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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 04:55

À Isola, métropole à l'Est des États-Unis, le 6 janvier. Dans la fosse d'un chantier, on vient de découvrir six cadavres : trois hommes (un Blanc, deux Portoricains), deux adolescentes et un bébé. Leurs corps étant dénudés, ils ne sont pas identifiables. Aucun signe distinctif, hormis leur probable origine ethnique. Les inspecteurs Steve Carella et Bertram Kling, du 87e commissariat, sont chargés de l'affaire. La seule piste leur est offerte par la sœur d'Andrew Kingsley, le Blanc. Il espérait faire du social auprès des populations pauvres de la ville. Il semble avoir été mêlé involontairement à un règlement de comptes entre gangs. Grâce à une certaine Midge, qui téléphone à Carella, les policiers apprennent l'identité des autres victimes. Toutes appartenaient au gang des Têtes de Morts. L'un des tués, Eduardo Portoles, en était le chef, le "Président".

Le territoire des Têtes de Morts, c'est le quartier déshérité de West Riverside, un secteur aux immeubles dégradés envahis de graffitis. Quand Carella et Kling y mettent les pieds, peu importe qu'ils soient de la police. Après avoir trouvé l'appartement du chef du gang, où la petite Maria Lucia attendait vainement sa famille morte, le duo de flics est guidé par le jeune Pacho vers le "Président" par intérim du gang. Il n'est pas coopératif, l'omerta étant de mise. Cette exécution sans pitié n'est pas l'œuvre des Vengeurs Écarlates, gang régnant sur le quartier de Gateside, les adversaires habituels des Têtes de Morts. Carella et Kling ne peuvent espérer de renseignements chez eux non plus. Quand on va découvrir le cadavre de Midge, fouettée avant d'être égorgée, près de la petite ville de Turman, les policiers pourront nettement progresser dans leur enquête.

Derrière ce règlement de compte meurtrier, il y a un troisième gang, les Yankees Rebels, dont l'emblème est le drapeau des Confédérés. Le "Président" en est Randy Nesbitt, un type qui estime avoir de la morale et le sens des responsabilités. N'est-t-il pas élu pour savoir ce qui est bon pour son "peuple" ? Il écoute ses conseillers, mais prend seul les décisions. Certes, il se produit des dérapages : si la mort du chef des Têtes de Mort était programmée, il n'était pas prévu que son complice Chingo (Charles Ingersol) abatte aussi le bébé et le Blanc. Quand ça mitraille dur, ce genre d'accident peut arriver.

Quant à Midge, il était conscient depuis longtemps que c'était une sacrée perturbatrice. Il sut vite qu'elle avait téléphoné aux flics. Il fallait donc une sanction, sévère mais juste. Cette fois, c'est Big Anthony Sutherland qui a mal rempli sa mission. Lorsque Carella et Kling entrent en contact avec lui, Nesbitt nie connaître Midge. Il garde son image de propreté et de sérieux. Néanmoins, la police de Turman retrouve dans un étang une camionnette immergée, qui appartient au gang des Yankees Rebels. Insuffisant pour qu'on arrête qui ce se soit, mais les policiers se savent sur la bonne piste…

Ed McBain : Branle-bas au 87 (Série Noire, 1974)

Dans sa série consacrée au 87e district d'Isola, Ed McBain nous montre autant le quotidien de ses policiers que la sociologie d'une grande ville américaine. Par exemple, on apprend quelques détails sur le jeune Bertie Kling, depuis plus de treize ans dans l'équipe. Meyer Meyer est, lui, confronté à un journaliste insistant. Mais le thème principal n'est autre que le développement des gangs depuis la fin des années 1960 et au début de la décennie 1970. Ici, il ne s'agit pas de mafia, mais de bande s'appropriant un territoire. Introduisant ses codes, y compris sur les murs : “Carella n'arrivait pas à comprendre ce qui motivait les auteurs des graffitis. C'était là peut-être une nouvelle forme du pop art, où la signature du peintre devenait le tableau lui-même, le moyen devenant le message.”

Dans certains passages, la traductrice se permet des libertés : “Qui es-tu ? ─ Caporal Bleu. ─ Ravi de te connaître, dit Carella. Où est Gitane Filtre ?” Par contre, la construction narrative d'Ed McBain est remarquable. En parallèle de l'enquête policière, nous avons les "aveux" de Randy Nesbitt. Progressivement, il révèle les détails des meurtres et, surtout, l'état d'esprit qui l'anime. Par exemple, il exige que la vulgarité et les jurons n'aient pas cours dans son gang. Et se prend pour un vrai petit chef d’État, autoritaire mais pas cruel. Sauf qu'il décrète la mort d'adversaires, selon un douteux "plan de paix". On éprouve le sentiment que ça témoigne d'une époque, et des méthodes de ces petits gangs. Ici, Ed McBain ne mise pas sur le suspense, mais sur l'ambiance. Et c'est vraiment convaincant.

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16 juillet 2015 4 16 /07 /juillet /2015 04:55

Antoine est employé comme couchettiste depuis deux ans à la Compagnie des Wagons-Lits. Rien d'aussi prestigieux que l'Orient-Express, quand il est de service à bord du Galileo qui va de Paris à Venise, et retour. Antoine est chargé d'un wagon-couchette de 2e classe. Il s'agit surtout de préparer les documents pour le passage aux frontières, suisse puis italienne. Et de résoudre quelques petits problèmes avec les usagers, au besoin. Antoine se sait capable de cynisme autant que de se montrer affable, du pire et du meilleur.

En ce soir de janvier, il a trente-neuf passagers. Les soucis commencent par une embrouille avec un Américain, affirmant qu'on lui a volé son portefeuille. Peu après, le signal d'alarme est tiré, arrêtant brusquement le convoi. Le Ricain et l'homme qu'il accompagnait en profitent pour disparaître. Tandis qu'ils sont au niveau de la douane suisse, Antoine s'aperçoit qu'un voyageur clandestin s'est caché dans sa propre cabine.

En réalité, il s'agit du comparse de l'Américain, qui a faussé compagnie à son protecteur. Il se nomme Jean-Charles Latour, ancien comptable, et il est malade. Il était attendu en gare de Lausanne par un médecin, Brandeburg. Latour affirme être fiché aux frontières, sans donner de détails à Antoine. Pour le moment, il vaut mieux qu'il reste planqué dans le caisson servant de bac à linge. Après qu'Antoine ait réglé un problème avec Bettina, une jeune voyageuse, on passe par Domodossola pour arriver en Italie.

Un duo de voleur opère dans le train, quasiment en toute impunité. Mais c'est à un type autrement violent que le couchettiste est confronté : armé, il est prêt à tout pour retrouver Jean-Charles Latour. Il ne tarde pas à situer le compartiment que le fuyard occupe maintenant avec Bettina. Quand le train arrive en gare de Milan, Latour est bien obligé de suivre cet homme. Il parvient finalement à lui échapper, et remonte dans le Galileo.

S'il veut obtenir son aide, Jean-Charles Latour doit raconter son histoire à Antoine. Le cas médical de l'ex-comptable est très singulier. Les autorités françaises n'ayant rien fait pour lui, qui s'endettait fortement à cause de sa maladie virale, Latour accepta l'offre des Suisses, en la personne de Brandeburg. Maintenant, il ne sait plus comment se sortir du pétrin. Lorsqu'ils arrivent à destination, à Venise Santa Lucia, Antoine s'arrange avec son collègue et ami Richard afin que Latour passe inaperçu.

Il fallait s'y attendre : Brandeburg est là, menaçant et exigeant que le couchettiste lui dise où est Latour. Ce dernier n'est pas vraiment en sécurité à leur hôtel, où Richard l'a conduit. Antoine tente vainement de récupérer un peu de repos, avant d'organiser le retour vers Paris pour Latour. Le trajet ne leur paraîtra sans doute pas tellement plus facile qu'à l'aller. Car le danger reste présent, Brandeburg et ses sbires n'ayant pas renoncé. Heureusement qu'une certaine Isabelle va entrer dans le jeu…

Tonino Benacquista : La maldonne des sleepings (Série Noire, 1989)

Le premier roman de Tonino Benacquista, “Épinglé comme une pin-up dans un placard de G.I., fut publié en 1985 dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir. La maldonne des sleepings est son deuxième roman, qui inaugura son entrée dans la Série Noire en 1989. Le titre parodie celui d'un grand succès littéraire de Maurice Dekobra, paru en 1925, La madone des sleepings (réédité en 2006 aux éditions Zulma). Il semble que Benacquista se soit inspiré d'un de ses petits boulots (il fut employé aux Wagons-Lits) pour écrire cette histoire. Il existe une version de ce roman illustrée par Jacques Ferrandez, publiée en 1991 chez Futuropolis/Série Noire.

Ce livre fut adapté en téléfilm sous le titre Couchette Express” par Luc Béraud, en 1994, avec Jacques Gamblin (Antoine) et Bernard Haller (le clandestin). En 2004, Gallimard publia un recueil réunissant les romans noirs de l'auteur (La maldonne des sleepings, Trois Carrés rouges sur fond noir, La commedia des ratés, Les Morsures de l'aube). Comme on le sait, s'il reste écrivain Tonino Benacquista a beaucoup collaboré pour le cinéma (mais aussi pour la bédé) par la suite.

Même si le scénario est chaotique à souhaits, on ne peut pas considérer “La maldonne des sleepingstelle une comédie policière. D'une part, l'ambiance est essentiellement nocturne et souvent inquiétante. D'autre part, le cas énigmatique de Jean-Charles Latour prête peu à sourire. De multiples péripéties vont se produire durant ce parcours Paris-Venise-Paris, que le jeune Antoine aura quelque difficulté à gérer. Il risque même d'être bousculé par ceux qui veulent mettre la main sur le fugitif. L'univers du train a toujours été un excellent thème de polars. Un passionnant suspense noir, à lire ou à relire.

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15 juillet 2015 3 15 /07 /juillet /2015 04:55

Dans la région messine, l'ancien commissaire Philippe Bayard est désormais retraité, après avoir combattu le Réseau Oméga, organisation qui libère les monstres du passé. La cellule qu'il a contribué à créer existe, avec son ami le médecin Éric de Becker et le prêtre Albin Vannier. Bayard n'a pas été intégré dans ce groupe, qui dispose de peu de moyens pour lutter contre Oméga. Derrière les barreaux à la prison de Metz-Queuleu, un des membres du réseau vient d'être éliminé. De Becker confirme qu'on l'a empoisonné. S'intéressant aux lectures du défunt détenu, Bayard réalise qu'il s'intéressait à plusieurs faits divers. Tous concernent la rivière la Nied, au nord de la Lorraine.

Le journaliste Lionel, émule de Bogart en détective, donne à Bayard quelques précisions. Récemment un pompier sauveteur en intervention a trouvé la mort dans la Nied. Il avait le visage tuméfié, comme s'il avait été happé par un monstre de la rivière. Le Réseau Oméga est forcément derrière cette probable "renaissance" de l'Ondine de la Nied. Bayard appelle à la rescousse l'universitaire Judith Page, spécialiste du paganisme et des légendes ayant trait à la sorcellerie. Depuis qu'elle a collaboré à la précédente affaire, la jeune femme est encore perturbée. Tout cela révéla qu'elle subissait un dédoublement de la personnalité, l'autre moitié d'elle-même étant une sorcière authentique.

Judith cherche à infiltrer une loge d'adeptes féminines du wicca, une pratique ésotérique entre chamanisme et magie, teintée de sorcellerie. Catherine Doll, magnétiseuse qui fait figure de chef de cette loge, ne tient pas à recruter une nouvelle venue. Judith espionne une de leurs réunions, qui apparaît bien banale, avant de faire la connaissance d'Érika. Elles sympathisent bientôt. Circulant sur son quad, cette adepte dynamique est favorable à ce que Judith fasse partie de leur cercle. Lors d'une cérémonie en forêt officialisant son entrée dans le groupe, la sorcière qui est en Judith se manifeste quelque peu. Ce qui n'est pas sans inquiéter Catherine Doll, car elle avait compris le potentiel de Judith.

Du côté de Pontpierre, le braconnier Nunusse vient d'être retrouvé dans la Nied. Pas une simple noyade : Bayard et De Becker comprennent qu'il a été ensorcelé par l'Ondine. Le duo se livre à une autopsie clandestine, qui leur vaudra quelques ennuis. Néanmoins, De Becker a découvert un indice. Plus tard, un certain Emmanuel Richter (dit Manu) assiste à une scène nocturne étrange : près d'un hôtel, une sorte de limace géante semble avoir hypnotisé plusieurs personnes allant se noyer dans la Nied. Le bilan est de huit victimes. Bayard obtient finalement des infos sur Catherine Doll. Ce n'est pas le vrai nom de cette ancienne féministe ultra, peut-être aujourd'hui liée au Réseau Oméga. L'ex-commissaire et ses amis vont tenter de piéger l'Ondine grâce à une nasse en travers de la Nied…

Camille Autain : Les disparus de la Nied (Éditions du Quotidien, 2015)

Introduire une bonne dose de surnaturel dans un polar est assez périlleux, car il importe de livrer un récit crédible. S'attaquer à des créatures fantasmagoriques issues de légendes locales ? “La sirène attire les marins et précipite leurs bateaux contre les rochers, tandis que l'ondine emportera ses victimes dans les tréfonds de sa rivière. C'est toujours la même chose : l'apparence est séductrice, mais la fin est fatale.” Après l'excitante enquête sur le retour d'un monstre dans “La résurrection du Graoully”, l'aventure continue avec “Les disparus de la Nied”. Un second opus indépendant, où l'on retrouve les personnages principaux du premier, toujours intrépides, évoluant de manière officieuse.

Le commissaire retraité et son ami docteur sont prêts à envisager les hypothèses les plus improbables, à braver l'ondine maléfique. Mais c'est surtout le cas de Judith Page qui offre un regain d'intérêt au sujet : à demi sorcière, elle doit “apprivoiser son double”. Du moins, habitée par cet être surnaturel incontrôlable, tentera-t-elle d'y parvenir. Par ailleurs, il est question du mouvement wicca. Ici, il s'agit d'une version plutôt soft, avec des femmes qui “veulent se libérer, mais elles ne savent pas de quoi. La wicca leur apparaît comme un club de macramé, avec une dimension magique en plus qui les fait un peu frissonner.” On sait que le paganisme wicca peut conduire à plus radical, plus sectaire… Sur la base de vieilles légendes, Camille Autain nous a concocté un polar fantastique de fort belle qualité.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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14 juillet 2015 2 14 /07 /juillet /2015 04:55

Instituteur à Lille, Bruno Delage rassemble dans une salle de l'ancienne Halle aux sucres des jouets destinés au "Noël des petits déshérités". Bruno est un grand échalas aux airs d'ermite sous-alimenté, allure qui ne paraît pas déplaire aux femmes. Du moins à Agathe, couturière bénévole de l'association. Vers la Toussaint, Bruno s'occupe des cadeaux offerts pour l'opération caritative, quand une gamine d'à peine six ans vient le voir. Emmeline (Line) Paganel sollicite comme cadeau du Père Noël une panoplie d'arbitre de rugby. Voilà une curieuse demande, mais Agathe pense pouvoir arranger ça. Elle va aussi refaire une tenue de Père Noël plus seyante pour Bruno. Le rapport de séduction entre l'instituteur et Agathe déplaît fortement à Jean-Paul, le petit-ami de la jeune femme. Brave garçon, mais d'une sombre jalousie qu'Agathe s'efforce de calmer avec le sourire et ses charmes.

Bruno n'a pas tardé à retrouver la petite Line et sa mère, Jessie Crespin. Il éprouve un coup de foudre pour cette jolie femme venue d'Avignon, installée depuis peu à Lille. Elle se confie bientôt à Bruno. Sans doute le parcours de Jessie fut-il plutôt chaotique. Sa seule attache restant à Avignon, c'est son amie Claudia, joueuse de rugby musclée autant que sensuelle, demi de mêlée au club de Montpellier. Elles avaient prévu de tenir une boutique de vêtements ensemble mais un homme s'interposa dans la vie de Jessie. Non pas le père de Line. Il s'agissait d'un architecte trentenaire avignonnais, Jérémie Fournier-Latour, qui fréquentait la bonne société locale. Derrière l'image flamboyante du prince charmant, il s'avéra vite manipulateur, humiliant Jessie. Entre attirance et répulsion, elle préféra le fuir. Aujourd'hui encore, Claudia le considère comme un pervers narcissique.

Bruno s'est rapproché de Line, à laquelle il apprend à écrire, et de sa mère. Avec Agathe et Jean-Paul, excellent cuisinier ayant tendance à forcer sur la boisson, ils pourraient former deux sympathiques couples d'amis. Agathe n'est pas non plus insensible à la douce sensualité de Jessie. Quand l'équipe de Montpellier vient affronter le Lille Métropole rugby club, ce peut être l'occasion de retrouvailles entre Jessie et Claudia…

Michel Quint : Si près du malheur à Lille (Petits polars du monde, 2015)

Qui d'autre que Michel Quint pouvait nous présenter une intrigue située à Lille, dans cette série des Petits polars du Monde 2015 ? Michel Quint, l'auteur à succès de “Effroyables jardins” ? Pensons plutôt au lauréat du Grand Prix de Littérature Policière 1990 pour son “Billard à l'étage” (Rivages/Noir). Récompensé encore en 2014 par le Prix Plume de Cristal du roman policier à Liège pour “Veuve noire” (L'Archipel).

Michel Quint a su renouveler son inspiration, s'intéressant aux traces que l'Histoire laisse sur les êtres humains. N'oubliant pas qu'il débuta dans la collection Spécial-Police du Fleuve Noir, sous l'égide de Patrick Mosconi, il reste très attaché aux intrigues du roman noir. On le perçoit y compris dans ses romans littéraires, ou dans ses titres destinés à la jeunesse. Homme cultivé, Michel Quint est un grand écrivain populaire. Respect !

Ce texte est illustré par l'auteur de bédé Pozla. Puis, comme toujours dans cette saison 4 des Petits polars, nous pouvons suivre le journaliste Jean-Michel Boissier qui nous entraîne dans une “Échappée à Lille”. Outre les aspects historiques et touristiques, ou une visite à la maison natale de Charles de Gaulle, soulignons ce passage : “Du rugby féminin à Lille ? Certains lecteurs de la nouvelle de Michel Quint ont dû se pincer les mollets… ça fait un peu pruneaux d'Agen dans la tarte au maroilles.” Ce club existe bel et bien, pas moins méritant qu'un autre au niveau du palmarès. La ville du P'tit Quinquin (ou du Gros Quinquin, si l'on se souvient de Pierre Mauroy) a des côtés surprenants. Voilà qui complète fort bien la nouvelle imaginée par Michel Quint.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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13 juillet 2015 1 13 /07 /juillet /2015 04:55

Printemps 2011. Médecin, Mars Catalano habite Bandy, village du sud de l'Aisne. Elle s'est installée avec son mari Tony voilà cinq ans à la Maison des Dames. C'était la propriété agricole de ses parents adoptifs, aujourd'hui retraités. Rénovée, la demeure dispose de plusieurs corps d'habitation. Ça permet à Mars d'y héberger des proches. Telle son amie la dépressive Rita, employée d'un ministère. Ou le neveu de celle-ci, Adam Soledad, jeune journaliste de vingt-cinq ans. Tous les deux vivent ordinairement à Paris, soit un peu plus d'une heure de trajet. Adam a une amie de cœur, Cécile Obindi, future journaliste, native de Cotonou (Bénin). À la Maison des Dames, habite aussi Benn, médecin tchadien réfugié en France, participant à un réseau d'aide à des compatriotes. Même si Tony, voyageur, est souvent absent, le quotidien de Mars Catalano est bien rempli.

Un amnésique admis en psychiatrie dans un hôpital parisien cherche à entrer en contact avec Mars. Il semble que cet octogénaire nommé Marcus Braun soit son père biologique. Il lui ressemble, et connaît son vrai prénom, Marcelle. Se prétendant en danger, il apparaît paranoïaque. Les parents adoptifs de Mars n'ont, pour leur part, aucune information sur ses origines. Adam s'intéresse au cas de Marcus. Il ne tarde pas à découvrir l'adresse où logeait ce vieux magicien, rue Gambon. Avec sa compagne Ninel, qui a disparu quelques temps plus tôt, il faisait partie d'une communauté de personnes âgées qui se font appeler “les Indignés gris”. Toutes et tous ont, autrefois, appartenu au monde du spectacle. Plus tard, quand elle leur rend visite, Mars en apprend davantage sur le parcours de Marcus. Et surtout sur Catherine, cette mère qu'elle n'a pas connue.

Marcus a été abattu à l'hôpital. Ce n'est pas le seul cas de morts suspectes d'octogénaire, ces derniers temps. Il y eut aussi un certain Marc Alfort, vivant en Île-de-France. Ainsi que Marek, vieil éleveur de chiens à Bandy, dans l'Aisne. Trois hommes qu'Adam a interviewé pour un reportage destiné à une radio. Viendra ensuite le tour de Dora Wolf, une ancienne skipper âgée de quatre-vingt-cinq ans, vivant à Douarnenez, qui a coulé avec son voilier.

Si ça attire l'attention de Mars et de ses proches, la policière Aude Coutty et son amie la commissaire Beaudou vont bientôt vivement soupçonner Adam. Car il venait d'avoir un entretien en Bretagne avec Dora Wolf, à la vieille de sa mort. De son côté, Rita ne se porte pas mieux. D'autant moins que Sokhal, venu d'Irak, l'a recontactée. Cet homme fait partie d'une organisation agissant dans l'ombre, dirigée par une dame prénommée Fréha et son complice espagnol Teodoro. Les policières ou Mars et sa tribu, qui découvrira les dessous de cette série de morts suspectes chez des gens de plus de quatre-vint ans ?…

Danièle Ohayon : Les vieilles peaux (Lemieux Éditeur, 2015)

“Vieilles peaux”, la formule du titre semble inélégante. Elle indique le thème traité, le cas des gens vieillissants dans la société française actuelle. Après avoir été “d'âge mûr” en tant que quadras et quinquas, nous serons des “seniors” en devenant sexagénaires. Donc, nous resterons actifs, dynamiques, “encore jeunes”, même à l'heure de la retraite. Il ne s'agit pas seulement d'une question de langage, ou d'un refus de vieillir. L'objectif est tout autant commercial, au sens large. La population visée est de plus en plus nombreuse. Une part d'entre elle dispose d'un bon pouvoir d'achat. C'est ainsi qu'on incite ces “pas si âgés” à la dépense, à s'offrir une prétendue nouvelle jeunesse. On se laisse aisément duper, car il est tellement facile de feindre d'ignorer les ennuis de santé galopants qui nous attendent.

Si la Maison des Dames se veut un lieu d'accueil apaisant, au centre de cette histoire, on trouve d'abord et surtout une médecin humaniste, Mars Catalano. Entourée de plusieurs personnes, elle va en croiser un certain nombre d'autres, assez insolites. On sent que c'est là un choix de l'auteure, optant pour la diversité des portraits, et une autonomie dans le vécu de ces personnages. Chacun étant suffisamment singulier, le lecteur ne s'y perd pas. Danièle Ohayon a été journaliste radio pendant un quart de siècle. Pour ce premier roman, elle a choisi la littérature policière. Sans doute par goût de ce genre populaire, mais aussi parce qu'il permet de développer à la fois des idées et des intrigues, des ambiances et des péripéties. Plutôt qu'un strict roman d'enquête, c'est un climat empreint de questions qui nous est proposé. Ce qui aboutit à un fort agréable suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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12 juillet 2015 7 12 /07 /juillet /2015 04:55

Tant qu'il fut en poste à Paris, ce juge a longtemps été chargé de dossiers sensibles. Ce qui lui donna des habitudes de gros fumeur. Il dirigea même l'instruction ouverte après le meurtre du préfet de Corse, ce qui ne fut pas sans menace, ni sans conséquence pour sa carrière. Désormais, le magistrat exerce son métier en Alsace. Colmar est une charmante ville, pittoresque et ancrée dans ses traditions. Mais il s'y ennuie passablement, ce qui ne diminue guère sa consommation de tabac, et augmente nettement celle d'alcool. À cette époque des marchés de fin d'année, l'ambiance festive est prétexte à picoler un peu plus encore. Au volant de sa Mercedes 500E datant de 1992, il doit rejoindre sa sœur pour le repas de Noël. Il fait nuit quand il pris en filature, puis braqué par deux jeunes roulant dans une Honda Prelude d'aspect plutôt remarquable.

Le duo le dévalise, quelques billets et surtout son Manurhin, un six coup calibre 38 spécial. Plus qu'une arme fétiche, c'est sa garantie de survie au cas où un malfaiteur surgissant du passé venait lui demander des comptes. Le juge n'a d'autre choix que de la leur céder. Les spécificités de leur voiture devraient l'aider à retrouver les deux braqueurs, plus tard. Le plus gros, celui qui le menaça avec son fusil, s'appelle Rollo. Âgé d'à peine seize ans, le plus fluet se nomme Johann Boucherot. Il habite chez ses grands-parents, sèche l'école la plupart du temps, tourne sans but dans la région sur son scooter, fume des pétards avec son copain Rollo. Tirer du fric et foutre le camp, un jour, tel est son unique objectif. Voilà comment, en duo, il en est arrivé aux braquages d'automobilistes. Le magistrat connaît bien les pratiques des jeunes. Il ne tarde pas à repérer Johann.

Le juge estime n'avoir aucune raison de causer des ennuis à l'adolescent. Au contraire, il se porte garant quelques mois plus tard, en juillet. En retapant la bibliothèque du juge, Johann s'aperçoit que les livres n'ont rien de rébarbatif. La plupart de ceux qu'ils va se procurer ont trait à la criminalité, quand même. De son côté, venir en aide à ce jeune a permis au magistrat de se sentir mieux. Au risque d'en oublier certains dangers…

Nicolas Mathieu : Paris-Colmar (Petits polars du Monde, 2015)

C'est ce qu'on appelle "faire mouche" dès son premier roman : avec “Aux animaux la guerre” publié chez Actes-Sud, Nicolas Mathieu a été récompensé par le Prix littéraire de la Roquette (Arles) 2014, le Prix Erckmann-Chatrian 2014 (le Goncourt lorrain), le Prix Mystère de la critique 2015, le Prix du Goéland Masqué (Penmarc'h) 2015. Décrire la population touchée par la crise dans les Vosges, se rapprocher d'un quotidien véridique : un roman noir social, comme on n'en écrit hélas plus guère, situé dans la France actuelle, ça ne pouvait laisser insensibles ni les lecteurs, ni les jurys. Il est légitime que Nicolas Mathieu figure parmi les jeunes talents choisis pour cette version 2015 des Petits polars du Monde. Illustré par Florent Chavouet, son texte nous entraîne en Alsace, grâce à une très bonne intrigue et un récit fluide.

À la suite de cette novella, on peut lire (c'est une nouveauté de cette saison 4) “Échappée à Colmar”, une découverte de la ville par le journaliste Jean-Michel Boissier. Si l'endroit a des allures de carte postale, son histoire est riche. L'identité alsacienne n'y est pas un vain mot. Sans doute nous dira-t-on qu'on n'y entend plus tellement l'accent local : “ch'adôôre Côôlmâr”, aux tonalités germaniques. La région possède de beaux atouts, y compris son vin et sa gastronomie. Ce qui est confirmé, dans la nouvelle de Nicolas Mathieu comme dans “Échappée à Colmar”, c'est qu'ils ne sont ni Lorrains, ni Champenois. Ce Petit polar donne une belle occasion de faire étape dans l'Est de la France.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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10 juillet 2015 5 10 /07 /juillet /2015 04:55

Yoann Clivel est un policier de la PJ âgé de quarante-trois ans. De caractère sanguin, peut-être dû à ses origines basques, il s'accorde plutôt bien avec ses collègues Christian, Jane et Marc. Il trouve une ambiance modératrice auprès de sa compagne Alisha et du fils de celle-ci, Nathan, sept ans. Néanmoins, Yoann reste animé d'une sourde colère, à cause du meurtre jamais résolu de son père, quand il avait dix ans. D'autant qu'il considère que son ex-ami Valentin, son meilleur copain d'enfance, l'a trahi dans cette affaire. Selon Nathan, gamin doué de capacités particulières, le meurtre aurait été causée par “une dame pas loin de lui”. Yoann en vient à fortement suspecter sa propre mère qui, en effet, n'a jamais montré ses sentiments suite à la mort de son mari. Lorsque Yoann se fait accusateur, elle ne nie rien, n'avoue pas non plus. Ce que son fils interprète à sa manière.

Lors d'une intervention de police improvisée visant un coupable probable, il se produit un accident grave lors d'une course-poursuite. Yoann n'est que légèrement blessé, mais Jane est sévèrement touchée. État critique, coma, la jeune femme décède peu après, ce qui va choquer la brigade. Yoann a besoin de consulter une psy, le docteur Rostropovitch. Pour elle, ce nouveau traumatisme s'ajoute aux délires de persécution du policier. Yoann fait la connaissance du couple Josselain, dont le fils de dix-sept ans, Sam, est autiste. Si le corps médical le considère comme fou, ce n'est pas l'avis de ses parents. Par contre, Sam utilise un cahier dans lequel il transcrit des messages énigmatiques. Ces phrases émaneraient de l'esprit d'une personne défunte, assassinée. Cherchant à comprendre, le couple Josselain demande à Yoann de tenter une enquête parallèle, de situer cette victime-fantôme.

Son contentieux avec son ancien ami Valentin n'est pas sans conséquences : Yoann monte en grade, mais devra changer de service. En attendant, sa convalescence l'autorise à se consacrer à l'analyse du cahier de Sam. Il déniche une piste dans l'Aveyron, du côté de Rodez, avec la possible mort suspecte d'un médecin des environs. Un de ses collègues ne trouve rien qui confirme l'hypothèse. Si les textes de Sam s'interrompent brusquement, ce qui coupe le lien avec le contact fantôme, c'est parce qu'on lui impose un traitement plus invalidant. Yoann a eu tort de ne pas accorder d'importance à la mort d'une vieille dame à Paris, il s'en aperçoit. Car le mari et, surtout, les filles jumelles de cette personne furent quelque peu soupçonnés. Or, dans les messages transmis via Sam, il est bien question de jumelles. Pour le policier, un petit voyage à Rodez s'impose. Par ailleurs, le meurtre de son père devra, lui aussi, trouver son explication…

Natacha Calestrémé : Le voile des apparences (Albin Michel, 2015)

Après “Le testament des abeilles” (2011), on retrouve l'enquêteur Yoann Clivel dans une nouvelle affaire, sensiblement différente de la précédente. Tempérament exacerbé frôlant le déséquilibre, obsessions issues du passé, c'est un policier finalement assez fragile. Ce qu'indique un des rapports de la psy qui le suit : “Il entend des voix, a des hallucinations. Plus inquiétant, son identification à un enfant de sept ans qui a lui aussi perdu son père et a pour passion les insectes. Cet enfant lui confirmerait ses délires [de la persécution]. Sérieuse suspicion de schizophrénie.” Tout en résolvant deux crimes, le voici plongé dans la psychiatrie, découvrant certains aspects de l'autisme. Ceux qui sont touchés peuvent-ils développer des capacités médiumniques ? “[Sam] n'est pas outillé pour la vie en société. Donc, l'un des critères – la socialisation – qui permet de déterminer s'il souffre de troubles psychiatriques ou s'il est médium, est absent.”

Au suspense, s'ajoute donc une dose de paranormal, d'extrasensoriel. Si ça sert l'intrigue, restons très prudents sur ces notions-là. Il n'y a aucun altruisme chez les personnes qui se disent médiums. C'est une activité qui déraperait vite vers l'escroquerie, financière ou morale, que l'on ne doit pas cautionner. Par ailleurs, l'auteur souligne à travers le couple Josselain l'attitude des praticiens en psychiatrie. Leur froideur professionnelle les conduit parfois à manquer d'égard pour les proches des malades, voire à les mépriser, à ne tenir pas compte de leur opinion. Médiums ou psys, limitons notre confiance envers eux, même si leur rôle n'est pas négatif… Toujours fort bien documentée, Natacha Calestrémé maîtrise incontestablement son histoire. Plutôt que d'en chercher les clés, de vouloir élucider trop vite les mystères, il est préférable de la suivre dans son récit.

Natacha Calestrémé en 2012 présentait "Le testament des abeilles".

Natacha Calestrémé en 2012 présentait "Le testament des abeilles".

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 04:55

Carl Belmeyer, c'est le journaliste-star qui présente depuis trois décennies le JT de 20h sur la principale télé française. Âgé de soixante-et-un ans, il est apprécié du public pour son professionnalisme, sa sincérité, sa solidarité corporatiste, sa compassion pour les victimes. Sa crédibilité, il l'a acquise grâce à son mentor Pierre-Yves Maillet, soixante-douze ans, toujours directeur de l'info de leur chaîne. Privilégier le spectaculaire et parler vrai, telles sont les clés de la popularité de Carl Belmeyer. Avec ce pro, la fabrication d'un JT, c'est du grand art. Ou plutôt une vaste manipulation, le mensonge à tous niveaux, le show de l'info dirigée pour influencer les cerveaux disponibles. Inventer des polémiques, choisir les plus racoleurs des sujets, voilà comment faire de l'audience. En réalité, Carl Belmeyer est un orgueilleux dépourvu du moindre sentiment. Il vit dans le luxe, fréquente les puissants.

Un accident mortel s'est produit en direct dans une émission putassière de télé-réalité. Ce qui entraîne une situation de crise au sein de la chaîne. Rien d'insurmontable, mais déjà un public hostile se mobilise, manifestant contre eux. Un show fédérateur autour d'une vieille gloire du spectacle ne suffira pas à calmer l'opinion. Pour riposter avec efficacité, Carl Belmeyer est l'atout n°1 de sa chaîne. Pierre-Yves l'envoie faire un reportage spécial au Liberia, pays en plein chaos ravagé par la guerre civile. Si Belmeyer hésite, son image quelque peu écornée par ailleurs l'amène à accepter. L'argument du “retour au journalisme de terrain”, ça fonctionne, ça fait sérieux. D'autant que, dès l'aéroport, le départ de Carl Belmeyer est très médiatisé. C'est ainsi qu'avec une équipe technique de choc, il débarque peu après de l'avion à Monrovia. Où il retrouve sa consœur et ex-amante Sarah Rouvier.

Dans ce pays où toute règle a disparu, le journaliste masque mal son stress, sa trouille. Il n'a pas tort d'avoir peur car, rapidement, un grave incident oppose leur petit groupe à des militaires excités. Carl Belmeyer enlevé et séquestré, voilà qui est excellent pour la chaîne et ses audiences. Pierre-Yves supervise la campagne de communication visant à sauver cet otage du terrorisme qui ne faisait que son métier. Conditionné, le public va adhérer en masse. On distribue des badges et des tee-shirts, on a écrit une chanson interprétée par des étoiles filantes de la variété actuelle, on prépare un livre sur l'évènement signé par le kidnappé. Une vidéo où, sous la menace, Carl Belmeyer transmet les exigences de ses ravisseurs passe de l'AFP jusqu'au sommet de l’État. Tout cela n'est que mystification. Il est vrai que la journaliste n'est pas libre, mais il se trouve bien loin du désordre africain.

Le mercenaire serbe Emir Zarkan ? Même quelqu'un de bien informé comme Belmeyer ignore à peu près tout de lui, de ses actions meurtrières à travers le monde, au service du plus offrant. Il a failli être intercepté à New York, ce que le JT traita tel un simple fait divers. On ne le surnomme pas au hasard “le Chat” : Zarkan semble avoir droit à plusieurs vies. Seuls les services secrets de plusieurs nations mesurent la dangerosité réelle de ce tueur. Il paraît prêt à se laisser approcher aujourd'hui, non sans difficultés. Vrai-faux prisonnier, Carl Belmeyer peut-il jouer un rôle dans cette affaire ? Certains le pensent…

Michaël Mention : Le carnaval des hyènes (coll.Ombres Noires, 2015) – Coup de cœur –

Informer, éduquer, distraire, ce sont les missions de la télévision depuis le développement de ce média dans les années 1950. Il vaut mieux en parler au passé, car ces principes ont depuis longtemps disparu du petit écran. Côté information, la télé d’État gaulliste relayait déjà une image truquée du pays. Par la suite, tous les gouvernants et autres politiciens d'opposition se sont servis à outrance de la télé. Rares étant ceux qui leur aient apporté la contradiction, ils auraient eu tort de se gêner. Depuis les années 2000, via les émissions de témoignages ou les micro-trottoirs, l'info prétend donner la parole à la population. Un simulacre cynique de démocratie, autant que ces "marches blanches" existant seulement parce que la télé vient les filmer. Le public critique la télé-réalité, les talk-shows ineptes, les débats orientés, et les jeux débiles, mais ils les regardent… et y participent.

Déontologie journalistique ? Voilà la formule la plus hilarante du 21e siècle. À la télévision, le moindre journaleux se prend pour un roi de l'info. S'il se déplace à deux cent mètres de ses studios, le voilà intronisé reporter. S'il intervient ponctuellement au JT, sur les chaînes info, c'est la consécration. “Le succès des uns, c'est avant tout la crédulité des autres” est-il dit dans ce roman. Ce n'est pas favoriser la fameuse "théorie du complot" de rappeler que la communication et la manipulation sont omniprésentes. Choix d'invité(e)s toujours plus catégoriques dans leur propagande idéologique, de pseudo-experts plus affirmatifs que de véritables spécialistes attestés, de montrer un pape agréable succédant à un pape antipathique, de tous ces thèmes traités "qui intéressent les Français" alors qu'ils nous les imposent : gobez cette mixture antalgique sans réfléchir, c'est pour votre bien.

Ce n'est pas une thèse sur l'info télévisée que nous propose Michaël Mention, c'est un vrai roman noir d'aventure, riche en péripéties. Et en personnages, tous plus pourris les uns que les autres, il faut bien l'avouer. On en finirait presque par avoir de la sympathie pour le héros, présentateur du JT. Ça ne va pas jusqu'à là, car cette histoire mouvementée est l'illustration de la désinformation telle qu'elle se pratique de nos jours. Surtout ne jamais évoquer ce qui se passe dans l'ombre, les enjeux politiques ou financiers, internationaux ou locaux. Le journaliste va passer cette fois de l'autre côté de ce miroir-là, celui dont il exploite la version orientée dans son JT. "Liberté d'opinion, liberté de la presse", oui. Ce qui ne signifie pas être dupe des charlatans de l'information. Entre action et réflexion sur un aspect de notre société, encore un excellent roman de Michael Mention.

Michaël Mention, novembre 2014.

Michaël Mention, novembre 2014.

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