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27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 05:55

D'origine franco-catalane, âgée de trente-sept ans, Alexis Castells habite Londres. Elle est auteure de livres sur les tueurs en série. Son amie Linnéa Blix est créatrice de bijoux pour Cartier. La soirée de gala qui s'annonce doit être sa consécration. Mais Linnéa est absente, elle n'est pas rentrée de son pays natal, la Suède. Peter Templeton, le fiancé de la jeune femme, et Alba, amie d'Alexis, s'inquiètent à juste titre. Ils prennent au plus tôt l'avion pour Falkenberg, la ville suédoise où Linnéa possède une maison. Elle y séjournait pour s'isoler, pour créer. Le policier Lennart Bergström est porteur d'une tragique nouvelle : le cadavre de Linnéa Blix a été retrouvé, martyrisé. “Ses yeux avaient été arrachés. Sa gorge avait été tranchée verticalement du menton à la fourchette sternale et la peau du cou bâillait comme une veste déboutonnée. La trachée avait été sectionnée.”

Profileuse anglaise d'origine canadienne, Emily Roy est envoyée par son supérieur Jack Pearce en renfort pour la police suédoise. C'est une professionnelle au caractère abrupt, mais dont les analyses sont généralement justes. Si Alba et Peter retournent à Londres, Alexis Castells préfère rester un peu à Falkenberg. Emily Roy et elle se connaissent, même si chacune garde une distance avec l'autre. Le cas de Stellan Eklund, ami de jeunesse et actuel voisin de Linnéa, n'a pas échappé aux deux femmes. C'est un ancien policier, qui a vécu des moments dramatiques. Sa sœur Lenna est l'épouse du commissaire Bergström. Il n'était pas l'amant de la victime. Dans la même ville, on trouve aussi Karl Svensson, ex-mari de Linnéa. C'est un sculpteur coté, un snob qui a une réputation de fêtard, amateur de mineures. Ayant rompu tout lien avec Linnéa, il apparaît peu suspect.

En 1944, Erich Ebner est prisonnier à Buchenwald. C'est un étudiant en médecine anti-nazi. Cet été-là, il va être affecté au crématoire du camp de concentration. Si le Block 50 est sinistre, c'est surtout le Block 46 qui effraie les prisonniers “C'est l'antichambre de la mort… Ceux qui y entrent n'en ressortent pas.” Erich a sympathisé avec des étudiants scandinaves, car il projette de s'installer plus tard en Suède. Il est bientôt assigné au Block 46, où son expérience médicale peut servir aux expériences du Doktor Fleischer. Au début 1945, Erich a gagné la confiance du médecin nazi. La libération de Buchenwald va se produire plusieurs semaines plus tard, en avril. Si Erich Ebner parvient à quitter son pays, quelle vie pourra-t-il ensuite mener en Suède ?

À Londres, deux crimes avec des mutilations similaires ont été commis depuis quelques semaines. Ce qui explique qu'Emily Roy ait été missionnée chez les Suédois. Les victimes en étaient des enfants entre six et huit ans, Andy et Cole. Après la mort de Linnéa, un troisième gamin s'ajoute à la liste. Logan Manfield, sept ans, était le fils d'une célibataire prostituée. Dans l'ombre, le kidnappeur étudie ses victimes avant de les maltraiter. Emily Roy s'interroge sur le modus operandi, et sur l'éventualité qu'il y ait deux assassins, l'un copiant l'autre. Elle est de retour en Grande-Bretagne, de même qu'Alexis Castells. Pourtant, il est probable qu'elles devront repartir à Falkenberg. Malgré sa folie meurtrière, Adam le tueur est prudent. Il peut être surtout cruel, Emily en fera l'expérience…

Johana Gustawsson : Block 46 (Éd.Bragelonne Thrillers, 2015)

L'histoire racontée par Johana Gustawsson trouve sa source dans celle du camp de concentration de Buchenwald. Il n'est jamais inutile de raviver la mémoire, de rappeler les monstruosités engendrées par les dictatures. Dans la population actuelle, les “héritiers” de ces idéaux nazis et fascistes ont d'ailleurs tendance à se montrer assez décomplexés. Le parcours d'Erich Ebner au sein du camp s'inspire de la réalité, sur la base d'une solide documentation.

Toutefois, c'est sur une série de crimes commis soixante-dix ans plus tard, qu'il s'agit ici d'enquêter. Deux femmes s'en chargent, Emily Roy et Alexis Castells, à la fois complémentaires et de caractères divergents. La seconde reste en contact par téléphone avec sa mère, qui s'inquiète beaucoup pour elle. Tandis qu'Emily apparaît plus "fonceuse" et carrée dans ses investigations, mais pas exempte de sentiments.

C'est un thriller dans la bonne moyenne du genre qu'a concocté Johana Gustawsson. Les meurtres avec mutilations et le contexte du camp de concentration apportent leur dose d'horreur. La tonalité du récit aurait pu être bien plus percutante, il faut l'avouer. Comme si les lecteurs étaient priés d'observer mais de "rester en retrait". La construction scénique par courts chapitres n'encourage pas à fouiller la psychologie des protagonistes : il faut attendre que l'auteure nous en dise plus, ce qu'elle fait évidemment. Néanmoins, même s'il n'est pas exagérément trépidant, il s'agit d'un suspense de niveau satisfaisant, d'un polar apte à séduire bon nombre de lectrices et lecteurs.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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26 octobre 2015 1 26 /10 /octobre /2015 05:55

Léo Tanguy est un journaliste qui depuis plusieurs années anime un site Internet d'infos. Il sillonne la Bretagne dans le vieux Combi ayant appartenu à ses parents. Il séjourne çà et là, au gré de ses investigations. Cette fois, c'est dans le Mené qu'il se pose quelques jours. Il s'agit d'une région rurale et vallonnée des Côtes d'Armor. Hélène, une amie depuis leur adolescence, a fait appel à Léo. Son père Philippe et sa mère Marie ont péri dans l'incendie de leur longère rénovée, son oncle Jean ayant disparu de chez lui environ un an avant. Sa famille avait reçu des lettres de menaces, détruites dans le sinistre. Philippe était militant, prônant un mode de vie respectueux de l'environnement, des sites et des populations les plus faibles. Pour lui, le progrès au service de l'humain valait mieux qu'un passé fantasmé, porte ouverte au populisme et à l'extrémisme. Il n'était donc pas apprécié de tous.

Dom, un ami d'Hélène, accompagne Léo à l'inauguration d'une usine de méthanisation. Il lui présente des figures locales, Lebret et Le Saout. Partisans de l'agriculture intensive, ils semblent sincères quant au recyclage des déchets de leur industrie, visant à produire du gaz propre. Pourtant, Hélène conseille à Léo de se méfier : “Le Saout, c'est un type plein de rancœur, un jaloux”. Le journaliste se renseigne auprès de sa copine Suzie. En effet, ce provocateur de Le Saout fait partie de “Vraie Croix”, groupuscule de catholiques intégristes menant des actions violentes, homophobes et anti-avortement. Autre sujet sensible dans la contrée autour de Collinée, les ouvriers maliens. Certains comme Hassane ont travaillé ici depuis quarante ans, dans des boulots pénibles, et y ont vécu en famille. Mais ils se sentent davantage mis à l'écart, la propagande intolérante faisant son œuvre.

Lors d'une réunion associative sur ces questions, un commando cagoulé de fachos frappe durement le public. Pas sûr que la gendarmerie fasse beaucoup d'effort pour retrouver les agresseurs. La famille Kerbussot, c'est probablement une piste à suivre pour Léo. Ils sont imprimeurs-libraires à Loudéac, ville située à quelques kilomètres de là. Ils affichent des opinions aussi décomplexées que haineuses. Léo ne doute pas qu'un des Kerbussot, ex-mercenaire, ait fait partie des cogneurs cagoulés. Rentrant à la nuit dans son Combi si repérable, Léo est pourchassé par un 4x4 noir. Peut-être celui qui rôde dans le coin depuis un certain temps, mais ces engins puissants ne sont pas rares.

Tandis que Léo et Hélène cherchent si l'origine des faits actuels peut avoir un quelconque lien avec un lointain passé, la maison d'Hélène est vandalisée. Désespérant, mais il y a beaucoup plus grave : un jeune couple est violemment attaqué par le trio du 4x4. Cette fois, bien au-delà d'un simple "dérapage", il s'agit de meurtre. Ça devrait inciter les fachos à se calmer. Non, Léo continuant sa propre enquête, il est confronté à un motard casqué brutal. Peu après, le journaliste a de raisons de s'inquiéter quand Hélène disparaît. Il sait où aller la rechercher. Dans sa folie de "nettoyage", le motard casqué est plus dangereux que jamais…

Denis Flageul : Mal Mené (Éd.La Gidouille, 2015) – Léo Tanguy

Denis Flageul fut un des quatre auteurs (avec Sylvie Rouch, J.L.Bocquet et G.Alle) qui initièrent en 2008 cette série de romans ayant pour héros le cyber-journaliste Léo Tanguy. À l'instar de Gabriel Lecouvreur, de la célèbre série Le Poulpe, chaque roman est écrit par un auteur différent. Les créateurs du personnage ne s'interdisant pas d'y revenir, bien sûr. D'abord publiées chez Coop Breizh, les enquêtes de Léo Tanguy paraissent désormais aux Éditions La Gidouille. Soulignons qu'il s'agit toujours de romans inédits. Après Yvon Coquil, Michel Dréan et Hervé Sard, Denis Flageul revient nous raconter de nouvelles tribulations du grand rouquin, silhouette qui ne passe pas inaperçue dans son vieux Combi.

Dans sa vie privée, Léo Tanguy est un romantique, non dénué de séduction auprès des femmes. Pour ses investigations, il aborde chaque nouvelle affaire sans préjugés. Léo a davantage de sympathie pour ceux qui ont l'esprit ouvert et respectueux, qui pensent à l'humain plutôt qu'au profit maximum, que pour les gens bornés défendant égoïstement leur intérêt. Ces malfaisants-là, l'auteur nous en présente quelques-uns de bien gratinés. Manière de rappeler qu'entre le discours formaté anti-tout de certains extrémistes, et leur passage à l'acte criminel, le pas peut être vite franchi. Les discours populistes vindicatifs et les idéaux réacs ne sont pas seulement malsains, ils fabriquent aussi de la violence. Il y en a dans cette affaire, située dans la belle campagne costarmoricaine. Péripéties et suspense sont au programme de ce très bon polar.

Du même auteur : "Un fils à papa chez les zonards" (Coop Breizh, 2008)

C’est dans la paisible cité briochine que Léo Tanguy est appelé à mener l’enquête. Plus précisément au port du Légué, longtemps boudé par les habitants de Saint-Brieuc, désormais réhabilité. Jean-Claude Lebec, petit-bourgeois intolérant, n’a jamais cru à la version accidentelle de la mort de son frère Gérard. Selon lui, il ne fréquentait pas les marginaux de La Fabrique, lieu culturel alternatif, aujourd’hui détruit pour les besoins du nouveau port. Il ne se droguait pas comme ce "ramassis d’épaves", squattant ce bâtiment, troublant la quiétude de la population. Autant que la mort de Gérard Lebec, c’est l’histoire de La Fabrique qui intéresse justement Léo Tanguy. Il accepte de tirer ça au clair.

Avant ça, il y eut un autre décès suspect, celui d’un nommé Kevin. Léo n’ignore pas qu’un port reste un endroit dangereux, surtout si on n’a pas les idées claires. Serveuse au bar La Descente, Kelly fut la petite amie de Gérard Lebec. Elle admet qu’il avait un côté mystérieux. Les deux types qui surveillent Jean-Claude Lebec agressent Léo, en guise d’avertissement. Consultant des documents sur La Fabrique, Léo note un paradoxe. Il s’agissait d’une expérience en concertation avec la municipalité. Alors, pourquoi avoir soudain expulsé les squatteurs tolérés, avant de tout raser ?

Saint-Briac, qui fut le patron de Lebec, reconnaît que celui-ci avait changé. Sans doute l’épouse dépressive de Saint-Briac aurait-elle des choses à apprendre au cyber-journaliste. Rico et sa copine Gilou, ex-punks reconvertis dans l’agriculture bio, ne cachent pas leur hostilité envers Léo. Si ces deux-là en savent davantage, le silence ne portera pas chance à Rico. Ni à Gilou : percutée par les deux types, elle est hospitalisée grâce à Léo, gravement blessée. Elle s’en sortira. Le duo de tueur s'avère toujours plus menaçant. Mais ce sont les commanditaires qui intéressent Léo…

Denis Flageul s’inspira d’une situation bien réelle, puisque le port du Légué à Saint-Brieuc fut vidé de sa population marginale avant rénovation. Les initiatives culturelles sont rarement vues d’un bon œil dans des villes où règne un certain conformisme. Une sorte de phalanstère punk, ça fait désordre. Pot de terre de la liberté artistique contre pot de fer des intérêts supérieurs, éternels enjeux financiers. Exactement le genre d’affaire susceptible de taquiner l’intellect du journaliste Léo Tanguy. Flânant entre bistrots et port, surveillé dans l’ombre, il poursuit sa quête de vérité. Une narration alerte et une bonne intrigue, un polar de belle qualité à redécouvrir.

Denis Flageul : Mal Mené (Éd.La Gidouille, 2015) – Léo Tanguy
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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25 octobre 2015 7 25 /10 /octobre /2015 05:55
Michel Gourdon : Les "Espionnage" du Fleuve Noir, un livre-hommage

Michel Gourdon (1925-2011) fut le principal illustrateur des couvertures aux éditions Fleuve Noir jusqu'en 1978. Il reste une grande référence pour les amateurs de polar. Une conférence sur Michel Gourdon et une exposition de gouaches originales ont fait partie des animations du festival Polar Cognac 2015, c'est dire qu'il est encore et toujours d'actualité. L'Association des Amis de Michel Gourdon continue à perpétuer sa mémoire et son œuvre.

Elle vient de publier en édition limitée à 300 exemplaires numérotés "Les ESPIONNAGE de Michel Gourdon", ouvrage de 240 pages consacré aux illustrations de Gourdon pour la collection Espionnage du Fleuve Noir entre 1950 et 1978. Plus de 1400 romans de cette collection ont bénéficié de couvertures signées M.Gourdon. Pour rendre compte de cette mosaïque, le livre présente, parmi plus de 680 illustrations, des couvertures introuvables et des reproductions de gouaches originales qui rendent perceptibles jusqu’au tracé du pinceau, le talent de Gourdon.

Album quadri - Dos cousu collé - Format 210 x 297 mm - 240 pages - Impression offset sur papier couché 150 gr. - Couverture cartonnée. 300 exemplaires numérotés. Comment commander le livre ? Par courrier : Prix 30€ + frais de port 6€, soit un chèque de 36 € à libeller à l'ordre de "Association des Amis de Michel Gourdon" et adresser à :

Association des Amis de Michel Gourdon - 2 rue Rousselle - 92800 PUTEAUX

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24 octobre 2015 6 24 /10 /octobre /2015 04:55

À Londres, le policier Max Wolfe élève seul sa fille de cinq ans, Scout. Ils habitent un vaste loft. Avec le turbulent jeune chien Stan, un cavalier king-charles, Wolfe tente de composer une sorte de famille à trois. Membre d'une unité anti-terroriste, il a été récompensé par la Queen's Police Medal pour une action spectaculaire. En ce mois d'octobre 2008, Max Wolfe a intégré la brigade des homicides de West End Central, au 27 Saville Row. Son supérieur Mallory et l'équipe d'enquêteurs l'adoptent sans problème. Ce n'est pas le cas d'Elizabeth Swire, la surintendante principale, qui lui garde rancune. Mallory et Wolfe sont chargés du meurtre d'Hugo Buck, banquier âgé de trente-cinq ans, qui vient d'être égorgé dans son bureau au petit matin. Un crime de professionnel, sans témoin. Il serait trop facile d'accuser l'épouse de la victime, Natasha Buck, malgré une récente et sérieuse dispute.

C'est dans une ruelle qu'est découvert un SDF égorgé de la même façon que le banquier. Une deuxième inscription "porc" figure près du lieu du crime, comme pour le premier cas. Il s'agissait d'un junkie, mais possédant un hautbois, ce qui suppose une origine sociale aisée. En effet, Adam Jones fut vingt ans plus tôt un condisciple de Hugo Buck à Potter's Field, un collège privé traditionnel. La mère d'Adam Jones admet qu'il existait une part d'obscurité chez son fils. Wolfe remarque la même photo de groupe que chez le banquier. Ainsi qu'un tableau signé JS, comme chez Hugo Buck. Le policier saura bientôt que ce sont des œuvres de James Sutcliffe, un des sept jeunes sur la photo de groupe. Mal dans sa peau, le jeune peintre s'est suicidé a dix-huit ans lors de vacances en Italie.

Il reste quatre hommes vivants parmi ceux qui figuraient sur la photo de groupe de Potter's Field : Guy Philips, l'homme d'affaire Salman Khan, le militaire Ned King et son jumeau, le politicien Ben King. Les policiers les ont vus aux obsèques de Hugo Bock, avant de leur rendre visite à chacun. Pour Wolfe, “Cette petite bande tournait autour des frères King. Avec Ben en chef de meute. Guy Philips était leur pitbull, Salman Khan leur caniche. Hugo Buck était leur étalon, leur athlète. Quant à Adam Jones, il suivait juste le mouvement… Sutcliffe était le seul vrai rupin. Le seul parmi eux dont la fortune familiale remontait à plusieurs génération. Il était leur héros.” Alors que les policiers se rendent à Potter's Field, l'assassin s'attaque tout près de là à Guy Philips. Gravement touché, il est hospitalisé mais il y a peu de chances qu'il survive au début d'égorgement.

Max Wolfe a frôlé la mort à cette occasion. Sur Internet, circule une vidéo le montrant en fâcheuse posture. Sans doute a-t-elle été postée par “Bob le Boucher”. C'est cet inconnu que l'on soupçonne depuis le début d'être le tueur en série. Wolfe et Mallory ne croient pas en cette hypothèse. Puisque c'est celle de la surintendante Elizabeth Swire, elle va essayer de le provoquer par voie de presse, grâce à une alliée journaliste. Max Wolfe préfère une autre piste, la galerie de tableaux Nereus Fine Art. Si ça le fait progresser d'un grand pas, révélant une sale histoire vieille de vingt ans, le tueur va causer d'autres victimes, dans les rangs de la police, et chez les rescapés du groupe de Potter's Field…

Tony Parsons : Des garçons bien élevés (Éd.de la Martinière, 2015)

Si c'est effectivement un roman d'enquête, les investigations n'ont rien de balisées ni de simplistes dans cette affaire. Certes, le lecteur a un avantage : on nous décrit dès le début la cause de la série de meurtres sanglants. On comprend quelle est la culpabilité des sept anciens étudiants. La vengeance, le plus classique des mobiles pour un assassin. L'intrigue s'avère astucieusement construite, nous laissant découvrir d'autres éléments, essaimant les indices.

Parmi ceux-ci, “The murder bag” du titre anglais d'origine : il s'agit de la toute première version d'une mallette de scène de crime, la "Valise de Gladstone" conçue en 1925. Les policiers exploreront ainsi le Black Museum de la police britannique, cherchant en particulier quel type de poignard très léger est utilisé par le tueur. Il est aussi question d'un œil de verre, conséquence de la scène datant de deux décennies plus tôt.

Le métier de policier n'empêche nullement d'avoir une vie privée. Trouver le bon équilibre lorsqu'on élève sans mère une enfant en bas âge, pas facile. Surtout quand on souffre d'insomnies chroniques, quand il faut s'occuper d'un chiot, et que respecter les horaires de la gamine est parfois compliqué. Passer du statut de héros anti-terroriste à flic ridiculisé dans une vidéo, il faut également assumer.

Le policier Max Wolfe n'est pas un personnage monolithique, c'est un pro chevronné doté d'une bonne dose de sensibilité. Mallory et son épouse l'ont bien compris, et les lecteurs en tiennent compte aussi. Max Wolfe s'expose au danger, tout en captant autant que possible la psychologie de celles et ceux qu'il interroge. Si “Bob le Boucher” n'est pas que le pseudo d'un pervers virtuel, Wolfe progresse vers une vérité moins flagrante. Un suspense dans la meilleure des traditions, un roman de qualité pour amateurs de polars efficaces et inspirés.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 07:00

Le commissaire Léon est le plus singulier des enquêteurs de la PJ. Montmartrois de cœur, ce quadragénaire a ses habitudes au Colibri, un bistrot typique du quartier. Il habite avec sa mère Ginette, une Belge fière de ses origines. Même au bureau, il ne peut se passer de son chien Babelutte (c'est le nom d'une friandise, en Belgique). Si le commissaire Léon tricote, en cachette de ses subalternes, c'est pour ne pas fumer. En outre, ça lui permet de réfléchir posément. Entre son exubérante secrétaire Nina Tchitchi et ses inspecteurs, il a besoin de ces moments de répit. Si Babelutte disparaît, le temps d'une aventure sans lendemain avec le chien du voisin, il préférera bientôt le confort auprès de son maître.

Catherine Grangier, Héléna Danvers et Maura Servier sont trois amies des quartiers chics de Paris. Le père de Catherine n'est autre que le maire de Neuilly, Charles Grangier. La jeune femme est obsédée depuis quelques temps par son viril amant, Gilles. Son père se doute bien que ce gugusse doit avoir un casier judiciaire. Héléna Danvers vit avec sa fille de quatorze ans Carole et sa mère Clara. Cette dernière n'est pas exactement la sage vieille dame qu'imagine Héléna. Elle s'en apercevra sur le tard. Maura, épouse de Pierre Servier, a un fils de sept ans, Louis (Loulou). Elle aimerait bien renouer avec François, son amour d'antan sur lequel elle fantasme. Pierre, lui, va souvent chez les putes.

La rousse Maura picole beaucoup depuis quelques temps, siphonnant des litres de vodka. C'est que, trois mois plus tôt, elle a causé un accident de voiture mortel, en présence de ses amies Catherine et Héléna. Une gamine de sept ans, Lily, en a été la victime. Elles ont averti la police, mais elles ont préféré fuir le lieu de l'accident. Depuis, elles ont évité de se recontacter, et aucune des trois n'a parlé à quiconque de leur mésaventure. À vrai dire, Catherine n'a pas pu s'empêcher de raconter ça à son amant Gilles. Ce qui pourrait donner des idées malsaines à un type comme lui. De son côté, le petit Loulou a également trouvé un indice concernant cette affaire. Ce qui risque d'avoir des conséquences meurtrières.

François a fixé un rendez-vous nocturne à Maura, qui en est tout excitée. Il s'agit d'un piège pervers, destiné à l'humilier et à faire chanter son mari Pierre. Celui-ci paie la rançon exigée, et engage le détective Mario Vandensick afin de récupérer son fric. Pas sûr que l'enquêteur soit à la hauteur. Pierre découvre les dessous de l'affaire, le dramatique accident qui fut causé par son épouse Maura. Ce qui ne le retient pas de retourner voir les putes. D'autant qu'une certaine China est plus experte que la moyenne de ces pros du sexe. Quand Loulou découvre les maquettes secrètes de son père Pierre, il aurait matière à s'interroger. Mais le petit garçon va être bientôt kidnappé, et séquestré au côté d'un rat.

Quand le maire Charles Grangier est abattu, le commissaire Léon s'intéresse de plus près à ce cercle d'amis. Le douteux Gilles n'a pas le profil d'un tueur, mais sait-on jamais ? Ça sent la vengeance, ce genre de crimes. D'autant que la disparition de Loulou est signalée, et que la victime suivante n'est autre que Clara Danvers, la mère d'Héléna. La série est loin d'être terminée. Le commissaire Léon réalise que dans tous ces cas, il y a des traces de coquelicots autour des victimes. Ce qui n'est pas sans rappeler la mort de la petite Lily, dont le policier n'a que vaguement entendu parler jusqu'alors. Il essaiera d'intervenir afin de sauver ceux qui n'ont pas encore été atteints par cette suite criminelle…

Nadine Monfils : La nuit des coquelicots (Pocket, 2015)

Voilà un résumé pouvant apparaître un peu sérieux, alors qu'on connaît bien la fantaisie dont Nadine Monfils est coutumière. Qu'on se rassure, les enquêtes du commissaire Léon "n'engendrent pas la mélancolie". Entre un inspecteur maladroit, un curé commettant de curieux vols, la mère du policier avec son franc-parler, quelques habitués du Colibri (et de Montmartre) ainsi que bien d'autres personnages, on s'amuse beaucoup. L'auteure se plaît à épicer le récit grâce à des scènes érotiques, explicites et bienvenues car correspondant à l'état d'esprit des héroïnes dans ces moments excitants.

S'il s'agit effectivement de comédie policière, la base de l'intrigue reste malgré tout d'une vraie noirceur. La mort, fut-elle accidentelle, d'une enfant reste un véritable drame. C'est ce qui séduit dans ce roman : sombre vengeance, d'une part ; situations drôlatiques voire proches de l'absurde, de l'autre. Au fil d'une histoire composée de courts chapitres, Nadine Monfils nous raconte tout cela avec une très belle souplesse narrative. C'est ainsi que les lectrices et les lecteurs se sentent complices, entraînés par le récit. “Madame Édouard” et “La nuit des coquelicots”, les deux premiers tomes de la série, sont disponibles en format poche.

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20 octobre 2015 2 20 /10 /octobre /2015 04:55

En 1791, la Révolution Française est loin d'être achevée. Le Roi étant toujours à la tête du pays, beaucoup pensent que la future Constitution créera un régime hybride, une royauté parlementaire où aristocrates et clergé auront moins de privilèges, où le peuple sera plus libre. Pourtant, entre le club des Cordeliers soutenant Danton, et celui des Jacobins plus à l'écoute de Robespierre, les espoirs d'une France nouvelle sont fragilisés. Dans son journal "L'Ami du Peuple", Marat prévient que la noblesse royaliste pourrait prendre sa revanche. En s'organisant de l'extérieur du pays, ou même de l'intérieur, car le Duc d'Orléans reste puissant, disposant de réseaux influents. Si La Fayette tient la Garde Nationale, l'agitation ponctuelle manipulée par les uns et les autres peut obliger à rompre l'actuel statu-quo.

Victor Brunel de Saulon, chevalier d'Hauteville, est âgé de dix-neuf ans. Originaire de la région de Tonnerre, en Bourgogne, il s'est éloigné de son père, le marquis de Saulon. À Paris, il s'appelle Victor Dauterive. S'il aime le dessin et la peinture, c'est dans la nouvelle Gendarmerie Nationale – qui succède à la Maréchaussée – que le jeune Victor est sous-lieutenant, désormais. Il est proche de La Fayette, son mentor. Ce dernier est obsédé par Marat. Sur le conseil d'Antoine Talon, ancien lieutenant-civil aux fonctions imprécises, La Fayette donne mission à Victor d'arrêter Marat. Sans uniforme, le sous-lieutenant se mêle à la population parisienne. Sympathisant avec l'artisan Duplay, il réalise que le peuple n'est pas insensible aux discours de Danton et de Robespierre, et fait plutôt confiance à Marat.

Repéré ou trahi, Victor est malmené par quelques admirateurs de "L'Ami du Peuple". Il n'a guère de temps pour s'occuper d'une série de petits vols commis dans son immeuble. Il finira néanmoins par remarquer la discrète jeune voleuse. De retour sur le terrain, Victor suit la piste du commissaire-élu Charpier, au service du Duc d'Orléans, membre du cercle des Vainqueurs de la Bastille. Nul doute que Stanislas Bourdon, Charpier et leurs amis, loin d'être des héros, ont des méfaits à cacher. À l'occasion d'une mésaventure, Victor retrouve un vieil ami de Tonnerre, le brigadier Vassel, sur qui il peut compter par la suite. Victor réussira à procéder à l'arrestation de Marat, mais il prend conscience de la sincérité de celui-ci et le laisse libre. Une faute que La Fayette ne peut laisser sans sanction.

C'est à Puteaux que le brigadier sexagénaire Picot recense un premier cadavre sorti de la Seine, à la tête coupée. Avec son ami chirurgien-barbier Bouvreuil, ils examineront deux autres morts similaires. Des cas qui ne semble guère intéresser le juge de paix Peretat. Le brigadier Picot s'étant trop approché des coupables, il est supprimé. Bouvreuil ne renonce pas, lui. D'autant qu'un des morts est identifié, c'est le mari de Mme de La Chesnaye. De son côté, Victor apprend qu'un de ses contacts, De Gastine, qui l'avait initié aux arcanes du pouvoir, a été assassiné. Un meurtre politique ? En ces temps révolutionnaires, il existe aussi des enjeux financiers. S'agissant de sommes conséquentes, il est plus facile de tuer les créanciers que de rembourser. À trop approcher des sphères haut-placées, Victor et ses amis risquent leur vie, aussi devront-ils fuir puis opérer dans l'ombre…

Jean-Christophe Portes : L'affaire des Corps sans Tête (Éd.City, 2015)

Un polar historique se doit de développer en priorité une intrigue criminelle. Cette période trouble, riche en complots et manipulations, de l'Histoire de France en offre la possibilité. Ce que l'auteur utilise avec une belle habileté. Le pouvoir royal vit ses derniers moments, à moins d'un ultime sursaut. Chez les ténors de la Révolution, la zizanie règne en maître. Sentant venir l'échec, seul Marat comprend que s'annoncent des épisodes sanglants. Le pouvoir central étant faible, bon nombre de ceux qui ont des fonctions officielles vont en abuser, jouer sur plusieurs tableaux pour garder leurs nouveaux privilèges. C'est tout ce contexte, inspiré de la réalité (quelque peu paranoïaque) d'alors sans apparaître trop pesant dans le récit, qui sert de toile de fond à cette aventure.

Au cours de ses tribulations, Victor Dauterive va donc croiser certaines personnalités de son temps, de La Fayette à Olympe de Gouges, en passant par les peintres Fragonard et David, entre autres. S'il est bien jeune, ce Victor, c'est assurément que l'auteur a voulu nous présenter un personnage de candide au cœur de cette bouillonnante Révolution. Du naïf participant à un enthousiasme général au jeune homme plus mûr, nous suivons son parcours chaotique, son évolution. Sans négliger les autres protagonistes, dans le camp des "enquêteurs" (le brigadier Picot et son ami Bouvreuil, l'archiviste Duperrier, etc.) ainsi que dans celui des malfaisants. Voilà une très belle manière d'explorer les dessous (romancés, bien sûr) d'une célèbre page de notre passé.

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L'Oncle Paul a aussi chroniqué ce roman :

http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/2015/10/jean-christophe-portes-l-affaire-des-corps-sans-tete.html

 

Lire également la chronique d'Yves :

http://www.lyvres.fr/2015/10/l-affaire-des-corps-sans-tete.html

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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19 octobre 2015 1 19 /10 /octobre /2015 04:55

Un dossier bien connu, mais dont il n'est pas superflu de rappeler quelques faits. Le 16 octobre 1984, le petit Grégory Villemin âgé de quatre ans disparaît après 17h, alors que sa mère et lui venaient de rentrer chez eux. Christine Villemin recherche son fils dans le village de Lépanges. Entre-temps, le père Jean-Marie Villemin est alerté, et un appel téléphonique anonyme apprend à un membre de leur famille la mort de Grégory. Son cadavre sera retrouvé en début de soirée à Docelles, à quelques kilomètres de Lépanges, noyé dans la Vologne. Cette vallée est le territoire de la brigade de Bruyères, qui lance immédiatement l'enquête. Celle-ci sera supervisée par l'officier de gendarmerie Étienne Sesmat, d’Épinal.

Il s'avère très bientôt que toute l'affaire se joue entre une poignée de familles (Villemin, Jacob, Hollard, Bolle) habitant dans un périmètre assez proche, liés par le cousinage ou frères et sœur. Toutes ces personnes appartiennent au milieu ouvrier, sans lien avec la délinquance ni la criminalité. Des gens ordinaires ayant des rapports cordiaux, parfois plus ou moins houleux, que rien ne devait préparer à un tel drame. En réalité, c'est inexact : en 1982 et 1983, un "corbeau" s'était de nombreuses fois manifesté, menaçant les parents Albert et Monique Villemin. Le plus visé de leurs enfants, c'était Jean-Marie.

Il est travailleur, et connaît une réussite sociale correcte qui lui vaut des inimitiés. Parmi son entourage, il est souvent surnommé "le Chef", du fait de ses fonctions à son usine. Dans ses courriers venimeux, le "corbeau" défend volontiers le fils aîné de la fratrie Villemin, Jacky "le bâtard", méprise son frère Michel, et cible jalousement Jean-Marie. Une première enquête de gendarmerie à ce sujet permit de calmer les coups de téléphone intempestifs et les lettres hargneuses. Est-ce parce que Jean-Marie et Christine étalent leurs moyens financiers récemment, qu'on s'en prend de nouveau à eux ?

Les gendarmes montrent de l'empathie pour les victimes, le couple Villemin : “Nous éprouvons envers ce jeune couple ravagé par le chagrin une immense compassion, mais ce sentiment n'interfère pas dans le travail d'enquête. Nous restons dans l'exercice de nos fonctions […] Cet entretien reste chargé d'une émotion difficile à décrire. Jean-Marie, poings serrés et mâchoire crispée, laisse entrevoir par instant la douleur intense et la rage qui l'habitent. Mais pas une seule fois, il ne parle de se venger. Il me dit : "J'ai confiance en vous". À ses côtés, Christine semble d'une faiblesse et d'une fragilité extrêmes. Elle s'exprime peu, je la sens ailleurs...” Si les gendarmes le trouvent ambitieux, charismatique, sûr de lui, ils négligent probablement la propension de Jean-Marie Villemin à la violence. N'a-t-il pas voulu abattre un "suspect" dès l'annonce de la mort de Grégory ?

Colonel Étienne Sesmat : Les deux affaires Grégory (Éd.Points, 2015)

Les gendarmes, se basant sur quelques indices, suivent une piste : Bernard Laroche, cousin du couple Villemin. Certes, il est plus ami du frère Michel, c'est ainsi qu'il a des infos sur toute la famille. Sa voix et son écriture seraient proches de celles du "corbeau". Son alibi reste imprécis. Rien ne certifie pourtant qu'il soit plus jaloux qu'un autre de la réussite de Jean-Marie. “À nos yeux, sa vie et celle de Jean-Marie Villemin ont suivi des trajectoires parallèles, tant dans le domaine professionnel que sur le plan personnel. Mais si les parcours se ressemblent, celui de Bernard Laroche a été plus laborieux. À chaque étape, la comparaison joue en sa défaveur.”

Pas un coupable idéal selon la gendarmerie, mais on l'accable davantage qu'on ne cherche des éléments positifs. D'autant que son épouse Marie-Ange Laroche ne défend pas vraiment son mari. C'est alors que la petite cousine Murielle Bolle a des révélations à faire. Après avoir fourni un alibi à Bernard Laroche, l'adolescente accuse. “Elle affiche une moue boudeuse, mais paraît détendue […] Je sais que ses aveux n'ont pas été obtenus par la pression, encore moins par la violence. Je me méfie toujours du témoignage d'un enfant, mais elle a plus de quinze ans, semble peu émotive et ne manque pas d'aplomb. Enfin, tout se tient.” Les gendarmes ne s'étonnent pas que leur coupable ait pris Murielle à son bord, alors qu'il transportait dans sa voiture son propre fils Sébastien ainsi que le petit Grégory Villemin.

Arrêté puis remis en liberté, Bernard Laroche sera abattu par Jean-Marie Villemin, qui avait publiquement annoncé son geste. Un temps, Christine Villemin est elle-même au centre de toutes les suspicions. Sa manière de jouer "profil bas" durant toute l'affaire surprend, dérange. Il est certain que la médiatisation à outrance de cette affaire, que l'omniprésence journalistique a largement biaisé le travail de la gendarmerie, avant que ce soit la police judiciaire qui s'occupe de la suite. La chasse à l'info, la multiplication des hypothèses, les locaux de la gendarmerie de Bruyères envahis par les photographes et la presse, les prises de positions de tel ou tel, ça ne simplifie jamais une enquête. Il est vrai que le juge d'instruction Lambert a pu paraître "léger" aux yeux de la gendarmerie. Bien sûr, en 1993, le procès pour meurtre de Jean-Marie Villemin ne pouvait être satisfaisant.

On ne contestera pas que le colonel Étienne Sesmat ait été parmi les plus impliqués dans l'enquête, qu'il en connaisse tous les détails – y compris ceux que le grand public ignore ou n'a pas retenu. Son parti-pris est, logiquement, celui de la version gendarmesque. Ses collègues et lui-même ne sont pas les seuls fautifs, si tout a dérapé, si chacun s'est fait une idée juste ou fausse sur ce dossier. Son témoignage est important, et fort complet, sur les meurtres de Grégory Villemin et de Bernard Laroche. Ici, des cartes et des rapports officiels complètent son récit des évènements vécus. Qu'on adopte le cas tel qu'il est présenté, ou qu'on ait un œil plus critique, ce livre permet de réfléchir au meurtre de cet enfant de manière plus solide, mieux informée.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 04:55

Recueil de treize nouvelles, publié en 1999 dans la collection Le Cabinet Noir (n°27) dirigée par Hélène et Pierre-Jean Oswald.

Le passager – Il sillonne depuis quelques jours les routes du Var dans sa voiture de location. Des auto-stoppeurs, il en croise parfois sans les prendre à bord. Cette fois, c'est le bon, un type de trente-sept ans, marié, habitant Toulon. Puisqu'il fait si chaud, Philippe Chaissac accepte volontiers à boire. Le plan du conducteur se déroule sans problème. Il va se débarrasser de son épouse, de sa propre identité et de sa vie d'universitaire à Aix-en-Provence. À Zurich, il se fait oublier, en attendant que sa maîtresse le rejoigne.

Le bout du monde – Pour lui, c'est un retour aux sources, dans cette bourgade où il a vécu étant enfant. Trente ans ont passé. La maison familiale est toujours là, en mauvais état. Il n'y a plus que le vieux Georges Bondeville qui se souvienne du drame de l'époque, chez les Detheux. L'enfant avait huit ans. Son père avait déserté leur foyer. Sa mère allait se remarier. L'ayant appris, le père revint chez eux ce jour-là. Un double meurtre fut commis. Inutile de chercher loin le coupable : on connaissait le caractère sanguin du père.

Terminus – Bien qu'il n'ait que cinquante ans, Thomas se sent brusquement vieux. Terrible impression de vieillesse, aggravée par sa solitude. Pourtant, la vie citadine reste animée autour de lui. Coup de fièvre ? Autant qu'il rentre chez lui. Dans la rue, il suit quelques instants une femme au chapeau rouge. Il ne comprend pas la suite, quand il regagne son domicile.

L'affaire Kléber – Éminent politicien du Parti du Renouveau, Wilhelm Kléber a été assassiné dans un endroit isolé. Ce qui va être largement commenté dans les médias, c'est la face cachée de Kléber. On apprend qu'il avait des accointances avec la Mafia, qu'il possédait un compte secret bien garni au Luxembourg. Ressemblant au lieutenant Columbo, le policier qui enquête ne croit pas en ces accusations post-mortem. Il imagine plutôt une sombre machination. Marcel Young, le trésorier du parti, premier mari de Christiane l'épouse de Kléber, garde un parfait sang-froid face au crime et au scandale. Le président du parti, Christiane Kléber et Young n'ont effectivement pas à s'inquiéter : ils disposent de solides alibis et n'avaient pas de raison de supprimer le charismatique Kléber.

Le livre rouge – À Bruxelles sous la pluie de décembre, il remarque une boutique vieillotte. Tout est fouillis dans ce véritable capharnaüm, tenu par une femme distante ou blasée. Lui, ce qui l'intéresse, c'est un gros livre intitulé "Histoire de l'échafaud en France" datant de 1863. Les grands criminels fascinent, à travers les siècles.

L'échappée belle – Vanderem a deux femmes dans sa vie : son épouse Geneviève et sa maîtresse Véronique. Elles sont par ailleurs amies, et un peu envahissantes. La situation se complique pour Vanderem bientôt victime d'un "accident". Le policier Willems n'accorde pas vraiment crédit à la version de l'homme, puisqu'il a toutes les preuves nécessaires.

Les gens de l'autobus – Âgé de 44 ans, Fabrice Moreau mène une désespérante vie routinière. Employé administratif, il côtoie matin et soir les mêmes passagers dans son autobus. Des voyageurs sans histoire qui ne l'intéressent guère. Quand la grosse Mme Leroux n'en fait plus partie, les autres habitués ne réagissent même pas. Lorsque Marcel Servier ne prend plus le bus, il va y avoir une enquête pour meurtre car on a retrouvé son cadavre. Puis c'est une des sœurs Ventillard qui est assassinée. Mais pourquoi la police ne parle-t-elle pas de la mort de Ginette Leroux ?

Le crime de juillet – Un petit village dans la pure tradition française. Avec son château où, chaque été dès le 1er juillet, reviennent les propriétaires, la riche famille Hoffmann, fiers de leur puissante voiture. Ça obsède Derême, le boucher-charcutier local. Lui, sa vieille bagnole est quasiment une épave. Et pour sa modeste maison, il passera toute sa vie à en payer le crédit. Derême rumine sa détestation : il est jaloux de ces châtelains, jusqu'à en avoir de meurtrières hallucinations.

Rien ne va plus – Il séjourne à Genève pour affaires. Il se laisse tenter par une virée dans un casino, où il perd plus qu'il ne gagne. Et quand la chance lui sourit enfin, c'est à une vieille dame acerbe qu'on attribue ses gains. Il proteste, mais le compagnon antipathique de la bonne femme témoigne pour elle. Rien à faire, c'est rageant. Le lendemain, il ne sera pas davantage veinard en affaires, alors qu'il espérait un juteux contrat.

Et aussi "Les retrouvailles", "Flics de nuit", "La femme d'en face", "Résidence secondaire".

Jean-Baptiste Baronian : Parmi tant d'autres crimes (Ed. Les Belles Lettres, 1999)

Né à Anvers (Belgique) le 29 avril 1942, de parents arméniens s'installant à Bruxelles quand il avait deux ans, Jean-Baptiste Baronian débuta tôt dans le monde de l'édition. Dès 1969, il devient directeur de collection aux éditions Marabout. Il occupera plus tard le même poste chez Le Masque, Le Livre de Poche, Fleuve Noir et divers autres éditeurs. Il fut par ailleurs critique littéraire et auteur sous le pseudonyme d'Alexandre Lous. Le survol de sa carrière d'écrivain et d'éditeur est retracé dans "Le Cahier du Cabinet Noir", à la fin de ce volume. Président des "Amis de Georges Simenon", association créée en 1986 à Bruxelles, Jean-Baptiste Baronian est membre de jurys décernant des prix littéraires.

Dans Parmi tant d'autres crimes, on peut lire treize nouvelles. Ce qui n'est pas sans rappeler les trois célèbres séries de Simenon (13 énigmes, 13 coupables, 13 mystères). Les préfaces des deux tomes de “Nouvelles secrètes et policières” de Georges Simenon (Omnibus) sont de Jean-Baptiste Baronian, qui retrace le parcours de l'écrivain. Le présent recueil possède une très belle qualité : la diversité des intrigues et des tonalités. Certaines histoires courtes n'en sont pas moins des sujets criminels ou des vraies enquêtes, avec leur "chute" finale. D'autres nouvelles sont plus psychologiques, "intérieures". On n'hésite pas à passer de l'une à la suivante, en sachant que l'auteur nous plonge en quelques lignes au cœur du récit énigmatique.

Comme ses nombreux romans et ses anthologies, les recueils de nouvelles de Jean-Baptiste Baronian méritent d'être redécouverts.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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