débriefing personnel. Et de se demander pourquoi il est, à son tour, devenu une cible ? Il a pourtant toujours privilégié le business, ne pratiquant jamais de politique. Lorsqu'il rentre clandestinement à l'hôtel, repérant des gens en surveillance, W. est sûr que plusieurs camps le traquent. Une nommé Lila, probablement employée par un service secret, lui offre une opportunité de négocier. Leur cavale ne sera pas sans causer quelques nouvelles victimes….

Jean-Paul Chaumeil : Ground Zero (Éd.Rouergue Noir, 2015)

Il serait un peu trop facile de classer ce livre parmi les “romans d'espionnage”, ou de lui donner la même étiquette que ces “thrillers internationaux” traitant de la guerre secrète. Il est vrai que l'auteur souligne le cynisme de la finance mondiale, de son mépris de tout ce qui gêne son essor exponentiel. Ce qui a déteint sur le personnage central, narrateur de cette histoire, converti à l'ultra-libéralisme. S'il garde en lui une certaine rébellion, elle est musicale, à travers les chansons ponctuant ses missions. Pour le reste, le fric est plus motivant que tout, à ses yeux. Ce genre d'exécuteur sur contrat est-il crédible ? Ne dit-on pas que, au nom de la Raison d’État, certains pays utiliseraient les services de tueurs ? Des financiers usant de méthodes mafieuses pourraient assurément faire de même.

Le héros qui se trouve “au mauvais endroit, au mauvais moment”, c'est une des grandes traditions du polar. Quand il s'agit d'une tour du World Trade Center, le 11-Septembre, on est fatalement entraîné dans une situation extrêmement complexe. Notons qu'une partie de l'affaire se passe au Chelsea Hotel : un lieu judicieusement choisi, car c'était encore à l'époque une joyeuse pétaudière où tout pouvait se produire. Nous voilà plongés dans un tumultueux roman d'aventure, où plane un danger omniprésent.

Ce suspense possède un atout supplémentaire : sa tonalité d'écriture. Le narrateur interpelle le lecteur, ne cachant rien de son état d'esprit, de son activité, de son passé. Les dialogues sont peu nombreux, internes au texte, indiqués en italiques. Ça correspond à la logique d'un récit qu'il nous raconterait de vive voix, type “témoignage vécu”. Surtout, la méthode étant bien maîtrisée, ça offre un tempo bienvenu à l'intrigue. Un premier roman de très bon niveau.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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