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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 04:55

Employée par une maison de production lyonnaise, Anna est une séduisante journaliste quadragénaire qui a des projets à l'international. Elle habite moins son appartement entre Rhône et Saône, rue du Bon-Pasteur, que cet ancien bâtiment industriel réaménagé, dans une bourgade de la région de Lyon. Anna a été mariée pendant vingt ans à un Argentin, homme autoritaire voire caractériel, qu'elle appelle encore l’Éternel. Elle ne se sent plus sous son emprise, désormais. Son amant actuel se prénomme Amar, une relation forte qui reste épisodique. Entre ses activités et sa passion des chevaux, il a besoin de sa liberté. Idem pour Anna, qui aime sortir, faire la fête, avec son ami Jules en guise de chaperon.

Marié à une infirmière souvent absente, fils de notaire, Jules Falconnet est secrétaire de mairie et photographe semi-pro. Il immortalise des évènements locaux, et ce qui lui paraît digne d'intérêt. Ce soir-là, il a accompagné Anna à un concert rock, avant de lui proposer de prolonger la nuit dans un club, le Carmin. Une boîte échangiste, pas de quoi effrayer Anna. Entre karaoké et sauna, avec l'ambiance musicale idoine, ça peut s'avérer excitant. Le patron Grégory et une poignée d'habitués, mâles et femelles, soirée passable en vue justifiant qu'Anna s'alcoolise quelque peu. Il y a aussi un assez beau mec, prénommé Joël. Il prend sexuellement l'initiative, sans qu'elle s'en inquiète puisque Jules est présent.

L'hôpital dans lequel se réveille Anna n'a rien d'accueillant. Elle aurait pourtant besoin de réconfort, car elle a l'impression d'un immense vide, d'être morte. Anna est incapable de se souvenir précisément de la tournure de cette nuit au club Carmin. Le diagnostic, c'est qu'elle a été hospitalisée en état d'ivresse, son taux d'alcoolémie le confirme. Pour une Russe d'origine comme elle, ça n'était pas insurmontable. Visiblement, on est pressé de se débarrasser, même si Anna est encore titubante. Jules la ramène dans sa bâtisse à elle. Il admet que son amie lui est apparue dans un état second, évoque le déroulement des faits et cet homme, Joël, auquel elle ne se refusait pas. Anna estime, elle, avoir été violée.

S'il existe des procédures, ça reste un parcours compliqué. L'hôpital de la Croix-Rousse la renvoie à la police, qui ne peut recevoir de plainte sur de simples allégations. Fichage et tests ADN, MST, VIH, sans impliquer trop vite son ami Jules. Personne ne témoignera sur la soirée, elle en est consciente. Pas davantage le voisinage, dans cette bourgade paisible où chacun cherche – comme Anna – la tranquillité dans un certain isolement. Enregistrer la version de Jules, ça pourra éventuellement servir à l'avocate qu'elle va contacter.

Quant à sa douleur persistante, elle reste intérieure. Elle s'est ravivée lorsque, ayant rôdé de nuit autour du club Carmin, Anna a été pourchassée en voiture. Elle explore les sites Internet pornographiques, cherchant si une sextape du Carmin a été déjà diffusée sur certains réseaux. L'occasion pour elle de découvrir toutes les perversions possibles parfois extrêmes, entre adultes consentants ou plus douteux, mais également du sexe illégal. Pas d'images d'elle, encore qu'Anna oublie de visiter des pages Facebook. Si elle a évité de le mettre tôt dans la confidence, c'est le patron d'Anna qui va bientôt faire avancer les choses. Des langues vont probablement se délier, dont celle de sa voisine Huguette. Anna identifiera-t-elle finalement le fameux Joël ?…

Brigitte Gauthier : Personne ne le saura (Série Noire, 2015)

Le thème de ce roman, c'est le viol. Aussi, soyons clairs : toute forme de viol est un crime inacceptable, catégoriquement impardonnable. Que ces abus sexuels se produisent par pression psychologique ou avec l'utilisation de drogues, rien n'excuse ces méfaits. Il existe des degrés d'acceptation sexuelle (telle l'exhibition, voire davantage), mais la limite est qu'un “Non” signifie “Non”. Si la séduction est un jeu, l'agression même avec une mise en scène qualifiée de libertine est fermement condamnable.

L'héroïne de cette mésaventure, entraînant une blessure profonde, n'est ni une sainte-nitouche, ni une oie blanche. Femme active d'un niveau socio-culturel avéré, il y a chez elle une ambivalence quant à ses rapports amoureux. D'un mari dominateur auquel elle fut effectivement soumise avant de s'en éloigner, jusqu'à un amant parfait mais à éclipses, difficile d'y voir une vie privée équilibrée. Elle montre un fort goût pour la fête, et une curiosité pour ce club échangiste. Quelle que soit la part d'attirance ou de "provocation" (un terme utilisé par les violeurs en guise de défense), comme toute femme, Anna n'en mérite pas moins d'être respectée. Ce qui n'est pas le cas. Évitant le pathos, cette fiction réaliste apparaît tel un rappel nécessaire, le viol restant trop fréquent et gravissime.

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 04:45
En mai, Action-Suspense annonçait un concours organisé en marge du festival Lire en Poche, afin de récompenser un des meilleurs titres parus en format poche. L'ami Pascal Dessaint a le grand plaisir de vous annoncer que "Le Bal des frelons" (Rivages/Noir) vient de recevoir à Gradignan le "Prix du Polar Sud Ouest Lire en Poche 2015".
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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11 octobre 2015 7 11 /10 /octobre /2015 04:55

Après avoir vécu de tumultueuses aventures en Corée du Nord, le reporter Seth Ballahan vit en famille à New York, avec sa compagne Alicia et leur fille adoptive Maï-Long. Si la démocratie règne aux États-Unis, à l'inverse du régime de Pyongyang, la métropole new-yorkaise n'est pas exempte de violence. Ce qui alimente les médias, dont le journal où est employé Seth Ballahan. Celui-ci est obsédé par la récente disparition d'Andrea Scanavino, âgé d'une dizaine d'années, d'origine italo-américaine. Cette affaire énigmatique ne paraît pas passionner les flics du NYPD, tant il est vrai que quantité d'enfants disparaissent dans cette ville. Néanmoins, Seth s'entête sur ce cas, secouant un de ses indics, Bianchini.

Âgé de quatre-vingts ans, Vito del Piero reste le caïd incontesté de la mafia italienne à New York, régnant toujours sur Little Italy. N'ignorant pas l'enquête journalistique de Seth, Vito del Piero fait en sorte que l'affaire ne soit pas médiatisée. Une entente territoriale existe entre lui et Wang, le chef suprême de la mafia asiatique, qui domine le Chinatown new-yorkais. Un autre enfant, d'origine chinoise lui, vient d'être kidnappé à son tour dans ce quartier. Vito del Piero et Wang sont bien d'accord pour taire ces enlèvements. Le Chinois a chargé son meilleur homme, Ban Ki-Yun, d'obtenir des résultats le plus rapidement possible. Enquêtant avec son adjoint Cheng, le limier asiate ne progresse guère.

Nord-Coréen, Paik Dong-Soo est un ancien officier de son pays. Pur guerrier intrépide, il s'opposa aux méthodes tyranniques de ses dirigeants. D'ailleurs, Paik Dong-Soo rêve encore d'éliminer le dictateur Kim Jong-Un. Grâce à Seth Ballahan, avec lequel il a partagé de terribles épreuves là-bas, Paik et sa famille se sont installés à New York depuis trois ans. Dépressif, l'ex-militaire à la dérive n'est plus que l'ombre de lui-même. Se ressaisir, il y pense, mais pour quoi faire ? Même s'il n'est pas trop sûr de son choix, Wang pense à Paik pour résoudre cette affaire de kidnappings. Se sachant hors du coup, le Nord-Coréen surmonte son état déliquescent en revenant au sport et à une stricte discipline.

Seth et Alicia ont craint l'enlèvement de leur fille Maï-Long, mais c'était une fausse alerte. Ça renforce néanmoins la volonté d'action du reporter. Ex-profileur du FBI, Joshua Brolin lui semble être "l'homme de la situation". Il a en particulier gardé des contacts auprès de spécialistes de l'ADN. Selon Josh Brolin, le criminel n'organise pas un trafic d'enfants : son but est de les tuer, après les avoir probablement torturés. Redoutable adversaire qui sait certainement passer inaperçu au sein d'une telle métropole. En effet, dans son antre, "The Ace" compte bien poursuivre ses méfaits. Il s'inspire de cette légende urbaine des Chinois de la ville, affirmant d'un être démoniaque hante les sous-sols de leur quartier.

Une fois rétabli, c'est bien la piste que va suivre Paik Dong-Soo. La ville sous la ville, un véritable labyrinthe de coursives souterraines, de tunnels insondables, de pièces oubliées : c'est au cœur de ces ténèbres lugubres qu'il faut chercher. De son côté, l'indic Bianchini pense avoir repéré la nouvelle base de The Ace, qui va prestement l'éliminer. Y a-t-il un seul ennemi, ou deux ravisseurs, un homme et une femme ? Telle est la question que Seth peut se poser. The Ace n'a peur de rien, allant jusqu'à visiter l'appartement de Paik, sans que In-Soon, la femme du Coréen, et leur fils Il-Nam ne le voient. Il-Nam et Maï-Long pourraient bien figurer parmi les prochaines cibles de The Ace. Pour Paik et Seth, la chasse dans les obscurs réseaux souterrains sera aussi éprouvante que leurs péripéties passées…

Jean-Luc Bizien : Le Berceau des ténèbres (Éd.du Toucan, 2015)

Précisons qu'il n'est nullement indispensable d'avoir lu les deux précédentes histoires de cette trilogie ("L’Évangile des ténèbres" – 2010, "La Frontière des ténèbres" – 2011) pour apprécier ce thriller. Car, avec son brillant savoir-faire, Jean-Luc Bizien nous en esquisse l'ambiance, tout en se concentrant sur les évènements en cours. Ici, on reconnaîtra sans mal le New York tel qu'on l'imagine ou qu'on l'idéalise. Avec ses inévitables clans mafieux régnant secrètement sur cette ville, où tout peut se passer, même l'incroyable. Quant au danger représenté par les kidnappings, c'est un problème récurrent ancré dans la réalité new-yorkaise, on le sait.

Le baroudeur Paik Dong-Soo et le reporter Seth Ballahan sont au centre du récit, traquant le criminel, mettant tout en œuvre pour l'empêcher de nuire davantage. Le récit nous permet également de suivre les sbires du caïd Wang (Ban Ki-Yun étant quelque peu en rivalité avec Paik, bien sûr), la position du camp de Vito del Piero, et d'autres contribuant aux investigations. Ainsi, la construction de l'intrigue n'a évidemment rien de linéaire. On laisse une place à la psychologie des personnages, ce qui évite un rythme trop effréné qui ne conviendrait pas forcément. Jean-Luc Bizien maîtrise parfaitement tous les rouages de ce suspense sous haute tension, un roman d'action dans la grande tradition.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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10 octobre 2015 6 10 /10 /octobre /2015 04:55

À New York, un mystérieux gangster défiguré blesse Alex, l'inspecteur de police lancé à ses trousses. Immobilisé a l’hôpital, Alex se lie d'amitié avec Léo, un garçon de onze ans soigné ici pour une étrange maladie. Léo possède la faculté de sortir de son propre corps. Comme un fantôme, invisible de tous, Léo peut s'envoler et passer à travers les murs. L'homme au visage cassé énigmatique menace la ville d'un virus foudroyant. Grâce aux pouvoirs extraordinaires de Léo, le policier Alex reprend son enquête. Ils croisent Mary, journaliste a l'esprit vif et malicieux, dont la témérité lui fait souvent prendre des risques inconsidérés. Son humour moqueur s’applique aussi bien à Alex, avec qui elle partage secrètement des sentiments amoureux, qu’aux plus dangereux criminels. Est-ce bien raisonnable de taper sur les nerfs d’un psychopathe quand il pointe un revolver sur vous ? Quelques autres personnages interviennent dans cette affaire, dont un commissaire râleur, un duo inquiétant, l'indic La Taupe, ou le chien Rufus. Léo est face à un double défi : remporter une victoire contre sa maladie et contre un dangereux gangster…

"Phantom Boy" est un film policier Fantastique pour jeune public (à partir de 6/7 ans). Le polar et le Fantastique ne sont pas souvent associes dans le dessin animé. Pourtant la rencontre entre ces deux genres est très riche du point de vue du scénario et de la mise en scène. Est ajoutée a ce mélange détonnant une pincée de films de super-héros. Le titre est un clin d’œil aux surnoms désignant ces personnages. D'où vient l'idée de l'appeler "Phantom Boy" ? Le mot fantôme a une connotation lugubre. Pas de cimetière ni de morts-vivants dans cette histoire, le personnage est bien vivant. S'il veut dire la même chose, le mot anglais Phantom est plus nuancé que Ghost, avec sa sonorité proche de la prononciation française, plus poétique.

Même si l’informatique est un outil indispensable, l’animation est réalisée à la main sur du papier. De cette façon, le trait du dessin garde toute sa fragilité et sa sensibilité. Réalisés avec des craies à la cire sur papier, les décors de New York sont retravaillés sur ordinateur. Les coups de crayon et le passage de la craie sont visibles à l’écran. Tout ceci concourt a donner une vision personnelle de cette ville toujours cinématographique.

Cinéma : “Phantom Boy” - dessin animé d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli, dès le 14 octobre 2015

"Phantom Boy" est un film d'animation d'Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli. Avec les voix d'Edouard Baer (Alex), Jean-Pierre Marielle (l'homme défiguré), Audrey Tautou (Mary), Jackie Berroyer (La Taupe). La musique est signée Serge Besset. A partir de 1996, Alain Gagnol et Jean-Loup Felicioli réalisent ensemble plusieurs courts-métrages, dont "Les Tragédies minuscules", une série de dix épisodes pour Canal+ et Arte. En 2010 sort "Une vie de chat", leur premier long métrage. Le film est sélectionné au Festival de Berlin et poursuit sa route jusqu'à Hollywood, où il est nommé aux Oscars en 2012.

Pour les amateurs de polars, rappelons qu'Alain Gagnol a été publié dans la Série Noire : M'sieur (1995), Les Lumières de frigo (1997) ; dans la collection La Noire : Est-ce que les aveugles sont plus malheureux que les sourds ? (2000) ; chez Le Cherche-midi : La Femme patiente (2002), Axel et Joséphine (2004) ; chez Magnard Jeunesse : Léon à peur (2005), Pire que terrible (2005), et aux éditions Le Passeur : Un fantôme dans la tête (2014). Ce dernier roman fut, d'ailleurs, un des meilleurs noirs polars français de l'année.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2015
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 19:30

Pour ses trente ans, le Prix Polar Michel Lebrun est heureux de vous annoncer qu'il a choisi son lauréat 2015. Dix romans pouvaient cette année y prétendre dans la sélection finale :

- AUBARBIER Jean-Luc : L'Echiquier du Temple - City éditions

- BOUYSSE Franck : Grossir le ciel - La Manufacture de livres

- BRUSSOLO Serge : La Route de Santa-Anna - Le Masque

- CALDERON et DE MORAS : La prétendue innocence des fleurs - Scrineo

- CHALUMEAU Laurent : Kif - Ed.Grasset

- DOKMAK Boris : Les Amazoniques - Ring

- INCARDONA Joseph : Derrière les panneaux il y a des hommes - Ed.Finitude

- MANOTTI Dominique : Or noir - Série Noire (Gallimard)

- ROUX Christian : Adieu, Lili Marleen - Rivages/Thriller

- VERDET Gilles : Voici le temps des assassins – Ed.Jigal

 

On est très heureux d'annoncer qu'après avoir été récompensé par le Prix Calibre 47, c'est "Grossir le ciel" de Franck Bouysse qui reçoit le Prix Polar Michel Lebrun 2015 !

 

(merci à l'association 813 d'avoir transmis cette info)

Prix Michel Lebrun 2015 est attribué à...
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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9 octobre 2015 5 09 /10 /octobre /2015 04:45

Dans une métropole comme la Grosse Cité, il se passe toujours plein de choses, bien sûr. Des trucs étranges, souvent. C'est un peu de la faute de l'Université d'Onirie, dirigée par le Professeur B. Avec son élève Loligoth et leurs amis Lutins Urbains, ils protègent la féerie, ils favorisent les rêves de la population. Forcément, ça sème la pagaille, tout cet imaginaire en liberté dans la ville. Et ce n'est pas le jeune policier Gustave Flicman, lui-même rêveur invétéré, qui va y remédier. Déjà qu'il a égaré par inadvertance le rhinocéros Chelou, qu'il devait amener à l'abattoir. Ce n'est pas avec sa mère et sa flopée de sœurs qu'il aura les pieds sur terre, Gustave. Pourtant, en compagnie de son partenaire Pticop, il faut bien qu'ils fassent leur job de gardiens de la paix.

Qu'est-ce qui passe en preum's ? Traquer une triade chinoise aux ordres du caïd mafieux Wang Fu, qui sévit dans la Grosse Cité en ce moment ? S'il avait compris ce que cachait la boutique "Le comptoir aux splendeurs", peut-être que Gustave aurait pu dénicher certains indices concernant un trafic de cornes de rhinocéros. Lui qui cherchait Chelou, justement, mais faut pas trop lui en demander non plus à ce naïf Gustave. Encore heureux qu'il n'ait pas causé de dégâts dans ce magasin de porcelaines. À vrai dire, c'est plutôt du côté des Malgaches sans-papiers vivant dans la Grosse Cité qu'il se produit des évènements pas si faciles à expliquer. Les voilà riches tout d'un coup, affirmant qu'ils ont gagné à un jeu. Et ils ne se gênent pas pour organiser une fiesta sur la place publique, ceux-là.

Renaud Marhic : Les Lutins Noirs (Éd. P'tit Louis, 2015)

Les perturbations actuelles semblent émaner d'un trio d'olibrius ultra-chevelus, mesurant cinquante centimètres, s'exprimant en termes gutturaux. Clandestinement, ils ont voyagé à bord d'un vieux zinc, d'un coucou à hélices. Autrement dit d'un avion hors d'âge, ayant fait un large détour depuis Madagascar jusqu'à l'aéroport de la Grosse Cité. Des Lutins Noirs, ça existe ? Oui, dans les légendes malgaches, les "Kokolampos" sont comparables à nos traditionnels Lutins bien de chez nous, y a pas de raison. Des petits bonshommes qui se laissent pousser les cheveux. Ces créatures mythiques possèdent des pouvoirs surtout bénéfiques (d'où la chance des Malgaches locaux?) si on ne les contrarie pas. Ils sont même capables de se transformer sous forme animale, oiseaux, sangliers ou autres.

Le chef de la BRO, Brigade de Répression de l'Onirisme, n'est pas content du tout. Car il a compris que c'est chez son vieil adversaire Barnabé, le Professeur B., que ces Kokos ont trouvé refuge. Ils ne demandent qu'à retourner dans la Grande Île, à Antananarivo, dès que Chelou sera retrouvé. C'est ainsi que directeur de l'Université d'Onirie confie à ce brave Gustave une mission impossible. Un bon "gavage de cerveau" l'aidera-t-il vraiment à réussir ? La sécurité du Président est aussi en jeu, quand même ! Tandis que le rhinocéros essaie de sortir des griffes de la triade du Bambou Masqué, peut-être que le jeune policier avec ses dreadlocks pourrait s'infiltrer chez les mafieux ?…

 

Après “L'attaque du Pizz'Raptor” et “Le dossier Bug le gnome”, voici le troisième tome de la série Les Lutins Urbains. Le "Petit Reporter de l'Imaginaire" s'en donne à cœur joie pour initier ses petits copains lecteurs aux secrets de la Grosse Cité. Il y a matière à un récit riche en rebondissements, car les aventures de Gustave Flicman et les tribulations des adeptes de l'Onirisme sont sacrément percutantes. Et pleines de mystère, comme il se doit. Seraient-ce que des Lutins Noirs ou de cruels Chinois ont entrepris de coloniser nos contrées modernes ? Il est fort possible le meilleur remède pour dénouer des situations inextricables, ce soit la féerie, donc le droit de rêver. Du moins, c'est ce que nous propose Renaud Marhic, qui nous raconte cette histoire avec une tonalité vive et enjouée de bon aloi. Un roman-jeunesse rythmé et drôle, très attrayant, pour tous les enfants (conseillé y compris à leurs familles).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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8 octobre 2015 4 08 /10 /octobre /2015 04:55

Âgé de trente-huit ans, Roger Brisseau est un grand costaud plaisant aux femmes. Ce combinard endetté qui s'affiche homme d'affaires peut se montrer nerveux, impulsif. À son bureau, la jeune secrétaire Suzanne est surtout chargée de répondre qu'il est absent. Le couple formé par Brisseau et son épouse Gisèle habite un pavillon en proche banlieue de Paris. Ce midi-là, il rentre comme prévu chez lui, et tombe sur le cadavre de sa femme. Il est bien obligé d'appeler la police, car son vieux voisin Mauclère apparaît sur son chemin. L'inspecteur Saverny, de la Criminellle, dans le service du commissaire Tardieu, est envoyé sur les lieux. De menus indices, mais pas de traces flagrantes de l'assassin, probablement connu de la victime qui l'a laissé entrer.

Retraité des Postes, M.Mauclère était un peu le confident de la défunte Gisèle Brisseau. Il est accusateur envers le mari, qui aurait profité de l'absence matinale du voisin pour tuer son épouse. Brisseau possède de parfaits alibis pour la demie-journée. Il était avec sa maîtresse Germaine Deny, dite Lily, puis il a vu sa secrétaire avant de se rendre à un rendez-vous avec Max Wurtzbach. Sanguin, Brisseau se bagarre avec les flics, avant de prendre la fuite dans sa Frégate. Il tient à disposer de toute sa liberté afin de se défendre. S'il figure comme suspect n°1, il n'a pas assassiné Gisèle, et il ne compte guère sur la police pour retrouver le coupable. Après avoir donné des consignes à Suzanne et à Lily, Brisseau contacte son fidèle ami Lulu, qui tient un stand d'autos-tamponneuses.

De son côté, Saverny contraint Germaine Deny a lui dire la vérité, avant de rendre visite aux parents de Gisèle. Directeur d'assurances, M.Pontier lui semble plus cordial et juste que sa femme, très remontée contre leur gendre. “Pour parler net, c'est un drôle de lascar. Pas méchant bougre au fond, mais de morale élastique !” résume M.Pontier. Il admet que Brisseau n'avait aucun intérêt financier dans la mort de Gisèle. Saverny s'avise que le beau-père est finalement plus cynique qu'il ne l'a cru.

Ayant interrogé la secrétaire puis Max Wurtzbach, l'inspecteur suit la piste du nommé Tavenier. Celui-ci vient que quitter son immeuble avec précipitation. Sa concierge, qui est aussi voyante, donne au policier une adresse où il a pu se réfugier. Saverny rencontre encore Yolande Vincent, une dame assez foldingue, très généreuse envers Brisseau. Tandis qu'un indic renseigne Brisseau et Lulu, la police rate de peu le fuyard. Le duo enlève bientôt Tavenier, afin de l'interroger. Le mari cocu de Germaine Deny réfute tous les témoignages, mais Saverny ne se décourage pas. Bien que le policier et Brisseau aient un contact téléphonique, le suspect n'envisage pas de se rendre, persévérant au contraire jusqu'à la découverte du vrai coupable…

Jean Dorcino : Ma femme est morte (Un Mystère, 1962)

De son vrai nom Jean Paulhac (1921-2011), Jean Dorcino a signé quatre polars : “Le crapaud” (Série Noire, 1956), “Pas de dragées pour le baptême” (Série Noire, 1957) “À brûle pour poing” (Presses de la Cité Espionnage, 1961), “Ma femme est morte” (Un Mystère, 1962). Le personnage de l'inspecteur Saverny déjà présent dans “Pas de dragées pour le baptême” mène aussi ses investigations dans “Ma femme est morte”. Il s'agit d'un policier sans préjugés (il ne croit pas dans la culpabilité de Brisseau) s'accordant de courts moments de réflexion pour de petits bilans. Un bon professionnel qu'on ne dupe pas, sans être une copie conforme de Maigret. En face, le mari suspect est un margoulin intrépide, pas antipathique, qui vit d'emprunts plus ou moins remboursés, et qui n'éprouve que de la répulsion contre les flics.

L'histoire se passe dans la tranquille région parisienne autour de 1960, avec ses pavillons en meulière et ses routes quasi-campagnardes. Bien loin du Rosny-sous-Bois actuel. Il n'y a pas de chapitre, car la narration est "en continu" : l'action est supposée se dérouler sans temps morts, à partir du midi jusqu'au lendemain. Avec habileté, l'auteur évite d'insister sur les repères horaires qui trahiraient l'approximation. L'écriture est claire, les portraits bien dessinés : “Dans sa cabine de verre, Lulu surveillait les opérations de ramassage du fric, menées par deux gars en blue-jeans. Trapu, costaud, il avait une tête de vautour chauve, émergeant de son chandail à col roulé. Un grand pif aigu, et pas un poil sur le crâne. Le regard attentif sous les sourcils broussailleux.” S'il s'agit d'un roman d'enquête, la succession de scènes est vive, apportant son lot de péripéties. Un très bon petit polar de l'époque.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 04:55

Âgé de cinquante-huit ans, François Vasseur est un universitaire, spécialiste de l'Histoire médiévale. Son épouse quinquagénaire Mathilde, propriétaire d'une galerie d'art à Paris, a un faux-air de Meryl Streep dans "La route de Madison". Il semble que leur fille Camille se soit éloignée d'eux pour s'installer à Londres. Il est vrai qu'il ne furent guère des parents attentifs, leurs métiers passant d'abord. François Vasseur a connu un sérieux problème lui causant une blessure à la jambe. Le couple s'est installé depuis quelques mois dans une propriété campagnarde isolée, à une quinzaine de kilomètres de Quimperlé. Ils n'ont pour voisins que la famille du vieux fermier Le Bris, soixante-quinze ans. François Vasseur reste en contact avec les cercles universitaires parisiens. Il se rend régulièrement à Quimperlé chez la kiné Laurence, pour des séances de massage. Une certaine sympathie s'est nouée avec la jeune femme, mariée à Marc, lieutenant de gendarmerie.

Ce n'est pas un intellectuel comme François qui s'occupera du jardin, d'autant moins avec sa jambe douloureuse. Il engage un jeune homme de vingt ans aux cheveux ras, qu'il a rencontré par hasard. Ce Ludovic, originaire de Lille, vit dans sa camionnette. Il est assez taciturne et peu cultivé, mais il fait un excellent boulot dans le jardin du couple. Dans le bâtiment annexe de la longère des Vasseur, les travaux de l'appartement destiné à Camille sont restés en suspens. Entreprendre ce chantier paraît exciter Ludovic. Si Mathilde a été réticente au début, elle voit d'un bon œil qu'il se charge des travaux. Vu comme il pleut sans cesse à l'extérieur, plutôt que de loger dans sa camionnette, Ludovic est invité par le couple à s'installer dans l'appartement en rénovation. Quand François en parle à la kiné Laurence, elle lui recommande tout de même la prudence. Après tout, les Vasseur savent bien peu de chose sur ce jeune bricoleur, aussi compétent soit-il.

François a l'impression que le chantier a un peu ralenti depuis que Ludovic y habite. De menus incidents se produisent. Le plus troublant, c'est le vol d'un livre rare appartenant à François, que le jeune homme va discrètement restituer, faute d'avoir pu le vendre. Quand il fait des recherches sur Internet, François s'aperçoit que Ludovic se nomme en réalité Bryan Lefebvre, natif de Douai. Il a été impliqué dans une affaire de viol collectif : même s'il n'était pas coupable, c'est lui qui entraîna la jeune Mélanie lors d'une soirée de fête. Mathilde Vasseur n'est pas convaincue que Ludovic soit un vaurien. D'ailleurs, tous trois effectuent quelques sorties "en famille", le jeune homme apparaissant un peu tel leur fils. Mais ça fait près de deux mois que Ludovic est chez les Vasseur. Quand il annonce être sur le départ, les travaux étant terminés, ça soulage François. Pourtant, Ludovic ne va pas si vite quitter la maison du couple…

Valentin Musso : Une vraie famille (Éd.Seuil, 2015)

Voilà ce qui résume les cent-cinquante premières pages de cette histoire, le premier acte. On l'aura compris, les lecteurs ne sont pas au bout de leurs surprises. Car il reste deux-cent-vingt pages, en deux autres parties. Intrigue axée sur le trio de personnages principaux, plus trois ou quatre seconds rôles, cette histoire n'est toutefois pas théâtrale, figée dans son décor rural et pluvieux. Ici, le danger est en priorité psychologique. Même si, au final, on compte deux morts et un blessé, dont le pronostic vital ne sera bientôt plus engagé. Dès le début du deuxième acte, la situation va curieusement évoluer. Et l'on en saura un peu plus sur le passé de chacun des trois héros de l'affaire.

Quant aux lieux choisis, l'auteur semble avoir retenu l'image des impressionnantes crues à Quimperlé, sud-Finistère, en février 2014. Il présente un scénario intimiste, tout en sobriété. Ce qui n'empêche nullement des rebondissements, ni que doutes et questions viennent à l'esprit. Les amateurs de polars penseront inévitablement aux noirs suspenses de Frédéric Dard, écrits dans la première partie de sa carrière : un contexte quotidien, peu de protagonistes, des faits inquiétants restant légers, une ambiance qui tourne au malaise, peut-être à une forme de cruauté. Dans la même tradition, Valentin Musso nous a concocté un captivant psycho-suspense, très vivant grâce à une belle fluidité narrative.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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