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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 07:31

Publié aujourd’hui dans la collection “Domaine policier” chez 10-18, "Bad Monkeys" de Matt Ruff est un roman véritablement fascinant. Avant d’en dire plus, il est préférable de survoler l’intrigue.

Jane Charlotte a été arrêtée à Las Vegas, pour le meurtre d’un nommé Dixon. Ses déclarations dénotant la démence, elle est interrogée par le Dr Richard Vale. Jane affirme appartenir aux Bad Monkeys, dépendant d’une organisation secrète qui supprime les êtres malfaisants. Elle accepte de lui raconter sa vie, depuis son jeune âge. 10-RUFF.JPGÀ 14 ans, elle habite San Francisco avec son jeune frère Philipp, dix ans, et leur mère. Les relations entre mère et fille devenant violentes, on confie Jane à son oncle et sa tante. Le village de Siesta Corta est le plus ennuyeux du monde, mais elle sympathise avec Carlotta Diaz, qui va dans le même lycée. Jane a bientôt la preuve que le concierge de l’établissement est ce fameux “Ange exterminateur” qui martyrise des enfants dans la région. La police ne la croit pas. L’organisation Omnes Mundum Facimus lui apporte son aide très discrète. Le revolver MN qu’on lui donne permet d’éliminer des coupables sans laisser de traces, puisque MN signifie Mort Naturelle.

Le Dr Vale souligne quelques incohérences avec le passé connu de Jane. Celle-ci répond qu’il en existe aussi dans la Bible, sans qu’on remette en cause sa véracité. Jane poursuit son récit. Son frère Phil garde épisodiquement le contact, à Siesta Corta. Puis elle étudie inutilement à l’université. Jusqu’à sa trentaine d’années, elle mène une vie plutôt paumée. Elle espère confusément qu’un jour, l’organisation OMF aura besoin de ses services. Quand son frère lui suggére “d’œuvrer pour une vie meilleure”, elle fait quelques tentatives d’insertion en ce sens. Le 10 septembre 2001, Jane est appelée comme juré dans un procès. Elle connaît l’accusé, ce qui provoque des suites funestes. C’est là que Jane est contactée par Robert True, qui teste sa motivation dans la lutte contre la Mal. La première étape réussie (elle fait même coup double), on lui confie une mission d’homologation avant de l’engager dans les Bad Monkeys.

Bien que la mission ait été en partie ratée, elle devient agent de l’organisation. Toutefois, M.Dixon (du service de la Malfaisance) enquête sur Jane. Il dissèque les fantasmes et comportements sexuels de la jeune femme. Jadis, elle flashait sur les beaux mecs mineurs. Tout se passa bien avec Miles Davis, mais un autre cas fut plus problématique. Jane reste intégrée aux Bad Monkeys, mais perçoit le harcèlement de Dixon. Finalement, on l’oriente vers une mission à Las Vegas. Avec son supérieur Robert Wise, elle doit régler un cas de cryogénie et de racket qui prend une tournure explosive. Jane apprend que son frère Phil a été endoctriné par “La Troupe”, organisation ennemie d’OMF, dédiée au Mal…

Il s’agit d’un roman inclassable, en limite de plusieurs genres. Rien à voir, donc, avec un strict suspense criminel, pas plus qu’il n’entrerait dans la pure catégorie Fantastique, malgré des aspects fantasmagoriques. L’auteur fait d’ailleurs allusion au cas de ces Américains prétendant avoir été enlevés par des extra-terrestres, pour relativiser le récit de Jane. La vérité est beaucoup plus complexe, bien sûr. Cette histoire repose sur le témoignage de la jeune femme. Cherche-t-elle à convaincre qu’elle vécu une réalité parallèle, à mystifier le médecin ? Non, elle raconte librement les faits qu’elle dit avoir traversés. Ceux-ci furent aussi mouvementés que mystérieux, avec une part d’humour ou de dérision. Faut-il chercher ici une réflexion philosophique sur le Bien et le Mal ? Ce serait une lecture nettement trop basique (et assez conformiste). On peut considérer plutôt que Matt Ruff joue les illusionnistes, maître en faux-semblants. Le résultat est formidablement passionnant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:22

 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Thierry Marignac (“Renegade Boxing Club”, “Le pays où la mort est moins chère”)MARIGNAC-1


Si vous étiez un assassin, quelle arme auriez-vous utilisé ?

Question difficile, on pense à ses ennemis, on s’échauffe, on se prend à rêver : pendaison par les pouces, écartèlement, pilonnage d’artillerie lourde… J’ai trouvé !

Un instrument contondant, genre, hum, le casse-tête chinois.

Si vous étiez le cauchemars des cauchemars ?

Je serais l’agent du NKVD en retraite qui répondit à la question:

Combien de temps faut-il pour briser le ressort d’un homme ?…

Et j’aurais comme lui l’œil torve devant la caméra pour lâcher dans un soupir:

Trois semaines.

Si vous étiez le rêve absolument inaccessible ?

Prince d’un empire indépendant et surarmé au Nord-Est de l’Europe où les femmes esseulées ont automatiquement droit à une carte de séjour, si l’on excepte une toute petite formalité d’épilage de mollets qui concerne spécifiquement les concierges lusitaniennes.

Si vous étiez le pire défaut humain ?

Le goût du lucre sans frein, sans filet ― la cupidité monopoliste morbide et planétaire. La mesquinerie érigée en volonté de puissance. Bref, tout ce qui passe de nos jours pour du professionnalisme.

MARIGNAC-2Si vous étiez un personnage historique (lequel), seriez-vous pire ou meilleur ?

Si j’étais Raspoutine, personne, je vous le garantis, n’aurait versé d’arsenic dans ma vodka.

Si j’étais Mémé Guérini, j’aurais sûrement été le premier à dire: ”L’ai-je bien descendu ?”

Si j’étais Frank Sinatra, je serais mort en beauté pour Ava Garner.

Si vous êtiez l’amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

Isadora Duncan, soufflée à Sergueï Essenine au bar de la Coupole grâce aux vers hypnotiques de mes poésies dadaïstes, par un « Soir de Paris, ivre du gin … » ― au cours de leur tumultueux périple en Occident. Essenine aurait vivement souhaité avoir la chance de me dédier son tabouret en pleine tronche, mais je lui aurais refilé de la coco ― occupant ainsi le poète du peuple le temps nécessaire à ce qu’on s’arrache à l’anglaise, moi et la danseuse étoile, vers une représentation privée du "Lac des cygnes".

Si vous étiez un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

1)Un rat d’égout gros comme un chat de gouttière, deux fois plus teigneux et porteur de maladies infectieuses foudroyantes.

2) Un vautour de compagnie friand de foie d’alcoolique.

Si vous étiez une ville 1/ de France, 2/ d’Europe ?

1)Désolé, les villes de France (et en particulier la mienne : Paris dans sa version post-moderne) me navrent. Je ne peux donc pas répondre à cette question sous peine d’un gros coup de cafard improductif.

2) Odessa, Ukraine.

MARIGNAC-EternelSi vous étiez un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

Le lundi, parce que tout le monde est déprimé et ferme enfin sa gueule.

Assez banalement le crépuscule, parce que c’est l’heure de la métamorphose.

Si vous êtiez un métier (autre qu’auteur), lequel et pourquoi ?

Traducteur-interprète. On devient un réceptacle d’informations, sans avoir besoin de prendre parti. On pige qu’une "opinion", personnelle ou collective, est formatée de bout en bout. Ce qui commence par la langue maternelle et ses paramètres de plus en plus bornés.

Si vous êtiez une catégorie musicale ?

Le rock ultra-moderne de Alan Vega, des Black Keys, et plus encore celui de Mamonov (popstar russe des années 1980, acteur du film de Pavel Lounguine “L’île”) qui sait simultanément retourner aux sources binaires et se projeter en avant, en travaillant sur la dissonance, une des voies impénétrables (aux tâcherons) de l’harmonie ― voie royale pour les artistes.

Si vous êtiez un sport ?

Le tir olympique. Ça peut servir.

D'autres infos sur Thierry Marignac ? Cliquer sur la chronique de "Renegade Boxing Club" - sur celle de "Le pays où la mort est moins chère" - sur celle de "Maudit soit l'Eternel !"

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Interviews Express
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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 07:16
 

À l’automne 2009, Thierry Marignac a publié un recueil regroupant onze nouvelles, intitulé "Le pays où la mort est moins chère" (Éd.Moisson Rouge). Évoquons brièvement ces textes, avant d’émettre une sorte de synthèse.

9.79. B.J. est un athlète qui s’entraîne au Canada, après une blessure au tendon. Ce ne sont pas les Russes qui partagent le centre avec lui qu’il veut écraser, c’est son rival américain Carlito, dit Golden Boy. Le Doc fournit à B.J. les médicaments les plus efficaces. Le coach Charlie complète avec le programme mental. Venue des bas-fonds de Kingston, la pute Cynthia assouvit ses excès d’énergie. En cas de souci sexuel, le Doc a le remède adéquat. En compétition à Tokyo, B.J. va montrer comment lerocketéclate le record, mais… MARIGNAC-2a.JPGSans cœur ni couronne. Un intrus pénètre dans un centre culturel français à l’étranger. Le grand blond de la Sécurité est vite mis hors service. D’autres gorilles sont aux trousses de l’intrus, mais il connaît les lieux. Il fait diversion en incendiant la bibliothèque. C’est la prof de piano qu’il est venu chercher. À cause d’une sombre manipulation dont cet intrus fut l’objet.

Scrath. Brumm est le producteur du groupe musical de Shaman, le frère de sa compagne Saïda. Une séance d’enregistrement est prévue avec ces rappeurs de Banlieue Noire. Avant, Shaman et sa bande fêtent la victoire de son cadet Niki dans un combat de boxe. Quand une marée de flic investit Banlieue Noire, traquant rappeurs, tagueurs et dealers, c’est la baston générale. Saïda est interpellée par la police. Ses amis ont les moyens de la faire libérer…Le pays où la mort est moins chère. Cannibale est dealer, autour de Barbès. Pratiquant de bons tarifs, il est très sollicité. Au fil des rues, il poursuit son bizness. Les doses croisent les billets. Toutefois, les accros s’avèrent bien trop nombreux, des dizaines. Drogués plus opiniâtres que d’autres, un homme et deux femmes réussissent à le pister jusqu’à son hôtel du Sacré-Cœur.

Aussi mort que Napoléon. De souche populaire, Loutrel s’associe à deux amis issus de l’aristocratie pour créé le Groupe. Vivant dans une semi-marginalité, le trio connaît plus de mésaventures que d’exploits. Puis le duo de sang-bleus s’engage dans l’armée, et part dans les Balkans. Loutrel devient traducteur dans les pays de l’Est. Alors qu’il rentre en France, il fait la connaissance du colonel Demiremont. Cet ancien militaire est conseiller d’officines occultes. Les amis aristos de Loutrel reviennent eux aussi à la vie civile. Le Groupe se reforme vaguement, pour venger une humiliation du passé. Mais quand Demiremont est victime d’un accident, Loutrel s’interroge sur l’aisance de ses amis…Déchiré. Un dealer miné par la drogue essaie de décrocher, tout en négociant au bar de Falco un kilo de stupéfiants avec son fournisseur Lucky. Ses clients marocains attendent, ils ne plaisantent pas. Des complications sont à craindre…

Fille perdue. Séductrice déjà flétrie, cette femme de 45 ans est une habituée du bar de Mokthar. Un inconnu, client de passage, se laisse conquérir par cette femme. Ils deviennent amants. Elle lui raconte des éléments de sa vie, restant secrète sur ses sources de revenus. Si l’homme pense savoir, il ne doit surtout pas se montrer indiscret. Néanmoins, il risque finalement de sérieux ennuis…500 Francs. La soirée couscous merguez dans le restau d’Aziz réunit un duo de clients et des travelos, dont La Grossequi ne manque pas de personnalité…Blancs-becs”. Suite à un deal foireux, deux blancs-becs sont les otages d’un Manouche. Leur pote Fred n’est toujours pas de retour, et il ne répond plus. C’est que Fred est au bord du suicide par overdose, dans un hôtel (mais lequel?) entre Opéra et Saint-Lazare. L’un des blancs-becs se joint au père et à la petite amie de Fred pour le repérer — et récupérer le lot de drogue du Manouche.

“Les hybrides”. Début des années 1980. Karl et Bob, deux exilés vivant en marginaux à Paris, sont fascinés par les transsexuels brésiliens, les Hybrides. Un peu de drogue de synthèse en échange d’une orgie sexuelle. En ce temps-là, on ne connaissait pas le Sida… “Le monde d’avant”. En 1979, quelques jeunes, losers soi-disant intellectuels, partagent un appartement de la rue Blondel. Il n’y a que les shoots de drogue qui les intéressent. Quand leur ami Schmilblik sort de l’hôpital après une baston, ils sont prêts à fêter ça avec un explosif cocktail de stupéfiants…

Poursuites, règlements de comptes, et kamikazes, telles sont les trois approches choisies par l’auteur pour classer ces nouvelles écrites sur vingt ans. Portraits d’individus ou de groupes, ces textes apparaissent somme toute moins disparates qu’il ne semble. Les personnages décrits expriment souvent un esprit de liberté, aux confins de la marginalité, au risque de la dépendance à la drogue. Outre ce “sujet de société” marquant de notre époque qu’est l’univers des dealers et de leurs clients, ne cherchons pas exactement un point commun. C’est plutôt le reflet plausible d’expériences de vie, de rencontres, d’erreurs. Tout ce qui fait la sombre réalité humaine, simplement. Gardant une certaine distance vis-à-vis de ses héros, Marignac est un témoin qui raconte sans juger.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 07:20
 

Chez Ernest Hemingway, il y a le talent d’écrivain et la légende qu’il se créa. On peut adorer ses romans, ses nouvelles, tout en désapprouvant l’image qu’il donna de lui-même. Hemingway fut un être d’une rare complexité, aussi fascinant que détestable. PADURA-Hemingway.jpgLeonardo Padura ne cache pas qu’il transfère à son héros Mario Conde sa relation tumultueuse d’amour-haine, ses propres dilemmes concernant cet immense écrivain. Néanmoins, c’est un portrait lucide, réaliste, et tendre qu’il nous propose. Même malade et déclinant, celui qui avait tout expérimenté n’apparaît pas pitoyable.

Dans “Adios Hemingway”, l’intrigue criminelle et son réel suspense sont destinés à l’évoquer, sous plusieurs facettes, et dans le contexte de l’époque. Cet hommage tout en finesse est sans préjugés, ni concessions, largement souriant. Un roman subtil, intelligent, absolument remarquable !

A Cuba, Mario Conde a quitté la police depuis huit ans. Ecrivain, il vit du négoce de livres anciens. Son ami le lieutenant Palacios fait appel à lui pour une enquête particulière. Un cadavre a été déterré à la Finca Vigia, l’ancienne propriété d’Ernest Hemingway, devenue musée en son honneur. Tué à la fin des années 1950, cet homme appartenait au FBI : on a trouvé sa plaque officielle près de lui. Mario Conde fut un grand admirateur d’Hemingway, qu’il croisa une fois étant enfant. Depuis longtemps, il éprouve un sentiment mitigé envers ce monstre de la littérature. Même pour Hemingway, tuer quelqu’un n’aurait pas été un acte anodin.

PADURA-Hemingway2Sa compagne étant absente, le soir du mercredi 2 octobre 1958 Hemingway est presque seul. Il n’est entouré que de son fidèle serviteur Raul, de son factotum et ami Calixto, et du chien Black. Armé, il fait une dernière ronde autour de chez lui. Il trouve un insigne du FBI, laissant supposer une présence indésirable.

Conde visite la maison de l’écrivain, s’imprégnant de son esprit. L’histoire de la culotte d’Ava Gardner l’impressionne. Il interroge ensuite des témoins ayant bien connu Hemingway. Toribio fut le dresseur de ses coqs de combat. Conde sent le respect qu’inspirait ce diable d’homme aux Cubains avec lesquels il fraternisa. Malgré tous ses défauts, il n’était ni arrogant, ni pingre. Ruperto s’occupait du Pilar, le yacht de l’écrivain. Il est méfiant, mais Conde note un détail dans ses propos. Ex-condamné pour meurtre, Calixto quitta brusquement Cuba sur le yacht en octobre 1958. Conde recoupe les faits et les dates. Quand il découvre la vérité, Conde estime que ternir l’image d’Hemingway à cause de cet épisode serait injuste

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:25

 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Marin Ledun (ses prochains romans : “Un singe en Isère”, et “La guerre des vanités”)

Si tu étais un assassin, quelle arme aurais-tu utilisée ?

La première idée qui me vient à l’esprit, c’est : la politique et la bureaucratie. C’est malheureusement la meilleure arme de destruction massive qui existe encore à ce jour et ce, depuis des siècles de « civilisation » humaine, que ce soit par son inertie ou, au contraire par son activisme idéologique économique, qu’il soit néolibéral ou colonialiste pour parler des plus récents. Mais j’ai aussi envie de te répondre : management à la menace et nouvelles formes d’organisation du travail. L’actualité française est lourde dans ce sens. Et du coup, difficile de ne pas citer toutes les munitions de cette nouvelle arme : mobilités forcées, entretiens individuels de progrès, pression managériale, réorganisations, primes au mérite, part variable, horaires merdiques, contrats précaires. Sans parler des dégâts qu’elles causent : alopécie, fybryomalgie, stress, pulsions homicides, maladies cardio-vasculaires, insomnies, irritabilité, nausées, eczémas, idéations suicidaires, culpabilité, peur…

LEDUN-1.jpgSi tu étais le cauchemar des cauchemars ?

Un programme viral de lobotomisation généralisé et irréversible. Ou pire : un virus pandémique mondial de lucidité forcée.

Si tu étais le rêve absolument inaccessible ?

L’antidote à ce virus : un idéal de vie où l’imagination créatrice et l’autonomie seraient les clefs de voûte d’une véritable démocratie humaine.

Si tu étais le pire défaut humain ?

La cupidité. A bientôt 35 ans, je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi certains et certaines sont excités à la seule évocation du principe selon lequel tout ce qui est humain et vivant – eau, air, relations, plaisir, loisirs, plantes, etc. – peut être breveté, acheté, vendu, bref monnayable sur le marché économique de la connerie humaine.

Si tu étais un personnage historique (lequel), serais-tu pire ou meilleur ?

Adam ou Eve. Sans doute Eve. Ni pire ni meilleur : seulement pour comprendre où, dans l’un des principaux mythes fondateurs de notre civilisation judéo-chrétienne, ça a merdé.

Si tu étais l’amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

L’un(e) des amants ou maîtresses de Jésus. Mon côté mégalo…

Si tu étais un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

Pour l’animal sauvage : un serpent (cf. réponse à la question sur le personnage historique). Pour le domestique, une poule bien sûr : pour connaître à quel point c’est douloureux et/ou jouissif de pondre un œuf…

Si tu étais une ville 1/ de France, 2/ d’Europe ?

Bayonne, pour sa zone portuaire au taux de radioactivité démentiel en voie de reconversion en lotissements de pavillons individuels. Et Algerisas, en Espagne, à la condition que disparaisse toute la mécanique de sélection humaine qui préside à l’entrée dans l’union européenne.

Si tu étais un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

Un lundi matin, entre 6 et 9 heures, heure de pointe, sur la rocade sud de Grenoble, après qu’il ait neigé un bon trente centimètres pendant la nuit sur un sol parfaitement gelé.

Si tu étais un métier (autre qu’auteur), lequel et pourquoi ?

J’hésite vraiment entre terre-neuvas au début du siècle - parce que ce métier très dur de pêcheurs dans les eaux de la Mer du Nord m’a toujours fasciné : des campagnes de pêche de morue de plusieurs mois voire plusieurs années, une (sur)vie à plusieurs sur un bout de bois en plein milieu de la mer, une femme au port, tout ça… - et maître du monde – quitte à vivre sous un régime économique totalitaire, autant que ce soit moi qui en dicte les règles.

LEDUN-2Si tu étais une catégorie musicale ?

Je commence à sécher, là… Une catégorie musicale, dis-tu ? Disons : le natural storm-punk – c’est un courant musical à inventer. Ce serait un mélange entre la rage qui se dégage de la musique punk, l’énergie d’un orage, et le vacarme d’une tempête de type Klaus 2009 sur une forêt de pins en train de chuter sur le sol sous les assauts de rafales de vent de plus de 160 km/h.

Si tu étais un sport ?

J’aime assez l’idée d’une course perpétuelle, un truc un peu dingue où certains hommes et femmes seraient se lèveraient un matin et se mettraient à courir sans plus jamais s’arrêter, comme ça, pour rien. Surtout pour rien. J’aime les sports inutiles, ceux où il n’existe ni compétition, ni dépassement de quoi que ce soit, juste le plaisir de savoir que ça ne sert à rien, qu’il n’y a aucun enjeu de pouvoir, mais que ça ne prive personne non plus, comme fendre du bois pendant quatre heures, faire dix fois le tour du pâté de maison avec un ami, démonter et remonter une montre, plonger dans les vagues, se refaire le saut de Mike Powell en 1991 dans un bac à sable en s’imaginant qu’on saute aussi loin et aussi bien, faire un bras de fer avec son chien ou une course avec une taupe, une serfouette à la main... Une sociologie sportive de l’inutilité, en quelque sorte. Inutile mais festif et drôle.


Quelques mots sur les prochains romans de Marin Ledun :

"Un singe en Isère" (Le Poulpe, Éd. Baleine, février 2010)

« Qu’est devenue Mathilde, une jeune SDF que son amie Judith cherche partout depuis une semaine ? Que s’est-il passé pour que José, le fils unique d’un vieux copain du Poulpe, se retrouve accusé du meurtre de Judith ? Quel rapport y a-t-il avec la construction du stade de foot en plein coeur de Grenoble ? Et avec les « éco-citoyens » installés dans les arbres du parc Paul Mistral pour empêcher qu’ils soient abattus ? Ce qui est sûr néanmoins, c’est que tant que le Poulpe veillera, il n’y aura pas de répit pour la canaille. »

"La guerre des vanités" (Série Noire, mars 2010)

« Tournon, dix mille habitants, petite ville de la vallée du Rhône recroquevillée sur elle-même et balayée par le souffle glacial du Mistral. Immobile, presque éteinte. Jusqu’à ce qu’une série de suicides d’adolescents vienne perturber le fragile équilibre de la cité et libérer les vieux démons qui y sommeillent.
Le lieutenant Alexandre Korvine est dépêché sur place pour enquêter. Plus habitué à traquer les dealers et à pratiquer des autopsies qu’à fouiller les placards et feuilleter les albums de famille, il entame rapidement une descente aux enfers. Trois jours de chasse à l’homme qui voient la ville mourir à petit feu et entraîner ses enfants dans un processus autodestructeur. Trois jours de chaos au cours desquels Korvine, usé, hanté par son propre passé et au bord de l’explosion, se transforme en missionnaire pour tenter de percer le secret qui ronge les parents des suicidés.

Un secret en forme de nature morte, composé de portraits en trompe-l’œil. Mensonges par omission, suspects commis d’office, vidéos compromettantes et étranges résultats d’analyses médicales. Une guerre que Korvine doit mener seul sans jamais céder un pouce de terrain, quitte à se transformer en bombe humaine au service de la vérité. Là où précisément tout se complique… »

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Interviews Express
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11 janvier 2010 1 11 /01 /janvier /2010 07:13
 

Excellente initiative que de rééditer chez Points “Couverture dangereuse” de Philip Le Roy. Voilà un vrai roman d'aventures, plein de rythme, de violence, et de suspense. Victime d'une machiavélique machination, le héros traverse les pires périls en compagnie de femmes belles et intrépides. Si les péripéties ne manquent pas, c'est raconté avec un certain humour, un décalage indispensable dans ce cas. Le récit est parsemé de clins d'œil et d'extraits de chansons. Le_Roy-2009.jpgC'est captivant et souriant, comme il se doit pour un pur divertissement de belle qualité.

Alcoolique et névrosé, Red Coleman quitte peu son ranch d'Arizona. Son épouse Susan lui demande de la rejoindre à Nice, où elle participe à un congrès pour son association caritative. A l'arrivée, celle qui accueille Red dit être Susan, mais ce n'est pas sa femme. Abruti par la boisson, il ne sait plus trop. D'autant que son beau-frère lui confirme que c'est bien Susan. En tout cas, c'est une championne question sexe. Le lendemain, Red est la cible d'un mitraillage à la terrasse d'un bar. Il en réchappe. Il apprend qu'il est client de l'hôtel sous le nom de Paul Kaplan. Ce que confirme son passeport. Les espions israéliens qui le surveillent pensent aussi qu'il est ce Kaplan.

Marilyn, jeune comédienne française ayant le goût de l'aventure, vient en aide à Red. Ils découvrent le nom de la supposée Susan : Dawn Kaplan. Elle est en fuite. Grâce à des faux papiers, Red rentre aux Etats-Unis accompagné de Marilyn. Kaplan vit sous l'identité de Red, au ranch, avec la vraie Susan. L'association caritative de celle-ci masque une organisation terroriste islamique, dont Kaplan est le chef. Susan est plus motivée par l'ambition que par la foi. Ils ont déjà tué un témoin pouvant reconnaître Red. Marilyn et Red retrouvent la trace de Dawn, métis indienne, par l'intermédiaire d'une de ses collègues prostituées, Marcy. Entre le proxénète Dave Marlin et ses sbires, les agents du Mossad, et les tueurs complices de Kaplan, Red et Marilyn sont sans cesse en danger. Après un carnage éliminant Marlin, Dawn se joint à eux dans leur fuite mouvementée. Le parcours d’obstacles de Red est loin d’être terminé…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:27

 

Plusieurs auteurs ont accepté de répondre au “Portrait chinois” soumis par Action-Suspense. Aujourd'hui : Pierre Hanot ("Les clous du fakir" chez Fayard Noir, "Serial loser" coll.Polar Rock, Ed.Mare Nostrum)

Si tu étais un assassin, quelle arme aurais-tu utilisé ?

Tant qu'à faire, s'il faut passer à l'acte, autant la jouer écolo : à mains nues!

HANOT-1Si tu étais le cauchemar des cauchemars ?

Réincarné en mulot dans un élevage de chats siamois.

Si tu étais le rêve absolument inaccessible ?

Etre immortel et décider de mourir quand même par grandeur d'âme.

Si tu étais le pire défaut humain ?

La concupiscence, parce qu'avec un nom pareil, ce doit être vraiment très vilain.

Si tu étais un personnage historique (lequel), serais-tu pire ou meilleur ?

Sans hésiter : Hitler. Je n'aurais jamais abandonné la peinture et dénué de tout talent, j'aurais crevé dans la misère.

Si tu étais l’amant d’une star, vivante ou disparue, ce serait qui ?

Bernadette Soubirou, pour qu'elle m'explique pourquoi, à chaque fois que mes parents m'ont emmené à la grotte de Lourdes, je suis sorti du bain miraculeux avec une angine blanche.

Si tu étais un animal 1/ sauvage, 2/ domestique ?

1/ La hyène, fabuleux concentré de testostérone et pourvue d'un clitoris géant.

2/ Le morpion, animal de compagnie particulièrement attachant.

Si tu étais une ville 1/ de France, 2/ d’Europe ?

1/ Valparaiso, pour son climat méditerrannéen et ses neiges éternelles.

2/ Sydney, j'ai toujours beaucoup aimé la Suisse.

Ces réponses sont sans doute approximatives, non pas que la géographie ne soit pas mon fort, mais à cette heure-ci de la journée, vu mon imprégnation alcoolique, je me laisse parfois aller à des interprétations hasardeuses.

HANOT-2Si tu étais un jour de la semaine ou une heure de la journée ?

Le lundi, parce qu'on dit “ça va comme un lundi” et que si ça va, alors tout va.

Si tu étais un métier, lequel et pourquoi ?

Editeur littéraire chez Gallimard. Je publierais tous les romans de Pierre Hanot sans même les lire et les imposerais chaque année pour le Goncourt.

Si tu étais une catégorie musicale ?

La valse reggae sud-coréenne jouée par des tziganes aborigènes. (L'heure avance, les glaçons fondent et je suis incapable de fournir ici la moindre explication).

Si tu étais un sport ?

La boxe à genoux du cul de jatte, c'est le seul sport (et quel paradoxe!) qui se joue en une manche.


L'APAC (Association Plumes À Connaître) reçoit Pierre Hanot pour son roman ''Les Clous du Fakir'' (prix Erckmann-Chatrian 2009) lors d’un café littéraire exceptionnel. Il aura lieu le samedi 23 janvier dès 16h30 au grand comptoir brasserie de la gare de Metz, 3 place du Général de Gaulle à Metz (Moselle). Entrée libre. Café littéraire suivi d'une séance de dédicace et d'un repas en présence de l'auteur. Contact 06.77.75.75.04
On peut relire ma chronique sur "Les clous du fakir" en cliquant ici.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Interviews Express
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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 07:11
 

Paru en 2003, “Le chant des corbeaux” d’Erin Hart est réédité chez Pocket depuis 2005. Entre mystères parallèles et péripéties qui se succèdent, ce roman s'avère réellement captivant.

Erin_Hart-2003.jpgIl arrive qu’on retrouve des cadavres assez bien conservés dans les tourbières d’Irlande. Mais la tête décapitée d’une jeune femme, c’est très rare. L’archéologue Cormac Maguire et le Dr Nora Gavin se déplacent à Dunbeg pour examiner les restes de cette mystérieuse rousse. Puis elle sera autopsiée à Dublin… Une énigme plus récente agite le village. Mina Osborne et son fils en bas âge ont disparu depuis plus de deux ans. La rumeur désigne le mari, Hugh Osborne. C’est aussi ce que pense l’inspecteur Devaney, obsédé par ce dossier. Ici, on soupçonne Osborne d’être le père de la fille bâtarde d’Una McGann. Una vit avec ses frères, Fintan le musicien, et le taciturne Brendan.

Osborne propose à Cormac de pratiquer des fouilles archéologiques sur un terrain voisin du vieux prieuré en ruines. Nora accepte d’aider Cormac. Osborne les invite dans son manoir, à Bracklyn House. Là vivent aussi des cousins d’Osborne, Lucy et son fils un peu sauvage, Jeremy. Grâce à une bague trouvée dans la bouche de la rouquine, on situe son exécution après 1650. A cette époque, la famille O’Flaherty – qui possédait Bracklyn House – fut déportée. Une tour isolée porte encore leur nom. Sans doute est-ce Jeremy qui s’y réfugie souvent. Selon des documents, la rousse pourrait être Annie McCann, condamnée en 1654 pour infanticide.Erin Hart-Pocket2005

Tandis que le policier Devaney poursuit l’enquête autour d’Osborne, on cherche à impressionner Nora pour que Cormac et elle partent. La menace se précise. Brendan n’y est sûrement pas pour rien. Une nuit, Osborne tente de se suicider, puis Jeremy est sérieusement blessé suite à l’incendie de la tour. Avant de sombrer dans le coma, il laisse une indication. Les cadavres de Mina et de son fils sont découverts dans une proche salle souterraine. Dans le même souterrain, Cormac et Nora ont déterré un corps sans tête et un bébé. C’est bien le cadavre de la rousse. Quand ils reconstituent son histoire, ils prouvent qu’elle fut victime d’une fausse accusation…

Erin Hart a cherché une authenticité évitant d’évoquer l’Irlande rurale à la manière d’une carte postale. Traditionnel, le décor s’inspire de la réalité. Et la complexe Histoire irlandaise est utilisée à bon escient. Le vécu de Nora, Cormac, et Devaney, est un peu chargé mais reste plausible. La disparition de Mina Osborne donne une intrigue de bon niveau. Le cas de la cailín rua (la rouquine) est tout aussi intéressant. Un suspense à redécouvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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