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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 04:55

Roman inédit sélectionné pour le Grand Prix de Littérature Policière 2017.

 

Automne 1921. Jeremy Nelson est un pianiste de jazz âgé de vingt-cinq ans. S’il sait venir d’une famille cosmopolite, il ignore à peu près tout sur ses parents. C’est pourquoi Jeremy a séjourné en Angleterre. Il espérait qu’un ancien libraire parisien, Victor Legris, serait en mesure de le renseigner sur ses origines. Mais ce dernier s’est montré très prudent sur la période, autour de 1895, où il a pu connaître la mère et le père de Jeremy. De retour à Paris, le pianiste loge dans l’immeuble d’Helga Becker, chargée par Victor Legris de garder un œil sur Jeremy. Pour subsister, il joue dans une gargote, "La Dame Blanche". Il lui arrive de faire des remplacements dans des cabarets, où le ragtime et le one-step ont davantage de succès auprès du public faisant la fête.

Denver Southern, un ami musicien de Jeremy, semble être décédé de mort naturelle. Mais un autre homme, Robert Escaudain, décorateur pour le spectacle, a succombé dans des conditions identiques. À chaque fois, on retrouve un serpent non loin du cadavre, ainsi qu’une même carte postale. L’illustration est une reproduction d’un tableau dû à Piero di Cosimo, représentant Simonetta Vespucci. Cette très jolie femme posa en son temps pour Botticelli, et mourut jeune. Le musicien et le décorateur ont-ils été mordus par une vipère aspic, ou est-ce la peur qui a causé leur mort ? Ces reptiles appartiendraient-ils à un fakir, pour un numéro de music-hall ? Il est possible que ces décès aient un lien avec "La tour de Babel", une salle de spectacle située rue Bergère.

Si son amie de cœur Camille est absente de Paris actuellement, Jeremy peut compter sur une poignée de fidèles relations. Il y a Jacob et son jeune frère, le débrouillard Sammy, qui espèrent trouver leur voie dans l’effervescence parisienne. Et aussi Léa Lavergne, mère de turbulentes jumelles, qui tient une boutique et s’avère protectrice envers Jeremy. Quand celui-ci s’en vient rôder dans les coulisses de "La tour de Babel", il apprend la mort récente d’une danseuse ayant travaillé ici. Cette Muriel Watrin est décédée alors qu’elle participait à un spectacle au théâtre du Chatelet. Là encore, il est question de serpents. Le pianiste interroge Sophie Lemerle, épouse du directeur de "La tour de Babel", avant de s’adresser à son mari Renaud Lemerle. Ce dernier affiche une certaine sincérité.

Jeremy rencontre une cousine aînée de la défunte Muriel. Cette Hélène fut un temps la compagne d’un charmeur de serpents. La piste la plus prometteuse à suivre est sans doute celle d’Émile Courlac, un auteur de théâtre écrivant sous pseudonyme. Entre-temps, une femme venue d’Angleterre a des révélations étonnantes à apporter au jeune pianiste. Et pas seulement sur ses parents. Alors que Jeremy Nelson doit animer au piano une fête organisée par la mondaine Muguette de Vermont, un quatrième meurtre est commis. La fameuse carte postale certifie qu’il s’agit de la même série. Témoin direct, le musicien craint des ennuis. Même si on l’identifie, le fantomatique assassin risque de disparaître…

Claude Izner : La femme au serpent (Éd.10-18, 2017) – Inédit –

Jeremy posa la carte postale de Simonetta sur sa table de chevet. Le serpent enroulé autour de la chaînette offrait une vague ressemblance avec l’hôte de Denver Southern : ventre clair, dos foncé, environ soixante-dix centimètres de longueur, espèce inconnue. Qui serait assez inconséquent pour projeter un meurtre en comptant sur la bonne volonté d’un serpent ? Pourtant, la carte postale du tableau signé Piero di Cosimo, destinée à Denver, n’était pas un cadeau fortuit. Avait-on voulu le menacer ? Pouvait-on succomber à une morsure de ce type de reptile ? "Tu as trop d’imagination, abandonne."
Il cala le traversin contre la tête du lit et s’allongea, les mains sous la nuque, en attendant l’heure d’affronter les mélomanes de 'La Dame Blanche'.

Victor Legris a été le héros d’une douzaine de polars historiques à suspense, une série qui a connu un très grand succès. Les sœurs Claude Izner ont entamé avec “Le pas du renard” une nouvelle série de romans qui ne sont pas moins excitants. Les atouts sont nombreux et variés. Jeremy Nelson, le héros, est un personnage bohème en quête d’identité. Certes, à toute époque, des gens ont perdu trace de leurs proches. Mais à la fin du 19e siècle et au début du 20e, entre Europe et Amérique, vécurent des personnages aventureux dont les méandres de la vie furent aussi aléatoires que compliqués. Reconstituer leurs parcours n’a donc rien de simple pour le jeune musicien de jazz.

Jeremy Nelson mène une sorte d’enquête sur des morts hautement suspectes. Tel est le moteur de l’intrigue, avec ses rebondissements et ses surprises. On imagine bien qu’il ne s’agit pas là d’investigations balisées, comme le feraient des policiers. Toutefois, ce que l’on retient, c’est l’ambiance parisienne d’alors magnifiquement restituée par les auteures. En ces Années Folles qui débutent, Paris est une ville aux multiples facettes, à la fois populaire et artistique. Tristan Tzara, Foujita, Cocteau et quelques autres commencent à s’imposer tandis que, dans cette faune aux talents parfois relatifs, d’autres créateurs restent plus anonymes. Le music-hall et le cabaret offrent spectacles et loisirs à foison, sans nuire à la fréquentation des bistrots d’habitués. Parmi la population, tous ne nagent pas dans le luxe, mais tous estiment avoir leur chance "d’exister" dans cet univers parisien.

On prend un grand plaisir à suivre le jeune jazzman Jeremy dans ses vivantes tribulations, de Londres à Paris, entre son enquête sur une série de crimes et son besoin de trouver des précisions sur le passé de sa famille. Un suspense franchement agréable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 04:55

Cet ‘Omnibus’ rassemble sept romans d’Erle Stanley Gardner, ayant pour héros l’avocat Perry Mason : Cœurs à vendre, La prudente pin-up, Jeu de jambes, L’Hôtesse hésitante, Gare au gorille, La nymphe négligente, La vamp aux yeux verts. En postface, Jacques Baudou évoque les comédiens qui incarnèrent ce personnage à l’écran, en tête desquels Raymond Burr. Il recense les adaptations télé et cinéma des enquêtes de Perry Mason.

Les romans d’Erle Stanley Gardner connurent très vite un immense succès. Aux États-Unis, bien sûr, car un avocat défendant généralement de jolies femmes dans des situations compliquées, c’était une formule excitante. En France aussi où, dès 1936, les premiers Perry Mason furent traduits dans la collection Le Scarabée d’Or, des éditions Gallimard. C’est surtout après-guerre, dans les années 1950, que l’auteur devint un des piliers de la collection Un Mystère, aux Presses de la Cité. C’est ainsi que Perry Mason connut une grande popularité chez les lecteurs français.

Les intrigues de cette série de suspenses ne se résument pas aux procès, aux plaidoiries, tels de simples "romans de prétoire". Elles débutent par un cas très énigmatique, avec son lot de détails insolites. L’avocat et sa secrétaire Della Street ne sont jamais dupes de la version initiale – souvent mensongère en grande partie – qui leur est présentée. Que des clientes les prennent pour des naïfs amuserait plutôt le duo. Bien qu’assisté par Paul Drake, détective privé, c’est Perry Mason qui mène ensuite les investigations. Il n’est pas rare que, au gré des nombreuses péripéties, l’avocat se trouve impliqué en personne dans un crime, risquant sa carrière. Ce qui ne l’inquiète que modérément, car il se sait assez habile pour s’en sortir. Ensuite, quand vient le moment de plaider au tribunal, à lui d’être malin et subtil pour désigner le vrai coupable, et les arcanes de l’affaire.

Parmi les sept romans proposés dans l’Omnibus “Perry Mason L’avocat justicier”, survolons-en deux qui sont exemplaires des dossiers traités par Perry Mason.

Erle Stanley Gardner : Perry Mason L’avocat justicier (Omnibus, 2017)

“La prudente pin-up (1949)” - À Los Angeles, l’avocat Perry Mason défend les intérêts du jeune Finchley, sérieusement blessé dans un accident de voiture. Au service de l’avocat, le détective Paul Drake a passé une annonce pour retrouver un témoin de l’affaire. Le courrier anonyme reçu par Perry Mason apparaît trop explicite pour ne pas être un peu douteux, ce que pense aussi Della Street, la secrétaire de l’avocat. Mason fait ainsi la connaissance de Lucille Barton, une ravissante jeune femme, empêtrée dans son dernier divorce en date. Elle a été témoin de l’accident, en effet. Ce qui conduit Perry Mason au propriétaire de l’automobile, Stephen Argyle. Un second témoignage affirme que le coupable de l’accident est un nommé Daniel Caffee.

Ce dernier admet sa faute, et accepte d’indemniser le jeune Finchley. L’avocat se demande pourquoi on l’a d’abord mis sur la piste de Stephen Argyle. Et ce que lui veut vraiment Lucille Barton, dont l’histoire semble aussi confuse que peu crédible. Perry Mason et la jeune femme découvrent bientôt dans le garage de Lucille Barton le cadavre d’un certain Pitkin. Or, ce dernier est l’ancien époux de Lucille, et le chauffeur d’Argyle. L’avocat commet l’erreur de laisser la jeune femme téléphoner seule à la police. Ce qu’elle ne fait pas, et ce qui place Perry Mason dans une situation embarrassante. Même si le lieutenant Tragg n’est pas hostile envers l’avocat, il est chargé de l’incriminer dans ce meurtre-là.

Car un témoin a vu le couple au moment de la découverte du cadavre de Pitkin, alors que Lucille prétend ne l’avoir trouvé que plus tard. En outre, une empreinte de Mason figure sur l’arme du crime. L’avocat doit jouer avec la police et la presse, afin de contrecarrer le témoignage gênant pour lui. Cela lui donne l’occasion de ridiculiser le sergent Holcomb, son vieil adversaire peu scrupuleux. Toutefois, au tribunal, lors de l’audience préliminaire du procès intenté contre Lucille Barton, l’avocat doit jouer serré. Il s’agit de démontrer autant sa propre innocence que celle de sa cliente. Pour ça, face à l’argumentaire du D.A. Hamilton Burger, il doit prouver le rôle précis de chacun des protagonistes…

Tragg prit les clés que lui tendait Perry Mason et les examina avec attention tandis que son front se plissait.
— J’en ai tout naturellement déduit, enchaîna Mason, que Miss Barton désirait me voir obtenir le renseignement sans prendre la responsabilité de me le fournir. Aussi, quand elle est venue ici avec Arthur Colson, hier après-midi, j’ai profité de sa présence à mon bureau pour me rendre dans son appartement et ouvrir le secrétaire avec cette clé. Tout a parfaitement fonctionné, et il y avait bien un revolver ainsi qu’un petit agenda dans le casier supérieur droit. Si donc, lieutenant, vous pouvez découvrir la personne qui a écrit cette seconde lettre, vous ne serez probablement plus très loin de l’assassin de ce Pitkin, à supposé que vous ne vous soyez pas trompé et qu’il ait bien été assassiné…

“Gare au gorille (1952)” - L’avocat Perry Mason a récupéré des documents – journaux intimes et photographies – ayant appartenu à Helen Cadmus, une très belle jeune femme au cœur d’un dossier mal élucidé. Elle était la secrétaire du riche Benjamin Addicks. Par une nuit de tempête, alors que le yacht de son patron voguait vers l’île de Catalina, Helen Cadmus disparut en mer. Accident, suicide ou meurtre ? On peut supposer qu’Addicks fit en sorte d’étouffer l’affaire, ce dont il a le pouvoir. Alors que Mason et sa collaboratrice Della Street étudient les journaux d’Helen Cadmus, un émissaire d’Addicks offre à l’avocat une forte somme pour ces documents. Ce que Mason refuse, et ce qui titille d’autant plus sa curiosité. Que Benjamin Addicks possède quelques gorilles captifs et d’autres singes, qu’il soumet à des expériences scientifiques cruelles, ne le rend guère sympathique.

Par ailleurs, Addicks est en conflit avec une ancienne employée âgée d’environ cinquante ans, Mrs Joséphine Kempton, qu’il accuse de lui avoir volé un bijou et une montre. Perry Mason et Della Street trouvent là l’occasion de rencontrer Addicks chez lui. Sa propriété sécurisée a plutôt l’allure d’une prison d’État. Il augmente son offre financière pour les documents d’Helen Cadmus, mais l’avocat refuse toujours. Par contre, Mason ne tarde pas à dénicher la preuve de l’innocence de Mrs Kempton pour les vols. Elle lui en sait gré, ayant obtenu un petit pactole pour les désagréments qu’elle a endurés. Mrs Kempton témoigne de ce qu’elle sait sur la disparition d’Helen Cadmus. Sur le yacht, la séduisante jeune femme bronzait volontiers en petite tenue, et espérait être remarquée pour faire du cinéma. Était-elle proche d’Addicks par romantisme ou par intérêt ? Difficile de le préciser.

De chez Addicks, Mrs Kempton appelle au secours Perry Mason, qui rapplique bien vite. Un des gorilles s’est échappé de sa cage et a assassiné Benjamin Addicks. La police interroge l’avocat et Joséphine Kempton, sans brusquer celle-ci, qui est remise en liberté. Mason demande au détective privé Paul Drake de chercher un maximum de renseignements sur Addicks. Quantité de questions se posent sur l’origine de la fortune du défunt, sur la façon dont il négociait ses affaires – y compris à l’insu de ses deux principaux conseillers, sur les expériences d’hypnoses tentées avec les gorilles, et autres secrets d’Addicks. Mrs Kempton maintient son extravagante version du meurtre de Benjamin Addicks par un gorille énervé. Aucun jury de tribunal n’y croirait. La police possède de nouveaux éléments incriminant Mrs Kempton. L’avocat va encore devoir prendre des risques pour qu’éclate la vérité…

Comme, pour se rapprocher du paravent, Mason contournait un énorme bureau, il aperçut une femme effondrée derrière le meuble. La lumière tombait d’aplomb sur son visage et Mason n’eut aucune peine à reconnaître Mrs Kempton.
Alors l’avocat se précipita derrière le paravent. Un homme était étendu à plat ventre sur le lit, un grand couteau à découper enfoncé jusqu’au manche dans son dos. Le sang avait inondé le couvre-lit et éclaboussé le mur. En se penchant sur ce qui n’était visiblement plus qu’un cadavre, l’avocat découvrit une autre blessure, aux bords déchiquetés, sur le côté du cou.
Comme il ne pouvait plus rien pour l’homme, Mason revint vers Mrs Kempton mais, au même instant, la pièce toute entière retentit d’un coup terrifiant qu fut asséné contre la porte du couloir. Quelques secondes de profond silence suivirent, puis l’assaut se renouvela. Cette fois, la porte explosa littéralement à l’intérieur de la pièce, et le gorille apparut dans son encadrement, regardant Mason avec fureur…

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12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 04:55

Bernadette Manuelito appartient à la police navajo, dont la juridiction s’applique dans la réserve indienne, située pour l’essentiel en Arizona. En couple avec son collègue Jim Chee, ils habitent à Shiprock. Bien que ce soit sa jeune sœur Darleen qui est supposée s’en charger, Bernadette veille sur leur vieille mère Mama, diminuée physiquement. Bernie est très imprégnée de culture navajo, comme une grande partie de son peuple. Window Rock est la capitale de cette réserve. Aujourd’hui retraité, devenu détective privé, le lieutenant Joe Leaphorn y retrouve ponctuellement ses amis policiers navajos. Si Jim Chee a souvent enquêté avec lui, Bernie se sent également très proche de Leaphorn.

Ce jour-là, le lieutenant est visé par un coup de feu tiré par un inconnu. Bernie est témoin de la scène, mais ne peut intervenir assez vite. Elle a vu le véhicule, et raconte ce qu’elle sait à l’agent du FBI Jerry Cordova. Le supérieur de Bernie préfère l’écarter de l’enquête, qu’il confie à Jim Chee. Il faudrait prévenir Louisa, la compagne de Joe Leaphorn, mais elle semble avoir quitté précipitamment leur domicile, peut-être après une dispute. Par contre, la voiture du tireur est bientôt identifiée. Elle appartient à Gloria Benally, une femme de caractère. Elle partage l’utilisation du véhicule avec son fils étudiant Jackson, souvent accompagné d’un étudiant de moins bonne réputation, Leonard Nez.

Joe Leaphorn a été transféré à l’hôpital de Santa Fe, et placé en coma artificiel. Même si elle ne se sent guère à l’aise dans cette ville, Bernie rend visite à Leaphorn, inconscient mais vivant. Elle récupère le précieux calepin de l’ex-lieutenant, qu’elle tente de décrypter. En tant que détective, la dernière mission en date de Leaphorn concernait le CRIA, Centre de Recherche sur les Indiens d’Amérique, basé à Santa Fe. Bernie prend contact avec le directeur de cet organisme et son adjointe. Elle leur donne le rapport que Leaphorn n’a pas eu le temps de poster. Le CRIA allant recevoir un lot de poteries exceptionnelles, anciennes et très rares, Leaphorn devait vérifier la régularité de l’opération. Bizarrement, le CRIA n’a pas reçu la première moitié du rapport du détective Leaphorn.

L’étudiant Jackson Benally étant de retour, Jim Chee l’interroge. Il est trop grand pour être le tireur, mais son alibi manque de clarté. Quant à son ami Leonard Nez, on ignore où il est passé. Jim Chee explore une autre piste : les frères Tsosie pouvaient vouloir se venger de Leaphorn, qui arrêta l’un d’eux. Sont-ils désormais aussi socialement insérés qu’il y paraît ? Bernadette consulte de la documentation sur les tissus et les poteries indiennes, dont les plus authentiques ont une grande valeur. Si la première partie du rapport de Joe Leaphorn est en mémoire dans son ordinateur, ça peut offrir d’importantes indications. La séance chez l’hypnotiseuse de la police permet à Bernie de cerner un détail concernant le tireur. En se rapprochant de la vérité, la policière se met personnellement en danger…

Anne Hillerman : La fille de la Femme-Araignée (Rivages/Noir, 2017)

Elle ne savait pas bien pourquoi, mais l’étroit espace sombre, sous le meuble, et les enchevêtrements de câbles, lui firent penser à la Femme-Araignée du Peuple Sacré qui avait jadis enseigné le tissage aux Navajos et donné aux Jumeaux Héroïques les armes dont ils avaient besoin dans leur quête pour trouver leur père, le Soleil, et délivrer la terre des monstres. Elle observa la façon dont les câbles s’entortillaient. "Je parierais que c’est une femme qui a installé ça, dit-elle. Ce devait bien être la fille de la Femme-Araignée."
— Qui ? Je n’ai jamais entendu ma grand-mère m’en parler, de celle-là.
— C’est sur elle que ma mère plaisantait toujours, quand il fallait qu’elle recommence partiellement une tapisserie. Elle m’a expliqué qu’elle contribue à résoudre les complications imprévues de l’existence, qu’elle démêle les situations embrouillées. Quand je commence à lui parler d’une affaire compliquée, Mama me dit : "Oh, tu arriveras à tisser ton chemin jusqu’à la solution. Tu es comme la fille de la Femme-Araignée."

C’est Tony Hillerman (1925-2008) qui créa la série de suspenses ethnologiques ayant pour héros Joe Leaphorn et Jim Chee, de la police tribale navajo. Leurs dix-huit aventures, dont douze en commun, sont publiées chez Rivages, comme toute l’œuvre de cet auteur. Née en 1949, sa fille Anne Hillerman a décidé de donner une suite à ces enquêtes. Si les deux principaux personnages y sont toujours présents, c’est l’agente Bernadette Manuelito qui est vraiment l’héroïne de “La fille de la Femme-Araignée” et de “Le Rocher avec des ailes”. Ce second titre est disponible en grand format aux Éd.Rivages, dès ce mois de juin 2017.

Anne Hillerman est parfaitement respectueuse de l’esprit des romans de son père. Au fil du récit, sont d’ailleurs évoquées certaines affaires traitées par Chee et Leaphorn. Si ce dernier est à la retraite, restant actif en tant que détective privé, c’est une "figure" de la police navajo, un précurseur vénéré par toute une génération. S’il se trouve dans un état grave, victime d’un tireur, faudra-t-il chercher parmi les dossiers dont il fut naguère chargé ?

Fille et petite-fille de tisserande, Bernie Manuelito est évidemment touchée par la préservation des objets, poteries d’autrefois ou tissus artistiquement exécutés à la main, qui témoignent de la culture de son peuple. Elle sillonne cette contrée indienne, dont une carte nous permet de situer la géographie. En fin d’ouvrage, un glossaire nous explique quelques termes concernant cette civilisation navajo.

Enquête fort bien construite, et ambiance empreinte de traditions, auxquelles s’ajoute un troisième atout : la vie du couple Jim Chee-Bernadette, plus les liens familiaux de la policière avec sa mère et sa jeune sœur, assez écervelée. Cet aspect-là importe dans le portrait de l’héroïne, communiquant une empathie certaine. C’est avec grand plaisir qu’on lit cette "suite" écrite par Anne Hillerman, et que l’on découvrira le nouvel épisode, “Le Rocher avec des ailes”.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 04:55

Suzy fait partie de ces personnes dont on préfère, après leur décès, conserver des images positives. Si elles laissent un souvenir comportant certaines zones d’ombre, l’impression reste lumineuse. Pour son dernier confident et ami, bien plus jeune qu’elle, Suzy n’était pas juste cette élégante dame âgée discrète sur son passé. Une relation forte et sensible s’était nouée entre eux. Quand Suzy s’éteignit, il voulut compléter ce qu’il savait d’elle.

Non pas qu’elle connut un destin prestigieux, mais il y eut de l’exceptionnel dans la vie de cette femme. Lorsqu’on naît, au tout début du 20e siècle, dans une bourgade oubliée, il est peu probable de connaître un jour l’effervescence des grandes villes, ni le faste des endroits huppés. Quand on est la fille d’un modeste horloger de province, d’un homme aux principes sévères et figés, et d’une épouse incarnant l’insignifiance choisie, l’ambition ne peut qu’être plutôt faible. Pourtant, lorsqu’on est une avenante jeune fille de dix-sept ans en 1920, il se présente des opportunités qu’on aurait vraiment tort de laisser passer.

À l’époque, l’oncle Armand s’était lancé avec succès dans le négoce. À Paris, il brassait des affaires très rentables. Il décide de donner un petit coup de pouce à sa jolie nièce Suzy. Imaginant déjà que leur fille épouserait quelque notable de la capitale, Louis et Irène – les parents – ne s’opposent pas à ce qu’elle suive Armand. Ne lui a-t-il pas trouvé un emploi de couturière chez un tailleur réputé dans son quartier parisien ? Dans cette échoppe, sous la houlette du dynamique Maurice, on œuvre pour le music-hall. “On coud du brillant au fil des jours. On monte la beauté en épingle. Entre les plumes et les paillettes, on plante des plumes de casoar, d’argus, de cacatoès et d’oiseau de paradis. On joue sur les velours des renards argentés, des visons.” Dans cette ambiance, la vie est une fête.

Avec l’oncle Armand comme avec Maurice, voilà Suzy entraînée dans ces Années Folles, où le gratin s’amuse tellement. Et puis lui vient un autre désir, plus ardent que tout : monter sur scène. Le meilleur moyen de rompre définitivement avec ses parents, sa bourgade natale ? À n’en pas douter, tel est son objectif, tandis que la carrière de Suzy prend son envol. D’ailleurs, elle ne donne plus de nouvelles à Louis et Irène, à quoi bon ? Avec sa rigueur habituelle, son père en prendra ombrage, on pouvait s’y attendre. Suzy goûte au luxe, Suzy voyage, Suzy s’affiche, et elle est parfaitement heureuse. Des épisodes plus dramatiques, elle va en traverser, entre douleur et vengeance. Mais quoi, n’a-t-elle pas vécu une jeunesse excitante ? Extraite de son milieu, Suzy réalisa sûrement ses rêves…

Alain Émery : Passage des mélancolies (Éd.La Gidouille, 2017)

Se peut-il qu’elle ait su, en foulant pour la première fois les pavés de Montmartre, que son cœur, jusque-là si rustique, s’emballerait désormais chaque fois qu’elle entendrait souffler un limonaire ? Qu’elle frissonnerait en reconnaissant, au lointain, la rumeur chaloupée d’un bal de carrefour ? Je le pense, et je la vois d’ici. Un peu gauche, forcément, étourdie par le faste et l’effervescence. Dans cette houle de canotiers et de chapeaux cloche, elle apparaît tremblante, comme saisie par le froid, et sa beauté – dont les arêtes sont, à 17 ans, encore un peu saillantes – s’ouvre en corolle. Au bras d’Armand (qui doit sacrément bicher), elle écume les dancings, s’essaie au fox-trot, au one-step, et file ses premiers bas de soie sur les chaises en osier de la Closerie des Lilas…

Oublions un peu notre 21e siècle, et nos critères actuels. Regardons dans le rétroviseur, et projetons-nous au temps de l’Entre-deux-guerres, en ces fameuses Années Folles. Ce ne fut une décennie festive que pour quelques-uns, tandis que l’essentiel de la population laborieuse restait socialement éloignée de cet univers-là. Celles et ceux qui provoquèrent la chance, qui osèrent se débarrasser du pesant carcan des préjugés, en ont alors profité. Ce monde si peu conforme à la moralité incluait son lot de margoulins, voire de véritables truands ; les jolies femmes qui en faisaient partie passaient pour des traînées. Toutes et tous en riaient franchement, l’insouciance et l’excitation régnant en maître.

C’est un roman court qu’a concocté Alain Émery, qui aime privilégier les nouvelles même si son talent est aussi évident dans les intrigues plus longues. S’inspirant de quelques photos d’autrefois, il imagine le parcours de cette Suzy. Il en dresse un portrait finement nuancé, riche en émotion, n’omettant jamais ces infimes détails qui offrent une crédibilité au récit. Jadis dans les familles pratiquant la transmission orale, on en parlait – en bien ou en mal – de ces femmes qui s’exilèrent, reniant leur contrée d’origine. C’est cette tonalité, avec ses délicieux contrastes et ses "personnages", que restitue Alain Émery. Nostalgie, mélancolie… peut-être. Mais il y a surtout beaucoup de tendresse dans ce qu’il nous décrit.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 04:55

Chaque année en septembre sont annoncés les lauréats du Grand Prix de Littérature Policière. C’est une des récompenses majeures pour les romans noirs et les polars. Un Prix est attribué à un auteur français ou francophone, un autre est décerné à un auteur étranger. La sélection 2017 se compose de 24 auteurs (onze Français, treize étrangers).

Grand Prix de Littérature Policière 2017 : les sélectionnés

Les auteurs français sélectionnés :

Claude AMOZ : La Découronnée – Ed.Rivages, avril 2017

Franz BARTELT : L’Hôtel du Grand Cerf – Ed.Seuil (Cadre noir), mai 2017

Grégoire HERVIER : Vintage – Au Diable Vauvert, sept. 2016

Hugo BORIS : Police – Ed.Grasset, août 2016

Hannelore CAYRE : La daronne – Ed.Métailié (Noir), mars 2017

Claude IZNER : La femme serpent – Ed.10/18, 1 juin 2017

Armel JOB : En son absence (Belgique) – Ed.R.Laffont, février 2017

Andrée MICHAUD : Bondrée (Canada) – Ed.Rivages, sept. 2016

Colin NIEL : Seules les bêtes – Ed.Rouergue (Rouergue noir), nov. 2016

Benoît PHILIPPON : Cabossé – Ed.Gallimard (Série noire), août 2016

Guillaume RICHEZ : Blackstone – Ed.Fleur sauvage, Pas-de-Calais, mai 2017

 

Les auteurs étrangers sélectionnés :

Eydr AUGUSTO (Brésil) : Pssica – Ed.Asphalte (Fictions), février 2017

Alex BERG (Allemagne) : La fille de la peur – Ed.J.Chambon (Noir), mai 2017

Andrea CAMILLERI (Italie) : Une lame de lumière – Fleuve Ed., sept. 2016

Christian KIEFER (Etats-Unis) : Les animaux – Ed.Albin Michel (Terres d’Amérique), déc. 2016

Arun KRISHNAN (Inde) : Indian psycho – Ed.Asphalte, mai 2017

Clayton LINDEMUTH (Etats-Unis) : En mémoire de Fred – Ed.Seuil (Cadre noir), mars 2017

Sara LOVESTAM (Suède) : Chacun sa vérité – Ed.R.Laffont, nov. 2016

Zygmunt MILOSZEWSKI (Pologne) : La rage – Fleuve Ed., sept. 2016

Bradford MORROW (Etats-Unis) : Duel de faussaires – Ed.Seuil (policiers), janv. 2017

J.J.MURPHY (Etats-Unis) : L’affaire de la belle évaporée – Ed.Baker Street, nov. 2016

Aro SAINT DE LA MAZA (Espagne) : Les muselés – Ed.Actes Noirs, sept. 2016

Roger SMITH (Afrique du Sud) : Au milieu de nulle part – Ed.Calmann-Lévy, mai 2017

Alex TAYLOR (Etats-Unis) : Le verger de marbre – Ed.Gallmeister, août 2016

 

Les résultats seront annoncés le mercredi 20 septembre 2017.

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9 juin 2017 5 09 /06 /juin /2017 04:55

La Bête du Gévaudan ! Fût-ce superficiellement, cela fait partie de notre culture générale. Si l’Histoire a retenu cet exemple, alors que d’autres "bêtes" meurtrières sévirent en ces temps anciens, c’est dû à plusieurs raisons. D’abord, l’animal monstrueux s’attaqua aux populations de juin 1764 à juin 1767, causant trois longues années de terreur. On recensa autour d’une centaine de victimes, nombre conséquent. Ensuite, l’affaire ne se borna pas au territoire de la Margeride, du côté de la Lozère, la Haute-Loire et le nord de l’Ardèche actuels. Les autorités royales furent bientôt informées, et prirent des mesures afin que soit traquée et supprimée la bête tueuse. Enfin, des questions restent posées sur la nature même du monstre. Loup, chien-loup, hyène, animal hybride ? Au fil des siècles, on osa de multiples théories, parfois agrémentées d’une part de sorcellerie.

Pierric Guittaut est, entre autres, l’auteur de “La fille de la pluie” (2013) et “D’ombre et de flammes” (2016), deux romans publiés dans la Série Noire. Mais ce n’est pas une fiction qu’il nous propose cette fois. Amateur de ruralité et chasseur, il s’est passionné depuis plusieurs années pour la Bête du Gévaudan, collectant une grande quantité d’information, de documentation. Cet ouvrage très complet inclut des photographies prises par l’auteur – sur les lieux concernés où il s’est rendu, et des illustrations d’époque – en particulier, des croquis d’animaux pouvant se rapprocher du fameux monstre. Par un récit très vivant, Pierric Guittaut décrit cette région montagneuse aride et rude, hostile et très froide durant les six mois de l’hiver, et reconstitue les faits chronologiquement en détail. Ici, on est vraiment dans un contexte régional sous le règne de Louis 15.

Dès les premières attaques meurtrières, Étienne Lafont – haut-responsable local – prend le problème au sérieux. Certes, arriveront divers autres intervenants, dont des chasseurs émérites s’intéressant peut-être davantage aux primes allouées qu’à tuer la Bête. Car il faut souligner que des sommes d’argent considérables ont été consacrées, par le pouvoir royal, à la traque du monstre. Néanmoins, les rapports d’Étienne Lafont sont précieux. François Antoine est probablement un des meilleurs chasseurs du pays, son titre de porte-arquebuse du roi n’est pas usurpé. Jusqu’alors, les battues à travers la campagne n’ont été d’aucune efficacité, et même les bons chasseurs du cru ont souvent raté la Bête. Il est vrai que, touché par certains tirs, le monstre n’a jamais été gravement blessé, semble-t-il. Son atout principal, surprenant pour un canidé, c’est son extrême mobilité.

Pierric Guittaut : La Dévoreuse (Éd.De Borée, 2017)

Étienne Lafont, lui, est plus prudent, il écrit le lendemain au même: "Les suites feront connaître ce que l’on peut attendre de cet événement, après les blessures que cette bête à reçues et auxquelles elle a échappé l’on n’ose se flatter de rien." Le syndic sait que l’espoir avait été grand en mai dernier, après les blessures infligées par les frères de La Chaumette, mais que la déception n’en avait été que plus terrible lors de la réapparition de l’animal, toujours aussi sanguinaire. En dépit de tout ce qui nous sépare du Gévaudan d’alors, on imagine sans peine cette nouvelle attente fébrile qui s’empare de tous à la suite de l’exploit de Marie-Jeanne Vallet. Attente faite d’un mélange d’espoir à l’idée que la Bête expire finalement son dernier souffle maudit dans quelque recoin de la Margeride, et de consternation à voir réapparaître sa silhouette aussi familière que redoutée venir hanter à nouveau les pâtures. Autorités, chasseurs ou habitants du Gévaudan, tous retiennent alors leur souffle, un œil sur l’horizon et la ligne sombre des forêts de la Ténézère ou du bois Noir, en attendant les cris qui ne manqueront pas de courir les campagnes. Puissent-ils être de joie, et accompagner la nouvelle qu’enfin, la Bête est morte.

Les efforts de M.Antoine sont couronnés de succès en septembre 1765. L’animal est enfin abattu, au grand soulagement des habitants, et des autorités royales qui s’en glorifient. Mais quelques semaines plus tard, d’autres attaques mortelles sont à déplorer. Et à partir du printemps suivant, la Bête tue avec frénésie. On peut raisonnablement penser que le monstre s’est trouvé une compagne louve, et peut-être ont-ils un louveteau. Est-ce ce qui accroît le nombre de victimes ? Pas exclu. En tout cas, il reste encore impossible de situer la tanière de la Bête. Si l’on abat quelques loups ordinaires, pas rares dans la région, et si des courageux mettent en fuite le monstre, il représente toujours une menace. Quant au pouvoir royal, il se désintéresse désormais de la question, laissant se débrouiller seuls les gavauds, la population de ces montagnes.

C’est donc en juin 1767 que la Bête du Gévaudan sera tuée par un groupe de chasseurs s’étant organisé pour la cerner. Des descriptions précises de l’animal, il en existe de très pointues. Toutefois, cela ne permet pas de savoir à quelle espèce exacte il appartenait. Un loup commun d’une taille et d’une force extraordinaire, un chien-loup issu de croisement et qu’on aurait dressé pour attaquer les humains, une hyène livrée à elle-même ou ayant subi une mutation génétique, ou bien encore un animal cryptide d’une espèce inconnue? Pierric Guittaut étudie toutes les possibilités. Il a même opéré des tests de tirs, afin de comprendre comment la Bête résistait aux blessures de fusils. En se documentant sur des cas d’autres animaux-tueurs de l’époque, il envisage qu’il puisse s’agir d’un loup-cervier ou d’une sorte de hyène canine, analyses et gravures d’époque à l’appui.

C’est dans le Valais, en Suisse, que l’auteur pense avoir déniché la meilleure piste. Ainsi, il poursuit ses investigations jusqu’à Sion. Où l’on trouve un loup de race spécifique, qui fut dans les siècles passés presque aussi meurtrier que la Bête du Gévaudan… Il s’est publié quantité de livres, avec autant d’hypothèses variées et sûrement parfois farfelues, sur le sujet. Force est de reconnaître que Pierric Guittaut se singularise par la qualité supérieure de son enquête. Loin d’une synthèse artificielle ou d’un ordinaire résumé de l’histoire, le déroulement de cette mystérieuse affaire est présenté de façon captivante. Grâce à un récit basé sur les témoignages écrits, mais qui sait également aborder les comportements et la psychologie des protagonistes. Quant à "l’étude animalière", elle est très fouillée, ne négligeant aucune version de l’ordre du possible. Un ouvrage remarquable.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 04:55

En ce milieu des années 1950, Sidney Chambers est le jeune chanoine de la paroisse de Grantchester, à côté de Cambridge. Sa vie de pasteur pourrait être des plus ordinaires, entre son chien Dickens, son assistant Leonard Graham et sa cuisinière, Mrs Maguire. Côté cœur, il reste le meilleur ami de la londonienne Amanda Kendall, mais il est plutôt épris de Hildegard Staunton. Si cette musicienne classique est retournée en Allemagne, à Berlin, le pasteur garde le contact avec elle. Sidney Chambers est proche de l’inspecteur Keating. Le policier voit d’un bon œil les investigations de son ami lorsque se présente un cas litigieux ou criminel. En ce neigeux mois de janvier 1955, se produit une nouvelle affaire.

Sidney Chambers est témoin d’un incident mortel sur les toits de Cambridge, impliquant deux étudiants et M.Lyall, un directeur d’études âgé de cinquante-deux ans. Ce dernier a fait une chute accidentelle au cours de cette escalade malvenue. Pour Rory Montague, un des étudiants, qui ne cache guère ses naïves sympathies communistes, il s’agit seulement d’un accident. Mais l’autre jeune homme, Kit Bartlett, ayant disparu à cette occasion, on est en droit de s’interroger. D’ailleurs, l’appartement de celui-ci est bien trop propre pour un étudiant, comme nettoyé. Ce n’est pas l’ex-épouse de M.Lyall qui redorera la mémoire du défunt. Avec le policier Keating, Sidney Chambers inspecte le toit fatal. En ces temps de guerre froide, cette mort aurait-elle des relents d’espionnage ?

En août 1957, un impressionnant incendie détruit les locaux loués par Daniel Morden, un photographe. Il est probable que cela n’ait rien d’accidentel. Sidney Chambers s’entretient avec Morden, absent au moment des faits. Celui-ci connut une petite notoriété à l’époque du cinéma muet, mais n’a plus beaucoup d’ambition. Il admet tirer le portrait de jeunes filles, parfois mineures. Ce qui pourrait rendre suspect Jerome Benson, taxidermiste et chasseur, voyeur pervers à ses heures. Le garagiste Gary Bell, loueur des lieux incendiés, n’est pas moins suspect. À cause d’un bidon d’essence, mais surtout parce sa petite amie Abigail Redmond, fille de fermiers, s’imaginait devenir mannequin et s’adressa à Morden.

Cette année-là, à l’époque de la Semaine Sainte, Hildegard est de retour au village. La mort d’Adam Cade, professeur de mathématiques de trente-cinq ans, mérite que Sidney Chambers s’y intéresse. Il a été victime d’une crise cardiaque alors qu’il prenait un bain. Il est vrai que Cade était d’un tempérament tendu. Il supervisait les travaux de l’électricien Charlie Crawford, en train de rénover certains locaux de Cambridge. Ce dernier est bientôt renvoyé par le Professeur Edward Todd, collègue d’Adam Cade avec lequel il menait des recherches scientifiques. Sidney, Hildegard et Charlie s’introduisent dans l’appartement de Cade, afin de confirmer leurs hypothèses pouvant expliquer autrement le décès.

Autour d’un match de cricket, Sidney Chambers s’aperçoit qu’existe une idylle entre Annie Redmond, la fille de l’épicier, et Zafar Ali, un Indien musulman. À l’issue du match, Zafar est empoisonné, et ne survivra que quelques jours. La légiste Derek Jarvis confirme avoir décelé de l’antimoine et du thallium. Davantage que la boisson qu’il avala, c’est peut-être un objet qui, en priorité, intoxiqua Zafar Ali…

Les années passant, et son exubérante amie Amanda étant sur le point de se marier, Sidney Chambers ne devra-t-il pas retourner à Berlin ? Pour enquêter, sans doute, mais aussi pour envisager le mariage avec Hildegard…

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

En roulant dans Cambridge à bicyclette, Sidney s’interrogeait sur le sens de tout cela. Pourquoi quelqu’un voudrait-il brûler un pavillon d’aussi peu de valeur ? Était-ce une simple fraude à l’assurance, ou pouvait-il s’agir de quelque chose de plus grave ? Gary Bell, ou même Abigail Redmond, pouvaient-ils avoir allumé le feu pour se débarrasser de Daniel Morden ? Dans ce cas, il eût été plus simple de ne pas renouveler son bail. Peut-être existait-il un lien sentimental entre Morden et Abigail, même si celle-ci était encore bien jeune ? Et, à entendre Abigail, Benson le taxidermiste semblait être un peu coureur de jupons ; et peut-être même pire. Morden le connaissait-il bien ?

James Runcie : Sidney Chambers et les périls de la nuit (Actes Noirs, 2017)

Héros très attachant, ce pasteur anglais trentenaire vécut ses premières aventures dans “Sidney Chambers et l’ombre de la mort”, désormais disponible en format poche dans la collection Babel Noir. Le voici de retour avec, comme dans le premier tome, une série de six enquêtes. Il est utile de préciser que ce ne sont pas strictement des nouvelles, au sens où l’on trouve ici une sorte de continuité narrative. Ce qui prime, c’est l’univers de Sidney Chambers, avec ses proches, ce village caractéristique qu’est Grantchester, les collèges de Cambridge, ainsi que le contexte d’après-guerre.

Le mode de vie traditionnel est encore assez figé dans cette Angleterre de la fin des années 1950. Dans une paroisse, le pasteur reste un des pivots pour la population locale. (Bien que se sachant observé par ses ouailles, Sidney Chambers s’amuse à acheter une revue érotique pour se documenter, ce qui pourrait outrer les habitants). Par ailleurs, la Grande-Bretagne sera durablement marquée par des scandales concernant des affaires d’espionnage touchant l’élite du pays. Mais il faut surtout retenir que ce prêtre n’est ni un policier, ni un juge. S’il contribue à faire arrêter des criminels, il sait faire preuve d’une compréhension et d’une magnanimité digne de sa fonction ecclésiastique.

Au fil de ses investigations, on ne perd pas de vue la situation sentimentale de Sidney Chambers. Entre Amanda et Hildegard, son cœur balance ? C’est plus subtil que ça. Veuve et Allemande, aimant Bach et la musique classique alors que Sidney préfère nettement le jazz, Hildegard hésite autant que lui à s’engager. Quant à Amanda, elle est sans doute un peu trop libre et "moderne" pour jamais devenir l’épouse d’un pasteur. Outre les intrigues proprement dites, bien sûr énigmatiques, c’est le portrait nuancé de la société britannique et de l’époque que l’on aime dans ces mystères de Grantchester.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 04:55

Amateur de bières, de tabacs forts, de plats en sauces, de nuits blanches et de bastons virulentes, le quinquagénaire parisien Jacques Bower doit suivre l’avis de son médecin traitant, et se mettre à la diète. Pour commencer, il va prendre l’air sur la côte belge, vers La Panne et Furnes. Pas tellement pour raisons de santé, ni même pour fuir sa compagne Véro, shampouineuse pour animaux. Un fait divers a attiré son attention. Van Haag, ex-conservateur du musée Paul Delvaux à Saint-Idesbald, est mort dans l’éplucheuse automatique d’une usine de frites surgelées en Flandres. Bien que sa présence là reste inexplicable, on a conclu à un simple accident.

Tout juste Bower sait-il que Van Haag organisa une rétrospective consacrée au peintre Paul Delvaux, exposition annulée au dernier moment. Madeleine, actuelle conservatrice du musée, lui apprend que Van Haag fut jadis membre d’un obscur mouvement artistique, les Reculistes. Devenus proches de Delvaux grâce à leur égérie Lotte, aucun d’eux n’a jamais connu la célébrité. Sauf Wout Baeteman, qui expose dans une galerie de La Panne, à la place de la rétrospective prévue. Bower sympathise avec Léopold Spriet, un des derniers Reculistes. De leur groupe artistique, il resta ami avec Van Haag et le comédien Jonas.

Bower visite l’expo des œuvres de Baeteman. Selon le propriétaire de la galerie, c’est de l’art transgressif. Pour Bower, c’est merdique à vomir. Le lendemain à Furnes, il tente de contacter Jonas, à l’occasion de la Procession des pénitents. Le comédien est abattu d’une balle en pleine tête. Au domicile de Jonas, il trouve pour principal indice une date, le 2 août. Les mêmes adversaires s’en prennent bientôt à la maison de Madeleine, la conservatrice du musée. Bower se rend à Merwijk, ville dont le bourgmestre n’est autre que Colvenaer, propriétaire de la galerie d’art. Il perçoit vite ici l’hostilité des Flamands contre l’ensemble des francophones. Une ambiance cultivée par le bourgmestre Colvenaer, leader d’un groupe politique à l’idéologie fasciste, prônant une supériorité flamande. Ceux qui le dérangent ont droit aux méthodes musclées de Clarence, son homme de main.

S’il est expulsé manu militari de chez Colvenaer, Boer a quand même croisé la fameuse Lotte. Après avoir interviewé le médiocre peintre Baeteman, Bower est agressé sur ordre de Colvenaer. Il trouve refuge et soins chez Léopold Spriet, qui préfère s’éloigner. Il est temps que Bower soit rejoint par son ami Karim, afin d’affronter en duo leurs ennemis…

Maxime Gillio : La fracture de Coxyde (l’Atelier Mosésu, 2017)

Jacques Bower est un proche cousin de Gabriel Lecouvreur, aussi fouineur et indépendant que lui, partageant certains de ses goûts, il possède son caractère personnel. D’ailleurs, le surnom de Bower est Le Goret, ce qui désigne un jeune cochon, non pas un octopode à longs bras genre pieuvre… ou Poulpe Les tribulations flamandes de cet enquêteur autonome l’amènent à prendre de vrais risques. Les milieux artistiques belges s’avèrent terriblement dangereux. Ses mésaventures sont toutefois ironiques et souriantes, l’auteur prenant plaisir à nous entraîner dans de multiples péripéties. On retrouve la tonalité de “Les disparus de l’A16”, avec cette forme narrative mouvementée et débridée qui convient à Maxime Gillio.

Excellente initiative que de rééditer “La fracture de Coxyde”. Si elle est diablement agitée, cette histoire se veut aussi un hommage au peintre Paul Delvaux. En outre, l’auteur y effleure la délicate situation politique belge, gangrenée par les alliances entre nationalistes flamands et groupes néo-nazis. Mieux vaut retenir, comme on le fait ici, les spécialités culinaires et l’assortiment de bières qu’offre la Belgique. Dans la meilleure tradition du roman populaire, ce roman palpitant nous offre une fort excitante comédie policière.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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