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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 06:12

Boris est né en 1991. À l’âge de huit ans, sa mère Laure Sieger le confia à son amie Rose, militante prolétarienne, qui éleva ensuite l’enfant. Connaissant l’instabilité de Laure, on ne s’interrogea guère sur sa disparition. À peine majeur au décès de Rose, Boris hérita de son logement parisien, dans le 14e. Désormais employé municipal dans une ville de banlieue, Boris est un solitaire à la sexualité hésitante. Par hasard, il entre en contact avec le jeune Oussama Mouiri, dit Oussa. Si lui-même est un musulman pratiquant "a minima", Oussa a plusieurs copains partis en Syrie comme djihadistes. Son meilleur ami, Français converti, pose sur une photo au côté d’un certain Abou Hatem, un émir du djihad. Boris est obligé d’admettre son trouble, car cet homme pourrait être son sosie – ou un frère inconnu.

Boris entreprend de chercher des traces de sa mère Laure, aperçue en dernier du côté d’Honfleur, plus de quinze ans auparavant. L’hôtelière Dinah et sa fille Mary lui apportent un peu d’aide. Grâce à elles, il obtient le témoignage du gendarme retraité qui enquêta vainement sur la disparition de Laure. On l’aurait vue peu avant avec un Maghrébin, vague silhouette non identifiée. De retour à Paris, rendez-vous est pris via Oussa avec le nommé Abou Hatem, en Turquie, à Antioche. La perspective d’un voyage n’enchante guère Boris, sédentaire par nature. Mais cette forte ressemblance l’intrigue. Il est déjà prévu qu’Oussa l’accompagne. Arrivant d’Honfleur, Mary s’invite dans cette aventure. Le trio s’envole vers Istanbul, courte halte avant de passer par Izmir et de rejoindre Antioche.

À Oran, le commissaire Kémal Fadil est le chef de la police du quartier de la Marine. Il est assisté par le jeune et efficace Saïd. Il peut aussi compter sur son vieil ami Moss, médecin légiste et séducteur impénitent. Le policier reste proche de sa mère Léla, handicapée en fauteuil mais à l’esprit vif. Kémal est quasiment fiancé à Fatou, future infirmière, d’origine nigériane. Son enquête en cours concerne une série de meurtres insolites par leur mise en scène, semblant correspondre à un rituel étrange. Après le cadavre d’un guérisseur para-religieux analphabète, c’est le corps d’une femme ayant pratiqué la sorcellerie qu’on a retrouvé. On repère un autre cadavre, probablement le premier de la série. Les théories de la psy Mériem sur les djinns et la médecine occulte aident utilement Kémal.

Pendant ce temps, faute de pouvoir rencontrer Abou Hatem, c’est l’ami français d’Oussa qui au rendez-vous fixé à Boris. S’il est endoctriné, il est lucide quant au djihad, résigné sur sa situation. Surtout, il apporte des révélations inattendues à Boris, preuves à l’appui. Lui qui se croyait sans famille, il va de surprises en surprises. C’est en direction d’Oran que se poursuit le périple de Boris, Mary et Oussa. S’ils sont "en règle", ils auront malgré tout la chance d’y faire la connaissance du policier Kémal Fadil…

Ahmed Tiab : Gymnopédie pour une disparue (Éd.l’Aube noire, 2017)

Les échanges entre Oussa et Mary étaient vifs, mais je notai qu’ils finissaient toujours par une concession, une fois d’un côté, une fois de l’autre. Ça ne m’étonnerait guère qu’ils finissent par s’entendre, ces deux-là. Ils étaient pareils, même s’ils s’efforçaient de faire saillir ce qui les opposait. Mon premier sentiment s’en trouvait démenti – heureusement car je n’avais pas envie de jouer les arbitres […]
L’impression positive que j’avais sur Oussa se confirmait à mesure du temps qu’on passait ensemble. Je ne le croyais pas capable de ce genre d’humour, et je m’en voulais pour ça ; en effet, l’autodérision n’est pas à la portée du premier venu. Je l’avais mis d’emblée dans une case. Préjugés.

Après “Le Français de Roseville” et “Le désert ou la mer”, ce troisième opus confirme la qualité des romans d’Ahmed Tiab. Outre l’intrigue, son regard sur le fonctionnement de la société algérienne permet d’en comprendre les nuances, les contradictions, le fatalisme. Si l’époque islamiste autour de 1990 déstabilisa le pays, la corruption à tous les étages, la contrebande et le commerce parallèle restent très actifs en Algérie. Plus un charlatanisme fort lucratif entre religion et médecine, étonnant alors que les soins sont gratuits dans une large mesure. Observer n’est pas condamner : ces réalités d’hier et d’aujourd’hui nous sont racontées d’une façon plutôt enjouée, bienveillante mais ironique.

Le thème apparaissant en filigrane est totalement d’actualité : le djihadisme qui motive de jeunes égarés à combattre au nom d’une religion. “Les révolutionnaires avaient changé de visage ; ils avaient troqué sexe, drogue et rock and roll contre selfies avec la mort dans le désert moyen-oriental.” Il n’y a assurément pas de raison de légitimer le choix du djihad, issu d’une manipulation bien orchestrée. Contexte de fanatisation kamikaze, qui exclut un retour à la normalité. Quant aux soi-disant "repentis", ils ne trompent personne.

On retrouve dans cette histoire Kémal Fadil et son entourage, héros des précédents titres de l’auteur. Il "situe" avec aisance ces protagonistes, même si l’on a pas lu les romans en question. Mention spéciale à Moss, le légiste. Toute la structure est impeccable, on le remarquera : l’affaire criminelle (à part entière) dont se charge le policier donne l’occasion de souligner cette construction très habile du récit. Le point commun avec tout le reste est bien plus direct qu’on aurait pu le penser. Au centre de l’intrigue, la quête de Boris Sieger – quelque peu dépassé par tous ses aléas, est très convaincante et le rend attachant. Personnages crédibles, péripéties agitées, et aspects sociétaux offrent du caractère aux excellents romans d’Ahmed Tiab. Un auteur qu’il est grand temps de découvrir, si ce n’est pas encore le cas.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 06:04
Meilleurs Vœux pour 2017 aux passionné(e)s de polars !

Voilà qu’arrive 2017 ! Après quelques expériences ailleurs, en janvier 2008, j’ai senti la nécessité d’une autonomie pour partager mes plaisirs de lecteur de polars, pour suggérer des nouveautés me semblant de belle qualité. C’est ainsi que naquit Action-Suspense. Si cet espace dédié à la Littérature Policière existe toujours, c’est en grande partie grâce à la fidélité des visiteurs. Je l’affirme sans flagornerie, en toute sincérité. Car cela prouve la saine curiosité des lectrices et des lecteurs, le goût de beaucoup de gens pour la diversité. Certes, le “mainstream éditorial” domine avec ses best-sellers. Néanmoins, on constate qu’année après année, émergent de nouveaux talents auxquels tout un public s’intéresse, faisant progressivement grossir la notoriété de ces auteurs, hommes et femmes.

2016 fut un très bon millésime pour le polar et le roman noir. J’ai dû en zapper quelques-uns, comme tous les ans, ma capacité de lecture n’étant pas illimitée. Des titres majeurs, peut-être bien. Si j’ai opté pour d’autres romans, c’est principalement afin de présenter un panel le plus large possible. Et, plus égoïstement, parce je ne pourrais pas lire “toujours le même livre”, la variété étant indispensable lorsqu’on est un lecteur intensif. La plupart des passionnés en sont conscients. Outre mes "Coups de cœur" et mon "Top 20 de l’année", j’ai éprouvé un réel plaisir à lire tous les livres chroniqués en 2016. J’espère qu’il en aura été de même pour celles et ceux qui ont également testé ces suggestions.

Les premiers titres de 2017 laissent augurer du "très bon". Que ce soit pour les inédits en grand format ou en poche, car il s’en publie également. Mais encore pour des rééditions bienvenues, les formats poche permettant une sorte de rattrapage, pour des livres qu’on a dû occulter. Nous les découvrirons ensemble, si vous le souhaitez, au fil des semaines et des mois à venir, selon ce qu’auront programmé les éditeurs. J’accorderai évidemment une place de choix à des auteurs qui me sont chers, sans confondre bienveillance et copinage. Mon état d’esprit reste intact : sans prétention aucune, lire et chroniquer en toute liberté, proposer les meilleurs polars possible, partager avec celles et ceux qui ont l’amabilité de venir faire un tour par ici.

Je vous adresse mes

MEILLEURS VŒUX pour une belle année 2017

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 06:01

Est-ce qu’un écrivain est lucide quand il se raconte, lorsqu’il retrace son parcours depuis l’adolescence jusqu’à près de cinquante ans (Caryl Férey est né le 1er juin 1967) ? On pourrait craindre que ce ne soit pas le cas, qu’un passionné de fiction enjolive sa réalité. D’ailleurs, est-il logique qu’un "petit gabarit" élevé à Montfort-sur-Meu accède à une belle notoriété en écrivant des livres. Il y a sûrement tromperie quelque part. Aussi malin soit-il, ce freluquet doit berner son monde. Dans sa folle jeunesse rock’n’roll, n’était-il pas un suicidaire, un punk-destroy-no-future ? Sa manière perso d’être romantique, en adepte de David Bowie, dit-il. Bande de copains à moto et scarification, rêves hallucinés de voyages, poursuite des études sans chercher à les rattraper, Caryl ne fut pas un modèle de stabilité. Un fou d’écriture, grattant des quantités de pages indigestes, ça ne prouve nullement qu’on a une once de talent. N’est pas qui veut Joseph Kessel, écrivain-voyageur.

Bien qu’il ait déjà publié, outre des petits romans inaboutis, “Haka” (Éd.Baleine) et “Plutôt crever” (Série Noire), il n’y avait pas foule à le solliciter en cet été 2002 quand il dédicaça ses livres à l’Interceltique de Lorient. Mais puisque des éditeurs avaient confiance en son potentiel, autant garder un œil sur cet auteur trentenaire. N’avait-il pas fait le tour du monde avec un pote quand il n’avait que vingt-et-un ans ? De ces tribulations en Océanie et en Asie (Nouméa, Sydney, l’Indonésie, Singapour, le Sri Lanka), c’est une longue étape en Nouvelle-Zélande qui marqua le jeune aventurier. Ses amours compliquées avec la belle Francesca, compagne d’un caïd local jaloux, source d’inspiration trop classique. Mais plus tard, après un périple calamiteux avec un ami hypocondriaque gaffeur en Israël et en Jordanie, naîtra son premier roman vraiment construit, “Haka”.

© photo Claude Le Nocher

© photo Claude Le Nocher

Je n’intellectualise pas beaucoup ce que je fais ou vis. En voyage, je prévois un minimum de choses – des contacts à rencontrer, des lieux qui fixeront les étapes du périple – et attends de voir ce qui arrive. Nous sommes ce qui arrive. Au fond c’est de cela qu’il s’agit. Le "personnage" de l’araignée n’aurait jamais vu le jour si le gardien du parc ne m’avait pas parlé de celles qui peuplent le désert. On peut ficeler une intrigue, apprendre dans des livres ou en suivant des cours spécialisés comment tirer un récit au cordeau, mais il est susceptible d’exploser à la vue d’une simple araignée. C’est elle qui m’a donné l’ultime ressort de "Zulu".

Émule de René Char, Jacques Brel, Joseph Kessel, Jean Moulin, Lawrence d’Arabie, Che Guevara, c’est très bien, mais ça ne nourrit pas son écrivain débutant. Une porte qui s’est entrouverte chez Gallimard, ça encourage beaucoup, à condition de frapper fort. Retour en Nouvelle-Zélande, un peu décevant jusqu’à ce qu’il entre en contact avec des Maoris : la genèse de “Utu”, premier véritable succès. Puis viendra pour le baroudeur Caryl, en 2007, la découverte de l’Afrique du Sud. L’icône Mandela masque un pays toujours violent. Entre des gros Afrikaners ruraux, le splendide désert de Namibie, les quartiers pauvres de Cape Town où soigner la population tient du miracle, il y a de la matière et des personnages. Au final, “Zulu” consacre Férey, bientôt transposé au cinéma. Forest Whitaker est sympa et humain, il nous le confirme (on n’en doutait pas). Le Festival de Cannes, passée la maladresse sur le tapis rouge des marches, c’est à pleurer d’émotion (sûrement, oui).

La destination suivante, ce sont les repérages en Argentine pour “Mapuche”. Troublant et ambigu, ce pays qui n’a jamais désavoué sa dictature militaire. Où l’ESMA, de sinistre mémoire, se visite avec neutralité. Il lui faudra un autre voyage, deux ans plus tard, pour mesurer le combat des Grands-mères de la Place de Mai, pour comprendre la place infime laissée au peuple indien Mapuche, tant en Argentine qu’au Chili voisin. Là encore, bien des aléas à surmonter pour approcher la population chilienne et les Mapuches. Tout ça pour un résultat – une première mouture du roman – beaucoup trop désespérément noir. C’est là que l’esprit de saint-David Bowie apportera une petite dose de légèreté à l’histoire. Caryl Férey n’en aura pas fini avec l’Amérique latine, car il y retournera avec sa bande pour trouver les protagonistes et les ambiances de “Condor”.

Caryl Férey : Pourvu que ça brûle (Éd.Albin Michel, 2017)

Caryl Férey apporte le même soin pour concevoir “Les nuits de San Francisco”, que les amateurs de romans noirs auraient grand tort de mésestimer. Car c’est au hasard d’un voyage à l’Ouest des États-Unis qu’il va toucher du doigt les réalités américaines. Et, une fois de plus, croiser les personnes existantes qui deviendront ses héros de fiction. Rester un "auteur en vue", ça signifie ne pas décevoir, ne pas bâcler… et pour Caryl Férey, conserver la méthode qui permet le réalisme quasi-journalistique de ses intrigues. Il pense dès maintenant à de prochains romans, pas moins durs que les précédents.

Quand il retrace les épisodes de sa vie ayant (ou pas) amené l’écriture de ses livres, il nous entraîne dans son sillage, sourire aux lèvres, légitimement fier du chemin parcouru. Il nous agace bien un peu avec les surnoms attribués à ses amis, façon totems-scouts, car il en abuse. Rien de dramatique, toutefois. En tant qu’écrivain, ce sont les arcanes de son métier (tel qu’il le conçoit) que nous raconte Caryl Férey. On aperçoit quelques aspects de sa sensibilité intérieure, de son caractère : “Oui, j’ai tendance à m’emporter dans ces moments-là, et je me fous de savoir ce qu’on peut en penser […] J’ai l’empathie dans mes tripes, c’est ma douleur et ma force.” Sa complicité n’est pas "intime" : il a autant besoin d’amis avec lesquels s’afficher, se montrant vachard ou agréable selon les cas, qu’il a un besoin vital d’écrire, d’exprimer. Ce récit hybride n’est pas une confession, plutôt un "état des lieux" qui prend à témoin les lecteurs (et son éditrice). Idéal pour compléter la lecture des romans de cet auteur.

© photos Claude Le Nocher

© photos Claude Le Nocher

Je ne réfléchis pas beaucoup à la méthodologie de mes livres, comme si, à l’instar de mes personnages, les actes primaient sur la psychologie. Ou alors est-ce l’influence du cinéma, où l’on montre plutôt qu’on ne dit les choses, qui conditionne ma perception ? […] J’ai tendance à agir de la même façon dans le vie, et dans mes romans. Mes personnages s’affinent à mesure que je rencontre leur avatar dans le réel : je ne les quitte jamais. Du moins le temps du livre. Certains surgissent au hasard du voyage, d’autres se construisent petit à petit. Mes héros en particulier. D’abord ébauches, ils deviennent mouvants, mobiles, puis familiers, presque réels. Quand le personnage est réussi, ce n’est plus le cerveau qui dicte les mots, mais les mains. Un moment rare. Une quête.

- "Pourvu que ça brûle" est disponible dès le 5 janvier 2017 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2017
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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:09

Gisors est une petite ville riche d’Histoire, située dans l’Eure entre Paris et Rouen, au bord de l’Epte, aux confins du département de l’Oise. Celui que d’aucuns appellent ici l’Albinos se nomme Germain Gouyaude. C’est un retraité de la police criminelle. Voilà quelques années qu’il vit avec une compagne plus jeune que lui, Aline Gruber. C’est une femme ordinaire, discrète, plutôt banale, qui ne se pose guère de question sur leur couple. Pour arrondir ses fins de mois, Germain Gouyaude est gardien d’usine à temps partiel. Sa passion, ce sont les livres : ce lecteur assidu en a rempli sa maison. Avant tout, même s’il peut lire autre chose, ce sont les polars qui le passionnent. Il fréquente très régulièrement la boutique du bouquiniste Mérouilleux, qui présente beaucoup de choix à moindre coût.

Ce jour-là, dans un livre de Françoise Sagan, se trouve un papier façon bristol comportant un curieux message : “Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime est resté impuni, mais ça pourrait changer”. Ce pourrait être autant une mauvaise plaisanterie qu’une vraie menace. Le soir-même, Germain Gouyaude décède d’un infarctus. Sa compagne retrouve le message et s’interroge. En effet, huit ans plus tôt, elle fut impliquée dans la disparition de Colette Sénardin, amie intime de Germain. Après la mort de son compagnon, ne va-t-on pas chercher à l’atteindre à son tour ? Aline contacte Joseph Chalampin, ex-collègue de Germain, auquel elle raconte toute l’affaire et à qui elle confie ses craintes.

Jo Chalampin resta un inspecteur de police de base, tandis que son ami Germain sut tirer son épingle du jeu et monter en grade. Il avait pourtant quelques taches sur son dossier professionnel et n’était pas tellement compétent, ce cher Gouyaude. S’il vérifie ce que lui raconte Aline au sujet de Colette Sénardin, Jo n’est pas absolument surpris. Maintenant, sans mener une véritable enquête dont il n’a pas les moyens, Jo tente de comprendre par quel hasard Germain est tombé sur ce papier, ce message. S’il y a un second bouquiniste à Gisors, qui propose peu de livres populaires, c’est plus sûrement chez Mérouilleux que s’approvisionnait le défunt. Le bouquiniste connaissait bien Germain, bien entendu, mais il se souvient mal de cet exemplaire du récent roman de Sagan, d’ailleurs quasiment neuf.

Tout ce que Mérouilleux apprend à Jo et Aline, c’est que Germain achetait également bon nombre de romans pornographiques. Ce qui étonne fortement sa compagne. Imaginer que Germain ait appartenu au très secret club libertin de Gisors ? Aline se refuse à croire une telle supposition. Dans une petite ville comme ça, les racontars circulent vite grâce à des commères malintentionnées. Faute d’indices, Jo abandonne ce semblant d’enquête aux hypothèses trop incertaines. Mais se produit un rebondissement décisif, quand est trouvé le cadavre d’une jeune femme de Gisors…

Pierre Siniac : Des amis dans la police (Le Masque, 1989)

Elle avait une fois de plus ce maudit livre entre les mains. Elle le feuilleta de façon machinale et n’y vit pas de page cornée. Germain était-il en train de lire ce roman ? Le fait de l’avoir trouvé sur la table de nuit ne prouvait rien. Le carton était-il une marque pour retrouver une page ? Sûrement non, car Germain avait la fâcheuse habitude de corner les pages du livre qu’il était en train de lire. En feuilletant à nouveau le Sagan, attentivement cette fois, elle crut trouver – le pli était infime – deux pages qui avaient été cornées, la 9 et la 12. Mais comme il s’agissait probablement d’un livre acheté d’occasion, ces pages pouvaient avoir été cornées par le lecteur précédent. Tout cela ne démontrait absolument rien, ne fournissait aucun éclaircissement.

On peut souhaiter que Pierre Siniac (1928-2002) ne soit pas trop vite oublié par le public amateur de polars et de romans noirs. Pour ses admirateurs fervents, il reste l’auteur de la série “Luj Inferman’ et La Cloducque”, des histoires marquantes par leur fantaisie et leur non-conformisme. On peut se souvenir également que le film “Les morfalous” (d’Henri Verneuil, 1984) était une adaptation d’un de ses titres parus dans la Série Noire, où furent publiés une bonne quinzaine de ses romans. Pierre Siniac eut de nombreux éditeurs, de la collection Engrenage du Fleuve Noir à Rivages/Noir, en passant par la coll.NéO et même Le Masque – plus coutumier des stricts romans d’énigme et d’enquête.

Intrigue mystérieuse, certes. Car rien n’est dû au hasard dans un roman policier, même court comme celui-ci. Une explication alambiquée nous offrira les clés de l’histoire. En réalité, Pierre Siniac en profite pour rendre hommage à beaucoup de grands auteurs de la littérature policière. “Parmi les grands lecteurs de polars, nous avions le docteur Petiot. Il serait amusant de savoir quel est l’auteur qui l’a inspiré. Mais il n’y a pas que les lecteurs. Les auteurs, aussi, travaillent un peu du chapeau.” D’une certaine manière, il salue le rôle des bouquinistes qui permettent aux dévoreurs de livres d’en acheter d’occasion, sans se ruiner. C’est d’ailleurs chez eux qu’on dénichera ce roman publié en 1989, non réédité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:09

Aux États-Unis, à la fin des années 1950. Marié depuis deux ans à la blonde Mona, Ted Lindsay est journaliste à Louisville. Du moins l’était-il jusqu’au sinistre départ de sa compagne. Ted s’est alors enfoncé dans la dépression. Le docteur Strom ne préconisa qu’une seule thérapie : un changement de vie radical, ailleurs. C’est ainsi qu’il est parti s’installer à New York. Ted n’a pas tardé à trouver un job de serveur de nuit dans un bar-restaurant de quartier, chez Grace. Ce n’est pas très loin de la 73e Rue Ouest, où il loge. Ted n’oublie pas complètement Mona, mais débute pour lui une existence routinière. Sans femme, donc sans rapport sexuel, ce qui commence à lui turlupiner la virilité.

Un jour, dans la rue tout près de son studio, Ted flashe sur une brune, qui représente pour lui l’idéal, la femme de ses rêves. Certes, il a bien tenté une torride relation avec la rousse Rosie Ryan. Une bombe sexuelle, certainement. Une nymphomane qui l’aurait vite mis à plat, s’il avait persévéré. Tandis que la brune inconnue, c’est autre chose de beaucoup plus fort. Il a l’intuition que c’est le destin qui passe, qu’il ne doit surtout pas louper. Il réussit à découvrir l’identité de la jeune femme : Cinderella Sims. Toutefois, le premier contact avec celle-ci s’avère très tendu, car elle le braque avec un flingue. Elle exige de savoir pourquoi il la surveille. Ted ne lui cache rien, avant que ce soit à son tour de s’expliquer.

Cindy a été employée dans un casino du Nevada. Elle y fut témoin d’une embrouille, où un pigeon se fit arnaquer par un petit groupe d’escrocs, dirigé par un nommé Reed. Boulot de professionnels, pour un joli pactole : 50.000 dollars en billets de vingt. Sauf que c’est Cindy qui a ramassé le butin et s’est enfuie avec, jusqu’à New York. Où Reed et sa bande ont de bonnes chances de la retrouver, craint-elle. Ted accepte de protéger Cindy, prête à lui céder la moitié de la somme ; à lui céder son magnifique corps, aussi. Ayant le projet depuis longtemps de diriger son propre hebdo local, Ted imagine déjà une vie future avec Cindy. Encore faut-il se débarrasser de la menace, le gang de Reed n’étant pas loin.

Non sans risques, Ted est parvenu à récupérer le paquet intégral de dollars. Peu après, le couple prend l’avion pour Phoenix (Arizona), s’espérant hors de portée de Reed. C’est là que Ted commence à s’interroger sur l’histoire que lui a racontée Cindy. Rocambolesque quand même, ce scénario. Et puis, tous ces billets ont-ils réellement la moindre valeur ? La rencontre entre Cindy et lui, est-ce totalement le hasard ? Le périple du couple va les entraîner de Phoenix jusqu’à San Francisco, puis à un bungalow délabré à la lisière de Madison City dans le Nevada. Avec Reed et ses hommes à leurs trousses…

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)

J’évaluai mes chances de lui casser la gueule et conclus qu’elles étaient infimes. Même sans arme, il m’enverrait très certainement au tapis. Avec l’arme, j’étais fichu. Il me suffisait de sortir de ma cachette pour signer mon arrêt de mort. Je songeai quelques instants au plaisir que ce serait de ne pas être mort. La perspective de saigner plusieurs heures sur le trottoir et de passer quelques jours à la morgue, allongé sur une dalle grise et froide, et plusieurs éternités au fond d’un trou à Riker’s Island n’avait rien d’alléchant.
Et donc ? Une autre possibilité s’offrait à moi. Je pouvais faire demi-tour, longer le hall dans l’autre sens, échanger en marmonnant des politesses absurdes avec l’imbécile de portier et m’en aller. Ça ne me ferait pas courir grand danger. Ce serait un jeu d’enfant. Je dirais un tendre au revoir à Cinderella Sims, un autre tendre au revoir à cinquante mille dollars, et basta. Ça valait mieux que de dire un tendre au revoir à la vie, non ?

Ce roman de Lawrence Block fut publié sous le pseudonyme d’Andrew Shaw, nom collectif utilisé aussi par Donald Westlake (et d’autres) pour une collection de romans "sexy". En effet, quelques scènes assez chaudes pour l’époque parsèment cette histoire. Ce livre fut exploité sous plusieurs titres : “$20 Lust” puis “Cinderella Sims”. Il n’a été traduit qu’en 2003, quand Lawrence Block a intégré ce polar dans sa bibliographie.

Il en est au tout début de sa longue carrière de romancier quand il l’écrit. Pourtant, on sent de la maturité dans cette intrigue. Notamment dans la manière d’évacuer les étapes précédentes qui ne servent plus à alimenter le récit. Exit le souvenir de Mona, puis fini le bistrot de Grace, dès que Ted Lindsay est lancé dans une aventure qui se doit d’avancer à bon rythme. Quand vient le moment de "faire le point", nul besoin de multiplier les pages. L’action redémarre bientôt. N’espérons pas que triomphe la moralité dans ce noir conte de fées version Lawrence Block.

Outre une forme d’humour, on peut noter la concision des descriptions, qui suffit pourtant à indiquer le climat général : “Le quartier était intéressant. Plein de gouines et de pédés – les plus discrets du lot, ceux qui ne se voyaient pas habiter le Village – plus une bande d’Irlandais qui venaient picoler dans les merveilleux bars de Columbus Avenue, une pincée de Portoricains et un échantillonnage des divers specimen qu’on rencontre à Manhattan. Le quartier se composait de petits magasins, de bars et de commerces dans Columbus Street et Amsterdam Avenue, et de magasins plus importants et de restaurants dans la 72e. Il y avait surtout des maisons de grès brun, avec parfois un immeuble en brique dans les rues adjacentes. Ceux qui aiment ça tombaient de temps en temps sur un arbre…” Un roman de Lawrence Block qui ne manque pas de qualités.

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:05

Autour de Noël vers 1960, dans la station de sports d’hiver de Morroux, en Haute-Savoie, non loin de Thonon-les-Bains, Chamonix et Genève. Mariés depuis quinze ans, Raymond Curel et son épouse Hélène y ont acheté un chalet et un bar-club, La Paillotte, dont la gérance a été confiée à leur associé Georges Dompierre. Un investissement pas tellement rentable à vrai dire, ce bar peu fréquenté. Pour ces vacances, le couple Curel a invité dans leur chalet une poignée d’amis. Il y a là Sylvette, la nièce d’Hélène, et son fiancé Philippe Massy, étudiant en médecine. Et puis la brune Catherine Jonzac, une séductrice qui allume volontiers les beaux mâles. On la voit beaucoup avec un moniteur de ski, Laurent, dont la petite amie finit par provoquer un esclandre au chalet.

Ce genre de petits incidents amuse le dernier invité, Boris Watroff. C’est un pique-assiette, qui se revendique dilettante. S’il prétend pratiquer la voyance par les cartes, il observe surtout ce petit cercle d’amis, notant tout ça dans un cahier qu’il dissimule. Après le 23 décembre, marqué par les chamailleries sentimentales autour de Cathie, la journée du 24 va bientôt être centrée autour de l’accident de ski du fiancé Philippe. Puisqu’il est transféré à l’hôpital de Thonon, Sylvette suit le mouvement. Boris remarque que les skis de Philippe ont été sabotés, cause de sa chute. Tous les habitants du chalet peuvent être suspectés. Mais rien ne prouve que c’était bien l’étudiant qui était visé, il peut s’agir d’une erreur sur les skis tous rangés au même endroit, à l’entrée du chalet.

Pendant ce temps, les gendarmes de Morroux sont à la recherche d’Antoine Vézat, un gars d’ici qui vient de tuer sa femme et son beau-père à coups de fusil à chamois. Craintive, Hélène Curel se demande s’il présente un danger pour eux. Le réveillon du 24 décembre à La Paillotte n’a été que très relativement festif. D’ailleurs, Raymond s’est vite éclipsé pour trouver dans la station quelque jeune femme de passage qui voudrait coucher avec lui. Au matin du jour de Noël, Cathie est la première à emprunter le télésiège afin d’aller faire du ski. Elle va être assassinée, probablement par l’arme d’Antoine Vézat, le criminel fuyard. Toutefois, Hélène se rend compte que la victime portait son anorak rouge. N’était-elle pas la cible espérée de ce meurtre ? Une autre erreur, après le cas de Philippe ?

Fiévreuse, Hélène imagine des raisons de soupçonner Raymond, car elle est sans illusion au sujet des infidélités de son mari. La nervosité de Laurent, le moniteur de ski, est bien justifiée, elle aussi. Les gendarmes l’ont longuement interrogé, après que les amis de Raymond et Hélène aient suggéré son nom. Mais un cadavre caché sous la neige, puis un meurtre simulant un suicide vont relancer l’affaire…

Michel Lebrun : Quelqu’un derrière la porte (Coll.Un Mystère, 1960)

— J’en ai plus qu’assez de l’ambiance qui règne dans le chalet et à La Paillotte. On ne dirait pas un groupe d’amis réunis pour réveillonner dans la neige, mais un panier de crabes où tout le monde tente de déchirer tout le monde ! Je ne suis pas fâchée de vous laisser entre vous. D’ailleurs, rien ne m’ôtera de l’idée que Philippe et moi vous gênions pour laver votre linge sale.
— Qui parle de linge sale ? Nous nous adorons tous. Et qui aime bien châtie bien, voilà tout. Ça fait des années que ça dure et nous nous en trouvons très bien. Il n’y a aucune raison que cela change.
Boris la laissa soulever la valise et quitter la chambre. Avec un soupir, il reprit le cahier dans le tiroir, regarda autour de lui comme pour lui trouver une autre cachette, et finit par le plier en deux dans le sens de la hauteur et par le mettre dans une de ses poches…

On peut espérer que ce grand romancier populaire que fut Michel Lebrun (1930-1996) reste dans les mémoires des amateurs de littérature à suspense. Car les ambiances très vivantes, les portraits parfaitement crédibles et les intrigues impeccables font que les romans de Michel Lebrun appartiennent à l’élite du polar. “Prenez les meilleurs amis du monde. Enfermez-les pendant quinze jours ou un mois dans un lieu clos. Examinez-les à la loupe au bout de ce temps. Ils se sont transformés en ennemis mortels. L’amitié ne résiste pas à la concentration” : c’est l’idée qu’il exploita ici.

En ajoutant un décor savoyard à Noël, un tueur en cavale, un mystérieux Monsieur X fréquentant le bar La Paillotte, et un personnage cynique tel que Boris, l’histoire s’avère rapidement entraînante. Pour les lecteurs actuels, ce sera un voyage dans le temps, à l’époque des Peugeot 403 et DS Citroën, des premières stations de sports d’hiver. Ce qui vaut bien les "polars historiques", non ? Publié en 1960 dans la collection Un Mystère, ce titre fut réédité en 1967 chez Presses de la Cité, en poche Policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 06:39
Joyeux Noël 2016 – et vive le polar !

Noël, c’est le moment idéal pour se faire plaisir. Les lectrices et les lecteurs de polars en profitent certainement pour s’offrir quelques romans, ou pour faire des cadeaux à leurs proches, à leurs amis.

Si l’on ne sait trop quels titres choisir, on peut toujours consulter le TOP 20 des meilleurs polars 2016 d’Action-Suspense.

Que vous fréquentiez ce site ponctuellement ou très souvent, merci de vos visites. Je vous adresse à toutes et à tous un très JOYEUX NOËL !

Les premiers titres de janvier 2017 sont déjà dans les starting-blocks : l’année à venir s’annonce encore riche en excellents polars, qu’on se le dise ! Je ne tarderai donc pas à en chroniquer un maximum ici.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:18

À Montmartre, le commissaire Léon est entouré de Nina Tchitchi, Pinchon et Bornéo, une équipe de policiers inefficaces bien que très actifs. Il vit avec son chien Babelutte dénué de flair et sa mère Ginette, aussi Belge qu’intrusive dans la vie de son fiston. Le QG de Léon, c’est Le Colibri, le bistrot de Jeannot au cœur du quartier. Pour les ébats sexuels, il peut compter sur Lou, moitié serveuse de bar, moitié pute. Le commissaire n’est pas loin d’en tomber amoureux. Il va bientôt devoir s’immiscer chez les Rastignac, la famille bourgeoise de Lou, car de curieux événements s’y produisent. Le soir de l’anniversaire de l’homme d’affaire Arnaud Rastignac, celui-ci et son chauffeur Georges périssent dans un accident.

Pour Léon, cette famille habitant une belle propriété à Chantilly mérite qu’on s’y intéresse. Il y a le patriarche, Lionel, fondateur de l’entreprise qui a fait leur fortune. Aujourd’hui, il est en fauteuil roulant, et le seul à savoir où est caché un lot de pierre précieuses. Vient ensuite Jacqueline Rastignac, l’épouse oisive d’Arnaud. Heureusement qu’elle a Paula, leur employée de maison, pour s’occuper de tout car elle ne brille pas par son intelligence. Le fils aîné et successeur d’Arnaud, c’est Jean-François. Il est marié à Muriel, une gourde, qui lui a donné une fille moche, Violette. Écœuré, son bonheur amoureux, il l’a trouvé ailleurs et autrement, Jean-François. Ensuite, voici Alice, la sœur célibataire, détestant toute sa famille, férue de sorcellerie satanique à base de maléfiques amulettes.

Outre la jeune Louise (Lou), reste Maurice – dit Mômo – le fils attardé mental, protégé autant qu’elle peut par Paula. Quand il ne cherche pas à voir les culottes des filles, Mômo passe son temps avec Zazou, son lapin empaillé qu’il traite comme s’il était vivant. Après l’accident suspect de son père, Lou sent planer une menace autour d’elle. Ça lui donne le cafard et ça l’angoisse fortement. Quand la petite Violette disparaît dans le parc de leur propriété, les Rastignac sont bien obligés de s’adresser à la police. Le commissaire Léon peut imaginer qu’il s’agit d’une simple fugue de la gamine. Au vu des circonstances de la mort d’Arnaud Rastignac et de son chauffeur, ça nécessite quand même une enquête.

À force de jouer avec les amulettes, Alice risque de s’y brûler. Croyant retrouver seule sa fille, Muriel est victime d’une violente agression et hospitalisée dans un état grave. De son côté, Jacqueline Rastignac s’aperçoit que son défunt époux menait une double vie. S’il se rendait souvent en Amérique, ce n’était pas uniquement pour son métier. C’est bientôt sur un meurtre que vont porter les investigations du commissaire Léon. Un indice probant va conduire à l’arrestation de Jacqueline, même si elle n’est sans doute pas coupable. Léon pourrait aussi bien soupçonner Mômo, peut-être pas si débile, ou l’aïeul Lionel. À moins que, dans l’ombre, n’apparaisse l’inquiétante silhouette d’un impitoyable vengeur…

Nadine Monfils : Il neige en enfer (Pocket, 2016)

Il était certes urgent d’éliminer Lou, cette poubelle à sperme qui salissait le nom des Rastignac. Mais il fallait d’abord tenter de sauver son frère. Viendrait ensuite le tour de sa mère, pour laquelle elle n’avait pas plus de considération que pour une plante verte. Le vieux ne serait pas épargné non plus. Ce n’est pas parce qu’il allait à la messe tous les dimanches qu’il était mieux que les autres ! Au contraire. Alice se disait que les bigots ont toujours quelque chose à se faire pardonner. Elle ne croyait pas en Dieu, sinon il aurait créé un monde parfait rempli de gens comme elle. En revanche, elle était persuadée que le Diable était là pour sauver l’humanité, si on prenait la peine de le solliciter dans un but louable, celui de débarrasser le monde de ses zones d’ombre. Quant à Mômo, il n’existait même pas. Celui-là serait le plus facile à éliminer. Elle le garderait pour le dessert.

Si la série des enquêtes du commissaire Léon ne sont pas aussi délirantes que les folles aventures de Mémé Cornemuse, et quelques autres titres bien déjantés de Nadine Monfils, c’est déjà une très bonne initiation à l’univers de cette romancière. Selon les épisodes, ce sont les "bras cassés" de son équipe de policiers, ou l’envahissante Ginette, la mère du commissaire, qui tiennent une grande place dans le récit. Dans “Il neige en enfer”, c’est la famille Rastignac qui est à l’honneur. Grandeur et décadence de la haute-bourgeoisie, pourrait-on dire en les observant. Caricaturaux, ces personnages ? Bien sûr, c’est le but. Néanmoins, on en arriverait presque à penser qu’il en existe de semblables.

La pétillante Nadine Monfils n’ignore pas qu’écrire une comédie policière, ça ne signifie pas seulement faire sourire les lecteurs. Si la fantaisie est indéniable et franchement agréable, l’intrigue n’en est pas moins celle d’un polar. L’accident mortel initial n’est pas le seul acte criminel, d’autres émailleront cette histoire. Malgré son apparent dilettantisme, la rigueur du limier n’étant pas sa qualité principale, comptons sur l’instinct du commissaire Léon ! On ne s’ennuie jamais en lisant les romans de Nadine Monfils.

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