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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 05:55

Le corbeau : Pierre Besombes est thanatopracteur dans un funérarium normand. Son épouse Edwige est récemment décédée suite à un accident de cheval. S’il est compétent pour son métier, Besombes affiche un certain laisser-aller personnel depuis qu’il est veuf. Il ne paraît pas tellement regretter Edwige. Ces derniers jours, il a reçu cinq courriers anonymes faisant référence au traditionnel Jeu de l’Oie. Le contenu de ces enveloppes est énigmatique. D’autre part, Besombes est contacté par une femme, fort insistante, adepte d’une sorte de secte apocalyptique. Tout ça rendra-t-il Besombes dépressif ?

Sale temps pour les mouches : Après avoir effectué ses courses en grande surface, Marion attend que son petit-ami Grégoire vienne la chercher. Il est en retard. Jean-Luc, ancien copain de collège, propose à Marion de la raccompagner chez elle. Qu’il fasse un détour, ce n’est probablement pas de bon augure.

Le dernier crime de Guy Georges : En cette décennie 1990, le tueur en série Guy Georges a marqué les esprits, agressant mortellement plusieurs jeunes femmes à Paris. L’heure de son arrestation est imminente. Habitant le 14e, Julie n’est pas dans le secteur où opérait Guy Georges. Néanmoins, rentrer à la nuit tombée continue à l’inquiéter. Mais les conseils de son amie Claire, interne en médecine passionnée par cette série de crimes, devraient aider Julie si son chemin croisait celui de Guy Georges. D’ailleurs, l’homme qui la suit ce soir-là, c’est sûrement lui.

Éléonore : Psychologue en investigations criminelles, Anne-Caroline s’intéresse au cas de Gérard Bauer. Cet ancien policier instable a été retrouvé, errant et amnésique, avec le cadavre torturé d’une jeune femme, Éléonore. Interné en psychiatrie, Bauer essaie de se souvenir. Il semble que cette victime et lui aient séjourné dans une étrange maison, en mauvais état, à l’abandon. Si ce lieu sinistre existe-t-il vraiment, elle devrait l’éviter.

Sarcome du capricorne : Joret est un commercial chevronné. À Moustapha Sylla, originaire de Bamako, et à son épouse la libraire Hélène, il a vendu de coûteux travaux pour leur maison. Même s’il n’apprécie guère les Africains, pourquoi ne pas arnaquer une fois de plus ce Sylla ? En ces temps de crise économique, la situation a changé. Totalement, même ! Si Joret compte le manipuler, Sylla a d’autres projets.

Rue des Boulets : Le brigadier-chef Hamelet n’est pas mauvais bougre. Un témoignage dénonce la présence d’un couple de Moldaves sans titres de séjour. Ils logent rue des Boulets, obligeant peut-être une famille à les accueillir. Lorsqu’il va vérifier sur place, l’intention du policier est de résoudre un problème, non pas d’en créer d’autres. Le mieux eût été qu’ils soient effectivement partis.

Nanotechnologies : Marie Cazin est une scientifique toulousaine spécialisée dans certaines technologies pouvant être exploitées par des terroristes. C’est pourquoi sa hiérarchie refuse qu’elle accepte la candidature d’une étudiante indonésienne, au CV pourtant convaincant. Entre-temps, cette dernière est venue directement tenter sa chance à Toulouse.

Hématomes : Anne est une sculptrice d’une trentaine d’années. Elle va séjourner dans la Meuse, dont elle est native, pour une résidence d’artiste. Dans un restaurant miteux, se produit un esclandre. Ce qui ravive pour Anne de mauvais souvenirs remontant à son enfance. Des morts suspectes et autres injustices jamais sanctionnées. Si elle a reconnu un des protagonistes d’alors, il est possible qu’elle soit en danger.

I’m just losing that girl : Dans un jardin public, la lycéenne Pauline a été verbalisée par un gardien intransigeant. Un témoin est intervenu pour plaider en faveur de la jeune fille, vainement. En fait, l’homme n’était pas là par hasard. S’il a défendu Pauline, pas sûr que ce soit par simple charité bienveillante…

Romain Slocombe : Hématomes (Belfond, 2017) - Recueil de nouvelles

Pierre Besombes débouche la bouteille et remplit le verre. Des mouches bourdonnent à travers la pièce – et dans la cuisine aussi. Plus encore dans la cuisine. Ce doit être les restes qui encombrent l’évier. Et la poubelle pleine, dont le contenu se déverse à l’extérieur. Il ouvre l’enveloppe. La cinquième depuis le début du mois.
Une photo, du même format que les précédentes. Elle représente un puits, au milieu d’un jardin. Pas n’importe lesquels : son jardin, son puits. Installé sur le canapé, Pierre Besombes avale un premier verre, sans eau ni glaçons, cul sec. Puis il se lève et prend le "Dictionnaire des Jeux de Société" dans la bibliothèque…

Depuis “Un été japonais” (2000) jusqu’à “L’affaire Léon Sadorsky” (2016), en passant par “Monsieur le Commandant” (2011) et bien d’autres titres, Romain Slocombe est un auteur très actif. Denses, tel “Première station avant l’abattoir” (2013), ou plus légers comme “Envoyez la fracture” (2007), ses romans se caractérisent par une tonalité personnelle et un indéniable perfectionnisme. Souvent, des faits ou lieux réels sont inclus dans le récit, même si la fiction prime.

Ce recueil regroupe neuf nouvelles (révisées) publiées depuis une dizaine d’années, pour divers supports. Un bon moyen de vérifier que Romain Slocombe est aussi très doué dans le texte plus court. Pour lui, la nouvelle ne se réduit pas aux portraits d’individus, aussi réussi que soit ce genre d’exercice. Il s’agit d’épisodes complets, avec leur contexte, leur ambiance, leur singularité. Des histoires aussi vivantes que sociétales. Des "instantanés", ce qui ne manque pas de logique puisque Slocombe est, par ailleurs, un photographe de talent.

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 05:55

Port-Louis est une petite ville de moins de trois mille habitants, dans le Morbihan, en face de Lorient. Il s’agit d’une cité ancienne connue pour sa citadelle, qui abrite le Musée de la Compagnie des Indes, Port-Louis étant à l’origine de la création de Lorient. En ce mois de mai 1990, alors qu’elles pratiquent la pêche-à-pied près de la plage du Lohic, deux dames d’ici découvrent un cadavre. Elles reconnaissent Eugénie Le Livec, vingt ans, qui avait la réputation d’être un peu simplette. Elle a été violée, déflorée car elle était vierge, puis poignardée par trois fois. Ça a dû se produire la nuit précédente, vers minuit. Eugénie était femme de ménage au Musée de la Citadelle, un site qu’elle adorait. L’adjudant de gendarmerie Philippe Derval et sa brigade sont chargés de l’affaire. Méthodique, l’assassin n’a laissé aucune trace réellement exploitable pour les enquêteurs.

Des indices peuvent incriminer Joachim Gahinet (dit Chim), un attardé mental de vingt-cinq ans, ami de la victime. En réalité, il est peu suspect, mais il ne doit pas être écarté. D’autres éléments peuvent désigner les trois marins-pêcheurs du chalutier Saint-Louis. Ils sont d’ailleurs injoignables par radio. Les gendarmes les attendent au port de pêche de Lorient, pour le retour de la marée, mais ils ne rentrent pas. Il peut s’agir d’un incident, pas forcément d’un naufrage. Ou d’une fuite, s’ils sont coupables du meurtre d’Eugénie. Trois femmes s’inquiètent de leur sort. Lucie, l’épouse du patron-pêcheur, qui tient un bar à Port-Louis. Mauricette, la mère de Loeiz, qui a suivi – non sans difficultés – la tradition paternelle, son père ayant été pêcheur. Quant à Rozenn, elle pense à son frère P’tit Louis. Leur famille a déjà été durement éprouvée ; leur mère est internée en psychiatrie.

Guite et Fanch, les deux personnes qui ont trouvé le corps d’Eugénie, sont de redoutables commères. Elles ne tardent pas à essaimer des rumeurs dans la petite ville, désignant le trio du chalutier Saint-Louis. D’autant plus facile qu’on reste sans la moindre nouvelle de l’équipage. Au bistrot de Lucie, l’ambiance est tendue quand des clients malintentionnés suggèrent des médisances. Néanmoins, comme Mauricette et Rozenn, Lucie est sûre qu’ils n’y sont pour rien. Sombres obsèques pour la jeune Eugénie. Son ami Chim est sous le choc, tombant dans une sévère prostration. Évidemment, ce n’est pas un simulateur.

Tandis qu’au bar de Lucie, l’affaire provoque encore des remous, la vie continue pour les trois "veuves". Elles sont sans illusion sur la mort des hommes du chalutier Saint-Louis. Elles affichent finalement chacune une tenue de deuil. Un mois plus tard, l’enquête de gendarmerie est toujours au point mort. En bonne entente avec la mère d’Eugénie et celle de Chim, les trois femmes envisagent de chercher par elles-même le coupable. À force de ténacité et de ruse, peut-être parviendront-elles à piéger l’assassin…

Daniel Cario : Trois femmes en noir (Presses de la Cité, 2017)

Le climat se dégradait dans la ville. Dans la semaine, le territoire était en priorité occupé par les femmes, plus bavardes que les hommes. Les supputations continuaient. Sans nouvelles, les commères érigeaient en vérités les hypothèses les plus hallucinantes. Le chalutier aurait été aperçu du côté de l’Irlande, ou près de la côte basque. Pourquoi pas en Polynésie ou aux Caraïbes ? La mère d’Eugénie aurait affirmé que les gars du Saint-Louis auraient déjà tourné autour de sa fille. De drôles d’individus finalement sous leur apparence intègre, toujours à l’affût d’une paire de fesses, même celles des femmes mariées. Des ragots à sens unique, d’une perfidie à porter au bûcher les présumées sorcières quelques siècles auparavant ; quand on tenait un coupable, il convenait de ne pas le lâcher, d’étayer la suspicion avec tout ce qui passait par la tête.

Au sud de la Bretagne, malgré l’invasion touristique et l’installation de retraités aisés, les populations locales restent attachées à leur terroir, à leurs communes. Si des plaisanciers se prennent pour des marins, si des gens en villégiature prétendent pratiquer la pêche-à-pied à l’égal des "culs-salés", les vrais habitants mènent leur propre vie, à leur rythme et en gardant leurs habitudes. Que les visiteurs aillent voir le Musée de la Citadelle, qu’ils se bronzent sur la plage des Pâtis ou flânent le long des remparts, qu’ils empruntent la navette maritime vers Lorient, mais qu’ils n’espèrent pas imiter les autochtones pêchant des palourdes et autres coquillages dans la Petite Mer de Gâvres. Chacun sa tradition.

Si cette histoire est bien une fiction – Port-Louis ne se plaçant pas parmi les villes les plus criminogènes de France – l’auteur la situe dans une époque encore récente. Il n’est pas toujours utile d’aller fouiller dans les méandres du passé pour évoquer les ambiances d’un lieu, le contexte du récit. Si des personnages de commères et autres porteurs de ragots malveillants peuvent paraître surannés ou obsolètes, ne nous y fions pas : de nos jours, on en trouve toujours. Au-delà d’un roman d’enquête, à l’intrigue criminelle présente, c’est avant une sorte de chronique d’une petite ville côtière bretonne que nous propose Daniel Cario. Un roman très réussi.

Daniel Cario : Trois femmes en noir (Presses de la Cité, 2017)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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15 mars 2017 3 15 /03 /mars /2017 18:30
Bientôt sur France 3 “Tensions au Cap Corse”

Un rendez-vous télé à noter dès maintenant : la romancière Elena Piacentini et Catherine Touzet sont les auteures du scénario d’un téléfilm policier de Stéphanie Murat “Tensions au Cap Corse”. Avec : Amira Casar, Richard Bohringer, Philippe Corti, Jean-Emmanuel Pagni, Florence Thomassin, Alain Fromager, Alysson Paradis, Véronique Volta. Cette fiction-télé sera diffusée au printemps 2017 sur France 3.

- Diffusion annoncée le samedi 8 avril -

Quelques mots sur l’intrigue : “Un homme d'affaires à la réputation sulfureuse a été retrouvé assassiné sur la jetée du port de Toga, à Bastia. Détail énigmatique et frappant : ses oreilles ont été tranchées. Pour le commandant Gabrielle Monti, dont c'est la première affaire depuis son retour au pays, c'est le début d'une enquête sur la corde raide.”

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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14 mars 2017 2 14 /03 /mars /2017 05:55

Anne est une jeune employée de bureau à l’allure ordinaire. Pourtant, elle est la dernière en date d’une "famille de femmes". Sa mère, prénommée Matisse comme le peintre, avait épousé un pianiste virtuose voyageur. Sa grand-mère était en couple avec Nathanaël, un flûtiste parti errer dans un lointain désert. Des maris musiciens, des pères absents. Ce qui ne chagrine nullement Matisse, que sa famille voit telle une croqueuse d’hommes. Anne est proche de sa grand-mère. Celle-ci vit désormais dans une maison de garde-barrière, près d’une voie ferrée, avec son jardinet attenant. Toutefois, son parcours ne fut pas aussi paisible durant la première partie de sa vie. Elle en a été marquée pour toujours.

La grand-mère d’Anne naquit dans un pays probablement balkanique. C’était un État qui se qualifiait sûrement de démocratique, bien que dirigé d’une main de fer par le Suprême. Dans ce pays-là, on pourchassait la communauté à laquelle elle appartenait, les Gitans. On les parquait dès le plus jeune âge dans des camps sentant la maltraitance et la mort. Elle eut la chance de croiser Nathanaël, le joueur de flûte, qui l’en extirpa. Chaotique, la suite le fut assurément. Elle rencontra bien des gens, parfois des femmes inquiétantes. Dont une certaine Natacha. Cachée dans une cave, elle apprit progressivement la langue française. Quand sa fille Matisse est née, Nathanaël a préféré s’exiler dans les sables.

Si sa mère s’est peu occupée d’Anne, cette dernière eût une marraine, Marianne. Cette grande lectrice est désormais dans l’incapacité d’écrire, mais Anne l’y aide. L’univers de la jeune femme est bientôt bouleversé par un sentiment étrange, l’impression de provoquer la mort de certaines personnes. Ce clochard odorant dans le bus, peut-être. Cette femme au parapluie vert qui lui a demandé un renseignement dans la rue, c’est encore plus sûr. Il se peut que le séduisant policier Antoine Paibonhomme suspecte un homicide, mais Anne n’est pas soupçonnée. Néanmoins, elle a bien joué un rôle dans ce décès. De même que dans la mort d’une nommée Lola, asphyxiée. Et pour le clodo du bus, pareillement.

Sa grand-mère lui explique. Anne vient d’hériter d’un don, d’une sinistre faculté de savoir que quelqu’un va mourir. Son aïeule raconte que, parmi les épisodes de son passé agité, elle-même fut un temps une “Faucheuse”. C’est généralement temporaire, question de quotas. Mortel pour des gens qu’elle est amenée à croiser, telle cette serveuse lesbienne Marinette, entre autres. Si les Faucheuses se reconnaissent entre elles, la prudence est de mise. Car sa grand-mère lui révèle qu’il existe aussi des chasseurs de Faucheuses. Anne raconte l’essentiel de cette expérience, mais ne dit pas encore tout à son aïeule. Peut-être des revenants pourront-ils clore cette étape troublante dans la vie d’Anne ?…

Fabienne Juhel : Ceux qui vont mourir (Éd.Sixto, coll. Le Cercle, 2017)

J’ai répondu que je croyais que le plus important, c’était de rendre compte de mes ressentis, non d’un enchaînement logique puisque, de toutes façons, ce qui nous était arrivé à ma grand-mère et à moi, défiait le bon sens. Grand-mère a renchéri. Je pouvais ne pas respecter l’ordre des disparitions, et j’avais bien le droit de dérouler le fil qui me plaisait, plusieurs fils en même temps si ça me chantait, l’important était que je ne laisse aucun de mes morts en chemin.
J’ai tiqué sur ses derniers mots. À l’entendre, c’était comme si j’étais devenue un cataclysme, Je me figurais être une boule de feu lancée à travers la ville, mieux, un nuage de napalm, un échappement de gaz Zyklon B. J’étais en train de tout décimer sur mon passage. Et les êtres humains étaient des quilles placées sur ma trajectoire par une obscure confrérie des Faucheuses.

Fabienne Juhel est principalement publiée aux éditions Le Rouergue. Elle fut récompensée par plusieurs prix littéraires pour ses titres (“À l’angle du renard”, “Les oubliés de la lande”, “La chaise numéro 14”) parus chez cet éditeur. On lui doit aussi une des enquêtes de la série Léo Tanguy, “Damned !” (Coop-Breizh, 2010). Il n’existe pas de frontière entre les "genres", on s’en aperçoit depuis longtemps, et on en a un parfait exemple avec cette romancière. Peu importent les étiquettes, seule l’écriture compte. S’agit-il ici d’un polar ? Bien qu’un policier-gendarme (le flou est choisi par l’auteure) apparaisse dans l’histoire, on n’est pas dans un scénario de cet ordre. Considérons que c'est un conte. Il faut rappeler que les contes d’autrefois comportaient une bonne dose de noirceur cruelle. C’est pourquoi “Ceux qui vont mourir” a toute sa place dans une collection de ce type.

Des hommes figurent au générique de ce récit, certes. Plutôt tels des ombres, à vrai dire. Car les protagonistes sont des femmes, premiers rôles ou secondaires. Nathalie, collègue de bureau d’Anne, les vieilles copines de la grand-mère, ou le quartier-maître Odette de la Marine Nationale, toutes ont autant d’importance que les proches de l’héroïne. Y compris du côté des "victimes". Ce vocable est exact, bien que ce ne soit pas un roman criminel. On joue avec le légendaire, le Fantastique, l’inexpliqué. Avec le souvenir de persécutions morbides, également. La mort et l’amour ne vont-ils pas de pair ? Le peintre Magritte a même sa place dans l’imaginaire d’Anne. Peut-être symbole d’une tonalité qui s’avère "aérienne" comme l’œuvre de celui-ci. Un suspense original, de très belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2017
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12 mars 2017 7 12 /03 /mars /2017 05:55

Quinquagénaire, Baer Creighton est un célibataire habitant près de Gleason et d’Asheville, dans la campagne boisée de l’Est des États-Unis. Baer est distillateur d’alcools forts, sans doute le meilleur de la contrée. Son dispositif pour fabriquer l’alambic, aux parfums fruités supérieurs, est installé dans la forêt derrière chez lui, aussi protégé que possible. S’il compte peu d’amis, Baer a beaucoup de clients. Avec tous ses gains, il achète de l’or. Bien malin qui trouverait la cachette où il entrepose son trésor. Si Baer est fâché depuis longtemps avec son frère Larry, aujourd’hui comptable, il y a deux raisons à cela. D’abord, quand ils étaient ados, Baer fut accidentellement électrocuté par Larry. Ce qui lui a offert le don de lire dans les yeux de ses interlocuteurs quand on lui raconte des bobards.

Le second motif de leur fâcherie, c’est Ruth. Fille d’un nabab de la région, elle se fiança à Larry près de trois décennies plus tôt. Baer était lui aussi amoureux de la jeune fille. En l’absence de son frère, Ruth joua avec les sentiments de Baer. Elle se maria avec Larry. Ils eurent une fille, Mae. Ils ont divorcé voilà une dizaine d’années. Ruth s’est éloignée de Gleason, Larry la remplaçant par une certaine Eve. Baer écrit régulièrement des lettres à Ruth, bien qu’elle ne réponde jamais. Mère d’enfants en bas-âge, sa nièce Mae vit dans la précarité, espérant relancer ses études par correspondance. Baer consacre une partie de ses gains à approvisionner le garde-manger de Mae, pour les mômes. Il répare aussi la maison insalubre de sa nièce. Mais il sait surtout quel est le principal problème de Mae.

Le danger pour elle vient de Cory Smylie, son mec. C’est à bon-à-rien traficoteur, dealer et frimeur, plutôt lâche. Étant le fils du shérif local, Cory bénéficie d’une certaine impunité. Sauf que Baer Creighton en a assez qu’il cogne sa nièce et fasse peur aux enfants de Mae. Un jour où l’autre, il faudra mettre Cory hors-jeu. Pour le moment, ce qui exaspère Baer, ce sont les combats de chiens organisé dans le secteur par Joe Stipe. Ce sexagénaire est à la tête d’une société de camionnage. Il s’est entouré d’une bande de vauriens du coin, afin de faire prospérer ses combines annexes. Dont les combats de chiens, auxquels assistent même le shérif et le pasteur. Joe Stipe a commis un énorme erreur : il a fait kidnapper le pitbull blanc de Baer, son chien Fred, son seul vrai ami avec lequel il fait la causette.

Depuis qu’il a retrouvé Fred en piteux état, qu’il l’a soigné aussi bien qu’il le pouvait, Baer n’a plus qu’une obsession : déterminer qui l’a enlevé pour le livrer à Stipe. Ce crétin de Cory Smylie, ou un autre ? Baer déclare ouvertement la guerre à Joe Stipe et à sa bande. Qu’il soit la cible de tirs d’avertissement ne l’affole pas. En répliquant avec discernement, Baer sait être à la hauteur. Tant pis s’il doit abattre le meilleur chien de Stipe. Tant pis si ce dernier s’arrange pour dénoncer à la justice l’activité de bouilleur de cru de Baer. Tant pis s’il doit prendre de sévères branlées. Tout ça, Baer l’assume. Quand Ruth est de retour à Gleason, doit-il y voir un signe ? L’avenir le dira. L’essentiel pour Baer, c’est de protéger sa nièce Mae, et d’aller jusqu’au bout de son combat contre Joe Stipe et ses complices…

Clayton Lindemuth : En mémoire de Fred (Éd.Seuil, 2017) — Coup de cœur —

La correction de l’autre jour ne m’a pas corrigé. Au contraire, putain ! Vous avez voulu me remettre à ma place, les gars ? C’est bien ce qui s’est passé, seulement ma place n’est pas celle que vous croyez. Je suis plus déterminé que jamais.
Rester à ma place, pour eux, ça veut dire gagner péniblement mon bifteck en fabriquant de la gnôle dans ces bois où je crèverai un jour tout seul. Ce qu’ils ne voient pas, c’est que si je vis au milieu de la forêt, c’est parce qu’elle a plus à m’offrir que le monde des hommes. Ici, je vais et viens à ma guise sans rendre de comptes à personne. Je réfléchis à tout ça au fond de mon sac de couchage bien au chaud, en maudissant cette lumière…

Certes, l’histoire n’est pas la même, et il convient d’être prudent sur les comparaisons. Néanmoins, Baer Creighton peut nous faire penser à Nick Corey, shérif de Pottsville, avec ses 1280 âmes. On pourrait invoquer des décors similaires, mais c’est principalement la motivation qui est très proche. Baer est un brave gars solitaire qui, après une jeunesse tumultueuse, s’est assagi et ne demande qu’une chose, qu’on lui fiche la paix. Joe Stipe a voulu lui racheter son activité de fabricant d’alcool, mais c’est ainsi que Baer a trouvé son équilibre personnel. Maintenant, il part en croisade. Car il en a marre de subir la bêtise de ses concitoyens. Tant que ces menteurs et escrocs nuls se bornaient à s’enivrer avec sa production de gnôle, il supportait. Avec leurs combats de chiens, qui ont salement abîmé son compagnon Fred, Baer a réalisé que c’est vraiment la crème des abrutis qui l’entoure.

Comme pour Nick Corey, il existe un certain mysticisme dans la guerre qu’il va mener. On le vérifiera dans la description d’une des scènes finales. L’auteur nous explique que lui-même croit au Bien et au Mal, à une forme de moralité. Dans le genre “Œil pour œil”, en preux chevalier solitaire, et sans pitié pour les malfaisants indignes de respect, quand même. Dans ce foutu bourbier, il n’y a que sa nièce Mae avec ses mômes qui méritent d’être sauvés. Si Ruth en réchappe, n’a-t-elle pas "laissé passé son tour" ? Opération de nettoyage, donc. Toutefois, le récit ne se contente pas d’échanges de coups de feu, de maltraitances envers les chiens ou visant Baer et Mae. Clayton Lindemuth sonde aussi l’esprit des protagonistes de l’affaire. Le meilleur exemple en est sûrement – outre ce salopard de Joe Stipe, le caïd local – le jeune Cory Smylie, déjà pourri jusqu’à l’os.

Ce roman n’est pas dénué d’une forme d’humour (cachette des pièces d’or, échange avec le Président du Tribunal, dialogues avec Fred…). Malgré l’adversité, l’obstination du héros prête parfois à sourire. En effet, la tonalité n’est pas lourdement sinistre ou morbide, au contraire. Ça reste un noir suspense qui, après “Une contrée paisible et froide”, nous offre une lecture diablement excitante. À découvrir dans la nouvelle collection "Cadre noir", qui succède à "Seuil Policier", où fut publié le premier titre de cet auteur.

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10 mars 2017 5 10 /03 /mars /2017 05:55

Les femmes et le polar, toute une histoire. Certes, les héros de romans sont souvent des hommes, soit de fins limiers, soit des durs-à-cuire. Pourtant, il y a belle lurette que les héroïnes leur dament le pion. À l’exemple de la brave Miss Marple, vieille demoiselle très observatrice et fouineuse d’Agatha Christie. Celle-ci raconta aussi les enquêtes du couple Thomas Beresford et Prudence Cowley, autrement dit Tommy et Tuppence Beresford (Le crime est notre affaire, Associés contre le crime). Récemment traduites en France, on peut aussi lire les aventures très souriantes d’Agatha Raisin, une londonienne transplantée dans un village so british, par M.C.Beaton. D’excellentes comédies dotées de vraies intrigues.

On n’oublie pas que les personnages d’Anne Perry, conjointes de policiers au 19e siècle, sont très actives dans l’univers de leurs maris. Telle l’infirmière Charlotte Pitt, épouse de Thomas Pitt, dirigeant vaille que vaille un dispensaire, et Hester Monk, mariée au chef de la police fluviale William Monk. Des héroïnes à part entière dans ces histoires. Peut-être Miss Monneypenny n’est-elle qu’une figurante dans les tribulations de James Bond. S’il approche tant de jolies et fourbes jeunes femmes, elle a quand même son rôle à jouer. Un peu moins, bien sûr, que Velda, la secrétaire sexy du détective Mike Hammer, de Mickey Spillane. Beaucoup moins que Della Street, l’assistante de l’avocat Perry Mason (d’Erle Staney Gardner), dont la fonction est essentielle auprès de son patron. Très intuitive, Della alerte souvent Perry Mason sur les probables mensonges d’une nouvelle cliente.

Une myriade d’héroïnes de polars

Carolyn Kayser, l’amie lesbienne du libraire new-yorkais Bernie Rhodenbarr (de Lawrence Block) n’est pas un simple faire-valoir, aussi intrépide que soit le cambrioleur Bernie. Il veille toutefois à ne pas trop l’impliquer dans ses méfaits. L’entourage féminin du commissaire sicilien Salvo Montalbano a son importance. Avec son éternelle fiancée Livia Burlando, l’indispensable cuisinière Adelina (qui déteste Livia), et la très libre amie de cœur du policier, Ingrid Sjostrom. Parmi les enquêtrices chevronnées, il faut citer l’inspectrice Jane Rizzoli et la légiste Maura Isles, de Tess Gerritsen. Mais aussi la détective Claire DeWitt, de Sara Gran, qui sévit à La Nouvelle-Orléans.

Des intrigues internationales riches en péripéties et en danger pour l'avocate allemande Valérie Weymann, héroïne des romans d’Alex Berg. Mariée à un médecin, Nora Linde est juriste bancaire en Suède et mère de famille. Dans ces romans de Viveca Sten, elle fait de fréquents séjours dans sa maison sur l'île de Sandhamn (La reine de la Baltique). Et se trouve concernée par des affaires criminelles obscures à élucider en parallèle avec son ami policier Thomas Andreasson. En Suède aussi, les suspenses de Camilla Läckberg mettent en vedette la romancière Erica Falck, originaire de Fjällbacka. Elle a des relations dans la police, mais c’est elle qui découvre les plus noirs secrets des protagonistes liés aux crimes. La plus insolite des héroïnes et certainement la plus inquiétante, ne serait-elle pas Lisbeth Salander, dans "Millenium" de Stig Larsson ?

Une myriade d’héroïnes de polars

En France également, nous avons de longue date des héroïnes capables d’investigations mouvementées. Autrefois publiés chez Le Masque, les enquêtes de Sœur Angèle, d’Henry Catalan, ne manquaient pas de péripéties. Cette jeune et dynamique religieuse était une sacrée baroudeuse. À la même époque, fin des années 1950, Jean-Pierre Ferrière nous faisait sourire avec Blanche et Berthe Bodin, deux sœurs provinciales quelque peu âgées, mêlées où qu’elles se trouvent à des affaires mystérieuses ou criminelles. Championnes pour dénouer les énigmes, ces deux-là. Quelques années pus tard, J.P.Ferrière fit vivre plusieurs aventures à la bourgeoise Évangéline, confrontée à des situations compliquées, où cette snob pourrait passer pour suspecte – et fort amusantes.

Aussi passive fut-elle, on n’oubliera évidemment pas Louise Maigret, l’épouse du célèbre commissaire créé par Georges Simenon. Qui écouterait Jules avec compréhension et lui mitonnerait sa blanquette de veau, si Louise n’était pas là ? Pour le commissaire San-Antonio, celle qui compte plus que toute autre, c’est sa brave femme de mère, Félicie. Si le paisible inspecteur César Pinaud n’est pas un homme-à-femmes, le mahousse Bérurier est l’époux de l’adipeuse et volcanique Berthe. C’est un caractère, la Berthe ! Le parcours de Marie-Marie, auprès de San-Antonio, est étonnant : fillette espiègle quand elle entre dans la vie du commissaire, la jeune femme deviendra au fil des ans son amante puis son épouse légitime. Avec San-Antonio, il fallait s’attendre à toutes les surprises.

Une myriade d’héroïnes de polars

Affectée au commissariat de Quimper, la policière Mary Lester (de Jean Failler) voyage en Bretagne et sur la façade-ouest de la France pour ses enquêtes. Son intrépidité n’est plus à vanter, même face à des puissants. Si elle est assistée du costaud Jean-Pierre Fortin, c’est elle qui mène la danse. La détective privé Lily Verdine (de Jérôme Zolma) se plonge aussi volontiers dans des enquêtes où elle prend de gros risques pour elle-même. Dominique Sylvain nous raconte les investigations parisiennes de l’ancienne policière Lola Jost, pleine de sang-froid, et de son amie la pétulante américaine Ingrid Diesel (Passage du désir), des personnages opposés pour des enquêtes originales. À noter que Dominique Sylvain créa une autre héroïne pas moins intéressante, Louise Morvan, héritière d’une agence de détective qui prend le relais en investiguant elle aussi.

Sans doute Carole Matthieu, dans "Les visages écrasés" de Marin Ledun, est-elle confrontée à de pénibles situations dans le monde du travail. Remontons-nous le moral en suivant Anne Capestan, commissaire gérant une brigade de recalés de la police, dans les romans de Sophie Hénaff (Poulets grillés, Restons groupés). Un semblant de discipline est-il possible dans leur capharnaüm ? La blonde coiffeuse Chéryl, compagne de Gabriel Lecouvreur (dit Le Poulpe), de Jean-Bernard Pouy (et autres auteurs) a connu ses propres aventures dans cette série de romans. Elle n’a rien à envier à son "Poulpinet d’amour", dès qu’elle se met en quête de vérité. Dans les enquêtes du policier Leoni (d’Elena Piacentini), un Corse installé à Lille, on se prend de sympathie pour deux femmes : la légiste Éliane Ducatel, compagne de Leoni, et l’authentique îlienne de tradition Mémé Angèle, la sagesse personnifiée, toutes deux jouant là encore un rôle certain.

Une myriade d’héroïnes de polars

Cette liste n’est pas exhaustive, loin s’en faut, il y aurait tant d’héroïnes de polars à citer. Terminons l’énumération en beauté, avec l’explosive Mémé Cornemuse, amoureuse transie de l’acteur Jean-Claude van Damme, dans les romans de Nadine Monfils. Elle nous en fait voir de toutes les couleurs, bousculant la morale et piétinant la routine. Hilarant ! Rien n’empêche les lectrices et les lecteurs d’ajouter à ce florilège quelques autres personnages féminins notoires…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Livres et auteurs
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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 05:55

En 1760, le roi Louis XV passe l’essentiel de son temps au château de Versailles. Madame de Pompadour, la Favorite, régente la cour royale. Le chevalier de Volnay, commissaire aux morts étranges, est de retour à Paris. Avec son père, le vrai-faux moine Guillaume. Si tous deux restent au service de Sartine, lieutenant-général de police, ils gardent une distance avec cet intrigant. Volnay est revenu auprès de sa protégée, l’Écureuil, une toute jeune fille rousse, ex-prostituée devenue employée de librairie. La froide Hélène, dont le moine est épris, agente spéciale de Sartine, va bientôt réapparaître à son tour. Car un crime a été commis dans les jardins de Versailles. Si une organisation policière veille sur le palais, il est préférable que de vrais enquêteurs se chargent de l’affaire, tels Volnay et le moine.

Le cadavre éventré de Mlle Vologne de Bénier gît dans le parc de Versailles. Une de ses chaussures a disparu, peut-être en fuyant l’assassin. Cette jeune noble de province, sans fortune, posait comme modèle pour le peintre Waldenberg. Ce dernier semble obsédé par certaines parties précises du corps des femmes. Ainsi que l’indique le journal intime de la victime, où elle raconte ses débuts laborieux à Versailles, Mlle Vologne de Bénier eut la chance d’être repérée par Delphine de Marcillac. Cette veuve au caractère affirmé engagea la victime dans la maison de passe qu’elle dirige. Il ne s’agit pas de prostitution, c’est un endroit où des hommes riches viennent se soumettre lors de séances sadomasochistes. Une connivence objective s’établit bien vite entre le moine Guillaume et cette dame.

Mme de Pompadour s’inquiète fortement pour la sécurité de la cour royale. Le monarque lui-même entend être informé des avancées de l’enquête. Son propre chirurgien, Germain Pichault de la Martinière, reçut récemment la victime en consultation. On ne peut l’exclure de la liste des suspects. Le peintre, le chirurgien et la curieuse Delphine de Marcillac, le moine a un œil sur ces trois-là. Avec l’Écureuil, Volnay et son père se sont installés dans un appartement en ville choisi par Hélène, non loin du château, c’est plus commode. Bonne occasion pour l’Écureuil de découvrir Versailles. Elle est bientôt abordée par un inconnu, fort courtois, qui l’accompagne dans le Labyrinthe végétal des jardins du château. Volnay sent que son amie de cœur lui cache quelque chose, et charge le moine de veiller sur elle.

Le moine détestant les nobles et la vie codifiée à Versailles, il prend un certain plaisir à observer ce "terrain de jeu". Ce n’est pas une altercation avec un comte qui lui offrira une meilleure impression sur les courtisans. D’abondantes traces de sang et des entrailles sont découvertes dans une partie du jardin, mais pas le corps de la nouvelle victime. Volnay et Delphine se rencontrent finalement. Ils sont tous deux invités à un dîner très privé chez Mme de Pompadour. Malgré la mise en scène, peu probable qu’ils trouvent le coupable…

Olivier Barde-Cabuçon : Le moine et le singe-roi (Actes noirs, 2017)

— À son arrivée à Versailles, elle a vite compris la place qu’elle occupait dans l’humanité : même pas un strapontin ! Elle demeurerait debout, derrière toutes les autres figurantes de la vie. Personne ne la regarde, sinon pour évaluer si on peut la trousser et la culbuter dans un escalier. Et voilà que, du jour au lendemain, elle se retrouve avec à ses pieds des hommes de pouvoir et d’argent qui n’auraient la veille pas tourné la tête à son passage. Et ces hommes la vénèrent, lèchent ses petits orteils, obéissent au moindre de ses ordres, satisfont tous ses caprices…
Le moine claqua dans ses doigts.
— Et l’ordre social s’inverse… Le maître devient esclave et l’esclave prend sa place comme dans les Saturnales ou la Fête des Fous. Le puissant du jour se retrouve à pleurnicher, le cul rougi par la fessée de vos filles. La revanche ultime de Mlle Vologne de Bénier contre un monde qui l’humilie et qu’elle craint…

Sixième aventure de cette série pour le chevalier de Volnay et son entourage. C’est avec un grand plaisir que l’on suit ces personnages, évoluant au temps de Louis XV. Si notre commissaire aux morts étranges a déjà enquêté de Paris jusqu’à Venise, c’est cette fois au centre du pouvoir royal qu’il opère. Le portrait du monarque, qui n’est plus depuis longtemps "le Bien-Aimé", amateur de chasse et de femmes, apparaît sans concession : “[Le roi] criait toutefois "je me meurs" à la plus petite colique et se faisait administrer les derniers sacrements à la moindre insolation. En plus d’être douillet, le moine savait que le roi était un grand poltron, s’évanouissant de frayeur à la vue du sang, comme après l’attentat de Damiens.” On n’oublie pas le rôle occulte de Mme de Pompadour, bien sûr.

Si Volnay est le héros de ces romans, le moine anti-conformiste, d’esprit scientifique et conscient des inégalités sociales, reste sûrement le plus attachant des personnages, du moins le plus singulier. On comprend son mépris pour cette "aristocratie du paraître" (qui ne se lave jamais) et pour ces rites versaillais ridicules. Une place non négligeable est accordée ici à l’Écureuil, symbole de ce petit peuple mal traité par quiconque possède quelque autorité en ce royaume. Si l’on ne nomme pas encore cela du sadomasochisme (le marquis de Sade n’a que vingt ans à cette époque), on note que la perversité est de mode parmi les puissants. Delphine de Marcillac en tire profit, on ne saurait l’en blâmer. Olivier Barde-Cabuçon reconstitue cette époque avec une belle souplesse, c’est pourquoi on savoure volontiers ces enquêtes historiques.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 05:55
Jouez et gagnez des polars avec SNCF au salon Livre Paris 2017

Pour la troisième année consécutive au salon Livre Paris, SNCF propose aux lecteurs de participer à une enquête géante dans les allées du Salon mais pas seulement pour remporter des polars parmi les cinq en compétition pour le PRIX SNCF DU POLAR 2017. Les samedi 25 et dimanche 26 mars 2017, les visiteurs se verront remettre à leur arrivée au Salon un petit livret d'enquête leur permettant de résoudre le mystère de la disparition de Chloé, la fille d'une éditrice prospère mais rancunière et d'un écrivain en mal de reconnaissance. Entre pièces à convictions, messages codés, témoignages véridiques ou mensongers, les visiteurs du Salon iront à la rencontre de différents acteurs de l'enquête pour tenter de démêler le vrai du faux...

Pour ceux qui ne pourront pas se rendre au Salon, SNCF organise également une enquête sur les réseaux sociaux les samedi 25 et dimanche 26 mars, afin que tous les amateurs d’énigmes puissent jouer et tenter de remporter des polars. À découvrir sur le site www.polar.sncf.com.

Samedi 25 et dimanche 26 mars aux horaires d’ouverture du Salon, Porte de Versailles, Pavillon 1. Un jeu conçu pour toute la famille, en participation individuelle ou par équipe, sans réservation préalable. Bonne chance !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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