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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 04:55
Penmarc'h du 13 au 16 mai 2016, festival Le Goéland Masqué

Du 13 au 16 mai 2016, le festival du Goéland Masqué rassemble à Penmarc'h l'élite du polar et du roman noir. De nombreuses animations sont au programme, comme chaque année, de Quimper à Saint-Guénolé. Du samedi au lundi, lectrices et lecteurs ont rendez-vous avec de prestigieux auteurs, salle Cap Caval à Penmarc'h.

Les auteurs internationaux : Nadine MONFILS (Belgique), José Luis MUNOZ, Carlos SALEM, José Carlos SOMOZA, Carlos ZANON (Espagne), Eric MILES WILLIAMSON (États-Unis), Naïri NAHAPETIAN (Iran), Francesco de FILIPPO (Italie), Leye ADENLE (Nigeria), Parker BILAL (Angleterre-Soudan)

Les auteurs français : Elena PIACENTINI (Corse), Danielle THIERY, Maryse RIVIERE (Prix du Goéland Masqué – 2009), Françoise LE MER, Karen GUILLOREL, Yvon COQUIL (Prix du Goéland Masqué – 2008), Gérard ALLE (Prix du Goéland Masqué – 2002), Pierre BELSOEUR, Christian BLANCHARD, Stéphane BOURGOIN, Hugo BUAN, Dominique DELAHAYE, Gilles DEL PAPPAS, Rémi DEVALLIERE, Sergueï DOUNOVETZ, Jean-Jacques EGRON, Michel EMBARECK, Jean FAILLER (dimanche), Paul FOURNEL, Hervé HUGUEN, Firmin LE BOURHIS, Stéphane JAFFREZIC, Bernard LARHANT, Marin LEDUN, Hervé LE TELLIER, Jean-Luc MANET, Claude MESPLEDE, Jean-Bernard POUY, Patrick RAYNAL, Denis SOULA, François THOMAZEAU, Marc VILLARD.

Les auteurs jeunesse : Claudine AUBRUN, Margot BRUYERE, Patrice MANIC, Ingrid THOBOIS.

Les auteurs en langue bretonne : Yann BIJER, Annie COZ, Pierre Emmanuel MARAIS, Bernez TANGI.

Les auteurs de BD : BRIAC, Jean-Christophe CHAUZY, Germain BOUDIER, Julien LAMANDA.

La Revue Dessinée : Arnaud LE GOUEFFLEC (scénariste), Catherine LE GALL (scénariste), Benjamin ADAM (dessinateur et scénariste), RICA (dessinateur), Sylvain RICARD (scénariste).

Les invités : Hervé DELOUCHE (revue 813), Ida MESPLEDE (Polars sur Garonne), La bibliothèque sonore de Quimper.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 05:01

Début des années 1950. Comme tant d'autres jeunes femmes, Penny Smith a été attirée par Hollywood. Dans ce décor clinquant, elle a tenté sa chance comme actrice. Elle a fini par se reconvertir en tant que maquilleuse chez Republic Pictures, une maison de production plutôt modeste. Penny a été la maîtresse de Monsieur D., un ponte dans le milieu cinématographique. Marié, père de six enfants, il l'a finalement larguée sur un coup de téléphone. Certes, il lui a offert un chèque de rupture, plus de sept cent dollars. Mais il est probable que ce goujat demande à sa banque d'y faire opposition. Si Penny n'ignore pas être sur une mauvaise pente, elle prétend conserver le moral. D'autant qu'elle vient de trouver le logement qui lui correspond.

Mme Stahl loue des bungalows autour d'une cour, à Canyon Arms, tout près des lettres géantes Hollywood. Un endroit calme et silencieux, parfumé par les abricotiers, à l'abri de la fureur de cette agglomération. Penny lie bientôt connaissance avec ses voisins, M.Flant et Benny. Un duo de grands buveurs, qu'elle accompagne dans leurs libations. Ils révèlent à la jeune femme que son bungalow n°4 fut le théâtre d'un suicide, douze ans plus tôt. Larry, libraire âgé de trente-cinq ans, bon vendeur qui fréquentait même les studios de cinéma, y mit fin à ses jours. Quand ils évoquent un suicide au gaz, Penny ne réalise pas immédiatement le mode opératoire choisi par Larry. Les livres restés après lui dans le bungalow n°4 ne suffiront pas à apaiser les cauchemars de Penny.

La nuit, elle a des visions, croit entendre de petits bruits répétitifs et agaçants. “Pendant quelques instants, les taches de lumière se brouillèrent et flottèrent, comme liées par un fil ténu. Puis elles se mirent à ressembler aux souris furtives qui, parfois, se faufilaient dans la maison de son enfance… Si elle plissait les yeux très fort, ils ressemblaient même à des petits hommes. Était-ce des souris sur leurs pattes arrière ?” Selon la logeuse qu'elle interroge, il n'y a rien de malsain dans ce bungalow rénové après l'affaire Larry.

Sa situation vis-à-vis de Monsieur D. et ses conséquences perturbent Penny. En discutant avec ses voisins, elle s'interroge : Mme Stahl n'est-elle pas suspecte, elle qui surveille de si près ce bungalow n°4 ? Ne fut-elle pas l'amante criminelle du beau libraire ? Ne laissa-t-il pas un message en guise de dédicace, dénonçant Mme Stahl ? Quand Penny contacte un inspecteur de police, ce dernier consulte le dossier concernant le décès. Les arguments de la jeune femme pèsent peu face aux faits. Il est vrai que, à cause du gaz ou non, le climat dans le bungalow est entêtant. Sans oublier l'ombre de ces petits hommes qui s'agitent chaque nuit devant ses yeux…

Megan Abbott : Les ombres de Canyon Arms (Ombres Noires, 2016)

Le talent de Megan Abbott n'est plus à démontrer, même lorsqu'il s'agit d'une novella telle que ce texte. Cette auteure a souvent exprimé sa fascination pour l'Âge d'or du cinéma américain, pour ces années 1930 à 1950 qui ont servi de décor à plusieurs de ses romans. Elle le confirme ici, dans l'interview qui suit cette nouvelle. Le format court n'empêche pas d'imaginer l'époque, ce monde du cinéma si cruel pour les apprenties comédiennes, si décevant y compris pour les plus obstinées. D'ailleurs, Megan Abbott déclare chercher, comme son modèle Raymond Chandler, à exprimer “la beauté et la noirceur d'Hollywood”.

Son héroïne Penny est une jeune femme vulnérable, déjà quelque peu désabusée suite à tout ce qu'elle a vécu dans cet univers. Être rejetée – et refoulée – par son amant, c'est le "coup de grâce", à l'heure où elle débarque dans ce bungalow particulier. Dépression et hallucinations vont encore compliquer sa vie fragilisée. Ne pensons pas pour autant que la narration soit morbide : elle s'avère limpide et juste, amenant quelques sourires. On aime les subtils romans de Megan Abbott : plus courte, cette novella propose une autre belle facette de cette auteure majeure.

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 04:55

Nick Corey est le débonnaire shérif de Pottsville, une bourgade rurale, en ce début de 20e siècle. Il habite un logement au dessus du tribunal, avec son épouse Myra et le frère de celle-ci, un demeuré prénommé Lennie. Sa femme étant plutôt vindicative, les disputes sont fréquentes entre Myra et Nick Corey. Il faut dire qu'elle l'a naguère piégé afin qu'ils se marient, peu après leur rencontre lors d'une fête foraine. Pacifique par nature, Nick ne cherche qu'à apaiser les récriminations de Myra. Il n'y a qu'avec son amie Rose Hauck que Myra se montre gentille. Rose est flanquée d'un mari agressif, Tom, qui ne l'aide guère dans leur ferme. Jusqu'ici, Nick a réussi à cacher la liaison sexuelle qu'il entretient avec Rose. Malgré le vocabulaire vulgaire de son amante, Nick apprécie sa disponibilité.

L'élection du prochain shérif est pour bientôt. Sam Gaddis paraît nettement en tête, pour remplacer Nick. Étant donné que c'est le seul métier qu'il connaisse, et surtout le moins fatigant, il y a de quoi se montrer indécis. Ça remonte à son enfance, au temps de son père violent, cette habitude qu'à Nick de préférer les solutions de facilité. Il ne va quand même pas commencer à faire régner la loi dans le Comté de Potts, comme le voudrait Robert Lee Jefferson, le commerçant-procureur ! Néanmoins, il y a quelques situations à assainir : en priorité, ces cabinets publics qui puent sous sa fenêtre. Ce sera au banquier, qui en est un des utilisateurs, de prendre la décision qui convient. Pour le reste, Nick va d'abord consulter son collègue Ken Lacey, shérif dans un comté du genre métropole.

Finalement, Nick a bien assimilé la leçon donnée par Ken et son adjoint servile, Buck. Pas de raison, par exemple, de continuer à subir les railleries et brimades du Frisé et de Caribou, les deux proxénètes de Pottsville. Inquiet que Nick puisse passer à l'acte contre ces deux-là, Ken Lacey vient le relancer : ses fanfaronnades de grand redresseur de torts risquent d'entraîner certaines conséquences. Ensuite, Nick devra s'arrêter sur le cas de Tom Hauck, le mari de Rose, aussi méchant avec les Noirs qu'avec sa femme. Il ne va pas manquer à grand monde, s'il disparaît. Quant à Sam Gaddis, postulant à la fonction de Nick, il existe un moyen de le contrer : semer une graine de ragots, qui deviendront bien vite de florissantes rumeurs, monstrueuses au point de séduire leurs concitoyens.

C'est Amy Mason que Nick voulait épouser autrefois, si cette diablesse de Myra ne lui avait pas mis le grappin dessus. Lorsqu'Amy vient se plaindre du voyeurisme de ce taré de Lennie, c'est l'occasion pour le shérif de renouer intimement avec la jeune femme. Faire des projets ensemble ? Peut-être, mais il y a aussi Rose (qui doit toucher une assurance-vie), ainsi que Myra et Lennie. Sans compter les multiples contrariétés que Nick doit affronter. Éliminer des témoins gênants, ruser pour incriminer Ken Lacey ou Sam Gaddis, bluffer en expliquant pourquoi il n'est pas intervenu lors d'un incendie. Il s'en donne du mal pour montrer aux gens qu'il est honnête, courageux et travailleur, ce qu'il n'est pas…

Jim Thompson : Pottsville, 1280 habitants (Rivages/Noir, 2016)

Il y avait bel et bien 1280 habitants à Pottsville, et non 1275 âmes. On le savait, cette nouvelle traduction nous le certifie. Jean-Paul Gratias a récupéré les pages écartées de la première version française, afin de nous présenter l'intégrale du texte. Et de le rafraîchir, par la même occasion. Petites nuances, telles : “Me voilà de retour à Pottsville, et je vous fous mon billet que c'est bien la nuit la plus sombre de l'année” devient, en gommant l'expression argotique : “Quand je descends du train à Pottsville, il fait tellement sombre que c'est sûrement la nuit la plus noire de l'année.” La fonction de Robert Lee Jefferson est la même dans les deux cas, mais “[il] n'est pas seulement quincaillier, mais aussi aussi attorney général du canton” devient “pas seulement le propriétaire du magasin, c'est aussi le procureur du comté”. Par contre, on notera à propos des deux proxénètes qu'ils se nommaient Curly et Moose, alors qu'ils sont ici Le Frisé et Caribou. Les amateurs peuvent s'amuser à comparer plus amplement les deux traductions.

L'esprit reste évidemment identique :“Je dis pas que vous avez tort, mais je dis pas que vous avez raison non plus” restant le signe de la mollesse apparente du shérif Corey. Il ne peut pas s'en prendre aux puissants, alors il fait le ménage autour de lui, parmi les plus faibles. Faisant en sorte de passer entre les gouttes, il ment et bluffe avec une conviction désarmante. Face à un agent de la Talkington (Parkington, dans la première traduction), il joue les naïfs pour saluer la répression violente contre les ouvriers dont était chargés les hommes de chez Pinkerton. À la fin, la leçon qu'il peut donner à Buck, c'est que quand on n'est pas le plus fort il faut être le plus malin. Cette version rejoint ainsi l'œuvre de Jim Thompson inédite ou retraduite, une vingtaine de titres, dans la version Rivages/Noir. On n'ignore pas l'admiration de François Guérif pour cet écrivain. Même en connaissant déjà l'intrigue, c'est avec grand plaisir qu'on retrouve Nick Corey, shérif futé de Pottsville.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 04:55

Bix éprouve autant d'attirance que de rejet envers Toulon et ses environs. Ça remonte à sa jeunesse, à l'époque où il pratiquait le surf avec son défunt frère aîné Tim. Bix n'ayant pas ménagé ses efforts, il était alors un pianiste virtuose, récompensé par plusieurs prix du Conservatoire. Toutefois, c'est la complexité de son parcours qui explique son rapport ambigu avec cette région. Durant une période, Bix fréquenta trop les bars, le Honkiki et surtout l’Éden. De l'abus d'alcool à la toxicomanie, il sombra vite. Il parvint à rebondir, à reprendre des études, après avoir rencontré Léo Leck. Un curieux flic, à la carrière plutôt sinueuse, un baroudeur ayant appartenu à des services secrets fort peu officiels. C'est lui qui guida Bix sur les dossiers, oubliés du grand public, des anciens de l'OAS. Il les traquait depuis des décennies, malgré l'amnistie qui assurait l'impunité à la plupart d'entre eux.

Bix est conscient d'être devenu "l'héritier" du combat de Leck, aujourd'hui décédé. Celui qu'il visait en particulier, c'était le Chef d'Orchestre. Connu sous diverses identités, cet activiste dirigea un petit groupe de fanatiques, et fut responsable d'attentats à Alger, pour l'OAS. Pendant plus de cinquante ans, cet homme a vécu depuis dans la clandestinité. Non sans l'aide d'anciens amis, dont son comparse Sartori. Ce dernier a longtemps évolué en eaux troubles, sans doute dans une semi-illégalité mercenaire, avant de s'établir à Toulon. Comme un certain nombre d'anciens de l'OAS, le poids militaire pesant sur la ville leur convenant peut-être. Du moins, c'est ce que ressentit Bix lorsqu'il en rencontra quelques-uns, en vue de l'écriture d'un livre à leur sujet. Il n'existe pas tant d'ouvrages consacrés à l'OAS : celui de Bix est ainsi devenu une sorte de référence.

Bix fut pendant un temps le compagnon de Pia, la fille du "vieux facho" Sartori. La jeune femme habitait la Villa Mansfield, en référence à l'écrivaine Katherine Mansfield (1888-1923). Pia refusait de réfléchir au passé nébuleux de son père, même si elle ne doutait pas qu'il eût des choses à cacher. D'ailleurs, elle ne gardait en mémoire que peu d'images de lui au temps de sa propre enfance. L'obsession de Bix sur l'OAS agaçait quelque peu Pia. Récemment encore, quand il fut menacé dans un bus par un vieux type armé, elle pensa que Bix virait parano. Pourtant, les sphères de l'OAS existent toujours. La preuve : un des leurs vient d'être assassiné à Toulon. Qu'il se soit fait appeler Ralf, Vial ou Merrain-Lérac, les policiers n'ont pas tardé à imaginer ses liens avec l'Organisation d'autrefois. Ils font appel à Bix comme consultant, puisqu'il est un expert reconnu sur la question.

Ce retour à Toulon, est-ce l'occasion de renouer avec ses parents, qui y vivent toujours ? Bix leur en veut d'avoir occulté une partie de leur passé d'avant sa naissance. Quant à Pia, pas sûr qu'il soit le bienvenu chez elle. D'autant moins, que le suspect n°1 du meurtre n'est autre que Sartori, son père. Nettoyée de toutes empreintes, l'arme du crime retrouvée sur les lieux lui appartient. Imprécision qui ne correspond guère à un type aussi chevronné. Règlement de comptes entre anciens de l'OAS ? Une version qui conviendrait à la police, sachant que la population ne s'intéresse plus à ces vieilles affaires-là…

Vincent Quivy : Brutal Beach (Éd.Wartberg, 2016)

Bien qu'il s'agisse d'une fiction, ce roman noir s'inspire de la réalité, et s'inscrit dans une tradition du polar documentaire. Néanmoins, l'auteur ne commet pas l'erreur de remâcher des faits historiques. On peut consulter çà et là assez d'archives, dont le discours du Général de Gaule du 23 avril 1961 évoquant Un pouvoir insurrectionnel [qui] s'est établi en Algérie par un pronunciamiento militaire […] Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans, ambitieux et fanatiques… En abordant ce thème, Vincent Quivy nous rappelle à juste titre que, au cœur de ces évènements en apparence si lointains, se trouvaient des terroristes de l'OAS qui ne sont qu'octogénaires aujourd'hui. Amnistiés, beaucoup ont cultivé au sein d'un parti politique les idéaux fascisants qui étaient déjà les leurs à l'époque.

Ce roman dessine avant tout le trajet personnel de Bix. Par facilité, il est courant de renier le passé, d'ignorer volontairement (c'est le cas de son amie Pia) les traces sales d'hier. Nul n'est issu d'une "génération spontanée", pourtant. Et gommer ce qui nous dérange, c'est une lâcheté. À l'inverse, des réminiscences tourmentent Bix. Est-il investi d'une mission ? Pas exactement : ça, c'était le cas de son mentor Léo Leck. Mais penser que des tueurs de civils aient vécu des décennies dans une paisible clandestinité, narguant les autorités, c'est mal supportable pour Bix. Jouant avec la chronologie, baignant dans une ambiance sombre, voilà une intrigue dense très convaincante.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 04:55

“Un jardin à la cour”, c'est une centaine de pages où le taulard Hafed raconte ce qu'il a traversé. Comme il débuta tôt dans la délinquance, l'été de ses dix-sept ans, son père maçon l'entraîna en Algérie, en espérant bien qu'il y reste. Mais ce parigot natif sut revenir en France, et salua pour la dernière fois sa famille. Quel voyou n'aurait pas été, en 1979, admirateur de Jacques Mesrine ? Alors, avec ses potes, il braque un restaurant chic de la capitale. Avec succès, du moins jusqu'à ce qu'ils soient tous arrêtés. “Époque bénie où le dernier des cons avait quand même un peu de "mentale"… La prison avait, oui je le dis, une forme d'innocence. Nous étions tous coupables dans une prison encore innocente.” Il faut s'imposer en milieu carcéral, mais on y trouve des amis. On n'y communique qu'au minimum, on parle sans se dévoiler aux autres. L'écriture prend du sens.

Lucide, il l'est pourtant : “La prison, c'est le rendez-vous des cons, je ne le dirai jamais assez, et du fait que j'y ai été par trois fois à ce rendez-vous, ça me donne le droit de l'affirmer sans me vexer moi-même ni les autres.” Double condamnation, deux fois sept ans, commuées en une seule. Impossible de suriner les deux juges d'instruction, pas la chance de s'évader, quelques séjours au mitard puisqu'il refuse le travail en prison. Mais lui, il préfère se cultiver en autodidacte. Gamberger, observer, comprendre. “La police à l'ancienne”, a-t-elle jamais été tendre avec le banditisme ? Les viols entre détenus, plus un mythe destiné à effrayer. La misère sexuelle, fantasmes et branlette, oui. Le suicide de prisonniers : “Va savoir si ce n'est pas un sentiment, la peur, le dégoût ou que sais-je, qui finalement vous assassine malgré vous ?”

Ce qui le débecte, ce sont les idéaux exprimés par M.Poncif, prêt aux compromissions les plus odieuses au nom de principes prétendus sains, ou ceux proférés par M.Cliché, roi de la couardise et du non-argument. Dégoûté de la société, Hafed ne l'est-il pas de longue date ? Puis il y aura les cours de théâtre en prison, avant de suivre durant deux ans la troupe culturelle de Marianne, en province. Ateliers pour prévenir les jeunes, distraire les vieux. Un retour à Paris, sans gloire, avec quelques tentatives féminines où il est, pour lui, plutôt question de sexe que d'amour. L'éjaculation des mots, de l'écrit, ça reste une valeur sûre. Conclusion ? “Alors, j'aurai passé mon existence à être joyeux, tout simplement en misant sur la Joie, et sans chercher à être heureux socialement, ni me pourrir à quêter l'utopie du bonheur. Juste joyeux.”

Abdel Hafed Benotman : Un jardin à la cour (Éd.Rivages, 2016)

La prison, il l'évoque encore dans la nouvelle “Erika”. La nuit, même sous les verrous, il y a toujours un moyen de prendre son pied. Pas en se faisant sauter par un codétenu. Pour la jouissance, il peut compter sur Erika. Si l'on est tant soit peu inspiré, si on sait la caresser même quand elle est toute froide au début, le bonheur ne tarde pas à monter. Si on a du doigté, elle réagit en se faisant entendre : “Le bruit infernal de ta jouissance, Erika, se démultiplie de cellule en cellule, de numéro d'écrou en numéro d'écrou.” Après 22 heures, ça excite évidemment les autres taulards, tant de liberté sonore. C'est en souvenir de son pote Raymond, qu'il se sent la force de chanter en chœur avec Erika.

Ils sont moins hermétiques à son art, les prisonniers, quand ils ont besoin de ses services pour écrire un courrier. Là, c'est bien lui et son Erika qui doivent se substituer à leur inculture de minables voyous. Moquez-vous de l'Écrivain, les gars ! N'empêche que ça dérange ces messieurs les détenus, ça perturbe leur sommeil. Alors, on réclame le maton, qu'il fasse taire les délires orgiaques et nocturnes du copain d'Erika. On requiert même l'intervention du directeur de l’Établissement Pénitentiaire. Direction le mitard, le cachot pour une traversée de quarante jours. Ça cogite dans la tête pendant ce genre de villégiature. De quoi virer dingue. Lui, il pense à son défunt pote Raymond et à sa douce Erika qui l'attend, ça lui apporte une certaine dose d'évasion…

Ce livre présente une quinzaine d'autres textes d'Abdel Hafed Benotman. Dont l'excellent “Parano-rail”, mettant en scène un employé de wagon-bar se voulant bon citoyen mais qui risque de tomber sur un type qui n'apprécie guère sa suspicion. Cette nouvelle fut publiée dans “Tout le monde descend !”, à l'initiative du festival Noir sur la Ville, de Lamballe, en 2009. Elle est née dans le TGV qui, l'année précédente, le ramenait à Paris en remarquant que le serveur du wagon-bar semblait le trouver louche. À retenir aussi “Les jouets de l'Histoire”, illustrée par Laurence Biberfeld, auteure des dessins de “Coco” (2012, Éd.Écorce) sur un texte plein de fantaisie d'Hafed Benotman. Celui-ci considérait que la plupart de ses écrits gagnaient à être lus à haute voix. Sans doute avait-il raison, mais n'en déduisons pas que son écriture ait manqué de puissance littéraire. Au contraire.

Ex-taulard réglo et rebelle, Hafed ne s'est jamais pris pour un intellectuel : “Quand un connard de socio me dit que la lecture et l'écriture avaient dû me permettre de m'évader de ma dure condition d'enfermé… Je ferme ma gueule. Ces cons d'intellos ne savent vraiment pas la vraie beauté risquée d'une évasion. La liberté ou la mort, loin, très loin de leur littérature thérapeutique” écrit-il dans la nouvelle “Erika”. Néanmoins, son autre vie depuis bon nombre d'années, c'était l'écriture. Théâtre, nouvelles, romans, scénarios de films et poésie, il exprima sa force créatrice par tous les moyens. Tous ceux qui liront “Un jardin à la cour”, et les nouvelles qui suivent, réaliseront que par sa tonalité originale, il n'a pas seulement "témoigné" sur son univers… Il a fait œuvre d'Écrivain. Sa générosité et son talent apparaissent dans chaque phrase, dans chaque mot.

Abdel Hafed Benotman : Un jardin à la cour (Éd.Rivages, 2016)

Abdel Hafed Benotman est décédé le 20 février 2015, à cinquante-quatre ans. Son dernier séjour en prison s'est terminé en 2007. Que l'on m'autorise un souvenir : en mars 2008, je pris pour la première fois Hafed en photo, à Rennes. Une relation respectueuse naquit dès cet instant. À chaque fois qu'il vint dans l'Ouest, de Lamballe à Penmarc'h et Mauves-sur-Loire, il émanait d'Hafed une sympathie complice ― qu'ont dû ressentir tous ceux qui l'ont connu sous cet angle. Sa fougue et son œil pétillant restent dans le cœur de ses amis. Merci, Hafed ! Nous avons tellement envie que beaucoup d'autres lecteurs partagent ce plaisir de lire tes écrits.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2016
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24 avril 2016 7 24 /04 /avril /2016 04:55

À Saint-Jean, capitale de la province insulaire canadienne de Terre-Neuve, entre l'estuaire du fleuve Saint-Laurent et l'Atlantique. Anonyme parmi les deux cent mille habitants de cette agglomération, le quinquagénaire Walt vit dans McKay Street. Il a longtemps été marié avec Mary, qui n'est plus là. En repensant parfois à son épouse, Walt admet que leur couple fut déséquilibré. Parce qu'en se mariant, elle voulait surtout fuir sa famille. Et parce que leur foyer resta sans enfants. Peu de relations de voisinages, non plus. Il faut dire que dans le couple Quinton, par exemple, le mari était horripilant. Ça se résume, depuis qu'il est seul, à de la politesse minimale. Solitaire par nature, Walt préfère la pêche à la mouche en rivière, dans les décors vallonnés et boisés de Terre-Neuve.

Il est employé d'entretien dans un supermarché. Sa marotte consiste à collectionner les listes d'achats jetées par certains clients. Il réussit quelquefois à trouver l'adresse de la personne concernée, puis à repérer le plus discret poste d'observation pour la surveiller. Walt n'est pas un voyeur pervers, un agresseur sexuel. C'est son hobby, il est poussé par la curiosité. Ces derniers temps, il cible une femme de vingt-cinq ans, Alisha Monaghan. D'autant plus facilement qu'elle raconte sa vie sur son compte Facebook. Son voyage au Mexique, entre autres. Ce qui permettra à Walt une visite clandestine en son absence, chez elle. Alisha a la sensation d'être pistée, elle découvrira des traces de l'intrusion. Mais les impressions ne sont pas suffisantes pour convaincre la police, ni même ses parents.

Séparé de sa compagne Julie, l'inspecteur Dean Hill fait maintenant équipe avec le sergent Jim Scoville, au sein de la Gendarmerie Royale de Terre-Neuve. Une unité placardisée, que l'on charge d'affaires mal élucidées. Telles les quatre ou cinq encore récentes disparitions de femmes. Le cas de Mary, l'épouse de Walt, trouble Dean Hill. À cause de l'indifférence affichée du mari, en particulier quand ils mènent une énième perquisition à son domicile. Sans inquiétude face à la police, Walt dit ignorer ce qu'est devenue Mary, voilà tout. On ne va pas l'enquiquiner pour ses listes de courses des clientes. D'ailleurs, la police va arrêter bientôt un maniaque, suspect de plusieurs agressions. Les cas de Mary et de Lisa Tapper, autre disparue, ne sont pas résolus pour autant. Pour Dean Hill, Walt est le coupable.

L'année précédent son départ, Mary se montra toujours plus indépendante. Bénévole à l'hôpital St Clare's, elle s'intéressa de près au Dr Patterson. Walt s'infiltra aux urgences, à plusieurs reprises, afin d'observer leur comportement. Peut-être davantage une façon de se prouver qu'il pouvait passer inaperçu, que vraiment par jalousie. Par ailleurs, la cabane isolée en forêt près d'une rivière où Walt aimait se relaxer, il n'a jamais averti la police que s'y trouvait un cadavre de femme. Certes, comme pour Alisha Monaghan, Walt a ses petits secrets. Manquant de preuves malgré le harcèlement policier, les interrogatoires par Dean Hill et Jim Scoville ne semblent toujours pas perturber Walt…

Russell Wangersky : Les courses (Presses de la Cité, 2016)

Avant d'aborder le côté suspect de l'affaire, il serait dommage de ne pas retenir l'aspect sociologique de ce roman. Avec la détestable attitude des clients de supermarchés : “Le seul fait d'être un employé vous rend invisible aux yeux des clients, du moins jusqu'à ce qu'ils aient besoin de vous. Et quand on est chargé de l'entretien, c'est encore pire… Pareil avec les caissières. À croire qu'elles ne sont pas censées entendre quoi que ce soit...” La courtoisie et le respect ont disparu, signe de l'individualisme régnant dans notre monde. En tant que piéton, Walt aimant marcher dans les rues pentues de Saint-Jean, il est tout autant invisible des chauffards. Quant aux "listes de courses", elles sont révélatrices de nos vies, c'est exact. Et puisque de nos jours, telle Alisha, chacun étale ses faits et gestes via les réseaux sociaux, que l'on ne viennent plus réclamer de la confidentialité.

Au centre de l'intrigue, le débonnaire Walt est en partie victime du regard des autres : “Comme je suis un solitaire, les gens se figurent que je me crois supérieur et, à coup sûr, ça indispose la police. On entend tout le temps des histoires sur des flics qui s'en prennent à quelqu'un uniquement parce qu'il paraît bizarre – "C'est forcément lui. T'en connais, toi, des mecs qui jouent du hautbois ?". Ou ce genre de trucs. Ils ont même un mot pour ça : le "rétrécissement du champ visuel". Il leur suffit de trouver un type à l'air étrange et de chercher toutes les raisons pour lesquelles il a forcément fait quelque chose.” Il ne faut pas grand-chose, c'est incontestable, pour désigner un quidam comme suspect. Limiter sa "vie sociale", avoir le goût de s'isoler, choisir le rythme de son existence, sont-ce des critères déterminants qui autorisent à accuser sans raison factuelle ?

À travers sa narration personnelle, avec des images passées et sa vie présente, le portrait de Walt se dessine progressivement. Non sans conserver un certain flou. Soulignons que la notion de voyeurisme est parfois abusivement associé aux pulsions sexuelles. C'est plus subtil dans la tête de Walt. L'inspecteur Dean Hill a lui aussi quelques états d'âme, bien plus que son collègue Jim Scoville. Il faudra bien qu'ils obtiennent des résultats, quand même ! Quelques intermèdes nous présentent encore la jeune Alisha, "victime" jusqu'à quel point ? Non dénué d'un aspect sociétal, un suspense troublant qui installe un certain malaise. Ce dont on ne se plaindra pas, car ce roman est très prenant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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22 avril 2016 5 22 /04 /avril /2016 04:55

Ancien comptable âgé de soixante ans, Charles est retraité depuis peu. Avec France, son épouse depuis vingt ans, ils ont quitté Versailles pour s'installer dans le Pays Basque. Plus jeune que lui, France reste journaliste pour un hebdo parisien. Ponctuellement, elle doit s'absenter. D'autant qu'elle prépare un nouveau sujet sur Sylvia Plath, poétesse oubliée dont la vie et le destin furent très sombres. France a le soutien de son rédacteur-en-chef, ce qui rend son mari quelque peu jaloux. S'ennuyant ferme, Charles aurait tendance à abuser des bières. Il finit par s'intéresser à une maison inoccupée, qu'il peut apercevoir de chez lui avec ses jumelles. Elle ne semble pas si vide, puisqu'il remarque de la lumière, la nuit. Charles connaît en partie l'histoire particulière de cette maison.

Au temps où les séparatistes de l'ETA étaient très actifs, quatre d'entre eux se cachèrent dans la maison, dont les ayants-droits n'avaient rien à faire. La réputation violente de ces activistes n'était pas usurpée. Le maire d'alors, Gaston Cester, fut prévenu de la présence clandestine de ce petit groupe. Il dut se débrouiller seul, négocier pour qu'ils s'en aillent. À leur départ, ces membres de l'ETA avertirent qu'ils avaient piégé la maison, qu'elle risquait d'exploser si on y entrait. Bien que le maire ait contacté les autorités, aucune décision de déminage ne fut prise. Pour M.Cester, ça reste une affaire sans dénouement, qu'il raconte volontiers à Charles. Celui-ci retourne dans la maison. Il y rencontre une blonde aux yeux verts d'à peine trente ans, Édith Stern. Les lumières aperçues, c'est elle.

Si Charles évoque l'affaire autour de cette maison avec France, il évite soigneusement de parler de la ravissante Édith. La journaliste promet de se renseigner sur le sympathisant des séparatistes qui fit partie du groupe, un poète connu sous le pseudo de Tuy Pomatuy. Quel fut vraiment le rôle de ce "4e homme" ? Est-ce lui qui fit piéger les lieux ? Excités par une possible présence, Gaston Cester et son petit-fils invitent Charles à les suivre pour intervenir dans la maison piégée. Il ne faut pas qu'ils découvrent Édith : heureusement, France utilise une ruse afin de calmer l'ex-maire. Elle demande à un ami bordelais, le flic retraité Giorgio Cardona, de les rejoindre au Pays Basque. Il enquêta plusieurs années plus tôt sur une mort insolite, qui a probablement un rapport avec tout cela.

Le dossier en question concernait ce qui ressemblait fort à un cas de "mystère en chambre close", car un homme fut emmuré chez lui. Volontairement, ou pas. Armé d'un flingue, Giorgio Cardona explore la maison, suivi par Charles. L'ancien policier y trouve des traces d'Édith, dont la caméra spéciale qu'elle utilise, filmant malgré les obstacles. Giorgio pense que l'intruse appartient à un service de police, peut-être l'Anti-terrorisme. Plus tard, il raconte à Charles et France tout ce qu'il sait sur Tuy Pomatuy, poète ami de l'ETA. Celui-ci fut obsédé par des images fantasmagoriques, liées à un épisode vécu dans sa famille. Sur la notion de "derniers instants de vie", il écrivit un long poème. Quant au secret de la fameuse maison, piégée ou non, il reste à découvrir…

Denis Vauzelle : Au fond (Éditions du Rocher, 2016)

On peut aborder ce roman tel un polar, même s'il n'appartient pas strictement à ce genre littéraire. Il en utilise certains codes, cultivant une ambiance énigmatique et ne se privant pas de rebondissements. Des terroristes d'antan, une mort en "chambre close", une jeune femme hantant une maison isolée (et maudite), un ex-baroudeur de la police, voilà des ingrédients conformes à une belle intrigue criminelle. Le sexagénaire Charles, pour qui la retraite est une rupture, un "coup de vieux", se passionne d'autant plus pour ce mystère qu'il n'est pas insensible au charme troublant d'Édith. À propos de laquelle il ne sait pas grand-chose, si ce n'est qu'il tient à la protéger.

En marge de l'affaire, on revient sur l'histoire dramatique de Sylvia Plath (Boston, 1932-Londres, 1963) et de ses enfants. Car l'épouse de Charles baigne dans l'univers culturel. Occasion d'un hommage à une poétesse de talent, dont quelques initiés se souviennent aujourd'hui. Ce qui offre sans doute un lien indirect avec la partie mystérieuse de ce suspense. Ici, malgré une forme d'enquête et même si la mort est très présente, on ne cherche nullement un coupable. N'en disons pas davantage. Un roman "aux frontières du genre", donc différent des polars ordinaires.

 

Mes chroniques sur d'autres romans parus dans cette collection :

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 04:55

Divorcée de son mari Gregory, la blonde Darcy McCarthy est une quadragénaire franco-écossaise. Puisque sa fille Alice et sa mère Mathilde sont de grandes voyageuses, Darcy n'a plus tellement d'attaches. Aussi va-t-elle s'installer en Écosse, dans le petit village de Minthill. Elle a obtenu un poste d'enseignante à l'université d'Aberdeen. Son aïeule Claude lui a tellement parlé de cette région, quand elle était enfant. En particulier de Merryton Manor, une demeure pleine de légendes non loin de laquelle Darcy va habiter. C'est là que vivait dans les années 1860 lady Emily Hamilton, une jeune veuve. Au décès de son vieil époux, elle admit ressentir des pulsions intimes envers les hommes. Ce qui dérangeait la gouvernante Mrs Fairfax, mais amusait sa camériste Jackie.

À cette époque-là, le jeune et désinvolte Tom Brenton a tout intérêt à quitter Londres. En trichant aux cartes, il vient de gagner quatre-cent livres, mais son puissant adversaire ne lui fera pas de cadeaux s'il le retrouve. Sir Jeremy Douglas lui ayant octroyé un certificat idoine, Tom Brenton précipite son départ vers l'Écosse. Certes, gérer le domaine de lady Emily n'entre pas spécialement dans ses compétences. Mais sa force de séduction agira sur la jeune femme. D'autant que tous deux partagent un secret d'adolescence. Merryton Manor va alors connaître divers évènements, heureux et malheureux. Tel ce passage de la reine Victoria – à qui on vole un précieux bijou, la Rose du monde – bientôt suivi d'un virulent incendie. Reconstruit ensuite, le manoir n'est désormais que ruines et friches.

Romantique, Darcy rêve parfois de Tom Brenton. Elle croise même une nuit son fantôme devant chez elle. En réalité, il s'agit du jeune et beau sergent de police Stewart Duthie, qui ressemble sans doute à ce Tom. Darcy sympathise avec sa voisine, Mrs Betty Webster. Elle rencontre Angus, neveu de celle-ci, qui tient un pub dans les environs, et vit dans un ancien presbytère impressionnant. Si le policier local Duthie est bel homme, la maturité d'Angus convient davantage à Darcy. D'ailleurs, si elle compte explorer Merryton Manor, ce serait un bon prétexte pour se rapprocher d'Angus. C'est ce que lui conseille d'ailleurs Mrs Webster, plutôt que de s'acoquiner avec le sergent Duthie qu'elle n'estime guère. Hélas, Angus part pour quelques temps en mer, faisant faux-bond à Darcy.

Ce n'est pas son chiot Churchill qui rassurera la jeune femme la nuit, quand l'ambiance se fait inquiétante : “Il y a des bruits chez moi, des coups, ça résonne presque toutes les nuits. Un véritable tintamarre ! Un policier est venu, mais il m'a dit que la maison était vieille, et reliée par des souterrains aux ruines du manoir...” Se réfugier chez Mrs Webster ou – mieux encore – sous la protection de son neveu Angus, et tenter de retrouver le bijou volé à la reine Victoria, voilà un programme pouvant lui donner du moral et de la force. Si elle n'est pas forcément seule, le danger plane quand même autour de Darcy…

Jean-François Quesnel : On a dévalisé la Queen (City Éd., 2016)

L'Écosse, ses paysages pittoresques, ses bourgades conservant l'aspect d'autrefois, le traditionnel thé entre voisins, ses manoirs séculaires et leurs fantômes de légendes. Même si l'urbanisation gagne du terrain, ces images typiques sont certainement préservées dans des secteurs ruraux et côtiers de la région. Nous sommes ici autour de Fraserburgh, à l'Est de l'Écosse, dans des décors qui peuvent encore rappeler les romans classiques du 19e siècle, de la grande époque victorienne. Une partie des scènes nous invitent à revivre en ce temps-là, de Londres à Merryton Manor. Évocations très "visuelles" de lady Emily et de son entourage, de leurs petits ou grands secrets, de leurs aventures. Car la tonalité n'a rien de compassée, de rigide, bien au contraire.

L'essentiel de l'intrigue, qui se passe de nos jours, concerne Darcy McCarthy. La déception sentimentale qu'elle vient de vivre l'amène a chercher ici le nouvel homme de sa vie. Mais ce qui la motive tout autant, c'est ce manoir en ruine que lui décrivit naguère son aïeule, adepte de la marijuana, fin des années 1970. Darcy appartient à une "famille de femmes", toutes assez excentriques. Sa bienveillante voisine Betty, la vendeuse-policière Dorothy : quelques autres femmes l'accompagnent dans cette histoire. Jean-François Quesnel nous propose un très agréable roman d'énigme, souriant et bien construit, animé de multiples péripéties et de retours historiques. Franchement palpitant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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