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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 04:45
Templemars (59) : Festival du Polar le 26 septembre 2015

Comme chaque année, Templemars accueille les auteurs et les lecteurs de polars, salle Henri Desbonnet. La ville de Templemars est située dans le département du Nord (59) et la région Nord-Pas-de-Calais. L’autoroute A1, et la ligne ferroviaire Paris–Lille traversent la commune. La gare de Wattignies – Templemars est desservie par les trains TER Nord-Pas-de-Calais.
 

Les auteurs annoncés : Antoine Blocier, Jean-Pierre Bocquet, Bernard Boudeau, Hélène Calvez, Anne Clerson, Lucienne Cluytens, Paul Colize, Gilles Debouverie, Chris Desrousseaux, David-James Kennedy, Olivier Kourilsky, Yvon Le Roy, Sandrine Lecleire, Nicolas Lebel, Pierre Machu, Mako, Marc Meganck, Christelle Mercier, Olivier Norek, Gaëlle Perrin, Stanislas Petrosky, Jean-Claude Sacerdot, Jacques Saussey, Franck Thilliez, Patrick S. Vast, Pierre Zylawski…

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 04:55

S'il fut un virtuose, le pianiste de jazz Joe Albany a sûrement disparu depuis longtemps de la mémoire des amateurs de cette musique. Car s'il était accro au clavier d'un piano, Joe Albany le fut encore bien davantage à toutes sortes de stupéfiants. Né en 1924 dans une famille d'émigrés italiens installés sur la côte Est des États-Unis, il est mort en 1988 après avoir réussi à enregistrer quelques disques en Europe dans les années 1970. Il joua avec quelques grands noms du jazz, dont le mythique Charlie Parker. Pour l'essentiel, il dut se contenter de prestations assez peu prestigieuses dans des clubs ou des bars. Sinon, il ne fut que l'accompagnateur occasionnel de stars comme Charlie Mingus, pas un très bon souvenir pour lui. Même s'il chercha tant soit peu à décrocher, la spirale infernale de la drogue le minait toujours plus.

De l'héroïne aux amphètes, ce ne sont ni les séjours en cure de désintoxication, ni les programmes méthadone de substitution aux drogues dures qui l'aidèrent vraiment. L'ambiance dans laquelle il vivait ne risquait pas de le sauver, non plus. À Los Angeles, le minable St Francis Hotel sur Hollywood Boulevard où il habita, ainsi que les autres lieux qu'il fréquenta, n'étaient que des repaires de losers, de personnages infréquentables aussi chtarbés que lui à cause des stupéfiants. Quant aux femmes (et autres travelos) qui furent les compagnes de Joe Albany, c'étaient de junkies hurlantes et violentes, à virer à la première occasion : “Les femmes nous compliquaient toujours la vie, mais elles ne faisaient jamais long feu” écrit sa fille Amy Jo.

Celle qui resta le plus longtemps fidèle à Joe Albany, qui décela le vrai talent de l'artiste derrière sa terrible addiction, ce fut effectivement Amy Jo. Née en 1962 de la brève et relative union de Joe Albany avec une certaine Sheila, la gamine ne peut raconter aucun souvenir positif concernant sa mère fantôme. Irresponsable, shootée la plupart du temps, hospitalisée après des crises, Sheila se prit un temps pour l'égérie d’Allen Ginsberg, pape de la "beat generation". Elle fut seulement son ultime maîtresse, avant qu'il s'intéresse plutôt comme elle aux beaux mâles. Amy Jo bannit littéralement de sa vie cette mère dont elle n'avait nul besoin. Maladive, asthmatique, la fillette s'éleva toute seule auprès de ce père pianiste qu'elle vénérait. Joe adorait sa gamine, lui faisant entre autres rencontrer l'immense Louis Armstrong, se montrant aussi paternel que le permettait son état.

Amy Jo Albany : Low Down (Éd.Le Nouvel Attila, 2015)

Ce n'est pas l'école qui aurait pu mettre Amy Jo dans le droit chemin. Un autre élève se moquait d'elle ? “Un jeudi je filai une raclée au déplaisant garçon. Je lui fit saigner le nez et lui fendis la lèvre. Quand on parvint à m'arracher à lui, je traitai la maîtresse, Mrs Stern, de hideuse vieille connasse et, à l'âge tendre de huit ans, je fus expulsée de l'école primaire Grant.” Amy Jo n'adhéra pas davantage aux religions. Un jour de messe, un prêtre s'exclame à son sujet : “Satan s'empare de la fille” et je songeai : Mon pote, si Satan devait se pointer maintenant, je serais heureuse de sauter dans ses bras brûlants pour échapper à ce cirque de piété.”

La vie d'Amy Jo ressemble plutôt à la magnifique chanson de Peggy Lee “Is that all there is ?” qu'au parcours rectiligne d'une enfant de son âge. En grande partie élevée chez sa grand-mère, également un sacré personnage en son genre, elle reste marquée par toutes les expériences vécues auprès de Joe Albany. Consciente de n'avoir que les atouts qu'elle a réussi à se forger, mais pas assez de talent artistique, Amy Jo se dirige fatalement vers une adolescence perturbée, et même suicidaire. Le dérapage vers les mêmes univers que connut son père, alors parti en Europe où il était plus apprécié, la guette mais elle saura en grande partie éviter le désastre personnel.

C'est une suite de courtes scènes que raconte avec émotion et humour Amy Jo dans ce livre. Elle ne cache ni sa légitime rancœur envers sa mère, ni tous ces excès qui firent le quotidien des décennies 1960-70 pour son père et ses proches. On imagine cette enfant au milieu de ces marginaux, pas forcément antipathiques mais quand même glauques. Bon nombre disparurent un jour définitivement, d'ailleurs. "Petite princesse" évoluant dans un monde insolite, pas absolument insupportable, c'est la manière dont elle se voyait. Avec plus de "bas" que de "hauts", et une certaine noirceur, il faut l'avouer. Amy Jo Albany a adapté au cinéma “Low Down”, film avec John Hawkes et Elle Fanning dans les rôles principaux, qu'il serait bienvenu de diffuser en France. En attendant, ce livre apparaît comme un témoignage fort sur toute une époque. Excellent !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 04:55

Victor Boudreaux est un ex-détective privé habitant La Nouvelle Orléans. Après des ennuis de santé, il a cessé son activité. Veuf de la Vietnamienne Lou Kim, il vit avec Jeanne, une passionnée des classiques du cinéma, qui fut son assistante. Boudreaux surveille sa nièce adoptive Joliette, mutine traficoteuse ingérable. Il s'est reconverti en entraîneur bénévole d'athlétisme. Que le chanteur altermondialiste Flaco Moreno se soit suicidé récemment par pendaison en Louisiane, où il enregistrait un nouveau disque, ça ne concerne guère Victor Boudreaux. Toutefois, quand il est contacté par les parents de l'artiste, il voit l'occasion de financer des projets pour ses jeunes athlètes. Mohed Khouri, le père de Flaco Moreno, est un homme d'affaire aisé qu'il n'y a rien d'immoral à gruger, estime l'ex-détective.

Earl Turnbinton est le meilleur ami de Boudreaux, tous deux ayant jadis combattu dans l'armée américaine au Vietnam. Ce Noir est tout autant un colosse que Victor, ni l'un ni l'autre n'étant rouillé quand il s'agit de se bagarrer. Pour commencer, ils interrogent le responsable du studio d'enregistrement où Flaco Moreno préparait son disque. Pourtant riche, l'artiste était un mauvais payeur, semble-t-il. Ensuite, le duo secoue un flic véreux (pléonasme à La Nouvelle Orléans) afin de récupérer une partie du matériel volé après la mort de Flaco Moreno. À part la piste d'une énigmatique chinoise, Mme Li, Victor et Earl s'adressent à Terry Van Chung, pêcheur de crevettes dans le bayou. Flaco Moreno aurait envisagé avec lui une filière de commerce équitable, une idée sans grand avenir.

C'est au Vietnam que Victor et Earl pensent trouver des éléments nouveaux. Pour eux, un retour à Saïgon, ville bien plus clinquante que celle qu'ils connurent. Ils logent dans l'hôtel modeste d'une proche de Lou Kim, défunte épouse de Victor. Cette dame fut une patriote, médaillée par le général Giap. Victor et Earl ayant riposté sans hésiter alors qu'un gang les agressait, cela leur vaut les faveurs du colonel La Quoc Khanh. La piste Van Chung n'est qu'une impasse, et en secouant le nommé Scott, un Australien installé dans ce pays, ils n'avancent pas vraiment non plus. Alors que Mohed Khouri les a rejoints, le colonel leur montre des pierres précieuses qu'il serait très dangereux de faire sortir du Vietnam. Après un séjour forcé à Hanoï, il est temps pour Victor et Earl de fuir ce pays.

Tandis qu'Earl est reparti en Louisiane, le détective débarque en France. Celui-ci risque de sérieuses poursuites de la part de la justice française. Heureusement, Victor peut compter sur son ami Edgar Ouveure, qui a de hautes fonctions officielles. Revenir à Saproville-sur-Mer ne garantit pas la tranquillité à Victor Boudreaux, au contraire. Zoran Curcovic, l'ex-manager de Flaco Moreno, ne fait que confirmer l'esprit magouilleur de l'artiste. Reste à explorer la piste de Mme Li : “Des Mme Li d'origine chinoise et de nationalité française faisant dans l'import-export, il doit en exister deux ou trois cent. Si on se concentre sur la tranche d'âge entre quarante et cinquante ans, il en reste approximativement la moitié.” Quels que soient les dangers, Victor tente de démêler cette sinueuse affaire…

Michel Embareck : Personne ne court plus vite qu'une balle (Éditions L'Archipel, 2015)

C'est un roman d'aventure dans la meilleure tradition qu'a concocté Michel Embareck, une intrigue mouvementée à souhaits. Une histoire agitée en trois actes, avec pour décors la Louisiane, le Vietnam, et la France. Pour mener à bien les investigations, il faut un héros “jovial de la mandale, brut de l'uppercut” tel que Victor Boudreaux, avec son ami Noir pas moins intrépide Earl Turnbinton. En France, le journaliste marginal Franck Schirmeck peut s'avérer un compère utile aussi. L'artiste sur le décès duquel enquête Boudreaux s'inspire peut-être de Manu Chao, mais ce n'est pas sa copie conforme. Flaco Moreno était-il aux abois, au point de se supprimer, ou s'agit-il d'un meurtre ? That is the question.

L'auteur en profite pour nous présenter certains aspects de La Nouvelle Orléans d'après l'ouragan Katrina, qui apparaît aussi corrompue et criminelle que par le passé. Un détour par les typiques bayous louisianais s'imposait, bien sûr. À travers le témoignage de Maï Nguyen, patriote non-communiste, il retrace tout un pan de la guerre du Vietnam. Avec un regard sur l'évolution de ce pays modernisé où “le libéralisme échevelé ne prospérait que sous le talon de fer d'un État policier.” Il convient de souligner l'écriture enjouée de Michel Embareck, qui offre bon nombre de sourires et apporte une très belle fluidité au récit. Il n'y a plus qu'à suivre ce diable de Victor Boudreaux dans ses trépidantes tribulations.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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31 août 2015 1 31 /08 /août /2015 04:55

À Bittersmith, le shérif porte le nom de cette bourgade du Wyoming. Rien d'étonnant, car c'est son arrière-grand-père qui créa jadis ce village. Âgé de soixante-douze ans, le shérif Bittersmith règne sur sa contrée depuis quatre décennies. En ce début des années 1970, il lui arrive encore, quand il est en position de force face à des femmes, d'exiger des actes sexuels. Pour calmer les hommes trop violents, sa méthode a toujours été de les menacer de mort en cas de récidive. Il n'y a que contre la Milice du comté, qu'il infiltra un temps, que le shérif en resta au statu-quo. Le fermier Burt Haudesert la dirigea sans faire d'excès répréhensibles. La mort suspecte des frères Pounder, membres de la Milice, intoxiqués par les gaz dans leur garage, resta sans suite afin de ne pas attiser les tensions.

La municipalité vient de mettre le shérif Bittersmith à la retraite, lui laissant une dernière journée pour dégager. L'adjoint Odum le remplacera, probablement davantage dans le respect des lois. Bittersmith est furieux, mais n'y peut rien. Quand Fay Haudesert appelle le bureau du shérif, celui-ci s'empresse de braver la neige dans son Bronco marron. Le blizzard approche, il s'agit d'agir sans délai. Dans sa grange, Burt Haudesert est mort, transpercé par une fourche. Ses deux fils, Cal et Jordan, étaient absents. Sa fille Gwen, jolie rousse âgée de seize ans, a certainement été enlevée par l'assassin. Aucun doute sur l'identité du tueur : Gale G'Wain, un orphelin de vingt ans, a travaillé pendant trois mois ici, avant d'être engagé par le boucher Haynes. Ce rouquin était amoureux de Gwen.

Blessé, en fuite, Gale s'est réfugié dans la maison vide du défunt docteur Wilbur Coates, un chasseur ami de Burt Haudesert. Au domicile du médecin, il se soigne artisanalement. Gale redoute l'arrivée de la Milice sur leurs motoneiges. Il trouve sur place un arsenal d'armes à feu, et prépare bientôt la riposte. Au temps de l'orphelinat de Mr Sharp, Gale s'entraîna pour devenir un bon tireur. Il a le temps de repenser à ses amours avec Gwen, à leurs projets de partir ensemble. À seize ans, elle était plus mûre que lui, sexuellement. Si son amie Liz Sunday avait des problèmes, ceux de Gwen n'étaient pas moindres non plus : sa relation avec son père était plus qu'ambiguë. Gale travailla dur pour Burt, mais il ne fut jamais paternel envers lui. Au contraire, des tensions apparurent rapidement.

Épiant les alentours, Gale G'Wain repense au curieux don de Gwen : “Elle entend ce qu'elle appelle une musique de crapaud-buffle chaque fois qu'une personne dont elle est physiquement proche va mourir.” Avec ses maigres économies et son statut d'errant, Gale offrait-il vraiment un avenir à Gwen ? Il se souvient aussi des altercations musclées, après son départ de la ferme, avec Burt Haudesert ou avec ses fils. Se battre contre ce notable local ne l'effrayait pas, Gale ayant grandi "à la dure". Aux archives de Bittersmith, Gale tenta de retrouver ses origines, dans les dossiers de 1951, Mr Sharp étant resté flou sur sa mère. Quand Roosevelt, shérif-adjoint et membre de la Milice, vient menacer Gale dans son refuge, le jeune homme n'a d'autre choix que de le supprimer.

À l'abri, quand les motoneiges cernent la maison, Gale ne craint pas d'affronter Cal, Jordan et leurs amis de la Milice. De son côté, le vieux shérif a du mal à suivre dans la neige les traces de son suspect et de Gwen. Que son successeur Odum tente de reprendre en mains l'enquête, le shérif s'en fiche : sa rage envers Gale devrait suffire pour alpaguer son unique suspect. Bittersmith reste pour quelques heures en fonction. Il compte prouver à Margot, la mère de Burt Haudesert, et à l'épouse de la victime, qu'il y parviendra…

Clayton Lindemuth : Une contrée paisible et froide (Éd.Seuil, 2015)

On imagine que la vie dans certaines bourgades rurales des États-Unis, voilà encore une quarantaine d'années, pouvait d'assez près ressembler à celle décrite ici. Et un tel épisode venant troubler l'ordre des choses apparaît parfaitement plausible. Ce genre de shérifs tout-puissants, absolument odieux, incarnant en despotes leur version de la loi, on est convaincu que ce n'est pas de la simple caricature. Tirant leur légitimité de leur passé militaire ou de leur origine locale, ils imposaient une sorte de paix basée sur la peur, la menace. Remarquons également les rapports méfiants du shérif Bittersmith avec la Milice anti-communiste franc-maçonne. Il ne contrôle pas ces chasseurs paranos qui voient des "Rouges" partout. Qu'on en élimine quelques-uns ne le dérange donc nullement.

Faut-il parler de cruauté ? Par exemple, on tue le cochon non sans sauvagerie. C'est plus exactement l'âpreté du quotidien qui nous est décrite. On découvrira avec un petit sourire pourquoi l'orphelin Gale G'Wain fut ainsi nommé, ce qui n'est pas sans lien avec le vrai prénom de Gwen (qui est un diminutif). Le jeune homme miséreux est, finalement, le seul a avoir une attitude chevaleresque dans cette histoire.

Le récit fait la part belle aux épreuves que ce garçon désargenté a dû traverser, à sa propre expérience d'orphelin. Par ailleurs, on nous livre des moments de la vie (tourmentée) de Gwen, et de sa copine Liz. En parallèle, l'action se concentre sur les dernières heures du vieux shérif dans ses fonctions, avec un semblant d'unité de temps. Puis, jolie figure de style, la narration va entremêler dans les mêmes chapitres les cas de chacun des protagonistes. Un noir suspense de très belle qualité, d'une sacrée intensité, à ne pas manquer.

 

- Ce roman est disponible dès le 3 septembre 2015 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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30 août 2015 7 30 /08 /août /2015 04:55

Lors de sa publication en grand format, “Le village” de Dan Smith a marqué de nombreux lecteurs, et fut salué sur Internet par beaucoup de sites et blogs. C'est un suspense dur, sombre et puissant, qu'a concocté l'auteur. Tout est cruauté dans le contexte, et il faut une lucidité teintée d'humanisme pour que le héros résiste aux épreuves. “Tu n'as jamais été un fermier. Tu as toujours été un soldat. Un soldat qui joue au fermier, et je vois dans tes yeux que ce n'est pas ta vraie nature” constate son épouse. Il est vrai que Luka a combattu durant la guerre de Crimée, dans la confusion des camps en présence. Toutefois, il n'est pas simplement question d'un jeu de piste, entre un ancien baroudeur et un criminel.

Cette traque se passe à l'époque où débutent le méthodes staliniennes visant à accaparer les biens personnels de la population et à réduire les libertés individuelles, à développer la puissance de l’État russe y compris dans les moindres villages du pays. On sent la tension à Vyriv où, comme partout, la rumeur a précédé la venue des communistes destructeurs. Par contre, cela n'excuse nullement le lynchage initial dû la haine et à l'effet de groupe. Qu'un criminel s'attaque à des enfants n'autorise pas à abolir les lois. On est là dans un épisode violent de l'Histoire, ce qui influe fatalement sur les faits. Le froid et la neige ajoutent une âpreté aux aventures de ces personnages.

Un roman de qualité supérieure, qu'il n'est pas trop tard pour découvrir grâce à sa réédition en format poche.

Dan Smith : Le village (Éd.10-18, 2015)

En cet hiver 1930, la steppe enneigée isole plus que jamais le petit village de Vyriv, dans l'ouest de l'Ukraine. Ce qui convient aux habitants, car les envoyés de Staline sillonnent l'Union Soviétique afin d'installer le collectivisme. Être privés de leurs modestes biens, une échéance inéluctable que les paysans d'ici espèrent retarder, faute d'y échapper. Russe d'origine, Luka a longtemps été combattant, avant de s'installer dans le village natal de sa femme, Natalia. Ils élèvent leurs fils jumeaux de dix-sept ans, Viktor et Petro, et la petite Lara âgée de neuf ans. Leur nièce Dariya, fille de Dimitri Spektor et de la sœur de Natalia, est une gamine intrépide de huit ans, qui fréquente leur foyer.

Un jour, Luka et ses fils ramènent à la maison un inconnu quasi-mourant, dont le traîneau transporte les cadavres de deux enfants d'environ dix ans. La fillette morte a été mutilée, comme victime d'anthropophagie. Alors que Luka et les jumeaux enterrent discrètement les corps, Dimitri intervient. Malgré l'incompréhension, les premiers habitants arrivés sont assez raisonnables. Surexcité, Dimitri rameute les autres villageois, exigeant qu'on leur livre l'inconnu. Luka essaie de les calmer, mais ne peut éviter le lynchage. Les affaires du mourant indiquent qu'il s'agissait d'un soldat, d'un officier médaillé. Grâce à des photos, Luka réalise qu'il était le père des deux victimes. Sans doute traquait-il leur assassin.

La petite Dariya a disparu. Luka doit se bagarrer avec Dimitri, le père de la gamine, quand il accuse à tort et à travers. On remarque dans la neige les traces d'un homme botté, qui est certainement le voleur d'enfants. Luka, ses deux fils et Dimitri partent en chasse. Le coupable laisse des traces, volontairement. Quand le petit groupe se trouve à découvert, le criminel les prend pour cible. Luka comprend que c'est un tireur d'élite bien équipé, qui veut jouer avec eux. “Nous ne sommes plus seulement des chasseurs, nous sommes aussi des proies” constate Luka, qui envisage de continuer seul. Plus loin, le kidnappeur a laissé comme indice dans la neige un scalp d'enfant. Quand Luka et ses fils rencontrent une jeune femme, Aleksandra, elle leur apprend que les émissaires de Staline sont arrivés dans les villages environnants. Les persécutions ont commencé. Le périple dans la neige se poursuit…

 

Le village” est disponible chez 10-18 dès le 3 septembre 2015

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29 août 2015 6 29 /08 /août /2015 04:55

Voilà une trentaine d'années que Kurt Wallander est dans la police. Bien longtemps qu'il est en poste au commissariat d'Ystad, petite ville de Suède. Enquêteur expérimenté, il n'a jamais montré un optimisme débordant. En cet automne, la lassitude le gagne de plus en plus. Il s'interroge sur la société, la criminalité. Sa fille Linda suit ses pas : “Il ne s'était toujours pas habitué au fait que sa propre fille soit maintenant adulte, qu'elle travaille dans la police, et dans le même commissariat que lui par-dessus le marché.” Son collègue et ami Martinsson propose à Wallander une maison à vendre à Löderup, dans un secteur résidentiel de leur région de Scanie. Il en rêve, à condition que ça reste au niveau de ses moyens relatifs. Il visite les lieux, qui exigeront des travaux de rénovation.

Dans le jardin, sous les feuilles mortes, Wallander repère le squelette d'une main humaine pointant hors de la terre. Place à la police scientifique, qui ne tarde pas à découvrir les restes d'un corps entier enterré. Wallander est déçu de la tournure des choses, il se voyait bien acquérir cette maison-là. Le cadavre est celui d'une femme quinquagénaire, morte par pendaison. Difficile de dater les lointaines circonstances de son décès. Existe-t-il un lien avec le propriétaire nonagénaire, Karl Eriksson, devenu sénile ? Martinsson ne connaît que vaguement la vie de ce vieux cousin de son épouse. En fouillant la maison, Wallander déniche d'anciens documents administratifs. Il parvient à remonter cinquante-trois ans en arrière, jusqu'aux précédents propriétaires de cette maison.

Interroger une voisine âgée et son fils s'avère une impasse. Wallander et son équipe “se transforment en policiers archéologues” pour retrouver des éléments sur cette femme disparue entre 1930 et 1950. Après un témoignage à Malmö, Wallander revient dans le jardin : grâce à des groseilliers mal alignés, on repère une dent appartenant à un second cadavre. Cette fois, il s'agit d'un homme quinquagénaire. Contacté par le policier retraité Simon Larsson, Wallander pense désormais être sur la bonne piste. Un couple disparut en décembre 1944. Toutefois selon leur petite-fille, ce n'est toujours pas la bonne explication. Des agendas d'autrefois vont mieux renseigner Wallander...

Henning Mankell : Une main encombrante (Éd.Points, 2015)

Ce roman court est suivit d'un texte de Henning Mankell, où il livre aux lecteurs quelques confessions sur Wallander et lui. Il revient sur la création de ce personnage à l'époque de “Meurtriers sans visage”. Mankell lui attribue son propre âge, le fait vivre en Scanie où il habitait lui-même une partie de l'année. Ça aurait pu être un roman sans lendemain. Mais la Lettonie d'après la chute du Mur de Berlin, et l'Afrique du Sud de Nelson Mandela, ont inspiré Mankell. Au fil des livres, le lectorat adopta de plus près Wallander, anti-héros qui ne respire pourtant pas la joie de vivre. L'auteur le ré-affirme, c'est fini : “Il n'y aura pas d'autre enquête avec Kurt Wallander.”

Inutile d'épiloguer sur cette affaire située vers la fin de carrière du célèbre policier d'Ystad. C'est en songeant à acquérir une maison et à se procurer un chien pour ses vieux jours, qu'il cherche la vérité. Pas une enquête prioritaire, puisqu'il y aurait prescription. Le temps ayant passé, il se heurte à des fausses pistes se terminant en culs-de-sacs. S'il a moins la foi en son métier, Wallander garde l'obstination qu'on lui connaît. Il finira même par être menacé de mort par l'assassin au moment des aveux. Une dernière occasion, plus brève mais pas moins passionnante, de suivre le héros d'Henning Mankell.

- Disponible chez Points dès le 3 septembre 2015 -

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28 août 2015 5 28 /08 /août /2015 04:55

Dans l'Amérique de la décennie 1970, Karl Gut est un ancien du Vietnam, reconverti en chasseur de primes, en lien avec les mafias de l'époque. S'il a perdu une main au combat, Karl Gut n'est pas manchot avec les femmes. Son moignon, elles lui trouvent même une certaine utilité. En mai 1972, Karl Gut traque Whity Bullfrog, qui a commis trois meurtres dans l'Indiana. Deux mois que le chasseur de primes reste bredouille.

Ce jour-là, sur une route perdue de l'Ohio, il prend en auto-stop une fille joliment carrossée, Butterface. Elle est plus ou moins chanteuse, la belle blonde, et n'a pas l'air farouche. Elle dit avoir fui Gulch City, un bled de 1275 âmes où son mac Colson Fry devenait insupportable. Pour Karl, l'essentiel c'est qu'elle soit bonne côté sexe. Il glane quelques infos sur Bullfrog au bordel local, où on cultive la nostalgie d'un Vietnam érotique. L'excitante Butterface va disparaître dès le lendemain, en laissant à Karl Gut une surprise dans sa valise.

Quatre ans plus tard, en février 1976, le chasseur de primes se rend à Chicago. Dans le train, il rencontre deux nénettes bien chaudes. Le trio va poursuivre ses galipettes à leur hôtel. Sa mission du jour, c'est de participer au grand meeting des syndicats mafieux, en observateur. Et qui reconnaît-il parmi les proches de Sad Goodwheel, le caïd en chef de la Mafia ? Butterface, version brune. Grâce à son vieux pote Joe, il est facile à Karl de fureter dans les coulisses du palace où sont réunis les gros pontes du banditisme. Dont le fameux Colson Fry. Il y a de la partouze dans l'air, à l'issue des festivités. Butterface n'est pas là pour le sexe, mais pour abattre une cible. Puis elle file sans demander son reste, laissant Karl Gut quasiment aussi impliqué qu'elle dans l'affaire.

Pour le chasseur de prime, il est prudent de se mettre à l'abri après le crime du Plaza Congress Hall. Ce n'est pas chez les Salzmann, sa famille adoptive, qu'on ira le chercher. Sa tata Sula lui trouve un logement chez l'habitante, la veuve Myrta. Encore une qui est exigeante côté sexe, il fallait qu'il s'y attende. Pourtant, Karl espère toujours éclaircir le cas de Butterface, qui l'obsède. Sous un faux nom, il retourne à Gulch City.

Pour obtenir des renseignements, il lui suffit de sauter la serveuse rousse Vic. Pas de Butterface, ni de Colson Fry en vue, toutefois. Une piste à l'Université Marwell ? Sauf qu'il y arrive alors qu'une jeune femme vient de se faire buter. Ce pourrait être Butterface, vu que la morte lui ressemble beaucoup. Ayant découvert sa véritable identité, Karl voyage jusqu'au Kansas, où vivent la mère et la jeune sœur de Butterface, Fergie. Reste pour lui à dénicher la planque de Colson Fry, un chalet dans la cambrousse près de Silver Lake…

Nigel Greyman : Butterface (Éd.du Horsain, 2015)

Il n'est pas interdit de classer ce roman-là parmi les polars, puisqu'on y trouve tous les éléments du genre. Énigmatique femme fatale, héros marginal tendance loser, quelques meurtres, tribulations à travers les décors de l'Amérique profonde avec étape à Chicago : c'est conforme à l'esprit des romans noirs. Ces derniers restent dans l'évocateur, sur la vie sexuelle de leurs personnages. Qu'on ne compte pas sur Mickey Spillane pour nous dire si le détective Mike Hammer s'est tapé sa secrétaire Velda avec sa brutalité bien connue. Et pourtant, ils ont bien une vie érotique tous ces durs-à-cuire, non ? Ce ne sont pas les volées de coups qu'ils dégustent ponctuellement qui les ramollissent, quand même ? Leur virilité, il n'y a pas qu'un revolver en main pour la démontrer, suppose-t-on.

Cette histoire en quatre parties étant teintée d'érotisme autant que d'humour, qualifions-la pudiquement de "roman de charme" puisque c'est ainsi qu'on les appela naguère. Notons qu'en argot, Butterface signifie "une femme au corps attrayant mais au visage assez laid". Ici, plutôt que sa tête, ce serait l'âme de Butterface, son état d'esprit qui apparaît moins séduisant que son corps. À côtoyer la pègre, ces aventurières adoptent vite de malsaines habitudes, que voulez-vous ! Un suspense sympathique et divertissant, "traduit par" Max Obione, dont on connaît les qualités de romancier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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27 août 2015 4 27 /08 /août /2015 04:55

Depuis qu'il a perdu sans regret son job, la vie de Basile Chavet se résume à s'alcooliser dans les bistrots brestois. Célibataire quadragénaire, peu soucieux de l'hygiène, il loge dans un “appartement en friche” qu'il n'a jamais pris le temps d'aménager. Son point fixe, c'est le bar Le National où il retrouve une poignée d'amis. Ce bistrot “avait tout du coupe-gorge, n'attirait que des perdus, ou des pervers dans notre genre, accros à cette amitié confite dans l'alcool. Nous étions l'élite, le dernier carré, la garde prétorienne.” Le National est tenu par Bison, pas si âgé mais déjà bien fatigué par la vie. Il est marié à Fernande, plus jeune que lui, encore jolie, sans doute un peu fanée par une vie de couple sans joie.

Parmi les habitués, on compte Mireille, boucher chez son frère, trouvant plus facilement le chemin du bar que du billot. Et le sage Luciole, un vieil intellectuel qui observe le monde sans y participer ni juger ses contemporains, selon la philosophie personnelle qu'il cultive. Surtout, il y a le meilleur ami de Basile, le costaud Massue. Ancien de la Marine qui vécut dans des îles tropicales, il a finalement posé son sac à Brest-même. Massue et Basile sont coutumiers de la tournée des bistrots, jusqu'à plus soif et même au-delà de l'ivresse. “La vie ne nous avait pas encore totalement pliés, on restait mal peignés, un peu de travers. On avait l'air de vieux bambins, encore à l'affût d'une dernière connerie d'avant sommeil, prêts à dire une dernière blague avant de ramener la couverture à nous.”

Une joyeuse soirée costumée de Mardi-Gras sur le port de Brest dégénère en pugilat. Le duo prend la fuite, coursé par d'aussi saouls qu'eux. Grâce au nommé Jussieu, ils peuvent échapper à leurs poursuivants. Ce type-là, Basile l'a senti malsain depuis qu'il rôde dans le quartier. Jussieu a l'air d'un animal de proie tournoyant autour de Massue. Ce dernier ne masque pas son trouble, en effet, restant silencieux sur ce qui les relie. Si l'amitié entre Basile et Massue est solide, basée sur leurs échecs passés, le costaud a un autre copain, Firmin. Un brin de jalousie effleure Basile, le concernant. Mais une nuit, alors que Massue et Basile s'enivrent à outrance, Firmin est poignardé mortellement chez lui.

Pour Hélène, commissaire de police, Massue apparaît comme le plus probable suspect. Sa réputation de poivrot violent n'est plus à faire. Basile ne peut le laisser tomber : il fournit à la policière un alibi bancal pour Massue. Pas tellement crédible, bien sûr, Basile ne se souvenant plus très bien du déroulement de la nuit en question. Mais suffisant pour que son ami soit relâché, provisoirement. Bonne nouvelle, qui entraîne une nouvelle tournée des bars pour Bison, Massue et Basile. Ça se termine par une dure altercation avec Jussieu, toujours en travers de leur route. Ce ne sera pas la dernière bagarre alcoolisée pour Massue et Basile, quitte à passer par la case hôpital.

Même si l'on a déjà oublié la mort de Firmin, l'ambiance au bar Le National est en train de changer. Massue y vient beaucoup moins, depuis qu'il a trouvé l'amour. Fernande semble souffrante, et Bison est moins brillant que jamais. Luciole ne fréquentera plus le bistrot, ni ce parc urbain propice à sa philosophie. En vue d'un petit héritage, Basile serait bien avisé de faire une cure pour rompre avec son addiction à l'alcool. Pourtant, est-il possible de tourner la page sans que toute la vérité soit faite ?…

Arnaud Le Gouëfflec : Basile et Massue ("Le cercle" Éd.Sixto, 2015)

Voilà une réédition qui est la bienvenue. Ce roman publié en 2004 aux éditions L'Escarbille fut récompensé par deux prix littéraires en 2005. Entre ses chansons et les scénarios de bédés (couronnés par quelques distinctions aussi) dont il est l'auteur, Arnaud Le Gouëfflec suit son petit bonhomme de chemin. On peut affirmer qu'il ne déçoit jamais ses lecteurs. Car il existe une poésie, une humanité dans ce qu'il décrit. Basile et ses amis sont-ils de méchants alcoolos ? Non, plutôt des poissards marginalisés par leurs abus, manquant de ce supplément de fantaisie qui en ferait des "princes de la cuite". Chez eux, c'est le refus du système qui guide leurs choix : “Les gens ont toujours mieux à faire que de vivre, mieux à faire que de se réaliser.” Quitte à subir le dédain des autres, tel le cafetier Francis qui n'est pourtant pas une flèche, lui non plus.

Ville portuaire, Brest est un lieu intemporel. Peu nous importe que cette histoire se passe aujourd'hui, il y a trente ou soixante ans. C'est un décor vivant, nuit et jour, calme ou plus agité, pas toujours pluvieux mais généralement arrosé. Pour ça, les bistrots où se donner rendez-vous sont légion, et les fêtards perpétuellement nombreux. Le vent marin ne balaie ni les amertumes, ni les rancœurs. Alors la mort et le drame ont-il davantage leur place dans un tel port qu'ailleurs ? Peut-être que la noirceur s'inscrit naturellement dans le quotidien des personnages présentés ici par l'auteur ? Une histoire criminelle, en effet, mais riche de sensibilité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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