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21 février 2010 7 21 /02 /février /2010 07:16
 

On a pu apprécier les précédents romans de Piergiorgio di Cara, ayant pour héros Salvo Riccobono, flic anti-mafia. DansHollywood Palerme(Éd. Métailié, 2010) nous faisons la connaissance d’un autre pilier de la police palermitaine.

Pippo Randazzo est un policier d’une trentaine d’années, appartenant à la Brigade Criminelle de Palerme. Étonnant choix de carrière pour cet inspecteur, disposant d’autres ressources financières. Fils d’un ancien politicien qui s’est enrichi sans se compromettre, Pippo fut étudiant en science politique. “Au fond, je n’avais pas de perspectives […] Je passais des examens parce que c’était ça mon boulot. Puis il y a eu le concours d’inspecteur. Ça, ça me plaisait.” Il cultive une relation complice avec la psychologue Roberta, sans qu’ils soient encore amants. Il se sent bien à Palerme, chez lui. “Pippo aime vraiment sa maison, et depuis qu’un artiste loufoque a décidé d’installer l’inscription gigantesque HOLLYWOOD, elle lui plait encore plus. Au fond, la colline ressemble beaucoup à celle qui domine Los Angeles.” DI CARA-2010À la Criminelle, il dirige une équipe composée de Mauro, Andrea, et du jeune Sip. Ils sont chargés d’élucider le meurtre de Laura Nardi.

Épouse d’un cadre de grosse entreprise, la victime a été assassinée avec une grande violence, à l’heure où elle préparait le dîner. Romeo Nardi, le mari, répond aux questions des policiers. Ce bel homme ne leur semble pas tellement franc. Dès le lendemain, on retrouve dans le métro un petit morceau d’os du crâne de Laura Nardi et le marteau qui a servi d’arme. Selon Pippo, il ne faut pas réfléchir en policier. “Nous cherchons à donner une explication à tout, et nous le faisons en suivant le raisonnement du crime parfait […] C’est-à-dire que nous, nous ne savons pas ce qui se passe dans la tête de l’assassin.” Les téléphones de la famille Nardi sont mis sur écoute. Le mari reçoit une série de curieux appels muets. En le prenant en filature, la police constate qu’il a une maîtresse, responsable d’un club de fitness. Contrairement à ce qu’affirmait Nardi.

La vidéo surveillance du métro ne couvre pas l’endroit où l’on a retrouvé l’arme et l’os. Pippo estime qu’on peut quand même tirer quelque chose des images de la station. Rien de probant n’apparaît, dans un premier temps. Le repas dominical chez ses parents offre une pause à Pippo. Le lundi, il s’adresse à son collègue du service anti-mafia, Salvo Riccobono. Celui-ci le met en contact avec un technicien expert en téléphonie. On identifie l’origine des appels muets, mais la personne, patronne d’une boutique, n’a aucun rapport avec les Nardi. Même en surveillant cette femme et son employée, les policiers ne sont guère avancés. Huit jours après le meurtre, l’enquête piétine. Le supérieur de Pippo le relance, car il aura du mal à faire garder le silence aux journalistes. Grâce au service scientifique, une des photos du métro va peut-être les aider…

Il serait erroné de ne voir dans cette histoire qu’un roman d’enquête. Certes, il s’agit bien d’une affaire criminelle et d’investigations policières. “[Pippo] a l’habitude de considérer une enquête pour meurtre plus ou moins comme un problème mathématique. Tout doit répondre à des règles logiques, la difficulté consistant à trouver le point de vue correct. Une fois cela fait, tout devient d’une simplicité presque banale.” Pourtant, le récit ne concerne pas que la recherche d’un coupable. Par touches nuancées, on nous présente le quotidien du héros, ses origines familiales, sa ville de Palerme, sa relation particulière avec Roberta, des anecdotes sur l’univers du commissariat. Et tous ces petits rituels, collectifs ou personnels, finement observés par l’auteur. C’est cet ensemble d’éléments qui donne au roman sa crédibilité, son ambiance. Le contexte italien et sicilien, incluant les malversations et les questions mafieuses, apparaît en filigrane. C’est “en collègue” que Salvo Riccobono, le flic anti-mafia des autres romans de Piergiorgio di Cara, figure dans une scène. Un roman de belle qualité !
Cliquez ici sur le précédent article consacré à Piergiorgio di Cara.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 07:13

 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Gilles Caillot (aux Éditions du Polar : L'ange du mal, Réminiscence et Lignes de sang)

CAILLOT-1
Si tu étais un assassin, quelle arme aurais-tu utilisé ?

Le couteau de chasse d’une longueur improbable ou alors une scie sauteuse pour le bruit enivrant.

Si tu étais le cauchemar des cauchemars ?

Pouvoir entrer dans la tête des gens et profiter de leur sommeil pour les embarquer dans mon univers et leur faire découvrir mes enfers.

Si tu étais le rêve absolument inaccessible ?

L’immortalité ou bien le don d’ubiquité. Quoique, si c’est possible, les deux à la fois.
Si tu étais le pire défaut humain ?

J’peux en donner deux : Oui ?! Allez, la connerie et la paresse.

Si tu étais un personnage historique (lequel), serais-tu pire ou meilleur ?

Ed Gein, un des pire tueur en série Américain. Quelle question ? Pire, évidemment.

Si tu étais l’amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

Ouch… Il y en a plein… Ma préférence va cependant à Catherine Zeta-Jones.

Si tu étais un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

Le loup alpha, pour le côté chef de meute, et particulièrement assoiffé de sang.

Sinon pour l’animal domestique : le chat… Pour ses sept vies.

CAILLOT-2Si tu étais une ville 1/ de France, 2/ d’Europe ?

Lyon. Ma ville, que j’aime et où se déroulent tous mes romans.

Venise, pour ses mythes et ruelles sombres la nuit.

Si tu étais un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

Aucune préférence pour le jour mais Minuit, l’heure du crime.

Si tu étais un métier (autre qu’auteur), lequel et pourquoi ?

Bah… J’ai déjà un métier mais si je pouvais en changer, je serais flic. Commissaire à la Crime.

Si tu étais une catégorie musicale ?

Death metal (j’en écoute pour écrire mes romans) mais dans la vie de tous les jours, plutôt pop-rock.

Si tu étais un sport ?

Le tir. Un bon Magnum 357 entre les mains, ça fait du bien.

Ma chronique sur le premier roman de Gilles Caillot : "L'ange du mal" (Editions du Polar, 2007)
 « On a affaire à une jeune femme, d’une vingtaine d’années à peu près. Le cadavre a été déplacé après la mort, causée éventuellement par l’arrachement de la tête. La mort remonte à environ trois jours. Je n’ai trouvé pour l’instant aucune trace qu’aurait pu laisser le tueur. Aspect intéressant, les empreintes digitales on été limées… » Telles sont les premières observations que la légiste Julie Martin transmet à son amant, le policier Zanetti, de la Criminelle à Lyon. Plus tard, elle lui apprend que la victime a récemment avorté, et que ses entrailles contiennent un petite fiole. À l’intérieur, un mystérieux message codé, références bibliques à l’Apocalypse. C’est évidemment l’œuvre d’un psychopathe.CAILLOT-3

Alors que le tueur séquestre une nouvelle victime qu’il torture, il adresse une photo de la première jeune femme à la journaliste Clotilde, afin de provoquer la police. Sur les berges d’un lac de la région, on découvre encore une femme décapitée et deux autres poignardées. Le tueur rôde non loin de là, repérant autant Julie que Zanetti. Dans une maison de retraite, le décès d’un retraité de la police très affaibli semble naturel. Pourtant, quelques indices - dont une seringue - incitent son ami Zanetti à s’interroger. La deuxième décapitée avait aussi avorté récemment. On lui a poinçonné sur le dos un codage, une grille de Vigenère. Décrypté, le message parait annoncer qu’il y aura huit victimes.

Restant discret sur l’affaire, Zanetti confie des informations à Clotilde. Le tueur n’est sans doute pas satisfait qu’on parle si peu de lui, car il visite l’appartement de la journaliste. Pour l’effrayer, il laisse chez elle la tête défigurée d’une des jeunes femmes torturées. Analysé par Julie, un poil pubien du tueur fournit un ADN imparfait. À cause des avortements, la police contacte les cliniques d’obstétrique de la région, sans grand résultat. Le flic retraité a bien été assassiné. Sur une bande vidéo de surveillance, on devine la silhouette massive du tueur près de la maison de retraite. Pendant ce temps, le criminel joue avec Karine, sa nouvelle victime. Il lui donne l’espoir qu’elle peut fuir, avant de la torturer. Deux cadavres sans tête sont trouvés dans les égouts lyonnais. La police provoque le tueur, affirmant que la corde qu’il a utilisée porte son ADN...

Il est clair que Gilles Caillot, admirateur de Maxime Chattam, Jean-Christophe Grangé ou Franck Thilliez, vise d’abord l’efficacité. Sur un scénario aussi macabre que sinueux, il détaille les scènes dures - voire même gore, présente quelques pistes, multiplie les péripéties mystérieuses. Le psychopathe schizophrène à la carrure de géant qui, très jeune, s’est donné pour mission de "faire le mal", est monstrueux au-delà de toute limite. Rares sont les femmes présentées dans cette histoire qui peuvent espérer lui échapper. Ses fumeuses motivations importent sans doute moins que la traque dont il est l’objet. L’opiniâtre policier Zanetti et son équipe s’efforcent de le contrer. Les amateurs de thrillers cruels, sanglants et mouvementés vont adorer.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Interviews Express
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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 07:09
 

Maurice Batignol est le héros de “Le monde est plein de polissons”, roman d’humour noir de Nelly Bridenne. Maurice Batignol, ce nom ne vous dit rien ? C’est logique. Ce rouquin végétarien, bègue butant sur les B, d’origine belge, ne passe sans doute pas inaperçu, mais on ignore généralement sa profession. Maurice Batignol est tueur à gages, un “saigneur” dans la profession. Ce qui signifie qu’il surine ses victimes avec sa lame, surnommée Alcatraz. Dans son immeuble, la vieille concierge Mme Bignole reste incapable de le saluer par son vrai nom. Faut l’excuser, elle est mi-sourde. Dans la maison d’à côté, Géromine est aussi une dame âgée, mais autrement plus active. BRIDENNE-2010Quand elle n’arrive pas à éliminer des gêneurs, à qui donc qu’elle fait appel ? À Maurice Batignol, le pro de la disparition prématurée, l’expert en coup de poignard fatal, le cador des exécuteurs à l‘arme blanche. Quand sa voisine de palier, la douce Jeanne, est maltraitée par son imbécile de mari, que fait Maurice ? Il la débarrasse radicalement du brutal conjoint. Après les coups de couteau, le coup de foudre est inévitable. C‘est ainsi que Jeanne vit ensuite maritalement avec Maurice, belle histoire d’amour.

Le Grand Charles est un caïd un poil vindicatif, un brin susceptible. Faut avouer qu’il n’a pas eu une enfance facile, entre un beau-père mac et une mère prostituée.Notre trio, c’était le petit con, la pute et le puant. Les Thénardier, en pire.C’est le patron de Maurice, qui décide de ses contrats. Sauf qu’il arrive à Maurice de renoncer pour motif personnel. États d’âme ou déontologie du sicaire, le Grand Charles est compréhensif :Le boss ne refuse rien à Maurice quand il refuse une mission. Il aime chez lui ce côté sensible. Et puis il a recours à d’autres employés moins regardants.Des cibles, Maurice n’en manque pas, usant des méthodes le mieux adaptées à chacune. Exemple, ce chasseur : “Son légionnaire il était gros, il était con, il sentait bon la chevrotine. Il est mort dans son lit, c’est vrai, mais avec trois cartouches dans le buffet.”

Chez les habitants de son immeuble, y en a quelques-uns qui méritent sans nul doute l’intervention de Maurice. Parmi ses victimes, c’est parfois l’horoscope qui guide notre valeureux justicier appointé, faut bien trouver des bases. Maurice n’oublie pas son séjour bienfaisant à Fleury-Mérogis, station incontournable du tourisme pénitentiaire. Sa collègue Maryse, avenante quinquagénaire jouant avec les armes à feu, Maurice l’aime bien. “Nous appartenons tous les deux au club très ouvert de ceux qui ont perdu leurs illusions. Nous avons tous les deux arpenté le boulevard des rêves brisés […] Et survécu à une vie rock’n’roll parsemée de périodes de blues.” Mais si elle tente un coup de Jarnac, notre tueur patenté réplique par un mortel coup de lame, réflexe oblige. Sans doute Maurice est-il un nostalgique de Joe Strummer et The Clash. Néanmoins, il lui arrive de s’essayer au slam, et d’avoir pour client un rappeur voulant supprimer ses concurrents. Il vit (et tue) avec son temps, l’ami Maurice…

C’est un héritier des Tontons Flingueurs, scénarisé par Frédéric Dard et dialogué par Michel Audiard, que nous présente Nelly Bridenne. Un dur au cœur tendre façon Lino Ventura, dans une ambiance musicale plus actuelle punk-rap-slam, voilà Maurice. Avec les casse-burnes de tout acabit, les malfaisants congénitaux, les malsains dérangeants, il n’y a qu’une seule solution, l’élimination. Éjecter les indésirables, vaste programme ! Au contraire d’un monstre froid, il en épargne çà et là quelques-uns, selon ses critères. Quand une suite de nouvelles dédiées à au héros fétiche de l’auteur devient une sorte de “chronique mauricienne”, le résultat s’avère assez jouissif. Le plaisir étant au rendez-vous, ce roman autoédité se commande sur le site

http://www.confessionsdunpolisson.fr/

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 07:05
 

En s'inspirant de vieux récits chinois, Robert Van Gulik (1910-67) a écrit dix-sept récits policiers, affaires élucidées par son juge Ti, qui aurait réellement existé (puissant magistrat, né en 630, mort en 700). Rendons ici hommage à Van Gulik et à ses successeurs. Car, à travers divers auteurs, le juge Ti continue à vivre de passionnantes aventures. Commençons par relater trois des dix-sept histoires de Robert Van Gulik (publiées chez 10-18, Grands Détectives).

TI-1Le paravent de laque”. En 663, le juge Ti vient de séjourner dans la capitale, et retourne à Peng-Laï où il est en poste. Tsiao-Taï, un de ses fidèles lieutenants, l’accompagne. Il souhaite se reposer incognito durant quelques jours à Wei-Ping. Dès son arrivée, le juge Ti réalise que cette ville n’est pas aussi calme qu’il le pensait. Il est reçu fort peu aimablement par M.Teng, magistrat du district et poète réputé Visblement, M.Teng a de gros soucis. Par ailleurs, le juge Ti voudrait savoir pourquoi un affreux personnage nommé Kouen-Chan s’intéresse tant à lui. Quant au suicide d’un riche commerçant de la ville, M.Ko, le juge n’y croit guère. Encore une affaire à éclaircir.
Ti et son lieutenant font connaissance avec la pègre locale, dominée par Le Caporal. Cet ancien valeureux soldat ne veux pas de meurtres dans "sa" ville. À l’auberge du Phoenix, le juge rencontre une prostituée plutôt aimable, Œillet-Rose. Ainsi qu’un jeune voyou appelé L’Étudiant, que les truands locaux n’estiment pas beaucoup. À juste titre, semble-t-il. Le meurtre de Lotus d’Argent, l’épouse de M.Teng, apparaît fort mystérieux. L’attitude de la veuve du suicidé M.Ko est étonnante. Le banquier Leng est assurément peu scrupuleux. Kouen-Chan propose un marché au juge Ti, ce qui permet celui-ci de dénouer certains fils de l’affaire…

TI-2Le monastère hanté”. En 666, le juge Ti est en poste à Han-yuan. Accompagné de ses trois épouses et de son lieutenant Tao-Gan, il rentre de voyage quand leur convoi est surpris par la tempête et l’orage. Ils trouvent refuge dans le monastère taoïste du Nuage Matinal. Durant toute la nuit, le juge va enquêter dans ce labyrinthique monastère. Est-ce à cause de la fièvre qu’il a assisté à une étrange scène ? À travers une fenêtre (qui n’existe pas), il a cru voir un homme casqué agressant une jeune fille au bras coupé.
L’ancien supérieur du monastère, Miroir-de-Jade est décédé un an plus tôt. Peut-être pas de manière si naturelle que l’on cru les témoins. La mort de trois jeunes femmes au cours des derniers mois mérite de meilleures explications que celles de l’actuel supérieur des lieux. Le juge Ti s’interroge sur diverses personnes présentes. Mlle Ngeou-Yang, actrice, semble avoir un secret à cacher. Le comportement de Mlle Ting, aussi actrice, est assez curieux. Rose-Blanche, la fille de Mme Pao, apprécie Tsong-Li, poète charmeur mais qui fait de fort mauvais vers. Quant au sage taoïste Maître Souen, son rôle parait bien obscur au juge Ti…

TI-3Le squelette sous cloche”. En 668, le juge Ti prend ses fonctions à Pou-Yang. Il est bientôt confronté à trois affaires très différentes. La première est un viol suivi d’un meurtre. On a déjà un suspect, le jeune Wang, amant de la victime. Ti doute qu’il s’agisse du meurtrier. Un détail capital dans le témoignage de Wang conduit le juge sur la bonne piste. L’efficacité d’un de ses lieutenants fait le reste… Le temple bouddhiste de la ville n’inspire pas confiance au juge Ti, ni à ses hommes. À cette époque, les moines bouddhistes sont puissants en Chine. Il est dangereux de s’en prendre à eux. Ti s’interroge sur l’histoire de Déesse Féconde, qui agirait sur les femmes venues la prier…
La famille de la vieille Mme Liang a été jadis assassinée et ruinée par le puissant négociant cantonais Lin Fan. La dame âgée présente une fois encore cette affaire devant le tribunal du Juge Ti, qui comprend vite que le cas sera difficile à résoudre. La découverte d’une grande cloche dans un temple taoïste vidé de ses moines, le témoignage d’un mendiant, la surveillance intensive de Lin Fan, et une ruse durant l’audience, permettent au juge de faire son métier.

Depuis, plusieurs auteurs ont donc repris la narration des aventures du juge Ti, dont Frédéric Lenormand, publié chez Fayard. TI-4De “Le château du lac Tchou-an” et “La nuit des juges”, jusqu'à “Diplomatie en kimono”, il est l'auteur de quatorze enquêtes du Juge Ti.

Un exemple avec “Le mystère du jardin chinois” (2009). En 669, sous le règne de l'impératrice Wu, le juge Ti est sous-préfet de Pou-Yang, importante cité sur le Grand Canal impérial qui traverse la Chine du nord au sud. Une étrange "guerre du ciel" provoque la mort massive des volailles et des oiseaux migrateurs dans le district. Pris dans une attaque de canards fous, le juge Ti tombe au sol et perd la mémoire. Émissaire du Censorat venu examiner la situation, l'inspecteur Peng Shen l'envoie se reposer à la campagne avec ses trois épouses et ses enfants. La famille Ti trouve asile dans la luxueuse propriété d'un négociant en thé, Hu Nong. Il est préférable pour le juge Ti de s'y faire passer pour un médecin. Le domaine se compose de quatre jardins, chacun symbolisant une saison, créés par le jardinier taoïste Ding Quon et son assistant eunuque Rossignol. Le juge Ti se pose bientôt des questions sur les invités de leur hôte, qui reste invisible : un militaire loyal et rigide, un moine bouddhiste plus ambitieux que religieux, un peintre célèbre, une voyante alcoolique parfois inspirée, une hautaine dame de cour qui fut lectrice de l'impératrice, et tout un personnel qui ne voit jamais Hu Nong.
Au centre des quatre jardins, un enclos difficile d'accès, doté d'une décoration plutôt laide. C'est là que le propriétaire semble se cacher, dans une tour vouée à la méditation. Quand le juge Ti explore l'endroit, il parait vide. Les invités sont là pour voir éclore le mythique lotus bleu. L'improbable miracle se produit : les fleurs bleues sont remarquables. Le militaire est chargé de veiller à ce que personne n'y touche. Selon sa Première épouse, qui l'aide à surmonter son amnésie, “Quelqu'un [a] organisé entre ces murs une belle réunion d'imbéciles avides de gloire et de fleurs rares.” En effet, tous les invités furent membres de la cour impériale. Si la mort suspecte du moine bouddhiste ne les a guère affectés, l'empoisonnement de l'économe du domaine signifie que le danger se précise autour d'eux. Quels noirs secrets s'abritent derrière les murs de cette étrange propriété ?

TI-5
Un petit scoop !
Dès début avril 2010, la collection Grands Détectives chez 10-18 présente une nouvelle version des enquêtes du juge Ti. C’est l’auteur Zhu Xiao Di, né en 1958 à Nanjing, professeur à Harvard, qui nous offre ces péripéties inédites dans la vie du juge. Ce volume s’intitule tout simplement “Les nouvelles affaires du juge Ti”. En 669, du meurtre de très jeunes femmes, au mystère de l’or disparu dans un temple bouddhiste, en passant par un énigmatique testament, le juge Ti enquête dans le district de Pou-Yang. Tout l’éventail de la société chinoise défile sous le regard de l’intraitable Ti : veuves éplorées, épouses trompées, riches négociants, pauvres étudiants, magistrats, pêcheurs. Le juge est humaniste, mais la justice doit être rendue le plus habilement possible. Voilà qui va nous permettre de renouer avec l’un des plus attachants héros de la littérature policière.

Le juge Ti serait-il immortel ? C’est-ce que souhaitent tous ses admirateurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 07:22
 

Nouveau titre de la collection Seuil Thrillers,Le vrai mondede Natsuo Kirino est ce qu’on appelle aujourd’hui unroman choral, à plusieurs voix. Ce qui permet d’approcher au plus près du vécu des personnages, de leurs sentiments face à une situation périlleuse. Par la justesse de sa tonalité et de son ambiance, une histoire très convaincante, vraiment passionnante.

Dans la banlieue de Tokyo, vivent quatre copines lycéennes d’environ dix-sept ans, de caractères fort différents. Bien qu’appartenant à une famille équilibrée, Toshiko trouve le monde actuel agressif. En ce mois d’août caniculaire, elle suit les cours intensifs de “l’institut de gavage”. Ce jour-là, on lui a volé son vélo, et elle a perdu son portable. Rentrant chez elle, Toshiko apprend que leur voisine a été assassinée. KIRINO-2010Le fils de la victime, que ses copines et elle nomment le Lombric, est le probable coupable. Toshiko a compris que c’est lui le voleur du vélo et du portable, mais n’en dit rien aux policiers. Elle contacte ses amies Yuzan, Kirarin et Terauchi, pour leur raconter ce qui s’est passé. Elles ne sont pas surprises quand le Lombric leur téléphone, grâce au répertoire du portable.

Yuzan est la plus marginale du groupe. Peu féminine, elle se pense lesbienne, et fréquente des amies assez spéciales. À traîner dans des quartiers mal famés, elle a fini par être sévèrement agressée. Son avenir lui apparaît incertain. Ce qui rapproche Yuzan du Lombric, c’est que sa mère est aussi décédée, mais de maladie. Elle lui fournit un vélo et un autre portable, pour qu’il poursuive sa cavale. Ryo, dit le Lombric, ne regrette pas son geste. Élève moyen, il subissait la pression d’une mère croyant bien faire. Le Lombric se voit comme “l’héritier d’un péquenaud et d’une pouffiasse. Et n’était-ce pas elle qui m’avait largué dans un endroit où il n’y a pas la moindre fille. Pourtant, voilà qu’elle me demandait si je tombais des nanas ! Elle me demandait ça parce qu’elle avait conscience que ses méthodes d’éducation étaient un échec.” Sa version de la “normalité” irritait le jeune Ryo. Les conflits étaient permanents, jusqu’au jour fatidique.

La plus allumeuse des quatre copines, c’est Kirarin. Elle participe à une autre bande de filles, les Joyeuses Drilles, qui aguichent les garçons. Seuls ses amours d’adolescente sont au cœur de ses préoccupations. Excitée par le cas du Lombric matricide, elle le rejoint bientôt. Bien qu’il ne soit guère à son goût, elle retient son côté “héros”. Pour dormir, le couple se réfugie dans un Love Hotel. L’esprit du Lombric dérape, il s’imagine en militaire, envisage de retourner chez lui pour tuer son père. “Qui sait, peut-être que je suis un génie, après tout ? Le problème, c’est que personne n’est au courrant […] J’aurais dû dire au monde quel génie j’étais, mais j’ai merdé en oubliant de laisser une lettre dans ma chambre.” Il téléphone à Terauchi, pour qu’elle rédige à sa place son message, son manifeste. Intelligente, la jeune fille a des idées compliquées sur la vie. Elle n’éprouve aucune pitié pour le Lombric, dont la cavale semble vouée à l’échec…

L’auteur fait dire au jeune fuyard : “Les romans sont proches de la vraie vie, c’est comme s’ils montraient le monde après en avoir épluché une couche, une réalité qu’on ne pourrait pas voir autrement. Ce que je veux dire, c’est qu’ils ne sont pas superficiels.” En effet, les portraits de ces adolescentes nous présentent une facette éloignée de cette perfection japonaise tant vantée. Il est naturel que des jeunes cherchent leur voie, leur équilibre, ce que la culture de ce pays n’admet peut-être pas. Ces jeunes filles aident le Lombric pour des raisons différentes, mais toujours par méfiance pour le monde adulte ("Le vrai monde"). Elles vivent une sorte d’expérience qui exprime un besoin de “hors norme”. En les comparant à des funambules sur un fil, leur jeu débute de façon quasi-ludique, mais pourrait finir par une série de brutales chutes.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 07:17

Ce roman de Mehmet Murat Somer est absolument enthousiasmant. Faisons d’abord connaissance avec les héros et le contexte de “Hécatombe chez les élues de Dieu”.

À Istanbul, Burçak est un brillant consultant en informatique. Mais sa seconde vie compte bien davantage pour lui. La nuit, très maquillé et vêtu des robes les plus excitantes, il est la patronne incontestée d’un club de travestis. Ce petit monde des “filles” horripile des puritains homophobes. Sur le site Internet de Burçak, un certain Cihad2000 vitupère quotidiennement contre leur perversité. Bien plus grave, le travesti Ceren, 23 ans, vient d’être retrouvé mort dans un immeuble à l’abandon, loin de son appartement. Puis c’est le jeune Gül, un très beau travesti de 17 ans, qui est découvert noyé dans une citerne dont nul ne se servait plus. SOMER-2010Si la “voisine” de Ceren n’aide guère Burçak, son amie Gönül a bien connu Gül. C’est elle qui a repéré l’éphèbe à Rize, au bord de la Mer Noire, et l’a amené à Istambul, avant que Ceren s’associe avec Gül. On ne peut exclure une vengeance des ombrageux frères du jeune travesti.

La médecin légiste n’a aucune intention d’aider Burçak, qui préfère s’informer auprès d’un policier qui fut un ami d’enfance. Pour l’informaticien, ni paranoïa ni coïncidence dans cette affaire. Le fait que les vrais prénoms des deux victimes étaient ceux de prophètes semble essentiel. Burçak identifie vite Cihad2000, auquel il rend visite. Ce gnome handicapé en fauteuil roulant, lui aussi expert en informatique, est un homo refoulé tendance sadomaso, mais sans doute pas un assassin. Pompon est la meilleure amie travestie de Burçak. Elle se prénomme en réalité Zacharie, nom de prophète. Il accepte de l’héberger chez lui, tant que persiste un danger. Grâce au toujours bien informé Hasan, Burçak apprend que d’autres morts de travestis ont été récemment recensées en Turquie. Leurs vrais prénoms étaient Moïse, Jonas, et le réfugié iranien Mahomet. Les “filles” étant inquiètes, il est préférable de fermer provisoirement le club de travestis.

D’ailleurs, parmi la clientèle du club, Burçak a repéré quelqu’un d’inhabituel. Fils d’une riche famille de commerçants, Adem Yildiz n’appartient pas vraiment à leur cercle. Qu’il fréquente le violent Ahmet Kuyu, acteur déclinant, ne plaide pas en sa faveur. C’est sans doute Adem Yildiz qui, sur le site Internet de Burçak, se cache sous divers pseudos dérivés du prénom Adam. L’informaticien demande à son ami policier de faire pratiquer des tests ADN sur les victimes, mais ça prendra du temps. Une autre piste apparaît : la travestie Pompon a un grand admirateur, Fehmi Senyürek, employé par la riche famille Yildiz. En piratant l’ordinateur de Cihad2000, Burçak espère glaner des éléments sur le groupe financier Yildiz. Dans la station balnéaire de Borum, on compte une nouvelle victime parmi les travestis, un nommé David…

L’univers des travestis en Turquie nous étant bien sûr inconnu, c’est le premier atout original de cette histoire. On nous présente ici des gens qui assument leur apparence et leur sexualité, image inattendue de ce pays certes laïc, mais empreint de religion. Pour le héros, la mixité est autant culturelle que sexuelle. Il admire des artistes turcs populaires, mais ses références sont bien plus universelles. L’autre qualité de ce suspense tient dans l’évolution du récit. Avançant par ses propres moyens, Burçak récolte des bribes d’indices auprès de ses amies, finissant par prendre quelques risques. C’est plus subtil qu’une enquête classique, puisqu’il va bientôt cerner un suspect principal contre lequel les preuves sont relatives. Les personnages de travestis, forcément caricaturaux, sont décrits avec une évidente tendresse. Les rapports ambigus entre Cihad2000 (Kemal est son prénom réel) et le héros sont aussi assez savoureux. Ce suspense mérite un sincère coup de cœur.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 07:35
 

Sophie Audouin-Mamikonian est la créatrice de "Tara Duncan", série-culte de la littérature ado. Elle a connu un très beau succès avec son premier thriller destiné aux adultes, “La danse des obèses(désormais disponible chez Pocket). Sophie Audouin-MamikonianUn suspense qui met en scène un serial killer qui cuisine (et tue) avec la virtuosité d’un toqué trois étoiles, une ambiance macabre, raffiné et cruelle.

Ce jour-là, le capitaine Philippe Heart, de la 4e DPJ, commence par tomber amoureux – alors qu’il n’y croyait plus. Le Dr Elena Bartok est pédopsychiatre. “Son cœur battait trop vite, comme s’il venait de courir un cent mètres. Ce qu’il ressentait pour la jeune pédopsychiatre était extrêmement curieux. Disproportionné. D’autant qu’il y avait une femme dans sa vie… enfin presque […] À chaque nouvelle aventure, il espérait trouver celle avec qui il referait sa vie, celle avec qui il aurait des enf… non, disons plutôt celle avec qui il resterait le pus longtemps possible.”

Dans le même temps, Heart se trouve chargé de l’affaire la plus tordue de sa carrière : une série de meurtres atroces qui ne touchent que des obèses. Apparemment, aucun rapport entre son histoire d’amour naissante et la disparition de ces hommes. Heart s‘interroge, avec sa collègue Jeanne : “As-tu idée du nombre de gens obèses qui disparaissent ? — Je sais pas. Cinq mille, six mille ? — Jusqu’à cette année, aucun. Ils sont victimes de maladies, d’accidents ou de suicides, et meurent souvent bien plus jeunes que le reste de la population; surtout quand, comme notre victime, ils ont vraiment une énorme surcharge pondérale, mais ils ne disparaissent pas. Et c’est là où ça devient bizarre, parce que depuis six mois on en a signalé cinq !”

Quel est le sens de cette vengeance morbide mise en œuvre par l’obèse killer ? L’assassin aime le spectaculaire, exposant par exemple un cadavre au Zoo de Vincennes : “C’est alors que Philippe vit le corps, jusqu’à présent caché à sa vue par un des rochers au milieu de la fosse. Il était fixé sur une croix, crucifié comme si on avait voulu le punir. En le faisant souffrir au-delà de la mort. Mais le tueur n’avait pas utilisé de clous : le cadavre était juste attaché par les bras et les mollets. PLAQUE1Il n’avait plus d’avant-bras, comme celui de Rungis. Et il avait une grosse tache sombre sur le ventre. Intrigué, Philippe se pencha et comprit que l’homme avait été éviscéré.” Manipulateur et pervers, l’obèse killer choisit des victimes tout sauf innocentes. Sa cruauté n’a d’égale que l’inventivité de ses crimes et sa minutie de psychopathe. Pour remonter sa piste, Heart doit accepter d’entrer dans un jeu macabre dont il ignore longtemps toutes les règles...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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13 février 2010 6 13 /02 /février /2010 20:34
 

SAINT-VALENTINLa Saint-Valentin est la fête des amoureux. Autant dire qu’elle ne concerne guère les amateurs de polars. En effet, on se souvient que l’écrivain américain S.S.Van Dine (1888-1939), auteur des aventures de Philo Vance, fut le premier à établir des “règles du roman policier” dès 1928. Certes, elles étaient assez schématiques, et ont été maintes fois contournées. Néanmoins, retenons la règle numéro 3 :
“Le véritable roman policier ne doit pas comporter d'intrigue amoureuse. En introduire une reviendrait, en effet, à fausser un problème devant rester purement intellectuel.”
En observant les polars actuels, comme leurs prédécesseurs, on constate que la quasi-totalité des auteurs ont observé ce principe. Il n’est pas rare que le héros, enquêteur ou non, tombe amoureux d’une femme qui — soit va le trahir, soit sera une des prochaines victimes. Ce qui évite de tomber dans le banal mélodrame. Il arrive qu’un duo d’enquêteurs homme-femme soit mariés, amants, ou couple en devenir. Ce qui influe sur leur comportement, pas (ou peu) sur leurs enquêtes, donc sur la découverte de la vérité. La règle de S.S.Van Dine reste globalement valable.

Le livre illustrant ce clin d’œil à la Saint-Valentin étant publié par le label “Factice Policier”, il est inutile de le commander dans votre point de vente habituel.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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