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20 juillet 2017 4 20 /07 /juillet /2017 04:55

Le lundi 27 juillet 1981, David Umber fut témoin d’un drame. Étudiant en Histoire âgé de vingt-cinq ans, il patientait à la terrasse d’un bar d’Avebury, où il avait rendez-vous. Un certain Griffin devait lui fournir des révélation sur un mystère historique, le cas Junius. Par ailleurs, le passé mégalithique de la petite ville d’Avebury, dans le Wiltshire, n’intéressait pas vraiment David Umber. Ce jour-là, la jeune nounou Sally emmène en promenade les trois enfants de Jane et Oliver Hall. Jeremy a dix ans, Miranda sept ans, la petite Tamsin, deux ans. Cette dernière est soudainement kidnappée par un ou deux inconnus. Sa sœur Miranda meurt en tentant de s’interposer. Brian Radd, un pédophile tueur d’enfants, a finalement avoué l’enlèvement et le meurtre de Tamsin. Probablement enterré, le cadavre de la petite kidnappée ne sera jamais retrouvé. Oliver et Jane Hall se sont séparés.

David et Sally vécurent ensemble, s’éloignant le plus souvent possible de leur pays. Vingt-trois ans après les faits, David est enseignant et guide touristique à Prague. Encore minée par l’affaire, Sally s’est suicidée voilà cinq ans chez son amie Alice, à Londres. Le policier George Sharp est retraité depuis longtemps. Il n’a jamais été convaincu par l’issue fort incertaine de "l’enquête Hall". Dans son combi VW, il va jusqu’à Prague pour renouer avec David Umber. Car Sharp a reçu un curieux courrier anonyme, qui présente un lien avec le mystère Junius. En mémoire de Sally, David accepte de reprendre l’enquête avec Sharp. Même s’il y a peu d’espoir de glaner des éléments nouveaux auprès des parents et des témoins, le duo retourne à Avebury et Marlborough, à cinquante miles de Reading. Quant à enfin identifier le fameux Griffin, qui donna rendez-vous à David, c’est assez illusoire.

Témoin d’alors, Percy Nevinson n’accepte de parler qu’à David, pas à Sharp. Sa théorie sur des forces cosmiques extra-terrestres complotistes ne mérite même pas d’en rire. Le duo rencontre le second mari de Jane Hall, puis la mère des victimes en personne. Jane a choisi de s’en tenir à la version officielle, afin de faire le deuil de ses filles. Un soi-disant Walsh dérobe les archives de David sur le cas Junius. Puis c’est Brian Radd qui est tué en prison par un co-détenu. Du coup, il n’est pas interdit de s’interroger sur le suicide de Sally. David contacte leur amie Alice, qui lui conseille de rencontrer la psychothérapeute qui suivait Sally. Remarié avec la belle Marilyn, Oliver Hall vit à Jersey. Il fixe rendez-vous à David, lors d’un séjour à Londres. Comme son ex-épouse Jane, il a adopté la version officielle du dénouement. Quant à la psychothérapeute, elle admet le suicide de Sally.

David a repris ses recherches historiques sur le cas Junius, peut-être une clé de l’affaire. Oliver Hall engagea à l’époque un détective privé, Alan Wisby, aujourd’hui retraité vivant sur une péniche. Quand David tente de le voir, il tombe sur le fameux Walsh, qui fait preuve d’agressivité. L’ex-policier Sharp s’est rendu à Jersey, mais il a été immédiatement arrêté, victime d’un piège. David se déplace à son tour jusqu’à Jersey, où il rencontre Jeremy et son amie Chantelle. Le jeune homme l’attendait, comme pour clore un chapitre de sa vie. Si les infos du "privé" Wisby lui sont utiles, c’est seul que David devra résoudre cette affaire datant de vingt-trois ans…

Robert Goddard : Les mystères d’Avebury (Éd.Sonatine, 2017)

Walsh avait défait la corde et poussé le bateau loin de la berge. Mais l’autre extrémité de la péniche était toujours attachée, si bien qu’elle commençait à se mettre en travers du canal. Elle était déjà trop éloignée de la rive pour sauter de là où il était. Umber devait rejoindre jusqu’à la poupe s’il voulait regagner la terre ferme. Mais il ne croyait pas un instant que Walsh lui en laisserait la possibilité.
— Vous n’avez rien à faire là, cria Walsh en secouant la tête. Vraiment, vous n’avez rien à faire là.
Son regard se détacha subitement d’Umber. Au même moment, il y eut des bruits de pas sur le toit de la cabine. Umber se tourna juste à temps pour voir un homme athlétique, en treillis, qui le surplombait. Une batte de base-ball décrivait un arc de cercle au-dessus de lui. Il leva le bras pour protéger son visage, la torche serrée dans son poing. La batte visait sa tête, mais c’est le corps en caoutchouc de la torche qui prit le gros de l’impact. De tout cela, Umber n’eut pas véritablement conscience. Quelque chose l’avait frappé avec une force foudroyante. C’est tout ce qu’il savait. Puis son crâne cogna contre le sol quand il s’effondra. Et il plongea dans les ténèbres.

Il est logique qu’un pur roman d’enquête tel que “Les mystères d’Avebury” comporte des rouages complexes. Puisqu’il s’agit de revenir sur un dossier mal résolu, c’est sûrement que les faits d’origine n’étaient pas aussi évidents, que les conclusions étaient fausses. Ce postulat, le lecteur l’accepte d’autant plus volontiers que l’on nous décrit la scène initiale du kidnapping. Ainsi, nous comprenons la psychologie des protagonistes, marqués à vie par un pareil drame. D’autant qu’il se passe dans un décor paisible et charmant, que cela touche une famille plutôt ordinaire. Depuis, les parents ont refait leur vie chacun de son côté, et le fils rescapé s’est éloigné de l’Angleterre. De même que David Umber, un patronyme qui peut se traduire par "l'Ombre". Il convient donc de s’immerger dans cette intrigue, de suivre les investigations de David, les péripéties de ses recherches.

On n’est pas obligés de se passionner pour les arcanes du cas Junius, avouons-le. Ce n’est là qu’un des points du récit, d’autres énigmes attendent leur solution. Celle imaginée par le témoin Percy Nevinson est plutôt destinée à sourire. D’autres aspects s’avèrent plus sombres, voire dangereux, car il apparaît que quelqu’un pèse pour empêcher que la vérité éclate. Si le tempo narratif n’est pas tellement rapide – ce qui n’est pas indispensable, l’auteur compense en variant les lieux (Prague, Avebury, Marlborough, Londres, Jersey). Romancier chevronné, Robert Goddard maîtrise son sujet avec aisance, comme il se doit dans la bonne tradition des enquêtes à suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 04:55

À New York, le dentiste Craig Sheldrake et son épouse Crystal sont divorcés. Craig a demandé au cambrioleur Bernie Rhodenbarr de s’introduire chez son ex-femme en son absence, et d’y récupérer un maximum de bijoux et des montres, ainsi que les quelques centaines de dollars qu’il trouvera. À l’époque de leur mariage, ces bijoux étaient un placement pour masquer des sommes non-déclarées. Bien que l’immeuble soit sécurisé, Bernie Rhodenbarr n’éprouve aucune difficulté à pénétrer dans l’appartement. Pensant être tranquille pour la soirée, il remplit sans se presser la mallette qu’il a apportée. Mais Crystal est de retour plus tôt que prévu, en compagnie d’un amant d’un soir, comme souvent. Bernie est obligé de se réfugier dans la penderie de la chambre de Crystal, où il risque d’étouffer si les ébats de la femme du dentiste s’éternisent.

Bernie a juste oublié sa mallette dans une pièce de l’appartement. Il se retrouve bientôt enfermé à clé dans ce fichu placard. Il est témoin auditif du meurtre de Crystal Sheldrake, qu’il constate avant de quitter les lieux. Sans sa fameuse mallette, qui a disparu. Jillian Paar est la svelte et menue assistante du dentiste Craig Sheldrake, et sans nul doute son amante. Jillian n’ignore pas que Bernie est un cambrioleur, et pense le plus grand mal de l’ex-épouse de son patron. Dès le lendemain, elle contacte Bernie afin de lui apprendre l’arrestation du mari de Crystal. Elle ne peut pas vraiment fourni d’alibi au dentiste. Bernie ne tarde pas à la rejoindre. Deux duettistes de la police, pas franchement désopilants, viennent les interroger. C’est ainsi que Bernie et Jillian vont savoir que la victime a été tuée avec un scalpel de dentiste. Un indice un peu trop évident pour désigner le mari.

Face aux deux flics Todras et Nyswander, Jillian et Bernie font semblant d’être ensemble. Par la suite, elle et lui vont mener chacun leur petite enquête. Dans les bistrots fréquentés par Crystal, Bernie est obligé de s’alcooliser mais ça porte ses fruits. Grâce à Frankie, une amie proche de la victime, il situe trois hommes possiblement suspects. Peut-être furent-ils des patients du dentiste, c’est à vérifier. À ce stade, Ray Kirschmann – “le meilleur flic qu’on puisse se payer avec du fric” – pointe son nez dans cette affaire. La moitié du butin, voilà ce qu’il réclame, après avoir fait part de ses déductions à Bernie.

Pendant ce temps, Craig Sheldrake a été libéré, après avoir balancé le cambrioleur aux flics. Pour se dédouaner, Bernie suit ses principales pistes. L’artiste-peinte Walter Grabow n’est pas facile à retrouver, et il vaut mieux ne pas s’éterniser avec lui. Quant au nommé Knobby, c’est un barman logeant dans un studio pas du tout propre. Bernie y découvre une mallette. Pas la sienne, mais celle-ci contient une forte somme en billets. Ça sent la combine à haut risque, il est donc préférable de cacher ladite mallette au plus tôt. Quand un témoin de l’affaire est assassiné, Bernie devient plus suspect que jamais pour les flics…

Lawrence Block : Le monte-en-l’air dans le placard (Super Noire, 1979)

Jillian était incontestablement une charmante jeune personne. De plus, je préférais de beaucoup être appelé Bernie, plutôt que M.Rhodenbarr que j’avais toujours trouvé un peu pompeux. Ses doigts sentaient bon les épices, et il semblait raisonnable de supposer que cela ne se limitait pas à ses doigts. Jillian était le tendre objet de Craig, bien sûr, ce qui ne me dérangeait pas car je n’avais aucune intention d’aller semer la discorde dans les relations passionnelles d’autrui. Ce n’est pas mon genre. Je ne vole que des espèces et des objets inanimés. Malgré tout, on n’a pas besoin d’avoir des visées sur une jeune personne pour apprécier sa compagnie. Et si Craig était reconnu coupable, Jillian se retrouverait sans emploi et sans amant, tout comme je serais sans dentiste, donc nous n’aurions aucune raison de ne pas nous consoler mutuellement.
Mais pourquoi bâtir des châteaux en Espagne ? Un salaud n’avait pas seulement tué Crystal Sheldrake. Il avait eu le culot de voler les bijoux que j’avais déjà volés. Et j’avais la ferme intention de lui faire payer ça.

Ce roman a été transposé au cinéma en 1987 sous le titre “Burglar”, un film d’Hugh Wilson avec Whoopi Goldberg, dans le rôle principal. Bernie devient Bernice Rhodenbarr, cambrioleuse californienne. Avec un Carl, à la place de sa meilleure amie Carolyn. Le flic malhonnête Ray Kirschmann est présent, mais c’est la dentiste Cynthia Sheldrake qui embauche Bernie et son mari qui sera assassiné. Lawrence Block aurait peu apprécié cette version de son roman. Il est vrai que l’image de la pétulante Whoopi Goldberg colle assez mal avec celle du libraire-cambrioleur Bernie Rhodenbarr. Et que l’ambiance new-yorkaise joue son rôle dans cette série de romans.

Après “Le tueur du dessus” (1978), “Le monte-en-l’air dans le placard” (1979) est la deuxième aventure de Bernie, sur les onze romans dont il est le héros (jusqu’en 2016). Son amie lesbienne Carolyn Kaiser ne figure pas encore au casting. Habitant dans la 71e Rue, côté West End, il n’a pas encore repris la librairie Barnegat Books sur la 11e Rue-est de Greenwich Village. Fortement soupçonné, il a tout intérêt à se sortir du pétrin en retrouvant le vrai coupable : intrigue classique du polar. Évidemment, c’est la tonalité enjouée de Lawrence Block qui fait toute la différence. Bernie étant un charmeur, on verra s’il a des chances de garder la belle Jillian. S’il doit parfois filer en vitesse, il aime beaucoup ruser avec la police, et improviser une identité-bidon afin d’obtenir des renseignements. Nul doute qu’il saura tirer profit de cette histoire, pourtant mal engagée. Le roman noir peut s’avérer souriant, en voici la preuve.

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16 juillet 2017 7 16 /07 /juillet /2017 04:55

Il s’agit d’un recueil de nouvelles, dont le titre indique la thématique : il existe toujours un rapport avec un Musée. L’excellent Richard Migneault, apôtre de la littérature québecoise et fervent admirateur du polar francophone, a coordonné cet ouvrage qui réunit dix-huit auteures : Barbara Abel, Claire Cooke, Ingrid Desjours, Marie-Chantale Gariepy, Ariane Gélinas, Karine Giebel, Nathalie Hug, Catherine Lafrance, Claudia Larochelle, Martine Latulippe, Geneviève Lefebvre, Stéphanie de Mecquenem, Florence Meney, Andrée A.Michaud, Elena Piacentini, Dominique Sylvain, Danielle Thiéry et Marie Vindy. Pour ces rendez-vous avec les Musées, ce sont uniquement des femmes qui démontrent leur talent. Des Québécoises et des Européennes, car ce livre est conjointement publié en France par les Éd.Belfond et au Québec par les Éd.Druide.

Parmi les auteures choisies ici, certaines sont plus connues que d’autres. C’est pourquoi Richard Migneault dresse, après la nouvelle, un portrait personnel de chacune. Un regard à la fois précis et tout en nuances, sur ces dix-huit femmes. Sans oublier un hommage à une pionnière du polar québécois, Chrystine Brouillet, et une pensée pour notre défunte amie Patricia Parry. Toutes ces auteures possèdent un style et un imaginaire différents. À chacune sa tonalité, et son univers muséologique. Si ces lieux peuvent sembler austères, ils ont parfois un lien avec le crime. Voici quelques exemples de ces nouvelles, diverses et très réussies.

 

Danielle Thiéry – L’ombre d’Alphonse : Pionnier de la criminologie, Alphonse Bertillon a été agressé à son bureau. La première sur les lieux, c’est Alice, la guide du Musée de la police parisienne, au commissariat du 5e. Le décor dérangé, rien de bien grave. Alice découvre sitôt après le cadavre de Violette, assassinée. La victime était employée du Musée, mais surtout l’épouse du commissaire Malet. Peu avant qu’on retrouve le corps, l’agente de police Agathe a remarqué des détails pas si anodins. Toutefois, elle n’est pas enquêtrice. Comme la mort de sa femme ne va pas modérer l’irascible Malet, Agathe estime qu’il vaut mieux garder profil bas. Pourtant, elle risque bel et bien d’être confrontée à l’assassin…

Elena Piacentini – Dentelles et dragons : Trentenaire, Simon vit dans le Nord de la France. En privé, il est fasciné par les ouvrages en dentelle, autant que par les préparations culinaires sucrées. Si c’est héréditaire, Simon n’en sait rien, car il fut un enfant adopté. Ce dont il se fiche depuis toujours. Mais les hasards de l’existence s’en mêlent, quand la jeune Ania le contacte. Judith, la mère biologique de Simon, est moribonde. Il est encore temps pour qu’elle lui révèle ses origines. Outre le coup de foudre entre Ania et Simon, la situation aura des conséquences plus dramatiques. À Caudry, un Musée symbolise l’obscur passé que Simon se doit d’éliminer. Peu de danger qu’il soit suspecté.

Andrée A.Michaud – Mobsters Memories : Quand vous êtes pourchassé par le caïd Latimer et ses sbires, pour une histoire de femme fatale, mieux vaut se planquer. Par exemple, à l’intérieur de ce Musée présentant une expo sur le grand banditisme américain et ses mafieux légendaires. Al Capone, Meyer Lansky, Bugs Moran, toute une époque ! Il y a là une animation pleine de bruit et de fureur, à l’image de la vie de ces truands d’autrefois. Une ambiance digne des romans de Raymond Chandler. Latimer restant à ses trousses, il doit se comporter tel un dur-à-cuire, ne pas lésiner sur les coups violents. Au risque de causer des victimes collatérales, c’est sûr. Finalement, pourquoi ne pas rêver d’être l’égal d’Humphrey Bogart ?…

Dominique Sylvain – Le chef-d’œuvre : Au Japon, Jungo Hata a une longue carrière de yakuza derrière lui. Cet exécuteur de sang-froid vient d’apprendre qu’un cancer va très prochainement l’emporter. Ce n’est pas tant sa fin qui le tourmente, c’est sa peau. Car Jungo est, en quelque sorte, une œuvre d’art sur pieds. Il est ami depuis leur enfance avec Katsu, qui l’a tatoué sur tout le corps. Katsu figure parmi les meilleurs experts japonais en la matière. Malgré tout, Jungo a peut-être une chance d’obtenir une notoriété post-mortem, grâce à la jeune Annabelle. Finir dans un Musée, ce n’est pas un projet si saugrenu qu’il y paraît. Mais un meurtre va changer le cours des choses…

Crimes au Musée (Éditions Belfond, 2017)

En sortant du taxi, à l’aéroport Montréal-Trudeau, Duquesne aperçut un véhicule de la Sécurité du Québec et deux ou trois autres voitures de la Gendarmerie royale du Canada. Voilà le comité d’accueil, se dit-il. Qu’attendaient-ils ? À moins qu’il se trompe complètement, ils étaient ici non pas pour cueillir les "objets de grande dimension" comme lui avait dit son contact, mais pour parler à ceux qui transportaient ces objets, et il y avait fort à parier que c’étaient les gars de Da Vinci. Les enquêteurs étaient donc arrivés aux mêmes conclusions que lui, ce qui accréditait sa thèse. Il passa les portes. À l’intérieur, il se retrouva face-à-face avec Latendresse qui faisait les cent pas, un téléphone rivé à l’oreille. Voilà pourquoi il n’était pas parvenu à le joindre. Le journaliste n’avait aucunement l’intention de se faire discret. Il se planta devant lui. En l’apercevant, le policier raccrocha. (Catherine Lafrance, “Le Christ couronné d’épines”)

Stéphanie de Mecquenem – La mystérieuse affaire du codex maya : Tiphaine Dumont est coroner au Québec. Elle accompagne à Venise son ami et complice sir James Jeffrey, pour un congrès d’épigraphistes, la passion de ce dernier. Lors d’une visite au Palais des Doges, Ferdinand de Brassac – président de ce congrès – semble pris d’un malaise et fait une chute mortelle. En réalité, c’est un empoisonnement à l’arsenic qui est cause de sa mort. Dès la veille au soir, Tiphaine et sir Jeffrey avaient senti une certaine tension autour de la victime. Le cahier où figurait sa théorie sur un codex maya avait été égaré. En outre, le décryptage de codex est une activité fort coûteuse. Pour quels vrais motifs l’a-ton tué ?…

Barbara Abel – L’Art du crime : Grande soirée de vernissage au Musée d’Art Contemporain, où sont exposées les nouvelles œuvres de Vera Charlier. Si c’est la consécration pour cette artiste, son amie Louise n’éprouve aucun plaisir à participer à l’événement. Elle n’est là que pour accompagner son mari Denis Moretti, maire de la ville. Que Denis ait été l’amant de Vera Charlier par le passé, c’est une secret de polichinelle dans la région. Le trio qui s’affiche ensemble, ça fera sûrement jaser. Toutefois, Louise a une autre sérieuse raison de se sentir mal. Si elle en parle à Denis, cela aura des conséquences désastreuses pour elle. À cause de l’ambiance oppressante, il est préférable que Louise s’isole quelque peu…

Marie Vindy – Charogne : Même une policière expérimentée, près de vingt-sept ans de métier, peut s’avouer troublée par une scène de crime. Ça se passe dans le logement de fonction d’un minuscule Musée, dans une bourgade rurale. Un couple a été abattu en plein acte sexuel. Aline et Samuel, amants tragiques trentenaires, font penser à une estampe de Rodin. Elle était mariée à un notable local. Lui état le conservateur de ce tout petit Musée. Unis dans la mort, romantisme meurtrier. Duo beau et émouvant. Tableau obsédant qui méritera une séance chez la psy. Pour la policière, impossible de chasser de son esprit cette funeste scène, de se concentrer sur l’enquête. D’autant que le principal suspect possède un très bon alibi…

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14 juillet 2017 5 14 /07 /juillet /2017 04:55

Au mois de juillet, dans les années 1960. Âgée de vingt-quatre ans, Annette Letellier est en vacances dans un chalet en Isère avec son fils Michel, quatre ans, et sa mère. Cette parisienne est avertie par un policier grenoblois que son mari vient de mourir carbonisé dans un accident de voiture, du côté d’Avallon, dans l’Yonne. Annette est surprise : employé de banque à Paris, André Letellier ne devait les rejoindre qu’une semaine plus tard. Il lui avait demandé de réserver un séjour dans un hôtel suisse du canton de Berne.

Venu de Paris, l’inspecteur Lucien Lentraille ne lui explique pas grand-chose des circonstances du décès de son époux. La ramenant vers la capitale, ils font juste un détour par Vézelay afin qu’Annette identifie le corps. Ils ne verront rien des fêtes de la Madeleine, un pèlerinage à la basilique sur le thème de la paix existant depuis l’après-guerre. Par contre, un certain Clovis – photographe forain – participe à la Foire en question.

À Paris, c’est le commissaire Verdier qui explique les faits à la jeune femme. Le vendredi après-midi, André Letellier a volé une énorme somme à sa banque. Plus d’un million de Francs en billets, c’est-à-dire cent millions de centimes. Bien qu’étant repéré, André a fui en voiture. La police peut supposer que c’était pour rejoindre Annette en Isère, l’Yonne étant à mi-chemin. Verdier est informé de la lettre où André demandait à la jeune femme de réserver un séjour en Suisse. Contradictoire avec le fait que le couple s’entendait mal. S’il était plutôt bon conducteur, l’excitation de la fuite pourrait être la cause de ce dramatique accident de voiture.

Après une nuit chez elle, Annette reçoit la visite de son amie blonde Thérèse Gerbaut, du même âge qu’elle. Elle sait que Thérèse, secrétaire de direction dans une entreprise pétrolière, était la maîtresse de son mari. Ils ont récemment passé un week-end ensemble vers La Rochelle et Royan. Selon Thérèse, l’essentiel du butin n’a pas brûlé dans l’incendie de la voiture d’André. Le fric ne s’est sûrement pas envolé. Elle suspecterait volontiers l’inspecteur Lentraille qui, en effet, arriva sur le lieu de l’accident dès qu’il fut connu.

Les deux amies s’adressent au détective privé Castagner, lui faisant part de leurs soupçons. Cet homme mûr ayant de bons rapports avec la police ne tient pas à se mouiller. Par contre, son fils Jean-Pierre, âgé d’environ dix-huit ans, propose ses services au duo. Annette et Thérèse n’ont pas trop confiance en lui. C’est davantage une "association" pour se partager le butin qui intéresse le fils Castagner.

Le commissaire Verdier interroge plus officieusement Annette. S’il fait preuve de courtoisie, tout son bla-bla-bla se résume juste à des hypothèses. Néanmoins, que l’accident se soit produit du côté de Vézelay n’est probablement pas un hasard. La police interroge Thèrèse au Quai des Orfèvres, car elle connaît bien la région. Lentraille relance Annette, pas forcément pour l’enquête. Elle a maintenant envie de savoir la vérité…

Jean Amila : Noces de soufre (Série Noire, 1964)

Dites-moi, ma petite, savez-vous quel jour nous sommes aujourd’hui ? Nous sommes dimanche. Mettez bien dans votre petite tête que nous aussi, dans la police, nous avons des jours de congé. Et si je me trouvais là-bas, c’est que j’étais parti le vendredi après-midi pour passer le week-end chez des amis, à Vézelay. Il se trouve que nous aimons notre métier. Nous acceptons d’être disponibles vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois cent soixante-cinq jours dans les années non bissextiles… Dès qu’il a eu connaissance de l’accident, le commissaire Verdier a averti son inspecteur le plus proche du lieu, sans tenir compte qu’il était en congé… L’inspecteur a répondu immédiatement à l’appel, a relevé les premiers indices, n’a pas dormi de la nuit, a fait mille kilomètres, et il prend encore la peine de venir ce matin à domicile pour vous éviter toute peine, même légère… Est-ce que cela vous suffit comme explication ?

Jean Amila : Noces de soufre (Série Noire, 1964)

Onzième roman publié dans la Série Noire par Jean Amila (Jean Meckert, 1910-1995) “Noces de soufre” date de 1964. Il fut réédité dans la collection Carré Noir en 1972, puis de nouveau dans la Série Noire en 1984. Cette année-là, il fut adapté en téléfilm, par le réalisateur Raymond Vouillamoz et par l’auteur. Agnès Soral, Jean-Luc Bideau, Capucine, Jean Bouise, Michèle Gleizer, Claude-Inga Barney, Hugues Quester, en interprétaient les rôles principaux. Depuis 1999, “Noces de soufre” figure au catalogue Folio Policier.

Jean Amila fut un des grands noms de la Série Noire, parmi les auteurs français. Si l’on trouve ici des policiers enquêtant sur la mort de l’employé de banque-voleur, l’intrigue est bien celle d’un roman noir. Car c’est la jeune Annette qui reste au centre du récit. La mort de son mari ne la perturbe pas du tout, au départ. Si son couple fonctionnait mal, c’est avant tout par manque de maturité sexuelle chez elle. Annette fait partie de ces femmes de son époque, peu préparées à une harmonie intime, frisant la frigidité. En commettant ce vol, son époux n’a-t-il pas voulu la reconquérir ? La voici entraînée dans un suspense riche en péripéties et en suppositions… Un très bon polar.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 04:55

Dans le New Jersey, le comté de Bergen est tout proche de New York, au nord-ouest de la métropole. Basé à Hackensack, le shérif Robert Heath y est chargé du maintien de l’ordre en cette année 1915. Parmi ses adjoints, il emploie une femme, Constance Kopp. Avec ses sœurs Norma et Fleurette, elle a récemment vécu une aventure mouvementée. Ce qui lui a valu d’être engagée par le shérif. Mais les femmes dans la police, ça ne plaît pas à tout le monde. Y compris au sexiste John Courter, un des adjoints d’Heath, qui ne cache guère son hostilité. Le statut de Constance étant contesté, le shérif lui attribue un poste de gardienne de prison en attendant. Deux mois passent, et rien n’évolue. La surveillance des femmes incarcérées n’est pas déplaisante, mais ce n’est pas le métier que vise Constance.

Parmi les prisonniers se trouve Herman Albert von Matthesius, un vieil Allemand qui se dit médecin, baron et pasteur. Il est vrai qu’il dirigea une sorte de clinique-sanatorium à New York. Ses pratiques entraînèrent des plaintes de la part de trois de ses jeunes employés. En prison, il parle principalement sa langue d’origine, que Constance Kopp connaît assez bien. Von Matthesius vient d’être hospitalisé en ville dans un état délirant. Difficile de savoir s’il simule, car la prison n’a pas de médecin sur place, ce que déplore le shérif. Lors d’une nuit d’orage, alors que règne une grande agitation à l’hôpital à cause d’un grave accident, von Matthesius s’enfuit. Il était sous la garde de Constance Kopp, qui s’en veut car la situation met le shérif Heath dans l’embarras. Il tente le maximum pour le rattraper.

N’étant pas officiellement adjointe, Constance Kopp ne sait pas comment l’aider : “Je ne demandais pas de pardon. Tout ce que je voulais, c’était voir mon prisonnier de nouveau enfermé dans sa cellule comme il le méritait.” À New York, elle se rend à l’adresse de Felix von Matthesius, le frère du fugitif. Des adjoints du shérif l’y ont précédé vainement, et le logement est vide. Un ami photographe lui donne quelques conseils avant que, dans un hôtel de luxe réservé aux femmes, Constance ne sympathise avec un trio d’amies, dont l’une est journaliste. Elle recherche les trois jeunes plaignants afin d’obtenir plus de détails sur les faits reprochés à von Matthesius. Dans les mêmes quartiers new-yorkais, se trouve l’ancien sanatorium. Elle le visite clandestinement, sans y découvrir le moindre indice.

Faisant des allers-retours du comté de Bergen jusqu’à New York, elle trouve une possible piste en la personne du docteur Milton Rathburn. C’est au Murray’s, un grand restaurant new-yorkais, que Constance repère Felix von Matthesius. Elle parvient à l’alpaguer, non sans complications. Le shérif et elle ramènent le frère du fuyard à Hackensack, mais il n’a aucune intention de se montrer coopératif. Pour Constance, la chasse continue…

Amy Stewart : La femme à l’insigne (Éd.10-18, 2017) – Inédit –

— Mais ce n’est pas vrai du shérif Heath, protestai-je. Il est resté dehors toute la nuit à traquer von Matthesius. Et il est obligé de le capturer ! Saviez-vous qu’un shérif peut se retrouver en prison s’il laisse s’échapper un détenu ?
— Oui mais, en attendant, il doit gérer sa prison et s’occuper d’une centaine d’autres prisonniers, tout en pensant aux élections de l’automne prochain, qu’il devra remporter s’il est encore libre à ce moment-là. Et puis chaque jour de la semaine amène son lot de cambriolages, d’incendies criminels et de jeunes filles disparues, non ? Voilà de quoi est faite son existence ! Pour un détective en revanche, c’est différent. Vous, vous avez la possibilité de poser des questions que personne d’autre ne posera. Vous pouvez vous mettre dans la peau du criminel et comprendre son mode de pensée. C’est de cette façon que vous parviendrez jusqu’à lui…

C’est dans “La fille au revolver” (Éd.10-18, 2016) qu’Amy Stewart crée le personnage de Constance Kopp, que l’on retrouve dans ce deuxième épisode également inédit. En réalité, cette pionnière de la police criminelle s’inspire d’une femme ayant vraiment existé. Elle fut la première shérif-adjoint des États-Unis, au début du 20e siècle. S’agissant d’une fiction, l’auteure nous raconte son parcours à sa manière. En fin d’ouvrage, elle explique les bases de plusieurs parts du récit. L’affaire von Matthesius se produisit vraiment, et on imagine volontiers que Constance Kopp persévéra jusqu’à mettre la main sur ce bonhomme. Afin d’obtenir ce statut officiel et cet insigne d’adjoint au shérif.

Si, faute d’apprentissage du métier, la jeune femme manque de méthode rationnelle, cela ne nuit en rien à l’intrigue criminelle. Au contraire sans doute, car ses investigations la conduisent dans divers endroits. Pour Amy Stewart, une excellente manière de dessiner le portrait de l’Amérique d’alors. La condition féminine reste nettement inférieure, car il n’est pas question de rémunérer des femmes pour des "métiers d'hommes". Le bénévolat est juste toléré pour elles. Quant à la situation des repris de justice, le shérif progressiste la résume parfaitement : “Nous devrions pouvoir soigner au moins leurs petits maux, et pas seulement par charité chrétienne, mais parce que nous avons ici l’occasion de les remettre dans le droit chemin en leur faisant mener une vie saine. Donnez une douche et un repas chaud à un homme, une bible pour l’étude et des corvées difficiles pour tenir ses mains occupées, et vous transformerez un criminel en bon citoyen. Ça, ce n’est pas en l’enfermant dans un cachot que vous y parviendrez.”

Ambiance américaine du début du 20e siècle donc, mais aussi histoire personnelle de Constance Kopp et de sa famille. Leur mère est décédée, leur frère Francis s’est éloigné. Sa sœur Norma est une colombophile aux idées quelque peu "baroques", et la jeune Fleurette cultive l’espoir de devenir artiste. Elle se sent responsable de leur foyer, mais le goût de l’aventure est encore plus puissant pour Constance. Une véritable héroïne, dans la plus belle tradition. “La femme à l’insigne”, un suspense parfaitement réussi, un roman de grande qualité à ne pas manquer.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 04:55

Le nouveau client de l’avocat Perry Mason se nomme J.R.Bradbury. C’est un notable d’une quarantaine d’années, venu de la ville de Cloverdale. Un certain Frank Patton y a escroqué bon nombre de gens, autour d’un prétendu projet de film hollywoodien. Ce n’est pas le genre d’affaires qui passionnent les District Attorneys de Cloverdale, ni de Los Angeles, ces arnaques devant beaucoup à la crédulité des victimes. Patton fit miroiter un rôle à une jeune femme de la ville, âgée de vingt-quatre ans, Marjorie Clune. Elle est restée dans l’anonymat depuis qu’elle l’a suivi à Los Angeles. Bradbury engage Perry Mason pour qu’il la retrouve, et au besoin soit son défenseur, car il n’exclut pas d’épouser cette Marjorie.

L’avocat charge le détective privé Paul Drake de collecter des renseignements sur Frank Patton. À Cloverdale, ce n’était sûrement pas sa première escroquerie. Qu’il ait commis d’autres méfaits pourrait les aider. Un autre homme est à la recherche de Margy. Robert Doray est un jeune dentiste peu fortuné de Cloverdale. Il semble très épris de la jeune femme, et prêt à tout pour elle, lui aussi. Paul Drake ayant trouvé l’adresse de Patton, l’avocat se rend à l’appartement de l’arnaqueur. Il y découvre le cadavre fraîchement poignardé de Frank Patton. Une voisine ayant entendu une altercation dans ce logement, entre une femme et l’occupant, a appelé un agent de police. Perry Mason fait semblant de n’être jamais entré dans l’appartement, se plaçant dans une mauvaise situation.

L’avocat déniche l’endroit où se cache Margy. C’est chez son amie Thelma Bell, elle aussi victime des promesses mensongères de Patton. Toutes deux nient l’avoir tué, mais elles ne peuvent qu’être fortement suspectées. Thelma a un alibi, mais Mason doute. Quand il interrogera l’homme en question, des petits détails relativiseront le témoignage favorable. Pour Bradbury, aucune hésitation sur l’identité du coupable : c’est le Dr Robert Doray. Il est, de son point de vue, essentiel de préserver l’innocence de Marjorie. Les inspecteurs de police Riker et Johnson s’invitent au bureau de l’avocat, afin de déterminer le rôle de celui-ci. Perry Mason s’en tient à sa version : il n’est pas entré dans l’appartement.

Une soi-disant Vera Cutter s’est adressée au détective Paul Drake. Elle a décrit Bob Doray comme un type irritable et brutal, jaloux de Patton, venu à Los Angeles pour supprimer son rival. Mais l’identité de cette Vera Cutter est carrément incertaine, de même que son témoignage. Drake apprend que le couteau ayant service d’arme du crime appartenait bel et bien à Robert Doray. Ce qui le rend plus suspect que jamais. Pour les policiers Johnson et Riker, l’avocat l’est tout autant. Perry Mason peut espérer que le sergent O’Malley, de la Criminelle, soit moins obtus…

Erle Stanley Gardner : Jeu de jambes (Perry Mason L’avocat justicier, Omnibus, 2017)

Ce qui est notre plus grand handicap, expliqua Mason, c’est ce concours. Aux yeux de l’Américain moyen, une fille qui n’hésite pas à se faire photographier les jambes et les cuisses nues est un être sujet à caution. Vous me direz que ces concours sont répandus chez nous, qu’ils sont presque devenus une institution nationale. N’empêche. En son for intérieur, chaque homme, chaque femme considère que les lauréates d’un tel concours sont plus ou moins des jeunes filles perdues.
— Je vois, répéta Bradbury. D’ailleurs, je tiens à vous prévenir que vous n’avez pas besoin de vous justifier à mes yeux. Vous entreprenez ce que vous voulez pour arriver au résultat que je désire. Je ne vous sous-estime pas non plus. Vous êtes probablement le meilleur avocat de cet État et je sais que, quoi que vous fassiez, ce sera au mieux des intérêts dont vous aurez été chargé. La seule chose que je vous rappelle, c’est qu’en aucun cas Margy ne doit payer pour ce crime. Et pour la sauver, je n’hésiterais pas à impliquer qui que ce soit. Vous entendez, Maître ? Qui que ce soit…

Erle Stanley Gardner : Jeu de jambes (Perry Mason L’avocat justicier, Omnibus, 2017)

Piqûre de rappel pour cet ‘Omnibus’ rassemblant sept romans d’Erle Stanley Gardner, avec pour héros l’avocat Perry Mason : Cœurs à vendre, La prudente pin-up, Jeu de jambes, L’Hôtesse hésitante, Gare au gorille, La nymphe négligente, La vamp aux yeux verts. Le titre évoqué ici, “The Case of the Lucky Legs”, la troisième enquête de Perry Mason, fut publié en 1934. Il parut en français sous le titre “Jambes d'or” aux Éditions Arthaud en 1949. Puis il fut publié en français dans une nouvelle traduction d’Igor B.Maslowski, sous le titre “Jeu de jambes”, dans la collection Un Mystère des Presses de la Cité, en 1956. C’est de cette traduction qu’il s’agit ici.

En postface de ce dernier ‘Omnibus’, Jacques Baudou recense les adaptations cinéma et télé des enquêtes de Perry Mason. Il évoque les comédiens qui incarnèrent ce personnage à l’écran. “The Case of the Lucky Legs” fut adapté au cinéma en 1935, par le cinéaste Archie Mayo. Warren William était Perry Mason, et Geneviève Tobin tenait le rôle de Della Street. Avec Patricia Ellis (Margie Clune), Lyle Talbot (Bob Doray), Peggy Shannon (Thelma Bell), Porter Hall (Bradbury), Craig Reynolds (Frank Patton), Allen Jenkins (Drake). De 1934 à 1936, Warren William endossa le personnage de l’avocat dans quatre films. Selon Jacques Baudou, Geneviève Tobin fut une excellente Della Street, son unique prestation dans ce rôle. De 1957 à 1966, furent tournés 271 épisodes de 60 minutes dans la série Perry Mason. En décembre 1959, fut diffusée aux États-Unis une adaptation-télé du même roman, avec Raymond Burr (Perry Mason), Barbara Hale (Della Street), et William Hopper (Paul Drake).

Pour situer l’avocat et son état d’esprit, voici deux courts extraits qui en disent long. Une clarification face à son client : “Vous m’avez engagé pour représenter vos intérêts, mais je suis votre avocat et non votre employé. Ma situation pourrait se comparer à celle d’un chirurgien. Si vous en aviez un, que vous avez chargé de vous opérer, vous ne lui diriez certainement pas comment s’y prendre…” Par ailleurs, Della Street s’inquiète que son patron prenne trop de risques : “Mais vos confrères ne jouent pas au détective. Ils attendent que la police débrouille le mystère et se contentent ensuite de défendre l’accusé qui fait appel à eux. — Question de tempérament, Della. — Avec le vôtre, vous vous trouvez souvent impliqué dans des crimes… C’est vrai, si vous n’étiez pas comme ça, vous ne seriez pas Perry Mason.” Un professionnel, aux méthodes souvent hors normes, donc.

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 04:55

Avec ses décors typiques, ses splendides paysages côtiers ou plus montagneux, la Corse a des aspects paradisiaques. Même quand, au cœur de l’été, sévit la canicule. Le tourisme fait partie intégrante de la vie des insulaires. Néanmoins, il leur arrive de s’interroger sur la quantité de riches Russes, peut-être mafieux, prenant l’habitude de fréquenter l’Île. Un grand maître des échecs, qui semble proche de Poutine et des services secrets russes, fait partie de ces nouveaux "amoureux de la Corse". Toutefois, il reste des villages comme ceux du Haut-Nebbiu, majoritairement peuplés d’une population locale. Quelles que soient les éventuelles divergences d’opinion, les chasseurs y pratiquent toujours des battues aux sangliers. Qui entraînent parfois des accidents de tirs mortels, toujours explicables.

Âgé de quatre-vingt-quatre ans, Ferdinand Squaglia fait figure de patriarche dans cette région de Corse. S’il n’est plus guère fringant, c’est dû à la vieillesse autant qu’à une vie qui ne l’a pas épargné. Quarante ans plus tôt, l’été 1976 fut aussi caniculaire que celui-ci. Surtout, les esprits s’échauffaient, et les autonomistes s’organisaient pour démontrer leur force. Éleveur bovin, Ferdinand n’approuvait pas cette agitation de jeunes excités. Son fils Stefanu n’y était pas indifférent, lui. D’ailleurs, il était l’ami d’Antoine Rimigni, plus engagé que lui dans la lutte indépendantiste armée. C’est ainsi que Ferdinand et Stefanu finirent par avoir des ennuis avec les autorités. Tous deux furent incarcérés durant de longs mois, ce qui occasionna fatalement la ruine de leur élevage laissé entre-temps à l’abandon.

Certes, un soutien financier de leurs concitoyens les aida à rebondir. Et Félix Rimigni, père d’Antoine, accepta d’acquérir des terres sans grande valeur appartenant aux Squaglia. En quelques années, Ferdinand perdit son fils Stefanu, puis son petit-fils Étienne. De famille, il ne lui reste plus que son arrière-petit-fils Pierre-Baptiste et Maryline, la veuve d’Étienne. Pas facile de s’entendre avec la jeune femme, qui n’ignore pas que les décès de Stefanu et de son mari avaient certainement un lien avec le mouvement autonomiste corse. Car le contexte nationaliste a évolué en quatre décennies, écartant des activistes, en supprimant d’autres. Ferdinand a récemment engagé un détective privé afin de déterminer les responsabilités de quelques personnes dans les malheurs qu’il a traversés.

Ancien flic, le détective Firmin Lagarce y voit l’occasion de décrocher le pactole, laissant son jeune assistant arabe mener l’essentiel des investigations. S’il existe un rapport avec les remous meurtriers autour des Russes envahissant l’Île, ça peut même avoir un sacré retentissement. Mais c’est principalement parmi la population du Haut-Nebbiu que l’on compte plusieurs victimes en cet été 2016…

Olivier Collard : Sulleone (Éditions du Cursinu, 2017)

— Quand les dissensions ont commencé à miner le mouvement nationaliste, Stefanu a profité d’une réunion politique pour dire à certains leurs quatre vérités. Il est revenu sur cette affaire, disant à qui voulait l’entendre que vingt ans auparavant, il y avait déjà des falsacci parmi eux. Que c’était à cause de ces faux-frères que l’organisation était au bord de l’implosion. Qu’il était temps de prendre des mesures pour séparer le bon grain de l’ivraie. Il a dit ça devant toute la clique, avec le franc-parler qu’on lui connaissait. Fidèle à ses convictions, Stefanu avait parlé avec son cœur, sans mesurer les conséquences.
— Quelles conséquences ?
— Peu de temps après, le mouvement a connu une épuration. Certains l’ont tenu pour responsable, à cause des propos très explicites qu’il avait tenu peu de temps avant. Contre les traîtres.

Cet authentique roman noir s’appuie sur une intrigue criminelle, comme il se doit. La mort et la vengeance, thèmes intemporels des histoires policières à suspense. Quand le récit a pour décor la Corse, viennent à l’esprit les vieux clichés, entre omerta et vendetta. Sans doute n’est-ce pas absolument inexact : l’auteur évoque lui-même des silences et autres témoignages fallacieux, permettant de "couvrir" des morts suspectes ou certains méfaits. Les forces de l’ordre n’ont pas à se mêler d’affaires concernant les Corses. Une manière de préserver l’identité forte des habitants-natifs, estiment-ils.

Le véritable sujet traité par Olivier Collard, c’est l’évolution de l’Île depuis une quarantaine d’années. Au cours de la décennie 1970, on magouillait sur les cheptels pour obtenir des aides de l’Europe, avant que ne grossisse l’idéologie indépendantiste. Un activisme radical naquit bientôt, ponctué d’affrontements violents, d’attentats, de conférences de presses cagoulées, ainsi que de divisions chez les nationalistes corses. Sincérité des uns, objectif plus financier pour d’autres, éventuelle rivalité de pouvoir, les arcanes de ce mouvement restent encore obscurs. Les conflits générationnels n’expliquent pas tout.

Il est probable que toutes les rancœurs ne soient pas éteintes, même si une sorte de "normalisation" est intervenue depuis. Car les gagnants s’enrichissent généralement au détriment de moins retors qu’eux-mêmes. Une facette plus sombre, moins glorieuse de la Corse. Telle est l’ambiance, polluée par des ambitions diverses, que décrit Olivier Collard dans “Sulleone”. Un roman à découvrir.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 04:55

Festival d’Avignon, au milieu des années 1970. En vacances, le détective David Morgon y accompagne son amie comédienne Magdalena Balka. C’est en leur présence que Nadine Casarès, vingt-six ans, est agressée à la terrasse d’un bar, place de l’Horloge. Issue d’une famille bourgeoise, le père étant cardiologue à Montpellier, Nadine a rompu avec les siens pour devenir actrice de films X et de théâtre pornographique. Avec son compagnon Sonny Reeves – un Noir américain – et leur troupe, elle jouait dans un spectacle érotique à la chapelle des Pénitents Blancs, à Avignon. Après l’agression, Nadine a été soignée dans une clinique, mais n’a pas tardé à s’enfuir et à disparaître volontairement. David Morgon suppose que c’est à cause de ses déboires parisiens, car elle est connue de la police.

Nadine et Sonny étant des consommateurs de marijuana, le détective découvre bientôt qui supervise le trafic de drogue local. C’est un nommé Henri Méjean, qui tient un bistrot en ville. Celui-ci ne se montre nullement coopératif, niant connaître le couple. Néanmoins, Morgon tient une piste. Il assiste clandestinement à une négociation entre Sonny et un homme mûr, l’Américain réclamant une rançon à l’autre en échange de Nadine. C’est alors que le détective est sévèrement assommé. On le jette bientôt d’un pont sur la Durance, le laissant pour mort. Peu de temps auparavant, un autre type y a d’ailleurs perdu la vie. Heureusement, Morgon est costaud, s’en tirant sans trop de dégâts. Il pense comprendre la combine montée par Sonny et Nadine, afin de récupérer un maximum de fric.

Le détective va fureter du côté de Montpellier, à la recherche de la famille de Nadine. Sa mère Mireille Casarès y habite bien, mais elle est partie pour Avignon. De retour dans la Cité des Papes, Morgon prend contact avec elle. Mireille Casarès semble tout ignorer des récents problèmes de sa fille, et de cette fameuse rançon. Elle engage le détective afin d’éclaircir la situation. L’inspecteur Boutang, avec lequel Morgon avait sympathisé lors de l’agression de Nadine, mène lui aussi son enquête sur l’affaire, le couple étant introuvable. Dans un mas de la région, le détective tombe sur le cadavre d’un des protagonistes. Il va s’intéresser à Germain Pradines, un politicien du Vaucluse. Ancien ministre, il s’est rallié au Gaullisme sous la 5e République, et espère être réélu député aux prochaines élections.

Germain Pradines habite un château au milieu de ses propriétés du côté d’Entraygues, le domaine d’Authon. C’est dans cette demeure que Morgon retrouve Mireille Casarès, future épouse du politicien. Quand le détective aura établi le rôle de Méjean dans l’affaire, celle-ci semblera close ou presque. Encore faut-il qu’il retrouve Nadine, si possible en vie…

David Morgon : Tirez le premier, monsieur le ministre (Fleuve Noir, 1977)

— Voici comment je vois l’affaire, repris-je. Depuis que la police a fermé leur fameux théâtre porno, Sonny Reeves et Nadine Casarès sont sur la paille. Certes, ils ont monté une nouvelle troupe de théâtre, mais ils bouffent de la vache enragée et vivent dans des conditions plutôt miteuses. Nadine, qui a l’air d’avoir une mentalité de vaincue, se résigne de son infortune. Ce n’est pas le cas de Reeves, qui a toujours vécu des femmes et veut continuer à le faire. Il sait que les parents de sa maîtresse sont riches et il veut en profiter…
— Je commence à piger, murmura rêveusement Magda.
— Il paye d’abord un toquard pour faire semblant de tuer Nadine, place de l’Horloge, avant-hier soir. Il faut qu’on croie que la vie de la jeune femme est en danger, que quelqu’un veut lui faire la peau. La mise en scène était parfaitement réussie puisque, le premier, je suis tombé dans le panneau…

David Morgon (1941-2008) était professeur de lettres. De 1974 à 1987, il publia trente-six romans dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. Il se servit du nom de son héros, un Lyonnais circulant en Volvo, amateur de cigarillos, de gastronomie et de bons vins, pour signer les polars de cette série. Les enquêtes de ce détective sont dynamiques, dans la tradition du genre, sans être d’une originalité absolue. Intrépide, le personnage prend souvent des mauvais coups, mais sa ténacité l’emporte toujours. Son instinct lui dicte de suivre telle piste plutôt qu’une autre, et de suspecter à peu près tout le monde.

Classique et solide, donc. En y ajoutant des allusions érotiques parfois très évocatrices, ou quelques scènes fort sanglantes, suivant ainsi les tendances des romans policiers de l’époque. Selon le témoignage de Jean-François Coatmeur, à la fin de sa carrière, David Morgon regrettait quelque peu de ne pas avoir obtenu une meilleure consécration. Il est vrai que ce héros n’est peut-être pas l’égal de Nestor Burma. Malgré tout, il s’agit de bons scénarios, “divertissants” comme les a qualifiés le Dictionnaire des Littératures Policières, de Claude Mesplède. Paru en 1977, le présent roman en donne un exemple. En outre, il a le mérite de se dérouler en marge du célébrissime Festival d’Avignon.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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