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4 août 2015 2 04 /08 /août /2015 04:55

Dans cette ville américaine, Sam Birge est un policier proche de la retraite. Il aurait envie de consacrer plus de temps à son épouse Edna et à leur fils Roy. Pour l'heure, Sam Birge continue à mener ses enquêtes, tout en fumant le cigare. Il est secondé par l'ambitieux Charley Hagen, âgé de quarante-deux ans, qui espère le poste de Sam Birge : certes, il en a la compétence, mais sans doute pas encore la maturité. Une jeune femme vient d'être découverte poignardée au Marne Hotel, Sam Birge et Charley Hagen se rendent sur les lieux. C'est un bâtiment miteux et sale, “croulant, crasseux, crapuleux”. Mrs Ferris, la femme de ménage a bien du mérite à entretenir ce qu'elle peut. Quant à Mrs Leeds, la propriétaire, elle gère son hôtel sans se préoccuper vraiment de ses locataires.

Janice Morel, la victime âgée d'une trentaine d'années (Morelski étant son nom complet), était entraîneuse et chanteuse dans un club, Le Trinidad, appartenant à Joe Marco. En fait, il est aussi propriétaire du Marne Hotel, mais laisse ce titre à Mrs Leeds. Le réceptionniste de l'établissement ne tarde pas à l'informer du meurtre. Sam Birge interroge les locataires voisins de chambres de Janice Morel. Notamment Freddie Eckstein, contrebassiste aveugle jouant dans l'orchestre du Trinidad, et Joan Fleur, entraîneuse dans le même club et amie de la victime. Le nom d'un suspect apparaît rapidement : Harry Chapel, amant de Janice. Grâce aux cahiers de la jeune femme, Sam Birge comprend que les projets artistiques de celle-ci n'ont jamais abouti. Bien qu'elle ait un supposé "agent", Emmett Sanderson.

C'est évidemment pour payer les services (bien relatifs) de cet impresario d'opérette que Janice faisait chanter quelques personnes. Des petites sommes réclamées à chacun, qui totalisaient finalement deux mille dollars, versés à Sanderson. Quand il est interrogé, Harry Chapel admet avoir donné de l'argent à Janice, toujours volontairement. Toutefois, un rapport de police révèle le passé judiciaire de Chapel. Le considérant comme suspect n°1, Charley Hagen prend l'initiative de l'interpeller. Bien que l'établissement soit cerné, Harry Chapel parvient à s'enfuir. Il trouvera refuge dans un minable hôtel d'Acadia Street, ignorant être filé par le réceptionniste au service de Joe Marco. Chapel croisera une chic fille, la serveuse Bérénice, mais peut-il espérer aller loin avec elle ?

Sam Birge s'intéresse à Joe Marco, qui joue à l'honnête commerçant, et à l'"agent" Emmett Sanderson, qui nie toute pression sur Janice Morel. Même s'il est possible que Joe Marco stocke de la drogue dans son hôtel, une fouille minutieuse ne donne rien. Lors d'un nouvel interrogatoire, Joan Fleur et Freddie Eckstein ne disent pas toute la vérité à Sam Birge. Charley Hagen a commis une erreur en voulant arrêter Chapel sans en référer à son supérieur. Néanmoins, il reste absolument certain de sa culpabilité. Sam Birge en doute fortement, lui. Certes, on pourrait facilement boucler l'affaire, en mettant le crime au crédit de tel ou tel. Mais quand Sam Birge procède à une arrestation, c'est pour inciter l'assassin à tout avouer…

William Krasner : La rue sans fin (Un Mystère, 1949)

William Krasner (1917-2003) naquit à Saint-Louis, dans le Missouri. Il fréquenta la Soldan High School, s'initiant à la carrière d'écrivain en collaborant à une revue littéraire aux côtés de Tennessee Williams. Après le lycée, il travailla dans le service postal américain, puis intégra l'armée de l'air. Il décrocha ensuite un diplôme de psychologie de l'Université Columbia, où il étudia en plus l'écriture de fiction. En 1949, il publie son premier roman La rue sans fin”. Son héros le policier Sam Birge figure aussi dans The Stag Party, Death of a Minor Poet et Resort to Murder”, non traduits en français. Krasner a également écrit “North of welfare”, et en 1950 “The gambler, qui fut publié en 1989 sous le titre “Le flambeur”. Un cinquième roman avec Sam Birge, intitulé Opfer einer Razzia”, n'a été publié qu'en allemand.

Dans une lettre de 1951 à Frédéric Dannay (Ellery Queen), Raymond Chandler évoque ce premier roman : “Il peut aussi arriver qu'un seul livre, tel que "La rue sans fin" de William Krasner, place immédiatement son auteur au-dessus et au-delà d'une longue liste d'écrivains ayant écrit vingt ou trente livres, qui sont connus et ont du succès.” Bel hommage d'un connaisseur. Raymond Chandler avait assurément compris que l'intention de l'auteur n'était pas de raconter uniquement une enquête de police. Petite rivalité entre le héros et son adjoint, mensonges de la plupart des témoins, club de nuit douteux et hôtel délabré : les décors créant une ambiance, et les portraits ciselés des protagonistes importaient davantage à William Krasner.

L'auteur ne négligea pas non plus la construction stylistique. La personnalité de la victime est définie à travers ses carnets intimes. Une place est aussi faite à l'assassin, au cours du récit. Outre les enquêteurs, on va suivre également le principal suspect Harry Chapel dans son errance personnelle (dans les rues sans fin). Si le suspense est bien présent, on aurait tort de se borner à ne voir qu'une recherche criminelle. Ce très bon roman fut réédité (avec quelques autres) dans l'Omnibus “Polars Années cinquante” tome 2, en 1996.

William Krasner : La rue sans fin (Un Mystère, 1949)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 04:55

Mary Lester est une jeune policière du commissariat de Quimper. En duo avec Jean-Pierre Fortin, elle a mené bon nombre d'enquêtes. Des succès qui lui ont apporté une notoriété certaine. La preuve, c'est à Mary Lester et à personne d'autre qu'Élizabeth Fischer désire que soient confiées des investigations sur sa sœur, Valérie Gougé, semblant avoir disparu. Il existe un blocage autour d'un modeste héritage, car manque sa signature. Mary Lester n'éprouve pas une sympathie immodérée pour la haute société, à laquelle appartiennent Élizabeth Fischer et Valérie Gougé. Âgée de trente-deux ans, la disparue est veuve depuis deux années de Pierre Gougé, un gros banquier qui avait soixante-douze ans. Elle possède des domiciles dans tous les lieux chics, mais reste injoignable. Sa sœur aînée pense que c'est à La Baule que Mary Lester a des chances de retrouver Valérie Gougé.

Pas question que la jeune enquêtrice, peu emballée par l'affaire, se déplace sans Fortin. À la résidence où la disparue possède un appartement, le duo interroge les gardiens sur les habitants aisés de cet immeuble. Il apparaît que le logement de Valérie Gougé aurait été prêté à une quinquagénaire, Mme Hernandez. Plutôt étonnant ! Surveillant la résidence, Mary Lester ne tarde pas à identifier cette personne. Condamnée par contumace quelques années auparavant, Joséphine Poussetinette est une vieille connaissance de Mary Lester. Elle connaît la fourberie de cette dame. La fausse Mme Hernandez a des horaires réguliers et se déplace en taxi. Fortin et Mary doivent un peu ruser pour la prendre en filature. Ils s'aperçoivent qu'elle rejoint le nommé Barbier, son complice d'antan sorti de prison.

C'est vers Batz-sur-Mer que le couple se rend ensuite chaque jour en 4x4. Le castel Barbe-Torte est une imitation de château-fort. Cette demeure est la propriété de l'armateur Bertrand Lussac de Ligonnière, dirigeant de la société nantaise STMF, et de son épouse Mathilde. Peut-être Valérie Gougé y est-elle séquestrée, même s'il est impossible d'en être sûrs. Ce n'est pas le genre d'endroit où l'on pénètre comme dans un moulin. Puisqu'on en en secteur gendarmerie, Mary Lester est prête à laisser agir la maréchaussée. Néanmoins, son supérieur insiste. L'enquêtrice imagine une solution : la brigadier-chef Gertrude Quintrec est capable de jouer le rôle d'une femme de ménage, qui eût été engagée par Valérie Gougé pour nettoyer son appartement.

À La Baule, Gertrude Quintrec est à la hauteur face à la fausse Mme Hernandez. Pourtant, énervée par cette gêneuse, Joséphine Poussetinette fait preuve de méfiance. Mary Lester va mettre à contribution Élizabeth Fischer, afin qu'elle l'aide à retrouver sa sœur. Puisqu'elle se flatte de connaître Bertrand Lussac de Ligonnière, que cette dame se fasse inviter au castel Barbe-Torte. Hélas, le PDG de la STMF est injoignable, lui aussi. Tandis que Barbier est quelque peu malmené par des jeunes désœuvrés, Gertrude risque d'avoir son lot d'ennuis, elle aussi. Forcer la porte du château-fort ? Couverts par un dynamique procureur de la République quadragénaire, Mary Lester et Fortin auront besoin de l'aide de l'adjudant-chef Lucas pour dénouer l'affaire…

Jean Failler : État de siège pour Mary Lester (Éd.du Palémon, 2015)

Depuis une vingtaine d'années, les enquêtes de Mary Lester ont séduit un large lectorat. Il n'y a pas de recette miracle, ni d'ingrédient majeur dans ce succès. On pourrait invoquer "l'effet de série" puisque, en comptant quelques doubles tomes, on en est aujourd'hui aux numéros 42 et 43 des aventures de cette héroïne. L'argument géographie aurait aussi son importance, Mary Lester investiguant sur la côte Atlantique, dans les cinq départements de la Bretagne historique. Au gré des repérages effectués par Jean Failler, qui va observer les lieux concernés. Par la suite, il décrit donc une certaine réalité, ça compte sûrement dans la tonalité qui plaît au public.

Bien entendu, le personnage central est capital. Jeune femme trentenaire au caractère affirmé, sachant s'adapter à toutes les situations, courageuse et même plutôt téméraire, ironisant volontiers, Mary Lester se comporte avec naturel, vivant comme tout le monde, aimant sa région. Comme disent les anglophones, Mary c'est "the girl next door", la fille d'à côté. Ne pas jouer les cadors, voilà sans nul doute l'atout premier de cette enquêtrice. À l'image du commissaire Maigret (Georges Simenon étant le modèle de l'auteur), c'est une policière qui fait son métier aussi correctement que possible. Mary est assistée par Jean-Pierre Fortin qui, s'il manque carrément de culture, reste efficace dans l'action.

Parce que ce marin a lu beaucoup de très bons auteurs de polars, Jean Failler sait qu'on ne peut embarquer les lecteurs sur un rafiot pourri : tel un fier navire, le roman doit tenir la mer, maintenir le cap pour arriver à bon port. Si petit monde de Mary Lester comporte sa part de mystère, de questions à résoudre, de violence à laquelle on ne peut échapper, le spectaculaire à outrance et la cruauté horrifique n'ont pas leur place. Toujours l'idée du quotidien, de la vie ordinaire déréglée par une affaire criminelle, qui prime. Ajoutons à cela une narration fluide, et c'est ainsi que les lecteurs adhèrent. C'est une fois de plus le cas dans cet “État de siège pour Mary Lester”, un épisode fort agréable à lire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 04:55

Anne Brunel, la trentaine, entretient le souvenir de son union avec Romain Valmont, comédien devenu célèbre. Égoïste, son ex-mari n’a plus de contact avec elle depuis des années. Il lui verse seulement une maigre pension. Danielle Turin, son unique amie, incite Anne à vivre plus intensément. La jeune femme trouve le courage d’aller voir Romain, afin qu’il augmente sa pension. C'était annoncé dans tous les médias : celui-ci lui confirme son prochain mariage avec Carine Arnaud, sa belle partenaire au cinéma. Enceinte de deux mois, la future épouse se montre chaleureuse envers Anne. Observer ce couple si parfait excite son désespoir, et ça lui donne de mauvaises idées. Elle décide de se venger de l’ingrat Romain. Elle commence par se munir du Colt45 de son ami absent, Jean-Luc.

Une nuit, elle enlève Carine près du théâtre où elle joue. La jeune femme comprend mal ses motivations. Elle pense à une mise en scène : “Quand vous me relâcherez, je prétendrai avoir été enlevé par deux hommes masqués, qui m'auraient fait monter de force dans une voiture…” Sans se préoccuper des conséquences, Anne la séquestre dans le studio de son ami absent. Supprimer sans délai sa prisonnière ? “Non, elle était incapable d'assassiner une femme inconsciente ; c'était la lâcheté suprême.” Punir Romain, imaginer son inquiétude, c'est stimulant pour Anne. Le lendemain, elle qui n'est ni cynique ni cruelle, réalise la stupidité de son acte. “Une vengeance se devait de basculer dans l'horreur, mais l'horreur n'était pas le domaine d'Anne.” Il est encore temps de tout arranger. Mais quand elle retourne libérer Carine, celle-ci a disparu.

Domi et Joël sont de médiocres voyous. Domi fait figure de chef. Ayant découvert Carine prisonnière, Domi veut profiter de ce hasard. Embarquant le Colt45 laissé là par Anne, le duo amène l’actrice chez Perrouka, la marraine de Joël. Âgée de soixante-huit ans, elle tient un modeste restaurant, le Relais des Marguerites. Domi pense exiger une rançon. Même s'il est menaçant, Perrouka tente de l’en dissuader. “Perroukka soupira de nouveau. Si elle avait été plus jeune, de cinq ou six ans seulement, elle se serait peut-être lancée dans cette affaire avec enthousiasme… mais aujourd'hui elle préférait son petit restaurant, [son chien] Gueulard et sa collection de perruques. Tout bien réfléchi, elle trouva que c'était un peu triste.”

Coopérative, c'est Carine qui apporte une solution, proposant un plan sans risque. Par l'intermédiaire de deux amis, ils pourront entrer en contact avec Romain sans que la police le sache. À condition qu'Hélène Mazet, amie de Carine réponde au téléphone. D'abord désorientée par la disparition de la kidnappée, Anne s'arrange pour revoir Romain au plus tôt. Il lui apprend que Carine a été enlevée. Rester auprès de son ex-mari permet à Anne de le réconforter – tout en suivant l’évolution de l’affaire. Elle y participe, lorsque les ravisseurs se manifestent. Mais la suite ne se passera pas aussi simplement que prévu. On risque un grave dérapage. Toujours présente, Anne soutient moralement Romain, croyant regagner son affection. L’enquête sur l'enlèvement piétine. Après s’être planqués, Domi et Joël n'en restent pas là, espérant faire chanter Anne…

Jean-Pierre Ferrière : Haine ma sœur haine (Éd.Campanile, 2015)

Cette intrigue concoctée avec soin par Jean-Pierre Ferrière, un de nos "vétérans du polar", s'avère palpitante autant pour ses péripéties que pour son ambiance. Car ici, tout apparaît d'une parfaite crédibilité : l’acteur aussi égoïste que célèbre, les minables voyous et leur complice Perroukka, l'amie futile Danielle, de même que l'ensemble des personnages que nous allons croiser. Au centre, c’est une héroïne pitoyable dont l'auteur nous dessine le portrait avec une sacrée subtilité. Plus pathétique qu’attachante, d'une sensibilité exacerbée, Anne est finalement une pure névrosée. Même si elle garde un apparent sang-froid, elle ne mesure plus vraiment la folie de son acte initial, et n'a pas guère de poids vis-à-vis des évènements à venir.

Jean-Pierre Ferrière utilise une fois encore le contexte du cinéma (sa passion depuis l'adolescence), pour notre plus grand plaisir. Derrière une fluidité du récit coutumière chez lui, donnant une impression de légèreté, il s'agit là d'une histoire pleine de noirceur. Si Domi est un tocard de la pire espèce, il n'en est pas moins dangereux, par exemple. Un suspense intense et riche en finesse, avec son lot de rebondissements, une construction impeccable de l'histoire, voilà un roman sombre et solide dans la meilleure tradition.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 04:55

Marcel Hardouin est un chef d’entreprise de la banlieue parisienne. “Grand, massif, sanguin, il donnait une impression extraordinaire de puissance que n'atténuait pas, au contraire, des cheveux prématurément blanchis. À quarante-cinq ans, il dirigeait une importante affaire de récupération de métaux, qu'il avait créée.” Cet homme intransigeant n’aime pas être berné. Son comptable, M.Pinson, qui avait détourné un peu d’argent, le comprend à ses dépens, mais s'entête à braver son employeur. Hardouin vit avec sa maîtresse, Marianne, une jolie blonde de vingt-six ans qui fut vaguement comédienne. Leurs rapports sont un peu tendus ces derniers temps, car la jeune femme voudrait se faire épouser. Il semble qu’elle ait une solution de repli, un autre amant – moins riche qu’Hardouin, mais prêt au mariage.

Hardouin possède aussi un passé. Avant guerre, il a été mêlé à une affaire minable, qui lui valut un séjour en prison. Mais il sut ensuite profiter de l’époque troublée pour gagner de l’argent, puis s’établir. Son complice d’alors, Henri Quinsard, ne s’est pas montré aussi avisé. Dans la dèche, il vient voir Marcel Hardouin pour en tirer de l’argent, sous prétexte de taire son passé. Celui-ci réagit négativement, d’abord. Puis il le recontacte afin de lui confier une mission : récupérer les cent millions en billets qu’Hardouin a gagné à la Loterie Nationale. Quinsard remplit sa mission, et remet l'argent à son commanditaire : “Demain, je leur fais passer la frontière. Ni vu, ni connu, le fisc n'en saura rien” conclut Hardouin.

Plus tard, Marcel Hardouin est retrouvé assassiné dans sa Chevrolet. Le commissaire Benoît Lavergne et l'inspecteur Paul Meunier commencent leur enquête, se rendant au domicile de la victime. Ils interrogent les proches d'Hardouin : Marianne (sa maîtresse), Pinson (le comptable), Marguerite (l’employée de maison), Catherine (la secrétaire). Seul Henri Quinsard est introuvable. Il s’est mis au vert à la campagne. Il aurait certainement mieux fait d’y rester plutôt que de revenir à Paris. L’enquête avance peu. Pinson ne semble pas impliqué. Marianne se tient tranquille. L’assassin avait trouvé une excellent cachette pour les cent millions. Mais un décès prématuré et naturel va mettre la police sur ses traces. Un agent de police ayant remarqué une Dauphine jaune peu avant le crime, voilà un indice décisif…

G.G.Bomier : Meurtre au feu fouge (Un Mystère, 1961)

Outre “Meurtre au feu rouge” en 1961, G.G.Bomier a aussi publié (en 1962, dans la même collection Un Mystère) “Fiasco” et “Rallye Gang”. Il n'est pas certain que l'on trouve d'autres romans sous ce nom. Qui était cet auteur ? Peu avant 1960, les anciens établissements G.G.Bomier (crées en 1933) cédèrent la place à une nouvelle société, "Les bas Chesterfield". S'agit-il de l'ex-propriétaire (probablement une dame) qui ensuite se serait reconvertie dans l'écriture de romans policiers ? Il serait hasardeux de le certifier, mais cette piste n'est pas du tout saugrenue.

Certes, on ne peut pas qualifier cette intrigue de chef d'œuvre. Néanmoins, ça reste un solide petit polar typique de l'époque. Sans doute relève-t-on quelques grosses ficelles : l’homme fortuné qui joue et gagne à la Loterie ? Mmouais. De même que la situation de l’assassin dans cette histoire. Qui, au final, avouera les circonstances du crime sans rechigner. Pour l'essentiel, une narration assez astucieuse faisant oublier les détails discutables, des personnages crédibles, une part d'humour… et ça donne un suspense rétro plutôt sympathique à lire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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31 juillet 2015 5 31 /07 /juillet /2015 04:55

En Californie, le père Joseph Shanley officie à l'église catholique St Anne, dans la paroisse de Royal Heights, habitée par une population plutôt pauvre. Homme bienveillant, encore jeune et solide, il est respecté de tous. Quand Rose Alyce, danseuse au club "La Marimba" de Nick Sandoe se suicide, le prêtre s'adresse à la brigade criminelle. Car il ne croit pas qu'une personne pieuse telle que Rosa Mendez (le vrai nom de la jeune femme) se soit supprimée.

Samuel Elijah Golden, jeune policier juif non religieux, l'écoute mais il ne peut que lui répéter les faits : le revolver ayant servi a été trouvé sur place ainsi qu'une lettre d'adieu. La rupture avec le chef d'orchestre du club, Matty Moline, ayant choisi une autre femme, expliquerait son acte. Quand il consulte le dossier, son supérieur invite Sammy Golden à prendre les congés auxquels il a droit. Le jeune policier n'ignore pas l'influence du maire John Gough, en campagne électorale, et de ses affidés.

À l'église du père Shanley, Samuel rencontre la nombreuse famille Mendez. Barbara admet la grande sensibilité de sa sœur Rosa, donc un possible suicide. Leur frère Carlos rentre à la maison amoché après un combat de boxe. Il voulait gagner de l'argent pour engager un douteux détective privé. Sammy Golden le fait soigner, puis l'héberge à son domicile. Nell Wharton, sculpturale créature blonde, transmet mille dollars en liquide à Samuel. Manière pour certains magouilleurs locaux de l'inciter à oublier l'affaire.

Le lendemain matin, Carlos est parti en emportant le revolver de Sammy. Même s'il est croyant, mais la vengeance risque d'être plus forte que sa foi. Le policier mobilise le père Shanley et Nell Wharton afin de retrouver Carlos au plus tôt. Le jeune Mendez s'est rendu aux Alexis Apartments, où vit Matty Moline, qu'il estime responsable de la mort de sa sœur. Samuel est vite arrivé à la même adresse. Des collègues de la Criminelle sont déjà sur les lieux, car Moline a été abattu chez lui. Les flics mettent Carlos en état d'arrestation.

Samuel et Nell sont menacés par deux truands, le Suédois et un complice, qui cognent le policier. L'intervention musclée du père Shanley est la bienvenue. Tandis que Sammy et Nell se trouvent une planque, le prêtre a pu rencontrer Carlos, qui nie avoir tué Moline. Les faits restent accusateurs contre Carlos. Nell récupère le revolver de Sammy, caché par le jeune frère de Rosa, et le rend au policier.

Ils ont le soutien de Paul Pavlidès, un ancien truand assagi, et surtout du journal d'opposition Times-Herald. Malgré un attentat visant ses locaux, cet organe de presse publie tout ce qu'on sait sur l'affaire Rosa Mendez, et ne ménage pas le maire. Avec son dangereux assistant Jack Farr, Nick Sandoe n'est pas inactif de son côté. S'il se montre diplomate en participant au rosaire en hommage à Rosa, Nick conseille au maire John Gough de faire pression sur la hiérarchie de Shanley, et de relancer l'enquête sur la mort de Rosa – bon argument électoral sécuritaire.

Grâce au douteux détective, Jack Farr vient menacer Samuel Golden et ses amis dans leur planque. Ils s'en débarrassent, mais doivent immédiatement changer de repaire. L'évêque Mgr Francis Croissant a été invité par le maire à calmer la fougue du père Shanley. Mais l'ecclésiastique ne se montre pas trop sévère. Les autorités policières s'appliquent à ternir l'image de Sammy et de la sulfureuse Nell. Le policier et ses amis continuent, malgré tout, sur le chemin de la vérité...

Jack Webb : Les pieds dans le plat (Un Mystère, 1954)

Le romancier californien Jack Webb (1916-2008) fut l'auteur de neuf suspenses, plus une nouvelle, ayant pour héros le policier Samuel Golden et le père Joseph Shanley, parus de 1952 à 1963. Quatre de ces titres seulement ont été traduits en français. The big sin” (“Les pieds dans le plat”) est le premier roman de l'auteur, et le premier de cette série. On y fait la connaissance du duo, leur portrait se dessinant à travers les péripéties du récit. Il ne faut pas exciter le costaud prêtre d'origine irlandaise qui, de caractère tranquille, ne rechigne pas à la bagarre. Sammy Golden subit davantage les coups, mais ne manque pas d'opiniâtreté, et ne craint pas d'affronter de plus puissants que lui.

Aventure percutante, au rythme mouvementé en permanence, l'histoire laisse aussi une part à l'humour. Par exemple, allusion à Judas Iscariote ayant trahi Jésus pour la somme de trente deniers, le policier offre aux œuvres du père Shanley les mille dollars que lui ont transmis les mafieux : “Sammy sourit malicieusement. ─ Il y a eu jadis un Juif qui ne savait que faire avec ses trente pièces d'or. Disons que je leur ai trouvé une utilisation.” Le père Shanley peut-il contacter Carlos, emprisonné ? Avec votre habit, votre nom, et cinquante pour cent d'Irlandais dans la police, vous pouvez si vous le désirez vraiment parvenir jusqu'à lui” répond Samuel Golden. À noter, un personnage se nomme ici Jack Farr : l'auteur utilisera un peu plus tard le pseudo de John Farr pour quatre romans.

Un Juif et un Catholique alliés contre le crime, une belle idée bien exploitée. Il s'agit d'une intrigue agitée répondant parfaitement à la meilleure définition du genre : du suspense, de l'action et de la noirceur, avec des "méchants" corrompus bien typés, et des "bons" qui ne se résignent pas à céder face à eux. Sans oublier les indispensables partenaires féminines, telles l'amoureuse Nell Wharton et la jeune Barbara Mendez. On se régale à lire ce genre de classiques de la littérature policière.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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30 juillet 2015 4 30 /07 /juillet /2015 04:55

Au Canada, Ralph Turee appartient à un petit groupe d'amis. Professeur à l'Université de Toronto, il est marié à Nancy avec laquelle il a quatre filles. Sans doute Ralph est-il bien moins riche que ses amis, mais son couple est assurément plus stable. Harry Bream et sa femme Thelma s'accordent assez mal, par exemple. Quant à Ron Galloway, il est divorcé de la maladive Dorothy, avec laquelle il eut une fille, Barbara. Il est marié depuis quelques années avec Esther, avec qui ils ont deux fils. Son épouse pense qu'il pourrait la tromper avec la trentenaire Thelma. En ce week-end de printemps, Ron Galloway doit rejoindre ses amis Ralph, Harry, Bill et Joe, dans son propre chalet près d'un lac. Constatant que Ron est en retard, les autres commencent à sérieusement s'inquiéter.

En pleine nuit, Ralph et Harry téléphonent à Esther pour savoir où est passé Ron. Celle-ci semble convaincue que son mari est avec Thelma. Ils appellent ensuite Thelma, qui dit ne pas avoir vu Ron ce jour-là. La jeune femme confie à Ralph qu'elle est enceinte, et que le père n'est pas son époux Harry Bream, c'est Ron Galloway. Si Harry ne voulait pas avoir d'enfant, Thelma y tient absolument. Dès le lendemain, dimanche matin, des policiers de l'Ontario débarquent au chalet. On leur a signalé la disparition de Ron. En réalité, ce n'est pas Esther qui l'a fait, c'est Thelma qui les a prévenus. Maintenant que la police est ici, c'est à elle de prendre la direction des opérations. Un groupe de détectives amateurs n'est jamais bon à grand-chose estime avec sagesse Ralph Turee.

Peu avant sa disparition, Ron téléphona à son ex-belle-mère, évoquant son "départ". On sait aussi qu'il eut un petit accident au village de Thornbury, sur le parcours vers le chalet. Il jeta son portefeuille avec cent dollars à une vieille dame, Celia Roy. Entre Thelma et son mari, rien ne va plus. La jeune femme s'est brièvement installée chez une cousine, mais c'est finalement Harry qui est contraint de quitter le foyer, étant hébergé chez Ralph Turee et sa famille. Esther reçoit un courrier de son mari, probablement posthume car il s'agit d'une lettre d'adieu. Elle s'y attendait. C'est une fillette qui, en découvrant la casquette de Ron au bord d'un lac, va grandement faire progresser l'enquête.

Harry est hospitalisé suite à un accident de voiture sans gravité. Il était visiblement ivre, et continue à délirer quand Ralph lui rend visite dans sa chambre d'hôpital. Dès qu'il est de retour chez lui, Harry se montre nerveux, autoritaire avec Thelma, devant un témoin. Ses amis doivent intervenir, afin qu'il retourne chez Ralph. Ce dernier lui remonte le moral. En tant qu'héritière, et puisque tout le monde sait que Ron était le père du bébé Thelma, Esther devra certainement faire un geste financier envers la jeune femme. Alors que les mois passent, chacun des protagonistes entame une nouvelle vie, à Kansas City ou en Californie, à Santa Monica. Pourtant, Ralph Turee n'a pas renoncé à connaître le fin mot de l'affaire…

Margaret Millar : Un air qui tue (Un mystère, 1958)

Il semble que Margaret Millar (1915-1994, née au Canada) se soit peu servie de son pays d'origine dans ses romans. Ici, elle évoque son Ontario natal, et l'Université de Toronto où elle fut étudiante. Ce qu'elle développe surtout avec intelligence, c'est le quotidien de ses personnages. Aucun d'eux n'est héroïque, ce sont des gens ordinaires : Ralph Turee gagne modestement sa vie comme prof, Harry est représentant en médicaments, Ron a une fortune personnelle, on suppose que leurs deux autres amis sont aisés aussi. Rien de plus banal qu'un week-end de pêche sur un lac entre amis. Certes, Ron apparaît empêtré entre sa vie conjugale et une autre relation, mais ce ne serait pas si catastrophique. Qu'il ait choisi une disparition volontaire, c'est probable. Ça ne déclenche pas pour autant des drames spectaculaires, chacun gérant tant bien que mal la situation.

La construction du récit ne manque pas d'élégance. Quand on nous présente les cas de la vieille dame Celia Roy, de l'infirmière miss Hutchins, ou de la petite Agatha (Aggie) dont la famille appartient à la secte des Mennonites, témoins indirects de l'affaire, ça crédibilise l'histoire (qui n'est pas linéaire). Entre les humeurs de femme enceinte de Thelma et la froideur affichée d'Esther, ce sont là deux jolis portraits. Sont restitués des faits naturels, sans soupçon particulier, même de la part de Ralph Turee… Néanmoins, l'intrigue criminelle reste présente, suivant son cours. Ce qui fait la grande qualité de ce très bon suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 04:55

Originaire de Jersey City, dans l'Est des États-Unis, Dick Steele fut affecté durant la guerre en Angleterre, dans l'aviation. Ça reste encore présent dans son esprit, le conflit n'étant terminé que depuis deux ans. Financé par son avare oncle Fergus, Dick s'est installé en Californie voilà quelques mois. Il loge à Beverly Hills, dans un luxueux appartement de la résidence "Virginibus Arms". Il l'a sous-loué à son ami Mel Terriss, parti vivre au Brésil, à Rio. Celui-ci l'a aussi autorisé à utiliser sa voiture. Un jour, il renoue avec son copain Brub, qui fut avec lui dans l'armée, en Grande-Bretagne. De retour au pays, ce dernier a épousé sans tarder sa fiancée Sylvia. Ils habitent à Santa Monica. Il est aujourd'hui inspecteur à la Criminelle, dans le service de Lochner, un limier chevronné. Malgré ces retrouvailles, Dick ne tient pas à revoir le couple, car son attirance pour Sylvia peut poser problème.

Néanmoins, il a une raison de rester proche de Brub. Le policier participe à l'enquête sur une série de meurtre, presque un par mois, visant des jeunes femmes. L'assassin en est à sa sixième victime, âgée de vingt-six ans. Il les étrangle et les viole, assez prudemment pour ne pas laisser d'indices. Dans le dernier cas, par exemple, les traces de pneus de sa voiture ne serviraient guère. L'assassin n'est autre que Dick qui, sous le prétexte d'être en train d'écrire un roman policier, voit là un bon moyen de rester informé. La voisine de Dick est une superbe rousse, Laurel Gray. Une relation débute bientôt entre eux. Elle ne semble pas vouloir évoquer son passé, mais Dick devine qu'il y a eu un homme riche dans sa vie. Il ne l'est pas, ce qui lui cause une grave amertume. Laurel et Dick deviennent vite intimes, même si la jeune femme garde une certaine part d'ombre.

Selon Brub, l'assassin ne peut qu'être un fou, certes méticuleux et rusé, mais qui finira par se trahir. Dick accompagne Brub et le chef de la Criminelle, Lochner, sur les lieux du dernier crime. Ce dernier pense que le tueur vient de l'Est du pays, mais ne dispose que de faibles pistes concrètes. Sylvia avait remarqué Dick et Laurel sortant d'un restaurant. Elle s'arrange pour faire la connaissance de la jeune femme, s'invitant chez Dick. Laurel se montre quelque peu jalouse de Sylvia, mais Dick parvient à la rassurer.

Bien que bancale, sa relation amoureuse se poursuit avec Laurel. Celle-ci voudrait avoir des nouvelles de Mel Ferris, qui lui doit de l'argent, mais Dick ignore son adresse à Rio. L'affaire du tueur en série est en sommeil pendant quelques jours, faute d'éléments. Brub apprend à Dick le décès d'une de leurs amies anglaises, Brucie. Un meurtre inexpliqué, et une information qui choque visiblement Dick. Il avoue à Brub et Sylvia que Brucie l'a beaucoup marqué : “Ce n'était pas une cavaleuse. C'était une fille unique.” Quand Laurel finit par s'éloigner de Dick, celui-ci pense que c'est Sylvia qui en est la cause. Le tueur fait une nouvelle victime, Betty Banning, sortie sur la dune côtière promener son chien. Cette fois, Lochner et ses policiers sont sous pression, employant tous les moyens pour enfin coincer le tueur de femmes…

Dorothy B. Hughes : Tuer ma solitude (Un Mystère, 1951) - Le violent

Puisque l'assassin est au centre du récit, il ne s'agit bien sûr pas d'un roman d'enquête. C'est un suspense psychologique basé sur l'état d'esprit tourmenté du criminel. La guerre lui valut une belle dose de prestige : “Cette vie était tellement dense qu'aucune autre ne pouvait exister à côté ; même après la guerre, il était impossible d'imaginer une existence autre.” Ce n'était qu'un intermède à l'issue duquel Dick Steele s'avéra incapable de trouver sa place dans la société. Son caractère reste intérieurement bouillant, voire hargneux. Sa solitude et ses démons personnels (dont l'alcool, qui n'arrange rien) aboutissent au besoin de dominer avec violence des femmes. “Le bonheur ? Qu'il aille se faire foutre. Ce qui comptait, c'était l'exaltation, le sentiment de puissance et la vague chaude que procurait l'érotisme. Ça faisait tout oublier ; à côté de ça, le bonheur, c'est de la guimauve.”

Dick est un être complexe qui veut à la fois inspirer la peur et la ressentir lui-même : “La peur… ce n'est pas quelque chose qu'on peut affronter et annihiler en se montrant plus fort qu'elle. La peur, c'est le brouillard qui rôde, qui vous enserre dans ses tentacules, qui se glisse par les pores de votre peau jusque dans votre chair et vos os.” Être en contact avec la police, c'est une façon de se renseigner, mais aussi d'exciter une crainte chez lui. Son allure d'homme ordinaire le protège tant soit peu des soupçons. En outre, l'auteure utilise à bon escient l'atmosphère californienne d'après-guerre, dont la légèreté contraste avec les faits dramatiques.

Un suspense d'une magnifique subtilité.

En 1950, le cinéaste Nicholas Ray adapta ce roman à l'écran, avec Humphrey Bogart et Gloria Grahame dans les rôles de Dick Steele (surnommé Dix) et Laurel Gray. En France, ce film fut exploité sous le titre “Le violent”. C'est cet intitulé qui fut choisi par J.Éditions, lors de la réédition de ce livre en 2013.

Dorothy B. Hughes : Tuer ma solitude (Un Mystère, 1951) - Le violent
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Polar_2013
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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 04:55

Ex-soldat durant la guerre dans le Pacifique, Christopher Adams a été journaliste à Mobile, métropole de l'Alabama, au Sud des États-Unis. S'il fut un des soupirants de Stéphanie Fontaine, Chris mit bientôt un terme à leur relation. Fille d'une famille aisée, cette jeune femme était vaguement chanteuse classique. À cause de son caractère trop libre de vraie croqueuse d'hommes, le journaliste préféra s'en éloigner. Néanmoins, ils passèrent une ultime soirée ensemble, Stéphanie jouant la séduction et quémandant le mariage à Chris. C'est après son départ, alors qu'il se trouvait au bar de Félix Kline, que Stéphanie fut tuée. Félix ne témoigna pas en faveur de Chris. Seul son collègue et ami Sheridan Paige, du "Messenger", tenta de le soutenir dans la presse. Mais le lieutenant de police Howard Carr mena une enquête à charge contre Chris, aboutissant à sa condamnation.

Lors du transfert de plusieurs prisonniers vers le pénitencier par train, le mafieux Frank Giorgio a commandité un attentat contre le convoi. Lui ne va pas en bénéficier, comptant parmi les victimes de l'accident. Par contre, Chris Adams a saisi sa chance. Il s'enfuit dans les bayous, cherchant une issue au cœur de ces marécages hostiles tandis qu'on le traque. Il pénètre dans une demeure coloniale semblant à l'abandon. En réalité, Edna Mae Gaillard et sa fille, la farouche Loni âgée de vingt ans, y habitent toujours. La mère a vite reconnu le fuyard. Au lendemain d'une nuit de repos, elles écoutent sa version des faits. Elles n'ont aucune envie d'aider les forces de l'ordre à le capturer. Loni conduit Chris auprès d'un vieil ami, Jéricho, un sorcier cajun. Quand la police vient l'interroger, il ne dénonce pas Chris. Au contraire, il sort sa vieille et puissante Duesenberg pour l'amener jusqu'à Mobile.

Le Mardi-Gras est une institution dans cette ville, une des plus anciennes fêtes des États-Unis. Puisqu'une grande partie de la population s'y déguise, c'est un bon moyen de passer inaperçus pour Chris et Jéricho. Le journaliste contacte aussi discrètement que possible son confrère Sheridan Paige. C'est surtout le barman Félix Kline qu'il doit retrouver. Mais ce dernier vient d'être assassiné, quand Chris pénètre dans son bar. Le policier Carr n'a pas tardé à comprendre que Chris Adams est à Mobile. Selon lui, Chris est responsable du déraillement du train, puis de ce meurtre d'un témoin. Le journaliste ne peut guère faire confiance à son amie Katy Wagner, une fêtarde trop peu fiable. Chris, Jéricho et Sheridan Paige trouvent un ancien courrier de Stéphanie, une lettre de chantage qui leur offre un très important indice.

Tandis que sa mère continue à mentir à l'enquêteur venu chez elles, Loni Gaillard rejoint Chris et Jéricho à Mobile. Même si le journaliste découvre des éléments, le couple doit se cacher de la police, devenant rapidement intimes. Jéricho a été arrêté par le policier Carr, mais aucune chance qu'il avoue quoi que ce soit. Un certain Murray en savait sans doute trop sur les dessous de l'affaire, car il a été éliminé. C'est vers les bayous que Chris et Loni se dirigent pour retrouver un autre suspect, Sid Simpson…

Keith Grantland : Plaque tournante (Un Mystère, 1958)

Keith Grantland était le pseudonyme de l'écrivain et scénariste Charles Beaumont. De son vrai nom Charles Leroy Nutt, celui-ci naquit à Chicago en 1929. Il vendit sa première histoire à Amazing Stories en 1950. Il publia de nombreuses nouvelles durant cette décennie, dans des périodiques grand public tels que Playboy et Esquire, ainsi que dans des magazines de science-fiction et fantasy. Son premier recueil de nouvelles, The Hunger and Other Stories, fut publié en 1957 avec un succès immédiat, suivi par deux autres recueils, Yonder (1958) et Night Ride and others journey (1960).

Il a également publié deux romans, Run from the Hunter (1957, sous le pseudonyme de Keith Grantland, avec John E.Tomerlin – scénariste et écrivain, 1930-2014) traduit sous le titre Plaque tournante, et The Intruder (1959). Charles Beaumont fut scénariste pour la télévision (The Twilight Zone). Il collabora à des films tels que L'enterré vivant (1962), Brûle, Sorcière, Brûle (1962), La Malédiction d'Arkham (1963), et Le Masque de la Mort Rouge (1964). A l'âge de 34 ans, il fut atteint d'une maladie provoquant un vieillissement ultra-rapide : au moment de sa mort, en 1967, à 38 ans il avait l'apparence physique d'un homme de 95 ans. Charles Beaumont était apprécié, comptant Ray Bradbury, Richard Matheson, Robert Bloch, et ​​Roger Corman parmi ses amis et admirateurs.

Encore aujourd'hui diffusé aux États-Unis, Run from the Hunter (Plaque tournante) n'est pas du tout un roman mineur, même s'il est oublié des éditeurs français. D'abord, il utilise l'ambiance sudiste américaine, avec les vieux décors coloniaux, les bayous, l'accent local particulier, et ce Mardi-Gras tout aussi typique en Alabama qu'à La Nouvelle Orléans. Bien qu'on n'en fit pas un film, la structure même du récit est assez cinématographique. Une jeune et belle complice vient en aide au héros, comme dans nombre de films policiers. Le brouillard des premières scènes de fuite, les épisodes nocturnes, les costumes de carnaval, tout ça sert le climat inquiétant. Le thème de l'innocent traqué (par un policier borné) donne de solides intrigues, ce suspense en apporte la preuve une fois de plus. On a franchement envie de dévorer ce roman, de voir comment Chris Adams dénouera l'affaire.

La traduction apparaît très sérieuse, avec quelques notes de bas de pages, explicatives de notions américaines moins connues chez nous. Un détail anecdotique, toutefois. On tient ici un parfait exemple de la mauvaise traduction du mot “downtown” : “Arrivé dans le bas de la ville, il gara sa voiture derrière un cinéma près de Broadstreet”, ou “un grand auditorium du bas de la ville”, et aussi “[de] Fulton Street vers le bas de la ville”. Or, c'est logiquement en “centre-ville” que se situent ces scènes, le contexte l'indique. Cette erreur fut longtemps habituelle chez les traducteurs français (“downtown” ne figurait peut-être pas dans leurs dictionnaires ?). Heureusement, cela ne gâte rien à l'histoire racontée dans ce très bon suspense, petit bijou à tort mésestimé.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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