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16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 04:55

Agent de l’Intelligence Service, les services secrets britanniques, James Bond est encore convalescent après une précédente mission mouvementée. Son supérieur «M» lui confie une affaire en apparence moins dangereuse, sous le soleil de l’île de la Jamaïque. L’agent de l’I.S. à Kingston et son assistante ont soudainement disparu. Une fugue amoureuse ne semble pas envisageable. James Bond va donc remplacer cet agent défaillant, pour une enquête concernant l’île de Crab Key, tout près de la Jamaïque. À l’origine, c’est un endroit protégé pour une espèce d’échassiers rares, les spatules roses, mais on y exploite aussi le guano. Depuis que l’île a été cédée au Dr Julius No, on note qu’il n’y a quasiment plus de ces oiseaux sur Crab Key. Selon «M», la mission consistant à observer ce qui se passe là-bas ne doit pas comporter de vrai risque pour 007.

À Kingston, James Bond entre en contact avec les officiels anglais gouvernant l’île. Il a fait engager le pêcheur local Quarrel, surtout afin qu’il l’aide à approcher de Crab Key, situé à trente milles au nord de la Jamaïque. Bond ne tarde pas à comprendre qu’il est repéré, de jolies Chinoises jouant les espionnes. Il en a confirmation quand il frôle la mort à cause d’un scolopendre, insecte venimeux, placé dans son lit, à l’hôtel. Sur une pirogue, Quarrel et Bond gagnent Crab Key à la voile, se faisant discrets afin d’échapper aux radars. Dès le matin suivant leur accostage, Bond croise une jeune fille dénudée. Menant une vie de sauvageonne, Honeychile Rider (dite Honey) vient sur l’île pour ramasser des coquillages précieux, ayant une valeur marchande. Elle prétend avoir vu un terrible dragon sur Crab Key, ce que l’agent 007 a du mal à croire.

Bond, Honey et Quarrel sont bientôt la cible d’une mitrailleuse les visant depuis le bateau des gardiens de l’île, au service du Dr No. Après les premières salves, s’ensuit un jeu de cache-cache entre le trio et les sbires, avec leurs chiens féroces. Bond est maintenant sûr que la question des échassiers rares en masque d’autres : “Que cachait l’énigmatique Dr No ? Que craignait-il ? Pourquoi ne reculait-il devant rien, même pas devant le meurtre, pour empêcher tout être humain de prendre pied sur son territoire ?” Après un léger répit, leurs ennemis envoient les gros moyens contre le trio. “La Chose” est un engin au pouvoir destructeur. James Bond et Honey se retrouvent vite prisonniers. Néanmoins, ils sont traités en invités par deux belles Chinoises, sœur Lily et sœur Rose. Un peu de repos et de confort rendra à l’agent 007 l’énergie dont il a besoin pour la suite.

C’est dans une salle installée sous le niveau de la mer que James Bond fait connaissance avec le Dr Julius No. Né à Pékin, fils unique d’un pasteur missionnaire allemand et d’une Chinoise de bonne famille, c’est à Shanghai que débute son parcours dans la criminalité. Il fait preuve d’une mégalomanie sans borne : “Je suis un maniaque. J’ai la manie de la puissance.” 007 est conscient que le Dr No ne laisse jamais repartir les témoins, qu’une mort atroce les attend, Honey et lui. Il va devoir trouver une issue, afin de sortir vivant des griffes de ce monstre…

Ian Fleming : Dr No (1958) – James Bond –

Cette aventure de James Bond n’est pas la première écrite par Ian Fleming. Son héros apparaît initialement dans “Casino Royal” (1953), “Dr No” étant le sixième opus de la série (1958). Mis à part “Les diamants sont éternels” (1956) et “Moonraker” (1955) publiés chez Gallimard en 1957-58, les romans de Ian Fleming sont plutôt négligés par l’édition française : c’est chez Presses Internationales que sont publiés d'abord les romans de James Bond. La production de romans d’espionnage est alors pléthorique, les héros créés par des romanciers français ne se différenciant guère de ceux imaginés par des Anglais ou des Américains. James Bond 007 ne marque pas les esprits plus qu’un autre. D’autant que si Ian Fleming nous décrit un homme sportif et de belle allure, il n’a pas de visage.

C’est Sean Connery qui, incarnant le rôle de 007 dans le film de Terence Young (sorti en France en 1963), lui donne un aspect concret. “James Bond 007 contre Dr No” est la première adaptation cinématographique dédiée au personnage créé par Ian Fleming. Le succès est au rendez-vous. La prestation de la sculpturale Ursula Andress dans le rôle de Honey Rider n’y est pas pour rien. L’exotisme jamaïcain y contribue également. Quant à la prestance de Sean Connery, elle est certainement plus charismatique que l’allure des héros de films jouant les espions. Le scénario est très proche de l’intrigue du roman.

L’éditeur Presses Internationales avait publié le livre en 1960 : à l’occasion de la diffusion de “James Bond 007 contre Dr No”, il sort une nouvelle édition, illustrée avec quelques-unes des photos du film. En 1962, “Opération tonnerre” était paru chez Plon. Dès 1964, c’est cet éditeur qui va éditer et republier toute la série des James Bond (hors ceux dont Gallimard a les droits). Au cinéma, d’autres acteurs ont succédé à Sean Connery, ce qui cultive le mythe de ce personnage. Certes, le contexte mondial a évolué depuis la Guerre Froide de ce temps-là. Les tensions internationales persistent, le marché de l’armement reste florissant, et l’instinct de domination existe toujours chez ceux qui veulent mettre en péril l’équilibre planétaire. C’est pourquoi ce genre de roman d’action – riche en péripéties – se lit, ou se relit, avec un plaisir évident.

Deux pages de "Dr No" dans sa version illustrée de 1963.

Deux pages de "Dr No" dans sa version illustrée de 1963.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 04:55

Le commissaire Nazer Baron est en poste à la brigade criminelle de Nantes, entouré de son équipe : Hubert Arneke, Conny Nochet et quelques autres policiers. Le voici confronté à une série de meurtres. La première victime a été découverte à l'intérieur d'une malle de voyage, sur le quai des Antilles du port de Nantes. L'homme a été abattu avec une arme de petit calibre. Âgé de trente-deux ans, Boris Frilac était commercial, installé ici depuis quelques années, dans la région d'origine de sa compagne. Il n'a pas "d'antécédents" qui puisse expliquer son exécution. Plus curieux encore, c'est sur l'île Dumet qu'est retrouvé le deuxième cadavre. Située au large de la presqu'île de Guérande, proche de l'embouchure de la Vilaine, cette petite île rocheuse est inhabitée de longue date, non desservie par une liaison maritime. La deuxième victime n'a évidemment pas été tuée à cet endroit.

Le corps est celui d'Edgar Murlon, chauffagiste quinquagénaire de Chateaubriand. Lui aussi a été abattu par une arme de petit calibre. Ce n'est pas l'unique point commun entre cet artisan confirmé et le jeune commercial. Sur les cadavres, figurent les mentions "premier innocent" et "second innocent". Ce qui ne signifie pas que la série s'arrêterait là. Baron et Arneke interrogent la veuve d'Edgar Murlon : ce dernier a disparu alors qu'il se rendait à Louisfert. En effet, son fourgon est découvert près d'une maison vide, où l'assassin lui fixa rendez-vous. Avec la magistrate Alexiane Kerneis-Le Hir, Baron cherche l'improbable lien entre les deux victimes. Frilac et Murlon ne se connaissaient pas, c'est établi. Les mythes concernant l'île Dumet expliquent-ils quelque chose ? Peu probable. On va compter une nouvelle victime, "troisième innocent", quelques jours plus tard.

Employée de société, Mireille Ruiz participait à un séminaire dans un hôtel de la région nantaise. Un stage basé sur le yoga et le tango, sur le thème "comment être en harmonie avec soi-même pour être mieux avec les autres". Mariée, âgée de quarante-quatre ans, Mireille Ruiz a été assassinée avec la même arme, dans son lit. Toutes les issues de la chambre étaient hermétiquement closes. La vidéo-surveillance permet de repérer une cliente blonde partie au petit matin, avant que le crime soit découvert. Interrogé par la police, le collègue et amant de la victime n'est pas suspect. Il n'apporte guère d'éléments utiles. Pas de lien flagrant non plus entre Mireille Ruiz et les deux autres. Baron comprend néanmoins le symbole qui relie les trois mises en scènes.

Pendant ce temps, la jeune retraitée Adèle Clech est séquestrée dans une sorte de cave, aménagée avec une grille scellée empêchant toute évasion. Ce n'est pas inconfortable, mais voilà environ trois semaines qu'elle est retenue là. Les motivations de ses ravisseurs, Adèle les a partiellement comprises. Elle n'avait d'autre choix que de leur dire ce qu'elle savait, de citer des noms. L'énigmatique blonde qui est responsable de la situation, elle ne l'avait jamais rencontrée. Adèle se demande si elle doit garder l'espoir de s'en sortir. De leur côté, Baron et la magistrate Alexiane trouvent la bonne piste…

Hervé Huguen : Silence fatal (Éd.du Palémon, 2016)

Les enquêtes du commissaire Nazer Baron, dont c'est le neuvième opus, sont désormais toutes disponibles aux Éditions du Palémon. Ce “Silence fatal” s'inscrit dans la meilleure tradition du roman policier. Baron n'est nullement un des multiples clones du commissaire Maigret. Une partie de sa vie privée est esquissée, sans empiéter sur l'affaire proprement dite. Il est à la fois dans l'action sur le terrain, et dans la réflexion, cherchant l'hypothèse la plus plausible. Il est vrai que les trois morts ne s'étaient jamais rencontrés, ce qui est de nature à compliquer le dossier. Le lien entre eux, on sait bientôt que c'est Adèle Clech, séquestrée par une ou deux personnes inconnues.

L'auteur a l'intelligence de ne pas embrouiller le lecteur de façon artificielle. Par exemple, si l'île Dumet est porteuse de mystères, on ne va pas nous entraîner trop longtemps sur cet élément. De même, si l'amant de la troisième victime est embarrassé, il n'y a pas de raison pour qu'il fasse figure de suspect. Bien que le commissaire dirige une équipe, ses adjoints sont identifiables et jouent leur rôle en laissant le premier plan à Baron. C'est par ces points-là que l'on vérifie la maîtrise d'Hervé Huguen, évitant l'écueil d'une intrigue touffue. Au contraire, c'est avec fluidité – et même avec souplesse, que nous est racontée cette enquête. Un roman à suspense de très belle qualité, d'une lecture franchement agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 04:55

L’inspecteur Louis-Édouard Dudeuil n’est pas le plus brillant élément de la police criminelle. Issu d’une orgueilleuse famille de nantis, fils d’un puissant préfet, ce dandy joua longtemps au dilettante. Ses manières raffinées tranchent encore avec celles de ses collègues. C’est son père qui obligea Louis-Édouard entrer dans ce métier. À près de cinquante ans, il se complaît dans une fonction subalterne. Si sa mère l’admet fort bien, son préfet de père supporte mal la médiocrité de Louis-Édouard. Il n’hésite plus à traiter publiquement son fils de honte de la famille. Par bravade, le policier affirme s’occuper d’une affaire qui lui prouvera le contraire. Une enquête sérieuse, justement, il s’en présente une.

Ce groupe d’amis se connaît depuis une trentaine d’années. Après avoir tâté de la politique, gauchistes motivés, ils sont tous aujourd’hui employés par la société Dexon Expert & Cie, entreprise s’occupant de sécurité globale. Leur supérieur, la mûre Mlle Kraminski, a l’œil sur ces treize personnes, les traitant sans amabilité. Eux-mêmes, ils ne sont plus si proches, la vie de chacun ayant bifurqué au gré du temps. Pourtant, jadis, ils firent une sorte de pacte. Ils chargèrent leur ami René d’engager un tueur pour les éliminer si, devenus adultes, ils trahissaient leurs idéaux de jeunesse. On ne sait trop ce que le roublard René fit de l’argent que chacun versa. Ils avaient quasiment oublié cet épisode lointain.

Seulement, quand la mort soudaine de l’arriviste Françoise précède de treize jours celle de l’alcoolique Charles, ce n’est pas dû au hasard. L’anxieuse Dorothée agace le groupe avec ses suppositions, mais un tueur semble bien s'être mis en action. Voyant là l’occasion de montrer sa compétence, Louis-Édouard, assisté du fruste Guémard, s’intéresse au petit groupe. Quand Sylvain est la troisième victime, l’inspecteur affirme que son intuition était bonne. Il les interroge tous, sans grand résultat. Il fait ainsi la connaissance de Mlle Kraminski, qui ne le laisse pas insensible. Il cherche toutes les occasions de la revoir, sous prétexte d’avoir son opinion professionnelle sur ces décès.

La tension devient vive dans le groupe, à cause de l’hystérie de Dorothée comme des mensonges de René, ou des vies mal équilibrée des autres. La série de crimes se confirme avec le meurtre de Stéphane. Ils passent les fêtes de Noël en semi-état d’arrestation. René semble se rebiffer, sans être ni plus ni moins suspect que presque tous. Pour Louis-Édouard, le bilan est quand même positif. Un succès” ? Passé le jour de l’an, deux amis sont cibles de tirs, blessant mortellement Vladimir. Il faudra que Louis-Édouard soit carrément héroïque pour dénouer cette enquête…

Mercedes Deambrosis : Le dernier des treize (Éd.Pocket, 2016)

Ne confondons pas cette intrigue avec une ordinaire affaire de serial killer, même si les meurtres s’y succèdent à bon rythme. S’il règne une certaine nervosité chez les victimes potentielles, cette histoire est largement destinée à faire sourire. Il suffit d’entrer dans la famille préfectorale, et délicieusement caricaturale, de Louis-Édouard pour s’en convaincre. Entre paranoïa et scènes de pugilat, mystère et fanfaronnades du policier, le climat n’est toutefois pas au drame pour nous qui les observons. Un humour en finesse, qui compense l’amertume des protagonistes autrefois amis. Néanmoins, il existe bien un assassin qui domine la situation.

Une précision s’impose au sujet de la narration. Le récit autour de l’enquêteur utilise la forme classique. Par contre, on a aussi la version des faits par divers membres du groupe, en alternance, sans indication nette de celui qui s’exprime. On s’y adapte très facilement, une fois assimilé le principe, et ça ajoute du piment (autant que du style littéraire) à l’énigmatique ambiance. Un excellent et drolatique suspense.

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12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 04:55

Franck est un éternel dilettante, un dandy blasé. Après l'excitation des folles soirées new-yorkaises de sa jeunesse, son goût pour l'aventure l'amena à devenir détective privé. Son agence fonctionne toujours, mais Franck a cherché d'autres plaisirs dans la bibliophilie. Traquer l'ouvrage rarissime, dénicher le livre introuvable à travers le monde, ça titille son adrénaline. À Berlin, où Franck est de passage, la vieille libraire Mlle Schultz a été victime d'un meurtre, au milieu de ses livres pour collectionneurs fortunés. Une décapitation, drôle de mise en scène. Certains de ses amis décadents de jadis en eussent été capables, selon Franck. Ça mériterait qu'il enquête sur eux. Puisque le tueur, au profil de terroriste radical converti a été rapidement arrêté, inutile qu'il active ses neurones de limier.

Le biker Brad Medley a engagé Franck pour qu'il retrouve un lot d'héroïne détourné avant livraison. Ce qui représente un paquet de fric, c'est sûr. Une piste mène le détective dans le désert du Nevada, à Tonopah. Une bourgade paumée qui cultive le mythe du Far-West pour les touristes. Un de ces endroits où échouent des héros éclopés comme Keith, ou des marginaux dans le genre de Ray. C'est au restaurant façon saloon de Tonopah que Franck entre en contact avec la jeune serveuse Leah. Par ailleurs, elle est un peu pute, mais c'est une sélective de la pipe. Beauté fascinante, certes. Qui jette un regard froid sur tout ce qui l'entoure, et garde un flingue à portée de main. Leah est impliquée dans le trafic de drogue, elle l'admet. Pas concernée, la disparition du lot la laisse indifférente, dit-elle.

Par contre, Leah et son parrain Ray ont de sérieux et anciens griefs contre Brad Medley. Prévenu par sa filleule, Ray se retranche dans son chalet, à Devil's Creek. Un repaire où il pense piéger le détective. Il ignore que Franck est bien plus futé que ne l'indique son air de citadin venu de la côte Est. Reste à savoir si un minable tel que Ray était en mesure de s'emparer d'un lot d'héroïne. Appât du gain, motivation haineuse ? Sur un malentendu, une erreur ou un gros coup de chance, peut-être ? Et Leah, depuis toujours traumatisée par un destin morbide, aussi belle que fantomatique et fragile, quel est son rôle exact la-dedans ? Quel est son avenir, surtout ? Franck n'a heureusement pas la vaine prétention de changer le cours des choses…

Quentin Mouron : L'âge de l'héroïne (Éd.La Grande Ourse, 2016)

Amateurs de polars "classiques", de romans noirs ou de thrillers, il est possible que vous soyez imperméables au style de Quentin Mouron. Si la plupart des auteurs misent sur une intrigue mystérieuse ou spectaculaire, ce n'est pas le cas ici. Ça ne signifie pas qu'il n'y ait aucun ressort énigmatique, nulle péripétie : entre un trafic de drogue ayant mal tourné et des rancœurs supposant une vengeance, on respecte les bases du polar. L'histoire est ponctuée d'un bon nombre de clichés relatifs à l'Amérique : petites villes sans intérêt au milieu du désert qui cherchent quand même à attirer les touristes, ancien combattant infirme qui vivote dans sa caravane. Sans oublier les pick-up, véhicules indispensables, et l'inévitable jolie fille serveuse de restau. L'ambiance correspond effectivement aux critères du bon petit polar dans le décor des États-Unis.

Néanmoins, le véritable moteur de l'histoire, c'est le singulier Franck. Un homme hors du temps, ne dédaignant ni l'alcool ni une ligne de coke de temps à autre. Débauché lyrique si les circonstances s'y prêtent, malin et lucide quand cela s'avère nécessaire. La banalité, voilà ce qu'il redoute le plus : on n'a pas le droit de se contenter d'une vie ordinaire, selon Franck. Peut-il comprendre Leah ? “Face à une adolescente extatique, violente, irréelle ; face à une adolescente qui se réclame de l'esprit tragique, Franck achoppe fatalement… Une femme comme elle se baigne dans le sang ou se noie dans les larmes…” La tonalité est aussi fiévreuse que l'inverse, exprimant une "distance" par rapport aux réalités : il suffit d'y adhérer pour apprécier ce roman différent.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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11 juillet 2016 1 11 /07 /juillet /2016 04:55

Dans quelques proches décennies, la France est devenue un état sans moyens. La privatisation générale a entraîné la misère pour les plus fragiles, la déscolarisation massive d’enfants, la fin des services publics, la maladie pour les populations qui n’ont pas accès aux soins. La mégalopole parisienne est sous la coupe des narco-gangs, diffusant une drogue, la D23 et sa version idéale The Perfect One. C’est ainsi que se sont enrichis Flying Bus et sa bande, les Piranhas. Ils imposent un ordre social qui ne fait que rendre plus dépendants les junkies. Dans Paris, il reste toutefois des secteurs sécurisés, zones d’affaires ou îlots d’immeubles protégés. Ces lieux sont uniquement destinés aux dirigeants ou aux employés exemplaires, qui dépendent pour l’essentiel de la société Ijing Ltd.

Si le financier Li Wang en est le grand patron, c’est Ted Muller-Smith qui se charge d’administrer les intérêts du groupe en France. Sa grande idée, c’est de créer des villes entièrement sécurisées. Ça s’adresse aux plus riches, cooptés par leurs milieux. À quelques dizaines de minutes de Paris, la ville de Serenitas en est le plus bel exemple. Flying Bus a les moyens d’y habiter. La Ijing Ltd laisse les autorités françaises se débrouiller avec une insécurité impossible à juguler. Argument imparable pour continuer à bâtir ces villes artificielles. Les projets de Ted Muller-Smith vont nettement plus loin. Il profite du fait que le problème de la dette de la France ne soit toujours pas réglé.

Le National est le principal journal français, appartenant à la Ijing Ltd. Âgé de 39 ans, père du petit Max, Fjord Keeling y est journaliste. Comme son ex-épouse, Nina Bronce. Si celle-ci est obéissante envers les directives, Fjord est rebelle à tous les ordres. Soutenu par son supérieur Kessler, il reste un reporter efficace. Témoin d’un attentat nocturne à Pigalle, Fjord filme le désastre. Règlement de comptes entre trafiquants ? C'est la version accréditée par l’État, qui envoie l’armée faire de la répression dans les quartiers sensibles. Ce qui favorise aussi les intérêts sécuritaires de la Ijing et de Ted Muller-Smith.

Ayant rencontré Flying Bus, qui nie être concerné par l’attentat, Fjord soupçonne plutôt des groupuscules d’opposants. Ceux qui se sont baptisés Clovis95 ont un discours radical. Peut-être sont-ils capables de se procurer du Semtex, explosif utilisé pour l’attentat. Le vieux flic Dalbert, ami de la famille de Fjord, le prévient que des inconnus ont consulté son dossier personnel. Le journaliste a la réputation d’être instable, mais un danger plus grand encore le guette. À trop chercher qui manipule la situation, il risque de devenir le parfait bouc-émissaire concernant les troubles en cours…

Philippe Nicholson : Serenitas (Ed.Pocket, 2016)

Philippe Nicholson nous présente un copieux polar futuriste. À vrai dire, le futur évoqué semble déjà en action, puisque l’État s’est désengagé au profit des Délégations de Service Public, DSP confiées à des sociétés ne visant que les bénéfices. Si des groupes financiers aussi puissants que la Ijing Ltd mettaient la main sur la France, que resterait-il de nous ? Droit à la santé, à la Justice et autres vieux acquis sociaux, définitivement enterrés ainsi que le souhaitent certains. Les relatives libertés individuelles ne seraient plus qu’une illusion. Et les mômes analphabètes rejoindraient les maraudeurs qui survivraient dans nos villes, n’ayant d’autre choix que les trafics. Les bons petits soldats de l’ultralibéralisme auront, eux, accès aux villes privées et sécurisées. Si elles existent déjà, encore discrètes sous forme de simple quartiers, on les imagine bientôt hors des lois françaises. L’avenir n’est pas si loin, il est inquiétant.

Pourquoi tant souligner ce contexte ? Parce que ce monde invivable qu’on nous prépare, c’est celui où évolue Fjord Keeling. Se rebeller, se battre tel David contre Goliath, c’est voué à l’échec pour lui et les siens. Pourtant, essayer de comprendre est la mission qu’il s’impose, dans ce roman d’aventure. Mouvementée serait un faible mot pour qualifier cette intrigue tumultueuse. Nous, lecteurs, avons un peu plus de détails que Fjord sur les fameux projets. Histoire aux développements sinueux, psychologie des personnages, tout convainc dans ce suspense de belle qualité, peut-être prémonitoire.

 

— “Serenitas” est disponible chez Pocket dès le 13 juillet 2016 —

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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10 juillet 2016 7 10 /07 /juillet /2016 04:55

À l'issue de la première guerre mondiale, Séraphin Monge est âgé de vingt-trois ans quand il retourne dans sa région natale. Il a obtenu un poste de cantonnier à Lurs, dans la vallée de la Durance. Sa famille tenait autrefois un relais de poste un peu plus loin, à Peyruis. De la propriété qui appartenait à son père, ne reste que leur maison "la Burlière", les terres ayant été vendues entre-temps. Car un drame s'y joua alors que Séraphin était encore un bébé. Trois inconnus égorgèrent Félicien Monge, sa femme la Girarde, et le Papé, père de celle-ci, ainsi que les deux frères aînés de Séraphin. Scène sanglante, terrifiante selon les témoins. Trois ouvriers étrangers venus de l'Herzégovine furent arrêtés et bien vite guillotinés, pour ce monstrueux crime. Sauf que les victimes avaient été tuées avec un tranchet, couteau purement local, que le trio de suspects ne possédait pas.

Orphelin, Séraphin Monge fut élevé chez les Sœurs de la Charité. Ensuite, c'est au métier de forestier qu'il s'initia durant son apprentissage. Puis ce fut la guerre : Séraphin sortit sans trop de dégâts de la grande boucherie. Contrairement à Patrice Dupin, fils d'un riche notable des environs, affichant désormais sa "gueule cassée" qui effraie ou rebute. Patrice tente de sympathiser avec Séraphin, même si le fils Monge n'exprime aucun sentiment. Ce dernier n'en montre pas plus envers les jolies filles du coin, qui tournent autour de lui. Que ce soit la jeune Rose ou la belle Marie, voire Charmaine la sœur peu attirante de Patrice, il n'encourage nullement leurs approches de séductrices. Séraphin ne s'inquiète guère non plus de Zorme, le sorcier redouté aux alentours. Car, rongé par le manque d'une mère durant son enfance, le jeune Monge s'est fixé une mission : détruire la Burlière.

Après avoir brûlé tout le mobilier et les vêtements restant après sa famille, Séraphin a ôté les tuiles du toit, entamé la charpente. Jusqu'au printemps suivant, il va démolir la maison. Ultime témoin, un vieux moine moribond lui confirme que les trois assassins étaient bien des hommes d'ici, qu'ils visaient précisément Monge et sa famille. Séraphin découvre une boîte singulière dans la maison. Elle contient de nombreux Louis d'or ayant appartenu à son père, et surtout trois reconnaissances de dettes. Des prêts dont le remboursement devait intervenir le lendemain du jour où toute la famille fut égorgée. Pour Séraphin, l'identité des coupables est établie. Le boulanger Célestat Dormeur n'est autre que le père de Marie. Le fabricant d'huile Didon Sépulcre est celui de Rose. Quant à Gaspard Dupin, forgeron devenu grand propriétaire, il s'agit évidemment du père de Patrice.

Ces trois-là n'ont pas vu d'un bon œil le retour au pays de Séraphin Monge. Les parents de Rose et ceux de Marie voudraient dissuader leurs filles de tourner autour de lui. De son côté, Gaspard Dupin se méfie de Séraphin, dont le comportement lui semble empreint de folie. Il est vrai que le jeune Monge le surveille. En l'absence de Dupin, son fils Patrice a invité Séraphin à déjeuner, avec sa sœur et leur mère sourde. Le soir-même, alors que Gaspard Dupin rentre à sa propriété, il est victime d'une noyade. Il est bientôt établi que ce n'est pas accidentel. Séraphin n'a pas occasionné ce décès. C'est Patrice qui est arrêté et emprisonné, bien qu'également innocent. Célestat Dormeur et Didon Sépulcre sont de plus en plus sur leurs gardes…

Pierre Magnan : La maison assassinée (Éd.Denoël, 1984 – Folio)

Pierre Magnan (1922-2012) se fit connaître dans le domaine du roman policier à partir de 1977 avec la série des enquêtes du commissaire Laviolette. “Le sang des Atrides”, premier titre ayant pour héros ce policier provençal, fut récompensé par le Prix du Quai des Orfèvres 1978. C'est avec “La maison assassinée”, que Pierre Magnan rencontre en 1984 un immense succès : plus de cent mille exemplaires vendus. Couronné par le Prix Mystère de la critique 1985 et le prix RTL Grand Public, ce roman a la faveur des lecteurs, avant même d'être adapté au cinéma par Georges Lautner, avec Patrick Bruel dans le rôle de Séraphin Monge, en 1988.

Cette réussite s'explique par plusieurs facteurs. Pierre Magnan a déjà une certaine expérience en tant qu'auteur, quand il écrit ce livre. On le constate par la fluidité de la narration et, bien que le scénario soit riche en personnages, on les situe aisément. À cela s'ajoute l'aspect régional : Pierre Magnan évoque des paysages qui lui sont familiers, des décors qu'il fréquente depuis toujours. Il les imaginent quelques décennies plus tôt, les décrivant tels qu'ils étaient autour de 1920, recréant l'ambiance d'alors. Bien documenté, il évoque aussi les us et coutumes locales du passé provençal.

La vengeance est un thème éternel dans la Littérature policière. Elle prend ici une forme intrigante. Autre bel atout : les romans placés dans le contexte de la Grande Guerre et de ses suites n'étaient pas si nombreux dans les années 1970-1980 : on peut citer “Jules Matrat” (1975) de Charles Exbrayat, ou “Le boucher des Hurlus” (1982) de Jean Amila. Mais on se servait plus souvent de la 2e Guerre Mondiale, plus récente, que du premier conflit du 20e siècle. Nul doute que cette originalité put contribuer au succès de ce livre.

C'est probablement le personnage central, Séraphin Monge, qui apporte une force supplémentaire à cette histoire. On sent que c'est un garçon pétri de douleur, plutôt que de rancune. Tourner la page est essentiel pour lui, la destruction de cette maison où fut assassinée sa famille reste au fond insatisfaisante. N'importe quel psy nous dirait que "ne pas savoir" empêche d'avancer. Ainsi, Séraphin est dans l'impossibilité de s'engager vis-à-vis des jeunes femmes qui le courtisent, ni de vraiment sympathiser avec Patrice. Pudeur ou froideur ? Il se situe entre ces deux sentiments, peut-être. Costaud et fragile à la fois, son portrait nuancé le rend parfaitement humain.

Voilà un chef d'œuvre de Pierre Magnan à redécouvrir, d'autant qu'il est régulièrement réédité chez Folio policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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8 juillet 2016 5 08 /07 /juillet /2016 04:55

Bien qu'étant prélat, Estéban Lehydeux n'est pas du genre cureton qui respecte les saints préceptes de sa religion. Il a plutôt l'allure d'un Belmondo dans "Léon Morin, prêtre" que de Paul Préboist dans "Mon curé se tape les nudistes". Le beau gosse à l'esprit baroudeur, en somme. Certes, les vocations ecclésiastiques se faisant rares, Estéban est chargé d'une paroisse. Au besoin, lors des obsèques d'une de ses ouailles, il ne se prive pas de moquer publiquement la cupidité des neveux et nièces de la pieuse défunte, d'ailleurs. Pourtant, la mission principale de ce curé, le sacerdoce qui l'anime, ce sont ses fonctions d'exorciste. Il y a encore des enragés faisant des crises de Foi jusqu'au délire hystérique, pour lesquels on a besoin de ses services. Dans ce rôle-là, il se fait appeler Requiem.

Quitte à devoir s'excuser de temps à autre auprès de "Notre Père qui êtes aux cieux", son patron, Requiem use et abuse de certains péchés capitaux. Il s'alcoolise à outrance dès que le Bon Dieu n'a plus l’œil sur lui, par exemple. Et si se présente une jeune femme bien roulée et libre de mœurs, il ne tarde pas à devenir intime avec la donzelle. Ce qui est le cas pour Martine Rutebeuf, dont l'activité professionnelle consiste à tourner des films X en utilisant les moyens d'Internet. Elle ne s'en cache quasiment pas, la diablesse, tant c'est devenu ordinaire. Ce qui l'est nettement moins, c'est la proposition qu'on lui adresse en tout anonymat : un très gros paquet de fric pour participer à un tournage pédophile. Elle en fait part à Requiem, ne sachant en l'occurrence comment réagir.

Si Jésus a dit "laissez venir à moi les petits enfants" c'était pour leur édification religieuse, pas pour des pratiques sexuelles déviantes. Vu le profil "gros calibre" du violeur qui serait le partenaire de Martine, ça s'annonce carrément dégueulasse. Requiem décide de piéger les salopards qui organisent la chose. Tandis que, sous son contrôle, Martine donne son accord, Requiem explore les plus salaces arcanes de l'Internet pornographique. On trouve toutes sortes de chtarbés du sexe sur les réseaux. Dès le lendemain, l'acompte prévu est livré chez Martine. Ça signifie donc qu'ils possèdent son adresse, c'est inquiétant. Déjà qu'il est probable qu'après le tournage, on éliminera un témoin gênant y ayant participé. Elle est vraiment en danger, Martine. D'ailleurs, la suite risque de vite le démontrer.

L'exorciste Requiem peut compter sur son ami le commissaire Régis Labavure. Un grand admirateur de Maigret, on s'en aperçoit en pénétrant dans son bureau. Mais le curé de choc ne peut pas tout lui avouer sur cette affaire. Surtout quand il est contraint d'éliminer un des adversaires, membre de la bande de sadiques. Se sachant repéré, Requiem va transformer son aspect physique, façon Bruce Willis en John McClane dans "Die hard". Il se peut qu'il trouve une piste au club de remise en forme Beauty-Body, si Satan l'habite…

Stanislas Petrosky : Je m'appelle Requiem et je t'… (Éd.Lajouanie, 2016)

L'enquêteur de base, le flic-standard, fait correctement son boulot, mais manque souvent de punch. Même le détective amateur, qui se hasarde à investiguer, craint parfois de prendre des initiatives. Heureusement, il y a encore de véritables héros, n'ayant pas peur d'affronter les méchants. Des coriaces, des rusés, prêts à s'immiscer chez l'ennemi, après avoir fait quelques galipettes avec la "femme fatale" de l'aventure qui nous est racontée. Requiem est de cette trempe, pas froid aux yeux, le muscle percutant. Un sacré fonceur capable de traquer les pervers autant que de bousculer le rituel catholique. Du suspense et de l'action, avec une belle dose d'humour, voilà qui nous promet un polar distrayant. Contrat rempli, le but est atteint : l'auteur nous offre un très bon moment de lecture.

Michel Audiard fut l'inoubliable grand maître des dialogues de films. Frédéric Dard, quand il écrivait ses San-Antonio, faisait preuve d'une admirable fantaisie, afin que chacun de ses romans soit un vrai feu d'artifice. Il est légitime que ces virtuoses soient toujours vénérés par quantité de personnes, y compris parmi les romanciers. Toutefois, attention à ne pas trop jouer sur l'imitation. Par exemple, San-Antonio haranguait volontiers son lecteur au cours du récit, plaçant un jeu de mot hilarant ou ironisant selon son humeur. C'est aussi le cas de Requiem, héros de cette intrigue. Qui se retrouve dans des situations comparables à celles "vécues" par San-Antonio.

Que cela ne nous empêche pas d'apprécier les allusions (“Ça court les rues, les grands cons. — Ouais ! Mais celui-là c'est un gabarit exceptionnel. Si la connerie se mesurait, il servirait de mètre-étalon. Il serait à Sèvres.” - Audiard). Ni de savourer ce joyeux polar.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 04:55

Producteurs de cinéma, Georges et Christine Cannonges ont réuni quelques personnes dans leur propriété de Seine-et-Marne, pour finaliser un projet de film. Dont le sujet est l'histoire du boxeur Jo Marcus, présent parmi les invités. Jo étant connu d'un large public populaire, cela contribuera certainement au succès du film. Qui sera réalisé par le cinéaste italien Ugo Ferraccio, venu avec sa séduisante épouse Antonella. La cote de ce réalisateur est en baisse, certes, mais il s'agit d'un projet plus modeste que ceux des grosses sociétés de production. Bella Bardem, star montante, jouera le principal rôle féminin, tandis que Roger Belmont incarnera Jo Marcus. Pour l'acteur, doté d'une belle prestance, c'est enfin l'occasion de montrer son talent, peut-être la dernière.

Parmi les présents, il y a aussi Jacqueline, la jeune secrétaire de Georges Cannonges, qui affiche un air strict. Et Sophie, que Roger Belmont surnomme La Teigne, la sœur aigrie de Christine. Dans le couple de producteur, c'est Christine qui possède une certaine fortune. Georges s'est montré habile à faire fructifier son argent. Toutefois, pour le projet en cours, il a besoin d'un partenaire à 50 % : Serge Hartmann. Ce dernier est arrivé, mais c'est son associé bègue Van Hoorbeeke qui doit apporter la somme, en billets de banque. Belmont reste sceptique sur la conclusion de ce projet de film : “Des fantoches, voilà ce que nous étions. Des marionnettes dansant un ballet ridicule au sein d'un monde sans consistance où nous bâtissions, sur des marécages, de sordides châteaux en Espagne.”

Malgré l'orage qui gronde cette nuit-là, Georges et les invités batifolent dévêtus autour de la piscine. C'est alors qu'arrive Van Hoorbeeke, qui trouve spirituel de semer une pagaille vestimentaire dans le groupe. À peine l'a-t-on aperçu que Van Hoorbeeke disparaît. Tout le monde le cherche durant le reste de la nuit, mais on ne découvre que sa voiture, vide. À vrai dire, c'est le pactole qu'il apportait dans sa serviette que tous veulent retrouver. On ne tarde pas à s'accuser mutuellement. Il est possible que l'un d'eux se soit grimé en Van Hoorbeeke pour perturber la situation. Belmont et la secrétaire Jackie se rapprochent un peu, s'interrogeant tous deux sur le financement du film, tenant davantage de la combine que d'une opération sérieuse. On n'est pas dans les hautes sphères du cinéma, ici.

Georges encourage Belmont à coucher avec Christine, afin que lui-même puisse sauter la belle Antonella Ferraccio. Le cadavre de Van Hoorbeeke est bientôt repéré au fond du vieux puits de la propriété. Pas question d'alerter la police, car chacun mesure le scandale qui s'ensuivrait. D'ailleurs, l'essentiel est de récupérer la grosse somme en billets qu'il transportait. Il ne suffit pas de retrouver la serviette, en réalité. Une autre victime, par noyade nocturne dans la piscine, sera à déplorer…

G.Morris : Arnaque-party (Fleuve Noir, 1982)

Petit hommage supplémentaire à Gilles-Maurice Dumoulin, décédé le 10 juin 2016 à l'âge de quatre-vingt-douze ans. Traducteur émérite, scénariste des San-Antonio au cinéma, il écrivit plus de deux cent romans policiers et d'espionnage, ou d'anticipation, dont la série signée Vic St Val. Publié au tout début des années 1980, “Arnaque-party” est typique de ses romans à suspense. L'action étant immédiatement lancée, le lecteur est entraîné par le rythme narratif. Le mystère naît des circonstances décrites, tout naturellement. Quant aux personnages, ce sont leurs faits et gestes qui nous renseignent sur eux.

Le petit univers évoqué, ce n'est pas la crème de la production de films : “Le cinéma est un drôle de racket. Il y a producteurs et producteurs. Au meilleur bout, les maisons chevronnées dont la parole vaut un contrat. Au plus mauvais bout, les Serge Hartmann, qui n'ont encore jamais rien fait dans ce domaine, mais qui décident un beau matin de produire un long métrage…” Ces combinards, assez nombreux jusqu'aux années 1970, étaient en voie de disparition avec l'évolution du métier, au temps de ce roman. Ici existe une "unité de lieu", la propriété des Cannonges : pour autant, les scènes sont variées, sans risquer le côté théâtral. Ça reste dans le registre du polar de comédie, avec des moments très drôles, bien sûr. Néanmoins, Gilles-Maurice Dumoulin exploite une véritable intrigue criminelle, puisque l'on compte des victimes et un assassin. N'oublions pas les auteurs de cette génération, relisons leurs livres : ils possédaient un savoir-faire certain.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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