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21 mai 2015 4 21 /05 /mai /2015 04:55

Parmi les suspenses psychologiques disponibles en format poche, voici deux passionnants romans à retenir pour ce printemps 2015.

 

Thomas H.Cook : Le dernier message de Sandrine Madison (Éd.Points)

Coburn est une petite ville de Géorgie, à environ cent de kilomètres d'Atlanta. Les Madison forment un couple d'universitaires quadragénaires. Ils sont les parents d'une fille adulte, Alexandria. La population les considère comme des privilégiés. D'autant que Sam Madison peut sembler méprisants aux yeux de certains. Lorsque son épouse Sandrine se suicide, à l'âge de quarante-six ans, le professeur Madison apparaît rapidement suspect. Il est vrai qu'il a accueilli sans émotion la policière venue constater le décès, cette nuit-là. L'agente nota le capharnaüm régnant dans la chambre de Sandrine, ce qui lui parut peu naturel. L'avocat de Madison montrera que la policière avait déjà connu des cas de désordres similaires, ce qui suggère qu'elle avait des préjugés contre l'enseignant. Elle en fit part à l'inspecteur Ray Alabrandi, qui déclencha l'enquête. À charge, visiblement.

Sur son lit de mort, Sandrine Madison a laissé un ultime message dans un livre d'histoire, sa matière universitaire. Phrases nébuleuses faisant référence à Cléopâtre, claires dans le seul esprit de Sandrine. Un texte qui ne fait aucune allusion au suicide, toutefois. Sam n'a pas tardé à perdre son emploi à l'université, logique dans une telle ville. À l'heure du procès, alors que l'universitaire comparaît libre, son avocat juif insiste pour qu'il masque son habituelle allure ironique. Il devra discrètement rappeler à l'ordre Sam plusieurs fois. Loin d'être sûre de l'innocence de son père, sa fille Alexandria est présente aux audiences et loge chez eux. Jenna, la sœur unique de Sandrine, fera un bref passage, sans montrer tellement de sympathie à Sam. Celui-ci ne peut nier que leur couple ne fonctionnait plus. Ce qui n'excuse pas vraiment la relation intime qu'il eut avec April Blankenship, un épisode compromettant. Les témoignages négatifs ne plaident pas en sa faveur...

Thomas H.Cook fait partie de ces écrivains qui ne choisissent jamais la facilité. Coupable ou innocent, ce n'est pas strictement la question ici. Nous sommes tous responsables de notre comportement vis-à-vis de notre entourage, et un couple qui dure n'échappe pas à ce principe. De leur lointain voyage en amoureux autour de la Méditerranée en passant par Albi, jusqu'au suicide supposé de son épouse, Sam va se remémorer les hauts et les bas de leur vie commune. On appréciera la souplesse narrative et l'élégance du style de Thomas H.Cook. Par exemple, quand dans une même scène se côtoient les propos d'un témoin et le souvenir que Sam en garde. Images immédiates de la procédure en cours, doutes plus ou moins légitimes, réflexions intérieures de l'accusé, regard des autres… Un roman d'une grande richesse et d'un bel humanisme, comme sait en concocter ce remarquable écrivain.

Polars poche 2015 : Thomas H.Cook (Points) Luc Bossi–Isabelle Polin (Le Livre de Poche)

Luc Bossi – Isabelle Polin : Trouvée (Le Livre de Poche)

À Bordeaux, on la connaît sous le nom de Clara Langlois. Âgée de vingt-cinq ans, c'est une étudiante en Histoire de l'Art, et une littéraire. Voilà quatre ans que Clara vit en couple avec François Ménard. Ils habitent une maison isolée, la villa Bahia, dans la presqu'île d'Ambès, à moins d'une demie-heure de Bordeaux. À part leur récent voisin M.Rives et son chien, guère de passage par ici. François est un scientifique, de dix ans plus âgé que Clara. Ce jour-là, elle trouve un message dans ses affaires scolaires : “Je t'ai trouvée”. Dans le même temps, un certain Jean-Marc Royer est assassiné dans la région. Bien que Clara n'ait aucun lien avec lui, elle a parallèlement décrit la scène du meurtre dans un texte, pour ses études. Le chien de M.Rives est retrouvé poignardé sur leur terrasse. L'angoisse qui habite déjà Clara augmente. François s'arrangera pour faire disparaître le cadavre du chien et les traces de sang.

Toutefois, il va devoir révéler à sa compagne que l'univers qu'il a construit autour d'elle est faux. Selon un protocole médical discutable, François a utilisé en grande partie l'hypnose pour gommer son vrai passé, substitué par un autre. En réalité, son père Yvan Royer était médecin à Chartres. Le jour où il fut assassiné, le tueur kidnappa Clara, alors âgée de seize ans. Se faisant appeler “Lycaon”, son ravisseur la séquestra longtemps. Capitaine de gendarmerie à Chartres, Marianne Brunel enquêta sur le meurtre du père de Clara. Ayant compris que Lycaon se manifestait à nouveau, elle rejoint Bordeaux. Malgré les signes qu'elle estime identiques, le commissaire Girard n'est pas convaincu qu'existe un lien. D'autant qu'à l'époque de l'affaire Clara, on suggéra que Marianne était l'amante d'Yvan Royer, qu'elle aurait dû être écartée du dossier. François juge préférable d'isoler sa compagne pour le moment…

Luc Bossi et Isabelle Polin se montrent très habiles, en entrant rapidement dans le vif du sujet, sans tergiversations oiseuses. En présentant une “normalité” apparente, en jouant sur les images sombres restant dans le cerveau de Clara. En portant le soupçon sur tous ceux qui approchent la jeune femme, sans qu'ils semblent si dangereux. Cet équilibre franchement réussi alimente une intrigue qui nous fait bientôt frissonner.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 04:55

Auguste Bléchard n'est plus un jeune homme, et n'a jamais été un travailleur manuel. De tous temps, constatant sa perpétuelle maladresse, sa famille ne lui accorda nulle vocation bricoleuse. Féru d'esthétisme calligraphique, ce scribe est devenu un copiste besogneux et stylé. Les poètes oubliés abscons l'inspirent davantage que les plus communs outils. Au décès de son géniteur si peu paternel, Auguste hérite de la maison des Bléchard. Si on la nommait jadis Villa des Glycines, il préfère l'appeler Villa Quolibet. De douces images sont attachées à cette demeure en meulière, typique de la banlieue-sud de Paris aux abords de ce qui fut la Nationale 7. Il aime le calme, mais n'oublie pas ses racines : “Il est vrai que je viens d'une famille d'un naturel emporté, et chez nous la moindre contrariété pouvait se transformer séance tenante en esclandre public, en véritable bataille rangée. Mauvais coucheur sur plusieurs générations...” Auguste va être servi, question contrariétés.

La coquette Villa Quolibet de jadis s'apparente plutôt à une bicoque antédiluvienne, à une masure périmée, indigne même de son quartier vieillot. Son père qui jouait les ermites, à l'étage, n'a rien entretenu depuis des lustres. Tout se déglingue dans la bâtisse. Auguste, qui ignore tout du fonctionnement domestique, qui ne saurait que faire d'un tournevis ou d'un marteau, n'imagine pas réparer, restaurer, remettre simplement en état. S'agissant d'engager quelques ouvriers, Auguste se livre à un casting approximatif. Sept trimardeurs pittoresques sont retenus, probablement plus forts en gueule qu'efficaces. Il leur attribue un sobriquet à chacun, non sans remarquer qu'ils sont parfois un tantinet caractériels : “L'installateur sanitaire, qui ne tolère plus l'appellation obsolète et vulgaire de plombier, travaille seul en grommelant...” Dès le début des travaux, ça remue-ménage déjà.

Voilà un chantier qui prend vite des allures de pandémonium : “On pioche à l'ancienne, on entaille à la gorge, on pellanche à qui mieux mieux dans la glaise baveuse. L'atmosphère espiègle et débonnaire du chez-moi des vertes années avait bien changé. Beyrouth-ouest succédait à Barbizon... L'ampleur de l'intervention que j'avais initiée me dépassait par tous les pores de la peau. J'étais parti pour quelques légers rafistolages, et nous étions de plain-pied dans la remise en état du Pavillon de l'Arsenal.” Auguste sent bien qu'on raille son projet, qu'on abuse du pigeon qu'il est. Pourtant, vendre ce "nid à soucis", que nenni ! Certes, pas de place pour lui dans les jambes des gars du bâtiment chez lesquels il perçoit un net esprit clanique. Tant pis s'il doit s'isoler afin de poursuivre ses propres activités. Pas dans un coin, puisqu'il n'y en a plus. Alors, ce sera sur une sorte d'échafaudage branlant.

Seules ses sorties parisiennes, au cirque, le remontent le moral. Sans doute parce que, à l'inverse de son chantier bordélique incontrôlable, il n'y a quasiment pas d'improvisation dans un numéro de cirque. Auguste a connu dans sa vie des parenthèses sentimentales, aussi maladroites de sa part que le maniement d'une truelle ou d'une varlope. Avec Lilith, qui apparaît dans le décor chaotique sans crier gare, va se nouer une nouvelle relation. Le douloureux vécu de cette danseuse flamboyante ne peut que toucher l'esthète Auguste. Et surtout, Lilith va ici s'imposer, nettoyer, régenter, améliorer. Peut-être qu'un jour, la triste Villa Quolibet se métamorphosera en glorieuse Villa Alphabet ?…

Patrice Delbourg : Villa Quolibet (Le Cherche Midi, 2015)

Non, Patrice Delbourg ne se lance pas dans le roman criminel, dans l'intrigue polardeuse. Encore que ce passionné du langage, cet épris de vocabulaire, dresse en cette occasion des portraits qui ne dépareraient pas dans quelque roman noir. Son sombre héros (désolé) ne lui ressemble-t-il pas un peu ? “Je bricole la mécanique des mots… La littérature n'est pas une bourgeoise huppée. C'est une paysanne. Une âme toute simple comme vous. Elle est parente de l'instituteur des campagnes, de l'homme des écluses, du receveur des postes, parfois d'un collègue d'usine. L'écrivain, comme le maçon, est seul face à la performance, concentré dans ses starting-blocks, cassant le buste sur la ligne d'arrivée, célibataire au monde dans l'exercice de son unique effort.” En l’occurrence, l'écriture d'un livre peut effectivement ressembler à un chantier, certains auteurs en témoignent.

De péripéties, il n'en manquera point ici. Quiconque a été envahi par des travaux à son domicile connaît le plaisant agrément de la chose, le bonheur du bruyant colmatage et du déblaiement de poussiéreux gravats, la délicieuse sensation de pagaille généralisée et interminable, car surgissent les impondérables. Ce que l'on retiendra, par-dessus tout, c'est l'usage amoureux des mots. Les termes professionnels, bien sûr : herminette, rifloir, gouge, égoïne, chignole, serre-joint. Puis encore les “vocables radieux : aconit, courtille, faluche, jable, nocher, roquentin, ou mazette.” À titre personnel, “Doucement, à petit pas valétudinaires” me comble d'aise, tant j'aime ce mot "valétudinaire", un de mes préférés avec "matutinal". Le langage chante avec poésie, le vocabulaire est coloré, les mots rares pétillent. Merci à Patrice Delbourg de rendre vivants ces endormis des dictionnaires, ces fantômes de la langue française.

Patrice Delbourg est annoncé au festival Le Goéland Masqué, qui vous attend à Penmarc'h (Finistère-sud), les 23, 24 et 25 mai 2015

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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19 mai 2015 2 19 /05 /mai /2015 04:55

De Jean Jaurès à l'amiral Darlan, des ministres Jean Zay ou Georges Mandel au président Paul Doumer ou à Marx Dormoy, les meurtres de politiciens ne manquent pas au cours de la récente histoire de la France. Patrick Caujolle recense dans cet ouvrage dix-neuf affaires marquantes, faisant le portrait des victimes et racontant le contexte de leur mort. Parmi les cas remontant à plus d'un demi-siècle, soulignons celui de Philippe Henriot.

Il a trente-six ans quand, en 1925, Henriot se lance dans la politique. C'est un orateur brillant, défenseur virulent des "valeurs traditionnelles". Au début de la guerre, il reste prudent. Pourtant, dès 1942, à la radio, Philippe Henriot devient la voix officielle de la politique de Collaboration de Pétain. Ses discours haineux n'expriment que détestation des Juifs et autres ennemis étrangers. Il a grand tort de s'attaquer à Pierre Dac, qui est alors une des voix du Radio-Londres gaulliste. Reproduite in-extenso ici, la réponse intelligente de l'humoriste est un texte puissant, qui mériterait d'être enseigné. Qu'il le sache ou non, Pierre Dac y annonce la future mort de Philippe Henriot. Le politicien le moins respectable de son temps sera assassiné chez lui par une crapule, au nom de la Résistance.

Durant le septennat de Valéry Giscard d'Estaing, trois graves affaires secouèrent l'opinion publique. La première concerne le meurtre de Jean de Broglie, un proche du Président de la République. Issu d'une lignée aristocratique, ce prince est député de l'Eure, et occupe de hautes fonctions à l'Assemblée. Le 24 décembre 1976, Jean de Broglie est abattu à Paris, rue des Dardanelles. Derrière la façade de respectabilité, la victime était impliquée dans une nébuleuse financière, où l'argent de l'Opus Dei servait autant à des transactions privées qu'à des campagnes politiques. Certes, la Justice condamnera les coupables, le policier véreux Guy Simoné, le tueur Gérard Frèche et leurs complices. Pourtant, bien des mystères subsisteront sur des sommes colossales et sur les causes exactes de ce crime.

Le mardi 30 octobre 1979, le cadavre du ministre giscardien Robert Boulin est retrouvé en forêt de Rambouillet, près d'un étang. Maire de la commune girondine de Libourne, il était âgé de cinquante-neuf ans. Il s'agirait d'un suicide, après des accusations mal supportées. Ce possible successeur de Raymond Barre à la fonction de premier ministre est suspecté d'illégalité dans une affaire immobilière à Ramatuelle. Son implication serait relative, en effet, mais Robert Boulin apparaît stressé. La veille de sa mort, il écrit et poste plusieurs lettres dénonçant un complot contre lui, destinées en particulier aux médias. Un suicide s'expliquerait, c'est certain. Néanmoins, une foultitude de détails non vérifiés au cours de l'enquête, et le poids politique de la victime, sèment encore le doute dans ce dossier clos.

Patrick Caujolle : Meurtres au sommet de l’État Français (Le Papillon Rouge Éditeur, 2015)

Le troisième cas est celui de l'ancien ministre Joseph Fontanet, assassiné en février 1980, dans le 16e arrondissement de Paris. Il était penché sur le coffre de son véhicule, quand il fut atteint par une balle de 11.43. Fontanet n'a jamais été un politicien "à scandale", il n'est mouillé dans rien de frauduleux. Tout juste tenta-t-il de lancer un journal, qui a vite coulé. Des revendications farfelues ne peuvent être retenues par la police, même pas celle créant un lien avec l'incendie du lycée Pailleron. Par contre, une bande de truands roulant en 504 sévit au même moment dans Paris. Dirigés par une certaine Thérèse Gulkers, ces malfaiteurs sont traqués après quelques braquages. Si ces bandits sont armés, possédant un 11.43, pas sûr qu'il s'agisse de l'arme qui tua Fontanet. Une affaire mal résolue.

Le 25 février 1994, la députée UDF du Var Yann Piat est abattue par des tueurs à moto. Cette élue âgée de quarante-quatre ans, mère de deux enfants, n'était guère apprécié de son camp politique en PACA. Passations de marchés publics douteux et autres projets immobiliers aux limites de la légalité, Yann Piat militait pour une moralisation dans ces domaines. On navigue là entre le politico-financier et les intérêts mafieux. D'ailleurs, des morts fort suspectes ont précédé et suivi le meurtre de Yann Piat. L'affaire va faire tomber Maurice Arreckx, conseiller général et maire de Toulon. Les investigations vont permettre l'arrestation de Gérard Finale, patron du bar Le Macama, et de quelques-uns de ses amis. Paroles de voyous et secrets d’État rendent difficile une véritable explication des faits.

Sont également retracés les meurtres du préfet Claude Érignac, à Ajaccio en février 1998, et plusieurs autres affaires peut-être oubliées aujourd'hui, scandaleuses à leur époque. C'est avec clarté, autant qu'il est possible dans des dossiers épineux, que Patrick Caujolle revient sur ces meurtres touchant les élites politiques françaises depuis plus d'un siècle. Un livre documentaire très réussi, qui nous rafraîchit utilement la mémoire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2015
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18 mai 2015 1 18 /05 /mai /2015 04:55

À Tokyo, en 1925. Minoura est un employé âgé de vingt-cinq ans, d'un caractère réservé. Il est amoureux de Hatsuyo Kizaki. Partageant ses sentiments, cette jeune fille de dix-huit ans lui raconte ce qu'elle sait de sa propre vie. Elle a été adoptée, mais garde des bribes de souvenirs d'avant ses trois ans, des images d'une île. Hatsuyo confie à Minoura le registre généalogique de la famille Higuchi, qui pourraient être ses vrais ancêtres à elle. Plus âgé que Minoura, son ancien colocataire Michio Moroto prétend alors se marier avec Hatsuyo. Certes, par sa profession de chercheur en médecine, il a du prestige. Pourtant, il serait étonnant que cet homosexuel qu'est Moroto soit attiré par une jeune fille. Hatsuyo a remarqué un inquiétant octogénaire, vieillard ridé et voûté rôdant autour de chez elle.

Peu après, la jeune fille est assassinée dans sa chambre, alors que la maison de sa mère adoptive était verrouillée. On a volé sa paye, et une boîte de chocolat. Ni empreintes, ni traces du coupable ne sont décelables. La police soupçonne vaguement la mère. Minoura s'adresse à son ami Miyamagi, détective amateur déjà chevronné. Il ne croit pas non plus au cambriolage. C'est comme un tour de prestidigitation, ce crime en chambre close. Il va enquêter de son côté, tandis que Minoura exploite un indice, un grand vase émaillé. Un second vase identique a été acquis par Michio Moroto, auprès du brocanteur voisin de chez Hatsuyo. Pensant avoir situé le repaire du criminel, le détective Miyamagi a reçu une lettre de menaces. Il ne dévoile pas encore ses trouvailles à Minoura.

Miyamagi est assassiné sur la plage, en public, poignardé comme Hatsuyo, en présence de témoins qui n'ont rien vu et d'enfants. Minoura n'a rien pu faire non plus. Alors qu'il se rend chez Moroto, il croit apercevoir l'inquiétant vieillard ridé. Moroto s'est improvisé à son tour détective. Pour le meurtre de la jeune fille, il pense qu'il y a un "effet d'angle mort" faussant le raisonnement. Moroto émet une hypothèse très plausible. Quant à la mort de Miyamagi, il l'explique assez simplement. Toutefois, le tueur n'est pas l'instigateur de ces crimes. Moroto a réussi à amener chez lui le double assassin, mais il est abattu d'un coup de feu avant qu'il ne révèle le peu qu'il sait sur le commanditaire.

Minoura et Moroto étudient le registre généalogique d'Hatsuyo et des Higuchi. Ils lisent aussi le carnet de confessions d'une jeune fille confinée toute sa vie sur une île. Hide-chan a reçu un peu d'éducation, mais son existence reste fort étrange, dans cet entrepôt avec vue sur la mer. Tandis que le policier Kitagawa s'intéresse au cirque Ozaki, Moroto raconte à son ami Minoura ce qui furent ses origines, et pourquoi il pratique la vivisection dans le cadre de ses recherches médicales. Le duo va poursuivre ses investigations à l'extrémité du Kishû, vers une île isolée, celle de la caverne rocheuse. Avec son "gouffre du Diable", ce lieu a mauvaise réputation chez les pêcheurs locaux. C'est dans les entrailles de l'île que, non sans prendre des risques, Minoura et Moroto espèrent en découvrir les secrets…

Edogawa Ranpo : Le démon de l'île solitaire (Éd.Wombat, 2015)

Ce roman d'Edogawa Ranpo (1894-1965), initiateur de la littérature policière au Japon, est fascinant pour diverses raisons. Si la plupart des ouvrages de cet écrivain ont été publiés aux Éd.Philippe Picquier, celui-ci restait indisponible en français, semble-t-il. Il s'agit donc d'un inédit, traduit dans un langage très vivant par Miyako Slocombe.

Voilà, en effet, une deuxième particularité de ce suspense. À l'origine, c'est sous forme que roman-feuilleton que fut publiée cette histoire, vers 1929-1930. Admirateur d'Edgar Poe et des classiques du roman policier occidental, l'auteur en utilise les codes, adaptés à la culture japonaise. Surtout, on remarque une tonalité narrative très fluide, moins lourde que dans beaucoup de "feuilletons" d'alors. D'ailleurs, le héros Minoura s'adresse aux lecteurs, témoignant sur le mode "Vous n'allez pas y croire, bien que tout soit vrai".

L'ambiance est chargée de mystère, dans cette enquête avec une touche de fantastique. Çà et là, on trouve des allusions aux œuvres des maîtres du genre policier (et à un roman de H.G.Wells). Si l'érotisme est évité, Edogawa Ranpo paraît indiquer que l'homosexualité n'est pas si taboue dans la société japonaise de l'époque. Il entraîne ses personnages dans des tribulations riches en énigmes et en péripéties, des aventures mouvementées et dangereuses. Une intrigue impeccablement construite, pour un roman d'une indéniable qualité supérieure.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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17 mai 2015 7 17 /05 /mai /2015 04:55

Les liens familiaux n'existent pas vraiment dans cette famille-là, vivant dans une maison au cœur d'un paysage campagnard. Ne parlons pas de la mère qui, hormis aux repas, n'a guère de contacts avec ses proches, et qui n'entretient rien dans son foyer. Le père, c'est un homme sévère et froid, qui semble aboyer sur ses fils plutôt qu'il ne leur parle, qui n'a que des reproches à leur adresser. Face à lui, autant que possible, il vaut mieux faire front ensemble, ses trois fils l'ont bien compris. L'aîné, Stanislas, est un lycéen de dix-huit ans. N'étant présent que pour les vacances, il observe cet univers familial glacé où ses frères expriment logiquement un besoin de liberté, peut-être une nécessité de fuite vitale.

C'est chez Matthias, âgé de quinze ans, que Stanislas sent le plus cette envie. D'ailleurs, l'adolescent disparaît parfois durant quelques jours. Que fait-il ? “Je marche parce que je n'ai rien à attendre de personne et parce que le jour où je foutrai le camp je veux pouvoir me débrouiller sans rien ni personne. C'est pour ça le fusil…” En effet, Matthias a dérobé le précieux fusil de Jimmy, un autre jeune du secteur. Ce dernier sait qui est son voleur, et va se bagarrer avec Matthias pour le récupérer. Stanislas calmera la tension, provisoirement. À chaque retour de fugue, le mépris de leur père est plus flagrant envers Matthias. Il n'est pas plus tolérant envers ses deux autres fils, il n'en supporte aucun.

Ladislas, le plus jeune frère, a treize ans. Si Matthias et Stanislas ont repéré une cabane des alentours où habitent une jeune fille et Samuel, son petit frère de neuf ans, c'est Ladislas qui a noué contact avec l'adolescente. Peut-être s'agit-il d'une amourette mais le garçon a besoin de cette tendresse, introuvable dans son monde. Veuf, le père de Samuel et de sa grande sœur déserte leur cabane. Sans doute profite-t-il des plaisirs de la ville située à une heure d'ici. “On vit comme des clochards” estime le petit Samuel. Sa sœur lui offrira une balade en car jusqu'en ville, et un appareil Polaroid. Croit-elle Ladislas capable de l'emmener loin de ce coin perdu, comme ils en ont formulé le projet ?

Le seul que Stanislas puisse apprécier, c'est leur oncle. Cet homme cultivé est impotent, et commence à perdre la vue. Sans doute lui donnerait-il d'utiles leçons de vie. Stanislas n'a pas la maturité pour les comprendre pleinement. L'oncle a prêté de l'argent à leur père, qui le rembourse avec ponctualité : bonne occasion pour Stanislas de rendre visite à ce parent diminué. Quand la situation va devenir complexe pour sa famille, c'est l'oncle que Stanislas consulte en premier. Mais il s'agit d'une agression ayant conduit au meurtre. Et le petit Samuel a pris en photo celui qu'on peut suspecter d'être l'assassin…

Stéphane Guyon : Ici meurent les loups (Éd.de la Différence, 2015)

Ça se passe dans un décor rural fantomatique, avec des petites collines boisées, à l'écart d'un village qu'on ne fréquente guère. Ça se situe plutôt en France, mais ce pourrait être aussi bien dans quelque contrée américaine, anglaise ou de n'importe quel pays. L'histoire de trois frères confrontés… à quoi ? À un père trop dur, telle est la réponse venant en tout premier à l'esprit. Pourtant, non, ce n'est pas si simple. Ne sont-ils pas plutôt confrontés à eux-mêmes, à leur solitude, à leur inexpérience ? Leur fatalité n'est pas de vivre dans ces paysages rustiques, que d'autres trouveraient idylliques. Leur aspiration ne consiste pas à "partir pour la ville". Quelles que soient les raisons de leur mal-être, quelle que soit la sensibilité de chacun d'eux, ils ont profondément besoin d'une autre vie.

─ “T'as bien fait de partir… T'as bien fait de t'obstiner. Je comprends ça en te voyant aujourd'hui. Je regarde tes frères, et je sais c'est toi qui a fait le bon choix. Je le sens. Tu as bien fait de t'éloigner. Parce qu'il y a dans l'air de cette maison quelque chose de pourri.” Par son regard pessimiste sur un petit groupe de personnes, par la lourdeur qui plane sur eux, par la sourde violence en filigrane, c'est assurément un roman noir qu'a écrit Stéphane Guyon. L'écriture elliptique, parfois déstabilisante, nous invite à aller au-delà du portrait des protagonistes, à illustrer ce qui est passé sous silence. Roman criminel, bien sûr, mis en valeur par une sombre psychologie. Un troublant troisième titre de la collection "Noire" des Éditions de la Différence.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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16 mai 2015 6 16 /05 /mai /2015 04:55

De 1999 à 2001, Roger Martin publia une trilogie (Une affaire pas très catholique, Un chien de sa chienne, Quai des désespoirs) intitulée "l'Agence du Dernier Recours". Basée à Avignon, c'est une agence créée par Héléna Rénal pour lutter contre les erreurs judiciaires. Cette femme d’environ quarante ans connaît bien le problème pour l’avoir vécu. Elle a fait vingt ans de prison suite au meurtre de son père – un magistrat respecté de la région – avant d’être reconnue innocente. Héléna est aujourd’hui une militante qui ne peut pas encore totalement effacer son passé de sa mémoire. Et ses rapports avec les hommes restent difficiles. Évoquons ici cette trilogie.

 

"Une affaire pas très catholique" (Éd.Seuil, 1999)

Le cas de Frédéric Richard, Héléna a du mal à l’accepter d’emblée. Un violeur récidiviste, selon la justice. Qui a admis un premier viol, mais en nie un second commis après sa libération. Sa mère croit qu’il dit la vérité. Le jeune homme a des accents de sincérité. Pourtant, Héléna préfère se renseigner sérieusement sur le dossier avant de s’engager. L’avocat d’office, proche des mouvements nationalistes, a-t-il vraiment défendu son client ? Quant à la police, elle considère l’affaire comme parfaitement limpide. Le policier Jean Carmona en est moins convaincu. Discrètement, il contacte Héléna et lui fait part de ses doutes. Pour ce qui est d’agir, ce sera moins évident. La jeune femme retrouve aussi Gilbert Boni, ancien gardien de prison, qui se dit prêt à lui venir en aide. L’un et l’autre lui seront fort utiles, en effet.

Sur ce dossier plane l’ombre de Pierre Rouault, un notable de la région très impliqué chez les ultra-cathos et dans la droite extrême. C’est sa fille qui aurait été violée par Frédéric. Pour lui, la cause est entendue. Héléna réussit à approcher la jeune fille, mais ne peut lui faire confirmer les aspects troublants ou incohérents de cette affaire. Pierre Rouault veille : c’est sûrement lui qui a envoyé des agresseurs pour effrayer, brutaliser Héléna. Initiative stupide car c'est ce qui la décide à aller jusqu’au bout. Sans craindre les appuis de Rouault, assistée par Boni et Jean, elle défendra les jeunes victimes de cette histoire…

On retrouvera Héléna dans "Un chien de sa chienne" (Éd.Seuil, 2000), où un militant de la protection de la nature est découvert mort en forêt, près d'un blockhaus de la Ligne Maginot. Le coupable idéal est un jeune Gitan, selon la police. Son clan n'y croit pas, et embauche Héléna afin de s'occuper de l'affaire. Elle rencontre d'abord un des fils de la victime, qui doute aussi de la culpabilité du jeune Gitan…

Roger Martin : Une affaire pas très catholique + Quai des désespoirs

"Quai des désespoirs" (Éd.Seuil, 2001)

Sans vouloir culpabiliser, Héléna Rénal aurait dû s'intéresser à ce Roumain venu la voir à "l'agence du Dernier Recours". Il s'agissait d'une affaire de clandestins, de compatriotes roumains suivant une filière pour émigrer au Canada, via Le Havre. Le frère de Mircea Stanku, Virgil, est accusé d'avoir tué plusieurs personnes, peut-être un coup de folie. C'est sans nul doute parce qu'il a voulu enquêter seul que Mircea Stanku est mort. Il a laissé des documents à Maïté Baradel, responsable au Havre de "Étrangers Solidarité", qui les a transmis à Héléna. Malgré la mise en garde de son compagnon, le policier Jean Carmona, Héléna va explorer cette affaire.

Se faisant passer pour une candidate au départ vers le Canada, elle va partager de Paris au Havre le sort d'un groupe d'hommes, pris en charge par des trafiquants. Avant qu'ils n'aient eu accès aux containers dans lesquels on les fait voyager, la police intervient sur dénonciation. Quand tous sont interrogés, Héléna ne révèle pas toute la vérité à Yvelise Bernard, compréhensive capitaine de la PAF. Elle va de nouveau s'exposer à un danger réel en tentant d'utiliser une autre filière. Cette dernière est dirigée par un vieux Roumain au passé extrêmement trouble, assisté de son fils Eugène. Tous les deux se méfient d'elle. Il faudra bien les efforts conjugués d'Héléna, rejointe par Jean Carmona, de Maïté Baradel et de son mari omniscient, de l'enquêteur d'origine roumaine Nastase, et de la capitaine Yvelise Bernard pour affronter la bande en question. Et pour démontrer le rôle de la Société Havraise de Protection…

(En 1997, Roger Martin publia aux Éditions de la Voûte un roman court d'environ soixante pages, "Mort Clandestine", qui sert de base à celui-ci, seconde version plus complète)

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story
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15 mai 2015 5 15 /05 /mai /2015 06:30
Les Printemps meurtriers de Knowlton 2015 jusqu'au 17 mai

Au Québec, dans les Cantons de l'Est, la quatrième édition du festival international de littérature policière, Les Printemps meurtriers de Knowlton, se tient jusqu'au 17 mai 2015. Seize auteurs québécois et étrangers - dont Ian Manook (France), Jacqueline Landry (Vancouver) ainsi que Patrick Senécal, Chrystine Brouillet, Martin Michaud, Roxanne Bouchard, Ghislain Taschereau, Jean-Jacques Pelletier et Jean Lemieux (Québec) - fouleront les rues du pittoresque village de Knowlton.

Tables rondes, Killer martini quiz, course aux indices et classes de maîtres réuniront de nouveau festivaliers et romanciers. Près de vingt activités au programme, dont la classe de maître Du roman au film, une conférence donnée par Patrick Senécal, l'activité Off Printemps intitulé La forêt aux livres - où parents et enfants seront invités à déambuler parmi des arbres au feuillage étrange, en compagnie des deux auteurs jeunesse Martine Latulippe et Laurent Chabin - ainsi que l'activité Cadavre exquis où ? en compagnie de l'auteur Benoît Bouthillette, les festivaliers créeront la nouvelle des Printemps, qui sera lue à la cérémonie de clôture du dimanche. Enfin, soulignons la classe d'écriture de l'auteur Sylvain Meunier, lauréat du prix Tenebris 2012, ainsi que la Fête des Printemps du samedi soir, un happening en compagnie des auteurs invités, où tout peut arriver! Musique, danse, rires et délires garantis!

Le prix de la plupart des activités est fixé à 22 $ (taxes incluses), mais plusieurs forfaits seront disponibles, allant du forfait d'un jour au forfait week-end. Les billets sont en vente en ligne.

Pour contribuer au rayonnement de la littérature policière de langue française en général, et de la littérature policière québécoise en particulier, Les Printemps meurtriers ont créé les prix Tenebris, sous la direction de Richard Migneault ( http://lecturederichard.over-blog.com/ ). Ils récompensent en particulier le Meilleur roman, littérature policière de langue française, distribué au Québec. Le nom du lauréat(e) est dévoilé lors de la soirée qui clôture le festival. Le prix est accompagné d'une bourse.

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14 mai 2015 4 14 /05 /mai /2015 04:55

Une supérette ordinaire quelque part dans l'agglomération parisienne, rue des Termes. En ce vendredi de mai, le patron Gilbert Delcroix s'en va, laissant son employé âgé de vingt-quatre ans, Guillaume Vanderkeren, s'occuper de la clientèle. Le jeune homme remplace son amie Camille, qui a un rendez-vous urgent chez le gynéco.

Il n'y a pas foule cet après-midi. Léa Fronsac s'est absentée de chez elle, ayant besoin de couches pour son enfant de trois ans, Émile. Germaine Dethy, irascible octogénaire en fauteuil roulant, est accompagnée de son aide familiale pour faire quelques courses. Aline, quadragénaire, a bousculé son fils Théo, ado captivé par les jeux et les écrans, l'obligeant à la suivre pour aller voir le grand-père, en passant par la supérette. Comptable marié, Thomas vient de tromper sa femme avec Sophie, jeune réceptionniste ayant parié de le séduire. Ensemble, ils ont des achats à faire. Et puis, il y a Joachim Fallet.

Jo est un junkie de dix-neuf ans. Énervé, car il a besoin de drogue. Rageur, car il lui faut du fric pour en acheter. Déterminé, car il possède un petit flingue chargé. Braquer une supérette anonyme, ça lui paraît à sa portée. Effectivement, l'effet de surprise va jouer. L'employé Guillaume n'a pas de raison de résister, pour à peine deux cent Euros dans sa caisse. Arme en main, Jo réalise sa puissance, et la terreur qu'il inspire aux gens présents. Un instant de pouvoir excitant. Pas de motif de s'apitoyer sur la détresse de Léa qui pense à son petit garçon, ni d'avoir de sentiment charitable envers les autres clients. Chacun est solidement attaché, tandis que le rideau métallique de la supérette est baissé. Personne ne viendra ainsi perturber le braquage de Jo.

La corpulente aide familiale de Germaine est victime d'une attaque cardiaque fatale. Ce qui ne choque guère son employeuse, mais aggrave le cas du junkie. Un défibrillateur ne servirait pas davantage que les massages cardiaques prodigués par Aline pour sauver la victime. C'est alors qu'intervient Théo, l'adolescent attendant sa mère à l'extérieur, ayant compris qu'il y avait un problème. Ce qui va causer immédiatement une pagaille générale dans la boutique. La situation dégénère très vite. Il suffit d'un coup de feu pour devenir un assassin. D'autant moins excusable quand on tire dans le dos de quelqu'un qui ne vous met nullement en danger. La plus claire des conséquences, c'est que les clients-otages deviennent des témoins gênants. “Cinq ennemis à abattre” ?

L'un d'eux est sévèrement blessé d'une balle au genou, alors qu'il tentait de réagir. Germaine est emmenée par les fuyards : étant impotente en fauteuil roulant, elle ne risque pas de leur fausser compagnie. “La vieille dame ne se laisse pas démonter, au mépris des menaces qui pèsent sur elle. Elle est insupportable, mais sa gouaille et la verdeur de son tempérament forcent l'admiration.” Dans la supérette, une autre victime sera à déplorer. Quant au petit Félix, huit ans, il aura son rôle à tenir dans cette aventure. Il est probable que le pedigree de certains clients intéresse la police, le moment venu…

Barbara Abel : L'innocence des bourreaux (Éd.Belfond, 2015)

Grâce à cet excellent roman, voici une nouvelle occasion de saluer le talent de Barbara Abel. Plutôt que le qualificatif commercial de "thriller", supposant très souvent des effets morbides ou du grand spectacle, préférons-lui celui de "suspense". Notion plus mesurée, qui inclut autant de tension dans le récit. N'oublions pas que, chez cette auteure, point de super-héros : c'est à partir d'un quotidien absolument normal que se développe l'intrigue, afin de lui apporter toute son intensité. Un braquage virant à la prise d'otage, la routine bascule vers le drame. Évocateur et crédible, puisque personne ne peut se croire à l'abri d'un fait divers de ce genre.

Rares sont les réels actes de bravoure autour de nous, ils n'apparaissent donc pas indispensables dans la fiction. Par contre, les petites lâchetés ou les éventuels secrets de chacun, l'inquiétude d'une jeune mère ou un certain cynisme chez une mamie, une mère protectrice ou un mari infidèle, ce sont des faits ou des traits de caractères proches de l'authenticité. Barbara Abel sait nous faire partager l'état d'esprit de ses personnages, ne leur faisant "pas de cadeaux" si la suite des évènements en dépend. La vie n'est pas exempte d'ironie, parfois. Un suspense captivant à souhaits !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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