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1 juillet 2017 6 01 /07 /juillet /2017 04:55

À New York, au cœur des années 1960. Âgé de trente-deux ans, le lieutenant Kerrigan est un policier efficace, quoiqu’un peu trop vif dans certains cas. Suite à l’interpellation d’un conducteur ivre, Frank Kerrigan risque quelques ennuis. Car ce fils d’avocat, soutenu par le témoignage de sa fiancée, est puissant. C’est ainsi que Kerrigan est rétrogradé simple sergent, muté dans les rues peu reluisantes de Staten Island. C’est à peine mieux quand il est affecté au Service Spécial. Il y est assisté par Jane Boardman, jeune stagiaire pas du tout aguerrie. Leur mission consiste à piéger les satyres pervers, Jane servant d’appât. Leurs résultats sont très bons. Peut-être est-ce pour ça qu’on les associe à l’affaire Reddy.

Les frères Reddy sont des caïds de la pègre, en attente de leur procès. Des témoins ayant pu les incriminer ont été éliminés. Le troisième, un certain D.Brown, fut leur comptable. Il ignorait les malversations de ses clients. Depuis neuf mois, de nombreux inspecteurs ont essayé de le retrouver, vainement. Ils n’ont pas ménagé leurs efforts, mais son ancienne adresse est caduque, et les traces administratives et bancaires n’ont rien donné. Il y a peu de chances que Kerrigan et Jane en découvrent plus. Malgré tout, ils se rendent dans l’immeuble où vécut ce Brown, dont personne ne se souvient. Ils retrouvent le précédent gardien des lieux, qui se montre coopératif. Selon lui, Brown était un veuf vivant là avec une fillette de moins de dix ans. La gamine était souffreteuse, timorée, solitaire.

Kerrigan et Jane obtiennent bien une autre adresse, mais ce n’est que le garde-meubles que Brown chargea de son déménagement. Deux sbires des frères Reddy ont, d’ailleurs, suivi la même piste que le duo, quelques temps plus tôt. Chercher un père et sa fille peut s’avérer plus aisé pour Kerrigan et Jane. Même s’il existe plusieurs écoles dans ce quartier new-yorkais, c’est une voie à explorer. Il se confirme que la fillette maladive se nomme Mary Brown, mais les enseignants ne savent ce qu’elle est devenue, plusieurs années s’étant écoulées. De retour au dernier domicile connu, le duo rencontre un voisin. Celui-ci avait réussi à apprivoiser la petite Mary, qui lui fit des confidences. Utiles indices.

Kerrigan et Jane commencent à mieux cerner l’univers familial des Brown. L’épouse étant décédée, il n’est pas idiot de s’adresser aux pompes funèbres, pouvant avoir des archives. La petite Mary étant en mauvaise santé, il faudrait retrouver le médecin traitant, ou ses fiches de patients. Ce n’est pas du côté des Stein, les parents Juifs pratiquants de Mme Brown, qu’ils auront de l’aide. Via les écoles du secteur, Jane pense avoir repéré Brown et Mary. Manquant d’expérience, sa trouvaille n’aboutit qu’à une impasse. Toutefois, il reste au duo d’autres possibilités, en exploitant tout ce qu’ils trouvent autour de la petite Mary. C’est urgent, car le procès des Relly approche…

Joseph Harrington : Dernier domicile connu (Série Noire, 1966)

— Un acte de décès, répondit Kerrigan, c’est une vraie mine de renseignements. Ça vous apprend une foule de chose. Par exemple, le nom et l’adresse du médecin qui a soigné le défunt au cours de sa dernière maladie. Si c’est un médecin de famille, il soigne peut-être encore Brown ou la petite Mary ? À New York, les gens déménagent pour un oui ou pour un non, mais ils aiment bien garder le même médecin. Celui-là connaîtrait peut-être l’adresse actuelle de Brown, et du même coup leur apporterait la solution de tous les problèmes. Autre chose : les entreprises de pompes funèbres ont des registres sur lesquels les gens venus présenter leurs condoléances inscrivent leurs noms. Ça, ça peut être précieux ! Personne ne sait rien de Brown, ni de sa famille, ni de ses origines. Il se peut qu’un frère, une sœur, un oncle ou une tante ait inscrit son nom et son adresse. Et qui saura sans doute où habitent aujourd’hui D.Brown et Mary…

L’Américain Joseph Harrington (1903-1980) fut l’auteur d’une trilogie ayant pour héros le policier Frank Kerrigan, publiée dans la Série Noire : Dernier domicile connu (1966), Le voile noir (1967), La dernière sonnette (1970). Si le premier titre est resté dans les mémoires, c’est parce que “Dernier domicile connu” a été transposé au cinéma par José Giovanni, en 1970. Lino Ventura et Marlène Jobert incarnent les principaux personnages, versions françaises de Kerrigan et de Jane. Un duo qui fonctionne bien, et un rôle sur mesure pour Lino Ventura, entre rudesse et sensibilité. Très beau succès public.

Le roman de Joseph Harrington relève de la "procédure policière" absolument classique, et de qualité supérieure. La première subtilité consiste à nous présenter les mésaventures initiales du policier Kerrigan, lieutenant rétrogradé injustement. Le deuxième élément est que sa nouvelle partenaire est une jeune femme. Au milieu des années 1960, même aux États-Unis, on trouvait sûrement peu d’enquêtrices dans la police. Troisième point de cette intrigue : au départ, le mystère est total au sujet du nommé Brown, patronyme d’une grande banalité. En découvrir davantage que leurs collègues ayant planché sur la question durant de longs mois, creusant toutes les pistes, c’est carrément improbable.

D’autant que l’action se passe à New York, mégalopole en mutation permanente. On y déménage souvent, peu d’infos à attendre du voisinage ni des gardiens d’immeubles ; les noms des rues ont pu changer, des témoins éventuels sont décédés entre-temps. Kerrigan et Jane ont toutefois un avantage : “C’est ça qu’il y a d’épatant dans cette mission… On a affaire à des gens bien. Ça nous change !” dit la jeune policière. S’il existe une notion de banditisme dans l’histoire, le duo n’est pas directement confronté à la pègre. L’obstination et le sens du détail, ainsi qu’une certaine complémentarité, leur permettra d’aller au bout de leurs investigations. Un excellent suspense à redécouvrir, ça ne fait aucun doute.

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30 juin 2017 5 30 /06 /juin /2017 04:55

Mike Logan, sa compagne Jessica Hurley et leurs deux enfants, ont quitté San Francisco pour revenir à River Falls, dans les Rocheuses. Logan a bien vite été réélu shérif, poste où il s’illustra par de fortes enquêtes quelques années plus tôt. Il peut compter sur une solide équipe, dont la lieutenante Lindsay Wyatt. Dotée d’un sacré flair, rationnelle autant que rassurante, elle est sans doute la meilleure enquêtrice de River Falls. Le cadavre nu d’une jeune fille de quinze ans, Scarlett Whelan, vient d’être découvert en pleine nature. La mise en scène est horrifique autour du corps, et des symboles relatif au tarot figurent tout près. Le père réclame avec excitation que l’assassin soit retrouvé et traité sans pitié. L’autopsie montrera que le tueur a enduit le corps d’un répulsif, pour que les bêtes ne l’abîment pas.

Stephen Callahan est, lui aussi, de retour à River Falls, treize ans après en être parti. Ce reporter de guerre s’installe dans le manoir de sa sœur et de la famille de celle-ci. Durant ce séjour d’une durée illimitée, Callahan va collaborer au journal local. Pour la rubrique culturelle, il est assistée de Marion, stagiaire de dix-huit ans, nièce du patron du journal. Le meurtre de Scarlett ne les concerne pas, à première vue. Ils doivent écrire un article sur le Big Circus, le cirque d’Esméralda qui s’est posé depuis peu à River Falls. Le premier contact avec les artistes du Big Circus est plutôt hostile. Comme s’ils avaient des choses à cacher. Mais pour Callahan lui-même, n’y a-t-il pas un épisode de son passé qu’il préfère passer sous silence ? Marion et le reporter s’intéressent bientôt à la mort de Scarlett.

Mike Logan et Lindsay Wyatt ont une piste sérieuse : Sam, le petit ami Noir de la victime. Il loge dans un ghetto de marginaux, et s’enfuit à leur arrivée. Pourchassant le suspect, le duo de policiers frôle la noyade. Hélas, le jeune Sam perd la vie. Alors que Jessica Hurley et leurs enfants rentrent par surprise à River Falls, Logan tient une autre possible piste. Un des artistes du Big Circus, un clown, possède un passé de pédophile. Malgré la descente de police au cirque, les charges sont minces. “Après un SDF, un saltimbanque, ironisa Esméralda. Clive n’a rien à vous dire. Si vous voulez lui parler, il faudra revenir avec un chef d’accusation”.

Entre-temps, Stephen Callahan a renoué avec la policière Lindsay Wyatt. Adolescents, ils partagèrent trois années de passion juvénile. Des retrouvailles intimes sont imaginables, mais le contexte s’y prête-t-il ? Scarlett Whelan n’a pas été l’unique victime du tueur. Ce dernier cherche peut-être à provoquer le shérif, voire à se venger de lui. À moins que les prémices de l’affaire ne remontent bien plus loin, motivées par une folie criminelle…

Alexis Aubenque : Retour à River Falls (Milady Thriller, 2017) – Inédit –

Sous le choc, Stephen se laissa entraîner par Mingus. Il n’avait jamais cru aux divagations des voyants. Pourtant, il avait rencontré des chamans dans l’Himalaya. Il avait même fumé avec eux, vu tant d’images incroyables, mais il savait que tout n’était qu’hallucinations. Sous l’effet des drogues, le cerveau transcendait la réalité, et se donnait l’illusion d’entrer dans de nouvelles dimensions.
Mais, cette fois, c’était différent. Il n’était sous l’emprise d’aucune substance psychoactive et il avait nettement ressenti un frisson lui traverser le corps quand la voyante s’était révulsée. Lui qui n’avait jamais été un mystique s’en trouvait perturbé. Avait-elle vu quel homme il était vraiment ? Était-elle réellement capable de prédire l’avenir, son avenir ?

À partir de 2008, Alexis Aubenque publia une trilogie de polars se déroulant à River Falls. Le deuxième opus, “Un automne à River Falls, a été récompensé par le Prix Polar 2009 au salon Polar&Co de Cognac. Depuis, cet auteur a une dizaine d’autres polars à son actif. Le shérif Mike Logan apparaît dans une autre trilogie, "Nuits noires à Seattle". Le voici de “Retour à River Falls”, pour un nouveau titre inédit. Ce roman est publié en format poche, ce qui convient parfaitement. Car ce genre d’intrigues correspond à la belle tradition de la littérature populaire, avec ses suspenses qui furent longtemps publiés en poche. La Série Noire, le Fleuve Noir et bien d’autres collections mythiques en attestent. Des romanciers tels Alexis Aubenque, plutôt productifs et inventifs, s’inscrivent dans cette lignée-là.

Les deux points forts sont évidents. River Falls forme un petit univers, avec ses décors et ses personnages, que l’auteur maîtrise très logiquement depuis la première série. À l’aise, il donne libre cours aux péripéties de cette enquête agitée, et même parfois nerveuse. Le second élément, c’est le climat empreint de mystère. Avec des suspects tous azimuts, et des secrets bien dissimulés. Dans ces conditions, il ne reste plus qu’à suivre les pas du shérif, d’un côté, et du reporter, de l’autre. Enquête et action sont au rendez-vous !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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28 juin 2017 3 28 /06 /juin /2017 04:55

Novembre 1971. Edgar Fillot est directeur de la PJ, au Quai des Orfèvres. D’ici peu, il va goûter à une retraite méritée après une longue carrière dans la police. Avec son épouse Mathilde, ils iront s’installer dans les Landes. Pour l’heure, Fillot a pour assistant Harald Dumarais, sympathique colosse et authentique limier, âgé de trente ans. Il a de quoi être surpris par la lettre anonyme qu’il vient de recevoir, car elle concerne une des premières enquêtes auxquelles il participa. Le 16 mai 1937, dimanche de Pentecôte, une femme de vingt-neuf ans fut poignardée dans le wagon de 1ère classe du métro, où elle se trouvait seule passagère. Il était 18h37. Aucun témoin ne vit l’assassin. D’origine espagnole, cette Dolores Rinconada était une jeune veuve, une coquette ouvrière qui fréquentait volontiers les bals populaires parisiens.

Bien qu’il y ait depuis longtemps prescription, Edgar Fillot a conservé un dossier personnel sur cette affaire qui n’a jamais été résolue. Dolores Rinconada fut un temps employée par une agence de détective. On la soupçonna d’accointances avec des services d’espionnage. On imagina qu’elle ait pu être exécutée par la Cagoule, l’extrême droite fascisante. C’était un crime de sang-froid, pas l’œuvre d’un fou, Fillot en est certain. La chronologie minutée des faits est établie, mais le coupable – sans doute présent aux alentours – ne fut jamais inquiété. Ce que confirme la lettre anonyme. Elle émane d’un ancien étudiant en médecine qui fut le soupirant de la belle Dolores. Harald Dumarais et son supérieur prennent très au sérieux ce courrier. D’autant que le correspondant inconnu ajoute un détail, seulement connu des policiers et du meurtrier.

Même si le procureur Chambérand est un vieil ami de Fillot, il ne peut autoriser l’ouverture d’une nouvelle enquête. Il vaut mieux qu’il ignore leurs investigations officieuses. À la Fac de Médecine, les recherches dans les archives risquent fort de rester infructueuses pour Harald. Pourtant, grâce à sa ténacité, le policier déniche l’identité d’un doctorant de 1942. Les indices semblent correspondre. Alors qu’arrive la retraite landaise pour Fillot et la patiente Mathilde, alors que ce grand diable romantique d’Harald a probablement trouvé l’amour avec sa Jeanne-Jane en cours d’enquête, est-il encore temps de pourchasser l’assassin de Dolores ? Trente-cinq ans plus tard, tant de choses se sont passées depuis le meurtre du soir de la saint-Honoré 1937…

David Morales Serrano : 18h37 (Éd.De Borée, 2017)

— … Liotard a bien essayé de la faire parler, mais il n’y avait que des râles qui sortaient de sa bouche. Pauvre fille… Ah, voilà le croquis de la scène de crime et voilà un schéma du déroulement supposé des faits. C’étaient des brouillons.
Dumarais a pris les documents que je lui tendais et s’est mis à les examiner consciencieusement, professionnellement. J’avais l’impression de lui donner en pâture une faille de ma carrière ce qui, en tant que supérieur hiérarchique, me dérangeait un peu, mais en tant qu’enquêteur cela me ravissait car j’étais persuadé qu’il allait m’aider à le refermer. Au bout de quelques minutes, il a annoncé :
— Joli travail ! Vous étiez doué en dessin…

Ce roman s’inspire d’un dossier criminel bien connu : l’affaire Lætitia Toureaux. À quelques détails près, puisqu’il ne s’agit pas d’une reconstitution de l’enquête. Par exemple, si la vraie victime était d’origine italienne, Dolores Rinconada est native d’Espagne. Le directeur de la PJ Edgar Fillot est un clone de Max Fernet, le véritable directeur, qui mit un terme à ce dossier dans les années 1960. La lettre reçue ici par les policiers doit beaucoup à la confession écrite en novembre 1962 par un médecin de Perpignan, qui s’accusait d’être l’assassin de Lætitia Toureaux.

Resté énigmatique, le "crime du métro" suscita quantité d’hypothèses, car la victime apparut bien moins sage que son statut d’ouvrière le laissait supposer. Espionne, ou plutôt agent infiltrée pour dénoncer les anti-fascistes ? La version est plausible. Quant au rôle de la Cagoule, on ne peut nier que l’extrême droite exécutait souvent d’éventuels ennemis. La jeune femme n’ayant pas la réputation d’être chaste, un motif plus intime est possible. Quoi qu’il en soit, c’est un cas de "crime parfait" qui figure dans les annales. Dans cette fiction, David Morales Serrano introduit donc des différences, conservant la même base.

La belle intelligence de ce roman, c’est d’éviter de nous présenter un récit linéaire, façon "rapport de police". Fluidité et souplesse sont au rendez-vous. Non seulement le narrateur Edgar Fillot laisse, dans certains chapitres, la parole à son adjoint Harald, mais sont aussi restituées les ambiances du début des années 1970 et de 1937. Policiers et meurtriers ne sont, finalement, que des êtres humains.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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26 juin 2017 1 26 /06 /juin /2017 04:55

Il affiche une certaine nonchalance. Ses vêtements sont un peu passés de mode. Il circule dans le vieux Combi de ses parents. Il cultive le souvenir de sa jeune compagne disparue. Il ne dit jamais non aux occasions alcoolisées. Ce grand rouquin qu’est Léo Tanguy exerce l’activité de cyber-journaliste, publiant ses articles sur son site internet. Généralement, il sillonne la Bretagne, sa terre d’origine, ses racines. Cette fois, c’est dans les Cévennes, du côté de Saint-Hippolyte-du-Fort, qu’il va traîner ses guêtres. Le Vidourle est un fleuve qui se jette dans la Méditerranée, pas dans l’Atlantique, c’est dire le dépaysement pour Léo. Il est invité aux noces de son amie Maïa, une belle Antillaise, avec le musclé Sébastien.

Ça se passe dans un mas rénové en gîte qui est la propriété de Paolo, oncle de Sébastien. Cet Italien a vécu une jeunesse militante, agitée, d’activiste ayant dû s’exiler. S’installer dans la montagne cévenole, bon moyen de tourner la page, de se faire oublier en vivant une vie plus tranquille. Encore que, depuis quelques temps, ce territoire intéresse des industriels voulant exploiter le gaz de schiste. Sachant les conséquences dramatiques sur l’environnement, un comité local s’y oppose, dont Paolo fait partie. La menace est réelle car Paul Debors, héritier d’un notable d’ici, est prêt à vendre ses terrains. Il lui arrive de provoquer la population organisant des meetings contre les projets liés au gaz de schiste.

Les noces de Maïa et Sébastien réunissent un grand nombre de leurs amis. Un "mariage" tout en symboles, une belle façon de faire une vraie fête. Léo ne croise pas si souvent des jeunes femmes aussi excitantes que la sculpturale Angelina, fille de Paolo. Il tombe illico sous son charme, mais n’est pas assuré que puissent exister des affinités entre un Breton pur beurre et une ravissante Italienne décomplexée. Au lendemain de la fiesta, Paolo est embarqué par les gendarmes. On l’accuse d’avoir agressé Paul Debors, qui passe bientôt de vie à trépas. Le boulanger Julien explique la situation à Léo. Il y a eu une altercation entre Paolo et Debors lors du dernier meeting, en effet. Mais l’Italien n’a tué personne.

Léo mène sa petite enquête au village. Il pose des questions à la brune Marielle, qui tient un bistrot d’habitués. Il interroge Gégé, militant devenu beaucoup plus modéré avec l’âge, quelque peu en froid vis-à-vis de son fougueux ami Paolo. Gégé laisse entendre qu’il y aurait une autre piste, Paul Debors ne maquant pas d’ennemis. En réalité, Paolo possède un véritable alibi, mais la personne concernée ne tient nullement à s’exposer. Dans les Cévennes comme ailleurs, les rancœurs peuvent être tenaces : même trente ans après, on ne peut exclure qu’il s’agisse d’une vengeance…

Sylvie Rouch : De l’eau dans l’gaz – Léo Tanguy (Éd.La Gidouille, 2017)

— Les seules personnes qui ont besoin d’une preuve de son innocence, ce sont ceux qui sont venus ici ce matin, qui l’ont emmené sans sommation et qui vont pas le lâcher de sitôt !
— On peut voir les choses autrement, intervient Léo pour clore ce différend stérile entre les deux femmes. Maintenant qu’on a la certitude que Paolo est innocent, trouvons qui d’autre aurait pu s’en prendre à Debors. Vous n’en avez aucune idée ? demande-t-il à Jeanne.
— Malheureusement non. Des gens qui n’aimaient pas beaucoup le fils Debors pas plus qu’ils n’aimaient son père avant lui, j’en connais beaucoup. C’était pas quelqu’un de charismatique et personne le portait vraiment dans son cœur… Mais de là à le suivre jusqu’à son domicile et à le tabasser à mort… non, je ne vois pas.

Sylvie Rouch fait partie des auteurs qui, voilà bientôt dix ans, imaginèrent le personnage de Léo Tanguy. Elle publia en 2008 le deuxième titre de la série, "L’immobilier flambe, le SDF brûle". Par ailleurs, elle a écrit plusieurs romans noirs dont "Meuf mimosas" (1998, un épisode du Poulpe), "Corps mort" (2006, Prix ‘Polar dans la ville’ du festival de Saint-Quentin-en-Yvelines), "Décembre blanc" (2010), ainsi que des nouvelles et des livres pour la jeunesse. Elle signe aujourd’hui une nouvelle enquête de Léo Tanguy, journaliste atypique, fouineur et décalé, curieux des dysfonctionnements de la société et des crimes que cela entraîne parfois. Léo n’est pas un justicier cherchant à tout prix le coupable, c’est plus sûrement un témoin de notre époque, pas si sereine.

Le gaz de schiste ! Au nom de l’indépendance énergétique, ce serait l’avenir. Des écolos-médiatiques seraient même favorables à des "expérimentations" ciblées, en France. L’air contaminé par les déchets, la pollution des sols, la santé publique, des sites remarquables détériorés par ces exploitations, les exemples catastrophiques dans d’autres pays ? Pas grave… Vive le progrès, qui détruit tout pour devenir très vite rentable. La perplexité des populations risquant d’être touchées par ces projets peut se comprendre. Les lobbies de l’énergie et de l’industrie ont aussi leurs arguments. Tel est le contexte de cette intrigue, s’inscrivant dans l’esprit du roman noir, qui va ainsi plus loin qu’un simple polar d’enquête. Si l’ambiance est tendue, ça n’interdit pas quelques francs sourires.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 04:55

Avec son collègue et mari, le sergent Jim Chee, l’agente Bernadette Manuelito est membre de la police navajo, dont la juridiction s’étend sur la réserve indienne, située en Arizona pour l’essentiel. Le couple habite à Shiprock. Ils se montrent respectueux des traditions et de la culture navajo. Lors d’une récente affaire, le lieutenant retraité Joe Leaphorn – que tous deux admirent – a été grièvement blessé. Sa compagne Louisa reste auprès de lui le temps de sa convalescence. Bernie et Jim Chee s’accordent quelques jours de vacances du côté de Monument Valley. C’est dans ces décors que John Ford tourna les extérieurs de ses mythiques westerns. Paul, un frère de clan de Jim Chee, qui compte y organiser des visites touristiques, a invité pour quelques jours le couple amoureux du désert.

Malgré le charme du site, Bernie est bientôt inquiète. Sa jeune sœur Darleen a encore une fois laissée seule leur mère Mama, diminuée physiquement. Bien que chargée de veiller sur elle, Sœur Cadette est partie s’enivrer, avant d’être placée en dégrisement. Bernie est de retour chez Mama, s’occupant de tout. Elle reste en contact avec son supérieur Largo, au sujet d’une arrestation intervenue juste avant ses congés. Le comportement d’un conducteur nommé Miller était fortement suspect. Il a tenté une forme de corruption, et il y avait des boîtes de terre avec un fusil dans le coffre de son véhicule. En panne, la caméra de sécurité n’a pas filmé l’arrestation. Selon Largo, rien d’illégal n’est retenu contre Miller. Rentrant chez Mama, Darleen semble prête à devenir plus raisonnable.

Jim Chee a été engagé pour compléter l’encadrement policier d’un tournage de film, près de Monument Valley. Sa première mission consiste à retrouver Melissa, une jeune femme de l’équipe, supposément perdue dans le désert. Fascinée par le paysage, elle faisait des photos. C’est avec elle que Jim Chee découvre une curieuse sépulture récente. Après avoir réglé un incident causé par deux adolescentes, intruses autour du tournage, Jim Chee va enquêter sur cette tombe "anormale". Il est accompagnée de Rosella Tsinnie, une policière navajo expérimentée et rugueuse, l’équivalent de Joe Leaphorn qui l’a formée.

Pour elle, il peut s’agir d’un coup de pub, vu que le film en tournage est une histoire de zombies. Mais le producteur nie la chose. Par ailleurs, on a trouvé des traces de sang dans une chambre d’auberge des environs, ainsi qu’un singulier bijou perdu. Bernadette fait la connaissance de l’élégant David Oster. Ce technicien de San Francisco est expert en énergie solaire, qui pourrait devenir une richesse du désert. L’agent du FBI Jerry Cordova arrive à la rescousse, concernant l’affaire de l’automobiliste Miller. Mais, avec ou sans son chien Buddy, ce conducteur n’est sans doute pas l’homme le plus dangereux de la région. L’opinion de Joe Leaphorn ne serait pas inutile à Bernie comme à Jim Chee, avant un final qui risque d’être explosif…

Anne Hillerman : Le Rocher avec des ailes (Éd.Rivages, 2017)

D’ordinaire, elle dormait toute la nuit sans interruption, continuait de sommeiller en dépit du vacarme des orages estivaux, des soucis qu’elle rencontrait dans son travail, des complications qu’elle vivait avec sa mère, sa sœur ou Chee. Mais cette fois, elle ne parvenait pas à fermer l’œil, s’agitait. Elle tenta de se concentrer sur sa respiration et sur les techniques de maîtrises du stress qu’on lui avait enseignées pendant sa formation au métier de policière. Mais au lieu de s’assoupir, son esprit revenait sur les événements récents et les faisaient tourner en rond dans sa tête comme autant de stimulations mal venues.
Le Lieutenant, son mentor, qui se remettait de sa blessure par balle au cerveau. La prochaine fois qu’elle le verrait, elle lui parlerait de l’étrange nervosité de l’homme aux boîtes remplies de terre. Leaphorn s’intéressait à ce qui sortait de l’ordinaire. Elle revit la façon dont il lui avait souri, pour la première fois après l’agression, quand elle l’avait vu la semaine passée. Ce souvenir lui apporta la paix.

Joe Leaphorn et Jim Chee, de la police tribale navajo, sont des personnages que créa Tony Hillerman (1925-2008) pour une série de suspenses ethnologiques, dix-huit aventures dont douze ensemble. Sa fille Anne Hillerman (née en 1949) a décidé de poursuivre ces enquêtes avec les deux héros. Mais c’est l’agente Bernadette Manuelito qui est vraiment au centre de “La fille de la Femme-Araignée” et de “Le Rocher avec des ailes”, les premiers titres qu’elle a concoctés. Dans ce nouvel épisode, l’ex-policier Leaphorn reste très affaibli, ne s’exprimant que par écran interposé. Chacun de son bord, Jim Chee et sa compagne Bernie mènent l’enquête sur des cas apparemment sans lien, dans des lieux différents. Il n’est pas exclu que leurs investigations puissent se rapprocher.

L’intrigue énigmatique est bien présente, ne manquant pas de péripéties. Les tracas familiaux de Bernadette "humanisent" cette héroïne, qui n’est pas que policière. Mais c’est aussi – ou en priorité – du territoire navajo et de sa culture dont il est question dans cette histoire. “Le Rocher avec des ailes” désigne un site typique, où furent tourné des westerns de qualité, ce qui offre une opportunité touristique au peuple navajo. Dans l’esprit des suspenses de son père, Anne Hillerman nous présente des descriptions et des éléments de cet univers que les Amérindiens entendent préserver. Excellent roman.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 04:55

Trois-Rivières est une grande ville québécoise, à mi-chemin entre Montréal et Québec, sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent, dans la région de Mauricie. Jean-Sébastien Héroux y est inspecteur de police, dirigeant une équipe d’enquêteurs consciencieux. Âgée de dix ans, Mélodie Cormier a disparu quelques jours plus tôt. Elle a bien été conduite à l’école par le car scolaire, mais on ne l’a plus vue ensuite. D’importants moyens sont mis en œuvre pour la retrouver, Héroux et tous ses collaborateurs cherchant des indices. On ne peut guère soupçonner les délinquants habituels. La police sait qu’un pick-up noir a été remarqué dans le même secteur, ce matin-là.

Gilbert Cormier, père de Mélodie, possède un véhicule correspondant. Ses activités n’étant pas absolument nettes, le suspecter n’est pas interdit. Même si son épouse ne le croit pas coupable. Cette dernière reconnaît un élastique à cheveux de sa fille Mélodie. Cet élément peut s’avérer accusateur contre le père. Des témoignages sont concordants, et son alibi ne tient pas. L’inspecteur Héroux lui met la pression, afin qu’il dise la vérité. En fait, il avait rendez-vous avec une strip-teaseuse employée dans un club qu’il fréquente. Le policier vérifie, mais ça reste une piste beaucoup trop fantomatique.

Marco Genest est un étudiant de vingt-trois ans. Ses parents sont décédés récemment, de façon accidentelle, alors qu’ils randonnaient dans une forêt glaciale. Un message anonyme adressé à Marco affirme lui apporter bientôt une explication à ce double décès. Toutefois, les "confessions" qui vont suivre ne semblent pas avoir de rapport direct. Son amie Josée Dusseault adore les énigmes. Elle s’est jointe à lui pour l’aider dans ce troublant jeu de piste. Les révélations de l’inconnu concernent un de ses jeunes voisins, puis un professeur de mathématiques, puis un commerçant pratiquant le golf. À chaque fois, c’est avec une grande perversité que l’anonyme a manipulé des faits pour incriminer ses cibles.

Marco et Josée cherchent à identifier l’inconnu, en retrouvant les lieux indiqués. Quelques noms apparaissent, qu’ils vont croiser avec une autre info. Naguère, M.Ariel a logé chez lui successivement plusieurs jeunes gens. Peut-être l’anonyme veut-il les aiguiller sur une voie erronée ? Marco et Josée reçoivent une nouvelle "confession", et ils ne tardent pas à réaliser qu’il évoque la disparition de Mélodie Cormier. L’inconnu ne cache pas qu’il a fait en sorte que le père soit fortement suspecté. À l’heure où l’adversaire rencontre Marco, avec l’intention de le séquestrer, Josée se rend chez les policiers. Héroux et son équipe prennent son témoignage au sérieux. Mais l’anonyme est très habile…

Guillaume Morrissette : L’affaire Mélodie Cormier (City Éditions, 2017)

— …Je trouve qu’on fait exactement ce qu’il veut. Et j’aime pas ça. On n’a même pas le temps de réfléchir à ce qui nous arrive : les renseignements arrivent vite, mais on sait rien sur lui. Ça fait deux jours qu’on court, et je vois pas le bout ! C’est quoi son idée ? Il pourrait encore nous faire courir pendant un mois. OK, j’aime bien les énigmes, c’est cool, mais ça me fait un peu peur. Théoriquement, il peut avoir caché des dizaines de tubes comme celui-ci. Je te le dis, j’aime pas ça.
— Alors, on fait quoi ? On arrête tout ?
— Non. Ce que je veux dire, c’est que peu importe ce qu’il y a dans ce tube, le but c’est toujours de trouver qui est ce type, et pas de chercher des solutions à ses énigmes comme des débiles. On a déjà pas mal de pistes à suivre, et j’suis certaine que ça va finir par nous mener quelque part. Si on cherche par nous-mêmes qui il est, j’aurai au moins le sentiment qu’on a une petite longueur d’avance sur lui. Il a peut-être des renseignements au sujet de ta famille, mais faut pas oublier qu’il est un peu dérangé.

Ce roman de Guillaume Morrissette a été initialement publié par Guy Saint-Jean Éditeur, au Québec. Il a été doublement récompensé en 2015 par le Prix Saint-Pacôme du premier polar, ainsi que par le Prix coup de cœur attribué par le Club de lecture de Saint-Pacôme. Il s’agit là de distinctions majeures concernant la littérature policière au Québec. Auteur quadragénaire, Guillaume Morrissette est enseignant à l’Université de Trois-Rivières. Ce qui explique qu’il soit à l’aise avec les décors de cette intrigue.

Une affaire machiavélique ? Oui, mais – même si l’inspecteur Héroux et ses adjoints ont un rôle effectif – il ne faut pas s’attendre à une stricte enquête de police. Car l’autre ligne du récit, autour de Marco et Josée, est également cruciale. On ne doute pas un instant que la disparition de la fillette et que les investigations du duo aient un lien direct. Si tout commence par une sorte de malsain jeu de piste, on imagine assez tôt que l’adversaire se manifestera physiquement. Ce qui va fatalement compliquer le sort de Marco, pour lequel on peut s’inquiéter. Ainsi que pour la petite Mélodie Cormier, évidemment. Les policiers font régulièrement le point, pour avancer dans ce dossier. Voilà donc un pur suspense, fort bien agencé, qui tient en haleine ses lecteurs.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 04:55

Ce roman est sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017.


Âgée de quarante-huit ans, Marion Sanders est médecin à Hambourg. À ce point de sa vie, elle ressent le besoin de s’éloigner de l’Allemagne. Marion doit faire un court séjour à Paris avant de partir pour une mission de Médecins Sans Frontières. Plutôt qu’en Afrique, c’est en Jordanie qu’on va l’envoyer. Entre-temps, elle s’installe chez de vieux amis parisiens. L’octogénaire Louise Bonnier et son mari Greg habitent rue Guynemer. Quand elle était enfant, sa propre mère l’ayant délaissée, Marion fut en partie élevée chez eux. Au musée Carnavalet, dans une expo photo sur l’exil, elle remarque celle d’une jeune femme qui lui ressemble beaucoup. Le cliché fut pris à peu près à l’époque de sa naissance.

Jean Morel est le neveu de Louise Bonnier. Son obscur métier l’entraîne depuis longtemps dans des régions du monde en crise, en guerre. Tel un conseiller international, Morel a noué bon nombre de relations dans les pays du Moyen-Orient. Parfois, il facilite la sortie de réfugiés menacés, comme c’est le cas actuellement en Syrie, où règne une guerre civile larvée. La petite Zahra, cinq ans, a été exfiltrée de ce pays, mais elle constitue un cas plus particulier. Car Morel connaît Elaine, la mère de la fillette, une Occidentale ayant épousé un haut responsable syrien. Afin de protéger la fragile et mutique Zahra, il la confie à sa tante Louise, qui a toujours eu un bon contact avec les enfants.

Claude Baptiste est un agent de la DGSE, les services secrets français. Quinquagénaire au grand sang-froid et à l’allure solide, il enquête sur les liens entre la Syrie et des personnes installées en France. Sur cette affaire, il est assisté de Leroux, un jeune agent de la DGSI, la sécurité intérieure. La mort de Zahit Ayan, réfugié syrien, et les coups de feu visant un enseignant d’Orléans, lui confirment le rôle nébuleux de Jean Morel. Que, dans l’immédiat, Claude Baptiste veut protéger afin d’en savoir davantage sur ses réseaux. S’étant rendu à Marseille, Jean Morel est impliqué dans un attentat commis à la frontière italienne, dont la cible était le ministre de l’Intérieur français. Une façon de faire pression sur Morel.

Tout en cherchant à résoudre l’énigme de la photo de son sosie, Marion Sanders s’occupe de la petite Zahra, car Louise est souffrante – et bientôt hospitalisée. Apprivoiser l’enfant n’est pas impossible, mais en a-t-elle le temps d’ici son départ ? Claude Baptiste s’invite chez les Bonnier, ne cachant pas qu’il recherche des informations sur Jean Morel. Il n’est pas le seul : Moshe Katzman, agent du Mossad israélien, voudrait débrouiller l’affaire, lui aussi. Sans doute existe-t-il des documents syriens ultra-secrets explosifs, dont quelques services veulent s’emparer. Ayant découvert des éléments sur son passé personnel, Marion part avec Zahra, direction une maison isolée en Bretagne, dans la région brestoise. Rien ne prouve qu’elles y seront en complète sécurité…

Alex Berg : La fille de la peur (Éd.Jacqueline Chambon, 2017) – Coup de cœur –

Quand Marion et Zahra prirent le chemin de la maison, sept heures sonnaient au clocher de Saint-Sulpice. Marion se demandait si elle devait raconter à Louise ce qui s’était passé dans le parc. Elle avait été profondément émue d’entendre chanter la petite fille et elle savait que Louise serait heureuse d’apprendre la nouvelle, mais en même temps elle craignait que la vieille dame ne mette trop la pression sur l’enfant.
La petite main de Zahra était dans la sienne, pleine de confiance, et Marion avait le sentiment que la fillette s’ouvrirait un jour à elle, à condition qu’elle soit plus souvent avec elle. Mais quand ? Ces derniers jours, malgré son maigre temps libre, elles avaient passé beaucoup d’heures ensemble, au point que Marion avait dû reconnaître que Zahra était une parfaite excuse pour éviter de s’occuper de ses propres affaires. Elle avait seulement pris le temps de retourner au musée pour s’informer de la provenance de la photo. La conservatrice s’était montrée serviable et professionnelle, mais ce professionnalisme n’était pas exempt de curiosité. Marion n’était pas la première à frapper à sa porter et à chercher des informations supplémentaires.

Ce qui apparaît vite frappant à la lecture de “La fille de la peur”, c’est le fait que plusieurs thèmes – complémentaires – y soient abordés. Le premier, c’est le cas de la petite Zahra, qui peut symboliser la tourmente de l’exil pour les réfugiés. Une partie ont la capacité de s’insérer, mais la plupart n’ont pas cette force de caractère, et deviennent fatalement des apatrides. Toutefois, le parcours de Zahra est, déjà, plus compliqué qu’il le semble…

Le deuxième thème concerne certains personnages dont on ne mesure pas l’influence, les fonctions. Louise Bonnier, quatre-vingt-deux ans, appartient aux sphères occultes proche du pouvoir, quel que soit le régime. Son neveu Jean Morel se situe dans des cercles aussi discrets, observateur international des conflits, diplomate sans titre exact. Ces experts géopolitiques de terrain, parfois appelés "négociateurs", existent-ils et agissent-ils en marge de nos Services de Renseignement ? On a tendance à le penser.

La troisième thématique, c’est la quête d’identité. Même avec un statut social avantageux – Marion Sanders étant médecin en Allemagne, on n’est pas à l’abri du questionnement. Le schéma familial standard ne s’applique pas dans tous les milieux. On évite de parler de tel cousin qui aurait fait un mariage consanguin, de telle tante dont on croit qu’elle a mal tourné, par exemple. Rien de bien grave, souvent. Mais des secrets plus surprenants ressurgissent quelquefois, installant un mal-être. Ou une envie de tourner la page.

Certes, “La fille de la peur” est un roman d’espionnage sur fond de contexte actuel. Mais Alex Berg nous présente une intrigue bien plus riche et subtile, avec des héros nuancés et empreints d’humanisme. Coup de cœur pour ce suspense d’excellence.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 04:55

Elmore Leonard (1925-2013) fut un des écrivains les plus respectés aux États-Unis. Il publia une cinquantaine de romans et de recueils de nouvelles. Une bonne partie de ses titres furent adaptés au cinéma et à la télévision. Il fut aussi habile dans les histoires de type western que dans les intrigues policières et les romans noirs. Ce recueil présente les toutes premières nouvelles, inédites, d’Elmore Leonard. Perfectionniste, il l’est déjà dans ces textes construits et écrits. Talent et inventivité ne suffisent pas, il en est conscient et donne sa propre tonalité aux récits. Certes, il progressera beaucoup au fil de ses romans à venir, mais ces huit nouvelles témoignent de sacrées capacités d’auteur.

Elmore Leonard : Charlie Martz et autres histoires (Rivages/Noir 2017) – Inédit –

Charlie Martz – Quand à l’époque du Far-West, un étranger arrive à cheval dans une petite bourgade, c’est sûrement qu’il a des comptes à régler. Le barman du saloon et Smitty l’Allemand renseignent volontiers cet inconnu. Il dit s’appeler Billy, et qu’il a déjà naguère rencontré Charlie Martz. Ici à Mesilla, on trouve que Charlie n’est pas très efficace pour faire respecter la Loi. Mais qui sait ce que réserve le proche avenir ?

Un, horizontal – Vivotant au Mexique, Stan Ellis est revenu dans la région de Detroit pour s’occuper de son frère cadet Cliff. Celui-ci s’était acoquiné avec la mafia, qui a fini par tenter de le supprimer. Aigri, il s’alcoolise, végétant en fauteuil roulant. Stan a la mauvaise idée de provoquer le caïd Marty Carrito. Ce dernier et son sbire Buddy ne sont pas de ceux qu’on impressionne si facilement. Il serait préférable que Stan et Cliff quittent au plus tôt le secteur, avant que l’ambiance y devienne mortifère.

… Je ne voyais pas comment cela pourrait arranger les choses que j’aille trouver la police. Pour eux, [Cliff] n’était qu’un criminel qui avait récolté ce qu’il méritait. Si celui qui lui avait fait ça était arrêté, il se retrouverait libre comme l’air avant que vingt-quatre heures ne se soient écoulées. Aucune preuve. Une douzaine de types déclareraient sous serment qu’ils buvaient une bière en sa compagnie à l’instant précis où Cliff avait servi de cible. Si quelque chose pouvait être fait, il allait falloir que ce soit par moi. Je ne m’illusionnais pas au point de croire que j’allais anéantir l’organisation toute entière, ni même la branche de Detroit, mais il y en avait un qui allait payer. Celui qui avait décrété que Cliff n’était plus indispensable.

Arma Virumque Cano – Harry Myrold est exaspéré par la circulation urbaine à Detroit, en ces années 1950. Rentrant chez lui, il prend dans son automobile une jeune auto-stoppeuse. Cette étudiante a environ l’âge de sa propre fille. Réminiscence scolaire, un vers en latin lui revient en mémoire. Peut-être le latin l’a-t-il aidé pour sa réussite sociale. Généreusement, il fait un détour pour amener sa passagère près de chez elle.

Le Cow-boy – Au temps du Far-West, Chick Williams est un cow-boy de dix-sept ans. Se disant un peu plus âgé, ce jeune prétend posséder une certaine maturité. Ce dont doute fortement son collègue Ace, qui a une douzaine d’années de plus que lui. À la "cantina" du village, Chick rencontre la belle Luz. Pour lui, c’est le coup de foudre immédiat. Il imagine un futur en rose avec la jolie petite Mexicaine. Chick n’a qu’une hâte, la revoir très vite.

La coupe italienne – Elaine et Roy sont mariés depuis sept ans. Adepte du sport, Roy a une fâcheuse tendance à confondre compétition et rivalité. Y compris face à son voisin Grady, époux d’Inez. Ce soir-là, ce n’est pas la nouvelle coupe de cheveux d’Elaine qui calmera son irritabilité. Surtout que, par ailleurs, Grady est nettement mieux placé que lui pour devenir président du club de bowling. Encore une humiliation pour Roy…

Confession – En Arizona, à l’époque du Far-West. Un anonyme offre plus de trois mille dollars au père Schwinn. Voilà qui lui sera bien utile pour son église Saint-Antoine. Mais cette grosse somme n’a rien d’un miracle. C’est probablement le butin d’un braquage qui a causé un blessé grave dans les environs. Le prêtre se renseigne au relais des diligences d’Al Rindo, auquel appartenait l’argent dérobé. Oui, ces trois mille dollars seraient la propriété de Rindo. Deux des trois complices ont la ferme intention de récupérer le magot, laissé au père Schwinn par leur comparse. Que ce soit par le chantage, par la menace, par l’affrontement direct. Le prêtre cherche la meilleure solution…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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