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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 14:50

TERMINUS !
Evocateur, le mot “terminus” apparaît dans certains titres de romans. 
Quelques exemples...

« Terminus » (Denoël, 1980) est le titre d’un roman de Boileau-Narcejac. Paul Chavagne est chef de brigade du wagon-restaurant du Mistral. Il voyage de Paris à Nice, et retour. Il a décidé de quitter sa femme, Lucienne, plus jeune que lui. Il lui a laissé une lettre de rupture. Chavane est bientôt prévenu que son épouse a été victime d’un grave accident. Une tentative de suicide ? Ce ne semble pas être le cas. Le rôle de son ami Ludovic paraît plutôt énigmatique… undefined


















Roland Sadaune utilisa ce mot pour deux titres. En 2002, il écrit « Terminus Finistère » (Editions du Bastberg). Un tueur en série s’attaque à des agents immobiliers. L’un d’eux, yves Madec, se sent de plus en plus menacé. Le policier Pélotti tente de comprendre cette curieuse affaire. En 2006, Sadaune publie « Terminus St-Lazare » (Val d’Oise Editions) dont voici un petit résumé : La mort est entrée en gare à St Lazare. Piqué par une seringue contenant de la digitaline, un certain Choly a été assassiné dans un train de banlieue. Tom Franklin, 40 ans, capitaine à la Brigade Criminelle, est chargé de l’affaire. La victime était un jeune artiste peintre. On lui avait commandé des illustrations des gares parisiennes pour un calendrier. Son ami montmartrois Bob Lacafetière n’en sait pas plus. Franklin recense un autre cas similaire. Quelques semaines plus tôt, un nommé Vartel serait mort d’une overdose dans un train, à Montparnasse. Lui aussi était peintre, également amoureux de l’univers ferroviaire. Tandis que ses adjoints étudient les indices, Franklin consulte un ouvrage sur les grands peintres, qui peut l’aider. La piste d’une personne portant un sac 13e Rue, vue au côté de Choly, mérite d’être exploitée…

« Terminus Brocéliande » de Renaud Marhic (AK Editions, 2007) est absolument singulier, se présentant comme un Polar Féérique. Christophe R., jeune étudiant rennais, a disparu au cœur de la forêt de Brocéliande. Mac’Herig, profiler hors normes, est mandaté par la mère de l’étudiant pour retrouver sa trace. Le disparu semble s’être perdu dans un monde parallèle, ce Méta-Monde où il recherchait la troublante Linoï. S’agit-il d’un simple jeu, basé sur les légendes anciennes ? L’enquêteur doit décrypter indices et témoignages pour comprendre cet étonnant puzzle. Au risque de se tromper quand même…

Si Ange Bastiani fut un auteur moyen, « Terminus cimetière » (Un Mystère, 1961) reste un de ses bons romans. Un employé de pompes funèbres se trouve mêlé aux affaires pas très claires de son patron. Il doit récupérer un précieux colis, et affronter des truands nerveux. Il récolte quelques mauvais coups, sans être sûr de plaire à l’épouse (qu’il aime en secret) de son employeur…

« Terminus nuit » de Patrick Pécherot (Série Noire, 1999) : Le journaliste Thomas Mecker et un ami policier enquêtent sur le meurtre d’un militaire. Selon un portrait-robot, le coupable pourrait être aussi l’auteur d’un attentat au parc EuroDisney. En réalité, un groupe d’activistes fachos sème le désordre, afin d’en tirer parti politiquement. Parmi ces gens se trouvent d’anciens copains des deux enquêteurs…

« Terminus Elicius » de Karine Giebel (Rail Noir, 2004) : Dans la région de Marseille, le policier Esposito traque un tueur en série prenant pour cible des jeunes femmes. Jeanne trouva dans le train une lettre de l’assassin, signée Elicius (autre nom de Jupiter). Le criminel impressionne Jeanne. Esposito trouve un point commun entre les victimes, l’école de commerce qu’elles ont fréquenté. Jeanne risque d’être considérée comme complice du tueur, qui a un sérieux motif de se venger…

« Terminus Hollywood » d’Helen Knode (Rivages, 2003) : Journaliste spécialisée dans le cinéma, Ann enquête sur la mort de la scénariste Greta. Quand elles s’étaient rencontrées, Greta avait évoqué un ambitieux projet de film. Avec l’aide de l’incorruptible policier Lockwood, Ann tente de découvrir la vérité. Jalousie entre auteurs, au sujet d’un scénario s’inspirant d’un faits divers réel ? Pas sûr, car il est aussi question de chantage dans cette affaire. Un bordel sado-maso et d’anciens studios de cinéma cachent des secrets concernant un crime ancien…

« Terminus Ararat » de Maurice Gouiran (Jigal, 2006) : Clovis Narigou, ex-journaliste devenu berger dilettante, ne songe qu’à vivre peinard dans ses collines de l’Estaque, à l’écart du monde et de ses travers, seulement entouré de ses chèvres et de ses amis. Mais l’ami Raf, flic de son état, passe par là avec ses histoires abracadabrantes. Une secte envahit Marseille, déstablise la jeunesse. Un gosse est enlevé par on ne sait qui. Un archéologue est obligé d’escalader l’Ararat. Une histoire à dormir debout ? C’est reparti pour Clovis. Des ruines d’Aphrodisias aux musées d’Istanbul, de l’ancienne Arménie aux pentes de l’Ararat, Clovis se retrouve, sans bien comprendre pourquoi, aux prises avec une bande de cinglés aux ordres de puissants créationnistes états-uniens…

« Terminus Pondichéry » d’Hubert Huertas (Presses de la Cité, “Sud Lointain”, 2006) n’est pas un polar. C’est un roman assez singulier, non dénué de suspense. En voici un petit résumé : Possession française, Pondichéry était encore un des comptoirs de l’Inde… En 1948, naissent le même jour trois enfants. Sandjiv Moreau est le fils du médecin-chef français de l’hôpital, colonial alcoolique, et de sa pieuse épouse. Kanda-Koumarane est celui du médecin adjoint, Indien militant, et de sa femme Devika, insatisfaite de sa propre vie. Anandita est la nièce de Nanda, ‘ambulancier cyclomobile’ . Stérile, cet intouchable a adopté le bébé peu désiré par sa famille. Nanda devient le précepteur des trois bambins. Il les a placés sous la protection du dieu Ganesh, emblème de son cyclopousse. La transition vers l’indépendance de Pondichéry, ce sont huit années d’une situation politique incertaine. Chaque habitant devra choisir, rester Indien ou quitter le pays : l’Option les obsède. Les enfants grandissent ensemble sous l’œil de Nanda. Grâce à ses innocentes manigances, il réussit à faire accepter Anandita à l’école chrétienne. Si la fillette utilise un langage très cru, elle apprécie quand même sœur Gilberte. Nanda profite de la scolarisation de sa ‘presque-fille’ pour apprendre à lire. Curieux par nature, il s’avère un boulimique de lecture. Sachant écrire, il entreprend de rédiger ses mémoires. Tandis que leurs pères dérivent vers les excès politisés ou éthyliques, les deux garçons sont maintenant amoureux d’Anandita. Pour la conquérir, l’un et l’autre deviennent musiciens. Nanda, lui, finit par satisfaire les désirs intimes de Devika, la mère de Kanda-K. Quand vient l’indépendance, les enfants se séparent. Anandita se réfugie dans l’austérité religieuse…

Quelques romans, polars ou non, utilisant TERMINUS dans leur titre :

« Terminus pour les pitt-bulls » de Jean-Noël Blanc (Seuil, 2001) est bien un roman à suspense. « Terminus Montparnasse » de Michel Renouard (Editions du 28 août) a pour base le meurtre d’un criminologue dans le TGV. « Terminus grand large » d’Hélène Montardre (Pocket Junior) est un roman jeunesse : Un homme fait les cent pas devant un immeuble. Un médaillon est trouvé par terre. A l’intérieur, le portrait d’une jeune femme aux yeux couleur violette. Quel rapport avec l’homme mystérieux ? Flora et Aurélie enquêtent. « Rade Terminus » de Nicolas Fargues (Editions P.O.L.) a pour cadre Diego-Suarez, à Madagascar. « Terminus » est le titre d’un recueil de nouvelles de Jean Durin (L’Harmattan, 2006). « L’Enfant-Terminus » est un roman de Sylvia Moreno (Editions Favre).  

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 14:48

ANIMAUX & POLARS

DES SERPENTS...

André Lay, qui utilisa souvent des décors exotiques, évoqua plusieurs fois les serpents dans ses romans. Dans « Sang et eau » (Fleuve Noir 1966), le héros et son amie traversent les bayous de Louisiane sur un canot. Ils y croisent non seulement de dangereux caïmans et de menaçantes tortues, mais aussi un crotale – ou serpent à sonnettes. Un adroit coup de feu résoudra la question, au grand soulagement de la jeune femme… La même espèce de serpents est évoquée dans « Mon ami le crotale » (Fleuve Noir 1972). Cette histoire se passe dans le désert du Colorado où, après cinq ans de prison, un homme attend ses anciens complices. Le classique partage du butin finira mal, y compris pour un policier véreux. Le crotale joue ici un vrai rôle : il vengera le héros… Toujours d’André Lay, l’imposant commissaire vénézuélien Perello Vallespi est confronté, lui, à un anaconda dans « Vallespi chasse la sorcière » (Fleuve Noir 1070). Enfermé par une femme inquiétante dans une cage, le bouillant policier risque d’être attaqué par l’impressionnant serpent. L’illustration de Michel Gourdon pour « Cette mort qui nous guette » d’André Lay toujours (Fleuve Noir 1966) donne à penser qu’il y est encore question de serpent.

« Les quatre vipères » de Pierre Véry (rééd.Julliard 1971) fait allusion à « quatre vipères de cristal diffusant un parfum subtil, vite surnommé par la presse l’Odeur Funèbre » nous dit la présentation de ce roman. Extrait, page 32 : « Sur la table, un serpent ! Long de quinze centimètres environ, de la grosseur du pouce, il se tenait immobile, lové, sa tête tournée belliqueuse ment vers moi (…) C’était une vipère, avec un V marqué sur sa plate tête triangulaire et une expression de méchanceté inexprimable dans ses prunelles pâles. Mais c’était une vipère de cristal… »

« L’œil du serpent » de Georges-J.Arnaud (Fleuve Noir 1974) met en scène un couple de routards se sentant poursuivis jusqu’à Toulon par un quidam inquiétant, qu’ils surnomment « l’homme à l’œil de serpent ». Une fois arrivés, ils ont sans doute tort de se croire de se croire en sécurité – protégés par le « cercle magique » du jeune homme. L’affaire est sérieuse. Ici, pas de vrai serpent, mais un œil très particulier.

On appréciera également le bon jeu de mot de James Carter pour son titre : « Le serpent d’Hipporate » (Fleuve Noir 1975) qui se passe dans le milieu médical. On peut citer aussi « Le piège aux serpents » d’Adam Saint-Moore (Fleuve Noir 1959). 

DES CHEVAUX...

Le cheval et son univers ont été trop peu exploités dans la littérature policière. Il est vrai que le dernier siècle a vu la raréfaction de cet animal. Le cheval ne fait plus partie de notre vie quotidienne depuis longtemps. Le policier historique l’a parfois réhabilité. Comme dans le roman « Dixie » d’Emmanuel Errer (Ed. Carrère, 1987) où l’on suit la longue chevauchée de Sudistes qui, en 1865, complotent pour enlever le président américain Abraham Lincoln – qui fut finalement assassiné. Une intrigue bien pensée et documentée.

Erle Stanley Gardner mérite d’être cité pour « La danseuse et le cheval » (Un Mystère 1951). Une artiste souhaite retrouver son cheval, ainsi décrit : « Un hongre alezan, mesurant un mètre soixante, avec une balzane blanche au membre postérieur droit. Il a une étoile blanche sur le front… » Mais c’est bien une affaire de meurtre – et un éventail taché de sang – qui compliqueront ce dossier traité par Perry Mason... Les courses de chevaux sont-elles la principale manière d’évoquer cet animal ? On pourrait le penser en lisant l’œuvre de l’anglais Dick Francis. Selon sa bio, il fut jockey, puis chroniqueur hippique. Il se spécialisa dans ce thème, raconta les dérives diverses de ce milieu. Parmi tous ses titres sur le sujet, on se souvient de « Panique au pesage » (Série Noire, 1964). Sam Krasmer, dans les aventures de Sam et Sally signées M.G.Braun, fut aussi un grand amateur de champs de courses. Il en est souvent question, en particulier dans « Des chevaux et des femmes » (Fleuve noir, 1971) où un jockey est menacé anonymement ; ou encore dans « Trois morts, un tiercé » (Fleuve Noir, 1967) où des gens pas tous honnêtes s’intéressent à un étalon reproducteur de grande valeur.

Les clubs équestres permettent aux amateurs d’assouvir leur passion du cheval. Un bon décor pour des récits criminels. En voici trois exemples :

Pour la collection L’Aventurier, Jacques Blois créa le personnage de Jacques-Octave d’Iseran, dit JOI. Avec son frère jumeau, il est éleveur et entraîneur de pur-sangs. Dans « Retour à l’envoyeur » (Fleuve Noir, 1967), il est sur la Côte d’Azur où ses chevaux sont engagés dans des courses. Il s’étonne que le mari italien d’une amie ait fait fortune en créant des relais équestres luxueux. Il enquête incognito, trouve bizarre la liste des chevaux proposés aux clients pour la promenade, découvre qu’il s’agit de prostitution, ce qui lui vaudra quelques coups sur la tête. A signaler, un autre roman du même auteur intitulé « A cloche-cheval » (Fleuve Noir, L’Aventurier, 1972). Pierre Nemours situa l’intrigue de « Du sang au double-oxer » (Fleuve Noir, 1978) dans un petit club équestre. Un vieux garçon d’écurie, ivrogne et malsain, ancien jockey, est tué par la ruade d’une jument nerveuse. L’enquête d’un capitaine de gendarmerie, lui-même cavalier émérite, le mène dans plusieurs clubs de la région où la victime fut employée. Un accident sans témoin, des chantages minables mais très rentables, des rivalités entre centres hippiques : une histoire très convaincante et fort bien racontée. Dans « Le mauvais bain »(Fleuve Noir, 1970) de Roger Faller, le héros épouse pour des raisons insolites une jeune femme dont le père – un alcoolique brutal – dirige un club équestre. Il s’entend mal avec son beau-père, mais va créer un bar boite de nuit pour les habitués du club. Certains y viennent avec des petites amies parfois un peu jeunes. Il faut calmer les perturbateurs, surtout celui qui joue au maître-chanteur. Deux morts – un accident, un suicide – la même nuit, cela ne peut qu’amener des ennuis à notre héros. Un très bon roman.

Citons pour terminer « Sur un p’tit cheval gris » (Supernoire, 1979) de Frank Parrish. Ici, le jeune et original héros est l’employé de deux anglaises octogénaires dirigeant une école d’équitation pour enfants de familles aisées. Le nouveau voisin, un bookmaker, tente d’obliger les vieilles dames à lui vendre leurs terrains. Elles résistent avec l’aide du jeune homme. Dans cette affaire, il est aussi beaucoup question d’abeilles (le titre anglais étant : « Sting of the honey bee »).  

ET D'AUTRES DRÔLES D'ANIMAUX...

« DES COLLETS POUR LES SOURIS » de François Baincy (1972, Fleuve Noir). Un remède efficace contre les rongeurs ? Non, des jolies infirmières sont étranglées en série. L’assassin déteste-t-il les femmes volages, ou veut-il supprimer sa compagne parmi les autres ? Rien de tel. Un double dénouement pour une enquête classique et bien construite.

« LA DAME AUX CORBEAUX » de Georges Tiffany (1970, Fleuve Noir S.P.785). Y évoque-t-on ces oiseaux maléfiques ? Oui, une femme mûrissante a deux plaisirs dans la vie : séduire de jeunes étudiants étrangers, et nourrir les corbeaux près de chez elle. Les jeunes disparus sont retrouvés en morceaux. La police enquête. Cette dame finira mal. Original, sanguinolent, et souriant. Un très bon roman.

« ATTENTION AU BARRACUDA » de Michel Lebrun (1963, Un Mystère 666). Un gros poisson exotique et dangereux ? Non, un requin des affaires se croit irrésistible auprès des femmes. Quand l’une d’elles se venge, il a de quoi s’inquiéter. Impossible de redevenir honnête en quelques semaines. Un roman bien ficelé de l’inoubliable Lebrun.

« LES CHIENS SONT LACHES » d’Adam Saint-Moore (1980, Fleuve Noir S.P.1549). Qu’en pensent les mordus du polar : toutous or not toutous ? Oui, des féroces dobermans assurent la sécurité nocturne d’un jeune héritier menacé, pendant que le flic privé saute sa sœur. Ce qui n’empêchera pas qu’il soit enlevé, et le maître des chiens assassiné. Au début, le discours facho du policier déçu peut déplaire, à juste titre. Sur la fin, il ne fait plus autant le malin. Un roman pro, solide, bien fait.

« ATTENTION AU CHEVAL BLEU » de Ben Benson (1953, Un Mystère 123). Un mustang du Far West, version punk ? Non, une statuette de l’époque T’ang (influence de Van Gulik ?) qu’un jeune brocanteur fauché propose à un milliardaire. Quatre morts, dont un flic. Un policier pur et dur, un brin désabusé, mène son enquête et s’oppose à un jeune collègue arriviste. Une intrigue de très bonne qualité.

« CHIENS ECORCHES » de G.J.Arnaud (1974, Fleuve Noir S.P.1143). Le meilleur ami de l’homme est-il en danger ? En effet : un voleur de chien alimente un trafic destiné aux laboratoires. Mais son jeune associé est moins cruel. Et un vieillard gênant va s’égarer dans la nature. Pour le trafiquant, tout est bon pour gagner de l’argent. Des faits divers réels servent de base à cette excellente intrigue. Du même auteur : « Un coup de chien » (1963, Fleuve Noir) Une enquête sur des chiens empoisonnés dans un quartier. Un flic besogneux s’en occupe, malgré les moqueries de ses collègues. Une affaire de rivalité professionnelle risquant de finir par un meurtre.

« NE TUEZ PAS LES PEKINOIS » de Roger Vilard (1983, Fleuve Noir S.P.1827). Elimine-t-on ici des Chinois ou de gentils petits chiens ? Oui : des vilains méchants motards paumés violent une femme, et tuent quatre chiens. La vengeance de leur maîtresse sera sans pitié, via un ancien flic. Que les chiens portent les noms des quatre mousquetaires reste le principal intérêt de ce livre même pas drôle.

« UN CHAT POUR CLIENT » d’Erle Stanley Gardner (1964, Un Mystère 717). Un matou s’adresse-t-il à l’avocat Perry Mason pour le défendre ? C’est à peu près çà : les héritiers d’un riche défunt menacent d’empoisonner le chat d’un vieil employé fidèle qui sera d’ailleurs assassiné. Pourquoi le patron a-t-il retiré un million de dollars de la banque avant sa mort ? Compliqué à souhait, comme tous les Perry Mason. Passionnant aussi. L’auteur évoqua souvent les animaux dans ses titres : « Le canari boiteux », « Le perroquet faux-témoin », « Le canard qui se noie », « Gare au gorille », « Les singes subtils », « L’hirondelle éplorée ».

« LE CHAT, LE BOULEAU ET LE PETIT MARTIN » de Pierre-Martin Perreaut (1980, Fleuve noir S.P.1580). Un fable avec un brave minet ? Oui : un conflit de voisinage, le chat d’une vieille dame est introuvable. Quand c’est le fils d’un jeune couple qui disparaît, l’affaire devient sérieuse. Kidnapping, fugue ou meurtre ? Un roman moyen de cet auteur parfois original)

« LA BICHE » de Geneviève Manceron (1956, Ditis-La Chouette n°36). Une bucolique histoire de cervidés ? Non : un braquage qui tourne mal près de paris, un flic abattu à La Bourboule, un autre menant l’enquête pour découvrir la criminelle se cachant sous le nom de «La Biche». Un roman sans prétention, qui se lit pourtant avec plaisir. L’auteur utilisait des noms d’animaux dans tous ses titres : « Les brebis tondues », « Anguilles sous roche », « La puce à l’oreille », « Pauvres petites crevettes ». En réalité, ce dernier titre évoque un tableau.

« LA CITE DES DOGUES » de Jean Failler (1998, Edition du Palémon 8). Des molosses peu sympathiques ? Simple jeu de mots ? En effet, l’aventureuse lieutenant de police Mary Lester va bien croiser ces chiens méchants lors d’une enquête à Saint-Malo. L’un d’eux va même l’attaquer, mais la petite a des réflexes.

« LES CAFARDS » de Brice Pelman (1971, Fleuve Noir S.P.911). Des idées noires ou des insectes inquiétants ? Oui, la malheureuse héroïne, après bien des avatars, sera enfermée dans une cave peuplée de cafards. Dans ces conditions, comment ne pas sombrer dans la folie ? Un excellent roman.

« LE MAMMOUTH A LA PEAU DURE » de Pierre Salva (1974, Eurédif Atmosphère n°69). Un roman préhistorique avec des monstres antédiluviens ? Non, le héros de cette série de petits romans est ainsi décrit par l’auteur : « Sous son air bovin, personne n’aurait cru qu’il était un remarquable inspecteur d’assurances, l’un des plus habiles de sa profession ». Un cousin du Gorille d’Antoine Dominique ?

« LA PUCE A L’OREILLE » de Michel Cousin (1963, Un Mystère/1973, Presses Pocket). Le héros se sent si bien dans cette propriété, auprès de la femme qu’il aime. L’arrivée de la famille et d’amis va gâcher son plaisir. Une mort supposée accidentelle, un meurtre. Le narrateur n’est pourtant pas un criminel. Quel rapport avec notre sujet ? Il suffit de lire jusqu’au bout cet astucieux roman, pas si classique.

« MAIS A QUI APPARTIENT VICTOR ? » de Mario Ropp (1980, Fleuve Noir). Oui, Victor est un chien, que personne ne reconnaît. Que faisait-il en compagnie de cette jolie jeune femme qui a noyé une voiture avant d’être accusée du meurtre de son mari ? De retour dans son quartier, où s’est-il enfui ? Une comédie policière traitée avec habileté. L’auteur titra souvent sur les animaux : « La panthère et le petit chien », « La route aux loups », « La mort en peau de phoques », « Le hérisson »,  « La nuit de l’araignée », etc...

 

© Claude Le Nocher

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:42

Coup de coeur : « L'appel du barge » de Lalie Walker

(Baleine, 2007 – Le Poulpe, n°251)

 

Gabriel Lecouvreur, dit Le Poulpe, n’est vraiment pas en forme. Dépressif, “tout finira dans le Grand Blanc” eundefinedst la seule pensée qui obsède son esprit cotonneux. Même Chéryl est impuissante. Gabriel est carrément à l’Ouest ! Justement, en Bretagne, dans le pays Bigouden, il se passe des choses pas nettes. Du côté de Lesconil, quatre marins retraités sont morts successivement. Sans doute les trois premiers sont-ils des suicides. Mais le décès d’Yvon est plus suspect. Son canot a pu être heurté par un yacht, le Smart. Pas habituel par ici, un bateau de milliardaire sortant en mer la nuit.

Ancien marin à l’âme de poète, Corentin ne s’explique pas la mort de son vieux copain Ernest. Ce n’est pas un cinquième suicide. Il en a parlé à la policière Jeanne Debords, qui s’intéresse au yacht du Russe Petrovski. Corentin finit par sympathiser avec Gabriel, toujours aussi vaseux. A tel point que Le Poulpe pense croiser son ennemi Vergeat, déclaré mort. Gabriel enquête sur les malhonnêtes fils d’Yvon, ainsi qu’au sujet du fameux yacht. Piégé par une fille, il se fait rudement cogner par les gros bras de l’énarque Pellier, associé au Russe. Un groupe de jeunes lui signale d’étranges soirées à bord du bateau. Les suppositions d’Ernest, le dernier défunt, n’étaient sans doute pas fausses. Gabriel embarque clandestinement sur le yacht...

Le Poulpe et Jeanne Debords, héroïne de plusieurs romans de Lalie Walker, sont sur la même affaire. Elle veut aller au bout de son enquête. Il veut comprendre la mort de vieux marins bretons. Le duo se bat pour contrer l’adversaire, quels que soient les doutes psychologiques de Jeanne et Gabriel. Celui-ci a vécu de précédentes aventures en Bretagne. Lalie Walker n’a sûrement pas choisi ce décor par hasard. Idéalement rythmée, l’intrigue est captivante.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur
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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:39

CINQ FOIS CRIFO

 

Une sélection de cinq romans de Thierry Crifo...

 

« OBSESSION ELLE » (2004, Coll.Rail Noir)

En prison pendant quatre ans, Marc Voisin n’a pas cessé de penser à Eléonore. C’est à cause de son amour pour elle qu’il a été détenu. Il en sort aujourd’hui. Personne ne l’attend dehors. Ill ne veut pas être hébergé par des amis, refusant leur pitié. Dans le bus, à la gare, il retourne à la vie réelle. Dès ce premier jour, son but est la rue du Commerce. Eléonore habitait là ; elle y vit encore. Marc s’installe à l’hôtel Zola, au 2e étage, juste en face de chez elle, de la fenêtre de sa chambre.

Il y a quatre ans… Marc attendait Eléonore à la Gare de Lyon. Il lui offrait un voyage vers le Sud et le soleil. Elle n’était pas au rendez-vous. Bien qu’elle fut injoignable au téléphone, Marc ne paniqua pas : un malentendu, sans doute. Elle avait laissé sur le répondeur de Marc un message de rupture, pas hostile mais définitif. Il chercha à comprendre, la relança par courrier, rôda autour de chez Eléonore. Un soir, il s’énerva devant sa porte. Il frappa avec violence un voisin voulant le calmer. Ce sentiment d’abandon, il tenta de l’expliquer à son procès. La jeune femme n’y assista pas. On le décrivit comme immature et narcissique. Marc ne se pensait pas possessif : Eléonore l’avait trahiundefined, alors qu’il l’aimait... Il n'en a pas fini avec Elle...

En 2002, Thierry Crifo publia la nouvelle « Retour de flamme » dans le recueil « Billets brûlés » (Baleine). Voici une version longue de ce texte. Le sujet est simple : une brutale rupture. Mais, pour en évoquer les circonstances et les effets, l’auteur nous présente un récit subtil. Une histoire sombre et psychologique, très réussie. Le style personnel de Thierry Crifo ne manque pas d’une belle originalité.

 



« J’AIME PAS LES TYPES QUI COUCHENT AVEC MAMAN » (2004, Le Masque)

Bénédicte est une ado de 14 ans et demi, qui en paraît 18. Elle affiche un look gothique, tête rasé, vêtements informes masquant un joli corps qu’elle refuse. Son père est décédé depuis 8 ans. Elle vit avec sa mère, femme active. Plutôt, elles se croisent dans le même appartement. Souvent, elles ne se parlent que par messages téléphoniques. Parfois, Béné rencontre chez elles les amants de sa mère. Elle déteste ces « gros ventres » venant sauter sa mère dans « la chambre à niquer ». Béné voudrait une maman comme Meryl Streep, pas une telle salope... éné est attirée par les femmes. Elle aime sa copine Rosy, fiancée avec Marco. Et la belle Leïla du bar lesbien Chez Nénette. Et aussi Fanfan, batteuse d’un groupe hardcore.

Béné sait depuis 4 ans que son père s’est suicidé. Sa mère le lui avait caché. Une fois, Béné incendia la voiture neuve d’un amant de sa mère. Avec le même type, elle simula plus tard une agression sexuelle. Malgré un non-lieu, il ne s’en est jamais remis. Solitaire, Béné fait des films. Avec sa caméra, mais surtout dans sa tête. Bénédicte a disparu. Absente, sa mère alerte tardivement la police...

L’esprit tourmenté d’une ado habitée de profondes rancœurs n’est pas facile à décrire. Ce très beau portrait dépasse le simple « mal de vivre », exprimant toute la complexité de la jeune Bénédicte. Outre la psychologie, l’auteur propose aussi un subtil suspense autour de la disparition de l’héroïne.

 

« FEMMES DANS LA VILLE » (L’idée Bleue, 2006)

Recueil de deux nouvelles.

Les portes de la liberté. Maryse, 40 ans, sort de prison après trois ans de détention. Elle redécouvre la normalité, le plaisir d’un repas dans une brasserie et d’une après-midi sensuelle avec le serveur. Le soir, elle prend le train pour Paris. Elle remarque une jeune fille suspecte, qui dérobe bientôt le portefeuille d’un homme âgé. Maryse l’oblige à le rendre. Le vieux monsieur la remercie. A la gare Montparnasse, la jeune voleuse a été arrêtée. On désigne Maryse comme témoin. Elle refuse de dénoncer la fille. Vu sa situation, Maryse risque d’être impliquée. La policière qui l’interroge est compréhensive. L’avenir de Maryse s’annonce heureux…

Marguerite et les dimanches. Marguerite, 79 ans, est veuve depuis quelques mois. À Saint-Mandé, son appartement est bien ordonné. Restant très active, elle aide volontiers le voisinage. Elle a de vieilles copines, fréquente la Maison de Quartier. Elle participe à des activités théâtrales. M.Bertrand, l’animateur, l’attire plus que ce vieux dragueur de Gustave. Pour Marguerite, le dimanche est sacré. Ce jour lui rappelle tant de souvenirs liés à son défunt mari, Ernest. Et puis, il y a la coiffeuse et le marché. Ce dimanche-là, elle ne se réveille pas dans son état normal. Sortie hâtivement, elle ne retrouve plus ses repères. Marguerite est perdue…

Deux textes qui expriment une fois encore un réel plaisir d’écriture, caractéristique chez Crifo. Très réussis, ces portraits de femmes décrivent un moment majeur de leur existence. Deux histoires sensibles, attachantes, de belle qualité.

 

« FLAMBEUR » (Editions Le Passage, 2006)

Flambeur n’est pas n’importe quel quidam dans la foule anonyme. Il appartient à l’aristocratie des joueurs. C’est un as de la roulette, un champion des casinos, un roi des grosses mises. Les jeux d’argent sont toute sa vie. S’il perd, s’il doit retourner à un quotidien sans attrait, il n’existe plus. Dès qu’il en a de nouveau les moyens, quitte à s’endetter un peu, le frisson du jeu l’envahit. Sa destination préférée, c’est la Station Balnéaire. On y fait des efforts de promotion pour attirer la clientèle, en particulier les amateurs de jeux de hasard. Selon son rituel, Flambeur s’installe, se prépare. Au casino, il jauge les autres joueurs, flaire l’atmosphère. Il est dans son univers.

L’excitation monte. Flambeur sait gérer ses pulsions, pour que la chance soit avec lui. Des échecs, des déconvenues, il en a connu : cette fameuse course hippique qui pouvait lui rapporter le pactole, si le 4e n’avait été battu d’un rien ; ce « Tapis Vert » qu’il rata à cause du stress. Jouer à la Station Balnéaire, où se côtoient vacanciers, miss d’un jours, seniors, amants en week-end, autochtones commerçants : les sensations sont ici bien plus fortes. Près de Flambeur, ce Crétin gagne et frime, sans l’impressionner. Flambeur calcule et théorise. S’il est en veine, si la tactique est bonne, cette fois ce sera un coup magistral...

Ce très beau « portrait d’un joueur » n’est certes pas une histoire criminelle. Pourtant, le jeu assassin détruit la vie de Flambeur, héros solitaire et pitoyable qui se marginalise. Thierry Crifo peaufine ses descriptions des personnages ou de la Station Balnéaire. Le tableau n’est pas figé. L’action progresse par petites touches, ver l’inéluctable destin de Flambeur.

 

« PATERNEL A MORT » (Le Masque, 2006)

Cadre supérieur parisien surmené, le père de Sophie se montre exagérément protecteur avec sa fille majeure. Inventant des prétextes à ses absences, il passe des nuits entières à surveiller Sophie en cachette. Il admet mal que sa princesse intouchable, sa « liebellule », vive sa propre vie. Trop nerveux, il est parfois violent avec des inconnus. Il en oublie même l’anniversaire des 23 ans de Sophie. Son petit ami, ce Fred à barbichette fils de médecins, il ne l’aime pas du tout. Pourtant, Sophie et Fred déménagent pour habiter ensemble. Le père rôde autour du nouveau domicile de sa fille.

Il néglige sa femme Marthe et leur cadette Marie, 13 ans. Après de sévères disputes conjugales, Marthe pourrait bien se laisser tenter par le beau Marco, un copain de Fred. Sophie est heureuse dans son nid douillet pour petit couple normal. Epanouie, elle pense déjà à un bébé. Son père rumine ses souvenirs dans l’ancienne chambre de sa fille. Il écoute en boucle cette cassette qu’elle enregistra pour lui à 12 ans. Sa collègue Elisabeth “La Louve” cherche à le séduire : premier essai raté en club échangiste, puis rendez-vous au Lutetia qui se termine encore plus mal. Son idée fixe est incompatible avec le sexe. Son décalage avec le monde réel se creuse toujours davantage....

Il s’agit du magnifique portrait d’un père stressé, possessif à l’extrême, qui dérape jusqu’à l’inévitable drame. Ce récit noir, empreint de schizophrénie, est finement raconté. Des personnages fort glissant sur une pente fatale...

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:37

MARIE-CLAUDE DEVOIS

(extrait de son interview)

Claude Le Nocher : «Faits d’hiver à Montigny», votre dernier roman, débute lors du célèbre Festival polar de Montigny-lès-Cormeilles, autour duquel sont commis trois meurtres…undefined

Marie-Claude DEVOIS : «Faits d’hiver à Montigny»… Décembre 2007, dixième anniversaire du Salon du Polar de Montigny-lès-Cormeilles… Les invités du salon tombent comme des mouches… pourquoi ? Une nouvelle enquête du Juge Britten et une plongée dans ce monde étrange de l’écriture et de ses moteurs.

Que sait-on après tout de ces auteurs qui paraissent si « comme il faut » ? C’est une des questions que se pose Mathilde Demais, journaliste dépêchée par Val d’Oise Hebdo pour écrire un papier sur le Salon…Clé de voûte de cette affaire judiciaire, elle nous entraîne dans un monde en noir et blanc où réalité et fiction se mêlent intimement.

«Faits d’hiver à Montigny» c’est aussi un clin d’œil à cette ville qui a su relever un étonnant défi : faire entrer le livre dans la cité, amener des classes entières de jeunes à l’écriture pour leur apprendre la magie des mots et de la lecture… et cela méritait bien un coup de projecteur !

 

Claude Le Nocher : Le juge Edouard Britten est le héros récurrent de vos romans. Toutefois, vous laissez une large place à d’autres protagonistes dans ces histoires…

Marie-Claude DEVOIS : Oui, il y a bien d’autres personnages dans mes polars car le monde du Juge Britten est bien ce monde dans lequel nous sommes plongés au quotidien : avec des « gens » de chair et d’os que j’ai envie de mettre en scène car ils appartiennent à cette réalité : la greffière (que ferait-il sans elle, pas grand chose selon notre code de procédure pénale !) la boulangère (ça mange, un juge, et ça fait les courses quelquefois !) la famille, les amis, les collègues …

Edouard Britten est certes un héros récurrent mais qui cède (contre sa volonté bien sûr) la première place à un autre personnage : sa femme, ou bien encore une jolie journaliste…..

 

Claude Le Nocher : Dans «Faits d’hiver à Montigny», Mathilde s’interroge sur le fait que nul n’est à l’abri du crime, du passage à l’acte, surtout chez les romanciers…

Marie-Claude DEVOIS : Je confirme. Regardez l’actualité : un romancier polonais vient d’être condamné pour meurtre , lequel meurtre avait été décrit dans un de ses romans.

Mais on peut également regarder beaucoup plus loin en arrière : Pierre-François Lacenaire guillotiné en 1836. A son actif : faux en écriture, vols… puis double assassinat. Ecrivain frustré de n’être pas reconnu, il n’a imaginé que la voie criminelle pour obtenir du monde cette reconnaissance ! Sans parler du très célèbre Marquis de Sade, écrivain et philosophe… qui a passé 30 années de sa vie en prison, a été condamné à mort par contumace, et n’a finalement échappé à la peine capitale qu’à cause d’une «erreur administrative». Et à côté des condamnés, il y a la cohorte de ceux dont on ne saura jamais…qu’ils sont passés à l’acte !

Mais après tout, rien d’étonnant à cela : les statistiques révèlent que de nombreux criminels affichaient, avant d’être démasqués , un «casier judiciaire néant».

- Lire l'intégralité de cette interview de
Marie-Claude Devois sur
www.rayonpolar.com  

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:33
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Solenn Colléter

(extrait de son interview)

 

Claude Le Nocher : Ton premier roman littéraire « Je suis morte et je n’ai rien appris » est sorti en août 2007. Il traite de la délicate question du bizutage ?

 

Solenn Colléter : Programmé pour la rentrée littéraire 2007, le livre se déroule effectivement dans le cadre du bizutage au sein des grandes écoles françaises. J’ai voulu rebondir sur un fait d’actualité : la mutation autoritaire en septembre 2006 d’un agrégé de mathématiques, sanctionné pour avoir dénoncé le bizutage qui sévirait toujours entre les murs de son lycée. Il se trouve que cet établissement, le meilleur lycée privé de l’Hexagone, est justement celui où j’ai effectué mes « Classes Prépa » ; j’y ai moi-même à l’époque subi un rite initiatique que je continue à juger stupéfiant.

J’ai voulu, avec le recul, ma colère désormais largement apaisée, partager cette expérience. Combattre les clichés, les idées reçues sur le bizutage. Explorer les dynamiques de groupe, l’instinct grégaire, les petits courages, les grandes lâchetés. Démonter les mécanismes de manipulation mentale mis en jeu, infiniment plus subtils et pervers que ce que l’on imagine. Montrer comment un grand gaillard de dix-huit ans, en pleine forme, intelligent, cultivé, peut passer une semaine à pleurer, vomir, s’évanouir, puis, un beau jour, se réveiller avec comme seul souvenir de cette épreuve celui d’une aimable partie de rigolade, tradition nécessaire à perpétuer à tout prix pour le bien des nouveaux élèves.

 

Claude Le Nocher : Ton livre n’aborde-t-il pas aussi la problématique de l’éducation des élites ?

 

Solenn Colléter : Le système éducatif formate au lieu d’ouvrir l’esprit et il est consternant de voir que les plus grandes écoles, parfois, s’y emploient par la force. Il est terrifiant, surtout, de constater que la France est dirigée par des individus (hommes et femmes politiques, PDGs du CAC40) qu’il a été si facile de transformer, à un moment de leur vie, en sous-hommes puis en tortionnaires.

 

Claude Le Nocher : En parallèle avec cette analyse engagée du bizutage, « Je suis morte et je n’ai rien appris » déroule aussi une intrigue à suspense. Pourquoi l’avoir voulu ainsi ?

 

Solenn Colléter : Je crois beaucoup à la fiction, pour amener à s’intéresser à un sujet un lecteur qui n’aurait pas naturellement tendance à le faire. Une intrigue ludique (mais elle aussi porteuse d’un message si tu regardes bien) me semblait primordiale pour aller au devant du lecteur, le prendre par la main, le faire basculer avec moi dans l’enfer du bizutage. Je fais le pari qu’une fois mis en situation, quand il se sentira lui aussi mordu par la faim, le froid, la douleur, le manque de sommeil, la haine de soi, le lecteur initialement indifférent sera lui aussi fasciné par cet incroyable lavage de cerveau.

 

Lire l'intégralité de l'interview de
Solenn Colléter sur
www.rayonpolar.com

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19 janvier 2008 6 19 /01 /janvier /2008 10:30

Huit romans de Christian Denis

[contact : 06.79.45.04.43]

 

« BON A TIRER » (Liv'Editions, 2002)

Patrice est le véritable auteur des romans policiers signés par Balizaire, personnalité médiatique. Ce soir-là, Patrice va publiquement dévoiler la supercherie. Il apporte d’incontestables preuves. Balizaire crie au complot, menace ! Mais Patrice l’a discrédité devant la France entière. Tandis que Balizaire disparaît (momentanément ?) Patrice voit reconnaître ses mérites. Il est publié, commence à vivre de ses écrits. C’est de façon insolite qu’il rencontre Annabelle. Celle-ci débarque à Paris, venant d’Angoulême. Issue d’une famille ultra conformiste, la jeune fille veut changer de vie. Sans prévenir06--DENIS-2.JPG ses parents, elle devient la compagne de Patrice.

Leur voyage en Irlande est moins réussi que prévu. Un homme les suivait. Un sbire de Balizaire ? Ce type va subir quelques ennuis de santé. Retour à Paris, où Anne – que le couple a connu aux îles d’Aran – les rejoint bientôt. Annabelle supportant mal la pollution parisienne, Patrice et elle s’installent en Anjou. Richard, un petit voyou, est surpris par Anne alors qu’il cambriolait l’appartement de Patrice. Il est payé par Balizaire, lequel cherche à se venger. Patrice va de nouveau lui tendre un piège. Cette fois le « gros » Balizaire ne peut plus nuire à Patrice. Mais il surgit dans la maison campagnarde du couple, menace de les tuer. Heureusement, un ange gardien veille et intervient.

Balizaire s’est réfugié dans un monastère. Alors que le père d’Annabelle (homme aux idées farfelues ou visionnaires) les rejoint, Patrice s’interroge sur la repentance de Balizaire. Il n’a pas tort. Profitant de la naïveté des moines, Balizaire subtilise le manuscrit ignoré écrit par le défunt frère Athanase – ainsi que deux incunables, qu’il vend pour se refaire une santé financière. Habilement, il refait parler de lui en bien, puis se présente comme l’auteur du livre sur Saint-Augustin (œuvre d’Athanase). Patrice devine vite une nouvelle arnaque. Bien difficile à prouver, car les soupçons ne suffisent pas. Une visite à la sœur du moine décédé leur offre de quoi griller définitivement l’imposteur…

 

« ACCORD PARENTAL SOUHAITABLE » (Liv'Editions, 2002)

Par hasard, Jeanne apprend ce que Gérard a manigancé 19 ans plus tôt pour l’épouser. Mariage sans passion, trois enfants – dont Béatrice, l’aînée. Jeanne cause la mort de son mari. Un accident, en apparence. Catherine, l’amie de Jeanne, a son rôle dans cette sombre affaire. François, séduisant jeune universitaire, est gêné par une maladie de peau, qui nuit à ses relations avec les filles. Jocelyne (étudiante) et lui pouvaient former un couple idéal. Un problème surgit. Il cherche son salut dans la fuite, refusant un poste important.

Les années passent. Devenu historien reconnu, écrivain et enseignant, François rencontre Jeanne. Malgré les filles de celle-ci, une opportunité pour tous deux. « Histoire d’amour » intéressant peu l’égocentrique Emmanuel, ami de François. Lui n’est pas si attaché à Catherine. Durant des vacances en commun, il séduit la jeune Béatrice. Est-ce par crainte de Catherine que la jeune fille disparaît ? Jeanne et François la retrouvent dans les Alpes, soignée pour dépression...

 

« PETITS MEURTRES NANTAIS » (Editions d’Arçay, 2005)

Louis-Marie Le Goupil est un publicitaire nantais indépendant. Homme cultivé, amateur de bourgogne blanc, marié à Agathe, il a deux enfants. Il dirige son agence avec succès. Un soir, il croise un groupe de jeunes femmes en goguette, menées par Alexandra. Une des copines enterre sa vie de célibataire. Louis-Marie passe la nuit avec leur amie Caroline. Dès le lendemain, il déchante. La rencontre ne doit rien à sa séduction. Ce n’était qu’un jeu entre filles. Pourtant, il reste obsédé. Il engage Caroline pour une campagne de pub. Ayant appris qu’elle a un petit ami, il ne renonce pas.

Caroline a été étranglée, alors que Louis-Marie venait de passer deux jours avec elle en secret. La police n’a pas de meilleur coupable. Le publicitaire emprisonné, son agence décline et sa femme prévoit de divorcer. Quand une amie de Caroline est à son tour assassinée, Louis-Marie est disculpé. Grâce à son livre «  La publicité dans la littérature », il connaît une certaine notoriété. Il est bientôt rejoint par ses enfants, qui ne supportent plus leur mère maniaque de la propreté. Alexandra, meneuse du groupe de jeunes femmes, devrait être interrogée. Mais le tueur reste dangereux. Les enquêteurs trouvent un suspect sérieux, un homme s’étant fait plumer comme un pigeon lors d’une autre virée entre filles. Pour Louis-Marie, l’affaire n’est pas terminée…

 

« MASSACRE A LA FAUTE-SUR-MER » (Éditions d’Espard, 2006)

L’oncle Sébastien, son neveu Pierre, l’inspecteur Renaudin, et leurs compagnes, sont en vacances à La Faute-sur-Mer, en Vendée. Le sharpeï alcoolique La Dent est là aussi. Marcel, un vieil ami de Sébastien, vient de se faire égorger. Il lui avait demandé de veiller sur son petit-fils, Benoît. Cet ex-étudiant aux Beaux-Arts abuse de la bibine. Il n’est pas impliqué dans le meurtre de son aïeul. Marcel avait retrouvé de la drogue et une forte somme, perdus par des trafiquants. Sébastien et Pierre ne tardent pas à découvrir où il a caché cette fortune (de mer).

Logeant chez le vieil Émile Raballand, un trio d’Américains menacent Sébastien. Brad Pitbull et ses copains Indiens sont les émissaires des trafiquants. Dopé, le sharpeï s’occupe de Brad. Quand ce dernier est égorgé, on soupçonne les Indiens en fuite. Sous l’influence de sa nouvelle amie Céline, Benoît se remet au dessin et à la peinture. La jeune femme est moins innocente qu’elle paraît. Arrêtés, les Indiens nient les meurtres. Sébastien s’interroge sur Émile Raballand, victime d’une attaque cérébrale qui entraîne son décès. C’est son employée, Yvonne, qui hérite de sa ferme. La jeune Yvonne n’est pas si demeurée qu’on l’a dit. Benoît et elle rénovent la ferme pour en faire un vrai gîte et organiser une expo.

 

« LA DUCHESSE DES NANTAIS » (Editions E.C.D., 2006)

L’oncle Sébastien, son neveu Pierre, et leur tribu incluant l’inspecteur Renaudin, vivent à Nantes. Lors d’un vide-grenier dans son quartier, Sébastien achète de vieux cahiers. Il s’agit d’un manuscrit relatant l’histoire de Françoise d’Amboise, Duchesse de Bretagne au 15e siècle. Respectée par le petit peuple, cette dame pieuse et riche aurait laissé un trésor caché. Sébastien situe bientôt l’endroit où il serait dissimulé. Il acquiert ce terrain de deux hectares. Sur une telle surface, les fouilles s’annoncent fastidieuses. Sous prétexte d’archéologie, les scouts de l’intégriste abbé Souiller peuvent apporter une aide utile. A défaut de trésor, on déterre un menhir d’un intérêt historique relatif. Pourtant, la propriété attire beaucoup de monde : une rave-party sauvage, où un petit dealer égare une précieuse clé ; le gourou des « Gaéliens », escrocs dont les projets seront contrariés ; Merlin, un vieux Celte susceptible et rancunier ; des malfrats, dont le chien alcoolique de Sébastien va s’occuper ; des gens du voyage, invités par on ne sait qui… Pendant ce temps, les fouilles restent vaines. Le mystérieux ultime message de la Duchesse n’éclaire guère Sébastien et les siens. Le policier Renaudin enquête, lui, sur les meurtres du dealer de la rave et d’un indic...

 

« TERREUR AUX SABLES D’OLONNE » (Editions ECD, 2007)

Esthète philanthrope, l’oncle Sébastien est toujours entouré de sa tribu : sa compagne Annette, son neveu Pierre et son épouse Aurélie, l’inspecteur Renaudin avec sa smala. Sans oublier l’abbé Souiller, le prêtre intégriste, de nouveau actif grâce au pape Benoît XVI. Une vieille dame des Sables d’Olonne a raconté à l’abbé une histoire de « trésor maudit », caché quelque part dans l’ancienne ferme de sa famille. Le prêtre en parle à Sébastien, qu’il sait expert en la matière. Selon un ami journaliste, bien renseigné sur le contexte de l’affaire, il ne s’agit pas d’une légende. Intéressé, l’oncle Sébastien loue une villa dans la région des Sables d’Olonne, pour lui et les siens. Il n’est pas seul à connaître l’existence du trésor. Ex-prostituée, Mylène est la petite-fille de la vieille dame. Elle s’est installée dans le secteur avec une bande de motards patibulaires. Sébastien s’avoue sensible au charme de Mylène.

Pour calmer l’agressivité des motards, Sébastien fait appel à Moïse, le gardien de sa propriété en Val de Loire. L’Estonien Moïse et son ami Irakien Rachid sont d’anciens militaires aux méthodes efficaces...

 

« HECATOMBE A LA ROCHE-SUR-YON » (E.C.D., 2007)

Le jeune Aziz, d’origine marocaine, a trouvé un ciboire ancien, objet religieux de grande valeur. L’oncle Sébastien est informé de cette découverte. Toujours en quête de trésor, cet esthète nantais se renseigne. Le ciboire peut provenir du butin d’un mythomane qui, durant la Révolution Française, se prétendit évêque de Vendée. Si Aziz, rappeur inspiré, fait confiance à Sébastien, il ne lui indique pas où il trouva l’objet. Dans sa cité, Aziz se méfie des intégristes musulmans. Au nom de l’Islam, les barbus veulent le racketter. Ce qui n’arrange pas le moral du Chibani, le père d’Aziz.

Quand le jeune homme est assassiné, Sébastien charge Rachid (un de ses protégés, ancien baroudeur) d’infiltrer la communauté où vivait Aziz. Cette initiative attire l’attention de Sylvie Morel, séduisante commissaire de la DST. Sébastien et elle ont la même cible, mais l’enjeu est très différent : lui vise le trésor, elle sait qu’un terroriste va venir ici préparer un attentat. En l’absence de sa compagne, Sébastien devient intime avec la jolie policière. Rachid repère un autre objet catholique chez les intégristes musulmans. Preuve qu’ils possèdent les pièces religieuses trouvées par Aziz. Le terroriste est arrivé. Sébastien et la commissaire pensent qu'il vise une free party, une rave près du site d’une pittoresque guinguette...

 

Et un roman-jeunesse : « COUP DE GENIE » (Editions ECD, 2006)

Si Mlle Lepetit était plus juste avec Kévin Martin, bientôt 12 ans, tout irait mieux pour lui en classe. Petits délinquants, les frères Bastard le prennent parfois pour cible. Dans sa famille recomposée, le beau-père de Kévin est un crétin rendant sa mère dépressive. Le jour où il trouve une lampe de poche usagée, la vie de Kévin change radicalement. La lampe abritait un génie nommé Hugo, qui exauce les vœux de Kévin. Ça lui rend bien service, à condition de ne pas en abuser. Sous la surveillance de Sir Walter et de son ami Max, Kévin est progressivement initié au sein de leur Confrérie. Il utilise les lunettes à lire dans les pensées des autres, apprend que les nains de jardin ne sont pas seulement décoratifs.

Quand son collège reçoit des élèves Suédois, Kévin tombe amoureux de Suzan. Le magique chewing-gum qui permet de parler des langues étrangères aide Kévin à conquérir Suzan. Grâce à l’avion d’un manège secret, Hugo et Kévin voyagent loin et vite. Pourtant, Sir Walter et Max savent que des dangers guettent leur jeune protégé...

 

[contactez directement Christian Denis : 06.79.45.04.43]

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 16:28

JEAN-PIERRE FERRIERE
interviewé pour
www.bibliopoche.com à l'automne 2006 :

 

Claude Le Nocher : Vous avez aujourd’hui 50 ans (de carrière). Dans quelles circonstances Frédéric Ditis vous proposa-t-il d’écrire pour sa collection «La Chouette» ?

Jean-Pierre Ferrière : J’ai effectué mon service militaire au Maroc, à Rabat et à Casablanca. Des relations de mes parents qui travaillaient à Radio-Maroc m’ont suggéré d’écrire des pièces, qui ont été acceptées et diffusées – ce qui a beaucoup impressionné mes camarades de chambrée et mes supérieurs ! Pour moi, ce n’était qu’un jeu. Libéré et rentré à Paris sans un sou, j’ai cherché du travail. Grâce à une annonce publiée par le Figaro (dans un roman on n’y croirait pas) je suis devenu le secrétaire de Brigitte Bardot, qui était déjà une star. Moi qui ne pensais qu’au cinéma (mon rêve : être assistant, puis réalisateur) j’ai tenté de me rapprocher du très sympathique Roger Vadim… au moment même où celui-ci se séparait de sa glorieuse épouse. Déception ! Pendant ce temps, l’une de mes amies qui connaissait Frédéric Ditis (lequel était à la recherche de jeunes auteurs pour sa maison d’édition) lui a, sans me le dire, fait lire mes textes de radio. Accroché, Ditis m’a convoqué, et très vite proposé un contrat. Perplexe et moyennement motivé, je me suis lancé… tout en abandonnant Brigitte Bardot ! Le manuscrit terminé, je l’ai remis à Ditis. Sa réaction a été plus que mitigée : « Je ne m’attendais pas du tout à ça ! » Ce à quoi j’ai répondu, très décontracté car persuadé que ce roman serait à la fois mon premier et mon dernier : « C’est ça ou rien ! » Ditis a soupiré et s’est résigné à le publier, avec une formidable couverture signée Gianni Benvenuti. C’était « Cadavres en soldes ». Résultat des ventes : 50 000 exemplaires en quelques semaines, et de nombreuses lettres de lecteurs réclamant la suite des aventures des sœurs Bodin, mes deux héroïnes. Stupéfait mais beau joueur, Ditis m’a pressé de lui donner un second « Bodin », puis un troisième, puis un quatrième… Au septième, j’ai réclamé le droit d’écrire autre chose ; ce qui, bien sûr, m’a été accordé.

CLN : Ditis et vous semblez être resté amis puisque, au début des années 1980, vous avez été publié chez « J’ai Lu » ?

J-P.Ferrière : Amis et complices, puisque Ditis a publié chez J’ai Lu, qu’il dirigeait, mes Grands Romans parus au Fleuve Noir, puis des inédits. Je peux dire qu’il a été mon père spirituel, et que je lui dois ma carrière. Quand il a quitté J’ai Lu pour Le Livre de Poche, il m’a emmené dans ses bagages… où je n’avais peut-être pas ma place ! Heureusement « Bronzage intégral » est sorti au début de l’été, et fut un succès. Mon second roman, « Une femme sans histoire », a été acheté par la télévision dès sa parution. Ce qui a momentanément muselé mes « opposants », car j’en avais.

CLN : Entre temps, vous avez appartenu au « Fleuve Noir Spécial-Police ». Quels furent vos rapports avec cet éditeur, vous qui étiez un auteur déjà confirmé ?

J-P.Ferrière : J’ai publié une trentaine de livres au Fleuve Noir dans une ambiance formidable : on me fichait une paix royale ! J’écrivais ce que je voulais, sans censure, sans conseils, sans ordres. Comme, à cette époque, j’étais très sauvage, je ne voyais presque personne, et cela me convenait parfaitement. Mais je garde un très bon souvenir de Patrick Siry et Jean-Marie Carpentier.

CLN : A part les sœurs Bodin (7 titres), Evangéline Saint-Léger (4 titres), et des héros apparaissant dans deux aventures, vous n’avez pas souhaité créer un personnage pour une longue série ?

J-P.Ferrière : Non, je n’ai jamais eu envie de me lancer dans d’autres séries. En revanche, j’aime faire revivre des personnages que j’ai déjà utilisés. Comme Florence Farnèse, star de théâtre et de cinéma, la soixantaine champagnisée, renaissant sans cesse de ses cendres, et ne vieillissant jamais. Elle a, selon les histoires, l’un des rôles principaux, ou doit se contenter d’une « participation ».

CLN : La ville (inventée) de Châtignes sert de décor à plusieurs de vos romans. Il s’agirait de votre ville natale, Châteaudun ? Elle a dû évoluer, non ?

J-P.Ferrière : Châtignes est, bien entendu, un Châteaudun en réduction. Mais un Châteaudun vu avec mes yeux d’enfant ou de collégien. J’ai toujours l’impression qu’il y pleuvait tout le temps (ce qui est évidemment faux) ; et que les commères et les curieux y étaient nombreux (ce qui est évidemment vrai). J’habitais face au Mail, promenade plantée de gros marronniers ; un endroit propice au rêve et au mystère. C’est depuis longtemps un parking… que je n’ai jamais vu, et que je ne veux pas voir !

CLN : Vous avez été un des premiers auteurs français à introduire des personnages homos ou ambigus dans vos romans ?

J-P.Ferrière : Il est exact, je crois, que j’ai été l’un des premiers à faire d’un jeune homme ouvertement gay le héros d’un roman en 1964, avec « Un diable sur mesure ». Merci au Fleuve Noir, qui n’a pas tiqué… et à Germaine Beaumont, qui m’a fait une très bonne critique dans Les Nouvelles Littéraires. Elle m’a commandé une version radio du livre, pour son émission Les Maîtres du Mystère, à laquelle j’ai collaboré pendant une douzaine d’années. Bien sûr, il n’y avait pas de scènes choquantes. Mais toute l’intrigue reposait sur le fait que le jeune meneur de jeu était homosexuel, et ne s’en cachait pas. J’ai d’ailleurs repris le thème en 1999, dans « Le passage du gay », en l’enrichissant d’une seconde partie. Car « Un diable sur mesure » avait une fin ouverte. Cette nouvelle version est évidemment beaucoup plus réaliste, et ne craint pas d’évoquer les amours et les désirs de mon héros. Depuis « Un diable sur mesure », j’ai souvent mis en scène et en lumière des gays dans de nombreux romans. Je crois que le plus émouvant est le personnage principal du « Trouble-Crime ».

CLN : Il suffit de lire vos romans pour deviner votre passion du cinéma, thème que vous abordez souvent. Satisfait du résultat quand vos livres ont été adaptés (parfois vous y avez contribué) ? 

J-P.Ferrière : J’ai toujours eu la passion, la folie du cinéma. Entre 15 et 45 ans, je voyais au moins un ou deux films par jour, et j’étais un rat de cinémathèque. D’ailleurs, j’ai l’habitude de dire que mes romans sont les films que je n’ai pas tournés… J’ai aimé l’adaptation de « Constance aux enfers » [avec Michèle Morgan] – à laquelle j’ai beaucoup collaboré. Moins celle des « Veuves » qui s’est faite sans moi ; mais j’ai eu l’immense bonheur d’avoir Danielle Darrieux – mon idole depuis l’âge de sept ans – pour interprète. Elle est devenue une amie très chère… A la télévision, je me suis beaucoup amusé avec Alice Sapritch, pour « Une atroce petite musique ». Elle n’était pas le personnage, mais avait une telle présence qu’elle embarquait tout le monde avec elle. J’ai adoré Danièle Lebrun et Martine Chevalier dans « Une femme sans histoire ». J’ai oublié le reste… mais il me semble que « Cadavres en vacances » (malheureusement invisible aujourd’hui) était un nanar très rigolo, avec l’irrésistible Noël Roquevert en commissaire ! Mes regrets : ne pas avoir eu l’occasion de concrétiser les projets, pourtant très avancés, que j’avais avec deux excellents amis : Jacques Demy (dont j’étais fan) et Michel Drach.

 

DEUX LIVRES RECENTS DE JEAN-PIERRE FERRIERE

« Les ténébreuses » (Noir Délire, 2006) Réédition de trois romans.

Marie-Meurtre (Réédition de « Une atroce petite musique », Fleuve Noir 1971) : Marie, bientôt 40 ans, est bibliothécaire à Châtignes. Cette célibataire est assistée dans son travail par la jeune Joëlle, éprise d’un fils de notaire. Marie a connu l’amour vingt ans plus tôt avec Daniel, qu’elle aime encore, mais qui épousa la riche Irène. La vie de Marie est bousculée par l’arrivée de son frère Gérard. Celui-ci meurt chez elle d’une attaque cardiaque. Peu après, un truand parisien nommé Clarence apparaît, cherchant des bijoux volés. Marie voit là l’opportunité de se venger d’Irène. Elle oblige Clarence à la supprimer. Le plan de Marie fonctionne, même s’il s’agit réellement d’un accident...

Un diable sur mesure (Fleuve Noir 1965) : Hélène tient une boutique d’antiquités à Châtignes. Sa sœur cadette Jeanne est mariée à Etienne, souvent absent. Ils habitent la maison d’Alexandre Sauvage, qui fut un célèbre pianiste. Ils logent au rez-de-chaussée, lui à l’étage. Alexandre vient de mourir. Le jour de l’enterrement, Etienne découvre que Jeanne s’est suicidée. Hélène affirme au policier Vialles qu’elle n’y croit pas. Pourtant, Etienne a un alibi. Dans son journal intime, Jeanne confessait sa relation amoureuse avec Alexandre. Cette fois, le suicide n’est plus douteux. Stéphane loge à l’hôtel de Mme Cochart. Il fut le seul proche aux obsèques d’Alexandre Sauvage...

Le dernier sursaut (Fleuve Noir 1986) : Pauline, 50 ans, est employée dans une agence de documentation photographique. Elle mène une vie sans fantaisie. Même ses vacances à Saint-Jean-Cap-Ferrat sont moins glorieuses qu’elle ne le laisse entendre. Jean-Marc, un de ses jeunes collègues de l’agence, vient d’être assassiné. Il était l’amant d’Agnès, une autre employée, qui est enceinte de lui. Pauline éprouve de la tendresse pour ce couple : elle a autrefois connu une situation similaire avec un homme ressemblant à Jean-Marc. Pauline décide de protéger Agnès et de retrouver le meurtrier. Son enquête progresse vite. Ce crime a un rapport avec l’élection de Miss Trouville en juin 1946...

 

« Cinémaniaques » (Noir Délire, 2007) Réédition de trois romans.

Cinémassacre (Cinémaniaque, Fleuve Noir, 1973) Dix ans après sa sortie en salles, le film de Jean-Gabriel Ernal est diffusé à la télévision. Son unique film fut mal compris à son époque. Aujourd’hui, le cinéaste tient une boutique d’antiquités avec son ami Tony. Ce passage à la télé peut être une nouvelle chance pour Françoise Constant, ex-grande vedette dont la carrière décline depuis longtemps. Ernal retrouvera peut-être l’envie de tourner. Plusieurs meurtres ou tentatives de meurtres se produisent dans les jours qui suivent. Quelqu’un s’attaque aux « anciens » de cette production. On ne sait ce qu’est devenue Léna lord, la jeune actrice du film. Le jeune journaliste Bruno Merlier mène sa propre enquête, ce qui lui fournit des articles-choc. Il espère se montrer plus malin que la police…

Le bel imposteur (Le Livre de poche, 1986) Lionel Vignon est depuis dix ans le mari de la célèbre comédienne Doris Arnal. Etre « M.Arnal » le dérange un peu. L’impresario de son épouse lui propose de signer une pièce de théâtre qui n’est pas de lui, dont elle a acheté le texte. Lionel s’interroge. Il n’est pas long à comprendre que cette Mme Mercier, le supposé auteur réel, joue la comédie. Le vrai auteur, Bernard Berthelot, a été assassiné. Lionel cherche à en savoir plus sur ce meurtre. En même temps, il découvre un aspect insolite ignoré de son propre passé...

Le trouble-crime (Fleuve Noir, 1985) A la fin de son service militaire, Philippe ne retourne pas chez lui à Châtignes. Il est tombé sous le charme de son ami Maxime, qu’il rejoint à Paris. Libéré trois mois plus tôt, Maxime a dû en profiter pour organiser l’achat d’un commerce qu’il tiendront ensemble. A Paris, Maxime a disparu. Grâce à la gardienne, Philippe s’installe dans l’appartement de son ami. Le jeune homme est désorienté par les relations de Maxime, par les lieux pour homos qu’il fréquente. Maxime semblait faire chanter le n°2 d’un petit parti politique. Il aurait volé les tableaux d’une vieille comédienne. Il fournirait de la drogue à des petites camées mineures...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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