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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 04:55

Belfast, à notre époque. Karl Kane est détective privé. Père de la jeune Katie, il est divorcé de Lynne, et ex-beau-frère de Wilson, le chef de la police. La séduisante Naomi Kilpatrick est davantage que l’assistante de Karl Kane : ils sont très intimes. Le détective essaie de venir en aide ponctuellement à Sharon McKeever – dite Lipstick – une prostituée d’une vingtaine d’années coutumière des problèmes. Il va encore la tirer des pattes de Graham Butler, un caïd londonien venu faire du bizness à Belfast. Une certaine brutalité s’avère indispensable face à un énergumène tel que Butler. L’altercation va être évoquée dans la presse locale, et le détective pourrait craindre que le caïd cherche à se venger. Karl prend des dispositions, mais quand Butler disparaît de la circulation, il n’y est pour rien.

Tommy Naughton et son épouse vivent dans un quartier modeste de la ville. Mal satisfait d’une enquête de police, Naughton contacte Karl Kane. La maison où habitait sa fille avec sa famille a explosé quelques jours plus tôt. Ce qui n’a rien de surprenant, car son gendre faisait du commerce illégal de bouteilles de gaz. Tous ont péri, on n’a même pas retrouvé les cadavres. Le détective se renseigne sur ce cas d’explosion, mais les investigations ont été correctes, et il ne peut pas glaner grand-chose de nouveau. Pourtant, la petite Dorothy a bien survécu. Elle est actuellement captive d’un monstre se faisant appeler Scarman. Est aussi séquestrée une certaine Tara, adolescente orpheline au caractère bien trempé. Son parcours à elle fut chaotique. Elle s’est même vengée cruellement d’un pédophile.

Karl Kane est loin d’avoir acquis une parfaite sérénité dans sa vie. Il lui arrive encore de cauchemarder au sujet d’un dramatique épisode de son enfance. Sa mère fut assassinée en sa présence, alors que son père était supposé être en mer. Le coupable était Walter Arnold, appartenant à une des familles très riches de Belfast. Grâce à la complaisance d’un juge l’estimant fou, il fut interné pendant seulement cinq ans en psychiatrie. Sorti depuis longtemps, il a commis d’autres terribles méfaits depuis.

Revenant dans le quartier de son enfance où leur maison décrépite a été vendue, Karl se remémore le drame en compagnie de Francis, un voisin âgé amical. Si celui-ci ne sait rien sur l’acheteur de la maison, il connaît des détails secrets concernant les parents de Karl. Le détective n’a aucune confiance dans la police, mais il s’entend à peu près avec le jeune flic Chambers. Ce dernier suit le dossier concernant le cas Lipstick et le caïd Butler. Par contre, si Karl Kane doit affronter Scarman, il devra se débrouiller seul…

Sam Millar : Au scalpel (Éd.Seuil, 2017)

En réglant le rétroviseur, il aperçut brièvement un homme qui semblait le fixer depuis l’autre côté de la rue. Grand. Costaud. Défiant. Karl démarra et fit demi-tour en passant lentement près de l’homme. Il portait un lourd vêtement de pluie noir boutonné jusqu’au menton. Le rabat du chapeau enfoncé sur sa tête couvrait la plus grande partie de son front et le haut de ses sourcils. Un objet noir pendait de sa main droite, et dans un moment de panique, Karl crut que c’était une arme, avant de se rendre compte qu’il s’agissait d’un appareil photo.
Probablement un des durs locaux en train de surveiller en se donnant des faux airs d’Humphrey Bogart, se dit Karl.
Mais il y avait quelque chose de dérangeant dans le visage de l’homme. Il ne le cachait pas sous son chapeau au bord rabattu, comme Karl l’avait d’abord cru ; il le soulignait, se servant du chapeau pour contraindre le regard des gens à se concentrer sur cette partie de son visage, comme s’il voulait être sûr que Karl le voie. Un grand Z gravé sur sa figure.

Depuis Sam Spade et Philip Marlowe dans les années 1930, en passant par Mike Hammer ou Nestor Burma, les détectives privés figurent parmi les incontournables personnages de la littérature polar. On ne leur demande pas de ressembler à des "agents de recherches" conformes à la réalité. Beaucoup d’entre eux sont des types cabossés par la vie, qui ont tiré une certaine expérience de leur passé. C’est ainsi qu’ils sont devenus des durs à cuire, selon l’expression consacrée. Ils peuvent être dotés soit d’une froideur distante, soit d’un cynisme ravageur. Ou alors d’une part d’autodérision, comme dans le cas de Karl Kane. Ce dernier n’est animé d’aucune prétention, même s’il obtient de bons résultats. Pour lui, seule importe l’efficacité. S’il croise un malfaisant, un coup de pied dans les roubignoles sert d’avertissement. Si le fâcheux insiste malencontreusement, il utilise son flingue.

Certes, les enquêtes de Karl Kane ne se résument pas à des échanges frappants. Il est plus sûr de gagner de l’argent en jouant aux cartes ou en misant chez un bookmaker, qu’en menant des enquêtes. Pour le nirvana sexuel, il a trouvé la partenaire idéale. Côté ex-famille, c’est nettement moins équilibré, mais il s’en accommode. Quant aux méchants, truands avérés ou pervers cruels, il en rôde toujours autour de lui. Au risque de connaître quelques soucis de santé, mais ça fait partie de son job. Si l’on retrouve la jeune Lipstick avec plaisir, une autre marginale – Tara – lui vole la vedette, plus féroce encore, bien que prisonnière dans une sinistre maison. Malgré une normalisation de la situation en Ulster, la criminalité n’y est pas absente. Elle touche ici le détective lui-même, en lien avec sa propre histoire. Racontée avec fluidité, une aventure de Karl Kane très réussie.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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8 avril 2017 6 08 /04 /avril /2017 04:55

Jean-Édouard, qu’on appelle Jed, n’est pas un malfaiteur chevronné, plutôt un jeune type débrouillard quelque peu en marge des lois. Parti sur les chemins de Compostelle, son ami d’enfance Paul lui a lancé un appel de détresse. Mais pour le rejoindre, Jed a besoin d’un véhicule. Dans un parking souterrain, il trouve une voiture qui ne résistera pas longtemps. Une DS Pallas d’autrefois n’est pas équipée d’un système de sécurité sophistiqué. Il suffit de changer le contact-moteur dans une casse-auto, et le voilà parti. Lorsqu’il fait une halte sur une aire d’autoroute, mauvaise surprise. Dans le coffre de la DS, il y a un cadavre. Il s’agit du corps d’un prêtre. Dans un sac près de lui, Jed découvre un sacré pactole. Sans le savoir, il vient d’interférer dans une transaction plus que douteuse.

Député-maire, René d’Orval a l’habitude de détourner l’argent public, généralement à des fins électoralistes. Cette fois, c’est le nouvel évêque du diocèse qui a réclamé une grosse somme auprès de l’élu. Le prêtre mort servait d’intermédiaire, sauf qu’il comptait se servir de l’argent pour des œuvres humanitaires en Afrique. Gaspard et José, les hommes de main du Maire, ont fait un peu trop de zèle en zigouillant l’ecclésiastique. Entre-temps, la voiture garée en sous-sol, avec son cadavre et le le fric, a donc été "empruntée" par Jed. Il est impératif que le duo au service de René d’Orval retrouve la DS et le magot. Pas de GPS sur le véhicule, bien sûr. Mais sachant que le voleur est peu expérimenté, il existe des moyens assez simples pour détecter sa trace.

Jed prend à son bord une jeune et séduisante auto-stoppeuse, Lorelei. Elle ne doit pas son prénom à la mythologie germanique. (Elle a son propre parcours, que l’on pourra lire à la suite des mésaventures de Jed). Le couple fait un détour par Tours, pour se restaurer et explorer le Kama Sutra. Les deux affreux du Maire n’étant pas loin, il est préférable pour Jed de prendre la poudre d’escampette. Il gagne le village où Paul a trouvé refuge. Celui-ci n’est visiblement plus en danger. Femme mûre, Madeleine s’occupe (intimement) de lui dans sa ferme, la Pétaudière. Ex-soixante-huitarde, cette dame est cordialement détestée par les villageois, en particulier par les paroissiennes. Vu qu’on est le dimanche de Pâques, avec son cérémonial, ces dernières sont plus que jamais folles de la messe.

Gaspard et José sont toujours sur le sentier de la guerre. Dès qu’ils mettent les pieds au village, il faut s’attendre à ce qu’ils troublent fortement la quiétude locale. Dans un sens, ça pourrait favoriser un projet municipal, si l’hystérie allait jusqu’au lynchage. Toutefois, veuve d’un chasseur, Madeleine peut être en mesure de riposter. Au final, s’il s’en sort sans trop de dégâts, Jed sait à qui s’adresser pour que justice soit faite…

Nick Gardel : Fourbi étourdi (Éd.du Caïman, 2017)

José savait combien la fierté de son compagnon italien lui était chevillée au corps et il souffrait d’être la cause indirecte de sa déchéance. Ce Jed avait eu de la chance jusque-là, mais elle venait de tourner ! Le gamin avait joué au plus fin une fois de trop. Après avoir mis la main dessus, il ne serait plus question de Taser ou d’autres jouets pour gosses. Ils lui feraient payer chacune de ces humiliations, durement, avec application et patience. Ils officieraient en tandem, en couple presque. Et ce moment béni se rapprochait. Cet abruti, non content d’avoir laissé le téléphone en veille, avait été jusqu’à s’en servir. Une erreur de débutant… Il avait appelé le même numéro deux fois et, dans ce monde, il n’en fallait pas plus pour avoir une adresse. Le contact chez l’opérateur avait craché le morceau et maintenant les envoyés du Maire étaient sur sa piste. Une visite s’imposait. On pouvait l’imaginer bestiale et raffinée…

Quand on écrit un roman assez court, autant qu’il soit vif et percutant. Que la castagne et autres cruautés soient au rendez-vous. Que l’on y ajoute un petit peu d’érotisme. Que ça joue de l’Opinel ou du Taser. Que les malfaisants ne fassent pas dans la dentelle. Et que le héros en réchappe quasiment par miracle. L’influence du week-end de Pâques, peut-être ? Certes, des religieux ne sont pas à la fête dans cette affaire. Des politiciens locaux, non plus (avec des méthodes qui ne se pratiquent plus, promis-juré).

On l’aura compris, c’est une comédie à suspense qu’a concocté l’auteur. Avec son lot de personnages, centraux ou annexes, prêtant largement à sourire. La caricature réussie est toujours très plaisante. Sans oublier la star de ce récit, la DS Citroën, dessinée par le génial Flaminio Bertoni. Pour les générations ayant connu ce véhicule, et pour les nostalgiques de l’automobile, cette voiture est tout un symbole. Quand on est en cavale, c’est quand même plus classieux au volant d’une DS. Un roman d’action, impertinent et plein d’humour.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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6 avril 2017 4 06 /04 /avril /2017 04:55

À Madrid, Piedad de la Viuda aura cinquante ans d’ici quelques jours. Bien qu’ayant étudié les sciences économiques à un très bon niveau, la pieuse Piedad se maria et devint une épouse oisive et bigote. S’occuper de protection des animaux, présider la copropriété de leur résidence, rappeler à tous propos des citations de personnages célèbres, et aller se confesser, voilà ce qui occupe son temps. Avec la musique, car elle adore les boléros. Sa seule amie, c’est Juana Ramona Benavídez (dite JR), avec laquelle Piedad ne peut rivaliser pour la séduction. Les parents de Piedad étaient d’origine modeste et rurale. Ils surent faire fructifier un bel héritage. Antonio de la Viuda créa une grosse société, qu’il légua à sa fille. Elle en est la dirigeante en titre, mais c’est son mari Benito Casado qui s’en occupe.

Piedad est veuve depuis un mois, son époux étant mort dans un accident de voiture. C’est ainsi qu’elle découvre que sa société est quasiment en faillite. Ce que lui confirme Juan Ortega, ami de jeunesse du couple et actionnaire mis sur la touche par Benito. Il lui confie un dossier soulignant l’ampleur des dettes. Certes, Piedad touchera une assurance-vie, qui sera loin de renflouer l’entreprise. Ouvrant enfin les yeux, elle réalise que JR fut sûrement l’amante de Benito. Deux billets d’avion pour le Brésil témoignent que son mari avait programmé un départ imminent. Avec la jeune Svetlana, une blonde Ukrainienne étudiant le portugais en Espagne. Le commissaire Bermúdez et son séduisant adjoint Ricardo Amor révèlent à Piedad que la voiture de Benito a été sabotée, ce qui provoqua l’accident.

Une petite voix intérieure l’incite à réagir. Dans un crucifix creux, elle découvre une lettre posthume de Benito qui pourrait indiquer où il a caché le pactole qu’il détourna. Ou bien s’agit-il juste de venger son défunt époux ? Des obstacles se dressent sur son chemin : un tueur-à-gages au service d’un mafieux russe jouant au gourou para-religieux ; le gardien de la résidence qui veut exercer un chantage sexuel. Piedad ne tarde pas à les éliminer. Elle entre en contact avec Raúl Soldati, un drôle d’Argentin vivant à Madrid, qui s’avère plutôt habile quand il se prend pour un détective. En allant se frotter aux Russes, Soldati risque d’être malmené, mais ça ne le fera pas renoncer. Piedad va se trouver une autre alliée : la jeune et belle Nati, employée de sa société, n’est pas si potiche qu’elle paraît.

Grâce à la très compétente Nati et en réintégrant Ortega, Piedad commence à restructurer l’entreprise. Elle possède un atout supplémentaire : le policier Ricardo Amor devient son amant. Toutefois, Piedad peut se demander si cet Apollon n’est pas avant tout intéressé par les millions détournés de Benito. Quant à la jeune Svetlana, elle fait sa connaissance dans un ascenseur. Elles sont sous la menace d’un sbire russe, que Piedad supprime bien vite. Néanmoins, il vaut mieux essayer de mettre la jolie Slave à l’abri. Constatant la disparition de plusieurs protagonistes, le commissaire Bermúdez imagine cette affaire telle une sorte de match de football. Les indices laissés par Benito sont toujours obscurs, et le mafieux-gourou reste dangereux. La vérité n’est sans doute pas si évidente…

Carlos Salem : Attends-moi au ciel (Actes Noirs, 2017)

Je secoue la tête, me love dans la veste d’Amor, et demande à JR de me faire un café. Quand elle se dirige vers la cuisine, je sais que j’ai au moins un quart d’heure devant moi pour m’éclaircir les idées. JR est un génie des relations publiques et privées, mais elle est aussi capable de confondre une cafetière et une planche à repasser.
Pourquoi est-ce que je devrais lui faire confiance ? Après tout, elle a été la maîtresse de Benito et il se peut que, avant que mon défunt mari lui préfère les jeunes Russes, ils aient prévu de m’évincer de la même façon. D’un autre côté, elle sait se débrouiller dans le monde réel : avant d’enchaîner les mariages, elle a même fini ses études de droit. Et puis, c’est ma seule amie.
Je me rappelle quelque chose, et me lève lentement. Amor n’avait pas menti. Sur le meuble, derrière le sofa, il y a la bouteille. Je déchiffre la marque de la liqueur de bourbon et retourne m’asseoir avec elle. Pendant que JR arrive avec du café qui sent le pneu brûlé, j’effleure ma bouteille de Southern Comfort cachée sous les coussins. Maintenant, j’ai deux amies.

Si l’on a une préférence pour les intrigues froides, les investigations strictes, les enquêtes confiées à des experts pointilleux, il vaut mieux ne pas lire les suspenses de Carlos Salem. Ses romans sont placés sous le signe du sourire, de la fantaisie, avec un cynisme amusé et une délicieuse amoralité revendiquée. Pour autant, il serait absurde de croire que les scénarios sont bancals ou négligés. Bien au contraire, le mystère est omniprésent derrière l’humour affiché. À l’origine, dans “Attends-moi au ciel”, un meurtre entraîne une situation vraiment complexe, avec un fort aspect criminel. Les péripéties s’annoncent nombreuses.

Dénicher un énorme magot caché et retrouver un assassin, tout en affrontant des Russes malfaisants, pas si simple pour l’héroïne de cette histoire. Jusqu’à là, Piedad menait une vie éthérée, ignorante des plaisirs charnels et des sombres réalités de l’existence. Heureusement, une voix intérieure s’est réveillée en elle, qui l’autorise à se comporter de façon moins sage qu’à l’ordinaire. Écraser ce qui entrave son parcours, ça ne lui pose plus de problème. Une mise au point pleine de fermeté avec des proches, dont son amie JR, ça ne l’effraie pas non plus. Quant à exploiter son charme de presque-quinquagénaire, elle le fera désormais sans complexe. De bonnes rasades de Southern Comfort, ça motive.

Au cours de ses aventures, Piedad va croiser une galerie de savoureux personnages. Dont Raúl Soldati, un des singuliers héros de “Aller simple”, premier roman de Carlos Salem traduit en français (2009). L’employée sexy Natalie (dite Nati) est également étonnante à bien des égards. Grâce à une narration enjouée, on suit avec grand plaisir les tribulations de la combative Piedad. Carlos Salem ne déçoit jamais ses lecteurs !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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5 avril 2017 3 05 /04 /avril /2017 04:55
Bientôt sur France 3 “Tensions au Cap Corse” (le samedi 8 avril)

Un rendez-vous télé à noter dès maintenant : la romancière Elena Piacentini et Catherine Touzet sont les auteures du scénario d’un téléfilm policier de Stéphanie Murat “Tensions au Cap Corse”. Avec : Amira Casar, Richard Bohringer, Philippe Corti, Jean-Emmanuel Pagni, Florence Thomassin, Alain Fromager, Alysson Paradis, Véronique Volta. Cette fiction-télé sera diffusée sur France 3 le samedi 8 avril 2017.

Quelques mots sur l’intrigue : “Un homme d'affaires à la réputation sulfureuse a été retrouvé assassiné sur la jetée du port de Toga, à Bastia. Détail énigmatique et frappant : ses oreilles ont été tranchées. Pour le commandant Gabrielle Monti, dont c'est la première affaire depuis son retour au pays, c'est le début d'une enquête sur la corde raide.”

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4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 04:55

En littérature policière, il n’est pas rare que le mot "nuit" figure dans des titres de romans. On peut en rappeler quelques-uns en vrac : William Irish : Les yeux de la nuit (1945), Ken Follett : La nuit de tous les dangers (1991), Gunnar Staalesen : La nuit tous les loups sont gris (2005), Graham Hurley : La nuit du naufrage (2006), Hugo Buan : La nuit du tricheur (2010), Kishwar Desai : Témoin de la nuit (2013), Arnaldur Indridason : Les nuits de Reykjavik (2015), Denise Mina : La nuit où Diana est morte (2015). Dans la Série Noire, notons par exemple Day Keene : Bonne nuit, brigadier (1954), M.J.Naudy : Equipe de nuit (1998), Nino Filasto : La nuit des roses noires (2001). Dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, il y aurait Benoît Becker : Nuit des traqués (1957), Adam Saint-Moore : Les voix de la nuit (1965) et La nuit du chat (1967), J.P.Conty : Première nuit dans ma tombe (1972), Pierre Nemours : La longue nuit d’Alice Fairfield (1974), , Claude Joste : La nuit commence à l’aube (1977), Eric Verteuil : Le punch d’une nuit d’été (1979), Joël Houssin : La nuit du Doberman (1981). Sans oublier J.P.Ferrière : La nuit de Mme Hyde (1977).

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar

Revenons plus en détail sur une vingtaine de romans d’anthologie.

Georges Simenon : La nuit du carrefour (1931). Maigret enquête sur le meurtre d’un diamantaire anversois, du côté d’Arpajon, au Carrefour des Trois-Veuves, un hameau de quelques maisons.

Fredric Brown : La nuit du Jabberwock (1950). À Carmel City, Al Grainger et Doc Stoeger sont deux admirateurs de Lewis Carroll. Doc se voit proposer par un certain Yehudi Smith d'assister aux séances de la société secrète des Sabres verzibafres. Il le suit jusqu’à une maison abandonnée où Smith meurt bientôt, empoisonné. Dans le coffre de sa voiture, Doc va découvrir les cadavres de Ralph Bonney, un industriel, et du shérif-adjoint Miles Harrison.

Thomas Walsh : Ronde de nuit (1952). Trois flics surveillent l’appartement de Harry Wheeler, qui a cambriolé une banque. McCallister, un des policiers, abat le braqueur et rafle le pactole qu’il convoitait. Son collègue chevronné Sheridan tente de l’arrêter.

Jim Thompson : Nuit de fureur (1953). Quand, à trente ans on en paraît dix-sept, qu’on mesure un mètre cinquante avec des talonnettes, qu'on est presque aveugle et en train de crever de tuberculose, on ne vus prend pas au sérieux. Mais ce n'est pas par hasard si c'est à vous qu'on offre trente mille dollars pour descendre un mafioso trop bavard. Pas de coïncidence non plus si deux superbes filles vous tombent dans les bras, l'une d'elles souffrant d'une curieuse infirmité.

Léo Malet : La nuit de Saint-Germain-des-Prés (1955). Nestor Burma est engagé par un assureur afin de retrouver des bijoux volés. Le receleur doit être Charlie Mac Gee, ex-musicien de jazz noir devenu trafiquant de drogue. Le détective plonge dans l’univers culturel de Saint-Germain-des-Prés.

Davis Grubb : La nuit du chasseur (1955). Orphelins, John (9 ans) et sa sœur Pearl ont des raisons d’avoir peur du Prêcheur, individu inquiétant qui s’installe dans leur village de Cresap. Car il cherche le pactole caché par leur père avant que celui-ci soit pendu.

Frédéric Dard : Les bras de la nuit (1956). A Seattle, le policier Leonard Wilkins enquête sur la disparition de Steeve Huff. Il peut supposer que son épouse Doris Huff est impliquée. Wilkins a du mal à refouler son attirance pour la jeune femme.

David Goodis : Ceux de la nuit (1961). Ex-policier, Corey Bradford rencontre Walter Grogan, parrain de la pègre locale, qui l’engage afin de retrouver le commanditaire de l'agression dont il a failli être victime. Par ailleurs, deux flics de la "Night Squad" lui offrent de récupérer son badge de policier s’il met fin aux agissements de Walter Grogan. La solution pour lui, jouer un double jeu.

Agatha Christie : La nuit qui ne finit pas (1967). Quelque peu déçu par la vie, Michael Rogers raconte ses amours avec Ellie, leur mariage, leur installation dans leur nouvelle demeure.

Pierre Siniac : Le nuit des Auverpins (1969). Une bande d’Auvergnats (Le Cantalou, le Charbonnier et la belle Laurette) cherchent à récupérer un milliard et demi en barres d'or, enfermé dans le coffre-fort d’une ferme abandonnée en Haute-Provence. Ils ne sont pas seuls sur le coup, et ça risque de flinguer à tout-va.

Mary Higgins Clark : La nuit du renard (1977). À New York, le Renard est un criminel ayant déjà assassiné cinq femmes. De leur côté, Steve Peterson et son amie Sharon Martin sont séquestrés dans une pièce de la gare de Grand Central, sous la menace d’une bombe. Grand Prix de Littérature Policière 1980.

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar

Bernard Lenteric : La nuit des enfants rois (1981). Sept adolescents surdoués, six garçons et une fille, bénéficient d'une bourse d'études. Lors d'une sortie nocturne à Central Park, ils sont agressés et victimes de violences sexuelles. Ils s'enferment alors dans une spirale de folie meurtrière, visant d’abord ceux qui les ont conditionnés. Jimbo Farrar, qui les observe depuis dix ans, peut-il faire cesser leurs crimes vengeurs ?

James Ellroy : À cause de la nuit (1984). Le policier Lloyd Hopkins du LAPD est chargé d’enquêter discrètement sur la disparition d'un autre flic de son service, Jack Herzog. Au même moment, un magasin d'alcool est braqué, et trois personnes exécutées. Il existe un lien entre les deux affaires. Hopkins est bientôt confronté à un criminel surnommé Le voyageur de la nuit.

Andrea Camilleri : L’odeur de la nuit (2003 ). En Sicile, un homme d'affaires douteux disparaît de Vigàta, et avec lui, les économies de beaucoup d'habitants. Est-il vivant, en train de profiter de l'argent escroqué ou bien mort, exécuté par la mafia ? Sa secrétaire, Mlle Cosentino, amoureuse de lui, attend son retour. Le commissaire Salvo Montalbano et son équipe s’en occupent.

Val MacDermid : Quatre garçons dans la nuit (2005). Écosse, en 1978, Ziggy, Mondo, Weird et Gilly rentrent chez eux par une nuit d’hiver. Fortement alcoolisés, les quatre étudiants découvrent le cadavre poignardé de la barmaid Rosie. Ils ne sont que témoins, mais on va bientôt les suspecter. Aucune preuve n’existe contre aucun d’entre eux, pourtant. Mais l’affaire va ruiner leur amitié. D’autant que tous ont, fatalement, quelques secrets persos à taire.

James Lee Burke : La nuit la plus longue (2007). Été 2005, l'ouragan Katrina sème le chaos à La Nouvelle-Orléans. Des pillards vident les maisons abandonnées, des milices se créent pour contrer les voleurs, et les flics véreux ne sont pas les derniers à se montrer violent. Dave Robicheaux débarque en ville, pour élucider la mort de deux jeunes Noirs dans le quartier blanc.

Tess Gerritsen : Au bout de la nuit (2009). Déclarée morte noyée, attendant d’être autopsiée par le Dr Maura Isles, une inconnue se réveille soudain à la morgue. La jeune femme abat bientôt un garde, puis prend plusieurs personnes en otage dans l’hôpital. Dont la policière Jane Rizzoli, enceinte de neuf mois. Pour comprendre la situation, encore faut-il que Jane survive à cette longue nuit.

John Connolly : Les anges de la nuit (2009). Les Faucheurs, c’est l'élite des tueurs, des hommes terrifiants. Ami du détective Charlie Parker, Louis a été formé par cette armée de l'ombre avant de tourner la page. Aujourd'hui il est la cible des Faucheurs, et surtout de Bliss, le tueur des tueurs. Charlie Parker, que Louis a souvent tiré de mauvaises passes, parviendra-t-il à le sauver ?

Dennis Lehane : Ils vivent la nuit (2012). Boston, 1926, à l’époque de la Prohibition. Jeune fils du policier Thomas Coughlin, Joe espère se faire une place au sein de la pègre. Il braque un bar clandestin appartenant à un caïd local et commet l'erreur de séduire sa maîtresse. Joe se retrouve bientôt en prison. C'est ainsi qu'un vieux parrain, Maso Pescatore, se charge de son "éducation" et que la carrière de Joe va prendre son essor.

Peter Robinson : Face à la nuit (2014). Un meurtre à l'arbalète, c’est pour le moins insolite. La victime est un officier de police médaillé, Bill Quinn, veuf d'une femme à laquelle on le disait fidèle et dévoué. Ce qui ne colle pas avec les photos compromettantes trouvées près de la scène du crime, montrant Quinn avec une mineure. Contrairement à Joanna Passero de l'Inspection Générale de la Police, l’inspecteur Banks ne croit pas à une affaire de corruption interne. La mort de Quinn peut être liée à une enquête menée six ans plus tôt, sur la disparition d'une jeune Anglaise en Estonie.

Jo Nesbø : Soleil de nuit (2016). Chargé de recouvrer les dettes pour le Pêcheur, le trafiquant de drogue le plus puissant d’Oslo, Jon Hansen succombe un jour à la tentation : l’argent proposé par un homme qu’il devait liquider lui permettrait de payer un traitement expérimental pour sa fille leucémique. En vain… Jon se réfugie dans un village isolé du Finnmark, où il croise la route de Lea et de son fils de dix ans, Knut. Une rédemption est-elle possible? Toutefois, on ne trahit pas impunément le Pêcheur.

Constellation d’étoiles dans la nuit du polar
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Livres et auteurs
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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 04:55

À Karachi, métropole économique du Pakistan, Sayyid Qais Ali Qureshi est un expert en assurances âgé de quarante-deux ans. Veuf, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour que sa fille Shereen, seize ans, poursuive des études supérieures. S’il s’estime bon musulman, il ne s’interdit ni l’alcool, ni d’occasionnels joints de drogue. Plaisirs qu’il partage souvent avec son vieil ami Zahid, chef de la police vivant avec une prostituée. L’activité de son cabinet d’expert tourne plutôt au ralenti. Si Qais est issu d’une ancienne famille honorable du pays, ça ne l’aide guère. Son concurrent Anthony Lobo est beaucoup plus puissant que lui dans ce domaine. Sonia, amie de cœur de Qais depuis leur jeunesse, est employée par Anthony. Entre Qais et elle, c’est une histoire d’attirance-répulsion qui le trouble encore.

Sonia lui propose une mission très lucrative. L’entrepôt d’un transporteur abritant un stock de cigarettes, destinées aux troupes américaines en Afghanistan, a été détruit. Il faut absolument que le bénéficiaire de l’assurance accepte l’indemnisation pour ce sinistre : Qais devra convaincre ce Malik Awan. S’il refuse jusqu’ici, c’est autant pour des raisons religieuses, que parce que son fils est décédé entre-temps. Le problème, c’est que l’affaire se passe à Jandola, aux confins du Warizistan. Ce territoire situé entre l’Afghanistan et le Pakistan est peuplé de talibans, pris en étau entre les attaques meurtrières des drones américains et l’armée pakistanaise qui contrôle l’accès à ce secteur. À la fois, la population combat au nom de l’Islam, mais subit une situation chaotique. D’autant que tous ne sont pas de mêmes traditions musulmanes. La mission de Qais s’annonce très dangereuse.

L’expert se rend en train de Karachi à Mianwali, où le policier Zahid le rejoindra peu après (car il a des origines dans cette région). Le transporteur Malik Awan confirme son refus de toucher le pactole de l’assurance, mais la veuve de son fils acceptera certainement. Qais s’adresse au colonel Aftab Gul, avec lequel il fit ses études, afin d’obtenir l’autorisation d’aller jusqu’à l’entrepôt détruit – au Warizistan proprement-dit. Si cet officier admet bien s’accorder avec les troupes américaines, il sait que leurs frappes ciblées font des victimes en nombre. Riaz, le contact de Sonia dans le secteur, n’est pas chaud pour aller sur place – l’avenir proche montrera à quel point il avait raison. Après une fête de mariage avec Zahid, entre alcool, joints et prostituées, Qais et Riaz vont néanmoins jusqu’à l’entrepôt.

L’expert y découvre les restes d’un missile, sûrement lancé par un drone américain. Ce qui indique que le transporteur n’est effectivement pas un fraudeur. Affaire close, puisque la veuve du fils Awan touchera une forte somme ? Hélas, lors d’une altercation, Zahid abat des militaires pakistanais, ce qui entraîne de mauvaises conséquences pour Qais. Sonia arrive à la rescousse, avec l’argent prévu, en billets. Dont une partie devrait calmer les proches des victimes de Zahid. Mais Qais et Riaz tombent finalement entre les mains des talibans. Ils sont séquestrés et maltraités, avant que Qais soit envoyé dans un village afghan, patientant plusieurs mois dans l’espoir qu’on verse une rançon pour lui…

S.Mausoof : Nuit sans lune au Waziristan (Éd.l’Aube noire, 2017)

Il n’y avait aucun poste de contrôle et on ne nous arrêta pas une seul fois. C’était une nuit sans lune mais le conducteur roulait tous phares éteints, appuyant sur l’accélérateur pour prendre de la vitesse lorsque c’était nécessaire. Assis sur une planche de bois, je m’agrippais à un arceau de sécurité pour ne pas tomber. Je n’essayais pas de parler à Riaz, qui se balançait lui aussi d’avant en arrière en se tenant à l’arceau. Nous attendions simplement que le trajet se termine, supportant la douleur et les secousses du véhicule en silence.
L’aube nous apporta un certain soulagement. L’homme aux roquettes découvrit son visage et se mit à fredonner […] Nos ravisseurs bondirent à terre puis nous demandèrent de descendre prudemment du véhicule. Ils se dépêchèrent de le couvrir ensuite d’une bâche de camouflage et déchargèrent des provisions. Deux hommes soulevèrent ensemble des sacs d’armes, tandis qu’un autre suspendait une bandoulière en cuir à son épaule afin de porter des bidons de carburant…

Dans l’esprit des occidentaux, la situation est probablement stabilisée en ce qui concerne l’Afghanistan et les contrées voisines. La guerre, c’est du passé. Une armée d’occupation suffit au maintien de l’ordre, les populations ayant retrouvé un semblant de vie ordinaire. Même relative, la paix régnerait donc. Pourtant, le Warizistan reste un foyer de conflits, et le Pakistan ne peut que confiner les talibans dans cette zone, sans rien résoudre. C’est dû en grande partie à la complexité de ce pays : le poids religieux y est très fort, mais chacun observe des pratiques selon ses convictions et ses traditions par rapport à l’Islam. Qui plus est, le mode de vie citadin de Karachi n’a rien de comparable avec les petites villes de l’intérieur. Et encore moins avec un territoire rural montagneux comme le Waziristan, avec ses références tribales auxquelles s’ajoute un djihadisme fondamentaliste islamique.

Il s’agit ici d’un roman d’action, d’aventure, avec ses interrogations et ses péripéties. Une intrigue sous le signe de la mort, où le héros se trouve confronté à de multiples dangers. Le personnage de Sayyid Qais, narrateur de ses tribulations, parvient à garder une distance quasi-philosophique face aux événements qu’il traverse. Un fatalisme oriental, peut-être. À coup sûr, ce n’est pas un cynique, il ne méprise personne. Mais, par exemple, comment faire comprendre au soldat adolescent Tariq que sa conception de la vie a été totalement faussée par la doctrine islamiste ? Et surtout, comment survivre dans de telles conditions, l’hostilité venant de tous bords ? Au-delà de la fiction, les réalités sociologiques pakistanaises nous étant méconnues, c’est évidemment le contexte dans cette partie du monde qui rend passionnante l’histoire. Un roman à découvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 04:55

Frédéric Peeters est âgé de vingt-huit ans. À Bruxelles, en ce mois de juin 2015, il dirige l’équipe internet du journal Le Soir. Si Fred est un gros fumeur, c’est surtout un casse-cou. Son kif, c’est l’adrénaline. Pour des paris, il roule à contresens sur le Ring (le périphérique de Bruxelles), fait des concours d’apnée, saute d’un immeuble à l’autre, franchit à ses risques et périls une voie de chemin de fer, s’envoie des décharges électriques. Il applique la devise de Nietzsche : “Pour retirer de l’existence la plus grande jouissance, le secret est de vivre dangereusement”. Son frère Greg était encore plus téméraire que lui, semble-t-il. Côté amours, c’est aussi spécial. Fred est l’amant de Camille, une libraire enjouée de trente-deux ans dont le mari travaille dans la finance. Leurs rencontres dans des hôtels se veulent toujours originales et excitantes. Mais cela peut-il durer éternellement ?

Par téléphone, un informateur fixe rendez-vous à Fred aux alentours de Bouillon, dans les Ardennes. Sur place, il découvre le cadavre de ce quinquagénaire et alerte la police. Ce Régis Bernier se serait suicidé. Fred contacte un expert en cadavres et en balistique, qui lui confirme que c’est possible, même si des détails clochent. Par contre, Bernier était déjà mort quand Fred a reçu cet appel. C’est pourquoi le Bruxellois assiste à ses obsèques, avant d’entamer un dialogue de sourds avec un policier qui maintient la version du suicide. Visitant la maison de Bernier, Fred y découvre un impressionnant arsenal d’armes caché à la cave. Le voisin lui apprend que le défunt avait dû beaucoup voyager. Fred sympathise avec Raf, le fils de Bernier, taxi de nuit. Ils ont pour point commun un rapport conflictuel avec leurs pères respectifs. Le défunt fut militaire, avant de se reconvertir dans le privé.

Difficile pour Fred d’obtenir des infos précises sur les mercenaires, et les organisations qui les engagent. D’autant qu’il doit agir à découvert. Ce qui pourrait entraîner des menaces, en cas d’agression à son propre domicile. Par ailleurs, Fred a des contrariétés du côté de Camille. Et l’hypothétique piste d’une Natasha, en Ukraine, est fort incertaine. Fred et Raf Bernier font la connaissance d’un couple huppé qui employa le défunt quand ils vivaient à Caracas. Il se produisit au Vénézuela un sérieux incident qui "humanisa" le père de Raf. Par la suite, plus question pour lui de participer à des actions armées meurtrières. Apparaît aussi un prénom, un certain Marc, ami de Régis Bernier. Fred ne doute pas que cet homme mystérieux soit l’inconnu qu’il a aperçu lors des obsèques. Hélas, si c’est un mercenaire, peu de chances de retrouver une trace à son sujet.

Avec l’accord de son rédacteur en chef espérant un scoop, Fred va chercher des réponses à l’Est de l’Europe. Même si leur contact Tadeusz connaît des vérités secrètes et présente à Fred deux interlocuteurs apportant de graves témoignages, rien ne dit que ce sera le reportage du siècle pour Le Soir. Fred serait tenté d’abandonner le sujet, mais il reste à définir le rôle de Régis Bernier, et celui de son énigmatique ami Marc…

Paul Colize : Zanzara (Fleuve Éditions, 2017)

Sauf rebondissements, plus personne n’en parlera demain, moi y compris. L’affaire sera enterrée comme le reste. La majorité du contenu du journal d’hier n’a plus de valeur aujourd’hui. Ne parlons pas d’avant-hier, de l’année dernière ou du siècle écoulé.
Ça m’arrange. Le passé ne m’intéresse pas. Seul le présent m’importe, même si le laps de temps qu’il symbolise est flou. Est-ce une journée ? Une heure ? Une minute ? Se limite-t-il à la durée d’un orgasme ou aux poussières de secondes qui séparent le dernier souffle de la vie de la morsure de la mort ?
J’arrête de gamberger et remonte avec mes gobelets de café…

Une des principales thématiques derrière l’intrigue, c’est le mercenariat. Mythe ou réalité, il se raconta longtemps que la Belgique était la principale plaque tournante en Europe pour les aventuriers prêts au baroud. Ex-légionnaires et autres anciens militaires de plusieurs pays trouvaient à s’engager via la région bruxelloise, disait-on. Ce livre suggère qu’il y a sûrement du vrai là-dedans. C’est un "secret de Polichinelle" de rappeler que ces mercenaires exercèrent leur compétence dans divers pays d’Afrique, puis lors des conflits en ex-Yougoslavie et en Irak. Dans notre monde en ébullition, agité de guerres plus ou moins larvées, il serait surprenant que ces baroudeurs ne soient pas employés à des tâches très peu médiatisées. Voire impliqués dans certains trafics, armes ou drogue, qui ne sont pas sans lien avec ces situations belliqueuses.

Si Paul Colize écrit depuis le début des années 2000, c’est surtout à partir de 2012 que les lecteurs ont retenu son nom. Car ses romans “Back-up”, “Un long moment de silence” et “Concerto pour quatre mains” ont été récompensés par de nombreux et prestigieux prix littéraires. Des distinctions amplement méritées, car cet auteur possède une tonalité toute personnelle. Les contextes sont choisis et documentés, l’action étant au rendez-vous. Il le démontre une fois encore avec ce “Zanzara”. Au centre de l’histoire, un héros-narrateur "geek" prêt à toutes les audaces pour mettre du panache dans sa vie. Pas un prétentieux, c’est plutôt une tendance jusqu’au-boutiste qui l’anime. Ne rien s’interdire. Mener une enquête (journalistique) ne doit pas ralentir son existence "speed". Ce qui apporte un rythme certain à ce très bon polar d’aventure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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30 mars 2017 4 30 /03 /mars /2017 04:55

Au Gabon, Jean-Marc Ossavou est un policier âgé de trente-huit ans. Il a pour compagne Marie, infirmière à l’hôpital général de Libreville. Celle-ci élève son propre fils de dix ans, Hugo, collégien intelligent mais un peu turbulent. C’est à cause d’un épisode dramatique de son enfance que Jean-Marc est entré dans la police. Sa mère et sa sœur ont été tuées par un chauffard, personnage haut-placé. Sans doute est-il trop tard pour se venger de lui, même si Jean-Marc en rêve souvent. Il a débuté à la PJ, mais la corruption y régnant l’a vite dégoûté. Il a préféré un poste à la Sûreté urbaine de Libreville. Il connaît bien cette vaste agglomération, c’est "sa ville". La brigade dirigée par Jean-Marc lui est fidèle. Il peut en particulier avoir confiance en son adjoint et ami, Roger Massambat.

Jean-Marc est féroce envers les malfaisants qui s’attaquent aux femmes. Probablement est-ce lié à son histoire personnelle. Une nuit, il fait une étrange rencontre. C’est ainsi qu’il est mis au courant du cas de la fantomatique Svetlana. Employée du casino La Roulette, elle a été assassinée voilà plus de deux ans, une nuit où elle rentrait chez elle. L’affaire n’a jamais trouvé son dénouement. C’est comme si son esprit réclamait justice, raison pour laquelle Svetlana s’adresse à Jean-Marc. Le policier se renseigne auprès de Georgette, la mère de la victime, qui vit quasiment recluse depuis le meurtre. Heureusement que Paul et son épouse, les voisins de Georgette, se montrent serviables. Ils n’ont guère de détails sur les circonstances précises de la mort de Svetlana.

Si Gaétan, l’ancien compagnon de la jeune femme, était très jaloux, on ne peut vraiment le soupçonner. Malgré les rivalités entre services, le mieux est de prendre contact avec les gendarmes qui menèrent l’enquête à l’époque. Le lieutenant Boukinda n’est pas hostile envers Jean-Marc et Roger. Avec son adjoint, ils entreprirent des investigations sérieuses. Leurs rapports documentés en témoignent. Grâce à Marie, Jean-Marc approche la légiste Germaine Ossaga, qui confirme qu’il y eût strangulation, mais pas de viol. Le criminel était-il simplement un automobiliste pervers ayant voulu profiter de la jeune femme ? Ou peut-être un chauffeur de taxi de la capitale gabonaise ? Jean-Marc en connaît un, ayant des antécédents qui ne plaident pas en sa faveur.

C’est peut-être du côté du casino employant alors Svetlana, que Jean-Marc et Roger ont une piste à creuser. Héritiers d’une trouble tradition d’expatriés Corses, les responsables de La Roulette ne leur faciliteront pas la tâche. Dangereux pour la serveuse Liliane, qui fut une amie de Svetlana, de témoigner sur les faits. Jean-Marc a tenu sa hiérarchie à l’écart de son enquête, ce qui risque d’avoir des conséquences néfastes. Toutefois, le policier sait où trouver des alliés qui l’aideront à boucler cette affaire…

Janis Otsiemi : Tu ne perds rien pour attendre (Sang Neuf, 2017)

Les premières conclusions les avaient conduits à penser que la jeune femme était morte par strangulation. Les traces blanches autour de son cou en faisaient foi, selon les gendarmes. La robe relevée de la victime laissait supposer que celle-ci avait sûrement été violée, mais ils ne pouvaient pas l’affirmer avec certitude car ils n’en avaient pas la preuve.
Jean-Marc ferma les yeux et imagina Svetlana, à la place du mort, dans la voiture d’un inconnu garée non loin de l’entrée de Michel Marine. Il l’imagina se débattant de toutes ses forces pour sa survie, griffant son agresseur pour qu’il relâche son étreinte autour de son cou. Quand les images furent nettes dans son esprit, il s’ébroua comme un clébard. Il constata que des larmes avaient coulé de ses yeux. Il les essuya et reprit la lecture du rapport préliminaire d’enquête.
Concentre-toi sur les faits…

Les Africains francophones auteurs de polars ne sont pas légion, on le regrette vivement. Car, sans mauvais jeu de mot, le roman noir comportant une large part de sociologie, il y aurait matière à témoignage sur certains pays dans cette région du monde. Non pas d’une façon didactique, mais en décrivant par petites touches le quotidien des populations. Ce que fait Janis Otsiemi au fil de ses intrigues. Évoquer l’oligarchie dirigeant le Gabon, se souvenir que certains y firent fortune depuis certaines époques de la France-Afrique, ne pas se voiler la face sur la corruption du simple agent de police jusqu’aux inspecteurs, oui. Mais montrer également ce qui fonctionne : la solidarité entre personnes modestes, la volonté de réprimer en toute justice, et les aspects attrayants d’une métropole animée et moderne telle que Libreville. Ce contexte contribue beaucoup au charme de l’histoire.

Les romans de Janis Otsiemi, initialement publiés aux Éd.Jigal, sont désormais disponibles en rééditions chez Pocket. Il suffisait de lire, voilà bientôt dix ans, les premiers titres de cet auteur pour comprendre que son assiduité d’écriture et son réel talent de narrateur ne seraient pas vains. Le langage et ses expressions colorées ont participé à ce succès. Mais c’est avant tout, le "vivant" qui est marquant dans ces récits racontés avec fluidité. Entre pratiques para-religieuses et trafics masqués par des façades honorables, on se sent au cœur des réalités gabonaises, en effet. Si le tempo est ici moins effréné que dans de précédents livres de l’auteur, cela tient au caractère même du héros. Ce qui n’entame en rien sa "têtutesse", son opiniâtreté.

Soulignons que “Tu ne perds rien pour attendre” est le premier titre de "Sang Neuf", une nouvelle collection publiée chez Plon. On ne peut que saluer cette excellente initiative (de Marc Fernandez), et le choix de Janis Otsiemi pour l’inaugurer. Si l’on aime les grands noms du polar, les valeurs sûres du roman noir, il est essentiel que les talents actuels soient tout autant valorisés.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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