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1 mars 2016 2 01 /03 /mars /2016 05:55

La Calabre, c'est tout au sud de l'Italie, face à la Sicile. Alberto Lenzi y exerce le métier de magistrat depuis onze ans. Ce quadragénaire est divorcé de Marta. Leur fils Enrico n'a guère d'estime pour lui. Il est vrai que Lenzi est un fêtard, joueur de poker, et qu'il se plaît à jouer les séducteurs. Actuellement, il est l'amant de Marina, qui fait partie des carabiniers. Il passe souvent ses soirées avec des amis tels l'aristocrate Lucio ou son confrère juge, Giorgio Maremmi. Flemmard sans aucune ambition, Lenzi a une mauvaise réputation auprès du Parquet local. Néanmoins, un sombre évènement va le choquer : son ami le juge Maremmi est abattu de deux balles par un tueur dans l'entrée de l'immeuble où ils habitent, ainsi que Marina, face au Tribunal.

Peu de temps auparavant, Maremmi fut menacé en plein procès par l'accusé, Manto. On suppose que la 'Ndrangheta, la mafia calabraise, est concernée. Il est probable que l'assassin soit le frère de Manto, en cavale. Lenzi se joint au groupe d'enquêteur dirigé par le substitut Fiesole et le chef des carabiniers, Brighi. Dans l'équipe, Lenzi remarque la fort séduisante Chiara Allegri, une Florentine qui pourrait bien remplacer Marina, même si elle garde certaines distances. Pour l'heure, l'enquête prime. Le caméras de surveillance donnent peu d'indices : le tueur a été soit prudent, soit chanceux. La piste du frère de Manto reste la plus valable.

Âgé de soixante-quinze ans, Don Mico Rota est est prison depuis quatorze années. Ce vieux parrain d'une branche de la 'Ndrangheta espère toujours sortir, plaidant sa maladie au stade ultime. Il conserve une certaine puissance, malgré tout. Aussi, quand Manto est retrouvé égorgé en cellule dans la même prison, tout le monde pense que c'est sur ordre de Don Mico. D'autant qu'un symbolique béret enfoncé sur le crâne de Manto signifie qu'il était indigne de faire tuer un juge. Dans le même temps, on découvre un cadavre broyé sur le pressoir à olives de Don Peppino Salemi, notable calabrais. Le corps du frère en fuite de Manto est bientôt identifié.

Le magistrat Lenzi parvient à prendre contact avec Don Mico Rota. Celui-ci ne trahira pas la famille mafieuse, mais il admet que Lenzi a raison : on a forcé sur les symboles visant la 'Ndrangheta pour ces meurtres. Ne pas se fier aux apparences, laisse entendre Don Mico. Lenzi et Lucio étudient le cas de Don Peppino Salemi. Convoqué, il se garde de s'expliquer. Le juge Maremmi enquêta sur une affaire de pollution, confirmée par les analyses d'un laboratoire indépendant. Bien qu'ils disposent d'éléments, d'autres meurtres se produisent, et l'enquête n'avance pas aussi logiquement qu'elle devrait. Alberto Lenzi est bien décidé à aller au bout de cette affaire, pour venger son ami Giorgio Maremmi…

Mimmo Gangemi : La revanche du petit juge (Éd.Points, 2016)

La société italienne est gangrenée par toutes sortes de compromissions, par l'affairisme et une part évidente de laxisme dès qu'il s'agit de dénoncer les sphères puissantes. L'ombre des mafias, comme la 'Ndrangheta, plane sur tous les trafics mais aussi sur des arrangements douteux. À vrai dire, c'est tout le système qui apparaît vérolé. Voilà ce qu'illustre en détail cet excellent roman noir. Si l'intrigue criminelle est solide et convaincante, il faut aussi souligner d'autres qualités. Çà et là, le récit est parsemé d'expressions typiques calabraises, offrant un supplément d'authenticité au récit. L'auteur n'oublie pas de gratifier son histoire de passages plus souriants, en particulier dans la relation entre Lenzi et les femmes. Humour grinçant aussi, dans certains cas. Un fort excitant noir suspense, au cœur d'une trouble réalité italienne.

 

Disponible chez Points dès le 3 mars 2016 –

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 05:55

À Littlerock, en Arkansas, il est probable qu'Elliott Stilling ait eu des raisons de mettre fin à ses jours. Il est effectivement mort pendant trois minutes, mais les soignants ont réussi à le sauver, à l'hôpital. Le suicide est un acte très étonnant quand on sait qu'Elliott est un ancien pasteur. Il ne tient nullement à expliquer pourquoi il a quitté la religion, ni pourquoi il a tenté de se supprimer. Est-ce le regard de l'infirmière Felicia Vogan qui lui a donné la force de revenir à la vie ? Elle lui rend visite dans sa chambre d'hôpital quand il est un peu remis, et Elliott sent un bon contact avec Felicia, qui lui paraît peu conformiste. Ensuite, il se dépêche de fuir l'hosto, avant que n'arrive son ex-épouse Carrie. Comme il n'a nulle part où aller, Elliott s'arrange pour retrouver bien vite Felicia.

La jeune femme n'a hérité que de problèmes, ce qui explique qu'elle a besoin de beaucoup de fric. Elle s'est associée avec un duo d'imbéciles : DB, un flicard lourdingue en uniforme, et son jumeau muet Tom qui “ressemblait à un employé de banque qui aurait passé la nuit précédente dans un caniveau.” Mais le chef, c'est Stan, un truand qui fait peur à tous ceux qui le rencontrent, une réputation de "dur" amplement méritée. Pour accepter Elliott sur le coup qu'ils ont préparé, il exige des explications. Il n'est parmi eux ni par amour pour la belle Felicia, ni pour obtenir une part du butin, ce qui peut sembler bien vague. Malgré tout, Sam le prend dans leur équipe. Ensemble, ils commencent par repérer les lieux, et la bande va peu après passer à l'action.

Il s'agit de braquer un camion venu livrer à l'hôpital un chargement de médicaments, pour une valeur de deux millions de dollars. Sam ayant déjà un acheteur, pas question de faire foirer l'affaire. On se débarrasse du chauffeur, sans trop se préoccuper de savoir s'il est encore en vie. Puis, on va aller stocker les médicaments dans l'entrepôt de Tom. Mais un souci intervient : il y en a plus de deux fois la quantité prévue. Meilleur bénéfice, certes, à condition que le client soit preneur. Détenir tout cela chez eux, ça rend carrément nerveux le flic DB et son frère. De son côté, Elliott comprend qu'il à intérêt à s'endurcir au plus tôt, en adulte responsable, sans espérer que Dieu l'écoute. Par contre, c'est Sam qui exprime une relation très singulière envers la foi religieuse. Curieux pour un malfaiteur comme lui.

La suite de la mission d'Elliott se passe dans la décharge d'Arnold Thickroot et de sa fille Three, où il doit décharger des ordures dont il vaut mieux se débarrasser discrètement. Sam ayant prévenu Thickroot, tout doit se passer sans anicroche. Elliott retrouve son âme de pasteur pour écouter les déboires de la jeune Three, gagnant ainsi sa confiance. Ce qui ne sera pas inutile pour ce qui va suivre. S'ils doivent affronter Stan, et sauver Felicia, il vaut mieux qu'Elliott et Three possèdent de bonnes armes…

Jake Hinkson : L'homme posthume (Éd.Gallmeister, 2016)

Jake Hinkson a été récompensé par le Prix Mystère de la critique 2016 pour “L'enfer de Church Street”. Son deuxième roman traduit en français, “L'homme posthume”, confirme tout le bien que les lecteurs ont pensé du premier. On retrouve ici la meilleure tradition du roman noir, une intrigue comparable aux plus excitants titres de la Série Noire de naguère. Si le personnage central refuse d'évoquer son passé, on devine que cela cache quelque chose de sérieux. Évidemment, sur sa route de ressuscité, il croise la classique "femme fatale" qui va l'entraîner (et nous aussi) vers des aventures mouvementées. Sans doute est-ce finalement l'Apôtre Paul, celui des Saintes Écritures dont le caïd Stan (ou Satan ?) suit l'un des préceptes, qui nous donne les clés de cette histoire.

Passé l'instant de la mort ratée d'Elliott, il nous raconte en continu toutes les tribulations qu'il traverse, unité de temps qui confère un rythme tonique à ce récit. Des péripéties à foison, bien sûr, mais on apprécie surtout la tonalité amusée de ce suspense. La position du narrateur (avec son passé de pasteur) amène une certaine dose d'ironie, franchement savoureuse. Un noir polar teinté d'humour et plein d'action comme celui-là, on le lit avec un immense plaisir !

 

– “L'homme posthume” est disponible dès le 3 mars 2016 –

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 05:55

Dans nos campagnes françaises, le brigandage est intemporel. Des malfaiteurs s'attaquent aux voyageurs mal protégés, aux propriétés prospères, aux notables fortunés. Violence et vols ne sont pas rares dans le royaume. Quand arrivent les années 1790, la Révolution entraîne une instabilité politique et sociale. Guerroyer aux frontières et contre les chouans ennemis de la nation, ça ne laisse que trop peu de forces de l'ordre pour lutter contre les criminels. Les prisons étant déjà pleines, il faut réquisitionner d'anciens locaux religieux, où les évasions sont plus aisées. L'autorité fait ce qu'elle peut, mais la réorganisation du pays est bien lente. On colmate les failles, on réglemente vaille que vaille, tandis que les brigands développent leurs activités et leurs réseaux à travers la France.

C'est particulièrement vrai entre Chartres, Orléans et la Beauce. Il n'est pas difficile de s'éloigner de quelques lieues après un méfait ou de se cacher durant un temps. Quand un Lorrain comme Nicolas Cloche, militaire plusieurs fois déserteur, repère tel endroit où il trouvera quelque gain, il ne faut pas s'étonner qu'il y ait rapine. Quand le couple Horeau est sauvagement assassiné dans sa propriété viticole, il est plus simple d'accuser un trio de Prussiens semi-prisonniers que d'envisager que les Pelletier, employés par les victimes, soient complices. Quand, quelques mois plus tard en 1795, le château de Gautray est mis à sac par une bande de brigands, maltraitant les habitants et dérobant tout ce qui leur tombe sous la main, on peut accuser "la bande d'Orléans" sans vraiment les identifier.

Ils sont fort bien organisés dans ce groupe de malfaiteurs autour de Beau-François, connu aussi sous le nom, ordinaire à l'époque, de Jean Anger. Depuis les "mioches" jusqu'à leurs aînés, en passant par leurs compagnes plus ou moins prostituées, tout le monde possède son sobriquet et chacun a un rôle actif dans la bande. Ou plutôt dans "les bandes" : toutes ont leur territoire, mais leurs membres agissent parfois seuls, ou s'acoquinent d'occasion avec tel groupe avant d'en rejoindre un autre. Quand règne une misère noire, les plus pauvres errant sur les routes, ces bandes acceptent volontiers les plus hardis. Profiter du désordre ambiant et ne pas être avare de cruauté, ainsi trouve-t-on de bonnes recrues. Si ces nouveaux ont fui la prison, celle de Chartres entres autres, ce n'est que mieux.

Alain Bouzy : La loi de la guillotine (Cherche Midi Éd., 2016)

La guillotine, châtiment ultime né depuis peu, ne les dissuade sûrement pas. En marge de la société si mal armée contre eux, les brigands n'ont peur de rien, d'autant que beaucoup ont connu le bagne (qu'on nomme encore les galères). La Justice ne traque-t-elle pas en priorité les prêtres réfractaires, les aristocrates déchus, et quelques chouans ? Pendant ce temps, on cambriole presque impunément, on trucide au besoin sans états d'âme. “Il n'y avait rien de plus terrible pour les populations, que de voir débarquer en pleine nuit une horde vociférante, qui cassait votre porte, molestait le chef de famille, menaçait l'épouse ou la domestique. Plus le pain se faisait rare et plus les brigands étaient audacieux.” Si le prix du blé explose, c'est parce que les meuniers spéculent. Les bandits vont les cibler.

Avec sa bande d'enragés, le Rouge-d'Anneau pille les biens du meunier Auger. Dans le Loiret, le meunier Lejeune est victime d'une autre razzia. Grâce à un charretier témoin, le juge Guérin suit une piste qui aboutit à plusieurs arrestations. En 1797, à Gérainville, du côté de Châteaudun, les meurtres de la veuve Coupé et de son berger donnent lieu à une enquête sérieuse, permettant là encore d'arrêter quelques brigands. Pourtant, les bandes multiformes continuent à sévir, utilisant l'esprit anti-républicain pour trouver des alliés. En 1798, à Milhouard, la ferme de Nicolas Fousset, soixante-trois ans, est attaquée par la bande de Beau-François. On torture le paysan pour lui faire avouer où il cache son supposé magot. L'affaire fait grand bruit dans la région.

Le juge de paix d'Orgères, M.Fougeron, fut longtemps un opposant à la Révolution, mais c'est un juriste compétent. Le maréchal-des-logis Vasseur, qui enquête sur le crime de Milhouard, est partisan de l'éradication des bandes de brigands. Le juge et le gendarme se complètent dans l'efficacité. M.Fougeron fait même appel à Lambrechts, le ministre de la justice, afin d'obtenir des renforts. De gros moyens sont déployés en Beauce : “...deux pelotons de hussards, soit quatre-vingt cavaliers”. Le Borgne-de-Jouy, un des complices de Beau-François, ne tarde pas à avouer – ce qui permettra bientôt au juge d'auditionner plus de trois cent suspects. Le 2 février 1798, Beau-François est arrêté : “Fougeron comprit qu'il aurait fort à faire avec cet oiseau-là, dont le regard flambait d'insolence.”

La Beauce en a-t-elle fini avec les méfaits de Beau-François, du Rouge-d'Anneau et de “la bande d'Orgères”, à l'heure où la Révolution cède la place à un régime plus stable ? Si la guillotine est prête à servir, les magistrats feront-ils preuve de la sévérité indispensable ? Possible que Beau-François échappe encore aux griffes de la Justice… Utilisant une riche documentation, Alain Bouzy illustre par l'exemple la "criminalité" qui s'est répandue en ces temps troublés, sans oublier d'évoquer le contexte révolutionnaire. Incertitudes politiques et sauvagerie des brigands vont de pair dans ce récit fluide, relatant le climat d'insécurité des années 1790 et les circonstances authentiques autour de ces bandes. Un aspect de l'Histoire brillamment retracé dans ce livre passionnant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2016
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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 05:55

Danny Brogan et Claire Taylor vivent, avec leurs fillettes Barbara et Irene, à Madison dans le Wisconsin. Le couple partage les mêmes références culturelles, ayant trait à l'Amérique de 1930 à 1960. Danny a repris le bar-grill de son père, et ils habitent la maison familiale cossue. Sa sœur Donna s'est installée dans une autre ville du Midwest. Le parcours de vie de Claire Taylor, quadragénaire ayant huit ans de moins que Danny, fut plus sinueux. Elle fut adoptée à l'âge de trois ans. Adolescente, elle se passionna pour le théâtre. C'est ainsi qu'elle devint la petite amie de Danny. Ils se séparèrent quand Claire partit pour Chicago, dans l'espoir de développer une carrière de comédienne. Avec Paul Casey et leur groupe d'amis, elle vivota ainsi durant plusieurs années, sans rencontrer le succès. Huit ans plus tard, elle rentra à Madison, où Danny l'attendait. Depuis, ils mènent une vie stable.

À part Dee, son amie coiffeuse venue de Californie une vingtaine d'années plus tôt, qui lui a créé une page Facebook qu'elle n'utilise guère, Claire n'a que peu de relations. Le couple a perdu une forte somme d'argent voilà quelques mois, à cause de l'escroc Jonathan Gatt désormais en prison, mais Danny ne semble pas en faire un drame. Autour d'Halloween, pour se changer les idées, Claire vient de passer une semaine à Chicago. Elle a revu Paul Casey, par sentimentalisme mais pas vraiment pour renouer. Il a évité de lui préciser qu'il ne fait plus de théâtre, qu'il est employé dans la quincaillerie de son vieux père. Claire est de retour auprès de sa famille. Sauf qu'il n'y a personne chez eux. Elle s'aperçoit que la maison a été entièrement vidée, à l'exception de son espace personnel. Danny lui a laissé un signe rassurant. Claire est dans l'impossibilité de les joindre, ni lui, ni leurs filles.

Declan Hughes : Au-dessus de tout soupçon (Presses de la Cité 2016) – Coup de cœur –

Claire découvre le cadavre massacré de son chien dans leur propriété, telle une sinistre farce d'Halloween. Le lendemain, elle reçoit un avis officiel d'expulsion, la maison étant gage de leurs dettes. Puis se présentent deux flics locaux, Nora et Ken. Tous les trois constatent que le cadavre du chien a été remplacé par celui d'un homme. Gene Peterson, la victime, était un copain de Danny depuis qu'ils avaient onze ans. Claire l'a quelque peu connu aussi, plus tard. Le couteau de boucher de Danny est certainement l'arme du crime. Nora essaie de mesurer la situation. Par la suite, elle interrogera Dee et d'autres proches du couple. Ce sera une bibliothécaire ex-enseignante qui lui offrira les meilleures infos. La petite bande de copains composée de Danny Brogan, Dave Ricks, Ralph Cowley, et Gene Peterson fut autrefois au cœur d'une sombre affaire, qui marqua les esprits.

De son côté, Danny peut compter sur son ami cool Jeff Torrance pour qu'il le véhicule dans sa Mustang. Ayant mis ses filles à l'abri chez sa sœur Donna, il rencontre dans sa prison Jonathan Glatt. L'escroc nie toujours en être un. Surtout, il apprend à Danny une info fort troublante. Danny révèle ensuite à Jeff qu'il subit depuis son mariage un chantage, en lien avec son passé et celui de Ralph, Dave et Gene. Un manuscrit inachevé de Ralph Cowley relate l'affaire d'autrefois, accablant pour Danny. Le maître-chanteur est sûrement Gene Peterson, bien qu'il n'en ait pas la preuve. Encore ignore-t-il que Charlie Toland, Irlandais de Belfast, clandestin aux États-Unis reconverti en tueur-à-gages, est impliqué dans les faits actuels, en mission pour un certain M.Wilson de Chicago. Quant aux versions sur le drame du passé imputé à Danny, et sur la vie de l'orpheline Claire, il y en a plusieurs…

 

Declan Hughes concocte un suspense magistral, autour d'une famille supposée ordinaire. Que le mari soit encore perturbé par un épisode horrible vécu quand il avait onze ans, que sa femme ait traversé une époque plutôt bohème sans lendemain, ce sont des aléas de la vie. Chacun a bien le droit de taire, de laisser en retrait, des passages de son existence. Si ça n'impacte pas la "vie en société", les Américains tolèrent petits débordements et autres secrets très privés. Toutefois, l'apparence d'un mode de vie sans histoire peut devenir plus compliquée, si quelqu'un s'en mêle négativement. Harcèlement et manipulations pouvant entraîner des conséquences désastreuses, voire mortelles.

Si ce récit énigmatique nous procure une excellente impression, ça provient à la fois de la tonalité – avec un regard souvent ironique sur les protagonistes, des multiples faux-semblants, et des révélations que nous livre progressivement l'auteur – avec parfois quelques effets de surprise. Parmi les investisseurs floués par l'escroc, outre Danny et ses trois amis, il y a un cinquième nom qui étonne, par exemple. Une intrigue fascinante par sa solidité, impeccable avec sa précision d'orfèvre.

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 05:55

Tamnay-en-Bazois est une petite bourgade de la Nièvre, au cœur de la campagne. Moins de deux cent âmes, dont vingt-cinq qui habitent à l'année le hameau de Mouligny. Vivre dans cette région trop tranquille, oubliée par le 21e siècle, c'est s'enterrer, renoncer. Il y a ceux qui sont restés vaille que vaille, et d'autres qui sont partis. Comme les frères Romain et Christophe, délaissant leurs copains de jeunesse, Vlad et Julie. Chris s'est engagé dans l'armée durant quelques années. Puis il est revenu à Mouligny, dans la maison familiale de leurs défunts parents. Sans espérer faire fortune, Chris s'est installé comme potier. Depuis deux ans, Julie est sa compagne, aujourd'hui enceinte. Devenue infirmière à l'hôpital, elle a vécu quelques années avec Vlad, avant de choisir Christophe.

Dix ans après son départ, Romain revient au village, retrouvant son frère cadet. Âgé de trente ans environ, il a beaucoup bourlingué pendant tout ce temps. Pas trop envie d'en parler, besoin de renouer avec ses origines. Comme quand ils étaient adolescents, à l'époque où le Captain Vlad était le meneur de leur "gang". Insouciance de leurs quatorze ans, tout l'été quasiment libres de leurs loisirs à quatre. Certes, il y avait bien quelques personnes fâcheuses autour d'eux. Telle l'antipathique famille Fauvé, des rustres agressifs envers quiconque s'approchait de chez eux. Et aussi Yves Joulac, dit le Dalton, simple d'esprit ou un peu pervers, en tout cas malsain. Cet été-là arriva Cédric, un petit dur d'Auxerre. Vlad et lui partageaient une sorte de caractère rebelle identique, plus violent que le "gang".

Ces dernières années, Vlad a investi dans quelques commerces de Tamnay, et parfois prêté de l'argent à certains. Associé à Cédric, il vit surtout de combines. À vrai dire, il a repris à son compte un trafic de drogue plutôt rentable. Une petite bande gravite autour de lui : Cédric, son homme de main Kozanowski, et quelques autres qui étaient amateurs de baston au temps de leur jeunesse. Leur copain J.R. est devenu gendarme, adjudant-chef en poste sur le secteur. Il préfère ne pas connaître les activés officieuses de Vlad et de ses sbires. Romain s'immerge à nouveau dans l'ambiance locale, encore un peu troublé par la séduisante Mélodie, la belle-mère de Cédric. Vis-à-vis de Julie, pas d’ambiguïté pour lui. Il devine que son jeune frère Chris supporte la vie grâce à des médicaments.

Vlad vient d'être sauvagement agressé, un véritable lynchage. Il a été hospitalisé, mais il reste dans le coma. Malgré les douteux trafics actuels de leur copain, en souvenir des meilleurs moments de leur "gang", Romain et Chris sont animés d'un désir de vengeance. J.R. les prévient qu'ils s'exposent à de grands dangers, car les bandes impliquées dans la drogue sont plus violentes encore que celle de Vlad. Quand les deux frères interceptent un trio de petits délinquants tentant de récupérer une grosse somme due par Vlad, la tension monte bien vite. Y compris entre les frères et la bande de Cédric, au bistrot qui leur sert de QG. Faire face ensemble à la menace extérieure ? Ce n'est pas gagné d'avance…

Benoît Minville : Rural noir (Série Noire, 2016)

Benoît Minville peut certainement revendiquer l'influence de quelques auteurs américains ayant associé cambrousse et violence, héritage du western adapté à nos époques. Est-ce que le terroir français se prête à des scénarios similaires ? Depuis longtemps, bon nombre de polars ont montré que, derrière de paisibles apparences, peuvent se cacher des faits criminels d'une brutalité insoupçonnée. La désertification des contrées isolées n'empêche pas l'éventualité d'une "économie parallèle", allant du travail au noir et autre "commerce sans facture", jusqu'aux trafics en tous genres. La crise économique évoquée par l'auteur n'est pas seule cause de ces pratiques.

Il s'agit avant tout d'une histoire d'amitié entre une poignée de personnes. Ce qui implique une fidélité, malgré le temps qui passe et les méandres des vies de chacun. Sentiment de solidarité qui a tendance à disparaître dans nos réalités d'aujourd'hui. Mais qui a peut-être toujours un sens dans des lieux comme celui que l'on nous présente. Dix à quinze ans plus tard, les mêmes habitants sont encore là pour la plupart : c'est pourquoi l'intrigue alterne le présent et le passé, la fougue d'hier et les confrontations d'ados étant remplacées par la cruauté du monde adulte, non dénuée d'une noire amertume. Un roman digne de la Série Noire, sans nul doute.

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23 février 2016 2 23 /02 /février /2016 05:55

Dix ans plus tôt, John Turner végétait dans son Afrique du Sud natale, modeste Blanc sans avenir dans ce pays en mutation. Il se prenait pour un écrivain, mais n'avait aucun talent. Il vivotait en traficotant de la drogue, s'endettant car il consommait plus qu'il n'en vendait. Sa route croisa un jour celle du flic afrikaner Christiaan Bekker. Un combinard au cynisme affiché : “Au bout d'un mois à l'école de police, je me suis glissé dehors une nuit et j'ai braqué un boui-boui à négros avec mon arme de service. Je suis rentré discrètement et personne n'en a rien su. C'est comme ça pour moi depuis. Je me sers du badge. Je me sers du flingue. Et je m'en suis plutôt bien sorti jusqu'à présent.” Son nouveau plan, c'était de kidnapper la gamine d'une riche famille noire de Johannesburg. Bekker avait besoin d'un complice. Une belle opportunité pour Turner.

Voilà près de dix ans que, installé près de Tucson en Arizona, John Turner s'est reconverti en homme d'affaires, grâce à un brevet d’aspirateur de piscine. Il est marié à Tanya, qui fut sa voisine à Johannesburg. La jeune femme avait échappé à la tuerie sanglante dont furent victimes ses parents. Cela lui forgea un tempérament froid et volontaire. Professeur d'université aux États-Unis, Tanya sait que sa carrière ne progressera pas. Car elle refuse de s'assimiler à la vie américaine, cultivant encore son accent d'origine. John et Tanya ont une fille de neuf ans, Lucy. Mais le couple fonctionne plus mal que jamais. Turner voudrait divorcer et refaire sa vie avec la blonde Grace Worthington, son assistante. Nerveuse et offensive, Tanya refuse absolument, menaçant de le faire chanter. Elle sait tout ce qui s'est passé en Afrique du Sud, ce qui causerait d'énormes ennuis à son mari.

De son côté, le flic Bekker a fini par quitter son pays pour venir lui aussi vivre en Arizona, à Phoenix. Quand il recontacte John Turner, ce dernier pense que Chris Bekker peut lui venir en aide, afin d'éliminer Tanya. L'ancien policier ne veut pas être l'exécuteur, tandis que Turner aurait un alibi solide pendant ce temps-là. Autant agir rapidement, un jour où la petite Lucy est absente, peu après que Grace ait quitté les lieux après son travail.

C'est ainsi que trois tueurs s'invitent dans la propriété du couple : Shorty, Tard et Bone agressent avec violence John et, surtout, Tanya. Celle-ci ne craint pas d'affronter le trio, avec son caractère provocateur, même s'ils s'acharnent sur elle. Les braqueurs semblent là pour l'argent, raflant les cartes de crédit, exigeant le fric du coffre-fort. Mais le retour prématuré de Lucy va tout changer, d'autant que l'ami des Turner qui la raccompagne est buté sans pitié par les tueurs. Même si la situation a dérapé, Bekker pense tenir en main ses deux complices, ses larbins. Pas si sûr, car la tension est forte, mais n'a pas encore atteint son paroxysme. Des victimes, il y en aura d'autres…

Roger Smith : Un homme à terre (Éd.Calmann-Lévy, 2016)

Ce roman extrêmement dur aurait pu s'intituler “La rédemption par le sang”, ce que nous suggèrent certains passages de l'histoire. En effet, on nage ici dans une noirceur des plus violentes. Les coups pleuvent, le sang coule, les tirs d'armes à feu fusent. On comprend tôt que la force prime, qu'aucun des protagonistes ne fera preuve de faiblesse. C'est le Diable qui mène la danse, sans doute depuis longtemps dans la vie de Turner, de Tanya et de Bekker, les Sud-Africains expatriés. C'est là qu'intervient toute l'intelligence du récit, à l'opposé d'un scénario linéaire.

Dans un désordre soigneusement agencé, d'une cohérence qui permet que le lecteur ne soit jamais perdu, l'auteur nous renvoie à des moments anciens ou plus récents de la vie de ses personnages. Ce qui lui permet d'évoquer l'Afrique du Sud et ses contradictions, ou le mirobolant rêve américain qui ne convient pas forcément à tous. Cette structure dessine le portrait des uns et des autres, de John Turner qui n'est pas vraiment un type brillant, de Bekker pas exactement doué pour les coups d'envergure, de la psychorigide Tanya. Le but n'est pas de nous présenter des héros attachants. Âmes sensibles s'abstenir. D'une sacrée efficacité, ce noir polar est percutant à souhaits.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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21 février 2016 7 21 /02 /février /2016 05:55

En Islande, Óđinn Hafsteinsson travaille au bureau des commissions d'enquête. Âgé de trente-cinq ans, il a dû quitter son emploi chez son frère Baldur pour celui-ci. Car il doit désormais s'occuper de sa fille Rún, onze ans, depuis le décès de Lára, son ex-femme. Ils formaient dès le départ un couple mal assorti. Óđinn lui avait laissé la charge d'élever leur fille, avec sa belle-mère. Hélas, Lára est morte défenestrée, une chute accidentelle. Si on a pu s'interroger sur les circonstances du décès, le rapport d'enquête consulté par Óđinn ne détermine aucun fait mystérieux. Lára avait eu des liaisons amoureuses depuis leur séparation, mais son dernier amant n'est pas impliqué. Étant en froid avec sa belle-mère, Óđinn n'oblige guère Rún à voir sa grand-mère. D'ailleurs, c'est une gamine solitaire, qui semble plutôt bien s'adapter avec son père, même si elle est suivie par une psy.

Óđinn a parfois l'impression que des inconnus rôdent dans leur immeuble si peu habité, un sentiment paranoïaque qu'il ne cherche pas à soigner. À son bureau, il reprend un dossier que commença à traiter sa défunte collègue Róberta. Il s'agit d’enquêter sur Krókur, un foyer éducatif réservé aux adolescents à problèmes. L’établissement est fermé depuis quarante ans, mais des abus découverts dans d’autres centres incitent l’État à étudier les cas de tous ces foyers pour éviter tout scandale. À Krókur, deux jeunes moururent par accident, Einar Allen et Tobbi Jónasson. Nul témoignage indiquant de suspicion de crime. Que les méthodes utilisées dans ce genre de foyer n'aient jamais donné que de piètres résultats, ce n'est pas un secret. Pitty, un ancien de Krókur qu'Óđinn rencontre, en est un triste exemple. Il semble que Róberta ait reçu des messages afin qu'elle cesse d'enquêter.

Yrsa Sigurđardōttir : Indésirable (Actes Noirs, 2016)

En janvier 1974, Aldís est l'employée de service à Krókur, entourée de trois ouvriers et de sept à huit adolescents hébergés là. Âgée de vingt-deux ans, elle espère échapper un de ces jours à l'ambiance lourde que fait régner ici le couple de responsables, Lilja et Veigar. Elle sait qu'ils interceptent les colis et les lettres des pensionnaires. Aldís ne peut parler à quiconque d'un incident s'étant produit une nuit, la naissance d'un bébé mort-né. Quand Einar Allen rejoint le foyer, la jeune femme sympathise avec lui. Elle lui relaie même un message téléphonique de sa mère, bien que ce soit interdit. Einar a la réputation d'être un "dur". En fait, c'est sans doute parce qu'il a dix-neuf ans, alors que les autres ont dans les treize ans, comme Tobbi Jónasson. Ce dernier a fait une sorte de crise : Aldís en a été témoin, sentant une présence inquiétante et une odeur de sang dans la pièce.

Óđinn trouve quelques éléments nouveaux sur ce sinistre foyer de Krókur. Mais lui-même perd de plus en plus son équilibre mental, comme si des fantômes issus du passé venaient s’insinuer dans sa propre vie et celle de sa fille. Ça n'arrange pas ses rapports avec son ex-belle-mère. Son frère Baldur et son épouse Sigga ne peuvent guère l'aider. Les dessins et le comportement de la jeune Rún font qu'il s'interroge. Óđinn est tragiquement hanté par les morts du foyer de Krókur…

 

Yrsa Sigurđardōttir nous entraîne dans une histoire étrange, oppressante, et fascinante. Il est impossible de commenter au-delà de ce résumé. Non pas que l'on risque de révéler des indices supplémentaires, mais c'est le climat général troublant qui prime, et qu'il est difficile de transmettre. Bien sûr, personne n'ignore que les orphelinats ou les foyers pour jeunes semi-délinquants offraient des conditions de vie plutôt rudes, sévères à l'extrême, détestables, et même propices à la violence. Tels les ouvriers adultes côtoyés par Aldís, certains en prenaient leur parti, mais les adolescents mal traités en gardèrent sûrement des séquelles. Toutefois, cette histoire est avant tout celle d'Óđinn et de ses proches. Car des questions se posent sur la mort de son ex-femme. Devenant obsessionnelles pour lui, embrumant toute réflexion. Voilà un suspense psychologique de très belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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20 février 2016 6 20 /02 /février /2016 06:10
Prix Mystère de la Critique : les vainqueurs 2016

Chaque année, le Prix Mystère récompense un titre français et un titre étranger, ayant été choisis par une majorité de chroniqueurs de romans noirs. Les lauréats 2016 sont DOA et Jake Hinkson.

 

“Pukhtu” de DOA (Gallimard)

Le terme pukhtu renvoie aux valeurs fondamentales du peuple pachtoune, l’honneur personnel – ghairat – et celui des siens, de sa tribu – izzat. Dire d’un homme qu’il n’a pas de pukhtu est une injure mortelle. Pukhtu est l’histoire d’un père qui, comme tous les pères, craint de se voir privé de ses enfants par la folie de son époque. Non, plutôt d’une jeune femme que le remords et la culpabilité abîment. Ou peut-être d’un fils, éloigné de sa famille par la force du destin. À moins qu’il ne s'agisse de celle d’un homme cherchant à redonner un sens à sa vie. Elle se passe en Asie centrale, en Afrique, en Amérique du Nord, en Europe et raconte des guerres ouvertes et sanglantes, des conflits plus secrets, contre la terreur, le trafic de drogue, et des combats intimes, avec soi-même, pour rester debout et survivre. C’est une histoire de maintenant, à l’ombre du monde et pourtant terriblement dans le monde. Elle met en scène des citoyens clandestins.

 

L’Enfer de Church Street de Jake Hinkson (Gallmeister)

Geoffrey Webb est en train de se faire braquer sur un parking. Et cette situation lui convient bien, il en redemanderait même. À son agresseur, il propose un marché : empocher les trois mille dollars qui se trouvent dans son portefeuille, le dépouiller de tout s’il le faut, en échange de cinq heures de voiture jusqu’à Little Rock, en Arkansas. Webb a besoin de se confesser. Ce braquage et ce pistolet pointé sur lui, il les mérite. Et il est prêt à expliquer pourquoi… Ce roman est un hommage non déguisé à Jim Thompson dont il partage la vision du monde et l’humour noir. Ce roman fait partie des 10 meilleurs polars sélectionnés par le magazine Lire.

 

Par ailleurs, on peut ici consulter le “Top 15” des meilleurs polars d'Action-Suspense, qui recense 15 titres marquants de l'année 2015 :

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