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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 04:55

Instituteur à Lille, Bruno Delage rassemble dans une salle de l'ancienne Halle aux sucres des jouets destinés au "Noël des petits déshérités". Bruno est un grand échalas aux airs d'ermite sous-alimenté, allure qui ne paraît pas déplaire aux femmes. Du moins à Agathe, couturière bénévole de l'association. Vers la Toussaint, Bruno s'occupe des cadeaux offerts pour l'opération caritative, quand une gamine d'à peine six ans vient le voir. Emmeline (Line) Paganel sollicite comme cadeau du Père Noël une panoplie d'arbitre de rugby. Voilà une curieuse demande, mais Agathe pense pouvoir arranger ça. Elle va aussi refaire une tenue de Père Noël plus seyante pour Bruno. Le rapport de séduction entre l'instituteur et Agathe déplaît fortement à Jean-Paul, le petit-ami de la jeune femme. Brave garçon, mais d'une sombre jalousie qu'Agathe s'efforce de calmer avec le sourire et ses charmes.

Bruno n'a pas tardé à retrouver la petite Line et sa mère, Jessie Crespin. Il éprouve un coup de foudre pour cette jolie femme venue d'Avignon, installée depuis peu à Lille. Elle se confie bientôt à Bruno. Sans doute le parcours de Jessie fut-il plutôt chaotique. Sa seule attache restant à Avignon, c'est son amie Claudia, joueuse de rugby musclée autant que sensuelle, demi de mêlée au club de Montpellier. Elles avaient prévu de tenir une boutique de vêtements ensemble mais un homme s'interposa dans la vie de Jessie. Non pas le père de Line. Il s'agissait d'un architecte trentenaire avignonnais, Jérémie Fournier-Latour, qui fréquentait la bonne société locale. Derrière l'image flamboyante du prince charmant, il s'avéra vite manipulateur, humiliant Jessie. Entre attirance et répulsion, elle préféra le fuir. Aujourd'hui encore, Claudia le considère comme un pervers narcissique.

Bruno s'est rapproché de Line, à laquelle il apprend à écrire, et de sa mère. Avec Agathe et Jean-Paul, excellent cuisinier ayant tendance à forcer sur la boisson, ils pourraient former deux sympathiques couples d'amis. Agathe n'est pas non plus insensible à la douce sensualité de Jessie. Quand l'équipe de Montpellier vient affronter le Lille Métropole rugby club, ce peut être l'occasion de retrouvailles entre Jessie et Claudia…

Michel Quint : Si près du malheur à Lille (Petits polars du monde, 2015)

Qui d'autre que Michel Quint pouvait nous présenter une intrigue située à Lille, dans cette série des Petits polars du Monde 2015 ? Michel Quint, l'auteur à succès de “Effroyables jardins” ? Pensons plutôt au lauréat du Grand Prix de Littérature Policière 1990 pour son “Billard à l'étage” (Rivages/Noir). Récompensé encore en 2014 par le Prix Plume de Cristal du roman policier à Liège pour “Veuve noire” (L'Archipel).

Michel Quint a su renouveler son inspiration, s'intéressant aux traces que l'Histoire laisse sur les êtres humains. N'oubliant pas qu'il débuta dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, sous l'égide de Patrick Mosconi, il reste très attaché aux intrigues du roman noir. On le perçoit y compris dans ses romans littéraires, ou dans ses titres destinés à la jeunesse. Homme cultivé, Michel Quint est un grand écrivain populaire. Respect !

Ce texte est illustré par l'auteur de bédé Pozla. Puis, comme toujours dans cette saison 4 des Petits polars, nous pouvons suivre le journaliste Jean-Michel Boissier qui nous entraîne dans une “Échappée à Lille”. Outre les aspects historiques et touristiques, ou une visite à la maison natale de Charles de Gaulle, soulignons ce passage : “Du rugby féminin à Lille ? Certains lecteurs de la nouvelle de Michel Quint ont dû se pincer les mollets… ça fait un peu pruneaux d'Agen dans la tarte au maroilles.” Ce club existe bel et bien, pas moins méritant qu'un autre au niveau du palmarès. La ville du P'tit Quinquin (ou du Gros Quinquin, si l'on se souvient de Pierre Mauroy) a des côtés surprenants. Voilà qui complète fort bien la nouvelle imaginée par Michel Quint.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 04:55

Printemps 2011. Médecin, Mars Catalano habite Bandy, village du sud de l'Aisne. Elle s'est installée avec son mari Tony voilà cinq ans à la Maison des Dames. C'était la propriété agricole de ses parents adoptifs, aujourd'hui retraités. Rénovée, la demeure dispose de plusieurs corps d'habitation. Ça permet à Mars d'y héberger des proches. Telle son amie la dépressive Rita, employée d'un ministère. Ou le neveu de celle-ci, Adam Soledad, jeune journaliste de vingt-cinq ans. Tous les deux vivent ordinairement à Paris, soit un peu plus d'une heure de trajet. Adam a une amie de cœur, Cécile Obindi, future journaliste, native de Cotonou (Bénin). À la Maison des Dames, habite aussi Benn, médecin tchadien réfugié en France, participant à un réseau d'aide à des compatriotes. Même si Tony, voyageur, est souvent absent, le quotidien de Mars Catalano est bien rempli.

Un amnésique admis en psychiatrie dans un hôpital parisien cherche à entrer en contact avec Mars. Il semble que cet octogénaire nommé Marcus Braun soit son père biologique. Il lui ressemble, et connaît son vrai prénom, Marcelle. Se prétendant en danger, il apparaît paranoïaque. Les parents adoptifs de Mars n'ont, pour leur part, aucune information sur ses origines. Adam s'intéresse au cas de Marcus. Il ne tarde pas à découvrir l'adresse où logeait ce vieux magicien, rue Gambon. Avec sa compagne Ninel, qui a disparu quelques temps plus tôt, il faisait partie d'une communauté de personnes âgées qui se font appeler “les Indignés gris”. Toutes et tous ont, autrefois, appartenu au monde du spectacle. Plus tard, quand elle leur rend visite, Mars en apprend davantage sur le parcours de Marcus. Et surtout sur Catherine, cette mère qu'elle n'a pas connue.

Marcus a été abattu à l'hôpital. Ce n'est pas le seul cas de morts suspectes d'octogénaire, ces derniers temps. Il y eut aussi un certain Marc Alfort, vivant en Île-de-France. Ainsi que Marek, vieil éleveur de chiens à Bandy, dans l'Aisne. Trois hommes qu'Adam a interviewé pour un reportage destiné à une radio. Viendra ensuite le tour de Dora Wolf, une ancienne skipper âgée de quatre-vingt-cinq ans, vivant à Douarnenez, qui a coulé avec son voilier.

Si ça attire l'attention de Mars et de ses proches, la policière Aude Coutty et son amie la commissaire Beaudou vont bientôt vivement soupçonner Adam. Car il venait d'avoir un entretien en Bretagne avec Dora Wolf, à la vieille de sa mort. De son côté, Rita ne se porte pas mieux. D'autant moins que Sokhal, venu d'Irak, l'a recontactée. Cet homme fait partie d'une organisation agissant dans l'ombre, dirigée par une dame prénommée Fréha et son complice espagnol Teodoro. Les policières ou Mars et sa tribu, qui découvrira les dessous de cette série de morts suspectes chez des gens de plus de quatre-vint ans ?…

Danièle Ohayon : Les vieilles peaux (Lemieux Éditeur, 2015)

“Vieilles peaux”, la formule du titre semble inélégante. Elle indique le thème traité, le cas des gens vieillissants dans la société française actuelle. Après avoir été “d'âge mûr” en tant que quadras et quinquas, nous serons des “seniors” en devenant sexagénaires. Donc, nous resterons actifs, dynamiques, “encore jeunes”, même à l'heure de la retraite. Il ne s'agit pas seulement d'une question de langage, ou d'un refus de vieillir. L'objectif est tout autant commercial, au sens large. La population visée est de plus en plus nombreuse. Une part d'entre elle dispose d'un bon pouvoir d'achat. C'est ainsi qu'on incite ces “pas si âgés” à la dépense, à s'offrir une prétendue nouvelle jeunesse. On se laisse aisément duper, car il est tellement facile de feindre d'ignorer les ennuis de santé galopants qui nous attendent.

Si la Maison des Dames se veut un lieu d'accueil apaisant, au centre de cette histoire, on trouve d'abord et surtout une médecin humaniste, Mars Catalano. Entourée de plusieurs personnes, elle va en croiser un certain nombre d'autres, assez insolites. On sent que c'est là un choix de l'auteure, optant pour la diversité des portraits, et une autonomie dans le vécu de ces personnages. Chacun étant suffisamment singulier, le lecteur ne s'y perd pas. Danièle Ohayon a été journaliste radio pendant un quart de siècle. Pour ce premier roman, elle a choisi la littérature policière. Sans doute par goût de ce genre populaire, mais aussi parce qu'il permet de développer à la fois des idées et des intrigues, des ambiances et des péripéties. Plutôt qu'un strict roman d'enquête, c'est un climat empreint de questions qui nous est proposé. Ce qui aboutit à un fort agréable suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 04:55

Tant qu'il fut en poste à Paris, ce juge a longtemps été chargé de dossiers sensibles. Ce qui lui donna des habitudes de gros fumeur. Il dirigea même l'instruction ouverte après le meurtre du préfet de Corse, ce qui ne fut pas sans menace, ni sans conséquence pour sa carrière. Désormais, le magistrat exerce son métier en Alsace. Colmar est une charmante ville, pittoresque et ancrée dans ses traditions. Mais il s'y ennuie passablement, ce qui ne diminue guère sa consommation de tabac, et augmente nettement celle d'alcool. À cette époque des marchés de fin d'année, l'ambiance festive est prétexte à picoler un peu plus encore. Au volant de sa Mercedes 500E datant de 1992, il doit rejoindre sa sœur pour le repas de Noël. Il fait nuit quand il pris en filature, puis braqué par deux jeunes roulant dans une Honda Prelude d'aspect plutôt remarquable.

Le duo le dévalise, quelques billets et surtout son Manurhin, un six coup calibre 38 spécial. Plus qu'une arme fétiche, c'est sa garantie de survie au cas où un malfaiteur surgissant du passé venait lui demander des comptes. Le juge n'a d'autre choix que de la leur céder. Les spécificités de leur voiture devraient l'aider à retrouver les deux braqueurs, plus tard. Le plus gros, celui qui le menaça avec son fusil, s'appelle Rollo. Âgé d'à peine seize ans, le plus fluet se nomme Johann Boucherot. Il habite chez ses grands-parents, sèche l'école la plupart du temps, tourne sans but dans la région sur son scooter, fume des pétards avec son copain Rollo. Tirer du fric et foutre le camp, un jour, tel est son unique objectif. Voilà comment, en duo, il en est arrivé aux braquages d'automobilistes. Le magistrat connaît bien les pratiques des jeunes. Il ne tarde pas à repérer Johann.

Le juge estime n'avoir aucune raison de causer des ennuis à l'adolescent. Au contraire, il se porte garant quelques mois plus tard, en juillet. En retapant la bibliothèque du juge, Johann s'aperçoit que les livres n'ont rien de rébarbatif. La plupart de ceux qu'ils va se procurer ont trait à la criminalité, quand même. De son côté, venir en aide à ce jeune a permis au magistrat de se sentir mieux. Au risque d'en oublier certains dangers…

Nicolas Mathieu : Paris-Colmar (Petits polars du Monde, 2015)

C'est ce qu'on appelle "faire mouche" dès son premier roman : avec “Aux animaux la guerre” publié chez Actes-Sud, Nicolas Mathieu a été récompensé par le Prix littéraire de la Roquette (Arles) 2014, le Prix Erckmann-Chatrian 2014 (le Goncourt lorrain), le Prix Mystère de la critique 2015, le Prix du Goéland Masqué (Penmarc'h) 2015. Décrire la population touchée par la crise dans les Vosges, se rapprocher d'un quotidien véridique : un roman noir social, comme on n'en écrit hélas plus guère, situé dans la France actuelle, ça ne pouvait laisser insensibles ni les lecteurs, ni les jurys. Il est légitime que Nicolas Mathieu figure parmi les jeunes talents choisis pour cette version 2015 des Petits polars du Monde. Illustré par Florent Chavouet, son texte nous entraîne en Alsace, grâce à une très bonne intrigue et un récit fluide.

À la suite de cette novella, on peut lire (c'est une nouveauté de cette saison 4) “Échappée à Colmar”, une découverte de la ville par le journaliste Jean-Michel Boissier. Si l'endroit a des allures de carte postale, son histoire est riche. L'identité alsacienne n'y est pas un vain mot. Sans doute nous dira-t-on qu'on n'y entend plus tellement l'accent local : “ch'adôôre Côôlmâr”, aux tonalités germaniques. La région possède de beaux atouts, y compris son vin et sa gastronomie. Ce qui est confirmé, dans la nouvelle de Nicolas Mathieu comme dans “Échappée à Colmar”, c'est qu'ils ne sont ni Lorrains, ni Champenois. Ce Petit polar donne une belle occasion de faire étape dans l'Est de la France.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 04:55

Yoann Clivel est un policier de la PJ âgé de quarante-trois ans. De caractère sanguin, peut-être dû à ses origines basques, il s'accorde plutôt bien avec ses collègues Christian, Jane et Marc. Il trouve une ambiance modératrice auprès de sa compagne Alisha et du fils de celle-ci, Nathan, sept ans. Néanmoins, Yoann reste animé d'une sourde colère, à cause du meurtre jamais résolu de son père, quand il avait dix ans. D'autant qu'il considère que son ex-ami Valentin, son meilleur copain d'enfance, l'a trahi dans cette affaire. Selon Nathan, gamin doué de capacités particulières, le meurtre aurait été causée par “une dame pas loin de lui”. Yoann en vient à fortement suspecter sa propre mère qui, en effet, n'a jamais montré ses sentiments suite à la mort de son mari. Lorsque Yoann se fait accusateur, elle ne nie rien, n'avoue pas non plus. Ce que son fils interprète à sa manière.

Lors d'une intervention de police improvisée visant un coupable probable, il se produit un accident grave lors d'une course-poursuite. Yoann n'est que légèrement blessé, mais Jane est sévèrement touchée. État critique, coma, la jeune femme décède peu après, ce qui va choquer la brigade. Yoann a besoin de consulter une psy, le docteur Rostropovitch. Pour elle, ce nouveau traumatisme s'ajoute aux délires de persécution du policier. Yoann fait la connaissance du couple Josselain, dont le fils de dix-sept ans, Sam, est autiste. Si le corps médical le considère comme fou, ce n'est pas l'avis de ses parents. Par contre, Sam utilise un cahier dans lequel il transcrit des messages énigmatiques. Ces phrases émaneraient de l'esprit d'une personne défunte, assassinée. Cherchant à comprendre, le couple Josselain demande à Yoann de tenter une enquête parallèle, de situer cette victime-fantôme.

Son contentieux avec son ancien ami Valentin n'est pas sans conséquences : Yoann monte en grade, mais devra changer de service. En attendant, sa convalescence l'autorise à se consacrer à l'analyse du cahier de Sam. Il déniche une piste dans l'Aveyron, du côté de Rodez, avec la possible mort suspecte d'un médecin des environs. Un de ses collègues ne trouve rien qui confirme l'hypothèse. Si les textes de Sam s'interrompent brusquement, ce qui coupe le lien avec le contact fantôme, c'est parce qu'on lui impose un traitement plus invalidant. Yoann a eu tort de ne pas accorder d'importance à la mort d'une vieille dame à Paris, il s'en aperçoit. Car le mari et, surtout, les filles jumelles de cette personne furent quelque peu soupçonnés. Or, dans les messages transmis via Sam, il est bien question de jumelles. Pour le policier, un petit voyage à Rodez s'impose. Par ailleurs, le meurtre de son père devra, lui aussi, trouver son explication…

Natacha Calestrémé : Le voile des apparences (Albin Michel, 2015)

Après “Le testament des abeilles” (2011), on retrouve l'enquêteur Yoann Clivel dans une nouvelle affaire, sensiblement différente de la précédente. Tempérament exacerbé frôlant le déséquilibre, obsessions issues du passé, c'est un policier finalement assez fragile. Ce qu'indique un des rapports de la psy qui le suit : “Il entend des voix, a des hallucinations. Plus inquiétant, son identification à un enfant de sept ans qui a lui aussi perdu son père et a pour passion les insectes. Cet enfant lui confirmerait ses délires [de la persécution]. Sérieuse suspicion de schizophrénie.” Tout en résolvant deux crimes, le voici plongé dans la psychiatrie, découvrant certains aspects de l'autisme. Ceux qui sont touchés peuvent-ils développer des capacités médiumniques ? “[Sam] n'est pas outillé pour la vie en société. Donc, l'un des critères – la socialisation – qui permet de déterminer s'il souffre de troubles psychiatriques ou s'il est médium, est absent.”

Au suspense, s'ajoute donc une dose de paranormal, d'extrasensoriel. Si ça sert l'intrigue, restons très prudents sur ces notions-là. Il n'y a aucun altruisme chez les personnes qui se disent médiums. C'est une activité qui déraperait vite vers l'escroquerie, financière ou morale, que l'on ne doit pas cautionner. Par ailleurs, l'auteur souligne à travers le couple Josselain l'attitude des praticiens en psychiatrie. Leur froideur professionnelle les conduit parfois à manquer d'égard pour les proches des malades, voire à les mépriser, à ne tenir pas compte de leur opinion. Médiums ou psys, limitons notre confiance envers eux, même si leur rôle n'est pas négatif… Toujours fort bien documentée, Natacha Calestrémé maîtrise incontestablement son histoire. Plutôt que d'en chercher les clés, de vouloir élucider trop vite les mystères, il est préférable de la suivre dans son récit.

Natacha Calestrémé en 2012 présentait "Le testament des abeilles".

Natacha Calestrémé en 2012 présentait "Le testament des abeilles".

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 04:55

Carl Belmeyer, c'est le journaliste-star qui présente depuis trois décennies le JT de 20h sur la principale télé française. Âgé de soixante-et-un ans, il est apprécié du public pour son professionnalisme, sa sincérité, sa solidarité corporatiste, sa compassion pour les victimes. Sa crédibilité, il l'a acquise grâce à son mentor Pierre-Yves Maillet, soixante-douze ans, toujours directeur de l'info de leur chaîne. Privilégier le spectaculaire et parler vrai, telles sont les clés de la popularité de Carl Belmeyer. Avec ce pro, la fabrication d'un JT, c'est du grand art. Ou plutôt une vaste manipulation, le mensonge à tous niveaux, le show de l'info dirigée pour influencer les cerveaux disponibles. Inventer des polémiques, choisir les plus racoleurs des sujets, voilà comment faire de l'audience. En réalité, Carl Belmeyer est un orgueilleux dépourvu du moindre sentiment. Il vit dans le luxe, fréquente les puissants.

Un accident mortel s'est produit en direct dans une émission putassière de télé-réalité. Ce qui entraîne une situation de crise au sein de la chaîne. Rien d'insurmontable, mais déjà un public hostile se mobilise, manifestant contre eux. Un show fédérateur autour d'une vieille gloire du spectacle ne suffira pas à calmer l'opinion. Pour riposter avec efficacité, Carl Belmeyer est l'atout n°1 de sa chaîne. Pierre-Yves l'envoie faire un reportage spécial au Liberia, pays en plein chaos ravagé par la guerre civile. Si Belmeyer hésite, son image quelque peu écornée par ailleurs l'amène à accepter. L'argument du “retour au journalisme de terrain”, ça fonctionne, ça fait sérieux. D'autant que, dès l'aéroport, le départ de Carl Belmeyer est très médiatisé. C'est ainsi qu'avec une équipe technique de choc, il débarque peu après de l'avion à Monrovia. Où il retrouve sa consœur et ex-amante Sarah Rouvier.

Dans ce pays où toute règle a disparu, le journaliste masque mal son stress, sa trouille. Il n'a pas tort d'avoir peur car, rapidement, un grave incident oppose leur petit groupe à des militaires excités. Carl Belmeyer enlevé et séquestré, voilà qui est excellent pour la chaîne et ses audiences. Pierre-Yves supervise la campagne de communication visant à sauver cet otage du terrorisme qui ne faisait que son métier. Conditionné, le public va adhérer en masse. On distribue des badges et des tee-shirts, on a écrit une chanson interprétée par des étoiles filantes de la variété actuelle, on prépare un livre sur l'évènement signé par le kidnappé. Une vidéo où, sous la menace, Carl Belmeyer transmet les exigences de ses ravisseurs passe de l'AFP jusqu'au sommet de l’État. Tout cela n'est que mystification. Il est vrai que la journaliste n'est pas libre, mais il se trouve bien loin du désordre africain.

Le mercenaire serbe Emir Zarkan ? Même quelqu'un de bien informé comme Belmeyer ignore à peu près tout de lui, de ses actions meurtrières à travers le monde, au service du plus offrant. Il a failli être intercepté à New York, ce que le JT traita tel un simple fait divers. On ne le surnomme pas au hasard “le Chat” : Zarkan semble avoir droit à plusieurs vies. Seuls les services secrets de plusieurs nations mesurent la dangerosité réelle de ce tueur. Il paraît prêt à se laisser approcher aujourd'hui, non sans difficultés. Vrai-faux prisonnier, Carl Belmeyer peut-il jouer un rôle dans cette affaire ? Certains le pensent…

Michaël Mention : Le carnaval des hyènes (coll.Ombres Noires, 2015) – Coup de cœur –

Informer, éduquer, distraire, ce sont les missions de la télévision depuis le développement de ce média dans les années 1950. Il vaut mieux en parler au passé, car ces principes ont depuis longtemps disparu du petit écran. Côté information, la télé d’État gaulliste relayait déjà une image truquée du pays. Par la suite, tous les gouvernants et autres politiciens d'opposition se sont servis à outrance de la télé. Rares étant ceux qui leur aient apporté la contradiction, ils auraient eu tort de se gêner. Depuis les années 2000, via les émissions de témoignages ou les micro-trottoirs, l'info prétend donner la parole à la population. Un simulacre cynique de démocratie, autant que ces "marches blanches" existant seulement parce que la télé vient les filmer. Le public critique la télé-réalité, les talk-shows ineptes, les débats orientés, et les jeux débiles, mais ils les regardent… et y participent.

Déontologie journalistique ? Voilà la formule la plus hilarante du 21e siècle. À la télévision, le moindre journaleux se prend pour un roi de l'info. S'il se déplace à deux cent mètres de ses studios, le voilà intronisé reporter. S'il intervient ponctuellement au JT, sur les chaînes info, c'est la consécration. “Le succès des uns, c'est avant tout la crédulité des autres” est-il dit dans ce roman. Ce n'est pas favoriser la fameuse "théorie du complot" de rappeler que la communication et la manipulation sont omniprésentes. Choix d'invité(e)s toujours plus catégoriques dans leur propagande idéologique, de pseudo-experts plus affirmatifs que de véritables spécialistes attestés, de montrer un pape agréable succédant à un pape antipathique, de tous ces thèmes traités "qui intéressent les Français" alors qu'ils nous les imposent : gobez cette mixture antalgique sans réfléchir, c'est pour votre bien.

Ce n'est pas une thèse sur l'info télévisée que nous propose Michaël Mention, c'est un vrai roman noir d'aventure, riche en péripéties. Et en personnages, tous plus pourris les uns que les autres, il faut bien l'avouer. On en finirait presque par avoir de la sympathie pour le héros, présentateur du JT. Ça ne va pas jusqu'à là, car cette histoire mouvementée est l'illustration de la désinformation telle qu'elle se pratique de nos jours. Surtout ne jamais évoquer ce qui se passe dans l'ombre, les enjeux politiques ou financiers, internationaux ou locaux. Le journaliste va passer cette fois de l'autre côté de ce miroir-là, celui dont il exploite la version orientée dans son JT. "Liberté d'opinion, liberté de la presse", oui. Ce qui ne signifie pas être dupe des charlatans de l'information. Entre action et réflexion sur un aspect de notre société, encore un excellent roman de Michael Mention.

Michaël Mention, novembre 2014.

Michaël Mention, novembre 2014.

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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 17:20
Craig Johnson et son shérif Walt Longmire en fête à Buffalo en juillet

Écrites par Craig Johnson, les enquêtes du shérif Walt Longmire sont publiées en France depuis 2009 aux éditions Gallmeister (traduites par Sophie Aslanides). Après "Little Bird", qui connut un vif succès, "Le camp des morts" (2010) puis "L'indien blanc" (2011) confirmèrent que Craig Johnson devenait chez nous un auteur estimé, reconnu. Il fit d'ailleurs quelques séjours en France. "Enfants de poussière" (2012), "Dark Horse" (2013), "Molosses" (2014), "Tous les démons sont ici" (2015) : les titres de cette série, plus quelques nouvelles, sont régulièrement traduits et diffusés en France. Il reste encore au moins cinq titres à découvrir : As the Crow Flies, A Serpent's Tooth, The Spirit of Steamboat, Any Other Name, Dry Bones.

Si l'on en croit l'argumentaire de cette ville, “à Buffalo (Wyoming) vous trouverez le charme décontracté d'une véritable communauté de l'Ouest. Buffalo est niché au pied des monts Big Horn. Nous nous situons au carrefour de la I-90 et I-25, et US Hwy 16 (le Cloud Peak Scenic Byway) est la voie préférée du parc national de Yellowstone. Buffalo est un endroit fantastique à visiter, ou pour s'y installer. Le système scolaire est à nulle autre pareil, il y a toujours quelque chose à faire en ville, et on a la possibilité de loisirs de plein air en toute saison.

Le plus grand événement de l'été la saison de Buffalo, ce sont les “Longmire days”, en l'honneur du shérif de fiction. Grâce à l'auteur local, Craig Johnson, la petite ville connaît un grand succès. Ses livres basés sur la vie à Buffalo, le comté de Johnson et le Wyoming, ont été adaptés pour une série-télé très populaire. Les 4e “Longmire days” annuels auront lieu du 17 au 19 juillet 2015. Plus de participants que jamais, avec le grand homme lui-même, Craig Johnson, et de multiples animations au programme pour tous les âges.”

Craig Johnson et son shérif Walt Longmire en fête à Buffalo en juillet

Pour davantage d'infos sur cet évènement : http://buffalowyo.com/ 

(d'où sont tirés ces textes et ces photos).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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7 juillet 2015 2 07 /07 /juillet /2015 04:55

Ce livre se compose de deux romans courts. Paru aux États-Unis en 1947, “L'hirondelle éplorée” se place effectivement peu après la guerre. Concernant le client qui s'adresse à l'avocat Perry Mason, la secrétaire de celui-ci Della Street en dresse le portrait : “Major Claude L.Winnett, joueur de polo, yachtman, play-boy millionnaire. À la guerre, il renonce à la carrière de play-boy pour devenir aviateur, descend toute une flopée d'avions allemands. Puis il est fait prisonnier. Libéré à l'automne dernier, il est démobilisé à cause de sa blessure et rendu à sa mère, béate d'admiration.” On sait encore de lui qu'il s'est marié voilà quelques semaines. Or son épouse Marcia a disparu, lui laissant un message écrit qui inquiète le major Winnett. En outre, un cambrioleur semble avoir pénétré dans la propriété familiale, régentée par la mère de Winnett, il y a quelques jours.

Perry Mason, Della Street et le détective Paul Drake se rendent au plus tôt à Silver Strand Beach, où se trouve la propriété des Winnett. Outre le jeune couple, y vivent sa mère Victoria Winnett et une infirmière, Hélène Custer. Tandis que Paul Drake cherche la trace du cambrioleur dans les allées cavalières, l'avocat s'intéresse au envahissantes hirondelles nichant dans la Mission voisine de San Juan Capistrano. Daphné Wexford, amie de Victoria Winnett, aime elle aussi observer les oiseaux. L'avocat dégote quelques indices, dont des chiffres fort énigmatiques. Paul Drake repère un suspect âgé de trente-huit ans, Harry Drummond, qui habite dans un proche camp de caravaning. L'épouse de ce dernier est de dix ans sa cadette environ. Perry Mason est habitué à ne guère faire confiance aux divers témoignages souvent mensongers qu'on lui confie. L'affaire ne sera pas simple à dénouer…

Erle Stanley Gardner : L'hirondelle éplorée (Série Noire, 1973)

Le second roman court est intitulé “Pélican sous roche”. Publié initialement en 1942, il ne met pas en scène l'avocat Perry Mason. Le héros en est Lester Leith : “Depuis un certain temps, la police soupçonnait Lester Leith d'être une sorte de super-détective unique en son genre, dont l'esprit astucieux déroulait les fils embrouillés des affaires criminelles. Mais toutes celles auxquelles Lester Leith consacrait son attention avaient le même dénouement très particulier. Quand la police atteignait au but après avoir suivi la piste quelquefois tortueuse, mais toujours nettement mise en évidence par les activités de Lester Leith, elle trouvait invariablement un coupable, quelque peu hébété, dépouillé de son butin mal acquis.” Un émule de Simon Templar, dit Le Saint, en quelque sorte.

La police a introduit chez Lester Leith le nommé Edward H.Beaver, en guise de valet de chambre. Ils espèrent ainsi découvrir les secrets de Leith. Sur Beacon Street, Lester Leith voit devant lui tomber une cape en renard argenté depuis un immeuble voisin. Ce qui crée une certaine animation, sans doute à cause d'une bévue de Fanny Gillmeyer, employée du magasin de fourrures en question. L'agent de police Haggerty, arrivé sur les lieux, n'y a pas compris grand-chose. Intrigué, Lester Leith retourne là-bas peu après. Plutôt qu'au sujet de la boutique, il s'interroge sur l'immeuble d'en face, celui du Rust Commercial Building. Un vol de documents importants y a été commis, au détriment de M.Bellview, qui les avaient pourtant enfermés dans son coffre. Le cas de Bernice Lamen, la secrétaire, mérite l'attention de Lester Leigh. Pendant ce temps, Edward H.Beaver reste en contact avec ses collègues, et essaie de savoir pourquoi Leigh se préoccupe de cette affaire…

 

Erle Stanley Gardner fut peu publié dans la Série Noire (Le témoin en colère, L'hirondelle éplorée, L'envolé). Néanmoins, c'était une valeur sûre de l'édition, ce qui peut expliquer que Gallimard ait "récupéré" ces quelques titres. Dont une enquête de Perry Mason, le célèbre avocat imaginé par l'auteur. L'autre histoire met en scène un aventurier dans la tradition du Saint (de Leslie Charteris), d'Arthur J.Raffles (d'E.W.Hornung), du Baron (d'Anthony Morton) ou de leurs multiples copies. Dans les deux cas, il s'agit de solides énigmes, ponctuées d'autant d'indices que d'hypothèses, racontées avec fluidité. Du polar classique, qui se lit toujours avec un plaisir certain.

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 04:55

C'est grâce à Toinet, son fils adoptif âgé de douze ans, que le commissaire San-Antonio repère un suborneur d'enfants nommé René-Louis Blérot. Ce littérateur écrit des scénarios et romans pornographiques, racolant des mômes. San-Antonio ne tarde pas à agrafer le type en question. Celui-ci ayant trouvé la mort lorsqu'il est transféré à la PJ, San-Antonio culpabilise un poil. En compagnie de l'inénarrable Bérurier, le commissaire se rend chez le défunt Blérot. Dans l'appartement, ils découvrent une pièce dédiée au sexe et à l'horreur. Dans un réfrigérateur, se cachent les restes d'un gamin mutilé. San-Antonio regrette de ne pas avoir été plus violent avec ce Blérot, maintenant. La concierge collabore avec le duo de policiers, évoquant les visites mensuelles d'une dame et d'un jeune garçon. San-A est convaincu qu'elle ne venait jamais avec le même môme.

Un portrait-robot ressemblant est dessiné. Un dispositif de surveillance de l'appartement est mis en place, avec le vieil inspecteur César Pinaud, vu qu'on estime qu'il y a eu au moins huit victimes passées en ces lieux. C'est du côté de Montmartre que San-Antonio cherche la dame en question. Grâce à une pharmacienne de la rue Caulaincourt, qui se fait culbuter sans façons par San-A et Béru, ils apprennent le nom de leur cible. Catherine Mahékian est une artiste peintre du quartier. En partie à cause d'une bévue, cette dame réalise être dans le viseur des flics, et prend la fuite. San-Antonio et Béru le Mastard disposent d'une adresse, un chenil de Mériflour-le-Bas, dans les Yvelines. C'est chez Laura Manzardin, sœur de Catherine Mahékian, et son mari Louis, ancien para. Ils prétendent ne pas être en bons termes avec la fuyarde.

Quand la suspecte approche de chez eux, le couple l'alerte néanmoins de la présence des policiers. San-Antonio imagine que le chenil fait bien partie d'une sale organisation, dont il découvre bientôt un nouveau partenaire figurant dans le carnet d'adresses de la fugitive. Le docteur Quentin Skinézi s'occupe, dans un château des Yvelines, d'une maison de repos pour personnes âgées friquées, le Val Chanté. C'est plutôt à son domicile, où il dispose d'un laboratoire (et d'une fidèle assistante) que San-Antonio et Béru espèrent en savoir davantage. Mais le médecin se fait la malle, poursuivi par la Maserati du commissaire. En fait, il va lui falloir un avion, et l'aide du pilote Stanislas Gude, pour continuer la chasse jusque chez les britiches. Si la jeune Mary est charmante, son père le docteur Barnes inspire bien moins confiance à San-Antonio. Quitte à finir à l'hosto, le vaillant commissaire ira au bout de son enquête…

San-Antonio : Fais pas dans le porno (Pocket, 2015)

Cette aventure est répertoriée comme la 127e de la série, initialement parue en 1986. Il s'agit d'une de ces affaires où San-A ne prend guère le temps de se reposer, se contentant de furtifs moments de sommeil. Le scénario nous étant raconté en continu, ça offre un rythme trépidant et mouvementé au récit. On y retrouve avec joie les complices du héros, Bérurier dit Le Gravos et autres sobriquets flatteurs, le brave César Pinaud, et des figurants ponctuels, tels le rouquin Mathias ou le brigadier Poilala. Et même le petit Toinet, nul en orthographe, fils adoptif de San-A.

Si l'on nous gratifie de plusieurs scènes grivoises très épicées, Frédéric Dard n'abuse pas ici de ces logorrhées langagières, typiques chez lui dans les décennies précédentes. “─ Zéro, zéro, un ! fait Béru. Zéro, zéro, deux ! Et ensuite, il faut que je continue comme ça jusqu'à la saint trou de balle ?… Le con ! L'énorme et fantastique con ! Le suprême con ! Le con poussé jusque dans l'arrière-salle du cosmos !” S'il y a de l'humour à chaque page, inutile de le préciser, l'intrigue criminelle tient une place à part entière, avec un véritable suspense. Est-il vraiment besoin de vanter les mérites d'un San-Antonio ? Celles et ceux qui ont fait l'impasse sur ces romans se privent d'un immense plaisir.

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