Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:09

Gisors est une petite ville riche d’Histoire, située dans l’Eure entre Paris et Rouen, au bord de l’Epte, aux confins du département de l’Oise. Celui que d’aucuns appellent ici l’Albinos se nomme Germain Gouyaude. C’est un retraité de la police criminelle. Voilà quelques années qu’il vit avec une compagne plus jeune que lui, Aline Gruber. C’est une femme ordinaire, discrète, plutôt banale, qui ne se pose guère de question sur leur couple. Pour arrondir ses fins de mois, Germain Gouyaude est gardien d’usine à temps partiel. Sa passion, ce sont les livres : ce lecteur assidu en a rempli sa maison. Avant tout, même s’il peut lire autre chose, ce sont les polars qui le passionnent. Il fréquente très régulièrement la boutique du bouquiniste Mérouilleux, qui présente beaucoup de choix à moindre coût.

Ce jour-là, dans un livre de Françoise Sagan, se trouve un papier façon bristol comportant un curieux message : “Je sais que vous avez tué une femme. Ce crime est resté impuni, mais ça pourrait changer”. Ce pourrait être autant une mauvaise plaisanterie qu’une vraie menace. Le soir-même, Germain Gouyaude décède d’un infarctus. Sa compagne retrouve le message et s’interroge. En effet, huit ans plus tôt, elle fut impliquée dans la disparition de Colette Sénardin, amie intime de Germain. Après la mort de son compagnon, ne va-t-on pas chercher à l’atteindre à son tour ? Aline contacte Joseph Chalampin, ex-collègue de Germain, auquel elle raconte toute l’affaire et à qui elle confie ses craintes.

Jo Chalampin resta un inspecteur de police de base, tandis que son ami Germain sut tirer son épingle du jeu et monter en grade. Il avait pourtant quelques taches sur son dossier professionnel et n’était pas tellement compétent, ce cher Gouyaude. S’il vérifie ce que lui raconte Aline au sujet de Colette Sénardin, Jo n’est pas absolument surpris. Maintenant, sans mener une véritable enquête dont il n’a pas les moyens, Jo tente de comprendre par quel hasard Germain est tombé sur ce papier, ce message. S’il y a un second bouquiniste à Gisors, qui propose peu de livres populaires, c’est plus sûrement chez Mérouilleux que s’approvisionnait le défunt. Le bouquiniste connaissait bien Germain, bien entendu, mais il se souvient mal de cet exemplaire du récent roman de Sagan, d’ailleurs quasiment neuf.

Tout ce que Mérouilleux apprend à Jo et Aline, c’est que Germain achetait également bon nombre de romans pornographiques. Ce qui étonne fortement sa compagne. Imaginer que Germain ait appartenu au très secret club libertin de Gisors ? Aline se refuse à croire une telle supposition. Dans une petite ville comme ça, les racontars circulent vite grâce à des commères malintentionnées. Faute d’indices, Jo abandonne ce semblant d’enquête aux hypothèses trop incertaines. Mais se produit un rebondissement décisif, quand est trouvé le cadavre d’une jeune femme de Gisors…

Pierre Siniac : Des amis dans la police (Le Masque, 1989)

Elle avait une fois de plus ce maudit livre entre les mains. Elle le feuilleta de façon machinale et n’y vit pas de page cornée. Germain était-il en train de lire ce roman ? Le fait de l’avoir trouvé sur la table de nuit ne prouvait rien. Le carton était-il une marque pour retrouver une page ? Sûrement non, car Germain avait la fâcheuse habitude de corner les pages du livre qu’il était en train de lire. En feuilletant à nouveau le Sagan, attentivement cette fois, elle crut trouver – le pli était infime – deux pages qui avaient été cornées, la 9 et la 12. Mais comme il s’agissait probablement d’un livre acheté d’occasion, ces pages pouvaient avoir été cornées par le lecteur précédent. Tout cela ne démontrait absolument rien, ne fournissait aucun éclaircissement.

On peut souhaiter que Pierre Siniac (1928-2002) ne soit pas trop vite oublié par le public amateur de polars et de romans noirs. Pour ses admirateurs fervents, il reste l’auteur de la série “Luj Inferman’ et La Cloducque”, des histoires marquantes par leur fantaisie et leur non-conformisme. On peut se souvenir également que le film “Les morfalous” (d’Henri Verneuil, 1984) était une adaptation d’un de ses titres parus dans la Série Noire, où furent publiés une bonne quinzaine de ses romans. Pierre Siniac eut de nombreux éditeurs, de la collection Engrenage du Fleuve Noir à Rivages/Noir, en passant par la coll.NéO et même Le Masque – plus coutumier des stricts romans d’énigme et d’enquête.

Intrigue mystérieuse, certes. Car rien n’est dû au hasard dans un roman policier, même court comme celui-ci. Une explication alambiquée nous offrira les clés de l’histoire. En réalité, Pierre Siniac en profite pour rendre hommage à beaucoup de grands auteurs de la littérature policière. “Parmi les grands lecteurs de polars, nous avions le docteur Petiot. Il serait amusant de savoir quel est l’auteur qui l’a inspiré. Mais il n’y a pas que les lecteurs. Les auteurs, aussi, travaillent un peu du chapeau.” D’une certaine manière, il salue le rôle des bouquinistes qui permettent aux dévoreurs de livres d’en acheter d’occasion, sans se ruiner. C’est d’ailleurs chez eux qu’on dénichera ce roman publié en 1989, non réédité.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
commenter cet article
27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:09

Aux États-Unis, à la fin des années 1950. Marié depuis deux ans à la blonde Mona, Ted Lindsay est journaliste à Louisville. Du moins l’était-il jusqu’au sinistre départ de sa compagne. Ted s’est alors enfoncé dans la dépression. Le docteur Strom ne préconisa qu’une seule thérapie : un changement de vie radical, ailleurs. C’est ainsi qu’il est parti s’installer à New York. Ted n’a pas tardé à trouver un job de serveur de nuit dans un bar-restaurant de quartier, chez Grace. Ce n’est pas très loin de la 73e Rue Ouest, où il loge. Ted n’oublie pas complètement Mona, mais débute pour lui une existence routinière. Sans femme, donc sans rapport sexuel, ce qui commence à lui turlupiner la virilité.

Un jour, dans la rue tout près de son studio, Ted flashe sur une brune, qui représente pour lui l’idéal, la femme de ses rêves. Certes, il a bien tenté une torride relation avec la rousse Rosie Ryan. Une bombe sexuelle, certainement. Une nymphomane qui l’aurait vite mis à plat, s’il avait persévéré. Tandis que la brune inconnue, c’est autre chose de beaucoup plus fort. Il a l’intuition que c’est le destin qui passe, qu’il ne doit surtout pas louper. Il réussit à découvrir l’identité de la jeune femme : Cinderella Sims. Toutefois, le premier contact avec celle-ci s’avère très tendu, car elle le braque avec un flingue. Elle exige de savoir pourquoi il la surveille. Ted ne lui cache rien, avant que ce soit à son tour de s’expliquer.

Cindy a été employée dans un casino du Nevada. Elle y fut témoin d’une embrouille, où un pigeon se fit arnaquer par un petit groupe d’escrocs, dirigé par un nommé Reed. Boulot de professionnels, pour un joli pactole : 50.000 dollars en billets de vingt. Sauf que c’est Cindy qui a ramassé le butin et s’est enfuie avec, jusqu’à New York. Où Reed et sa bande ont de bonnes chances de la retrouver, craint-elle. Ted accepte de protéger Cindy, prête à lui céder la moitié de la somme ; à lui céder son magnifique corps, aussi. Ayant le projet depuis longtemps de diriger son propre hebdo local, Ted imagine déjà une vie future avec Cindy. Encore faut-il se débarrasser de la menace, le gang de Reed n’étant pas loin.

Non sans risques, Ted est parvenu à récupérer le paquet intégral de dollars. Peu après, le couple prend l’avion pour Phoenix (Arizona), s’espérant hors de portée de Reed. C’est là que Ted commence à s’interroger sur l’histoire que lui a racontée Cindy. Rocambolesque quand même, ce scénario. Et puis, tous ces billets ont-ils réellement la moindre valeur ? La rencontre entre Cindy et lui, est-ce totalement le hasard ? Le périple du couple va les entraîner de Phoenix jusqu’à San Francisco, puis à un bungalow délabré à la lisière de Madison City dans le Nevada. Avec Reed et ses hommes à leurs trousses…

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)

J’évaluai mes chances de lui casser la gueule et conclus qu’elles étaient infimes. Même sans arme, il m’enverrait très certainement au tapis. Avec l’arme, j’étais fichu. Il me suffisait de sortir de ma cachette pour signer mon arrêt de mort. Je songeai quelques instants au plaisir que ce serait de ne pas être mort. La perspective de saigner plusieurs heures sur le trottoir et de passer quelques jours à la morgue, allongé sur une dalle grise et froide, et plusieurs éternités au fond d’un trou à Riker’s Island n’avait rien d’alléchant.
Et donc ? Une autre possibilité s’offrait à moi. Je pouvais faire demi-tour, longer le hall dans l’autre sens, échanger en marmonnant des politesses absurdes avec l’imbécile de portier et m’en aller. Ça ne me ferait pas courir grand danger. Ce serait un jeu d’enfant. Je dirais un tendre au revoir à Cinderella Sims, un autre tendre au revoir à cinquante mille dollars, et basta. Ça valait mieux que de dire un tendre au revoir à la vie, non ?

Ce roman de Lawrence Block fut publié sous le pseudonyme d’Andrew Shaw, nom collectif utilisé aussi par Donald Westlake (et d’autres) pour une collection de romans "sexy". En effet, quelques scènes assez chaudes pour l’époque parsèment cette histoire. Ce livre fut exploité sous plusieurs titres : “$20 Lust” puis “Cinderella Sims”. Il n’a été traduit qu’en 2003, quand Lawrence Block a intégré ce polar dans sa bibliographie.

Il en est au tout début de sa longue carrière de romancier quand il l’écrit. Pourtant, on sent de la maturité dans cette intrigue. Notamment dans la manière d’évacuer les étapes précédentes qui ne servent plus à alimenter le récit. Exit le souvenir de Mona, puis fini le bistrot de Grace, dès que Ted Lindsay est lancé dans une aventure qui se doit d’avancer à bon rythme. Quand vient le moment de "faire le point", nul besoin de multiplier les pages. L’action redémarre bientôt. N’espérons pas que triomphe la moralité dans ce noir conte de fées version Lawrence Block.

Outre une forme d’humour, on peut noter la concision des descriptions, qui suffit pourtant à indiquer le climat général : “Le quartier était intéressant. Plein de gouines et de pédés – les plus discrets du lot, ceux qui ne se voyaient pas habiter le Village – plus une bande d’Irlandais qui venaient picoler dans les merveilleux bars de Columbus Avenue, une pincée de Portoricains et un échantillonnage des divers specimen qu’on rencontre à Manhattan. Le quartier se composait de petits magasins, de bars et de commerces dans Columbus Street et Amsterdam Avenue, et de magasins plus importants et de restaurants dans la 72e. Il y avait surtout des maisons de grès brun, avec parfois un immeuble en brique dans les rues adjacentes. Ceux qui aiment ça tombaient de temps en temps sur un arbre…” Un roman de Lawrence Block qui ne manque pas de qualités.

Lawrence Block : Cendrillon, mon amour (Éd.Seuil, 2003)
Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
commenter cet article
26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:05

Autour de Noël vers 1960, dans la station de sports d’hiver de Morroux, en Haute-Savoie, non loin de Thonon-les-Bains, Chamonix et Genève. Mariés depuis quinze ans, Raymond Curel et son épouse Hélène y ont acheté un chalet et un bar-club, La Paillotte, dont la gérance a été confiée à leur associé Georges Dompierre. Un investissement pas tellement rentable à vrai dire, ce bar peu fréquenté. Pour ces vacances, le couple Curel a invité dans leur chalet une poignée d’amis. Il y a là Sylvette, la nièce d’Hélène, et son fiancé Philippe Massy, étudiant en médecine. Et puis la brune Catherine Jonzac, une séductrice qui allume volontiers les beaux mâles. On la voit beaucoup avec un moniteur de ski, Laurent, dont la petite amie finit par provoquer un esclandre au chalet.

Ce genre de petits incidents amuse le dernier invité, Boris Watroff. C’est un pique-assiette, qui se revendique dilettante. S’il prétend pratiquer la voyance par les cartes, il observe surtout ce petit cercle d’amis, notant tout ça dans un cahier qu’il dissimule. Après le 23 décembre, marqué par les chamailleries sentimentales autour de Cathie, la journée du 24 va bientôt être centrée autour de l’accident de ski du fiancé Philippe. Puisqu’il est transféré à l’hôpital de Thonon, Sylvette suit le mouvement. Boris remarque que les skis de Philippe ont été sabotés, cause de sa chute. Tous les habitants du chalet peuvent être suspectés. Mais rien ne prouve que c’était bien l’étudiant qui était visé, il peut s’agir d’une erreur sur les skis tous rangés au même endroit, à l’entrée du chalet.

Pendant ce temps, les gendarmes de Morroux sont à la recherche d’Antoine Vézat, un gars d’ici qui vient de tuer sa femme et son beau-père à coups de fusil à chamois. Craintive, Hélène Curel se demande s’il présente un danger pour eux. Le réveillon du 24 décembre à La Paillotte n’a été que très relativement festif. D’ailleurs, Raymond s’est vite éclipsé pour trouver dans la station quelque jeune femme de passage qui voudrait coucher avec lui. Au matin du jour de Noël, Cathie est la première à emprunter le télésiège afin d’aller faire du ski. Elle va être assassinée, probablement par l’arme d’Antoine Vézat, le criminel fuyard. Toutefois, Hélène se rend compte que la victime portait son anorak rouge. N’était-elle pas la cible espérée de ce meurtre ? Une autre erreur, après le cas de Philippe ?

Fiévreuse, Hélène imagine des raisons de soupçonner Raymond, car elle est sans illusion au sujet des infidélités de son mari. La nervosité de Laurent, le moniteur de ski, est bien justifiée, elle aussi. Les gendarmes l’ont longuement interrogé, après que les amis de Raymond et Hélène aient suggéré son nom. Mais un cadavre caché sous la neige, puis un meurtre simulant un suicide vont relancer l’affaire…

Michel Lebrun : Quelqu’un derrière la porte (Coll.Un Mystère, 1960)

— J’en ai plus qu’assez de l’ambiance qui règne dans le chalet et à La Paillotte. On ne dirait pas un groupe d’amis réunis pour réveillonner dans la neige, mais un panier de crabes où tout le monde tente de déchirer tout le monde ! Je ne suis pas fâchée de vous laisser entre vous. D’ailleurs, rien ne m’ôtera de l’idée que Philippe et moi vous gênions pour laver votre linge sale.
— Qui parle de linge sale ? Nous nous adorons tous. Et qui aime bien châtie bien, voilà tout. Ça fait des années que ça dure et nous nous en trouvons très bien. Il n’y a aucune raison que cela change.
Boris la laissa soulever la valise et quitter la chambre. Avec un soupir, il reprit le cahier dans le tiroir, regarda autour de lui comme pour lui trouver une autre cachette, et finit par le plier en deux dans le sens de la hauteur et par le mettre dans une de ses poches…

On peut espérer que ce grand romancier populaire que fut Michel Lebrun (1930-1996) reste dans les mémoires des amateurs de littérature à suspense. Car les ambiances très vivantes, les portraits parfaitement crédibles et les intrigues impeccables font que les romans de Michel Lebrun appartiennent à l’élite du polar. “Prenez les meilleurs amis du monde. Enfermez-les pendant quinze jours ou un mois dans un lieu clos. Examinez-les à la loupe au bout de ce temps. Ils se sont transformés en ennemis mortels. L’amitié ne résiste pas à la concentration” : c’est l’idée qu’il exploita ici.

En ajoutant un décor savoyard à Noël, un tueur en cavale, un mystérieux Monsieur X fréquentant le bar La Paillotte, et un personnage cynique tel que Boris, l’histoire s’avère rapidement entraînante. Pour les lecteurs actuels, ce sera un voyage dans le temps, à l’époque des Peugeot 403 et DS Citroën, des premières stations de sports d’hiver. Ce qui vaut bien les "polars historiques", non ? Publié en 1960 dans la collection Un Mystère, ce titre fut réédité en 1967 chez Presses de la Cité, en poche Policier.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
commenter cet article
24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 06:39
Joyeux Noël 2016 – et vive le polar !

Noël, c’est le moment idéal pour se faire plaisir. Les lectrices et les lecteurs de polars en profitent certainement pour s’offrir quelques romans, ou pour faire des cadeaux à leurs proches, à leurs amis.

Si l’on ne sait trop quels titres choisir, on peut toujours consulter le TOP 20 des meilleurs polars 2016 d’Action-Suspense.

Que vous fréquentiez ce site ponctuellement ou très souvent, merci de vos visites. Je vous adresse à toutes et à tous un très JOYEUX NOËL !

Les premiers titres de janvier 2017 sont déjà dans les starting-blocks : l’année à venir s’annonce encore riche en excellents polars, qu’on se le dise ! Je ne tarderai donc pas à en chroniquer un maximum ici.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
commenter cet article
23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:18

À Montmartre, le commissaire Léon est entouré de Nina Tchitchi, Pinchon et Bornéo, une équipe de policiers inefficaces bien que très actifs. Il vit avec son chien Babelutte dénué de flair et sa mère Ginette, aussi Belge qu’intrusive dans la vie de son fiston. Le QG de Léon, c’est Le Colibri, le bistrot de Jeannot au cœur du quartier. Pour les ébats sexuels, il peut compter sur Lou, moitié serveuse de bar, moitié pute. Le commissaire n’est pas loin d’en tomber amoureux. Il va bientôt devoir s’immiscer chez les Rastignac, la famille bourgeoise de Lou, car de curieux événements s’y produisent. Le soir de l’anniversaire de l’homme d’affaire Arnaud Rastignac, celui-ci et son chauffeur Georges périssent dans un accident.

Pour Léon, cette famille habitant une belle propriété à Chantilly mérite qu’on s’y intéresse. Il y a le patriarche, Lionel, fondateur de l’entreprise qui a fait leur fortune. Aujourd’hui, il est en fauteuil roulant, et le seul à savoir où est caché un lot de pierre précieuses. Vient ensuite Jacqueline Rastignac, l’épouse oisive d’Arnaud. Heureusement qu’elle a Paula, leur employée de maison, pour s’occuper de tout car elle ne brille pas par son intelligence. Le fils aîné et successeur d’Arnaud, c’est Jean-François. Il est marié à Muriel, une gourde, qui lui a donné une fille moche, Violette. Écœuré, son bonheur amoureux, il l’a trouvé ailleurs et autrement, Jean-François. Ensuite, voici Alice, la sœur célibataire, détestant toute sa famille, férue de sorcellerie satanique à base de maléfiques amulettes.

Outre la jeune Louise (Lou), reste Maurice – dit Mômo – le fils attardé mental, protégé autant qu’elle peut par Paula. Quand il ne cherche pas à voir les culottes des filles, Mômo passe son temps avec Zazou, son lapin empaillé qu’il traite comme s’il était vivant. Après l’accident suspect de son père, Lou sent planer une menace autour d’elle. Ça lui donne le cafard et ça l’angoisse fortement. Quand la petite Violette disparaît dans le parc de leur propriété, les Rastignac sont bien obligés de s’adresser à la police. Le commissaire Léon peut imaginer qu’il s’agit d’une simple fugue de la gamine. Au vu des circonstances de la mort d’Arnaud Rastignac et de son chauffeur, ça nécessite quand même une enquête.

À force de jouer avec les amulettes, Alice risque de s’y brûler. Croyant retrouver seule sa fille, Muriel est victime d’une violente agression et hospitalisée dans un état grave. De son côté, Jacqueline Rastignac s’aperçoit que son défunt époux menait une double vie. S’il se rendait souvent en Amérique, ce n’était pas uniquement pour son métier. C’est bientôt sur un meurtre que vont porter les investigations du commissaire Léon. Un indice probant va conduire à l’arrestation de Jacqueline, même si elle n’est sans doute pas coupable. Léon pourrait aussi bien soupçonner Mômo, peut-être pas si débile, ou l’aïeul Lionel. À moins que, dans l’ombre, n’apparaisse l’inquiétante silhouette d’un impitoyable vengeur…

Nadine Monfils : Il neige en enfer (Pocket, 2016)

Il était certes urgent d’éliminer Lou, cette poubelle à sperme qui salissait le nom des Rastignac. Mais il fallait d’abord tenter de sauver son frère. Viendrait ensuite le tour de sa mère, pour laquelle elle n’avait pas plus de considération que pour une plante verte. Le vieux ne serait pas épargné non plus. Ce n’est pas parce qu’il allait à la messe tous les dimanches qu’il était mieux que les autres ! Au contraire. Alice se disait que les bigots ont toujours quelque chose à se faire pardonner. Elle ne croyait pas en Dieu, sinon il aurait créé un monde parfait rempli de gens comme elle. En revanche, elle était persuadée que le Diable était là pour sauver l’humanité, si on prenait la peine de le solliciter dans un but louable, celui de débarrasser le monde de ses zones d’ombre. Quant à Mômo, il n’existait même pas. Celui-là serait le plus facile à éliminer. Elle le garderait pour le dessert.

Si la série des enquêtes du commissaire Léon ne sont pas aussi délirantes que les folles aventures de Mémé Cornemuse, et quelques autres titres bien déjantés de Nadine Monfils, c’est déjà une très bonne initiation à l’univers de cette romancière. Selon les épisodes, ce sont les "bras cassés" de son équipe de policiers, ou l’envahissante Ginette, la mère du commissaire, qui tiennent une grande place dans le récit. Dans “Il neige en enfer”, c’est la famille Rastignac qui est à l’honneur. Grandeur et décadence de la haute-bourgeoisie, pourrait-on dire en les observant. Caricaturaux, ces personnages ? Bien sûr, c’est le but. Néanmoins, on en arriverait presque à penser qu’il en existe de semblables.

La pétillante Nadine Monfils n’ignore pas qu’écrire une comédie policière, ça ne signifie pas seulement faire sourire les lecteurs. Si la fantaisie est indéniable et franchement agréable, l’intrigue n’en est pas moins celle d’un polar. L’accident mortel initial n’est pas le seul acte criminel, d’autres émailleront cette histoire. Malgré son apparent dilettantisme, la rigueur du limier n’étant pas sa qualité principale, comptons sur l’instinct du commissaire Léon ! On ne s’ennuie jamais en lisant les romans de Nadine Monfils.

Repost 0
21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:53

À l’automne 1923, Geoffrey Staddon est un architecte londonien à la réputation établie. Il est marié depuis dix ans avec Angela, fille du propriétaire des hôtels Thornton pour lequel Geoffrey conçut un des établissements de Londres. Le couple a perdu un fils en bas âge, et leur vie conjugale manque de chaleur. Geoffrey apprend qu’un drame vient de secouer la famille Caswell, à Hereford. Autour de 1910, il fut choisi comme architecte de la maison de Victor et Consuela Caswell, dans cette région à près de deux cent cinquante kilomètres à l’ouest de Londres. Ayant fait fortune au Brésil, d’où il ramena sa ravissante épouse, marié depuis un an, Victor Caswell appartenait à un milieu d’industriels du cidre.

Durant le temps de la construction, l’architecte eut souvent l’occasion de fréquenter la famille. Ainsi que le major Turnbull, grand ami de Victor. Le mariage combiné de Consuela avec Caswell ne pouvait apporter le bonheur à la jeune femme. Geoffrey et elle devinrent amants, envisageant de faire leur vie ensemble dès le chantier terminé. Tout était prêt, quand Geoffrey fut contacté pour un prestigieux projet sur Londres. Il renonça à l’idylle naissante avec Consuela, une rupture via une simple lettre explicative. Entre son propre mariage, la guerre 1914-1918 et le cabinet d’architecture, les années s’écoulèrent. Quand Geoffrey réalise que Consuela risque la pendaison pour meurtre, il décide d’agir.

Consuela est accusée du meurtre par empoisonnement de sa nièce, et d’avoir voulu tuer ainsi également sa belle-sœur et Victor, son mari. À l’évidence, l’arsenic utilisé est un désherbant dont se sert le jardinier de leur propriété. En outre, des lettres anonymes ont pu inciter Consuela à supprimer son époux, supposément volage. L’opinion publique locale est défavorable à la femme de Victor, puisque d’origine étrangère. Quand Geoffrey part se renseigner à Hereford, l’avocat de l’accusée n’est pas du tout optimiste. Il rencontre le jardinier et le majordome des Caswell, ainsi qu’Ivor Doak, l’ex-fermier miséreux que Victor priva de ses terres à l’époque, pour installer sa maison d’architecte.

Plus tard, ce n’est pas en Spencer Caswell, l’impertinent neveu de Victor, que Geoffrey pourra trouver un allié. Par contre, ses affinés se confirment avec Hermione, la sœur des frères Caswell. Célibataire et altruiste, elle refuse de croire dans la culpabilité de Consuela. Si Geoffrey a entrepris de sauver l’accusée, c’est également parce qu’il a reçu la visite de Jacinta Caswell, onze ans et demi, la fille de Consuela. Grâce à Hermione, il restera aussi discrètement que possible en contact avec l’enfant. Victor et Jacinta vont séjourner sur la Côte d’Azur, chez le major Turnbull : Geoffrey s’arrange pour les suivre jusque là, sous prétexte de vacances avec Angela. Victor Caswell ne lui cache pas son hostilité.

Tandis qu’Angela semble séduite par le major, Geoffrey s’interroge sur Imogen Roebuck, la gouvernante de Jacinta. Elle apparaît très proche de Victor. Par la suite, Geoffrey croise un des frères de Consuela, mais ce Rodrigo n’accorde qu’un mépris violent à l’architecte. Sir Henry Curtis-Bennett, grand avocat londonien, n’a que quelques semaines pour préparer la défense de Consuela. Si une lettre posthume de Lizzie, défunte femme de chambre de l’accusée, coûte cher à Geoffrey, elle permet d’éclaircir certains faits. Lors d’une mise au point avec son beau-père, le père d’Angela, l’architecte découvre des détails inattendus sur son propre passé. Si Geoffrey risque bientôt d’être lui aussi accusé de meurtre, il continue la mission qu’il s’est fixée…

Robert Goddard : Sans même un adieu (Sonatine Éd., 2016)

Jacinta ne me lâchait pas des yeux. Elle parlait avec une simplicité et une conviction qui faisaient tomber les dernières réticences que j’aurais pu avoir en estimant qu’elle n’avait pas toute sa lucidité et qu’elle se trompait. Il est tout à fait naturel pour une petite fille de croire sa mère innocente, même lorsque la culpabilité de celle-ci est manifeste. Mais était-ce là tout ce que signifiait sa détermination ? Et pourquoi, si elle avait raison sur ce point, Victor aurait-il dû me craindre ? […]
L’idée de Jacinta était on ne peut plus irréaliste. Si les preuves dont elle parlait existaient réellement, la police et les avocats de Consuela étaient beaucoup mieux équipés que moi pour les rassembler. Sans compter que je ne voyais pas comment expliquer à Angela qu’il me fallait de toute urgence me rendre à Hereford. Et que dire, une fois là-bas, à ceux qui me connaissaient ?

Avec “Sans même un adieu”, Robert Goddard démontre une splendide maturité d’écriture. Non seulement la structure scénaristique est d’une solidité à toute épreuve, mais la clarté du récit s’avère le grand atout favorable de ce roman. À l’opposé des intrigues cherchant à embrouiller l’esprit du lecteur en multipliant de nébuleux mystères, le narrateur Geoffrey Staddon raconte de façon lipide l’intégralité des faits. Dans un premier temps, ça implique des "retours en arrière" jusqu’à l’origine de sa relation avec les Caswell. C’est ainsi que nous faisons la connaissance des protagonistes de l’affaire, dont la plupart sont encore là une douzaine d’années plus tard. Aucune lourdeur dans cette "mise en place", puisqu’elle complète l’action présente, faisant comprendre la volonté du héros d’intervenir.

L’architecte Geoffrey est conscient qu’il a commis une erreur ou une faute, en délaissant la jeune femme dont il était épris. Il met tout en œuvre pour "réparer", même si ça ne doit pas être sans conséquence sur son confort de vie. Des remords l’habitent, sans doute. Un sens de l’honneur, également, qui correspond bien mieux à cette époque qu’à la nôtre. On est ici au début du 20e siècle, dans une Grande-Bretagne où les classes sociales sont très marquées. Les Caswell, ou même le beau-père de Geoffrey, font partie de la bourgeoisie d’affaire qui se place en caste dominante. Bien que connu et apprécié, un architecte reste au service de ces dirigeants. Et un avocat n’aura de poids que s’il est vraiment brillant. L’ambiance d’alors est restituée avec une très belle finesse, dans toutes ses nuances.

La sentimentalité serait encore un écueil dans un suspense de ce genre : l’auteur l’évite grâce au comportement qu’il prête habilement à Consuela. Si le bon-sens raisonnable et humaniste doit l’emporter, c’est bien Hermione Caswell qui symbolise cette idée-là. Pour captiver le lecteur dans un long roman tel que celui-ci (660 pages), il ne suffit pas de traquer des indices, d’élaborer des hypothèses, ou de privilégier un affrontement entre personnages. On veut ressentir la crédibilité de chacun, la possible véracité des situations. Ce que réussit parfaitement à transmettre Robert Goddard. Un vrai plaisir de lecture !

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
commenter cet article
20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 06:02

Tom Walsh s'est exilé dans les Midlands pendant sept ans. Il est de retour à Cornawona, son village d'Irlande. Il va épouser Claire O'Neill, la fille du vieux Paddy. Claire l'a attendu pendant tout ce temps, restant pure pour lui. Le couple s'occupera du "Corner Bar", le pub de Paddy. Mais Tom n'oublie pas ce qui motiva son départ. Le domaine de la famille Costello, "Castlehill", semble toujours le narguer. Un vieux contentieux l'oppose à Francis Costello, joueur impénitent et buveur excessif. Et puis il y a Nora, la sœur de celui-ci, pour laquelle il éprouve encore une trouble attirance. D’ailleurs, elle ne tarde pas à relancer Tom. Malgré Claire, il accepte de la rejoindre.
Reine, le lévrier de Claire, est malade. Des germes bactériens fragilisent ses pattes. Tom prend soin de la chienne, consulte un vétérinaire. Le traitement à base de piqûres guérit Reine. Tom remarque les qualités sportives de l'animal. Il entraîne Reine pour qu'elle soit prête à la compétition en cynodromes.

Alors que leur mariage est programmé, Claire comprend les raisons de Tom. Prendre une éclatante revanche sur son adversaire Francis Costello permettra à Tom de tourner définitivement la page. Et, peut-être, de s'écarter de la tentatrice Nora. La réputation de Reine, sous le nom de Connemara Queen, grandit dans la région. Toutefois, Reine reste une chienne fragile. Même s'il la prépare en fonction de ses handicaps, Tom n'est pas si certain qu'elle gagnera. En cas de victoire, Francis admettrait-il sa défaite ? Jusqu'où peut aller la passion du jeu ? Elle risque de finir par un drame causant plusieurs victimes…

Hervé Jaouen : Connemara Queen (Coop Breizh, 2016) – bilingue –

Qu’est-ce qu’une course de lévriers ? Un simple coup de catapulte qui expédie sur la piste deux, quatre, six, huit chiens. Les têtes s’aplatissent, les corps s’allongent démesurément, tous identiques et parallèles, puis les pattes antérieures griffent la terre battue, les ressorts s’enroulent et les cuisses puissantes propulsent les animaux vers un second allongement. Ensuite les lévriers glissent. Ils vont trop vite. L’œil est incapable de décomposer les mouvements. Ils n’ont plus rien à envier au lièvre mécanique qui file le long de son rail.
Quelques secondes d’acmé. Dans la cervelle des parieurs, le paroxysme éjacule du plaisir, à longs traits. Se remettre de l’éblouissement demande du temps. Entre l’arrivée de la course et l’explosion des hurrahs s’écoule un instant qui semble interminable.

"Perdre ou gagner sont les deux visages du même mal" dit Tom. Le joueur passionné prend le même plaisir dans les deux cas. S'il s'agit bien d'un roman sur ce thème, Hervé Jaouen ne néglige pas le contexte. L'Irlande, ses paysages, sa population, ses pubs : le lecteur est plongé dans un décor correspondant à la réalité. La rivalité entre les héros offre une ambiance très tendue, plus vert sombre (aux couleurs de ce pays) que vraiment noire. Une atmosphère de défi plane sur cette histoire, qui captive du début à la fin. Très vivant, fort excitant, une belle réussite.

Ce suspense n’en est pas à sa première parution : “Connemara Queen” fut publié en 1990 chez Denoël (coll.Sueurs Froides), réédité chez Folio en 1993 puis chez Folio policier en 1999. Il s’agit cette fois d’une édition bilingue Français/Anglais. En effet, le roman d’Hervé Jaouen a été traduit par Sarah Hill. Précisons que ce n’est pas une présentation double, page à page, mais que la version anglaise succède dans ce livre au texte en français. À lire donc soit séparément, soit d’une manière complémentaire. Sympathique initiative qui permet d’améliorer notre connaissance, souvent pleine de lacunes, de cette langue étrangère. Et cela, en appréciant une bonne histoire.

Repost 0
19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 06:03

Portant éternellement une parka de cuir et un bonnet de laine, mal rasé, Tom Harouys n’a pas l’allure de sa fonction. Il est commandant de police dans l’agglomération nantaise. S’il a une amie, Harouys préfère cohabiter avec son chat, aussi exigeant et ingérable soit-il. Ce policier n’est pas en bonne santé, mais il néglige ses douleurs. Depuis une récente affaire, qui l’a opposé à un médiocre dealer prénommé Freddy, il pense que sa hiérarchie souhaite l’écarter au profit d’un collègue plus servile. Harouys est assisté par son jeune collègue Delorme, nettement moins chevronné que lui. Un crime sanglant a été commis dans une ferme rénovée des environs. La victime, un homme âgé, habitait seul dans cette maison isolée. Selon le voisin qui a alerté la police, il était peu liant, pas causant.

C’est le juge Beauger, pas vraiment sympathique avec ses idéaux passéistes, qui traite le dossier. Harouys n’échangera qu’un minimum d’informations avec lui. Le policier retourne sur les lieux du meurtre, cherchant aux alentours d’éventuelles traces de l’assassin. Oui, il en a laissé alors qu’il surveillait la maison louée depuis deux ans par sa cible. La victime poignardée se nomme Bernard Fresnel. Du moins est-ce le nom sur sa carte d’identité, en version cartonnée ancienne, plutôt facile à falsifier. En parallèle, Harouys continue à faire pression sur le dealer Freddy, hospitalisé. Ce minable est mêlé à une embrouille, dont il n’est certainement pas l’instigateur. Le policier n’éprouve aucun scrupule à le secouer, afin qu’il avoue ce qu’il sait. Au risque que Freddy soit lui-même en danger.

Vérification faite, la victime disposait en effet de faux papiers. Reste à savoir qui était le vrai Fresnel, dont il a usurpé l’identité. Faut-il imaginer qu’il a éliminé celui dont il a pris le nom ? Voilà quelques temps, le soi-disant Fresnel fut l’objet d’une plainte, suite à une altercation lors d’un accrochage en voiture. Le juge en charge de l’affaire ne voit là qu’un litige de base, dû à une incivilité courante. Harouys entreprend d’explorer la maison du prétendu Fresnel. En fouinant, le policier découvre une vieille photographie et, surtout, des documents bien cachés. Ils concernent un épisode de notre Histoire remontant au tout début des années 1960. Il apparaît évident que le faux Fresnel et ses deux amis, sur la fameuse photo, firent partie des "affreux" du Service d’Action Civique.

Même si le temps a passé, enquêter sur le SAC reste problématique. Ces mercenaires ont longtemps été protégés par les politiciens gaullistes et leurs héritiers. Les expériences de la France en Algérie sont encore considérées comme Secret Défense. Un portrait-robot suffira-t-il à Harouys pour reconnaître un assassin qu’il ne désapprouve pas ?…

Jean-Pierre Bathany : L’homme sous la pluie (Éd.Sixto, coll.Le Cercle, 2016)

— L’enquête en cours ? Elle n’a pas réellement débuté. Et puis Blanchet prendra la relève.
Harouys fut sonné par la proposition. Ce remplacement par un collègue, surtout Blanchet, il le ressentait comme une humiliation. La surprise passée, il refusa toute mise à l’écart, fut-elle momentanée. Il mènerait l’enquête jusqu’à son terme. Ce n’était pourtant pas l’envie qui lui manquait de prendre le large, de s’octroyer un peu de bon temps avec son amie. Mais il y avait ce crime dans cette maison isolée.

Dès l’entame de cette intrigue, le lecteur est invité à comprendre que les faits se réfèrent au passé. Une époque qui semble bien lointaine, ces années 1960. Un contexte différent de notre vie actuelle. Avec De Gaulle, "Le prestige de la France" devenait le maître-mot, notre pays étant évidemment "en avance" sur quasiment toutes les autres nations. Autonomie technique, scientifique, pétrolière, économique, nous étions le peuple le plus heureux du monde.

Certes, les magouilles colossales de la Françafrique succédaient à la défunte colonisation, et bien d’autres secrets scandaleux étaient couverts par le régime – les financements occultes enrichissant éhontément les proches du pouvoir. Le système taisait également la vérité sur des exécutions en bonne et due forme. Nulle tache ne devait salir le blason rutilant du gaullisme triomphant, le SAC y veillait.

C’est un héros fatigué que nous présente ici Jean-Pierre Bathany. Pas de heurt frontal avec la hiérarchie policière et judiciaire, mais il est bien obligé de masquer ses résultats. Il ne ménage pas sa santé pour éclaircir le mystère. Roman d’enquête, c’est vrai. Pourtant, c’est la noirceur qui domine, dans la vengeance en cours comme par l’origine de l’affaire. Un sombre suspense, à découvrir.

Repost 0
Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
commenter cet article

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/