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5 décembre 2016 1 05 /12 /décembre /2016 05:59

Âgée de vingt-trois ans, Jemina Pitt est la fille de Thomas Pitt – policier britannique qui dirige les services secrets de la Spécial Branch – et de son épouse Charlotte. En ce mois de décembre 1904, elle accompagne à New York son amie Delphinia Cardew. Celle-ci va s’y marier avec Brent Albright, issu d’une des plus riches familles américaines. Le père de Delphinia, homme d’affaires fortuné, est l’associé des Albright. Jemina est consciente de ne pas appartenir à ces milieux aisés, de faire figure de dame de compagnie. Malgré tout, elle est fort bien accueillie par Harley Albright, frère aîné du fiancé, et par la "tante Celia", sœur du chef de famille. Au premier dîner chez leurs hôtes, Jemina note une certaine gêne quand est évoquée Maria Cardew, la mère de Delphinia, qui l’abandonna en bas âge.

Harley Albright emmène Jemina à la découverte de quartiers typiques new-yorkais. Mais un problème préoccupe le frère de Brent. Il pense que Maria Cardew se trouve à New York en ce moment, qu’elle peut représenter un danger pour le mariage à venir. Alors que la tante Celia semblait tolérante envers Maria, Harley la décrit comme une personne instable. Si elle voulait renouer avec sa fille Delphina, ça entraînerait probablement un vrai scandale. Ce que les Albright souhaitent éviter, eût égard à leur statut social. Jemina est prête à épauler Harley, tout en s’interrogeant autant sur la tante Celia que sur Maria. C’est dans Central Park enneigé qu’ils trouvent bientôt la piste de la mère de Delphinia. Harley ne tarde pas à dénicher l’adresse de l’immeuble où loge Maria Cardew.

Mais voilà que Jemina est étroitement mêlée à un meurtre : elle découvre la victime, qui a été poignardée peu avant. Le jeune agent de police Patrick Flannery sera le premier à intervenir sur les lieux du crime. Jemina est rapidement en position d’accusée : arrêtée, elle est incarcérée, avant que Flannery n’écoute sa version des faits. Jemina ne se sent guère soutenue par la famille Albright. Toujours cette hantise d’un scandale risquant de nuire à leurs intérêts, et au mariage de Brent avec Delphinia. Et puis Jemina n’est pas de leur rang social. Néanmoins, la tante Celia vient payer la caution de la jeune femme, qui reste suspecte aux yeux des Albright. Pour se dédouaner, Jemina enquête. C’est un ancien cordonnier quasi-aveugle qui lui donnera finalement les clés de cette affaire…

Anne Perry : Un Noël à New York (Éd.10-18, 2016) – Inédit –

Celia eut un petit geste de résignation.
— J’en suis sûre. Maria ne lui manquera pas, puisqu’elle ne l’a jamais vraiment connue. C’est du reste regrettable, car c’était une femme magnifique… Oh, je ne parle pas de son physique, bien qu’elle ait été ravissante, mais de son courage, de sa bienveillance, de son rire… Quoi que vous entendiez raconter à son sujet, Miss Pitt, ne la jugez pas mal. Les émotions peuvent…
Elle chercha ses mots.
— Disons qu’elles peuvent être parfois mauvais guide. Ce qu’on suppose n’est pas toujours la vérité.

La réputation d’Anne Perry n’est plus à faire, ses polars historiques (les séries Charlotte et Thomas Pitt, William Monk, et autres titres) sont appréciés du public. C’est légitime, car il s’agit d’une "romancière populaire" au meilleur sens du terme. Elle est aussi l’auteure de fictions plus courtes, sortes de contes sur le thème de Noël. “Un Noël à New York” est le onzième roman de cette série-là. Jemina Pitt, qui en est l’héroïne, a hérité de l’esprit clair et indépendant de son policier de père, et n’est pas moins vaillante que sa mère face aux épreuves. Même si l’Angleterre et les États-Unis sont de culture proche, elle se trouve en territoire étranger. L’aide du jeune policier Patrick Flannery ne lui sera pas inutile.

On se gardera bien de dévoiler ici les secrets entourant la rupture entre Maria et les riches familles Albright et Cardew, vingt ans plus tôt. Toutefois, Anne Perry n’oublie jamais la sociologie dans ses livres. La société de la fin 19e et début 20e siècle conserve des valeurs victoriennes, y compris en Amérique. On sait faire sentir à Jemina qu’elle n’est qu’au bas de l’échelle, en comparaison du prestigieux mariage qui s’annonce, par exemple. Quant à la mère de la fiancée, est-elle moins honorable que les familles qu’elle a fuies jadis ? Une intrigue de bon aloi, un nouveau conte de Noël inédit très agréable à lire.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 05:59

Recueil de nouvelles.

En rade : Mitch vient d’acheter sa première voiture personnelle, de celles qui permettent de frimer. Avec ses potes, bande de jeunes Brestois, une virée nocturne s’impose. On s’alcoolise autant qu’on rigole, on chasse en éblouissant le gibier. Même si se produit un petit incident, qui devrait énerver le père syndicaliste de Mitch, est-ce vraiment grave ?

Les sapajous : Il est apprenti à l’Arsenal de Brest. Ce jour-là, suite à un accident, la grève des ouvriers. L’arpète suit le mouvement au côté de Fanch, un vieil ami de son père qui le chaperonne ici. Les gendarmes maritimes veillent au grain, autant que Fanch qui interdit l’accès à la buvette. Ça n’empêche pas l’apprenti de vouloir ramener chez lui un trophée.

Sans atout : Paulo et ses amis Pilou, Abdel et le Lieutenant (quasi-homonyme d’un acteur) ont été ensemble ouvriers à l’Arsenal. Un quatuor presque inséparable, qui est même allé trimer jusqu’à Cherbourg. À la retraite, ils ont pris l’habitude de taper la belote au bistrot. Chacun a eu son parcours de vie, pas toujours drôle. Mais que reste-t-il de leur passé ?

Rive droite : La prison de Pontaniou va bientôt fermer. Incarcéré en semi-liberté pour un petit délit, Jean-Luc en sera un des derniers occupants, tout en continuant à travailler à l’Arsenal. Son colocataire en cellule, lui, a tué quelqu’un sans raison. Renan appartient à une classe sociale supérieure. Un jeune nanti difficile à cerner pour l’ouvrier Jean-Luc.

L’enterrement du beau-frère : Quelle unanimité pour saluer la mémoire de Jules, mort d’une mauvaise chute sur son lieu de travail. À part son fils Jérôme, oublient-ils que ce chefaillon fut un vil prétentieux ? Cérémonie d’obsèques que son beau-frère, ami affiché de longue date, suit avec un recueillement attristé qu’il n’éprouve pas exactement.

Défense passive : Père de quatre enfants et syndicaliste délégué, sa vie est bien occupée. S’il a naguère défendu Iris accusée de larcins, devenue sa compagne, se faire l’avocat de son ancien ami Patrick s’annonce plus difficile. Pour la Direction, que Patrick soit dépressif autant qu’agressif à cause de sa vie privée agitée n’excuse absolument rien.

Camping de la rade : "Tarass Boulba" (c’est son surnom) est soudeur intérimaire itinérant. Pour le moment, il est à Brest avec sa caravane, côtoyant la main d’œuvre étrangère. Sur tous les chantiers, on trouve des petits chefs vindicatifs, jamais satisfaits même quand le travail avance. Il ne faut pas pousser à bout quelqu’un comme ce soudeur.

La patte folle : Quand on est en arrêt de travail, on risque la visite d’un contrôleur traquant les tire-au-flanc. Même en étant réglo, faut se méfier. Par grande soif, un détour par le bistrot d’en face, pas de quoi en faire toute une histoire. Quoique si, parfois, ça réserve des surprises.

Ti-Boud : Âgé de douze ans, Ti-Boud est un garçon intelligent. Mais il doit faire semblant de rester dans la norme de son quartier de racailles, où il vit avec sa mère. Plus ou moins pute et junkie, celle-ci laisse son fils s’élever seul. Ce n’est pas son nouveau mec, avec sa Mustang, qui les sortira de la mouise. Écarter ce type malsain, tel est le projet de Ti-Boud.

Pari Brest : Lui, c’est un parieur dans l’âme, un turfiste se croyant le plus futé. Quand, dans son bistrot habituel, des gars misent sur du moins ordinaire, du plus scabreux, il n’hésite pas à tenter sa chance.

Les Hespérides : Arsène a perdu son emploi, ce qui entraîna le départ de sa femme et de leur fille. L’abus de boisson n’arrange pas son amertume. Le voisinage d’un réfugié asiatique et de sa famille, encore moins. Sûrement à cause de ces "privilégiés" qu’il est dans cette situation, Arsène. Il se morfond autant qu’il s’énerve, tandis que le voisin va tranquillement pêcher à la ligne. Cet envahisseur, Arsène compte bien l’éliminer…

Yvon Coquil : Métal amer (Éd.Sixto, coll."Le Cercle", 2016)

Le Lieutenant désigna du pouce une jeune fille, brune, un jean peint à même la peau.
— Vaut mieux sauter là-dessus que sur une mine.
Ça fit ricaner Abdel, décidément en très grande forme.
— Tu rêves mon vieux, la dernière fois que tu t’es tapé une petite de cette qualité, on parlait encore en anciens Francs.
Le Lieutenant, songeur, contre-attaqua :
— Celle-là, on la dirait victime d’un EEI, Engin Explosif Improvisé. Une bombe artisanale, si tu préfères. Souvent ils la remplissent de clous. La petite a gardé des shrapnels sur la figure.
Le Lieutenant faisait allusion aux piercings de la fille…

Ce recueil réunit onze nouvelles, donc des textes de fictions. Néanmoins, quelle que soit la part d’humour incluse dans les récits, Yvon Coquil témoigne. Tout ce qu’il nous raconte se nourrit de son vécu, et de celui de ses contemporains. Ouvrier à l’Arsenal de Brest durant plusieurs décennies, il a observé cet univers. Une sorte de famille avec ses sympathies et ses antagonismes, ses rites professionnels et syndicaux, ses accidents, et ses moments de détente tant soit peu alcoolisés, à Recouvrance ou ailleurs. Quelques images évoquent les quartiers populaires brestois dont beaucoup étaient issus. La réparation navale militaire, ni enfer ni paradis : un boulot avec ses joies et ses peines, assurant une stabilité sociale et un peu de confort. Contexte prolétarien bien réel, qui fut longtemps celui d’une multitude de salariés français ordinaires.

Tout un aspect sociétal, qu’Yvon Coquil illustre grâce à des histoires "à chutes", avec leur clin d’œil final. Son talent consiste à transmettre, sans jamais être pesant, le côté sombre masqué derrière la simplicité du quotidien, teinté d’une apparente bonne humeur. Pas besoin de "charger", d’ajouter du spectaculaire : décrire la vérité des personnages suffit à créer l’authenticité. Un bon ouvrier ne bâcle pas son travail : l’écriture est nuancée, souvent enjouée, précise dans les portraits, et d’une délicieuse fluidité. Voilà un excellent recueil de nouvelles !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 06:58

Sous-lieutenant de la Gendarmerie Nationale, corps qui succède à la Maréchaussée, Victor Dauterive est âgé de dix-neuf ans. Issu de la petite noblesse de Bourgogne, il se destinait plutôt à devenir peintre. Il n’a pas perdu le goût de l’artistique : il fréquente assidûment Olympe de Gouges, une femme de lettres d’importance. Victor est surtout le protégé du marquis de La Fayette, toujours responsable de la Garde Nationale en ce mois de juillet 1791. À la tête du pays, un évènement a récemment brouillé les cartes : la fuite du roi et de son entourage, rattrapés avant la frontière. L’Assemblée doit statuer sur le rôle à venir de Louis 16, ce qui occasionne des manigances politiques. Certains voudraient instaurer la République. D’autres cherchent à imposer une Régence, profitant au Duc d’Orléans.

Si La Fayette pense que la France n’est pas prête pour un régime républicain, il se méfie encore davantage de la “faction d’Orléans”. Non pas que le Duc ait assez de charisme pour diriger le pays. Mais, autour de lui, on complote très activement, et peut-être compte-t-on bientôt prendre les armes ? C’est l’écrivain Choderlos de Laclos qui mûrit le projet de porter au pouvoir le Duc d’Orléans. Si dans des salons mondains comme celui de Louise de Kéralio, directrice du journal "Le Mercure National", il croise des élus déterminés tel Robespierre, c’est le nommé Garat qui met en œuvre son plan. Garat est un ex-planteur qui fut ruiné à Saint-Domingue, île des Antilles colonisée par la France. C’est un meneur sachant galvaniser les foules, peut-être capable de mobiliser des combattants.

La Fayette charge Victor d’espionner les partisans du Duc d’Orléans. Olympe essaie de l’aider à approcher Choderlos de Laclos, tandis qu’un ennemi de Victor informe Garat que l’officier de gendarmerie est sûrement un agent de La Fayette. Néanmoins, Victor parvient à convaincre Garat qu’ils sont dans le même camp. L’ancien planteur continue à semer sournoisement l’instabilité dans Paris, où l’on conteste de plus en plus La Fayette. Avec une Assemblée peu décisionnaire, le marquis reste pourtant seul garant de la paix civile. Garat renoue avec Hyacinthe, un esclave créole affranchi et éduqué de Saint-Domingue. Il est venu en France plaider la cause de ses congénères. Il n’est pas le seul en provenance des Antilles : une femme a quelques comptes à régler avec Garat.

Pendant ce temps, le commissaire Pierre-Joseph Piedebœuf enquête sur le meurtre d’un jeune homme découvert au port Saint-Nicolas. Cet Augustin Bouvard a été mortellement frappé. Seul un de ses escarpins a été retrouvé. Il collaborait au "Mercure National". Le policier apprend vite qu’il appartenait aux milieux homosexuels – interdits et pourchassés. Assisté d’un indic, Piedebœuf enquête dans les cabarets où Bouvard était surnommé “La belle parfumeuse”. La piste d’un certain Vivien du Baly, amant du défunt, semble sérieuse. Autrichien d’origine, c’est un officier de l’armée royale française. Probablement aussi un agent au service de son pays natal, aujourd’hui du côté des Émigrés. Le 17 juillet sera une date-clé : La Fayette encourt un danger mortel, et la foule qui manifeste au Champ-de-Mars encore davantage…

Jean-Christophe Portes : L’Affaire de l’homme à l’escarpin (City Éd., 2016)

Après avoir fui Saint Germain l’Auxerrois, presque par miracle, il n’avait pas voulu retourner chez lui, craignant d’y être attendu. La maison d’Olympe à Auteuil lui était apparue comme un refuge évident, d’autant que les deux heures de trajet lui laissaient tout le loisir de voir s’il était suivi ou non. Ce n’était pas le cas. Pendant tout ce temps, il n’avait pas réussi à démêler ses sentiments. Avait-il fait ce qu’on attendait de lui ? N’avait-il pas été trop loin ? Certes, il s’était sorti du guêpier, mais pour combien de temps ?…

On avait fait connaissance de Victor Dauterive dans “L’Affaire des corps sans tête” (2015), polar historique doté d’une belle intrigue criminelle. Cette deuxième aventure est dans le même esprit que la première, nous plongeant au cœur de cette époque où la Révolution balbutie encore. Si Danton, Robespierre et d’autres ténors gagnent de l’influence, c’est du côté de l’aristocratie que l’on espère chambouler l’avenir de la France. Sans doute tout le monde connaît-il “Les liaisons dangereuses”, mais on s’aperçoit ici que son auteur put jouer un rôle fort trouble en faveur de son maître, le Duc d’Orléans. Quant à l’agitateur Garat, Jean-Christophe Portes nous dit qu’il s’est inspiré d’un personnage ayant existé. C’est quelqu’un d’ambigu, d’une fourberie manipulatrice, jusqu’au-boutiste dans ses actes, peut-être sincère sur d’autres points. Oui, on imagine volontiers des gens comme lui au centre de périodes incertaines.

Sous la houlette du marquis de La Fayette, Victor Dauterive s’implique dans les arcanes de la vie politique secrète d’alors. Il a davantage de maturité, le contact d’une personnalité telle qu’Olympe de Gouges lui était bénéfique. Généreux, il le sera avec Victor-Joseph Turpin, gamin estropié figurant parmi les nombreux enfants sans famille de Paris. Plutôt contemplatif de nature, le sous-lieutenant Victor doit faire preuve d’intrépidité et parfois d’astuce pour arriver à ses fins. Il lui faut louvoyer dans un contexte plein d’incertitudes, deux ans après le début de la Révolution. Si l’Histoire a fait un bond, rien n’est installé. Et la mort plane, autant au niveau des dirigeants que sur le peuple. Ambiance délétère, qui est restituée avec crédibilité par l’auteur, parfaitement documenté. Une immersion dans le passé très réussie.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 06:01

Luc Mandoline exerce le métier de thanatopracteur, spécialité funéraire. Cet homme dans la force de l’âge est un ancien de la Légion Étrangère. Ex-baroudeur, il ne partage pas les dérives fascisantes de certains vétérans de ce corps d’armée. Nomade par goût et pour son métier, Luc Mandoline s’est fixé depuis quelques temps à Toulouse. Laura, séduisante archéologue de vingt-neuf ans, est désormais sa petite amie. Cet été-là, elle est occupée sur un chantier de fouilles près du village de Pescart, en Ariège. Bien que Laura soit peu disponible, Luc Mandoline s’installe au camping local afin de poursuivre leur relation. Il ne tarde pas à sympathiser avec d’autres touristes. Dont Mylène Plantier, adjudant de gendarmerie nordiste en vacances avec sa compagne.

Lors d’une visite en groupe de la belle ville de Mirepoix, un des touristes disparaît. Il s’agit de Jurgen Haas, un Allemand septuagénaire, ayant autrefois appartenu à la Légion. Si Luc ne renonce pas à une journée de détente avec Laura, le jour d’après Mylène et lui font part de leur inquiétude concernant Jurgen Haas auprès des collègues de l’adjudant. Outre une autre disparition, celle d’un nommé John Valmont, un nom apparaît : Gilbert Choucas est un ancien notaire, aujourd’hui octogénaire, habitant Foix. Quand Mylène tente de lui poser des questions, celui-ci affirme ne rien savoir sur Haas et Valmont. Nul doute qu’il faille se méfier de ce Choucas, qui a de solides relations politiques. En l’occurrence, le député Pergola, figure du conservatisme réac dans ce secteur.

Luc a obtenu quelques infos grâce à son ami Sullivan Mermet. Mais c’est en s’adressant à un journaliste de Toulouse que Mylène et lui apprennent des détails sur les politiciens démago-populistes de la région. Il n’exclut pas que ces disparitions aient un rapport avec une sordide affaire remontant à 1971, en Ariège. On désigna un coupable idéal, pourtant innocent, qui appartenait à la communauté des Cagots, des familles ostracisées depuis la nuit des temps. Impliquant des gens des environs, le drame qui s’ensuivit reste depuis cette époque non éclairci. Peut-être un livre écrit par Jacques Auriol, le père de Laura, fut-il l’élément déclencheur dans ce dossier criminel.

Luc et Mylène rencontrent un certain Carlos Montero. Il ne semble pas avoir la conscience tranquille, bien que niant aussi connaître les disparus. Quand un rendez-vous tardif est donné au duo d’enquêteurs improvisés, ils ne se méfient pas encore assez du piège qui leur est tendu. Mylène préfère arrêter, et interrompt ses vacances. Bien qu’il secoue un peu Carlos Montero, Luc n’obtient pas de réponse satisfaisante. À cause de contrariétés professionnelles, Laura a dû fermer le chantier de fouilles à Pescart. Le couple s’autorise un intermède de quelques semaines. Néanmoins, à la fin de l’été, Raymond Pergola prend contact avec Luc. Même si d’autres amis du député ont disparu, Luc doit-il persévérer ?…

Jean-Christophe Macquet : Mandoline vs Neandertal (l’Atelier Mosésu, 2016)

Mais de toutes manières, Cro-Magnon et Neandertal étaient cousins avec un ancêtre commun apparu en Afrique, parce que le berceau de l’humanité, c’est l’Afrique. Bref, nous sommes tous des immigrés africains […] Les archéologues et autres scientifiques de tout poil se creusaient la cervelle depuis un bon moment pour tenter d’expliquer cette disparition [des Néandertaliens]. Quelques hypothèses avaient été émises, mais globalement, cette extinction demeurait un mystère. Laura quant à elle tenait Cro-Magnon pour responsable…

Ce roman appartient à une série autour d’un même personnage central. Maxime Gillio, Hervé Sard, Stéphane Pajot et quelques autres sont les auteurs des précédentes tribulations de Luc Mandoline, dit l’Embaumeur. Pour ce nouvel "épisode", c’est au tour de Jean-Christophe Macquet d’entraîner ce héros à la profession insolite dans des aventures énigmatiques et trépidantes. Cet "homme d'action" qu’est Luc Mandoline est-il confronté aux "hommes des cavernes", de retour du fond des âges ? Faut-il entériner les théories de scientifiques émérites qui pensent qu’ils étaient cannibales ? Dévoiler la vérité sur un fait divers remontant à près de quarante-cinq ans, est-ce vraiment souhaitable ?

Les intrigues policières n’ont pas besoin d’être complexifiées à outrance, par une structure du récit destinée à l’obscurcir, parfois artificiellement. C’est avec une parfaite fluidité, sans rien masquer et sans temps mort, que Jean-Christophe Macquet développe cette histoire, dans la meilleure des traditions. L’authenticité de Luc Mandoline se traduit par des scènes de sa vie personnelle. Telle cette soirée "romaine" sur le chantier archéologique ou à travers sa liaison avec Laura.

Quant aux investigations parallèles du héros, elles suivent leur cours, livrant çà et là des indices, des noms, des faits, au gré des péripéties. C’est ainsi que l’on conçoit un excellent roman d’enquête, comme celui-ci.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 06:05

Pour les Présidentielles 2017, la Gauche est disqualifiée d’avance. La cause est entendue, ils ont déjà perdu. Malgré les tempêtes, le navire sur lequel nous naviguons vogue aussi bien que possible. Mais le gouvernail est faussé, et nous dérivons toujours davantage vers tribord. Alors, autant laisser la barre à un commandant de Droite. Sera-t-il ce mythique “homme providentiel” espéré par son équipage ? On se souvient que, par le passé, il a dirigé la manœuvre : des médisants suggèrent qu’à force de tenir son cap, on aurait frôlé le naufrage. Il prétend que l’Amiral présent à bord, trop proche des “amis de la Marine”, aurait contrarié sa navigation. Si notre navire n’a pas coulé d’ici la prochaine échéance, il sera sûrement renié par ses amis fidèles, habituelle tradition maritime chez eux.

Bref, cette fois la Gauche ne s’est pas montrée assez adroite : elle a perdu la boussole et tout espoir de se maintenir au pouvoir. Pourtant, elle ne manque pas de capitaines qui se croient capables de redresser la barre à babord, toutes générations confondues : Aubry, Autain, Cazeneuve, Chevènement, Cohn-Bendit, Duflot, El Khomri, Fabius, Filoche, Hamon, Hollande, Jospin, Laurent, Le Foll, Macron, Mélenchon, Poutou, Royal, Taubira, Touraine, Valls. On connaît le grand défaut de la Gauche : ils préfèrent se saborder entre eux, en “jouant perso”, afin de préserver l’ego et les ambitions de chacun. Une tactique kamikaze et improductive : “Autant l'union fait la force, autant la discorde expose à une prompte défaite” écrivait jadis Ésope dans une de ses fables.

De facétieux auteurs de polars achèvent le carnage dans ce recueil de nouvelles. Sortant leur Colt calibre 45 ― révisé modèle 49.3, leur carabine Remington longue portée, ou leur Kalachnikov de compétition, ils dézinguent tous ces politiciens pouvant faire figure de présidentiables. Les vingt-deux coupables de ces fictions, on a leurs noms : Eva Almassy, Diego Arrabal, Laurence Biberfeld, Antoine Blocier, Didier Daeninckx, Dominique Delahaye, Gilles Del Pappas, Jeanne Desaubry Pierre Dharréville, Pierre Domenges, Patrick Fort, Gildas Girodeau, Maurice Gouiran, Philippe Masselot, Jacques Mondoloni, Chantal Montellier, Max Obione, Philippe Paternolli, Valérie de Saint Do, Gérard Streiff, Marie-Pierre Vieu, Arnaud Viviant. Chacun se concentre sur sa cible.

Collectif : Mortelles primaires (Éd.Arcane 17, 2016)

Pour la plupart déconnectés des réalités du quotidien, ils ne sont pas difficiles à atteindre, ces personnages se revendiquant encore à Gauche. Ayant abandonné leur idéologie et les dogmes d’antant, piètres communicants en pédagogie politique, aucune armure ni pas la moindre carapace pour les protéger : impossible de les rater, ou presque. Toujours prêts à enfoncer le clou, les polardeux s’en donnent à cœur joie. Version stand de tir à la fête foraine, champions de ball-trap, ou tireurs d’élite ? Ça flingue, non sans rappeler les ratés d’une gouvernance imposant toujours plus de stricte austérité.

Peut-être devrait-on retenir le dialogue imaginé par Jacques Mondoloni entre le tueur et un homme politique, anonyme élu de Gauche :

“— Il faut sévir, remplacer.

— Par quoi ? Un dictateur ? Les politiciens garantissent notre – votre – liberté ; sans eux, vous les auteurs, vous seriez torturés en prison, la bouche défoncée, la main coupée, égorgés un jour dans votre cellule par un tueur, un vrai, un type froid qui n’a pas d’imagination […] Ne devenez pas le bourreau de vous-même, l’hystérie de l’impatience conduit au malheur. Au contraire, faites bloc contre l’amertume, établissez un cordon sanitaire contre le fanatisme, la détestation de la classe politique qui se traduit par le fameux "tous pourris !".” Pendant ce temps, dans l’ombre, la démagogie populiste ricane, c’est un fait.

(Cette chronique est destinée à évoquer le recueil “Mortelles primaires”, ce qui n’engage nullement mes opinons de citoyen).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 07:04

Recueil de nouvelles.

Justice à Los Angeles, 1927 : Peu scolarisé, Booker Johnson est âgé de dix-neuf ans. Avec sa mère, ils habitaient le Tennessee avant de s’installer en Californie. Il est employé dans une station-service, avec son atelier. Cette nuit-là, Booker emprunte la voiture d’un client. Il se fait accrocher par un autre véhicule, conduit par un policier. Bien que n’étant pas fautif, on le place en cellule avec d’autres inculpés. Après le tribunal, il est rudoyé à son arrivée en prison, mais conserve son sang-froid. Premiers contacts avec le milieu carcéral, pour lui dont le casier est vierge. Mais, Booker apprend que sa mère a été choquée de son incarcération, ce qui entraîne un énervement croissant en lui. Bagarre avec les gardiens, six jours au mitard : c’est le début de l’engrenage. Son avocat d’office est confiant en une peine légère, faute d’antécédents. Booker va maintenant côtoyer des criminels endurcis…

Entrée dans la « Maison de Dracula » : Cameron est transféré de la prison de Bakersfield à celle de San Quentin, surnommé par les taulards la “Maison de Dracula”. Son pedigree est déjà chargé. Pour Cameron, c’est un retour dans ce pénitencier. Il y retrouve le Lieutenant Campbell, auquel il s’est mesuré par le passé, et le plus aimable Sergent Blair. Toutefois, c’est cette fois dans le Couloir de la Mort qu’il va séjourner pour longtemps…

Le prix de la vengeance : La prison du comté d’Anselmo, fin des années 1960. Lors d’une altercation entre détenus, Louis Toussaint est abattu par un gardien. “C’était toujours le Noir qu’ils tuaient en premier”, son ami détenu Eddie le sait. Sa conscience politique le rend lucide sur le sort de Noirs, et son activisme s’est développé en prison. Avec ses complices Scott et Dupree, Eddie se venge bientôt en s’attaquant à un gardien novice. Le trio est vite dénoncé, anonymement. Membre d’un collectif de défense, l’avocate Sally Goldberg accepte de s’occuper du cas d’Eddie. Le capitaine Moon, un des responsables de la prison, ne lui facilitera pas la tâche. Avec ses sbires, il n’hésite pas à tabasser le trio. Il semble quasi-impossible d’introduire une arme à feu là où il se trouve, mais Eddie espère quand même. Sinon, il pourra tenter "le tout pour le tout" si l’occasion s’en présente…

Mort d’un mouchard : Un duo de détenus compte suriner un témoin trop bavard, dans les locaux hospitaliers de San Quentin où il sont autorisés à se déplacer. Hélas, rien ne va se passer comme prévu. Ils sont obligés de s’en prendre au surveillant qui les a repérés. Puis l’infirmière du service donne l’alerte. Le duo a encore une chance de passer inaperçu en retournant dans les bâtiments principaux du pénitencier…

Évasion du couloir de la mort : Après avoir été condamné à mort, le transfert de Roger Harper vers San Quentin se fait sous sécurité maximale. Ce “mort en marche”, qui a tué trois personnes, entre cette fois dans le Couloir de la mort. S’il a déjà séjourné dans ce pénitencier, la promiscuité avec les autres futurs exécutés – des "durs" peu intelligents – s’annonce pesante. Mais ses voisins ont un projet d’évasion en cours, auquel il ne peut que s’associer. À l’approche du jour J, Roger est conscient du fort risque d’échec de leur tentative. Il est souhaitable que soit épargné le bienveillant Sergent Blair, qui n’a jamais maltraité les prisonniers. Le moment venu, une certaine pagaille va régner à leur étage du bâtiment, entre ces criminels incontrôlables…

La vie devant soi : Âgé de dix-neuf ans, Max a passé une grande partie de son existence en centres de détention pour mineurs et dans les prisons de quartier. Il passe pas mal de temps à jouer au poker, ça l’occupe et il gagne souvent. Son casier judiciaire est chargé, des "petits coups", mais l’affaire pour laquelle il va passer au tribunal ce jour-là est, cette fois, vraiment criminelle. Pour autant, il n’est que modérément tendu…

Edward Bunker : Évasion du couloir de la mort (Rivages/Noir, 2016)

Je vais également vous donner quelques conseils. Vous êtes costaud et fort, et doué avec vos poings, mais vous n’êtes pas trop coriace pour San Quentin… vous saignez comme les autres. Les bagarreurs aux poings n’ont pas grand poids ici. Nous avons des Mexicains de quarante kilos avec des grands couteaux et des baskets, et ils vous vous arracheront le cœur avant de vous le faire manger. Si vous allez les emmerder. La maxime numéro un du taulard est la suivante : tire ton temps tout seul […] Ça veut dire occupe-toi de tes oignons et ne fais pas de vague, passe inaperçu. J’ai cinq mille hommes entre ces murs. Si vous restez tranquille, vous serez sorti d’ici avant que les gardiens ne connaissent votre nom…

Des années 1950 jusqu’en 1975, Edward Bunker (1933-2005) passa dix-huit ans derrière les barreaux, en partie au pénitencier de San Quentin, avant de devenir écrivain. Inutile de dire qu’il a connu ce milieu carcéral qu’il décrit puissamment. Il ne suggère nullement qu’il n’y aurait que des innocents en prison. Ses personnages ont bel et bien leur place en détention (même si c’est un peu moins vrai, au départ, pour Booker Johnson, héros de la première nouvelle). Des "durs" traités durement ; des malfaiteurs récidivistes et violents, incorrigibles repris de justice que rien ne remettra dans le droit chemin. Côté gardiens, il peut y avoir des victimes, mais également des "petits chefs" dont la violence égale celle des prisonniers. Un pénitencier n’est pas simplement une prison, c’est un lieu de vie, un univers à part entière : c’est ce que nous transmet Edward Bunker.

Longues ou plus courtes, ces nouvelles expriment d’une part la capacité à s’adapter à un séjour carcéral, d’autre part la position des Noirs en prison avant la décennie 1970. Même si la Californie ne fut pas, durant longtemps, l’État américain le plus raciste, les personnes de couleur y étaient traitées en suspects. Il est probable que la rébellion, dans la ligne des activistes Noirs des années 1960, se soit manifestée aussi entre les murs de San Quentin. L’auteur n’en reste pas à un portrait angélique de ces Noirs, il ne les victimise pas. Mais il souligne qu’ils ont généralement été broyés par un système pénitentiaire impitoyable. Un peu plus "facilement" que les autres taulards, peut-être. La force évocatrice de ce recueil de nouvelles est évidente.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 06:02

Patrice Gbemba est un gamin noir à lunettes âgé de onze ans, bientôt douze. Veuve, sa mère l’élève seule, aussi bien qu’elle le peut. Avant la rentrée scolaire, elle lui a offert un très beau livre sur les étoiles, l’espace intersidéral. Ça inspire à Papa (c’est son surnom) des dessins très inventifs, en particulier sur les vaisseaux spatiaux. Mais, dans sa nouvelle école, le timide Papa ne trouve pas sa place. Bien que cherchant à se rendre invisible, il est aussitôt le souffre-douleur d’autres enfants. Il n’ose s’en plaindre auprès de sa mère, se dissimule autant qu’il peut dans un coin de l’établissement pour dessiner. C’est surtout le nommé Eyob et ses deux acolytes qui le menacent. Eyob a de qui tenir, car son frère aîné est un repris de justice surnommé le Caïd, qui dresse des chiens de combat.

Un soir, Papa est agressé par Eyob et ses sbires. C’est alors qu’intervient l’accident, dont Papa peut se considérer comme responsable. Il n’attend pas de vérifier si Eyob est mort. Il prend immédiatement la fuite, avec son sac contenant son seul trésor, le livre des étoiles. Papa est bien vite chassé d’un bâtiment vide où il comptait passer la nuit. Le lendemain matin, débute pour lui la grande aventure : Papa passe le Périphérique, entre dans Paris. Ce n’est pas tout de suite le décor exceptionnel qu’espérait ce gamin de banlieue. Et puis, il lui reste peu d’argent pour se nourrir. Quant à mendier, pas question pour lui. Certes, il est désormais libre de dessiner l’espace du futur, mais ce périple s’annonce déjà difficile. Face aux mauvaises rencontres, il lui faut perdre une part de sa naïveté.

“Papa aimait la foule qui ne le voyait pas. Abandonné par le chef, les jambes lourdes, il n’osait pas quitter les lieux. Les murs de la gare étaient blancs. Ils étaient hauts et propres. Malgré le monde, l’endroit était presque silencieux. Un Père Noël en pause mangeait un sandwich sur un banc. Papa se trouva un coin qui n’était occupé par personne. Il se mit en boule afin de se réchauffer plus encore. Contre un mur, il cala sa tête. Ses yeux se fermaient. La morve coulait de son nez.”

Papa va croiser des jeunes et moins jeunes vivant dans la rue, y compris des clochards, sympathiques ou violents. Il traverse la ville, jusqu’à la Défense. Le site fascine Papa qui, cultivant son imaginaire, compare avec les sondes spatiales dont il est question dans son livre. Quelques ultimes pièces lui permettent de téléphoner à sa mère, de lui adresser un bref signe de vie. Toutefois, en décembre, l’extérieur est glacial, et Papa se sent de plus en plus fiévreux. Entre une étape réconfortante dans un club de Pigalle et un refuge dans un squat où il entouré de jeunes et de musiciens à l’allure bizarre, Papa a du mal à lutter contre son affaiblissement progressif. Même s’il se cramponne à son précieux livre…

Clément Milian : Planète vide (Série Noire,2016)

Sa bouche était sèche et son corps détraqué. Attiré par une lumière jaune, il se figea devant un panneau qui indiquait la température, l’heure et la date du jour. Papa fixait les lumières numériques. Il se souvint que son anniversaire était demain, trois jours avant Noël, et qu’il allait avoir douze ans. La pensée le rendait tout chose. Combien de jours encore avant de tomber de fatigue, mourir malade ou affamé ? Il avait mal au ventre. Il avait mal aux os. Son dos tirait. Il tremblait comme un vieillard, se voyant mourir seul dans une flaque, les lèvres desséchées. De penser à la mort le renforçait pourtant, il en devenait presque immortel.

Pour l’amateur de polars, le sujet fera penser à “Paolo Solo”, roman-jeunesse du regretté Thierry Jonquet, même si le présent personnage n’est pas pourchassé. En réalité, “Planète vide” pourrait correspondre à diverses catégories littéraires, mais trouve toute sa place dans la Série Noire. Ce conte sur l’errance d’un jeune fugueur dans Paris se présente sous forme de séquences. Enchaînement de scènes assez courtes, avec des gros plans ainsi que des images plus élargies montrant l’environnement (la Défense, le métro, le parvis de Notre-Dame...), telles les images d’un film qui suivrait à la trace le gamin.

À onze ans passés, on espère que les mômes actuels possèdent encore une capacité à s’isoler du monde pour créer leur univers personnel, aussi fictif soit-il. Du moins est-ce le cas du petit Patrice, rejeté par la bêtise d’autres élèves. Dès l’enfance et tout au long de notre vie, ne sommes-nous pas confrontés à ces cadors prétentieux et agressifs ? Patrice se réfugie dans les étoiles, à sa manière. Ses tribulations au hasard des rues parisiennes ne répondent pas à une quête initiatique (il a fui par obligation). Une épreuve, expérience qui l’aidera à mûrir, sûrement. Un jeune héros attachant, un bon suspense avec son lot de péripéties, c’est donc un roman à découvrir.

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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 06:32

Divorcée sans enfant, Kristina Vendel est âgée de trente-quatre ans. Elle est commissaire de police à Huddinge, localité suédoise du sud de Stockholm. En ce mois de décembre, elle peine à se remettre d’un épisode traumatisant. Kristina a été enlevée, séquestrée et droguée, des photographies témoignent de rapports sexuels avec ses kidnappeurs. Elle n’est sûre de rien quant à cette épreuve, mais elle a bientôt la preuve que circulent ces clichés salaces. Kristina ne confie pas son désarroi à son père Karl Vendel, veuf d’origine allemande. Ce dernier envisage d’ailleurs une nouvelle vie avec Angelika, une femme qui vient elle aussi d’Allemagne. Ce n’est pas non plus auprès de ses collègues que Kristina pourra améliorer son moral, chacun ayant ses propres préoccupations. Quant au policier acariâtre Arne Svedling, il ne cache guère son hostilité contre la jeune femme.

Mikal Gospodin est un ancien baroudeur russe, devenu un exécuteur dans la sphère des truands. Néanmoins, Kristina entretient de bons rapports avec cet homme brutal. Mais il n’aura pas le temps de l’aider, comme elle le souhaitait, à résoudre l’affaire de son propre enlèvement. Mikal est abattu par une femme, qui l’a approché sans qu’il se méfie. Arne Svedling n’est pas loin de soupçonner Kristina de ce meurtre. En réalité, il a été commis par Kemal Fahed, un tueur capable de se grimer en femme. Ce Kurde fait illusion, car il est très séduisant, avec des traits un peu féminins. Pourtant, c’est un ancien combattant pour la cause de son peuple qui traversa des périodes sombres, et qui reste sans pitié. Il supprime sa jeune complice Gabriella Larsson peu de temps après avoir tué Mikal, avant de rejoindre sa sœur Assine, vingt ans, handicapée en fauteuil roulant.

Alors qu’elle vivait en France, développant son talent pour le jeu d’échecs, l’adolescente Assine fut intime avec Alain Karpin, un grand maître de cette discipline. Ce dernier est de passage en Suède, où Kristina Vendel a pu l’observer lors de rencontres. Après avoir reçu la visite nocturne d’une mystérieuse femme, Karpin est retrouvé mort dans sa chambre d’un hôtel de grand luxe. Le policier Svedling imagine encore incriminer Kristina. Lorsque Kemal est blessé à l’occasion d’une altercation dans un bar, la commissaire rencontre sa sœur Assine. Confusément, elle se souvient d’eux, qu’elle a vus lors de la prestation de Karpin. Kristina s’avoue très attirée par le beau Kemal. Mais c’est grâce à son enquête sur la mort de Gabriella Larsson qu’elle avancera dans son enquête. Et c’est lors d’un évènement mondial ayant lieu en Suède qu’elle devra y apporter une conclusion…

Theodor Kallifatides : Dans son regard (Éd.Rivages, 2016)

Kemal était un homme méticuleux qui ne laissait aucun détail au hasard […] La commissaire Vendel ne sortit pas. Kemal passa devant la maison, poursuivit un bout de chemin en remontant la rue, changea de trottoir et fit lentement demi-tour. Lorsque Kristina sortit de chez elle et resta un court moment devant la porte, comme si elle hésitait, il fut quand même surpris. Kemal la reconnut aussitôt à cause du concours d’échecs, où il l’avait remarquée surtout pour ses cheveux qui ressemblaient à la perruque qu’il avait coutume d’utiliser lorsqu’il se transformait en femme.

Theodor Kallifatides est l’auteur d’une trilogie ayant pour héroïne la commissaire de police suédoise Kristina Vendel (“Juste un crime”, “Le sixième passager”, “Dans son regard”). Il s’agit ici du troisième volume, dont l’intrigue est indépendante des précédents titres. Par sa construction, le récit peut dérouter certains lecteurs. Un exemple : avons-nous besoin que soit détaillé le pedigree complet de la réceptionniste de nuit du Grand Hôtel ; alors que, par ailleurs, on a un peu tardé à nous expliquer pourquoi Assine en est arrivée à sa tentative de suicide ? Ce qui ne signifie pas que le style narratif soit malvenu, mais il nous faut par moments faire un effort pour coller à la structure de l’histoire.

Malgré cette petite réserve, “Dans son regard” ne manque pas de qualités. Bien qu’ayant été victime, Kristina Vendel n’apparaît pas telle "une faible femme", mais on sent qu’elle a perdu une part de son énergie. Dans la Suède des années 2000, les femmes sont censées tout assumer à l’égal des hommes. Que l’on éprouve de l’empathie (ou une forme de pitié) pour elle n’est pas exactement le but de l’auteur. Comme certaines personnes ayant dû s’exiler pour se reconstruire, telle Assine Fahed (ou l’écrivain V.S.Naipaul), la commissaire est à un tournant de son existence. À la fois traquer le crime et penser à son futur n’est évidemment pas simple. L’intrigue est empreinte de cet aspect "humain".

Notons encore que, bien sûr, l’auteur évoque le contexte de la Suède, fut-ce en filigrane. Les habitants de ce pays nordique se sont toujours montrés bienveillants en accueillant des étrangers ayant besoin d’un refuge, d’un nouveau départ. Même si les mystères de l’assassinat d’Olof Palme en 1986 ont pu rendre certains Suédois moins ouverts. Un roman quelque peu "en marge du polar" par sa tonalité, ce qui n’est absolument pas un défaut.

Theodor Kallifatides : Dans son regard (Éd.Rivages, 2016)
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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