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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 04:55

Écosse, été 1946. Homme mûr, Douglas Brodie vient d'être engagé comme reporter à la Gazette de Glasgow. Policier avant la guerre, il fut sous-officier dans la 51e Division des Highlands. Avec la blonde avocate Samantha Campbell, ils ont besoin de se remettre d'un cas dramatique récent, qui leur a valu quelques mésaventures. Le meurtre spectaculaire d'Alec Morton, élu local chargé des finances, c'est son expérimenté collègue journaliste Wullie McAllister qui va enquêter là-dessus. Les budgets pour la reconstruction de Glasgow doivent attirer toutes sortes de margoulins. La corruption toucherait-elle les élites, ou bien Morton a-t-il voulu y faire obstruction ? Wullie cherchera tous azimuts des infos secrètes.

Douglas Brodie est contacté par un certain "Ismaël", afin que Samantha Campbell défende un ancien soldat de son unité vivant dans la misère, ayant commis un méfait. L'avocate parvient à limiter la peine de prison, mais l'ex-militaire condamné se suicide bientôt. Parmi les faits divers, Douglas note quelques graves agressions ressemblant à des règlements de comptes. Ces actes sont vite revendiqués par Les Marshals de Glasgow, justiciers signant soit en coupant un bout de doigt, soit en laissant une marque infamante sur les victimes. Douglas recense dix-neuf hommes attaqués par ces commandos masqués. Ceux qui sont visés semblent être des coupables trop légèrement sanctionnés par la justice.

Ça donne matière à des articles qui intéressent le public, quelle que soit l'amoralité de ces agressions. Douglas est convaincu que le fameux "Ismaël" est l'organisateur de ces actes. Sans approuver, il admet que l'iniquité des juges peut entraîner de telles réactions. Et ce n'est pas avec l'inspecteur-chef Sangster que la police fera correctement son métier. Le reporter a davantage confiance dans l'honnête sergent Duncan Todd. Glanant çà et là des indices, Douglas essaie de calmer sur le whisky, et de retrouver la forme en pratiquant la natation. Il s'installe dans la grande maison de Samantha, même s'ils ne sont pas prêts à entamer une relation intime. Peut-être menacée par Les Marshals de Glasgow, la mère de Douglas va un temps séjourner avec eux, à l'abri du risque.

Agressé chez lui, en famille, un avocat est hospitalisé dans un état très sérieux. Douglas ne se prive pas de provoquer par ses articles les justiciers autoproclamés. Les extraits de la Bible, cités par les vengeurs violents, ne font que souligner le narcissisme sadique du nommé "Ismaël" et de ses sbires. Quand ils s'introduisent chez l'avocate et Douglas, il est temps de sortir les fusils de chasse Dickson du père de Samantha, qui pourront servir. Les justiciers changent de méthode, appelant désormais la population à dénoncer les salauds. La vague d'agressions qui s'ensuit n'est pas forcément légitime. Quand un homosexuel est tué au Monkey Club, on peut conclure que Les Marshals de Glasgow sont allés trop loin.

Contactant directement le reporter, "Ismaël" prétend qu'ils ne sont pas coupables de ce crime. Il n'empêche que deux autres homos sont assassinés à leur tour. Les recherches de Wullie McAllister, le journaliste chevronné, commencent à porter leurs fruits. Des notables de Glasgow, possiblement concernés par le meurtre de Morton, Douglas ne va pas tarder à en rencontrer lors d'une soirée mondaine. En effet, Samantha Campbell appartient aussi au gotha. Douglas remarque un de ces hauts-responsables : “Entre lui et moi, ce fut la haine au premier regard.” Le reporter devra clarifier ses rapports avec "Ismaël" s'il veut espérer comprendre ce qui se passe actuellement dans cette ville…

Gordon Ferris : Les justiciers de Glasgow (Éd.Seuil, 2016) – Coup de cœur –

Après “La cabane des pendus", première aventure du héros démobilisé Douglas Brodie, retour dans le Glasgow de 1946 pour la deuxième étape d'une tétralogie dédiée à l’Écosse d'après-guerre. Il n'est pas indispensable d'avoir lu le titre précédent, que l'on ne peut que conseiller, désormais disponible en poche chez Points. Gordon Ferris nous plonge directement dans l'ambiance et les lieux de l'époque : c'est donc avec un vrai plaisir que l'on s'installe durablement dans la lecture de cet excellent roman noir.

Bien sûr, l'action criminelle est présente tout au long du récit. Avec tout ce que l'on peut soupçonner de corruption d'un côté : “Venez profiter d'une occasion de tripler votre mise comme il ne s'en présente qu'une fois par siècle ! Les appels d'offre pleuvraient, et leurs heureux bénéficiaires s'enrichiraient au point de faire passer Crésus pour un clochard…” Il est plus que probable que, en Écosse comme dans toute l'Europe, la reconstruction ait occasionné maintes malversations. Certes, ces chantiers ont donné du travail au peuple, mais ont surtout engraissé honteusement de sales combinards.

D'autre part, l'auteur retrace les comportements revanchards, incitations à la délation qui ciblent des gens jugés avec trop de clémence. Avec le risque de sérieux dérapages, trop punitifs selon les cas, ou donnant le prétexte de se venger de personnes innocentes. Dans tous les cas, c'est franchement malsain. Même si, au départ, on s'interroge comme Brodie sur le bien-fondé de ces actes, on réalise bientôt leurs excès. Y compris sous couvert de citations bibliques, la haine n'amène que la haine… C'est ici tout un contexte, décrit avec une belle souplesse narrative, qui rend fascinante cette sombre histoire.

Une chanson évoquée dans ce roman, de l'immense artiste Peggy Lee.

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 05:30
Le Prix du Goéland Masqué 2016 à Penmarc’h est décerné à…

Présidé par Jean-Bernard Pouy, le jury de l'association Le Goéland Masqué (Penmarc’h, Finistère) a décerné son Prix Littéraire 2016, distinguant un premier roman dans le genre noir ou policier, à "Poulets grillés" de Sophie Hénaff, publié aux Éditions Albin Michel. La remise officielle du Prix, doté de 1000€, a lieu traditionnellement le jour de l’inauguration du festival, cette année le samedi 14 mai.

Pour connaître la liste des invités et les multiples animations de ce festival du polar, durant le week-end de Pentecôte, il suffit de consulter le site du Goéland Masqué (cliquez ci-dessous) :

Ma chronique sur "Poulets grillés" de Sophie Hénaff :

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 04:55

Mathias Croguennec est policier à Sète. Culpabilisant à cause du décès accidentel de son épouse et de sa fille de huit ans, il s'alcoolise et reste dépressif. Quand la prostituée Cindy est retrouvée morte sur une route du côté de Montpellier, elle a sûrement été massacrée par les sbires de son proxénète, Antal. Mathias connaissait bien la jeune Hongroise, seule prostituée qu'il ait fréquentée, à laquelle il s'était confié. Le cadavre a été découvert non loin du Pic Saint-Loup, dans l'Hérault. Le policier ne peut que faire le rapprochement avec une autre Hongroise habitant dans le même secteur, Elizabeth de Monferrand. Celle-ci a acheté et rénové depuis quelques années un château en ruines, et développé le domaine viticole attenant, avec succès. Son vin a été multi-récompensé à Paris, donnant à la région une belle image commerciale appréciée de la Chambre de Commerce.

Diverses rumeurs malveillantes circulent au sujet d'Elizabeth de Monferrand. Élevant sa petite-fille, la fragile gamine Zsophia, elle est entourée d'une poignée de jeunes femmes originaires de l'Est, comme elle. Si chacun devine sa force de caractère, on ignore d'où vient la fortune qui lui permit d'acquérir et de rentabiliser sa propriété. On ne peut exclure que cette personne sans âge pratique le saphisme. Elle semblait proche de Cindy, gardant un œil sur ces prostituées Roms hongroises. Elle connaît aussi Mirouna, mais celle-ci est assassinée à son tour. Mathias Croguennec se demande s'il existe réellement un lien entre la châtelaine et la comtesse Elizabeth Báthory, la célèbre criminelle ayant perpétré ses forfaits en Transylvanie autour des années 1600. Une photo datant de 1956 intrigue le policier, car la femme y figurant paraît être la future Elizabeth de Monferrand.

Une photo intime de Mathias et Cindy circule bientôt, et d'autres indices accablants placés chez lui, obligent le policier à prendre la fuite. Il maintient un contact avec son collègue homo Fournier, qui l'a prévenu assez tôt. Après une nuit chez le gitan Martinez, Mathias se cache dans un squat artistique des environs, auprès de son amie Sophie. S'il doit trouver des réponses, ce sera en Hongrie. Il embarque dans un car en direction de Budapest, via l'Italie et la Serbie, en compagnie de Sophie. Dans l'Hérault, Elizabeth de Monferrand n'est pas inactive pendant ce temps. L'opération commando contre le camp de Roms, où Antal disposait d'un QG, est un fiasco. Pourtant, elle finit par capturer un précieux otage. C'est à Cegléd, d'où vient la famille Báthory, que Mathias et Sophie obtiennent quelques éléments historiques. Contrer la toute-puissance de la châtelaine Elizabeth, si bien armée, est-ce vraiment possible pour un enquêteur comme Mathias ?…

Waldeck Moreau : Cavale hongroise (Éd.Lajouanie, 2016)

Cette intrigue policière comporte plusieurs belles originalités. Sans doute faut-il signaler qu'elle se déroule début 2012, époque des attentats commis par Mohammed Merah. Pas de lien direct avec le sujet traité, si ce n'est l'ambiance délétère qui en résulta. En France et ailleurs en Europe : en Hongrie, la milice paramilitaire d'extrême-droite Jobbik fit des démonstrations de force. Ces nazillons visaient les Tziganes, tandis que se cultivait dans l'Hexagone le sentiment anti-Roms. Le climat de cette période offre une "toile de fond" crédibilisant le récit. Le portrait du policier Mathias Croguennec s'avère peut-être un peu chargé, mais ça correspond à une certaine tradition du noir polar. Et puis, quand on est soi-même traqué, on n'a d'autre choix que de "mouiller la chemise" pour rétablir la vérité. Ce qui ajoute évidemment du piment à un suspense.

Le véritable personnage central, c'est Elizabeth de Monferrand. Elle porte en elle toute une partie de l'Histoire des anciens pays de l'Est. Le temps du communisme, de l'insurrection de Budapest à l'automne 1956, du régime autoritaire de János Kádár qui s'ensuivit. Des circonstances où certains prennent, par rivalité ou par prudence, l'habitude de ficher leurs contemporains. Mais ne faut-il pas remonter bien plus loin dans les siècles ? Jusqu'à la comtesse Erzsébet Báthory, figurant en bonne place au Panthéon des grandes criminelles ? “Nos ancêtres ont toujours inspiré de la terreur, et si je suis là c'est parce que ceux qui m'entourent me craignent” confiera la châtelaine languedocienne après cette affaire. Entre le mystère actuel entraînant maintes péripéties, et l'évocation d'un sombre passé, l'auteur réussit une alchimie fort convaincante, ce qui rend excitant ce roman mouvementé.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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3 avril 2016 7 03 /04 /avril /2016 04:55

En 1931, Dashiell Hammett est âgé de trente-sept ans. Il est au sommet de sa gloire : son troisième roman “Le faucon maltais” a connu un triomphe, et son nouveau titre “La clé de verre” rencontrera aussi cette année-là un gros succès. Installé à Hollywood, il est scénariste pour la Paramount. C'est alors que naît le projet d'une anthologie de nouvelles horrifiques, sélectionnées et préfacées par Dashiell Hammett. À l'origine, le recueil compte vingt textes, mais la plupart des éditions ne présentent que les dix nouvelles réunies ici. Dans la préface, Hammett met l'accent sur l'exigence stylistique, sur l'efficacité des textes destinés à faire frémir le lecteur. Plutôt que de l'effrayer, l'auteur doit le surprendre tout en restant dans un certain réalisme. Ce que réussissent à faire ces dix nouvelles.

Le texte de John Collier “Pensées botaniques” illustre parfaitement l'étrangeté de ce genre de nouvelles. À Torquay, dans le sud de l'Angleterre, M.Mannering est un passionné des orchidées. Alors qu'il vient de recevoir une nouvelle plante, plus insolite que d'autres de ses orchidées, il se produit de curieuses disparitions autour de lui. Que sont devenus sa sœur Jane et le chat de celle-ci ? Il aurait préféré que ce soit son neveu, une fripouille de la pire espèce prompt à dilapider l'argent, qui disparaisse. M.Mannering va être le témoin impuissant de la suite de l'histoire. “La maison” du court texte d'André Maurois, cette jeune femme l'a souvent vue dans ses rêves. Elle la cherche, et finit par la découvrir, dans une vallée voisine de L'Isle-Adam.

Dans “Mise à mort” de Peter Fleming, le neveu d'un aristocratique châtelain raconte à son interlocuteur de hasard les mésaventures de son oncle. Lord Fleer ne voit guère l'utilité de se conformer aux règles de vie de ses contemporains. Rester à l'écart du monde ne l'a jamais dérangé. Malgré tout, il a recueilli une grosse réfugiée belge pas causante et assez désagréable, qui sera son héritière. Un peu décevant pour son neveu, qui devait bénéficier de ses biens. Il s'en accommode d'autant mieux qu'un danger plane autour de son oncle. La mort de quelques brebis n'est que le préambule à d'autres drames. Dans “L'araignée” de l'auteur allemand Hanns Heinz Ewers, une série de suicides mystérieux s'est produite dans un hôtel parisien : la chambre n°7 semble maudite, au point que tous les clients ont déserté l'établissement. L'étudiant en médecine Richard Bracquemont convainc le policier qui enquête sur l'affaire qu'il trouvera l'explication. À condition, sans doute, de ne pas se laisser distraire par Clarimonde, la jolie voisine de l'immeuble d'en face.

Dashiell Hammett : Terreur dans la nuit (Fleuve Éditions, 2016)

Dans “Au bord du gouffre” de L.A.G.Strong, Maurice doit passer l'après-midi à Londres avec son épouse Muriel. Mais il a élaboré un plan machiavélique pour supprimer Vera, sa maîtresse. Une suite d'alibis millimétrés, calculés au plus juste. Peut-être fait-il trop fonctionner son cerveau, d'ailleurs. “La vengeance de la sorcière” de W.B.Seaborne a pour décor la Provence, aux Baux. Quand le jeune et cartésien Philippe est victime d'une insolation, il se refuse à croire au surnaturel. Pourtant, la mère Tirelou est bien intervenue pour qu'il cesse de courtiser sa petite-fille Maguelonne. Les entrailles de la demeure de la vieille sorcière cachent de maléfiques secrets.

Dans “Foi, espoir et charité” d'Irvin S.Cobb, trois criminels européens ont été transférés par le train vers la côte Est des États-Unis, en vue de leur extradition. Redoutant les châtiments prévus par la justice de leurs pays respectifs, ce Français, cet Italien et cet Espagnol se sont évadés du train. Ils ne manquent pas d'ingéniosité, mais n'échapperont pas à leur destin, chacun à son tour. “La musique d'Erich Zann” de H.P.Lovecraft met en scène un étudiant, qui fut intrigué par son voisin d'immeuble, un pitoyable vieux violoniste. Les mélodies cacophoniques qu'il tirait de son instrument, étaient-elles diaboliques, ou s'agissait-il d'un compositeur de génie ? Une expérience et une adresse, rue d'Auseil, que l'étudiant ferait bien d'oublier.

Dans “Le roi des chats” de Stephen Vincent Benét, le chef d'orchestre Tibault – qui donne une série de concerts aux États-Unis – apparaît étrange à Tommy Brooks. Le charisme et le talent de Tibault fascinent, entre autres, une princesse que convoite Tommy. Beaucoup s'interrogent sur l'appendice caudal du chef d'orchestre. Un dîner mondain avec Tibault, chez la tante de Tommy, apportera-t-il des éclaircissements ? Dans Au-delà de la portede Paul Sauter, le neveu du défunt Godfrey Sarston veut connaître les secrets de la maison inquiétante de son oncle. Avec son dédale de passages secrets et ses insectes punaisés au mur, la demeure effraya la fiancée de Sarston, au point qu'elle le quitta. Les carnets intimes de son oncle permettront au neveu d'amener la police dans les espaces les plus secrets de cette maison.

Ce recueil de nouvelles, présenté par Natalie Beunat, restait inédit en traduction française. Des textes remarquables qui, à juste titre, séduisirent Dashiell Hammett. Et que les lecteurs captivés apprécieront, soit en souriant, soit avec un frisson de plaisir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2016
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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 04:55
Palmarès de la douzième édition de Quais du Polar 

À Lyon, en ce premier week-end d'avril 2016, c'est la douzième édition du festival Quais du Polar. Voici les livres récompensés par les prix littéraires cette année :

 

Prix des Lecteurs Quais du Polar/20 Minutes : Colin Niel, "Obia" (Éd.du Rouergue, coll.Rouergue Noir)

Prix Jeunesse Quais du Polar / Ville de Lyon : Jean-Christophe Tixier, "Dix minutes à perdre" (Éd.Syros)

Prix Polar en Séries : Jérémy Fel, "Les loups à leur porte" (Éd.Rivages)

Prix Le Point du Polar européen : Olivier Norek , "Surtensions" (Éd.Michel Lafon)

Prix BD Polar Expérience/Le Petit Bulletin : Julie Rocheleau et Olivier Bocquet, "La colère de Fantômas" (3 tomes - Éd.Dargaud)

Prix 12-21 de la Meilleure nouvelle : "Pour quelques cartons de plus", de Pierre Pirotton.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 04:55

Dans la région lilloise, la policière Anouk Furhman traque le tueur en série Boily, meurtrier de jeunes filles. Sur les rives de la Deûle, elle repère la péniche où se cache le suspect. C'est alors que des inconnus interviennent, la prennent pour cible, et enlèvent Boily. L'ex-enquêteur Léo Matis, qui a suivi le dossier et fourni des indices à Anouk Furhman, arrive trop tard à la rescousse. Gravement blessée, la policière est hospitalisée, mais reste dans le coma. Rentrant chez lui à Bruxelles, culpabilisant toujours, Matis est agressé à son tour. Quand il retrouve son ami le procureur Dudzinski, celui-ci a eu le temps de se renseigner au sujet d'une vieille photo glissée dans la boîte aux lettres d'Anouk. Sur ce cliché remontant à mai 1968, apparaît un espion russe de la grande époque. Ça peut signifier que ceux qui ont visé Anouk et kidnappé le nommé Boily seraient aussi des Russes.

Être séquestré, maltraité, torturé, dans une étrange prison, aucune chance de comprendre ce qui se passe pour le kidnappé. Le traitement est épuisant pour lui, même lorsqu'il s'agit d'interrogatoires sans échange de paroles. Le conditionnement mis en place par le Colonel se base sur la totale désorientation des captifs. Car il y en a deux autres, moins réceptifs que Boily. Pas aussi intelligents, peut-être. Le Colonel est assisté d'un psy, auquel le tueur de jeunes filles confesse finalement ses élans criminels. Le but est de transformer leur prisonnier. Le rendre meilleur ? Oui, mais afin de servir leur cause, celle du commanditaire de l'opération, l'ancien oligarque du temps de l'URSS, Amovitch. La mission-test dont il doit arriver au bout montre quel baroudeur sanguinaire est maintenant Boily. Fiable, mais en ayant conservé ses pulsions sexuelles destructrices. Ce qui ne gêne pas les Russes.

Léo Matis a connu un passage à vide, auquel il a fallu remédier. Quelques semaines plus tard, avec le procureur, ils rencontrent l'agent américain Steve Beaufort. Il ne s'étend pas sur les intérêts qu'il défend officieusement, mais lui aussi veut retrouver Boily. Il livre aux deux Européens le secret de la photo de 1968. Qui concerne Pierre Furhman, père d'Anouk, qui était alors ingénieur à l'Office National d’Études et de Recherches Aérospatiales. Il avait ses raisons de collaborer avec son contact russe, Sergei Fabiew… La présence de Boily à New York est bientôt confirmée, car il s'en est pris à une jeune femme. Se méfiant de Steve Beaufort, Léo Matis se rend aux États-Unis. Logeant dans un hôtel de luxe à Brighton Beach, la cible de Léo Matis utilise sa véritable identité. C'est probablement le Colonel et ses sbires qu'il devra réellement affronter…

Jean-Marc Demetz : Chrysalide (Abysses Éditions, 2016)

L'étiquette "thriller" est bien pratique. Par exemple, on peut l'appliquer dès qu'un roman d'enquête, aussi ordinaire soit-il, devient un peu glauque ou que le héros dérape vers le sanglant. Fervent de polars, Jean-Marc Demetz est bien plus subtil que ça. En effet, l'histoire débute par des investigations assez traditionnelles, qui secouent déjà beaucoup. Pourtant, c'est bien dans un authentique roman d'aventures qu'il vient de nous faire pénétrer. À l'origine, une des plus énormes affaires d'espionnage de la Guerre Froide. Qui ne remonte pas si loin dans le temps, moins de cinquante ans, si l'on y réfléchit. Quant à l'évolution de la Russie et à ses méthodes, ne subsiste-t-il pas des séquelles du passé ? Il existe tant de façons de lobotomiser des gens.

Si l'auteur n'est pas avare de détails sur les faits, il cultive malgré tout un climat fort mystérieux autant qu'un tempo idéalement rythmé. À travers le monde, nous suivons fiévreusement les protagonistes, le tueur conditionné et l'intrépide enquêteur. Un suspense nerveux à souhaits !

Les chroniques de Pierre Faverolle et de l'Oncle Paul sur ce roman :

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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31 mars 2016 4 31 /03 /mars /2016 04:55

Gravesend est un quartier de New York situé au sud de Brooklyn. Âgé de vingt-neuf ans, Conway y habite avec son père Frank d'Innocenzio, surnommé Pop. Ce septuagénaire fut autrefois mécanicien automobile. Son autre fils, Duncan, est mort seize ans plus tôt. Ray Boy Calabrese et ses complices, qui le traquaient, furent responsables de ce décès. Ayant appris que Ray Boy est sorti depuis peu de prison, Conway se promet de venger son frère.

Sans doute devrait-il mieux s'y préparer, avec l'aide de son ami McKenna, mais il sait à peine se servir d'un flingue. Quand il obtient (grâce à un détective) l'adresse où se cache Ray Boy, Conway s'y rend pour tuer le meurtrier de Duncan. L'ex-taulard ne se rebiffe pas face à la menace, ni quand Conway le ramène dans leur quartier. Supprimer de sang froid un homme repentant et docile, admettant son sort, finalement pas si facile !

Alessandra Biagini fut la plus jolie fille du temps de leur scolarité. Après avoir tenté sa chance dans le cinéma à Los Angeles, elle est de retour à Gravesend, auprès de son père veuf. Elle croise Conway, qui fut platoniquement amoureux d'elle. C'était plutôt Ray Boy qui la faisaient fantasmer au temps de leur adolescence. Et peut-être encore aujourd'hui. Alessandra renoue avec sa copine Stephanie Dirello.

Certes, c'est une ringarde qui vit sous la coupe de sa mère foldingue, qui n'a jamais plu aux garçons, mais elle a un cœur d'or. Le QG des deux amies, ce sera le bar The Wrong Number, où l'un des complices de Ray Boy est barman. Stephanie se met à consommer de l'alcool, comme sa copine délurée. Si Alessandra a une petite chance d'y revoir Ray Boy, ce ne sera de toutes façons plus du tout le même que seize ans plus tôt.

Dans la famille de Ray Boy, il y a ses parents Tony et Jean, ses sœurs Elaine et Doreen. Le fils de cette dernière est un ado de quatorze ans, Eugene. Boiteux et rebelle, il considère son oncle Ray Boy comme un héros. Il déteste son quotidien banal et sa vie de lycéen. Il finit par provoquer un de ses professeurs. Le proviseur et sa mère Doreen n'ont aucun moyen de le raisonner. Son copain Sweat ne le contrariera pas non plus.

Alors qu'Eugene fait l'école buissonnière, il entre en contact avec le gang de M.Natale. Se mettre au service des mafiosi, Eugene y voit une façon d'entrer dans le banditisme. Ces gens-là sont plus dangereux qu'il ne l'imagine. Pendant ce temps, il cultive des idées de vengeance contre les d'Innocenzo, qui ont causé le long séjour de son oncle en prison.

Quand le père de Conway décède brusquement de mort naturelle, son fils ne tient à attirer l'attention sur lui, tant qu'il n'est pas allé au bout de sa mission. Il passe une soirée avec Stephanie, qui a tellement besoin d'amour. Si elle est quelque peu pitoyable, Conway s'avoue que lui non plus n'est rien d'autre qu'un minable : “Pas d'espoir et pas de couilles, en voilà une combinaison pourrie”…

William Boyle : Gravesend (Rivages/Noir n°1000, 2016) – Inédit –

Il y a trente ans, Édouard de Andreis (directeur des éditions Rivages) demanda à François Guérif de créer une collection de littérature policière. Ayant débuté avec les collections Red Label, Fayard Noir et Engrenage International (chez Fleuve Noir), Guérif n'était pas un néophyte. “Je voulais Jim Thompson, d'abord. Là encore c'était une déclaration d'intention […] Ensuite, Charles Williams qui a toujours fait partie de mes auteurs préférés” explique-t-il à Philippe Blanchet dans son livre "Du polar". Joseph Hansen, dont l'éditeur possédait les droits, et Jonathan Latimer complètent la sélection initiale. Le sixième auteur sera Tony Hillerman, futur pilier de la collection. Rivages/Noir a un peu de mal à s'installer quand, en 1987-88, arrive un certain James Ellroy. Le tirage important de son premier titre permet de se relancer, et le succès restera ensuite au rendez-vous.

Rivages/Noir existe depuis trente ans, et publie son n°1000. Il fallait de l'inédit pour cette étape symbolique. Un roman dans l'esprit de Robert Bloch, de Jim Thompson, de Dashiell Hammett, ces écrivains que vénère François Guérif ? Des valeurs sûres telles que James Lee Burke, Dennis Lehane, John Harvey, ou un bon vieux Donald Westlake ? Au final, c'est le jeune auteur William Boyle qui est choisi, avec “Gravesend”. Parce que son histoire se passe aux États-Unis, et plus précisément dans un quartier new-yorkais méconnu ? Sans doute, oui. Toutefois, ce serait un critère nettement insuffisant pour devenir le n°1000.

L'intrigue se base sur des projets de vengeance. Éternel thème des polars, qu'il s'agit de traiter de la meilleure manière qui soit, si l'on vise une part d'originalité. Pour ce faire, ce roman réunit les deux atouts majeurs du roman noir de tradition : les personnages forts et l'ambiance dans son contexte social. Nous ne sommes pas dans un quartier déshérité, au cœur d'un sordide ghetto : Gravesend a changé depuis l'adolescence de la plupart des protagonistes, mais reste vivable. On peut y fréquenter de bons établissements scolaires, y faire la fête dans des bars corrects, y habiter en famille dans des maisons entretenues. On croise également des mafieux dans ce quartier, mais pas plus qu'ailleurs dans cette métropole. Pourtant, les héros de ce récit n'ont jamais oublié l'épisode douloureux vécu seize ans plus tôt. Telle une cassure, un gouffre qui risque de se rouvrir sous leurs pieds si le drame trouvait de nouveaux développements.

L'auteur ne cherche pas à les rendre plus "positifs" que nécessaire. Par contre, il leur offre une tonalité émouvante. Il émane d'eux une sincérité désespérée. Voyez Alessandra, qui n'abandonne pas ses rêves de gloire. Voyez la pauvre Stephanie, toujours ado dans sa tête. Voyez McKenna, qui a raté son mariage et sa carrière de flic. Voyez Conway, qui n'a rien d'un vengeur. Voyez Ray Boy, dont la vie est déjà terminée. Voyez le jeune Eugene, à l'avenir si incertain. Flânant dans ces décors oubliés loin du centre-ville, tous ont l'esprit tourmenté et le cœur assombri. Une ombre de mort plane au-dessus d'eux, on le ressent ; celle du défunt Duncan, probablement. Comment dépasser cette étape de leur morne vie, si c'est encore possible ? Un roman noir envoûtant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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30 mars 2016 3 30 /03 /mars /2016 04:55

En cette fin mars 2016, voici deux excellentes comédies policières dont il a déjà été question chez Action-Suspense. La deuxième enquête d'un gamin futé d'Istambul qui joue au détective, ou un petit groupe de flics sur la touche, deux aventures très différentes, mais de trépidantes intrigues.

 

Alper Canigüz : Une fleur en enfer

Bien qu'âgé de cinq ans seulement, Alper Kamu figure parmi les plus insolites d'entre les habitants d'Istambul. Déjà autodidacte, il est dispensé d'école maternelle. Il écrit et il lit couramment, des romans et des ouvrages savants. Ses parents ont engagé une baby-sitter, Hatice Abla, ne manquant pas de charme aux yeux du gamin. Âgée de seize ans, elle vient d'un lointain village. Malgré sa présence, Alper continue à passer du temps dans la rue. En particulier avec ses amis de l'immeuble Güzelyayla, quelque peu plus vieux que lui. Il ne craint plus trop d'y croiser Gazanfer, son ennemi juré, qui séjourne en prison. Alper y fait la connaissance d'Ümit, douze ans, qui habite là avec sa famille depuis peu.

Ümit ne respire guère la joie de vivre, car Alper comprend que c'est parce que “toute sa famille ressemblait à un paratonnerre de malheurs”. Il y a sa mère, souffrant de tachycardie, perpétuellement en train de geindre sur ses maux. Et puis ses deux sœurs aînées, Dilek et Safinaz, qui n'affichent pas leurs sentiments. Seul Yusuf, le jeune oncle d'Ümit, apparaît sympa. Colombophile amateur, il a placé un pigeonnier sur le toit de l'immeuble Güzelyayla, essayant d'entraîner un couple de pigeons, Héra et Zeus. Une réussite relative. Il y a encore l'oncle Abdullah, vague parrain de toute la famille. Et aussi, il y avait Mehmet, le frère handicapé d'Ümit. Ce dernier l'a étouffé mortellement, acte qu'il reconnaît et qui lui vaudra, pour le moins, un suivi social.

Dans le même temps, les parents d'Alper sont également confrontés au décès de l'oncle Nebi. Celui-ci vivait pauvrement, ayant rompu quelques années plus tôt avec son épouse, la tante Feriha. Elle n'a pas bonne réputation auprès de la mère et du père d'Alper. En guise d'héritage, Alper récupère la série complète des romans Pardailhan et un lot de photos ayant appartenu à l'oncle Nebi. Sur une d'elles, une certaine Adalet, qui semble bien avoir été "la femme de sa vie" du défunt oncle. Alper imagine qu'il existe un petit mystère, puisque c'est Feriha que Nebi épousa. Il y a donc une énigme la concernant. Bien que la version d'Ümit soit claire, Alper ne croit pas que son ami ait tué son frère. Il faut des preuves pour convaincre Onur Çalışkan, le commissaire de police adjoint, qui a de l'estime envers l'art déductif d'Alper…

Après “L'assassinat d'Hicabi Bey”, c'est avec un franc plaisir que l'on retrouve le petit Alper Kamu pour une deuxième aventure. S'il n'a que cinq ans, il est diablement débrouillard, le bougre ! Doté de belles capacités intellectuelles, Alper reste un émule de Sherlock Holmes et autres détectives prestigieux. S'il suit les évènements et observe son univers citadin, s'il interroge plus ou moins habilement les protagonistes, des réponses ne lui seront données que tardivement. La vie du quartier ne se résume pas à des énigmes, il a aussi une "vie sociale". C'est avec beaucoup d'humour qu'est racontée cette délicieuse nouvelle enquête d'Alper Kamu.

Chez Le Livre de Poche : Alper Canigüz et Sophie Hénaff

Sophie Hénaff : Poulets grillés

Anne Capestan, trente-sept ans, est commissaire de police. Six mois après qu'une bavure l'ait mise sur la touche, la voici réintégrée. Pas de quoi se réjouir, toutefois : c'est d'une brigade de placardisés dont elle hérite, des recalés d'autres services. Leur mission consistera à réétudier des affaires non résolues. Ils vont disposer d'un ancien appartement rue des Innocents, en guise de bureaux. Capestan y est rejointe par José Torrez, un flic qui porte la poisse ; Lebreton, homo veuf depuis peu, venu de l'IGS où il enquêta sur la bavure de la commissaire ; Eva Rosière, flic s'étant enrichie en écrivant des polars et des scénarios de téléfilms ; Merlot, vieux policier alcoolique ; et le caractériel Orsini, qui joue un trouble jeu avec les médias. Une fine équipe.

Deux vieilles affaires attirent l'attention du groupe. La première sera confiée à Rosière et Lebreton. Il y a près de vingt ans, le marin Yann Guénan fut retrouvé dans la Seine, après avoir été exécuté. Fait majeur dans sa vie, lors du naufrage d'un navire à passagers, il put sauver des gens. Plus tard, il considéra Jallateau, constructeur du bateau, comme le grand responsable, élaborant un lourd dossier contre lui. Depuis, ce Jallateau s'est installé aux Sables d'Olonne, où il s'occupe de bateaux de plaisance. Le duo d'enquêteurs se déplacera jusqu'à lui, ce qui est assez confortable dans la Lexus d'Eva Rosière. Il existe une sorte de carnet de bord tenu par Yann Guénan, mais il faudrait que sa veuve Maëlle le leur confie.

Outre le cas bientôt résolu d'un jeune dealer fils de ministre, la deuxième grosse affaire concerne le meurtre d'une dame âgée, sept ans plus tôt. La commissaire Capestan et le flic poissard Torrez s'en chargent. Ancienne institutrice habitant Issy-les-Moulineaux, Marie Sauzelle était encore fort active. Cambriolage ? Des détails ne concordent pas. La maison n'a été ni vendue, ni entretenue depuis le décès. Tout juste est-elle surveillée par un des voisins, Serge Naulin, qui n'inspire guère confiance aux deux policiers. Un déplacement à Marsac, dans la Creuse, est nécessaire pour interroger le frère de Marie Sauzelle. Le groupe s'est légèrement étoffé, avec la blonde lieutenant Evrard, un expert en informatique et un brigadier. Anne Capestan doit remotiver son équipe…

Délicieuse comédie policière. L'auteure nous présente un groupe de flics déclassés. Elle parvient à éviter habilement un écueil courant, le risque de ne pas distinguer les personnages. Ici, chacun possède assez de singularité pour être remarquable. On voit qu'il ne s'agit pas de tocards, mais de flics s'étant marginalisés au sein de la police. Beaucoup de remue-ménage en perspective, donc. Et l'aspect enquêtes criminelles, alors ? Que l'on se rassure, notre petit groupe est là pour résoudre des énigmes obscurcies par le temps, mais pas si impossibles à comprendre pour eux. Suspense, humour, péripéties agitées, polar divertissant : tous les atouts sont réunis pour plaire aux lecteurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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