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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 05:55

Paris, 1944. Jérôme est le fils du policier retraité Louis Dracéna, ex-patron de la Brigade Mondaine. S’il a débuté dans la police criminelle, au côté de son ami Jacques Perrégaux, Jérôme Dracéna a préféré s’installer comme détective privé. Il vivote de ce métier, mais ça lui a permis de devenir l’ami d’Arletty, de côtoyer les milieux mondains de l’Occupation, et d’approcher la Gestapo française d’Henri Lafont, rue Lauriston. En ce mois de mars, rien n’est encore acquis, mais la libération de la France se précise. Jacques Perrégaux engage son ami Jérôme dans son réseau de la Résistance. Sa première mission consiste à abattre un truand mouillé dans la bande de Lafont. Avec son copain boxeur Marcel, il va s’occuper d’un maître-chanteur qui espérait rançonner un diplomate suisse. Quant à travailler pour d’autres amis d’Arletty, tel le virulent collabo Robert Le Vigan, Jérôme s’y refuse.

Une effroyable affaire criminelle fait l’actualité. Au 21 rue Le Sueur, les pompiers venus éteindre un début d’incendie ont découvert un charnier, dénombrant au moins vingt-sept victimes. Cette adresse est celle d’un médecin, le docteur Marcel Petiot. Le commissaire Massu et son équipe (dont Jacques) sont chargés de l’enquête. En fuite, le nommé Petiot s’est peut-être réfugié dans sa famille à Auxerre. On retrouve là-bas beaucoup d’objets volés à ses victimes, mais pas de trace du médecin. Le pedigree de Petiot, perpétuel magouilleur mentalement dérangé, aurait dû entraîner des suspicions, pourtant. Il nargue la police, restant introuvable. On sait que le truand Adrien le Basque confia son butin au docteur, pour financer son exfiltration vers l’Amérique latine : Jacques voudrait dénicher cette partie du magot de Petiot, afin que cela serve à la Résistance.

Repérer Loulou, le frère du Basque, n’est pas facile, à moins de passer par la pute Sonia. C’est au bar Le Tango que Jérôme tient sa meilleure piste : Nacho Anduren fut un des rabatteurs envoyant des clients juifs à Marcel Petiot. Si le patron du bar paraît coopératif, Jérôme n’ignore pas prendre des risques avec ce genre d’individus. D’ailleurs, un ancien complice du Basque se manifeste à cette occasion, cherchant lui aussi le butin. Quand le frère Loulou est finalement rattrapé, Jérôme et Marcel placent à l’abri le fameux magot. Devant se cacher, le détective s’installe chez son amie Lita, danseuse de cabaret. Il est mis en contact avec un Résistant inattendu de Neuilly, le comte de Rochelongue. C’est un oncle par alliance de l’actrice Florence Préville, amie intime de Jérôme, dont le père est un collaborateur de Pétain. La cave du comte permet de stocker le butin du Basque.

Émule de Fantomas, le docteur Petiot fait toujours planer son ombre sur Paris. Jérôme va découvrir des documents lui appartenant, en particulier un récit de son voyage à Berlin. C’est ainsi que Jérôme fait le lien avec Mara Tchernycheff, comtesse et mannequin connue à Paris. Il sympathise bientôt avec le fougueux Pierre Brasseur, qui lui présente un couple de banquiers juifs qui a besoin des services de Jérôme. Entre-temps, la Libération de Paris change la donne pour les miliciens, la Gestapo de Lafont, et quelques artistes que Jérôme a pu rencontrer. Pour en finir avec Petiot, il faudra ne pas manquer de courage…

Jean-Pierre de Lucovich : Satan habite au 21 (Éd.10-18, 2017)

— Mais toi, dit Martial, tu n’es plus flic, en quoi est-ce que Petiot t’intéresse autant ?
— Parce qu’il me le faut, Martial. Je me suis trouvé une fois face à face avec lui. J’étais attaché sur une table d’opération sans savoir si j’allais mourir ou être torturé. J’ai entendu le discours d’un fou dangereux dont les morts de la rue Le Sueur ne sont que le début d’un "grand projet", selon les propres mots de Petiot. Si j’étais raisonnable, je laisserais tomber, mais ça m’est impossible, il m’obsède. Il joue avec moi au chat et à la souris. C’est comme si j’étais sur un ring en face d’un adversaire insaisissable qui n’hésitera pas à employer tous les moyens pour m’éliminer, et pourtant je continue. Le mystère, c’est : pourquoi ne l’a-t-il pas fait jusqu’à présent…

Avant tout, il est sans doute utile de préciser qu’il ne s’agit ni d’une biographie de Marcel Petiot, ni d’un énième livre sur l’affaire criminelle en question. Le sujet a été traité ailleurs, et tel n’est pas l’objectif de Jean-Pierre de Lucovich. Il s’agit d’un roman d’aventure, où le sinistre Docteur Petiot tient une place significative, certes. Pour autant, l’essentiel, c’est l’évocation du contexte à Paris, de mars 1944 à la Libération de la capitale. Le monde du spectacle n’est pas si loin de celui des truands, et la cruelle bande d’Henri Lafont observe l’évolution de la situation. Dans la police, si quelques-uns sont d’authentiques résistants, il convient de se méfier des purs collabos, prêts à dénoncer les patriotes. Les arcanes de la Résistance réservent parfois des bonnes surprises, autant que des moments nettement plus compliqués à surmonter.

Après “Occupe-toi d’Arletty !”, on retrouve avec grand plaisir l’intrépide Jérôme Dracéna, volontiers séducteur, toujours proche de la gouailleuse et impertinente Arletty. Parmi les artistes n’ayant peur de rien, on nous offre également un joyeux portrait de Pierre Brasseur, buveur invétéré. Ce Paris de la 2e Guerre Mondiale, c’est surtout un mélange improbable de personnages, s’acoquinant sans complexe. Voilà ce qui alimente les multiples rebondissements de cette histoire, dans laquelle il convient de s’immerger afin d’en apprécier tous les aspects. Une reconstitution de l’époque extrêmement vivante, où prime l’action. Un excellent suspense dans la meilleure tradition !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 05:55

Éternel Sherlock Holmes ! Champion de la déduction et de l’analyse, à l’affût du moindre indice confirmant son raisonnement, n’établissant d’hypothèses que si elle répondent à la logique ! Le "plus grand détective du monde" n’a guère d’estime pour les enquêteurs de Scotland Yard, et réciproquement. Avec une clarté flegmatique, il explique si facilement le chemin qui mène à la résolution d’un mystère. Merci à son ami le Dr John Watson de nous avoir si brillamment raconté ses aventures, ses exploits. Toutefois, le médecin n’est pas le seul qui, depuis environ cent trente ans, nous a narré des épisodes de la vie de Sherlock Holmes. Face au succès du héros créé par Conan Doyle, bon nombre d’auteurs se sont amusés à le parodier avec drôlerie, à pasticher ses enquêtes.

Rebaptisé Herlock Sholmès, Sherlaw Kombs, Oilock Combs, Hemlock Jones, Shamrock Jolnes, Picklock Oles, assisté par un docteur Whatson, Whatsup, Potson, ou Spotson, c’est toujours l’unique Sherlock Holmes qui est le héros de nouvelles inspirées de Conan Doyle. Son esprit perpétuellement en éveil et sa compétence spectaculaire le conduisent d’Angleterre aux États-Unis, et jusqu’à Prague. Il existe une version pleine de saveur où, enquêtant sur le meurtre d’un jeune homme dans la cathédrale de Canterbury, Shirley Holmes et Joan Watson ne sont autres que les filles du célèbre duo. Étonnante aventure encore quand Sherlock devient Shadrock Cholmes, avec le Dr Hamish Vasser, explorant le parler yiddish des Juifs new-yorkais.

Écrits de 1892 à 2012, les textes rassemblés dans “Le détective détraqué” sont présentés chronologiquement. Les premières histoires, contemporaines de Conan Doyle, misent sur l’humour, montrant un Sherlock aux déductions plutôt erronées, fantaisistes. Confrontant le détective londonien à son Arsène Lupin, c’est avec davantage de subtilité que Maurice Leblanc traite l’image de Herlock Sholmès. Les plus récentes versions, de Jacques Fortier ou Bernard Oudin, respectent aussi ce caractère authentique et énigmatique. Le texte de René Réouven présenté joue sur le personnage de Moriarty, génie du crime ou non. On sourira franchement en lisant, dans la nouvelle “Épinglé au mur”, des lettres adressées à Sherlock Holmes, imaginées par Peter G.Ashman.

Le détective détraqué – ou les mésaventures de Sherlock Holmes (Éd.Baker Street, 2017)

Dans cette sélection, le plus émouvant des textes n’est pas une fiction. En 1916, l’écrivain aventurier Jack London va mourir quelques mois plus tard, à quarante ans. Il raconte ses souvenirs marquants, faisant le parallèle avec la vie et l’œuvre de Conan Doyle. Ils ne se sont jamais rencontrés de leur vivant, malgré les efforts en ce sens de Jack London. Leurs parcours possédaient pourtant des similitudes. Largement autodidacte, l’Américain s’était dès l’enfance nourri des livres de Conan Doyle. Il s’en servira : “Dans une de mes aventures de Smoke Bellew, le scorbut fait de nombreuses victimes et l’on a besoin de pommes de terres crues. Or un homme a volé toutes les pommes de terre. Le seul qui ne soit pas malade, pense Bellew, qui déclare à son ami : "Je te l’ai toujours dit, Shorty. Trop peu de connaissances littéraires est un vrai handicap, même dans le Klondike". Eh bien, ils ont retrouvé leurs patates en utilisant le stratagème employé par Sherlock Holmes dans "Un scandale en Bohème". Ils mettent le feu à la maison du voleur. Holmes avait remarqué que, lorsqu’une femme voit sa maison brûler, elle se précipité à l’intérieur pour récupérer ce qu’elle a de plus précieux. Le voleur fonce chez lui et sauve ses pommes de terre.” Un portrait-croisé de haute qualité littéraire.

Aussi austère que paraisse Conan Doyle dans les portraits que l’on a de lui, il sut faire preuve de dérision en écrivant “La kermesse du terrain de cricket”, s’auto-parodiant avec malice. Son ami James Barrie (l’auteur de "Peter Pan") est également enjoué quand sa nouvelle évoque leur collaboration peu réussie. Bernard Oudin, lui, s’inspire d’une actualité des années récentes, impliquant une personnalité célèbre, pour la base d’une intrigue qui sera plutôt irlandaise. Quant à Frederic Dorr Steele, illustrateur américain des aventures de Sherlock Holmes, il se met en scène de façon tragi-comique. À ce propos, notons que ces vingt textes sont ponctués d’illustrations holmésiennes signées Scott Bond, Leonid Koslov et Vlou. Elles contribuent à l’ambiance du recueil, bien sûr.

À l’évidence, c’est un hommage à Conan Doyle qu’ont rendu tous ceux qui ont imité Sherlock Holmes. Ce recueil de nouvelles parodiques s’avère une excellente initiative.

Watson, bien entendu, tombe des nues. Et Holmes de s’écrier aussitôt : "Voilà bien le côté génial, miraculeux de l’affaire : cet homme règne sur Londres, et personne n’a entendu parler de lui !" N’est-ce pas un peu facile comme postulat, monsieur le rédacteur en chef ? Les gens de bonne foi apprécieront. Bref, selon Holmes, le Pr Moriarty est le Napoléon du crime, le chef occulte de toute la pègre britannique. Invisible, omnipotent, il tire toutes les ficelles de la délinquance, grande, moyenne, petite. Il en récolte, bien entendu, tous les bénéfices. Il était donc fatal qu’une confrontation survînt avec le Wellington de la justice : j’ai nommé Sherlock Holmes. Exaspéré par les obstacles mis sur sa route par ce dernier, le Pr Moriarty décide de le supprimer. Il le fait par des procédés artisanaux, voire primaire, qu’on a du mal à croire sortis d’un si brillant cerveau…
[René Réouven]

- "Le détective détraqué" est disponible dès le 19 janvier 2017 -

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 05:55

La Finlande, pays scandinave si souvent présenté comme exemplaire ! Gérer 5,5 millions d’habitants n’est pourtant pas comparable à des nations au moins dix fois plus peuplées. Entre forêts et lacs omniprésents, la vie des Finlandais apparaît harmonieuse. Pourtant, il faut croire qu’ils s’ennuient quelque peu. Au point d’égayer leur vie en organisant chaque année un Championnat du Monde du Sauna. C’est dans la petite ville d’Heinola, vingt mille habitants, que ça se passe. Par assonance, ce nom fait penser à Enola Gay, l’avion qui largua la première bombe atomique. Même si la population s’éclate lors de ces festivités, rien d’aussi dramatique lors de la compétition. Encore que des services de secours soient prêts à intervenir lorsque les concurrents subissent des malaises.

Depuis trois années, le champion incontesté, c’est Niko Tanner. Ce Finlandais de quarante-neuf ans est aussi très connu pour ses prestations dans des films pornographique. C’est un "hardeur" qui fait fantasmer les femmes, y compris les jeunes filles. La seule qui soit parvenue à s’accrocher à lui, c’est sa compagne Loviisa Foxx, pro débutante du X. Ce qui ne signifie pas qu’il lui soit fidèle sexuellement. Continuant à s’alcooliser et à forniquer, Niko ne semble pas se préparer au championnat de sauna. Néanmoins ce costaud possède un bon mental et des réserves physiques qu’il sait entretenir.

Âgé de soixante ans, Igor Azarov est depuis trois ans le finaliste perdant du championnat de sauna d’Heinola. D’un petit gabarit, cet ancien militaire russe fit carrière dans les sous-marins puis dans le Renseignement. Veuf, Igor est le père d’Alexandra Azarov, trente-sept ans, juriste auprès du Conseil Européen à Bruxelles. Depuis longtemps, elle a rompu tout lien avec son père. Sa propre vie manquant d’équilibre, d’ailleurs. Igor et Niko éprouvent une estime mutuelle, mais sans concession. Pour le Russe, ce sera la dernière tentative de remporter le titre de champion de sauna. Des raisons personnelles l’amèneront à utiliser certains produits illicites, avec la bénédiction d’un ami médecin compatriote.

Les qualifications et le premier tour du championnat sont quasiment une formalité pour les plus sérieux concurrents. Toutefois, Niko et Igor ne prennent pas les choses à la légère. Quelques adversaires, tels le Révérend, le Turc ou l’Outsider, ont aussi leurs chances. Il ne reste plus que cinquante-trois candidats à la veille du deuxième tour, ce qui explique une sacrée tension chez certains d’entre eux. Cela échappe probablement au public comme aux médias, la bonne humeur étant toujours de mise. Tandis qu’Igor est miné par un doute grandissant, Niko assume son statut de favori alors qu’arrive la demie-finale. Les deux rivaux ont bien l’intention de rester seuls à s’opposer…

Joseph Incardona : Chaleur (Éd.Finitude, 2017)

Le "Révérend" est un adversaire sérieux, un candidat pour la finale. L’année précédant le premier sacre de Niko, il avait manqué le titre de peu, et ce trou du cul de pasteur suédois est de retour. Mais au fond, c’est cela qu’il respecte : savoir durer dans un monde où tout vous pousse vers l’éphémère. Il a pris maintes fois le temps de l’expliquer à Loviisa, comment monter en puissance par paliers, et d’une certaine façon, il veut bien admettre que Dieu est une constante. Travail et pugnacité, il n’y a pas de secret. Il ne faut pas croire tout ce qu’on raconte à son sujet : ses talents naturels, Niko les a toujours soumis à une discipline qui compense ses excès.
Quoi qu’il en soit, ce fils de pute est là. Le problème avec ce genre d’adversaire, c’est que Dieu est son pote, et que sa résistance dépend beaucoup de combien Dieu désire s’inviter dans la boîte avec eux.

Récompensé par le Grand Prix de Littérature Policière 2015, Joseph Incardona figure parmi les stylistes inspirés, les créatifs perfectionnistes. Qu’il prenne pour base un accident qui s’est réellement produit en août 2010 en Finlande ne signifie nullement qu’il se contente de relater ce fait divers, ni même qu’il extrapole l’histoire. Il "personnalise" entièrement l’intrigue, concoctant un scénario à suspense maîtrisé à souhaits. D’une situation que l’on pourrait trouver grotesque ou absurde, il glisse vers un récit humanisant les protagonistes et "situant" le contexte.

En complément, on se doit de préciser que la tonalité d’écriture de Joseph Incardona est percutante, ravageuse, frontale. Ici, Niko est un étalon du porno finlandais. Logiquement, il faut s’attendre à une approche directe du sexe. Idem pour les particularités d’Igor, son adversaire. Normal aussi, puisque tout ça se passe sur fond de compétition. Pour autant, si le ton peut heurter les plus prudes, cela n’exclut pas une véritable finesse narrative. Une fois encore, Joseph Incardona nous propose un roman diablement palpitant.

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 05:55

À Tokyo, en 1925. Minoura est un employé âgé de vingt-cinq ans, d'un caractère réservé. Il est amoureux de Hatsuyo Kizaki. Partageant ses sentiments, cette jeune fille de dix-huit ans lui raconte ce qu'elle sait de sa propre vie. Elle a été adoptée, mais garde des bribes de souvenirs d'avant ses trois ans, des images d'une île. Hatsuyo confie à Minoura le registre généalogique de la famille Higuchi, qui pourraient être ses vrais ancêtres à elle. Plus âgé que Minoura, son ancien colocataire Michio Moroto prétend alors se marier avec Hatsuyo. Certes, par sa profession de chercheur en médecine, il a du prestige. Pourtant, il serait étonnant que cet homosexuel qu'est Moroto soit attiré par une jeune fille. Hatsuyo a remarqué un inquiétant octogénaire, vieillard ridé et voûté rôdant autour de chez elle.

Peu après, la jeune fille est assassinée dans sa chambre, alors que la maison de sa mère adoptive était verrouillée. On a volé sa paye, et une boîte de chocolat. Ni empreintes, ni traces du coupable ne sont décelables. La police soupçonne vaguement la mère. Minoura s'adresse à son ami Miyamagi, détective amateur déjà chevronné. Il ne croit pas non plus au cambriolage. C'est comme un tour de prestidigitation, ce crime en chambre close. Il va enquêter de son côté, tandis que Minoura exploite un indice, un grand vase émaillé. Un second vase identique a été acquis par Michio Moroto, auprès du brocanteur voisin de chez Hatsuyo. Pensant avoir situé le repaire du criminel, le détective Miyamagi a reçu une lettre de menaces. Il ne dévoile pas encore ses trouvailles à Minoura.

Miyamagi est poignardé sur la plage en présence de témoins qui n'ont rien vu et d'enfants. Minoura n'a rien pu faire non plus. Alors qu'il se rend chez Moroto, il croit apercevoir l'inquiétant vieillard ridé. Moroto s'est improvisé à son tour détective. Pour le meurtre de la jeune fille, il pense qu'il y a un "effet d'angle mort" faussant le raisonnement. Moroto émet une hypothèse très plausible. La mort de Miyamagi, il l'explique assez simplement. Toutefois, le tueur n'est pas l'instigateur de ces crimes. Moroto a réussi à amener chez lui le double assassin, mais il est abattu d'un coup de feu avant qu'il ne révèle le peu qu'il sait sur le commanditaire. Minoura et Moroto étudient le registre généalogique d'Hatsuyo et des Higuchi. Ils lisent aussi les confessions d'une jeune fille confinée toute sa vie sur une île. C’est ainsi qu’ils vont poursuivre leurs investigations à l'extrémité du Kishû, jusqu’aux entrailles d’une île isolée, un "gouffre du Diable"…

Edogawa Ranpo : Le démon de l'île solitaire (Éd.10-18, 2017)

Kôkichi Miyamagi était un habile interlocuteur. Je n’avais pas besoin de mettre mon histoire en bon ordre pour la lui raconter. Il me suffisait de répondre à ses questions l’une après l’autre. Finalement, je lui racontai tout, depuis la première fois où j’avais adressé la parole à Hatsuyo Kizaki jusqu’à sa mort suspecte. Miyamagi voulut examiner le croquis de la plage apparue à Hatsuyo en rêve, ainsi que le registre généalogique qu’elle m’avait confié ; comme ceux-ci se trouvaient justement dans la poche intérieure de ma veste, je les lui montrai. Il sembla les étudier pendant un long moment, mais je regardais ailleurs pour cacher mes larmes et ne prêtai pas attention à ses expressions…

Ce roman d'Edogawa Ranpo (1894-1965), initiateur de la littérature policière au Japon, est fascinant pour diverses raisons. Si la plupart des ouvrages de cet écrivain ont été publiés aux Éd.Philippe Picquier, celui-ci restait indisponible en français, semble-t-il. Il s'agit donc d'un inédit, traduit dans un langage très vivant par Miyako Slocombe.

Voilà, en effet, une deuxième particularité de ce suspense. À l'origine, c'est sous forme que roman-feuilleton que fut publiée cette histoire, vers 1929-1930. Admirateur d'Edgar Poe et des classiques du roman policier occidental, l'auteur en utilise les codes, adaptés à la culture japonaise. Surtout, on remarque une tonalité narrative très fluide, moins lourde que dans beaucoup de "feuilletons" d'alors. D'ailleurs, le héros Minoura s'adresse aux lecteurs, témoignant sur le mode "Vous n'allez pas y croire, bien que tout soit vrai".

L'ambiance est chargée de mystère, dans cette enquête avec une touche de fantastique. Çà et là, on trouve des allusions aux œuvres des maîtres du genre policier (et à un roman de H.G.Wells). Si l'érotisme est évité, Edogawa Ranpo paraît indiquer que l'homosexualité n'est pas si taboue dans la société japonaise de l'époque. Il entraîne ses personnages dans des tribulations riches en énigmes et en péripéties, des aventures mouvementées et dangereuses. Une intrigue impeccablement construite, pour un roman d'une indéniable qualité supérieure.

- Ce roman est disponible en version 10-18 dès le 19 janvier 2017 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 05:55

En mars 1760, le chevalier de Volnay, commissaire au Châtelet, arrive à Venise en compagnie de son père, le moine. Ce dernier est d’une humeur très sombre, d’une apathie quasi-morbide. Ce voyage pourrait améliorer sa santé. D’autant que le moine connaît bien Venise, la défunte mère de son fils en étant native. Volnay répond à la demande de son amie Chiara d’Ancilla, rencontrée à Paris au temps où y vivait Casanova. Ce n’est pas tant l’affaire des quatre hommes trouvés pendus à des ponts vénitiens qui préoccupe Chiara. Encore que cette série de crimes soit mystérieuse. Le comte de Trissano, un cousin de sa famille, est menacé de mort depuis quelques temps. L’ultime délai avant qu’il ne soit tué approche à grands pas, ainsi que l’indique un inquiétant message.

Volnay se renseigne auprès de Cordolina, puissant conseiller de la République de Venise, procurateur de Saint-Marc. Sa fille Flavia est fiancée au fils du comte de Trissano, Orazio. Une union sans la moindre sentimentalité, Flavia se montrant hautaine et glaciale. Tout l’opposé d’Amarilli, fille du comte, romantique et désenchantée. Celle-ci a depuis peu à son service le jeune Lelio. Volnay et le Moine sont dans le secret, mais ne dévoileront rien : il s’agit en réalité d’une jeune fille, Violetta, tenant le rôle d’un garçon. La nuit fatidique, en présence de Volnay censé le protéger, la chambre du comte est sous la garde du policier Vitali et du personnel du palais. Néanmoins, on parvient a assassiner le comte. Peut-être en passant par une étroite lucarne, d’accès difficile. Est-ce qu’un animal ou qu’une contorsionniste aurait pu s’introduire dans cette chambre close ?

Tout est si théâtral à Venise ! Et ce n’est pas Carlo Goldoni qu démentira cette assertion. Quant au moine, son humeur noire vire plutôt au bleu, sans qu’il soit vraiment remis de sa dépression. Chiara, Amarilli, et Violetta se confient volontiers à lui, même si sa robe de bure ne fait pas du moine un authentique prélat. Il mène une discrète enquête parallèle, qui le mènera jusqu’à un orphelinat. Son fils Volnay cherche des indices, dans une maison de plaisir où l’on joue gros, auprès du conseiller Cordolina et de sa fille Flavia, chez des usuriers, à l’Arsenal de Venise et chez un notable de la ville dont le fils est décédé. Il est même invité par le chef des brigands locaux, qui ne tient nullement à être associé à cette série de pendaisons.

L’opinion de Baldassarre, vieux Juif du Ghetto, peut éclairer Volnay sur la géographie économique de la Sérénissime. Certains détails supplémentaires sur Violetta ne sont pas superflus, non plus. Après la rupture des fiançailles entre sa fille Flavia et Orazio, héritier du comte de Trissano, Cordolina veut-il véritablement évincer Volnay ? L’affaire des pendus et la mort du comte méritent mieux que des hypothèses incertaines…

Olivier Barde-Cabuçon : Humeur noire à Venise (Éd.Babel Noir, 2017)

Il s’interrompit pour dévisager songeusement le jeune homme, s’appliquant à déchiffrer un infime sentiment dans ce masque sévère, ce regard tranquille et froid.
— Mais vous ne partirez pas, n’est-ce pas ? reprit-il gravement. Je sais juger les hommes. Vous ne quitterez pas Venise sans avoir démasqué l’assassin du comte de Trissano parce que vous n’avez pas su le protéger.
— Vous ne me culpabiliserez pas, répondit tranquillement Volnay. Arrivé du matin, je n’en savais pas assez pour sauver le comte. Vous, en revanche, vous auriez pu soit le sauver, soit l’épargner.
Cordolina prit un air suave.
— Rentrez chez votre amie et profitez de la soirée. L’air est doux. Pendant ce temps, je vais méditer quelques épouvantables méfaits.
Et sur ces mots, il lui tourna le dos.

C’est la quatrième aventure du “commissaire aux morts étranges” et de son père, le sympathique moine. Ces premiers titres sont disponibles en format poche. L’ambiance vénitienne est propice aux intrigues criminelles, bien des romans l’ont démontré, quelle que soit l’époque choisie. Si en 1760, cette ville rayonne un peu moins, si ses fastes ont faibli, elle reste la cité des masques et de la comédie, se muant parfois en tragédie. Les fondations de ses palais sont fragiles, mais ses institutions spécifiques sont toujours aussi fortes. Si son destin commercial décline, d’autres atouts peuvent être développés. Dans certains cas, les décisions occultes s’avèrent aussi honorables que celles trop publiques.

La fausse légèreté vénitienne, parfaitement bien comprise par l’auteur de théâtre Carlo Goldoni, convient fort bien à Volnay et au moine. Elle excite leur envie de comprendre les "caractères", de situer les faits bien au-delà des apparences. En appelant Shakespeare à la rescousse – à travers des citations de son œuvre – le duo discerne progressivement le vrai du faux, la part de comédie. Père et fils étant chacun à sa manière des séducteurs, les femmes obtiennent une place majeure dans cette histoire. Cet opus d’Olivier Barde-Cabuçon est, une fois encore, très convaincant.

Olivier Barde-Cabuçon : Humeur noire à Venise (Éd.Babel Noir, 2017)
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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 09:24

La vocation de faussaire de ce New-yorkais naquit dès sa prime enfance. Sa mère l’initia à la calligraphie, à la beauté du geste d’écriture manuscrite. Son père était un collectionneur d’œuvres rares, un bibliophile avisé respectueux de l’objet-livre autant que des écrivains et de leurs textes. Pour lui, c’était un "acte de foi", un désir de préserver la culture, et non de simples transactions onéreuses. Cette famille vénérait les auteurs prestigieux, avec une nette préférence pour Conan Doyle. Le père acquit même un stylo-plume ayant appartenu au créateur de Sherlock Holmes. Ce fut l’occasion pour le faussaire, encore adolescent, de fabriquer son tout premier document falsifié. Pour éviter des bévues, il fallait connaître les moindres détails au sujet de Conan Doyle, c’était son cas.

Par la suite, c’est avec le plus grand soin qu’il exerça son art. Certes, ces fausses lettres et autres dédicaces apocryphes sur des ouvrages d’origine lui rapportèrent de coquettes rétributions. Pourtant, ce fut toujours une démarche artistique qui le guida. Jusqu’au jour où il fut dénoncé de façon assez insolite. Ce qui n’entraîna que peu de conséquences sur le plan judiciaire ou pénal, mais sa réputation de bibliophile en fut sérieusement entachée. Il perdit pendant un temps la confiance de son ami Atticus Moore, bouquiniste spécialisé en ce domaine, mais ils se réconcilièrent. Devoir renoncer à sa passion, ne plus produire de "faux", il finit par s’y résoudre. Ses amours avec Meghan Diehl, libraire new-yorkaise, l’aidèrent quelque peu à entamer une existence honnête.

Originaire d’Irlande, Meghan cultivait une relation quasi-fusionnelle avec son frère Adam. Ce dernier vivait tel un ermite en bord de mer, dans la maison héritée de leurs parents, à Montauk, sur la côte Est des États-Unis. Adam Diehl était également bibliophile, achetant ou vendant ponctuellement des pièces rarissimes. Le faussaire, alors son futur beau-frère, ne fut jamais proche d’Adam. Par contre, il comprit qu’un lot de documents signés Conan Doyle fut vendu par le frère de Meghan, ou du moins transita par lui. Aux yeux d’un expert comme lui, ces lettres étaient manifestement des faux. Que penser d’autographes du poète irlandais W.B.Yeats, dont Meghan était une vraie admiratrice, qu’il possédait aussi ? Il n’avait pas le talent viscéral du fiancé de sa sœur, c’était juste un bon imitateur.

Adam Diehl fut victime d’une agression meurtrière à Montauk. Il fut mutilé, tandis qu’une partie de ses collections étaient vandalisées. Circonstances qui rapprochèrent Meghan et le faussaire. L’enquête stagna durant de longs mois, même si le policier Pollock ne manquait pas de persévérance. Le principal suspect se nommait Henry Slader. Collectionneur, il avait été en contact avec Adam, pour une coûteuse transaction. Sans doute s’agissait-il d’un faussaire, lui aussi, possédant un bon savoir-faire, mais aucun génie. Qu’il ait jalousé le frère de Meghan, autant que le fiancé de celle-ci, n’aurait rien d’étonnant. Au point de tuer, peut-être ? Après leur mariage, Meghan et son époux ex-faussaire s’installèrent en Irlande. Un nouveau départ, mais l’ombre menaçante d’Henry Slader planait sur eux…

Bradford Morrow : Duel de faussaires (Éd.Seuil, 2017)

Comme les fois précédentes, ni signature à part celle de Conan Doyle, ni adresse d’expédition. Je ne disposais d’aucun moyen de répondre à ses affirmations comme à ses exigences. Par ailleurs, je me trouvais dans l’impossibilité de savoir si l’assertion que Adam était mort en lui devant plus d’un million et demi de dollars relevait ou non d’une invention insensée, délirante et atrabilaire. C’était bien beau de menacer de me faire porter le chapeau de la mort d’Adam – la police n’était jamais allée jusqu’à là – mais je remarquai que lui-même disposait du mobile sinon des moyens et s’il avait attiré l’attention des enquêteurs, ce ne devait pas être sans raison. Néanmoins, la perspective d’être accusé du meurtre de mon beau-frère, de me retrouver assis devant les lampes à arc dégradantes, humiliantes pour ne pas dire viles du système de justice criminelle qui, comme chacun sait, envoie bien plus d’innocents en prison, dépassait mon entendement […] Je n’allais pas laisser de l’argent, extorqué ou pas, ainsi que de fausses lettres de Conan Doyle se dresser entre moi et mon avenir avec Meghan.

C’est un thème fort peu exploité, donc très original, que Bradford Morrow utilise dans ce roman. Il semble initié de longue date au petit univers des bibliophiles fortunés. On parle ici de ces collectionneurs d’ouvrages et de documents exceptionnels, cercle relativement restreint, riches passionnés ayant les moyens d’acquérir la pièce unique, l’introuvable. Le livre ancien et ses à-côtés génère un "marché" très particulier, ciblé. Il est probable que des faussaires sévissent effectivement dans ce microcosme, mais l’auteur précise qu’ils sont très rares. Car les collectionneurs concernés sont des intellectuels, que l’on aveugle pas si aisément avec des falsifications. Le héros-narrateur décrit cette passion du livre qui animait son père, et sans laquelle lui-même n’aurait jamais atteint l’excellence.

Ce roman se place sous le signe de Conan Doyle, l’illustre créateur de Sherlock Holmes. S’il est question d’autres écrivains (Yeats, Henry James), le succès populaire de Doyle fait qu’il reste une référence littéraire majeure. Dans cette histoire, on croise une sorte de Chien des Baskerville, mais également d’autres allusions à son œuvre holmésienne. On peut imaginer que les documents de la main de Conan Doyle restent extrêmement rares et, pour la plupart, répertoriés et protégés. Toutefois, croire au miracle n’est pas interdit : des bibliophiles se laisseraient fatalement tenter par des pièces encore inconnues, malgré leur vigilance habituelle. Ensuite, intervient une question de "réseaux", de crédibilité du possesseur de ces pièces ainsi que du vendeur.

La tonalité du récit n’est évidemment pas celle d’un brutal roman d’action, même si l’on y trouve quelques scènes violentes. On évolue dans un petit monde feutré, raffiné. Le héros raconte a posteriori un épisode marquant de sa vie, non sans se souvenir de ses origines culturelles. Intrigue criminelle, bien sûr, puisqu’il y a eu meurtre. Suspense, en effet, car l’affaire n’est que lentement résolue. L’essentiel réside néanmoins dans la finesse narrative et l’ambiance autour des protagonistes. Il faut se montrer prudent sur les comparaisons, mais l’écriture stylée de Bradford Morrow se rapproche de celle de Thomas H.Cook. C’est dire qu’il s’agit là d’un roman absolument séduisant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:15

Aujourd’hui âgée de trente-cinq ans, Grace Harrington a eu bien de la chance le jour où elle rencontra Jack Angel. Négociatrice pour une grande entreprise, elle restait très proche de sa sœur Millie. Celle-ci étant trisomique, bientôt âgée de dix-huit ans, elle est toujours suivie dans un établissement adéquat. Leur parents indifférents sont partis vivre depuis peu en Nouvelle-Zélande, sans états d’âme. Avocat défendant des femmes battues, Jack Angel se montra fort compréhensif envers Millie, qui viendra sans tarder habiter avec Grace et lui, dès sa majorité. Il y a un an, six mois après avoir fait connaissance, que Jack a épousé Grace. Entre-temps, la jeune femme a renoncé à son métier. L’accident de Millie qui se produisit autour du mariage troubla quelque peu la fête pour Grace, mais ce n’était pas trop grave. Le couple s’envola le lendemain pour un voyage de noces en Thaïlande.

Jack et Grace Angel habitent désormais une très jolie propriété à Spring Eaton, non loin de Londres. Deux couples de voisins, Diane et Adam, Esther et Rufus, peuvent témoigner que la vie de Grace est délicieuse. Elle s’occupe de leur jardin, s’avère excellent cuisinière, lit des quantités de livres. Elle s’adonne aussi à la peinture, comme l’indique ce beau tableau intitulé "Lucioles", dans la pièce principale. Parfaite maîtresse de maison, son équilibre est flagrant pour leurs invités. Elle n’est pas facile à joindre, c’est vrai, les contacts passant par le filtre de son mari. Telle est sans doute la nature de Grace. La prochaine arrivée de sa sœur adorée Millie complétera sûrement cette image idyllique. Jack est enthousiaste à ce sujet, et ne s’en cache pas publiquement. Il sera aussi protecteur envers Millie qu’il l’est pour Grace qui, parfois, a semblé montrer des failles comportementales.

La réalité est terriblement éloignée de tout cela. Dès le soir de leurs noces, Jack changea d’attitude, devenant très directif. Et même cynique concernant l’incident de Millie avant la cérémonie. Peu après, lors de la lune de miel en Thaïlande, Jack fit comprendre à Grace ce qui allait se passer pour elle et sa sœur. De façon absolument perverse, il comptait faire de Grace sa "prisonnière", et le prouva pendant ce séjour. Espérer s’échapper ou obtenir de l’aide ? Jack était trop malin pour qu’elle ait cette chance. Si Grace insistait, ce serait Millie qui en pâtirait, évidemment. À leur retour en Angleterre, le cauchemar devint encore pire : Grace fut confinée dans une totale dépendance envers son mari. À l’image de sa chambre, triste espace où elle ne pouvait que se morfondre. Quant aux relations vis-à-vis de l’extérieur, elles furent strictement contrôlées par Jack.

Comment alerter qui que ce soit sur sa situation ? Impossible. Éviter les pièges mis en place par Jack, comme dans le cas de ce livre prêté par Esther. Accepter de peindre des tableaux répugnants, qui orneront une chambre rouge. Obsédée par George Clooney, et très prochainement en danger, sa sœur Millie ne peut guère être utile. Pas plus qu’Esther, malgré sa curiosité. Faut-il attendre un miracle ?…

B.A.Paris : Derrière les portes (Éd.Hugo Thriller, 2017)

La dame se tourne et nous sourit. Je sais qu’elle ne voit qu’un couple charmant dont les membres sont si près l’un de l’autre qu’ils doivent beaucoup s’aimer. Ça me renvoie, une fois de plus, à l’impasse dans laquelle je me trouve. Je commence à désespérer que quelqu’un remette un jour en cause la perfection absolue de notre existence, et quand nous sommes avec des amis, je m’émerveille de le bêtise qui les incite à croire que Jack et moi ne nous disputons jamais, que nous tombons d’accord sur tout, et qu’une femme de trente-cinq ans intelligente et sans enfant comme moi se contente de rester chez elle toute la sainte journée pour jouer à la dînette.
J’aspire à ce qu’un curieux pose des questions, soit soupçonneux. Je pense aussitôt à Esther, et je me demande si je ne devrais pas être plus prudente. Si Jack se met à suspecter ses interrogatoires permanents, il pourrait estimer que je l’y encourage, et ma vie deviendrait encore plus infernale qu’elle l’est déjà…

Avec “Derrière les portes”, B.A.Paris nous a concocté un authentique thriller, intense par son climat angoissant, fluide par sa narration, fort habile quant à sa structure. C’est sur le mode "passé-présent" qu’est racontée cette histoire, tout en introduisant une continuité astucieuse du récit. Derrière le masque de l’avocat efficace plaidant pour des victimes, on réalise bien vite que Jack est diabolique. Il est probable que son seul instant de sincérité intervienne quand, à Bangkok, il explique à son épouse l’origine de sa passion du mal.

Le sort de Grace, et celui à venir de sa sœur trisomique, voilà ce qui alimente l’intrigue. Les efforts de la jeune femme pour sortir de ce guêpier sont vains, se retournant contre elle et Millie. Le couple évolue dans un milieu social qui cultive les apparences, où chacun se méfie des indiscrétions même entre amis. Un mari qui "couve" trop sa nouvelle épouse, un peu jalousement peut-être, ça ne surprend pas tellement les proches. En ce sens, ces personnages sonnent juste. Idem pour la cruauté de Jack, vraiment perverse. Un suspense très dense, qui captive littéralement les lecteurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 09:04
Jean-Louis Touchant, ex-président de 813, est décédé

Né en 1929, Jean-Louis Touchant s’impliqua durant de longues années dans la mise en valeur des littératures populaires et policières. Il occupa plusieurs postes au sein de l’association 813, dont il fut le président de 1998 à 2007. Il encouragea la périodicité régulière de la Revue de cette association, contribua à d’autres publications. Il publia en 2012 “Histoire véridique de 813, association des amis de la littérature policière” où il retraçait son parcours et son regard sur ce sujet. Après la regrettée Françoise Poignant, décédée en septembre 2015, qui fut elle aussi un pilier de 813, Jean-Louis Touchant a quitté le cercle des lecteurs de polars ce week-end du 7-8 janvier 2017. Tous ceux qui l’ont tant soit peu connu, qui savent quelle fut son action, auront une pensée pour sa mémoire.

© photos Droits Réservés

© photos Droits Réservés

La cérémonie en hommage à la mémoire de Jean-Louis Touchant aura lieu lundi 16 janvier à 16h au cimetière du Père Lachaise, salle Mauméjean.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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