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21 juillet 2015 2 21 /07 /juillet /2015 04:55

Au début des années 1950, âgé de vingt-sept ans, Steve Richmond est associé avec deux amis dans une petite agence de publicité new-yorkaise. À la mi-août, il décide de prendre quinze jours de vacances sur le Lake George, dans la campagne de l’État de New York. Le budget de Steve est vite entamé, car le propriétaire Mark Gandler facture tout. Il s'installe à Little Harbour, une des multiples petites îles du lac. L'autre logement de l'île est occupé par Sam Fowler et sa blonde épouse Joan, bijoutiers new-yorkais. La jalousie de Sam, un colosse auquel on hésite à se frotter, apparaît assez évidente. C'est la baigneuse Loïs que Steve rencontre en premier. Jolie brune peu farouche, elle est la sœur de Joan. L'attirance immédiate entre elle et Steve laisse augurer de futures relations plus intimes.

Pete, vieil alcoolo rendant des services avec son bateau, a laissé entendre à Steve qu'il y avait ici du danger. C'est probablement vrai, car il découvre bientôt le cadavre de Johnny Aurori, un vacancier présent depuis un mois, censé être sur le départ. Le temps d'avertir le garde du lac, et le corps a disparu. Pour Steve, il vaut mieux taire cette histoire. Il a dû se tromper, puisque Mark Gandler a ramené Johnny Aurori au port de Lake George, d'où il est rentré chez lui. Quand Steve retrouve le vieux Pete au bar local, celui-ci nie lui avoir parlé de menace. Peu après avoir été agressé dans le même bistrot, Steve est la cible de tirs. Le soir, Loïs et lui se joignent à une fête amicale sur l'île Big Burnt. Autour du feu de camp, l'ambiance tourne à la bagarre quand Sam Fowler veut lutiner Loïs.

La jeune brune trouve naturellement refuge auprès de Steve. Durant plusieurs jours, Loïs et lui vont se livrer à de chauds ébats. Le New-yorkais se rend au port afin de téléphoner, pour se renseigner au sujet de Johnny, mais n'a pas de monnaie pour ce faire. Au retour sur Little Harbor, il trouve le cadavre de Loïs. Il est perplexe quant au bilan de ces derniers jours : “Trois faits demeuraient. Primo, Johnny avait été tué et on avait fait disparaître son corps. Secundo, Loïs avait été tuée un crayon à la main. Tertio, quelqu'un avait tenté de me tuer quand j'avais fouillé la cabine de Johnny. En additionnant le tout, on obtenait zéro. Un beau zéro tout rond.”

Cette fois, Steeve avertit la police. Le shérif Owens s'occupe de l'enquête. Sam Fowler a un bon alibi, avec témoins. Joan Fowler en fournit un à Steeve. Si ce dernier ne parle toujours pas du cas Johnny au shérif, il parvient à joindre par téléphone la mère du jeune homme. Steve reçoit la visite nocturne de Joan, plus alcoolisée qu'il ne faudrait, qui ne se montre guère prude avec lui. Le lendemain, le shérif Owens apprend à Steve que le vieux Pete a disparu. Profite-t-il simplement du petit pactole dont il disposait pour se saouler quelque part ? Tandis que Steve est de nouveau cible de tirs, un second alibi permet à Owens de ne pas vraiment le considérer comme suspect…

[ pin-ups de Joyce Ballantyne et de Gil Elvgren ]

[ pin-ups de Joyce Ballantyne et de Gil Elvgren ]

Publié en 1953 aux États-Unis, “Don't Crowd Me” est le troisième roman d'Ed McBain, paru sous le pseudo d'Evan Hunter. Traduit en français sous le titre “Alerte aux baigneurs !” en 1959, il sera réédité en Grande-Bretagne avec l'intitulé “The Paradise Party” en 1968. Si l'on retient le nom d'Evan Hunter, c'est plutôt pour “Graine de violence” (The blackboard jungle) qui sera publié en 1954. Roman sociétal sur l'éducation, transposé au cinéma par Richard Brooks, avec Glenn Ford, Anne Francis, Sidney Poitier, en 1955. Ed McBain réserva ensuite ce pseudo d'Evan Hunter pour des ouvrages qualifiés de plus littéraires.

Une question se pose : pourquoi “Alerte aux baigneurs !” a-t-il été occulté de toutes les rééditions d'Ed McBain en France ? Sauf erreur, la version 1959 semble la seule disponible. C'est absolument scandaleux, car il s'agit là d'un très bon petit suspense. La construction de l'intrigue s'avère impeccable : des crimes sont commis, le mystère plane sur le Lake George, avec çà et là des détails faits soit pour inquiéter (“Tirez vous. Aussi vite que vous pourrez”), soit pour crédibiliser le récit et son dénouement.

Quant au contexte, la méthode Ed McBain est déjà à l'œuvre. Il évoque avec précision les décors et les ambiances du site. “Les bruits de la nuit s'installaient : la chanson monotone des criquets, le ronflement de myriades d'insectes tâtant l'obscurité, la plainte aiguë d'un hors-bord sur le miroir sombre du lac, des voix lointaines...” On ne peut vraiment pas estimer que, même si c'est un de ses tous premiers livres, ce polar soit un titre mineur de l'auteur. S'il n'est pas encore un virtuose, Ed McBain se montre déjà diablement doué.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 04:55

Une famille française ordinaire en Espagne pour les vacances, en camping-car Toyota. Le père, c'est Joseph Saliéri dit Jef, étudiant ponctuel à HEC, les Hautes Études Carcérales de Fleury-Mérogis. La mère se prénomme Nathalie. Ils ont deux enfants, la grande Samantha et le petit Chico, âgé de dix ans. Sam est très cultivée, enseignement qu'elle transmet à son frère. Le gamin, lui, est collectionneur de baffes et de taloches en série. Mamie-Zora, 84 ans, mère de Jef, est du voyage. Elle fut jadis une figure de la prostitution marseillaise. Son expérience de la vie et des hommes, Mamie-Zora l'évoque souvent pour Chico, même s'il est trop petiot pour tout comprendre. Si Jef a brusquement décidé de ces vacances, c'est pour s'éloigner de Sylvio Starace, son ex-complice qu'il a arnaqué.

Hélas, Mamie-Zora décède dès leur arrivée en Catalogne. En attendant de prendre une décision, Jef et Nathalie pensent conserver le corps dans une carapace de glace. Mais Sam et son petit ami du moment, Rodrigue, disparaissent avec le Toyota et le cadavre. Il y a des chances qu'ils veuillent embarquer vers Ibiza. La sensuelle Juana veut juste récupérer son scooter, également embarqué dans le camping-car : la jeune fille se joint à la famille de Chico pour rallier le port de Barcelone. C'est alors que se produit un attentat, commis par Paco et Pepe. À la suite duquel, ils volent le Toyota, prenant Sam en otage, tandis que le corps de Mamie-Zora commence à sentir fort dans le véhicule. Juana et Chico cherchent la trace des deux terroristes dans les bas-fonds de Barcelone.

Sean, flic Irlandais, révèle à Juana, à Chico et à ses parents qui les ont rejoints que Paco et Pepe s'appellent en réalité Willy et Léo. Il s'agirait de terroristes belges, agissant au nom de la partition linguistique de leur pays. Réquisitionnant le taxi d'Eusébio, tous monte sur le ferry en direction d'Ibiza. Jaime, le caïd local, un ami de Jef, les héberge dans une sorte de hangar. Dès le lendemain, il met ses deux meilleurs sbires à disposition de Jef afin de retrouver le camping-car et ses passagères, Sam et la défunte Mamie-Zora. De son côté, Sean a la malchance de rencontrer la Walkyrie, une opulente teutonne, espionne qui fait plusieurs victimes, dont l'Irlandais. Avec Sieglinde (dite Siegheil), son double en pire, la Walkyrie est prête à attaquer frontalement le caïd Jaime et sa bande.

Ayant perdu le taximan Eusébio dans l'aventure, la famille de Chico retourne vaille que vaille à Barcelone, afin de traquer les Aryennes-sisters. Le faussaire Alonzo-Matador s'est mêlé à leur affaire, mais Jaime ne restera pas passif non plus. Les parents de Chico étant hospitalisés, on fait venir d'urgence de France l'oncle Victor et la tante Marcelline. Ceux-ci travaillent pour la télé française, ce qui leur permet d'obtenir l'aide de Mendoza, de la télé espagnole. Juana et Chico vont bientôt être mis à l'abri chez Tchouros, Banana et Main-Douce, d'anciennes pensionnaires de Mamie-Zora. Toutefois, la coriace Zieglinde reste très dangereuse, toujours en quête d'un étonnant trésor issu du passé…

Joseph Bialot : Vous prendrez bien une bière ? (Série Noire, 1997)

Quand il écrit le présent livre, Joseph Bialot a déjà à son actif une quinzaine de romans, dont “Le salon du prêt-à-saigner”, Grand Prix de Littérature Policière 1979. Une maturité qui lui permet de nous proposer une comédie délirante, placée sous le signe de l'absurde en hommage à Pierre Dac et autres grands noms de l'humour. C'est à un feu d'artifice de péripéties qu'il nous invite. Racontée par le petit Chico (Philippe est son vrai prénom) avec sa naïveté relative, l'histoire devient un festival de situations abracadabrantes.

En plus de l'action sans temps mort, des clins d'œil bienvenus. À Barcelone, on croise un policier nommé Montalban (l'écrivain Manuel Vázquez Montalbán était Catalan). Éloge aussi, en quelques lignes, d'un véritable passionné de polars noirs, Robert Soulat : “[Il] m'a longuement expliqué ce qui différenciait Chandler et Manchette des petites choses de… Vous voudriez bien que je mette un nom ? Vous pouvez faire tintin, car le Soulat en question n'était jamais méchant avec les autres. Il avait de l'humour, lui, pas de l'esprit au vitriol pour happy fews décadents…” Pour les lecteurs qui l'auraient oublié, Robert Soulat dirigea la Série Noire après Marcel Duhamel, de 1977 à 1991, avant Patrick Raynal.

Dans ce roman, Joseph Bialot se fait plaisir, lui qui aimait tant le langage et la drôlerie. “Je m'demande toujours pourquoi les bruits sourds ne sont pas équipés d'un sonotone, un peu comme les murs aveugles qui devraient bénéficier gratuitement de lunettes.” - “Depuis le traité de Matrique, les Corses élèvent des vaches suisses pour toucher la prime de la vache haletante.” - “Ibiza. Une foule énorme vaque, en technicolor, sur les quais… On croirait qu'il s'agit d'une conférence internationale sur la sur-copulation.” - “Il a un tic, ce gus. Dès qu'il parle, il frétille des narines. Ce qui n'est pas négligeable sous la chaleur des Baléares, en été. Ça fait ventilateur, ce frémissement. Enfin un peu d'air.” Si le germanique Wagner a sa place dans le récit (en quatre partie, tel une Tétralogie), on s'y inspire aussi par moments du dramaturge anglais Chat-Quexpire. Humour tous azimuts et intrigue fort mouvementée vont de pair dans ce très agréable roman du regretté Joseph Bialot.

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19 juillet 2015 7 19 /07 /juillet /2015 04:55

Il y a des gens qui mettent toute leur énergie dans le travail salarié. D'autres s'y refusent catégoriquement, optant pour le banditisme. Dans ce cas, si l'on espère faire carrière au sein de la pègre, il faut débuter tôt. Élevé par sa compréhensive tante, Alexandre commet des petits larcins dès son enfance. Non sans être repéré parfois, mais il est prudent. Son entrée dans la "vie active", il va carrément la saboter, tant ça le rebute. Né en 1949, il n'a pas encore dix-neuf ans quand se produit un élément déclencheur : mai 1968. L'époque est à la rébellion, ça lui convient. Il descend sur la Côte d'Azur, où il va pratiquer le vol à la roulotte dans les voitures, du côté de Cannes. Il se fait prendre, on le classe SP/SDF, sans profession et sans domicile fixe, avant de lui offrir un petit séjour en prison.

Auprès de ses codétenus, Alexandre apprend quelques bonnes combines. Ça lui sera utile, une fois sorti après un jugement avec sursis. Il reprend son activité délictueuse, devenant un pro du cambriolage. Ce qui exige davantage de maîtrise. Tout comme ses arnaques aux jeux de cartes, avec son complice Branco, qui rapportent bien. Chaque nuit, il claque aussi beaucoup de cet argent volé. Alexandre n'a que vingt-et-un ans quand il fait à nouveau de la prison, pour recel. Il est attentif au parcours des autres taulards : “J'écoutais goulûment et le temps passait ainsi, assez tranquillement. Parfois à mon tour, je me faisais, en promenade, conseiller ès cambriolage auprès d'un type plus jeune que moi, afin que l'expérience continue à se transmettre.” Il retrouve bientôt la liberté.

Dépensier, Alexandre doit multiplier les petits braquages. C'est alors que se présente son premier "gros coup" : l'attaque d'un convoi de fonds, avec deux complices. Une action qui a été bien préparée, qu'ils exécutent à la perfection, et qui leur rapporte quelques millions de francs. Il s'agit de ne pas dilapider ce fric. Les deux autres étant repérés, Alexandre renoue brièvement avec sa mère qui fut si absente, avant de fuir la France. Une cavale qui le mène de l'Italie jusqu'à Mexico. Sur place, la belle Lucia succède dans sa vie à sa compagne française Michelle, du moins le temps d'un voyage à travers le Mexique. Quand sa réserve d'argent commence sérieusement à baisser, il est temps pour Alexandre de rentrer au pays, d'autant qu'on lui fait miroiter une affaire intéressante.

Coup de malchance, il frôle la mort et doit être hospitalisé. Dans un premier temps, il joue à l'amnésique, même s'il sait que ce n'est pas convaincant pour les policiers. On ne tarde pas à le renvoyer derrière les barreaux. Âgé de vingt-quatre ans, il choisit d'apparaître tel un rebelle à toute autorité. Néanmoins, son avocat est optimiste pour la suite, car on n'a guère de preuve directes contre lui. À leur procès, Jean-Claude n'a rien à dire, le Gros se repens, Alexandre répète qu'il n'y était pas : “Et sur ces trois mensonges supplémentaires, jurés et magistrats se retirèrent pour délibérer.” Alexandre récolte quinze ans de prison. Il en fera une dizaine, passant de mitards en QHS, faisant la grève de la faim, tentant de s'évader. Un parcours du combattant qui cessera finalement…

Alexandre Dumal : Je m'appelle reviens (Série Noire, 1995)

Non sans une belle ironie, Alexandre Dumal (pseudonyme de Charles Maestracci) raconte son parcours de repris de justice, sa vie avant de se reconvertir comme auteur de romans noirs à connotation sociale. C'est aux éditions L’insomniaque que fut publié “Je m'appelle reviens” en 1993, avant d'être repris dans la Série Noire en 1995, avec la bénédiction de Jean-Patrick Manchette. En préface de ce roman autobiographique, Manchette situe l'auteur :

“Alexandre Dumal est de ce temps. Il a passé par les barricades de Mai 68, mais il avait fait son choix avant, il l'a maintenu après. Et il s'élève au-dessus de ce temps, en ayant perdu le respect mais aussi la peur… Pour savoir écrire, il faut savoir vivre. Certains qui ne savent ni lire ni vivre auront hâte d’oublier ce livre. Qu’ils se dépêchent ! Car le refus qui habite ce texte n’a pas fini de revenir, lui aussi, dans la gueule de la servitude.”

Sans doute le banditisme a-t-il changé depuis ces années-là, ces décennies 1960 et 1970 où les truands avaient encore une âme d'aventurier. Ce qui, disons-le, ne fit jamais d'eux des "héros", car ils passèrent généralement plus de temps en prison que dehors. Leurs cavales furent rarement flamboyantes, plus souvent désargentées. Par contre, l'itinéraire du petit délinquant vers la criminalité décrit ici, a-t-il tellement évolué ? L'incarcération continue à endurcir ces repris de justice, le goût du risque et leur détermination grandit à l'ombre des cellules. Récidivistes, ils le seront fatalement…

Alexandre Dumal est aussi l'auteur de Burundunga !” (Éd.Baleine 1996), La Coupe immonde” (coll.Alias, Fleuve noir 1998), “En deux temps trois mouvements” (Folio Policier 2003), “Dans la cendre (Éd.Après la lune 2007). Son prochain titre, “La confrérie des chats de gouttière”, est annoncé aux éditions L'insomniaque pour mi-octobre 2015.

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 04:55

John Turner a combattu au Vietnam, avant d'intégrer la police de Memphis. Par la suite, il écope de plusieurs années de prison, puis il devient psychothérapeute. Lorsqu'il s'installe dans ce comté du Tennessee, logeant dans une cabane au bord du lac, c'est pour tirer un trait sur son passé. Le shérif Lonnie Bates fait appel à lui pour l'assister sur une enquête en cours. C'est ainsi que John Turner devient "shérif adjoint temporaire" au côté de Don Lee qui remplace Lonnie, le titulaire ayant besoin de repos. Miss June, la fille de Lonnie, reste la secrétaire du bureau de police. Sa relation sentimentale avec Val, conseillère judiciaire pour les mineurs et les divorces, satisfait John Turner. Peu de criminalité, ni de délinquance dans cette ville, ce qui lui convient parfaitement.

Don Lee a interpellé un jeune chauffard, qui trimballait 200.000 dollars dans le coffre de sa Mustang rouge. Le nommé Judd Kurtz fut peu après extrait de cellule par des amis, qui blessèrent gravement Don Lee, frappant aussi Miss June. Il semble que Judd Kurtz fasse partie de la famille d'un caïd mafieux de Memphis, Jorge Aleché. Pour remonter la piste, John Turner n'a d'autre choix que de retourner vers cette ville où, il le sait, il n'est pas le bienvenu. Quand il contacte son ex-collègue Sam Hamill, ce dernier est prêt à fermer les yeux sur ses investigation, tout en lui imposant une assistante, la policière Tracy Caulding. Turner s'en prend d'abord à des comparses du caïd, avant de parvenir à approcher Jorge Aleché. Ce qui lui vaut d'être mis KO par les gardes du corps du mafieux.

Une certaine J.T.Burke, qui cherchait à le joindre, l'a pisté jusqu'à Memphis. Pour l'heure, il est préférable pour John Turner de s'éloigner de la ville, une fois de plus. En fait, il s'agit de sa propre fille, qu'il avait perdue de vue. Elle lui apprend que son fragile frère Donald, fils de Turner, est décédé. Et qu'elle-même est devenue, après un parcours chaotique, policière à Seattle. J.T. étant en vacances, elle va loger chez son père. Elle sympathise bientôt avec Val. Quelqu'un s'est introduit par effraction chez Miss June, y semant un beau désordre. Peu après, Turner doit affronter un homme venu pour le supprimer. Il blesse cet exécuteur, qui lui avoue que la mafia de Memphis a mis un contrat sur sa tête. Ils ne sont pas du genre à renoncer : Turner reste en alerte.

C'est parce que son voisin braconnier Nathan a tiré sur un jeune marginal, que Turner fait la connaissance d'un petit groupe vivant dans les bois. Pas par manque d'argent, mais par philosophie de la vie. Isaiah Stillman, Moira et leurs amis ne sont pas antipathiques, au contraire. Tandis que Val exprime maintenant le besoin de changer de vie, le shérif Lonnie Bates va démissionner. Un poste qui pourrait intéresser J.T.Burke, même si on la réclame à Seattle. Le retour au calme n'a guère duré : après que le campement de Stillman ait été attaqué, un nouveau tueur cherche a abattre Turner…

James Sallis : Cripple Creek (Série Noire, 2007)

Après Lew Griffin (six titres du même auteur) sévissant à La Nouvelle Orléans, c'est une bourgade du Tennessee qui sert de décor à ces romans relatant les aventures de John Turner. Trilogie qui débute par “Bois mort” (2006), se poursuit avec ce “Cripple creek” (2007) et s'achève avec “Salt River” (2010), publiés dans la Série Noire. En couverture de la réédition Folio Policier (en 2010), on trouve l'étiquette "thriller" et la mention "une enquête de John Turner". Ce qui correspond peu à l'état d'esprit des livres de James Sallis. Bien sûr, une affaire criminelle sert de toile de fond à cette histoire. Au-delà de ça, c'est l'itinéraire du personnage, et son caractère singulier, qui donnent de la force au récit.

L'hospitalisation de Turner au temps où il était flic, sa réputation à Memphis, le cas d'un condamné à mort quasi-aveugle, celui de l'ancien combattant Al, la présence de l'opossum Miss Emily et de sa famille, les cigales et leurs exuvies, un campement insolite dans la forêt, l'arrivée de la fille de Turner issue d'une union que l'on comprend instable, tant d'autres détails et souvenirs qui peaufinent le portrait : voilà ce qui nous fait adhérer à cette intrigue. Car une vie d'être humain, pour peu qu'on ouvre les yeux sur le monde, est faite de tellement d'anecdotes, de rencontres, d'épisodes parfois marquants. Sans doute est-il inutile de vanter le style de James Sallis, narrateur envoûtant. Ce triptyque (et en particulier “Cripple creek”) ne manque ni de saveur, ni d'une part de noirceur.

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 04:55

À Isola, métropole à l'Est des États-Unis, le 6 janvier. Dans la fosse d'un chantier, on vient de découvrir six cadavres : trois hommes (un Blanc, deux Portoricains), deux adolescentes et un bébé. Leurs corps étant dénudés, ils ne sont pas identifiables. Aucun signe distinctif, hormis leur probable origine ethnique. Les inspecteurs Steve Carella et Bertram Kling, du 87e commissariat, sont chargés de l'affaire. La seule piste leur est offerte par la sœur d'Andrew Kingsley, le Blanc. Il espérait faire du social auprès des populations pauvres de la ville. Il semble avoir été mêlé involontairement à un règlement de comptes entre gangs. Grâce à une certaine Midge, qui téléphone à Carella, les policiers apprennent l'identité des autres victimes. Toutes appartenaient au gang des Têtes de Morts. L'un des tués, Eduardo Portoles, en était le chef, le "Président".

Le territoire des Têtes de Morts, c'est le quartier déshérité de West Riverside, un secteur aux immeubles dégradés envahis de graffitis. Quand Carella et Kling y mettent les pieds, peu importe qu'ils soient de la police. Après avoir trouvé l'appartement du chef du gang, où la petite Maria Lucia attendait vainement sa famille morte, le duo de flics est guidé par le jeune Pacho vers le "Président" par intérim du gang. Il n'est pas coopératif, l'omerta étant de mise. Cette exécution sans pitié n'est pas l'œuvre des Vengeurs Écarlates, gang régnant sur le quartier de Gateside, les adversaires habituels des Têtes de Morts. Carella et Kling ne peuvent espérer de renseignements chez eux non plus. Quand on va découvrir le cadavre de Midge, fouettée avant d'être égorgée, près de la petite ville de Turman, les policiers pourront nettement progresser dans leur enquête.

Derrière ce règlement de compte meurtrier, il y a un troisième gang, les Yankees Rebels, dont l'emblème est le drapeau des Confédérés. Le "Président" en est Randy Nesbitt, un type qui estime avoir de la morale et le sens des responsabilités. N'est-t-il pas élu pour savoir ce qui est bon pour son "peuple" ? Il écoute ses conseillers, mais prend seul les décisions. Certes, il se produit des dérapages : si la mort du chef des Têtes de Mort était programmée, il n'était pas prévu que son complice Chingo (Charles Ingersol) abatte aussi le bébé et le Blanc. Quand ça mitraille dur, ce genre d'accident peut arriver.

Quant à Midge, il était conscient depuis longtemps que c'était une sacrée perturbatrice. Il sut vite qu'elle avait téléphoné aux flics. Il fallait donc une sanction, sévère mais juste. Cette fois, c'est Big Anthony Sutherland qui a mal rempli sa mission. Lorsque Carella et Kling entrent en contact avec lui, Nesbitt nie connaître Midge. Il garde son image de propreté et de sérieux. Néanmoins, la police de Turman retrouve dans un étang une camionnette immergée, qui appartient au gang des Yankees Rebels. Insuffisant pour qu'on arrête qui ce se soit, mais les policiers se savent sur la bonne piste…

Ed McBain : Branle-bas au 87 (Série Noire, 1974)

Dans sa série consacrée au 87e district d'Isola, Ed McBain nous montre autant le quotidien de ses policiers que la sociologie d'une grande ville américaine. Par exemple, on apprend quelques détails sur le jeune Bertie Kling, depuis plus de treize ans dans l'équipe. Meyer Meyer est, lui, confronté à un journaliste insistant. Mais le thème principal n'est autre que le développement des gangs depuis la fin des années 1960 et au début de la décennie 1970. Ici, il ne s'agit pas de mafia, mais de bande s'appropriant un territoire. Introduisant ses codes, y compris sur les murs : “Carella n'arrivait pas à comprendre ce qui motivait les auteurs des graffitis. C'était là peut-être une nouvelle forme du pop art, où la signature du peintre devenait le tableau lui-même, le moyen devenant le message.”

Dans certains passages, la traductrice se permet des libertés : “Qui es-tu ? ─ Caporal Bleu. ─ Ravi de te connaître, dit Carella. Où est Gitane Filtre ?” Par contre, la construction narrative d'Ed McBain est remarquable. En parallèle de l'enquête policière, nous avons les "aveux" de Randy Nesbitt. Progressivement, il révèle les détails des meurtres et, surtout, l'état d'esprit qui l'anime. Par exemple, il exige que la vulgarité et les jurons n'aient pas cours dans son gang. Et se prend pour un vrai petit chef d’État, autoritaire mais pas cruel. Sauf qu'il décrète la mort d'adversaires, selon un douteux "plan de paix". On éprouve le sentiment que ça témoigne d'une époque, et des méthodes de ces petits gangs. Ici, Ed McBain ne mise pas sur le suspense, mais sur l'ambiance. Et c'est vraiment convaincant.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 04:55

Antoine est employé comme couchettiste depuis deux ans à la Compagnie des Wagons-Lits. Rien d'aussi prestigieux que l'Orient-Express, quand il est de service à bord du Galileo qui va de Paris à Venise, et retour. Antoine est chargé d'un wagon-couchette de 2e classe. Il s'agit surtout de préparer les documents pour le passage aux frontières, suisse puis italienne. Et de résoudre quelques petits problèmes avec les usagers, au besoin. Antoine se sait capable de cynisme autant que de se montrer affable, du pire et du meilleur.

En ce soir de janvier, il a trente-neuf passagers. Les soucis commencent par une embrouille avec un Américain, affirmant qu'on lui a volé son portefeuille. Peu après, le signal d'alarme est tiré, arrêtant brusquement le convoi. Le Ricain et l'homme qu'il accompagnait en profitent pour disparaître. Tandis qu'ils sont au niveau de la douane suisse, Antoine s'aperçoit qu'un voyageur clandestin s'est caché dans sa propre cabine.

En réalité, il s'agit du comparse de l'Américain, qui a faussé compagnie à son protecteur. Il se nomme Jean-Charles Latour, ancien comptable, et il est malade. Il était attendu en gare de Lausanne par un médecin, Brandeburg. Latour affirme être fiché aux frontières, sans donner de détails à Antoine. Pour le moment, il vaut mieux qu'il reste planqué dans le caisson servant de bac à linge. Après qu'Antoine ait réglé un problème avec Bettina, une jeune voyageuse, on passe par Domodossola pour arriver en Italie.

Un duo de voleur opère dans le train, quasiment en toute impunité. Mais c'est à un type autrement violent que le couchettiste est confronté : armé, il est prêt à tout pour retrouver Jean-Charles Latour. Il ne tarde pas à situer le compartiment que le fuyard occupe maintenant avec Bettina. Quand le train arrive en gare de Milan, Latour est bien obligé de suivre cet homme. Il parvient finalement à lui échapper, et remonte dans le Galileo.

S'il veut obtenir son aide, Jean-Charles Latour doit raconter son histoire à Antoine. Le cas médical de l'ex-comptable est très singulier. Les autorités françaises n'ayant rien fait pour lui, qui s'endettait fortement à cause de sa maladie virale, Latour accepta l'offre des Suisses, en la personne de Brandeburg. Maintenant, il ne sait plus comment se sortir du pétrin. Lorsqu'ils arrivent à destination, à Venise Santa Lucia, Antoine s'arrange avec son collègue et ami Richard afin que Latour passe inaperçu.

Il fallait s'y attendre : Brandeburg est là, menaçant et exigeant que le couchettiste lui dise où est Latour. Ce dernier n'est pas vraiment en sécurité à leur hôtel, où Richard l'a conduit. Antoine tente vainement de récupérer un peu de repos, avant d'organiser le retour vers Paris pour Latour. Le trajet ne leur paraîtra sans doute pas tellement plus facile qu'à l'aller. Car le danger reste présent, Brandeburg et ses sbires n'ayant pas renoncé. Heureusement qu'une certaine Isabelle va entrer dans le jeu…

Tonino Benacquista : La maldonne des sleepings (Série Noire, 1989)

Le premier roman de Tonino Benacquista, “Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., fut publié en 1985 dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. La maldonne des sleepings est son deuxième roman, qui inaugura son entrée dans la Série Noire en 1989. Le titre parodie celui d'un grand succès littéraire de Maurice Dekobra, paru en 1925, La madone des sleepings (réédité en 2006 aux éditions Zulma). Il semble que Benacquista se soit inspiré d'un de ses petits boulots (il fut employé aux Wagons-Lits) pour écrire cette histoire. Il existe une version de ce roman illustrée par Jacques Ferrandez, publiée en 1991 chez Futuropolis/Série Noire.

Ce livre fut adapté en téléfilm sous le titre Couchette Express” par Luc Béraud, en 1994, avec Jacques Gamblin (Antoine) et Bernard Haller (le clandestin). En 2004, Gallimard publia un recueil réunissant les romans noirs de l'auteur (La maldonne des sleepings, Trois Carrés rouges sur fond noir, La commedia des ratés, Les Morsures de l'aube). Comme on le sait, s'il reste écrivain Tonino Benacquista a beaucoup collaboré pour le cinéma (mais aussi pour la bédé) par la suite.

Même si le scénario est chaotique à souhaits, on ne peut pas considérer “La maldonne des sleepingstelle une comédie policière. D'une part, l'ambiance est essentiellement nocturne et souvent inquiétante. D'autre part, le cas énigmatique de Jean-Charles Latour prête peu à sourire. De multiples péripéties vont se produire durant ce parcours Paris-Venise-Paris, que le jeune Antoine aura quelque difficulté à gérer. Il risque même d'être bousculé par ceux qui veulent mettre la main sur le fugitif. L'univers du train a toujours été un excellent thème de polars. Un passionnant suspense noir, à lire ou à relire.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 04:55

Dans la région messine, l'ancien commissaire Philippe Bayard est désormais retraité, après avoir combattu le Réseau Oméga, organisation qui libère les monstres du passé. La cellule qu'il a contribué à créer existe, avec son ami le médecin Éric de Becker et le prêtre Albin Vannier. Bayard n'a pas été intégré dans ce groupe, qui dispose de peu de moyens pour lutter contre Oméga. Derrière les barreaux à la prison de Metz-Queuleu, un des membres du réseau vient d'être éliminé. De Becker confirme qu'on l'a empoisonné. S'intéressant aux lectures du défunt détenu, Bayard réalise qu'il s'intéressait à plusieurs faits divers. Tous concernent la rivière la Nied, au nord de la Lorraine.

Le journaliste Lionel, émule de Bogart en détective, donne à Bayard quelques précisions. Récemment un pompier sauveteur en intervention a trouvé la mort dans la Nied. Il avait le visage tuméfié, comme s'il avait été happé par un monstre de la rivière. Le Réseau Oméga est forcément derrière cette probable "renaissance" de l'Ondine de la Nied. Bayard appelle à la rescousse l'universitaire Judith Page, spécialiste du paganisme et des légendes ayant trait à la sorcellerie. Depuis qu'elle a collaboré à la précédente affaire, la jeune femme est encore perturbée. Tout cela révéla qu'elle subissait un dédoublement de la personnalité, l'autre moitié d'elle-même étant une sorcière authentique.

Judith cherche à infiltrer une loge d'adeptes féminines du wicca, une pratique ésotérique entre chamanisme et magie, teintée de sorcellerie. Catherine Doll, magnétiseuse qui fait figure de chef de cette loge, ne tient pas à recruter une nouvelle venue. Judith espionne une de leurs réunions, qui apparaît bien banale, avant de faire la connaissance d'Érika. Elles sympathisent bientôt. Circulant sur son quad, cette adepte dynamique est favorable à ce que Judith fasse partie de leur cercle. Lors d'une cérémonie en forêt officialisant son entrée dans le groupe, la sorcière qui est en Judith se manifeste quelque peu. Ce qui n'est pas sans inquiéter Catherine Doll, car elle avait compris le potentiel de Judith.

Du côté de Pontpierre, le braconnier Nunusse vient d'être retrouvé dans la Nied. Pas une simple noyade : Bayard et De Becker comprennent qu'il a été ensorcelé par l'Ondine. Le duo se livre à une autopsie clandestine, qui leur vaudra quelques ennuis. Néanmoins, De Becker a découvert un indice. Plus tard, un certain Emmanuel Richter (dit Manu) assiste à une scène nocturne étrange : près d'un hôtel, une sorte de limace géante semble avoir hypnotisé plusieurs personnes allant se noyer dans la Nied. Le bilan est de huit victimes. Bayard obtient finalement des infos sur Catherine Doll. Ce n'est pas le vrai nom de cette ancienne féministe ultra, peut-être aujourd'hui liée au Réseau Oméga. L'ex-commissaire et ses amis vont tenter de piéger l'Ondine grâce à une nasse en travers de la Nied…

Camille Autain : Les disparus de la Nied (Éditions du Quotidien, 2015)

Introduire une bonne dose de surnaturel dans un polar est assez périlleux, car il importe de livrer un récit crédible. S'attaquer à des créatures fantasmagoriques issues de légendes locales ? “La sirène attire les marins et précipite leurs bateaux contre les rochers, tandis que l'ondine emportera ses victimes dans les tréfonds de sa rivière. C'est toujours la même chose : l'apparence est séductrice, mais la fin est fatale.” Après l'excitante enquête sur le retour d'un monstre dans “La résurrection du Graoully”, l'aventure continue avec “Les disparus de la Nied”. Un second opus indépendant, où l'on retrouve les personnages principaux du premier, toujours intrépides, évoluant de manière officieuse.

Le commissaire retraité et son ami docteur sont prêts à envisager les hypothèses les plus improbables, à braver l'ondine maléfique. Mais c'est surtout le cas de Judith Page qui offre un regain d'intérêt au sujet : à demi sorcière, elle doit “apprivoiser son double”. Du moins, habitée par cet être surnaturel incontrôlable, tentera-t-elle d'y parvenir. Par ailleurs, il est question du mouvement wicca. Ici, il s'agit d'une version plutôt soft, avec des femmes qui “veulent se libérer, mais elles ne savent pas de quoi. La wicca leur apparaît comme un club de macramé, avec une dimension magique en plus qui les fait un peu frissonner.” On sait que le paganisme wicca peut conduire à plus radical, plus sectaire… Sur la base de vieilles légendes, Camille Autain nous a concocté un polar fantastique de fort belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 04:55

Instituteur à Lille, Bruno Delage rassemble dans une salle de l'ancienne Halle aux sucres des jouets destinés au "Noël des petits déshérités". Bruno est un grand échalas aux airs d'ermite sous-alimenté, allure qui ne paraît pas déplaire aux femmes. Du moins à Agathe, couturière bénévole de l'association. Vers la Toussaint, Bruno s'occupe des cadeaux offerts pour l'opération caritative, quand une gamine d'à peine six ans vient le voir. Emmeline (Line) Paganel sollicite comme cadeau du Père Noël une panoplie d'arbitre de rugby. Voilà une curieuse demande, mais Agathe pense pouvoir arranger ça. Elle va aussi refaire une tenue de Père Noël plus seyante pour Bruno. Le rapport de séduction entre l'instituteur et Agathe déplaît fortement à Jean-Paul, le petit-ami de la jeune femme. Brave garçon, mais d'une sombre jalousie qu'Agathe s'efforce de calmer avec le sourire et ses charmes.

Bruno n'a pas tardé à retrouver la petite Line et sa mère, Jessie Crespin. Il éprouve un coup de foudre pour cette jolie femme venue d'Avignon, installée depuis peu à Lille. Elle se confie bientôt à Bruno. Sans doute le parcours de Jessie fut-il plutôt chaotique. Sa seule attache restant à Avignon, c'est son amie Claudia, joueuse de rugby musclée autant que sensuelle, demi de mêlée au club de Montpellier. Elles avaient prévu de tenir une boutique de vêtements ensemble mais un homme s'interposa dans la vie de Jessie. Non pas le père de Line. Il s'agissait d'un architecte trentenaire avignonnais, Jérémie Fournier-Latour, qui fréquentait la bonne société locale. Derrière l'image flamboyante du prince charmant, il s'avéra vite manipulateur, humiliant Jessie. Entre attirance et répulsion, elle préféra le fuir. Aujourd'hui encore, Claudia le considère comme un pervers narcissique.

Bruno s'est rapproché de Line, à laquelle il apprend à écrire, et de sa mère. Avec Agathe et Jean-Paul, excellent cuisinier ayant tendance à forcer sur la boisson, ils pourraient former deux sympathiques couples d'amis. Agathe n'est pas non plus insensible à la douce sensualité de Jessie. Quand l'équipe de Montpellier vient affronter le Lille Métropole rugby club, ce peut être l'occasion de retrouvailles entre Jessie et Claudia…

Michel Quint : Si près du malheur à Lille (Petits polars du monde, 2015)

Qui d'autre que Michel Quint pouvait nous présenter une intrigue située à Lille, dans cette série des Petits polars du Monde 2015 ? Michel Quint, l'auteur à succès de “Effroyables jardins” ? Pensons plutôt au lauréat du Grand Prix de Littérature Policière 1990 pour son “Billard à l'étage” (Rivages/Noir). Récompensé encore en 2014 par le Prix Plume de Cristal du roman policier à Liège pour “Veuve noire” (L'Archipel).

Michel Quint a su renouveler son inspiration, s'intéressant aux traces que l'Histoire laisse sur les êtres humains. N'oubliant pas qu'il débuta dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, sous l'égide de Patrick Mosconi, il reste très attaché aux intrigues du roman noir. On le perçoit y compris dans ses romans littéraires, ou dans ses titres destinés à la jeunesse. Homme cultivé, Michel Quint est un grand écrivain populaire. Respect !

Ce texte est illustré par l'auteur de bédé Pozla. Puis, comme toujours dans cette saison 4 des Petits polars, nous pouvons suivre le journaliste Jean-Michel Boissier qui nous entraîne dans une “Échappée à Lille”. Outre les aspects historiques et touristiques, ou une visite à la maison natale de Charles de Gaulle, soulignons ce passage : “Du rugby féminin à Lille ? Certains lecteurs de la nouvelle de Michel Quint ont dû se pincer les mollets… ça fait un peu pruneaux d'Agen dans la tarte au maroilles.” Ce club existe bel et bien, pas moins méritant qu'un autre au niveau du palmarès. La ville du P'tit Quinquin (ou du Gros Quinquin, si l'on se souvient de Pierre Mauroy) a des côtés surprenants. Voilà qui complète fort bien la nouvelle imaginée par Michel Quint.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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