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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 04:55
Arras 1er mai 2015 : 14e Salon du livre d’expression populaire

À Arras depuis quatorze ans, à l'initiative de l'association Colères du Présent, le Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale invite le 1er mai des auteurs, des artistes qui sont plus ou moins acteurs de notre société. En 2015, parmi les auteurs de romans noirs, on pourra rencontrer :

Pascal Dessaint, Caryl Férey, Marin Ledun, Marcus Malte, Nicolas Mathieu, Jean-Bernard Pouy, Jérôme Leroy, François Médéline, Tim Willocks, Natalie Beunat, Chrysostome Gourio. Et bien sûr des auteurs de bédé, ainsi que des personnalités ayant un regard aiguisé sur le monde, tel le journaliste Edwy Plenel ou Robert Scarpinato, procureur à Palerme.

De nombreux débats sont programmés.

Au Cinémovida, quelques-unes de ces animations :

11h30 : Pourquoi faut-il une presse libre ?

Avec Edwy Plenel (Mediapart), Maurice Ulrich (L’Humanité), Franck Jacubek (Liberté Hebdo), Liliane Roudière (Causette) et  Denis Sieffert (Politis)– animé par le Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais.

13h00 : Débat Charlie Hebdo – autour du livre posthume de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu du racisme avec Marika Bert et Agathe André (Charlie Hebdo)

14h00 : Les 70 ans de la Série noire

Rencontre avec Jean-Bernard Pouy, Caryl Férey, Jérôme Leroy, animée par Hervé Delouche et Gwenaëlle Denoyers (Revue 813)

Au Studio PFM, 11h00 : Hommage à Hammett chez Syros

Éditeur mis en avant cette année sur le Salon du livre. Présentation et débat autour d’Hammett détective avec son éditrice Natalie Beunat, et les auteurs Tim Willocks et Jérôme Leroy.

Au Studio PFM, 17h00 : Le roman noir, objet littéraire, enjeu politique

Table ronde en partenariat avec la revue 813, Philippe Corcuff, auteur de Polars, philosophie et critique sociale, Nicolas Mathieu auteur de "Aux animaux la guerre" et François Médéline, auteur de "Les Rêves de guerre". 

Arras 1er mai 2015 : 14e Salon du livre d’expression populaire
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 19:00

La situation est dramatique pour le peuple du Népal. Médecins Sans Frontières sait gérer l'urgence. Ils ont besoin de notre soutien.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 04:55

Policière au commissariat du 10e arrondissement de Paris, Lisa Heslin est âgée de trente-trois ans. Son supérieur, le capitaine Daniel Magne, est aussi son compagnon. Elle est la fille du juge Heslin, célèbre magistrat en son temps, qui fut abattu à Paris en 1992, devant le Palais de Justice. Un meurtre rappelant ceux des juges italiens anti-mafia, Borsellino et Falcone. Le juge Heslin était proche de la sphère politique. Il était séparé de son épouse depuis quatre ans, Lisa ayant douze ans étant élevée par ses grands-parents. La jeune femme apprend que sa mère est agonisante dans une clinique de Sanary-sur-Mer, dans le Var. Elles n'ont jamais eu d'affinités. Néanmoins, après avoir prévenu Daniel Magne, Lisa saute dans un TGV à destination de Marseille, afin de rejoindre le Sud.

Le coursier Samir Khaleb a été abattu lors d'une livraison. Si Daniel Magne en a été avisé, c'est que l'arme à feu utilisée est celle qui servit pour l'assassinat du juge Heslin. Il ne faut surtout pas que Lisa, toujours absente, soit informée de tout ça. Policier d'origine turque, Rafik infiltre la société Paris-Courses, qui employait la victime. Le patron est un dur, dont le jeune flic doit se méfier. Sur décision du ministre lui-même, Daniel Magne obtient une promotion, intégrant l'équipe du commandant Picaud, au 36 quai des Orfèvres. On est sur un dossier sensible, que Magne continue à gérer. Tandis qu'il étudie les vieux dossiers du juge Heslin, notant la piste de l'association AAEM basée en Savoie, un deuxième homme est abattu avec la même arme que le juge et Samir Khaled, après avoir été égorgé.

À Sanary, Lisa découvre qu'Aline Heslin, décédée entre-temps, n'était pas du tout sa mère biologique. Elle reste sa seule héritière. Entre autres, de la Jaguar de son père, garée dans le garage de son ex-épouse. Le notaire, jadis ami du juge Heslin, lui apprend qu'elle hérite aussi d'un chalet en Suisse, dont nul ne connaissait l'existence. Il confie à Lisa une lettre posthume de son père. Le juge Heslin y révèle les secrets de la naissance de sa fille. Sa véritable mère, belle Sicilienne prénommée Gina, fut massacrée par une organisation qu'il désigne sous le nom de La Pieuvre. Peu après que Lisa ait été attaquée par des inconnus qui pourraient bien être des flics, c'est le notaire qui est retrouvé égorgé dans son bureau. Et, à Paris, le médecin qui mit au monde Lisa est également assassiné.

Un des collègues de Daniel Magne se rend en Suisse, recherchant le juge Disbach qui fut en contact avec le juge Heslin. Ce magistrat mourut quelques mois après son confrère français dans un accident de voiture. À Paris-Courses, Rafik interroge les coursiers. Des truands d'ex-Yougoslavie pourraient rôder autour de cette société. Si la sensuelle Yasmina sait quelque chose, le patron la surveille et peut être violent avec elle. Quand Rafik trouve le cadavre maltraité de Yasmina, il se venge sur ledit patron. Mais La Pieuvre veille dans l'ombre, supprimant le jeune policier. De son côté, Lisa qui s'est dirigée en Jaguar vers la Suisse s'aperçoit que son véhicule peu discret est pris en filature. Elle change de voiture, avant d'arriver au chalet abandonné de son père. Daniel Magne réalise que, si Heslin se méfiait de tout le monde, il est prudent que lui aussi reste sur ses gardes…

Jacques Saussey : La Pieuvre (Éd.Toucan Noir, 2015)

Si l'assassinat du juge Heslin fait référence aux juges italiens Borsellino et Falcone, on pense aussi aux magistrats français François Renaud et Pierre Michel, abattus par la pègre en 1975 et 1981. Le contexte mafieux évolue avec les époques, mais les méthodes restent radicales dès que ces organisations se savent visées par la Justice. Des accointances avec la politique ne sont jamais à exclure. Des liens avec les mafieux plus récemment venus de pays de l'Est ou des Balkans, non plus. Un climat de danger règne dès qu'on enquête sur ces milieux générateurs d'argent sale, basés sur les trafics et les crimes. Sont-ils aussi puissants qu'on le suggère ? C'est fort probable.

Jacques Saussey connaît les règles d'un thriller efficace : une narration simple et fluide, une construction du récit où deux enquêtes sont menées en parallèle, (ici s'ajoute même la notion de temps), beaucoup de mystère avec une flopée de questions dont les réponses n'arrivent que progressivement, une série de meurtres froids, une menace criminelle fantomatique. Encore faut-il être capable d'ordonnancer l'intrigue, afin de captiver sans répit les lecteurs. C'est ce que réussit à faire habilement cet auteur, qui n'oublie pas une part indispensable de psychologie, en ce qui concerne en particulier Lisa. L'ambiance est sombre et glacée, naturellement. Même si l'on est pas dans l'humour, on notera quand même un double clin d'œil quand un personnage va de la rue Thilliez à la rue Jonquet. Un solide thriller, comme les aiment tous les amateurs du genre.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 04:55

“Je ne suis pas le public visé par ce roman”. La tentation est grande de se contenter d'une formule passe-partout. Une sentence lapidaire, qui ne serait pas tellement honnête. D'emblée, il suffit de lire la présentation-éditeur du livre pour réaliser que ça s'adresse plus sûrement à des trentenaires qu'aux quadras, quinquas et au-delà :

“Et si l’homme parfait n’existait pas ? C’est la question que se pose Paul, que sa compagne vient de presser d’emménager à deux, et tous les aventuriers de la vie conjugale qu’il croise sur sa route, du jeune père de famille en burn-out à l’addict aux sites de rencontres. Ont-ils définitivement perdu le mode d’emploi avec les femmes ? Le récit incisif de leurs histoires hilarantes n’épargne personne, pas même leurs compagnes, à qui tout semble réussir. Comment surmonter cette crise de la masculinité ? Ils choisissent de se révolter et mettent en place une drôle de structure d’entraide, dans le plus grand secret: le club des pauvres type. Guide de survie conjugale, ce roman réjouissant et libérateur décrypte les nouvelles relations entre hommes et femmes.”

L'auteur étant âgé de trente-quatre ans, il évoque un univers actuel plus parlant pour les personnes de sa génération. Si l'on n'a pas une première expérience hâtive, dès la prime jeunesse, s'installer en couple autour de trente ans représente un véritable séisme dans la vie de chacun. Un homme célibataire a pris des habitudes, que sa compagne s'acharnera à modifier. Initiatives auxquelles il apparaît quasiment impossible de résister. Les hommes ont-ils un sens de la diplomatie et de la courtoisie si développé, de nos jours ? Non, ils se montrent seulement plus lâches que leurs aïeux mâles. Y compris le week-end où “il faut en profiter” pour des activités qui prennent bientôt des allures de marathon. Le tout étant principalement décrété par madame, comme il se doit.

Jonathan Curiel : Le club des pauvres types (Éd.Fayard, 2015)

Accepter le nouveau décor imposé par sa femme, ça peut répondre à l'idée de partage dans le couple. Mais que deviennent les relations avec vos amis ? Alors même que, tel le pauvre Paul, il faut tolérer une troupe bruyante de pipelettes : “Claire ramène une armée de copines sous acide sans me prévenir ; je ne suis pas de taille à les affronter seul, démuni, une à une, et à leur offrir une image peu glorieuse de moi. Je fais confiance à Claire pour justifier mon sommeil précoce par la lourde charge de travail au bureau qui m'abrutit.” Et puis, que Paul n'oublie pas d'organiser l'anniversaire de Claire, d'inviter un maximum de ses amies, proches ou pas. À l'inverse, Éric, Grégoire, et les autres, il ne faudrait grand-chose pour que Claire les raye sans pitié de la liste des relations de Paul.

Espérer qu'un week-end consacré à l'Enterrement de Vie de Garçon d'un copain en Lozère échappera à la sagacité de Claire, c'est également illusoire ! La routine du couple peut être compensée par des accès de jalousie, telle celle de Claire envers l'attirante Sophie. Voilà une nouvelle occasion de chercher une parade, afin de s'abriter du tsunami que risque de provoquer l'ire féminine. La bonne solution consiste-t-elle, pour Paul, à prendre du recul ? À tenter la colocation, à créer une sorte de club réunissant ceux qui ont connu plus de déboires que de plaisirs dans leur vie de couple ? À se réunir secrètement au sous-sol d'un bistrot avec Julien, Bastien, Louis, Éric, Karl, Grégoire ? Il est possible que, malgré la solidarité entre hommes, de ce club naisse davantage de doutes que de combativité. Quoi qu'il en soit, restons optimistes pour Paul et Claire…

Cette histoire, dont l'ambition est de restituer les aléas de la vie en commun, comporte de nombreux moments humoristiques (mais pas que...). Disons-le, l'accumulation de scènes tourmentées du quotidien peut donner une impression d'excès. Un sujet sur lequel les lectrices auront leur opinion (se reconnaîtront-elles?). Une drôlerie que certains lecteurs trouveront sûrement hilarante, parfois mordante. Ou qui fera sourire avec bienveillance, celles et ceux qui ont passé l'âge de ces mésaventures conjugales de trentenaires citadins. Une seule conclusion possible : à chacun de tester, d'adhérer ou pas à ce roman.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 04:55

Élise Andrioli est célèbre pour avoir vécu des aventures criminelles agitées, racontées par une romancière. Cette année, accompagnée de l'indispensable Yvette Holzinsky, Élise va pouvoir profiter de l'effervescence du Festival de Cannes. Car l'adaptation cinéma de “La mort des bois”, avec Jodie Foster et Vincent Cassel dans les rôles principaux, est projetée à cette occasion. On a invité Élise, qui va loger avec Yvette au Majestic, à faire partie du jury Jeunes Talents. Sur son fauteuil roulant high-tech, doté d'un ordinateur vocal, Élise en oublierait presque qu'elle est tétraplégique, aveugle et muette, capable d'utiliser sa seule main gauche. Non, elle ne risque pas de gommer ses handicaps, mais c'est bien excitant d'évoluer parmi les stars. À commencer par son chouchou, Hugh Laurie, le Dr House.

Dès l'arrivée, les mondanités s'enchaînent. Élise fait la connaissance des autres jurés et de trois ados marseillais surdoués, héros d'un film de Mehdi Boualem. À noter un incident sans gravité qui conduit la maman de la jeune Gwendoline à l'hôpital. Frissons pour Élise, à la montée des marches du Palais, avant un beau succès à la projection de “son” film. La poétesse et jurée Valeria Fortine meurt noyée dans une piscine lors de la fête qui suit. Fort étonnant pour une si bonne nageuse. Personne autour n'a rien remarqué. Le capitaine de police Kevin Isidore, fan du chanteur Sting, champion de boxe thaïe, s'occupe de l'affaire. Élise l'imagine sans mal, et ne tarde pas à le surnommer pour elle-même Fernandel Columbo. Selon la légiste Véra Martineau, la victime a été droguée.

Le lendemain, Élise et Yvette sont bloquées dans les toilettes par un cadavre qui entrave l'accès. Il s'agit d'un vigile du Festival, un certain Derek. La probabilité de deux décès consécutifs dans un même espace était pourtant infime. La mort de ce Derek s'explique mal, car il ne se droguait pas. Cocktails et visionnages de films se poursuivent pour Élise, sous la houlette d'Yvette. Celle-ci est sous le charme de Charles Moroni, un vieux barman cannois de belle prestance. Le troisième jour, se produit un accident : l'attachée de presse Maëva Osmond fait une chute mortelle. En attente de l'accouchement de son épouse, le policier Isidore tâtonne. Le jour d'après, c'est le jeune cinéaste Loïc Safran qui est, à son tour, supprimé. Une fléchette dans la carotide, ça ne pardonne pas.

Si Mehdi Boualem fait un bon suspect, toutes les hypothèses sont ouvertes. Est-il possible qu'Élise ne soit pas visée elle aussi, dans cette série de drames ? Elle y aura droit également. Mais ce sont d'autres victimes qui, les jours suivants, sont encore à déplorer. Nouveau papa, Kevin Isidore est perplexe : “Rien ne tient debout. À croire que quelqu'un s'amuse à bâtir un échafaudage branlant pour que je m'y casse la comprenette. Mais je tirerai le fil jusqu'à l'extérieur du labyrinthe.” Il serait bon que le policier se presse et qu'il garde un œil sur Élise, car l'ambiance va bientôt chauffer au Palais des Festivals…

Brigitte Aubert : La mort au Festival de Cannes (Éd.Seuil, 2015)

C'est une magnifique comédie noire qu'a concoctée ici Brigitte Aubert, offrant de nouvelles aventures à l'héroïne de “La mort des bois” et de “La mort des neiges”, Élise Andrioli. Si elle reste lourdement handicapée depuis un attentat alors qu'elle n'avait que trente-six ans, Élise a un mental d'acier. Et une capacité à nous raconter ce qu'elle entend, ce qu'elle perçoit, ce qu'elle devine. Si elle accepte qu'on lui ouvre le chemin dans les méandres du Palais des Festivals, elle ne tient nullement à susciter la pitié. Surtout pas avec les stars qu'elle vénère autour d'elle. D'ailleurs, dans toutes les péripéties qu'elle traverse, Élise ne cesse d'évaluer une situation qui échappe autant aux policiers qu'aux invités.

On ne peut s'empêcher de citer deux ou trois délicieux extraits : “Nous autres, les Hercule Poirot de banlieue, on a toujours des suspects en réserve. C'est comme ça dans tous les bons polars. L'auteur sort les suspects de son clavier plus vite qu'un magicien les lapins de son chapeau.” Car Élise compte bien écrire elle-même un roman : “L'enquêteur de mon polar sera d'un calme à toute épreuve, en plus d'être beau, costaud, drôle et cultivé. À se demander pourquoi il se retrouve célibataire et alcoolique. Ben oui, tous les détectives sont mal rasés, pochtrons et ténébreux.” Si on la flatte, Élise pense : “Un compliment sur mon physique ! Je m'en ferais presque pipi dessus de joie, comme un chiot – eh oui, on ne dit pas "chiotte" pour les femelles, Dieu merci.” Quant à l'utilisation abusive du téléphone portable, elle en deviendrait nostalgique : “Et pourtant, nous n'étions pas plus angoissés qu'aujourd'hui… On est tous transformés en bébés qui pensent que leur mère a disparu dès qu'ils ne la voient plus. On n'a plus confiance dans le lien, dans la vie.”

Humour, noirceur et suspense, telles sont les qualités des meilleurs polars de Brigitte Aubert. Cette incursion ravageuse au Festival de Cannes démontre une fois de plus qu'elle est une romancière chevronnée et d'un grand talent. Une intrigue mouvementée, que l'on savoure avec un réel plaisir.

- Ce roman est disponible dès le 7 mai 2015 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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25 avril 2015 6 25 /04 /avril /2015 04:55

Originaire du 6e arrondissement de Paris, Georges Dupin est commissaire de police depuis quatre ans à Concarneau, dans le sud du Finistère. S'il lui reste encore bien des choses à découvrir sur les mœurs bretonnes, Dupin connaît déjà l'archipel des Glénan. Dont l'école de voile est universellement réputée. N'étant guère amariné, le policier n'était jamais allé là-bas. On vient de découvrir les cadavres de trois quinquagénaires sur l'île du Loch, qui fait partie des Glénan. En ce mois de mai, avec une marée coefficient 107, la tempête de la nuit passée en mer a pu entraîner un naufrage fatal. Arrivés sur le site, les enquêteurs n'oublient pas de tenir compte des courants, même si on leur rappelle aussi les légendes qui font partie de la tradition locale, avec sa part de surnaturel.

Le commissaire Dupin s'ancre sur l'île Saint-Nicolas, principal lieu de vie de l'archipel, tout en restant en contact téléphonique permanent avec son assistante Nolwenn. Le bar des Quatre-Vents, tenu par la jeune veuve Solenn Nuz et ses filles, devient naturellement son quartier général. Le homard qu'on y déguste est un plaisir pour le gourmet policier. On va identifier dès les premières heures deux des disparus. Champion de nautisme, Lucas Lefort est un des propriétaires de l'école de voile, avec sa sœur Muriel. Tous deux possèdent des maisons sur l'île. L'autre victime est Yannig Konan, un proche de Lefort, homme d'affaires ami du préfet. Bien qu'étant en déplacement, le préfet exige que l'enquête soit prioritaire. Heureusement que le policier Dupin peut joindre par téléphone le médecin légiste.

Un troisième disparu a été signalé, mais cet Arthur Martin ne paraît pas être le dernier quinquagénaire des Glénan. Lefort et Konan, qui ont passé la soirée de la veille au bar des Quatre-Vents, n'étaient pas des néophytes : en cas de tempête nocturne, ils pouvaient s'en sortir. Le légiste apprend au commissaire Dupin que l'on a fait absorber à Lefort et Konan un puissant sédatif. Pour le policier, celui qui les a intoxiqués était forcément un des clients du bar, la veille au soir. Ses collègues Le Ber et Labat interrogent tout le monde. Lui se concentre sur la charmante Muriel Lefort, et son assistante à l'école de voile, Maela Menez. Par ailleurs, un plongeur a repéré un bateau à moteur naufragé. Il appartient à Grégoire Pajot, qui est la troisième victime retrouvée sur l'île du Loch.

Ayant voulu développer des projets touristiques, Lucas Lefort ne manquait pas d'ennemis. Le parcours de Yannig Konan, qui s'est enrichi dans les affaires, pouvait causer quelques jalousies, aussi. Le policier Dupin est rentré pour la nuit sur le continent. Ce qui lui permet d'interroger le lendemain le maire de La Forêt-Fouesnant. Une piste anonyme désigne à la fois la société Medimare et la station de biologie marine de Concarneau. Le directeur de la station ne se montre pas du tout coopératif. Les policiers poursuivent leurs investigations aux Glénan. Où ils devront passer la nuit suivante, car la tempête interrompt les liaisons téléphoniques autant que la possibilité de rentrer…

Jean-Luc Bannalec : Étrange printemps aux Glénan (Ed.Presses de la Cité, 2015)

On avait fait la connaissance du commissaire Georges Dupin dans “Un été à Pont-Aven” (2014). Après la cité des peintres, ce policier qui n'a pas le pied marin met le cap sur les îles des Glénan. Son enquête va durer à peine trois jours. On comprend bien qu'il ne soit pas pressé de quitter ce bel archipel aux allures tropicales, dont La Chambre peut faire penser à un lagon. Entre Solenn Nuz et Muriel Lefort, il est agréablement entouré, au risque d'en oublier sa compagne Claire Chauffin, chirurgienne parisienne. Par rapport à l'état d'esprit des Bretons, fiers de leur territoire et de leurs coutumes, comme sur les questions de protection du littoral ou d'algues vertes, le policier citadin s'acclimate très bien dans la région concarnoise. Sans doute à l'image de l'auteur, habitué des lieux : c'est un écrivain allemand, utilisant un pseudonyme à consonance bretonne.

Il décrit de belle manière les décors des Glénan et l'impression qu'on y ressent. Hommage à Simenon, c'est à L'Amiral, sur le port de Concarneau, que Dupin prend ordinairement ses repas. Évacuons quand même les points qui s'éloignent de la réalité : il n'existe pas de Conseil national breton (un Conseil régional, oui) ; jamais un préfet finistérien ne serait missionné dans les îles anglo-normandes ; et surtout, la SNSM (Société Nationale de Sauvetage en Mer) ne dispose que de canots tous-temps, pas d'une flottille d'hélicoptères (ce sont des appareils militaires). Ce sont là des détails, ignorés de la plupart des lecteurs, qui ne gâtent absolument pas l'intrigue proprement-dite. Car notre vaillant commissaire dirige sans faillir son enquête, téléphone portable en main, explorant toutes les hypothèses possibles, n'excluant pas les pistes moins probables. Sympathique histoire, dans la bonne tradition du roman policier.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 04:55
Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Il semble subsister un fréquent malentendu entre format poche et grand format, ce qui s'applique au polar comme aux autres genres littéraires. Il est probable que, dans l'esprit de la majorité du public, le format poche soit toujours une réédition. Ou alors un livre de qualité moindre, ne méritant pas le grand format. Sans jouer aux nostalgiques, c'est oublier un peu vite qu'à partir de l'après-Guerre, ont été publiées des collections de polars en poche marquantes dans l'histoire de l’Édition. À commencer par la Série Noire, fêtant cette année ses soixante-dix ans. Mais aussi le Fleuve Noir Spécial-Police, les collections Un Mystère, Le Masque ou Crime-Club, et bien d'autres. Tous ces éditeurs ne publiaient (quasiment) que des romans inédits, dont bon nombre de petits chefs d'œuvres. C'est principalement à partir de la décennie 1970, que les polars en grand format furent plus courants. Au tournant des années 1980-90, le format poche déclina sévèrement.

Ces dernières années, le monde de l'édition a privilégié le grand format, quitte à diminuer ou faire l'impasse sur la production des poches. Développant les rééditions Folio Policier, Gallimard et la Série Noire ne publient plus que des grands formats. Le Masque tente encore quelques petits formats, mais semble préférer aussi la visibilité du grand format. Fleuve Éditions ne fait plus de poches. On pourrait continuer longtemps l'énumération. Néanmoins, le format poche inédit est loin d'avoir disparu. Chez Baleine, la collection Le Poulpe l'a montré depuis vingt ans. Le catalogue des éditions 10-18, en Grands Détectives ou en Domaine Noir, présente ponctuellement des inédits. On en trouverait aussi chez J'ai lu, Le Livre de Poche, Points (qui fête ses trente ans cette année), Pocket, etc. Même si pour l'essentiel, ce sont des rééditions, ce ne sont pas les exemples d'inédits paraissant en poche qui manquent.

Depuis une quinzaine d'années, des éditeurs basés en régions ont bien compris l'intérêt du "poche" pour leurs collections de polars inédits. On réduit le coût de fabrication, donc le prix de vente est plus attractif. Un principe appliqué, entre autres, par les collections Polar en Nord (lancée par Gilles Guillon), les éditions du Palémon (créées par Jean Failler), les éditions Alain Bargain, les éditions du Caïman (crées par Jean-Louis Nogaro), certains romans publiés chez Charles Corlet, etc. Initiative de "petits" éditeurs ? Pas exactement, si l'on considère qu'ils sont bien référencés et souvent diffusés hors de leurs régions. Quant à la qualité de ces romans, puisqu'il faut bien aborder cette question, elle réserve très souvent de bonnes surprises. N'ayons pas le snobisme de les mépriser, ce serait absurde.

Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Puisque ce "débat" a été lancé par mes amis Bruno, Pierre et Serge, autour d'un roman de Carlos Salem, “Un jambon calibre 45” réédité chez Babel Noir, souvenons-nous de son premier titre. “Aller simple” a été publié (assez confidentiellement, disons-le) chez Moisson Rouge en 2009, par Judith Vernant qui avait découvert cet écrivain. Avant que Carlos Salem n'intègre la collection Actes Noirs, c'est grâce à la réédition poche de “Aller simple” en Babel Noir que s'est élargie nettement la notoriété naissante en France de l'auteur. On vérifie que le format poche est, dans un tel cas de figure, à l'intersection du quasi-inconnu et du presque-inédit. Et nous parlons-là d'un auteur d'une riche originalité.

La qualité, donc ? François Guérif et Jeanne Guyon ont remis les choses en place dans une récente interview chez mes camarades du site Unwalkers : “Pour ce qui est du passage en grand format d’auteurs comme Christian Roux ou Dominique Forma, cela ne signifie pas du tout que leurs nouveaux livres "méritent" le grand format contrairement aux précédents. Il n’y a pas de différence qualitative entre Rivages/noir et Rivages/Thriller. En revanche, le poche, même inédit, étant largement ignoré par la critique (on ne parle pas de vous), il nous est devenu nécessaire de donner deux vies à nos auteurs français chaque fois que possible : en grand format, puis en poche de façon à conserver ce qui nous tient à cœur : que les livres restent financièrement accessibles…”

Peut-être est-ce aux éditeurs eux-mêmes de clarifier les différences. Prenons un exemple avec “Dernière conversation avec Lola Faye” de Thomas H.Cook, publié chez Points en 2014. Il s'agit bien d'une première édition. Sans le bandeau amovible, le fait qu'il s'agisse d'un inédit était peu signalé. De même, chez Rivages/Noir et chez 10-18, ou d'autres éditeurs, on ne remarque pas forcément le mot “Inédit” sur la couverture. On ne veut pas charger les mentions diverses, c'est vrai. Mais ça pourrait figurer en plus gros caractères, et ça deviendrait un argument de vente supplémentaire.

Un mot sur la formule de Jeanne Guyon : “Le poche, même inédit, étant largement ignoré par la critique”. Elle a en grande partie raison, bien entendu. Toutefois, c'est aussi le résultat du marketing des éditeurs (pas seulement chez Rivages, soyons clairs) : Si on assiste à une énorme promotion pour le nouveau James Ellroy, locomotive incontestée, on va moins s'intéresser dans les médias à d'autres auteurs, et c'est le format poche qui en pâtit en premier. Ce serait vrai pour Stephen King, Harlan Coben, Franck Thilliez, etc. bénéficiant d'échos en grand format. Souvent les médias “volent au secours de la victoire” et n'évoque qu'avec parcimonie le reste. C'est leur choix, que l'on respecte, mais ça n'aide guère le format poche, admettons-le.

Poche et grands formats : inédits ou rééditions, priorité à la qualité

Reste la question des rééditions qui semblent hâtives, soulevée par Pierre. Si plus ou moins deux ans entre la parution d'origine et la version poche est assez courant, il n'existe pas de délai "minimal". Sachant que certains auteurs continuent à présenter leurs ouvrages grands formats dans des festivals et salons, c'est au lecteur de choisir parfois entre cette version et celle déjà publiée en poche. Cela dit, même pour des polars de belle qualité, il faut reconnaître que leur première carrière est quelquefois fort courte. S'ils ne sont pas "rattrapés" par un prix littéraire (ce fut le cas de “Monsieur le Commandant” de Romain Slocombe, par exemple), c'est direct en collection poche. Soyons autant que possible objectifs : cela tient aussi à la pléthore de polars publiés, tous ne peuvent d'emblée rencontrer un large public. La réédition est une seconde chance.

Inédits ou rééditions, les formats "poche" ont quelques atouts. Comme le rappelait l'ami Bruno : “On sait que certains lecteurs n'ont pas les moyens de s'offrir des livres à 23 ou 25 €, et l'édition poche c'est quand même pour accéder à ces œuvres. Enfin, pour avoir discuter parfois avec des libraires, l'actualité d'un grand format c'est en moyenne trois mois, cinq dans le meilleur des cas, après il est relégué dans les rayonnages et oublié.” Deux ou trois livres pour le prix d'une nouveauté, pas négligeable. Serge B. complète en soulignant : “Il est un autre attrait que financier pour le format poche : le gain de place sur les étagères (chez tout lecteur passionné sommeille souvent un collectionneur compulsif…)” Quant aux grands noms du polar et du roman noir jamais (ou mal) réédités, c'est extrêmement regrettable.

Merci à Serge, Bruno (Passion-Polar) et Pierre (BlackNovel1), de m'avoir offert l'occasion d'aborder un sujet qui serait encore plus vaste à traiter, sans nul doute. L'essentiel, c'est bien sûr de lire… des polars.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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23 avril 2015 4 23 /04 /avril /2015 04:55

Un quartier familial et tranquille dans une banlieue d'Île-de-France, où l'on trouve la rue Edmond-Petit, bordée de maisons jumelles. Au n°26, habitent Sylvain et Tiphaine Geniot, avec leur fils adoptif Milo. Le mari est architecte, l'épouse est horticultrice. Voilà quelques années, ils ont perdu leur enfant de six ans, Maxime. Aujourd'hui âgé de quinze ans, Milo était le fils de leurs voisins décédés. Ayant obtenu la tutelle, Tiphaine et Sylvain élèvent ce jeune garçon depuis huit ans. Milo se montre quelque peu rebelle, comme tous les ados. Tiphaine reste marqué par l'épisode dramatique qu'ils ont traversé. Au n°28, une nouvelle famille vient de s'installer, après le décès de la vieille dame qui y habitait.

D'origine marocaine, Nora Amrani est une jolie femme de quarante-quatre ans. Après une crise de couple apparaissant sans solution, Nora a fini par rompre avec son mari, Alexis Renard. Ce dernier est avocat, passionné par son métier. Ils ont deux enfants. L'aînée, Inès, a treize ans. Elle a hérité du charme de sa mère. Ce que ne tardera pas à remarquer son nouveau voisin, Milo. L'ado est assez maladroit avec elle, alors qu'Inès ne cache pas être attirée, elle aussi. Son petit frère de huit ans se prénomme Nassim. Nora a réussi à se faire embaucher comme assistante-maternelle à l'école des Colibris. Un travail aussi passionnant qu'exigeant, y compris sur la question des horaires.

De Nassim à Maxime, des prénoms ayant la même consonance. Pour Tiphaine, c'est très perturbant, au point qu'elle sent dans un premier temps un rejet envers le petit Nassim : “Tiphaine, quant à elle, réalisa avec angoisse qu'elle allait tout simplement être incapable de supporter la présence de cet enfant.” Néanmoins, elle sympathise bientôt avec Nora. La voisine ne pouvant compter sur son amie Mathilde pour garder son fils quand elle rentre plus tard de l'école, Tiphaine accepte de s'en charger. À plusieurs reprises, c'est chez Nora qu'elle assure la garde du gamin. Gagnant une relative complicité avec Nassim, Tiphaine ressent un certain apaisement par rapport au drame auquel elle fut confrontée.

Alexis Renard se souvient d'une précédente affaire impliquant les défunts habitants de ces maisons mitoyennes. Il a toujours cru en l'innocence de David Brunelle, son client. Le fait que Sylvain Geniot semble jouer au séducteur avec Nora incite l'avocat à se renseigner davantage. Au bureau d'état-civil, il parvient à glaner des infos qui lui confirment que tout ça n'est pas clair. Car le fils adoptif des Geniot est, donc, celui de son ex-client Brunelle et de sa femme Laetitia, tous deux morts. En persévérant, Alexis Renard risque de se mettre en danger. Ce n'est pas le tandem de flics ressemblant à Laurel et Hardy qui sauront éclaircir les choses, le concernant. Assez rapidement, la situation va s'envenimer entre Nora et la possessive Tiphaine. Jusqu'au jour où la police est appelée à intervenir…

Barbara Abel : Après la fin (Pocket, 2015)

On retrouve ici le contexte tourmenté de “Derrière la haine”. Il ne s'agit pas strictement d'une suite, puisque cette seconde histoire peut se lire sans connaître la première. L'auteure est habile à suggérer quelques points de repère suffisants, relatifs au titre précédent. Le talent de Barbara Abel consiste à nous présenter, dans leur quotidien, des personnages conformes à la réalité. Rien de spectaculaire ni de criminel ne devrait se produire. Sans doute, des maladresses relationnelles et des petits incidents de voisinage ne sont pas à exclure. Bien sûr, le traumatisme de Tiphaine n'a pas été effacé avec les années. Toute à sa nouvelle vie, Nora ne perçoit pas forcément les problèmes à venir.

L'attirance entre les deux ados devrait même être facteur de bons rapports entre les deux familles. Pourtant, la tension est perceptible, pour nous qui (comme la mère Bourgeon) sommes témoins des faits. Et des pensées de Tiphaine, en particulier. Maîtrisant de A à Z cette intrigue en apparence limpide mais bien plus perverse, Barbara Abel réussit à nous fasciner. Peut-être parce qu'elle nous donne l'impression que ça se passe tout à côté, chez nos propres voisins.

Un excellent suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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