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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 06:13

L’universitaire Régis Messac (1893-1945) est toujours à l’honneur, grâce à la revue trimestrielle “Quinzinzinzili” — dont le titre est à l’origine celui d’un de ses romans. Il publia d’autres livres, dont "Le miroir flexible", "La cité des asphyxiés", "A bas le latin !", "Valcrétin". Sans oublier sa thèse “Le «detective Novel» et l'influence de la pensée scientifique”, rééditée chez Les Belles Lettres, Prix Maurice Renault 2012 de l’association 813. L’objectif de cette publication n’est pas seulement de rappeler le parcours et les mérites de Régis Messac. Durant l’Entre-deux-guerres, les milieux intellectuels dont il fait partie sont très actifs, s’interrogeant souvent sur le futur. En tant que contributeur de la revue "Les Primaires", le pacifiste Régis Messac se fait l’écho des livres alors publiés, qu’il s’agisse d’intrigues policières ou qu’ils traitent de sujets sociaux et idéologiques.

Ce n°32 de “Quinzinzinzili” présente un hommage à André Castagné, décédé en 2015, qui fut un ancien élève de Régis Messac, début des années 1930. Cet éminent juriste de Montpellier cultivait d’autres passions plus artistiques, dont la poésie. Son érudition s’exerçait autant dans le domaine du Droit que sur les sujets culturels, ce dont témoigne Olivier Messac qui évoque leurs contacts. Autre hommage, par Anne Gabriel, au regretté Michel Jeury. Beaucoup de lecteurs se souviennent de l’auteur de SF qu’il fut. Pourtant, il faut également retenir chez cet “écrivain vagabond” une inspiration régionaliste. Ainsi que le montre un récent ouvrage, on trouve encore chez Michel Jeury une approche autobiographique, complétant le portrait de cet écrivain. Henri Barbusse, auteur de "Le feu", possiblement converti au communisme, est par ailleurs évoqué par Philippe Baudore qui a étudié ce personnage quelque peu controversé.

Le n°32 de la revue “Quinzinzinzili” est disponible

Quelques autres parutions de livres sont évoquées dans ce numéro, en lien avec l’époque de Messac. On notera par exemple la sortie d’un livre, signé Yves Frémion et Daniel Durandet, consacré à l’illustrateur Raylambert (1889-1967). Dans les années 1930, nous dit-on, il révolutionna les manuels scolaire grâce à des images beaucoup moins austères, bien plus vivantes. Il participa à élargir “les bienfaits de la découverte et l’appropriation du savoir” par ses illustrations plus chaleureuses… Une large place est ici faite à un échange de courriers entre Régis Messac (et plus tard sa famille) et son ami René Bonnet. Outre le contexte de leur temps, tous deux développaient le projet d’une bibliothèque, le “Musée du soir”, pour proposer des auteurs sélectionnés au public. Cette correspondance est évidemment le reflet d’une époque.

Autour d’un roman de Fitz-James O’Brien, “The diamond lens”, Étienne d’Issensac présente un tableau comparatif des quatre traductions de cette histoire. Exercice fort intéressant, qui permet d’observer (sur quatorze extraits, avec les phrases d’origine en Anglais) les nuances apportées par chaque traducteur. En préambule, dans l’article “La forme, c’est le fond”, Étienne d’Issensac rapporte avec malice des propos que j’ai écrits – dans une réponse à un commentaire – chez Action-Suspense. J’y explique, de façon assez souriante, pourquoi je ne cite jamais les traducteurs. Pour autant, il n’est pas question de minimiser leur rôle essentiel, qui va au-delà de la simple compétence, c'est certain. Vaste débat, les lecteurs ne pouvant se substituer aux éditeurs dans la mise en valeur de ce métier.

Chaque numéro de la revue “Quinzinzinzili” coûte 7€. On peut s'y abonner en s'adressant à la Société des Amis de Régis Messac (71 rue de Tolbiac, Paris 13e). À Paris, cette revue est disponible chez plusieurs libraires. Les romans et autres écrits de Régis Messac sont réédités aux éditions Ex-Nihilo, 42bis rue Poliveau, Paris 5e. Le prochain livre de cet auteur, tropical roman d’aventure intitulé “La loi du Kampilan” (un inédit) sera publié aux Éditions Ex-Nihilo dès le 16 janvier 2017. Ce tirage est limité, il n’est peut-être pas trop tard pour pré-commander ce livre.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:08

Kwan Chun-dok fut considéré comme le meilleur policier de Hong Kong. Sa carrière, qui débuta en 1967, dura trente ans. En 1997, il était tout juste quinquagénaire, alors on créa pour lui un poste de conseiller spécial, afin qu’il aide les enquêteurs de son ancien service, la section B du CIB, sur des cas que lui-même choisissait. C’est ainsi que Kwan devient le mentor de l’inspecteur Lok, disciple qui le sollicite jusqu’à la fin. Car hélas, en 2013, le vieux policier est mourant. Dans un coma terminal, il gît sur le lit d’une clinique. S’il ne peut réagir, Kwan entend et comprend les propos tenus autour de lui. C’est pourquoi l’inspecteur Lok a réuni dans cette chambre cinq membres de la famille Yue, entre autres propriétaires de la clinique de la Charité.

Il s’agit de résoudre le meurtre dont a été victime de M.Yuen, le PDG de cette puissante entreprise familiale, gendre de son fondateur M.Yue. On a pu croire que c’est lors d’un cambriolage ayant mal tourné qu’il a été tué. Mais aucune trace n’indiquait qu’un voleur soit venu de l’extérieur. Et tout le monde ne sait pas utiliser l’arme du crime, un fusil de pêche sous-marine. En outre, l’assassin a agi autour d’une cérémonie à la mémoire de la défunte épouse de M.Yuen. L’inspecteur Lok comprend qu’il est bon de se pencher sur la vie de chacun des membres du cercle des Yue. Grâce à un bricolage informatique simple et efficace, Kwan Chun-dok transmet (par oui ou par non) ses impressions à son disciple. Néanmoins, les secrets des Yue sont complexes, rendant l’affaire épineuse…

Dix ans auparavant, l’inspecteur Lok avait succédé à Kwan en tant que chef du CIB. Après une opération de police ratée contre le banditisme hongkongais, il enquêta sur les grands patrons de deux triades majeures, la Société de l’Infinie Justice et la Tige de la Florissante Loyauté. Le fils acteur de Grand-père Ngok, un des caïds, fut agressé. Sans doute pour avoir trop approché Tong Wing, une jeune artiste de dix-sept ans, la protégée de Chor, le second caïd. Puis la police reçut une vidéo, bientôt diffusée sur Internet, où Tong Wing était attaquée par des malfaiteurs. Sur les lieux, Lok comprit que le cadavre de la jeune fille avait sûrement été emporté par les tueurs. Kwan Chun-dok était resté dans l’ombre, mais il suivait de près l’affaire, l’embrouillant même pour que la vérité soit faite…

C’est à l’époque de la rétrocession de Hong Kong à la Chine que Kwan quitta son poste au CIB, en 1997. Son adjoint Tsoy était son successeur légitime, Lok n’étant encore qu’un inspecteur de l’équipe. Tandis que Kwan va devenir "conseiller spécial", reste à traquer les frères Shek, des truands dont l’un d’eux s’est tout juste échappé de prison… En 1989, et dès 1977, Kwan Chun-dok montra sa perspicacité dans des dossiers compliqués. Mais il faut remonter en 1967 pour saisir ses motivations profondes. Vaguement employé et livreur, le jeune homme envisage d’entrer dans la police. Bien que ça ne paraisse pas un métier honorable à beaucoup de gens, et qu’il ne soit pas sans dangers.

À cette époque, surgissent de violents conflits sociaux à Hong Hong. Les policiers sont la cible des grévistes, en tant que symboles de la répression dirigée par les Britanniques. La tension est forte avec la Chine voisine, les partisans de Mao manipulant les ouvriers. Un jour, dans la chambre voisine de la sienne, Kwan Chun-dok entend une conversation entre comploteurs. Préparant un attentat sanglant, ils passeront très bientôt à l’action. Kwan en identifie l’instigateur, le nommé M.Chow. Il va donner un sacré coup de main à Ah Sept, l’agent 4447, un policier fréquentant son quartier. Ce qui lancera sa carrière personnelle…

Chan Ho-kei : Hong Kong noir (Éd.Denoël, 2016) ― Coup de cœur ―

Le meurtre était confirmé, et la nouvelle redoubla l’attention que le public portait à l’affaire – plaçant les enquêteurs sur le gril par la même occasion. Lok et ses hommes devinaient qu’ils allaient bientôt voir l’état-major se pencher sur leur travail. Ils comptaient en particulier sur l’aide du bureau du crime organisé. Mais aucun policier n’aime à se voir dépossédé d’une affaire en cours ; il voit sa propre valeur rabaissée, celle de ses efforts passés niée. Aussi leur moral était-il au plus bas, et le découragement commençait-il à pointer à mesure que les pistes explorées se révélaient aussi improductives les unes que les autres. C’était la première fois que Lok était responsable en personne d’une enquête après dix-sept années dans la police, et la pression commençait à lui peser. Plus il s’angoissait, moins il parvenait à réfléchir sereinement.
Le lendemain de la découverte, il se retrouva à contempler la photo encadrée sur son bureau qui le représentait avec Kwan Chun-dok. Il décida d’aller le voir le soir-même pour accorder un peu de répit à sa propre cervelle torturée…

On peut hésiter à se plonger dans ce pavé de 660 pages. Et la perspective de situer les personnages aux noms asiatiques peut rebuter. Eh bien, on aurait tort. Car il s’agit d’un roman fascinant, le mot n’est pas exagéré. Un "roman", alors que six enquêtes nous sont présentées ? Oui, cette histoire se lit effectivement en continuité, et non comme une suite de nouvelles. Avec le policier émérite Kwan Chun-dok (et son adepte l’inspecteur Lok), on vit à l’heure de Hong Kong. Quelle ville étrange, énigmatique, à la géographie mal définissable, fourmillante de vie, mais aussi de trafics et de crimes, depuis bien longtemps sous l’emprise de triades mafieuses ! Au fil du récit, on va remonter le temps par étapes, en des années marquantes, d’aujourd’hui jusqu’à l’époque d’émeutes qui agitèrent ce qui était alors une colonie britannique.

Dans la postface, il est intéressant de lire l’explication par l’auteur de sa démarche. Entre romans “orthodoxes” (où prime l’enquête) et “sociétaux” (avec le réalisme des situations), il a choisi d’utiliser ces deux facettes, de ne pas en privilégier une d’elles. Il est vrai que nous découvrons des intrigues passionnantes, parfaitement conçues et racontées, autant qu’un contexte spécifique. De nombreux soubresauts jalonnent l’Histoire de Hong Kong, avec leur impact sur les forces de police. Telle une horloge détraquée, le mécanisme qui la fait fonctionner s’est parfois grippé, et ça continue à l’ère chinoise. Mais peut-être y a-t-il des habitants qui, à l’instar de Kwan et Lok, entretiennent les pièces défaillantes – en nettoyant les impuretés qui salissent Hong Kong.

Pour l’anecdote, on notera que les dictons ont leur place dans l’esprit des Chinois de cette ville. Sans oublier la notion de bluff, présente dans une grande partie de ces enquêtes. La police doit s’avérer plus rusée que les criminels, n’est-ce pas ? Ce qui introduit une part de complicité avec le lecteur. Loin d’un exotisme de pacotille, subtil et entraînant, “Hong Kong noir” est un remarquable roman à suspense, qui se lit avec délectation.

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21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 06:08

Recueil de nouvelles.

Mon âme au diable : C’est en 1932 qu’une sorte de magicien fit son apparition dans la ville de Saint-Brieuc, un émule du roi Midas capable de transformer en or tout ce qu’il touchait. Alex Kepler s’affichait conseiller financier. Il avait du panache, séduisait aisément, circulait à grande vitesse dans sa puissante automobile conduite par son chauffeur, inspirait les meilleurs placements aux nantis et parfois à des gens plus modestes. Un tel personnage ne pouvait sûrement pas continuer ce jeu longtemps, sans croiser un assassin.

Siam : Existe-t-il des œuvres maudites ? Tout porte à le croire quand on connaît l’itinéraire chaotique d’un petit tableau de Gauguin datant de 1895, peint à Pont-Aven. Dès le début du 20e siècle, son propriétaire est victime d’une mort singulière. Et chacun de ceux qui le posséderont ensuite dans les Côtes-du-Nord, durant cinq décennies, vont également périr brutalement. Ce fut quelquefois par miracle que l’on retrouva le précieux tableau, qui était autant passé entre les mains de notables que de repris de justice.

Cantique des ardents : Ce vieux médecin n’est pas prêt d’oublier Noël 1948. À l’époque, dans la région d’Erquy, tout le monde connaissait le capitaine Fabre. Sur son cheval, cet officier de gendarmerie en imposait. C’est lui-même qui découvrit le corps crucifié d’un jeune homme, et qui fit appeler le médecin. Il avait besoin de lui pour que fonctionne son plan. Si bien des années plus tard subsistent des zones d’ombre sur l’affaire, le médecin qui en fut témoin peut affirmer que ce diable d’officier appliqua une certaine justice.

La chambre du bouc : En ce temps-là, l’honorable M.Cambon habitait un manoir de la région. Il ne formula pas d’objection quand des gendarmes vinrent inspecter sa propriété autour de la vieille demeure. Une fillette appartenant à une famille de romanichels, alors de passage, pouvait s’y être cachée. On ne trouva nulle trace de la petite disparue. Quant à accuser M.Cambon ? Le père de la gamine et quelques villageois le firent, mais absolument rien ne confirmait cette hypothèse.

L’appel du ventre : Au début du 20e siècle, la belle Hortense tenait une mercerie dans la paisible ville de Lamballe. Si plusieurs hommes de son entourage s’entre-tuèrent, cela pouvait passer pour un fâcheux concours de circonstances. Dont on ne songea guère à la tenir pour responsable. Pourtant, n’y eut-il pas au moins une autre mort violente à porter au crédit d’Hortense ? En quelque sorte, cette jeune femme avide d’une vie luxueuse était une habile joueuse de billard.

La chair et l’horizon : La plantureuse Mme Mansart vécut une mésaventure qui, si elle ne fut que choquante et non pas criminelle, entraîna dans la foulée l’arrestation d’un voyeur. On dénombrait plusieurs victimes dans cette modeste affaire. Parmi ces femmes, toutes pourvues de rondeurs, l’une d’elle refusa d’accabler le fautif. Atteinte à la pudeur, ce qui constitue un fait à sanctionner, mais point de maltraitance. Alors que certains maris sont bien plus rustres dans l’intimité des couples.

Honoris causa : Quand, dans la région du Cap Fréhel, sont commis plusieurs meurtres très violents, le nommé Léopold n’a aucun doute sur l’endroit où trouver le coupable. Selon lui, c’est un de ceux qui sont logés à l’Institut. Il s’agit là d’une propriété où Désiré Langres, un Parisien féru de sciences qui se dit docteur, et son épouse Anna, hébergent quelques malades mentaux. Contactées par Léopold, la gendarmerie et les autorités se montrent très prudente envers Désiré Langres, qui n’est effectivement pas un criminel…

Alain Émery : 7 histoires sur fond noir (Éd.Astoure, 2016)

Je me suis tourné vers Fabre, à cet instant. Vous pourriez l’imaginer plein de haine pour ceux qu’il décrivait de la sorte, et vous auriez tort. C’est juste qu’il se dressait parmi nous comme un rempart contre nos faiblesses et nos turpitudes. Il était là pour la justice, afin qu’elle soit rendue quoi qu’il advienne […] Fabre avait, à cette seconde, le regard dont parlent encore aujourd’hui ceux qui l’ont croisé. Cet inexplicable alliage de mélancolie, de panache et de froideur. Cette jubilation dans les yeux, qui s’éclaircissaient soudain quand son devoir – ou du moins ce qu’il estimait l’être – prenait le pas sur le cours des choses…

Ils ne sont pas si nombreux, les auteurs français dont on peut conseiller les recueils de nouvelles. Beaucoup présentent des textes correctement écrits ou même plaisants à lire, mais bien plus rares sont ceux qui incluent un "supplément d’âme" dans leurs nouvelles. Notion abstraite ? Non, car c’est en s’appuyant sur leur mythologie personnelle que des auteurs tels Marc Villard, Didier Daeninckx, ou Nadine Monfils dans ses contes pervers, pour ne citer qu’eux, concoctent des textes courts enthousiasmants. Or, Alain Émery fait partie des créateurs de nouvelles animés du même état d’esprit.

Sa propre mythologie se base sur des images d’autrefois. Celles d’un monde pas plus idéal qu’aujourd’hui, mais où un observateur pouvait sentir les choses. Parce que le temps s’écoulait au rythme de chacun, sans précipitation. Parce que l’on connaissait son décor quotidien, et la population avec ses figures marquantes ou plus insignifiantes. Sans être plus simples, pour peu qu’on prenne un certain recul, les affaires plus ou moins criminelles devenaient possibles à décrypter. Alain Émery se plaît à décrire ces ambiances-là, à dresser le portrait de ces personnages d’antan, à revisiter par la fiction la vie de nos aïeux. Faut-il traduire que l’auteur est un nostalgique ? Probablement trouve-t-il plus de charme dans ce passé que notre époque préfère trop facilement oublier.

La qualité de ces nouvelles ne se borne pas à la thématique. D’une fluidité toute en souplesse, l’écriture reste l’atout essentiel de ces textes. Avec finesse, ne négligeant pas les détails, choisissant son tempo, c’est cette écriture de perfectionniste qui exprime la tonalité du récit. Alain Émery est un conteur-né, dont chaque nouvelle fait mouche.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs Polar_2016
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 16:08

Les Trophées 813 ont été décernés le week-end du 19-20 novembre 2016 lors du festival Noir sur la ville à Lamballe.

Les lauréats des quatre récompenses :

Trophée 813 romans français :

Christian Roux, "Adieu Lili Marleen", éd. Rivages.

Trophée 813 romans étrangers – Prix Michèle Witta :

Jo Nesbo, "Le Fils", Série Noire Gallimard, (traduit par Hélène Hervieux).

Prix Maurice Renault (documentaire) :

"C'est l'histoire de la Série Noire", Collectif, Gallimard.

Édition publiée sous la direction d'Alban Cerisier et Franck Lhomeau avec la collaboration d'Aurélien Masson, Claude Mesplède, Patrick Raynal et Benoît Tadié. Avant-propos d'Antoine Gallimard.

Trophée 813 Bande-Dessinée :

"Les Nuits de Saturne", dessin Pierre-Henry Gomont, d'après "Carnage constellation" de Marcus Malte.

Trophées 813 : les vainqueurs 2016
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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19 novembre 2016 6 19 /11 /novembre /2016 06:11

À New York, en 1969. Mitch Tobin est marié à Kate. Ils ont un fils de quinze ans, Bill. Tobin a été policier durant dix-huit ans. Ce quadragénaire a été exclu de la police deux ans plus tôt, suite à un pataquès qui causa la mort de son équipier, Jock. Désormais, il s’occupe en bricolant sur son mur ou en creusant dans sa cave. À trois reprises, Tobin a mené des enquêtes parallèles sur des crimes, mais il n’a pas de licence de détective privé. Patron d’une boutique de vêtements à Brooklyn Heights, l’homosexuel Ronald Cornell contacte Tobin chez lui. Son petit-ami et associé Jamie Dearborn, mannequin, a été assassiné. Pour l’inspecteur homophobe Aldo Manzoni, c’est juste un amant occasionnel qui a tué Jamie.

Cornell ne croit pas en cette version. Il compte découvrir l’assassin parmi leurs proches, en établissant l’horoscope des six suspects qu’il a recensés. Mitch Tobin l’aide a obtenir les dates et lieux de naissance des intéressés. Il n’a pas l’intention d’aller plus loin. Lorsque Cornell est hospitalisé après une tentative de suicide, cet acte ne paraît pas logique. C’est Kate qui incite son mari à enquêter sur le meurtre de Jamie et sur l’agression de Cornell, puisque c’en est effectivement une. Tobin joue la prudence, d’abord parce que Manzoni ne va pas aimer ces investigations illégales, ensuite parce que l’ex-policier connaît très mal la communauté homo de New York, ses habitudes et sa psychologie.

Après le gros avocat Stewart Remington, Tobin rencontre certains autres suspects : Cary Lane, mannequin lui aussi, venu de Californie, et Jerry, petit-ami de l’avocat, le plus jeune de leur groupe. Il y a également David Poumon, un Canadien de Toronto. Tobin observe l’appartement des victimes, ainsi que les abords de leur boutique. Plus au calme chez lui, il s’intéresse au rapport astrologique préparé par Cornell. Le signe du Bélier semble avoir son importance dans le destin perturbé du couple Jamie Dearborn-Ronald Cornell et de leurs camarades. Quel sérieux accorder à ces horoscopes, analyses peut-être crédibles mais ne reposant sur aucun fait concret, aucune preuve valable ?

Restent les deux derniers suspects. Bruce Maundy se montre carrément agressif envers Tobin, qui ne tarde pas à répliquer. Quant à Léo Ross, il cumule les handicaps d’être homo et Noir. Aucun des six ou sept suspects (avec Jerry) n’a d’alibi complètement solide. Tobin le constate en conversant avec eux lors d’une soirée entre amis. La situation financière de Cornell apparaît saine. Par contre, la jalousie amoureuse au sein du groupe, aboutissant au crime, est envisageable. Quand un autre d’entre eux est assassiné à son tour, par facilité l’inspecteur Manzoni s’empresse d’inculper Léo Ross. Pour faire réagir le vrai tueur, Tobin imagine d’utiliser les talents vocaux de Cary Lane…

Donald Westlake : Inscrit dans les astres (Rivages/Noir, 2016)

Jamie Dearborn avait été tabassé à mort, tradition consacrée par l’usage, avec un chandelier de bronze. L’objet faisait partie du décor de la chambre du dernier étage où le corps avait été découvert. J’essayai de me représenter chaque suspect en train de brandir ce chandelier. À priori, aucun d’eux ne me semblait capable d’un tel geste […] Il n’existe pas un modèle type d’assassin. Tout un chacun peut tuer sous l’effet d’une pulsion assez forte. Si seulement j’avais rencontré Jamie Dearborn vivant, je saurais mieux quel genre de réaction il était susceptible de provoquer. Et lequel de mes six suspects pouvait le plus facilement y succomber…

Quatrième titre de la série "Mitch Tobin", ce roman de Donald Westlake (1933-2008) fut publié en 1970 sous le pseudonyme de Tucker Coe. Il est paru dans la Série Noire sous le titre “Tantes à gogo” l’année suivante. C’est une traduction entièrement révisée et augmentée que nous propose la collection Rivages/Noir avec “Inscrit dans les astres”. Qu’on ne s’inquiète pas si l’on a pas lu les romans précédents de cette série, car l’auteur fait référence — à travers les images qui tourmentent encore Tobin — à l’épisode qui lui valut d’être viré de la police. Et chaque roman est indépendant des autres : les lecteurs de Westlake savent bien qu’il cherchait à se renouveler pour chaque nouvelle intrigue.

Au centre de cette histoire, c’est un regard sur les homosexuels dans le New York d’alors que nous fait partager l’auteur. Même quand il s’interroge sur le potentiel devenir homo de son fils adolescent, Mitch Tobin le fait avec peu de préjugés. Rencontrant le cercle d’amis de Ronald Cornell, son but est de dénicher le criminel, pas d’émettre une réprobation sur leurs mœurs. Faire abstraction de leurs comportements typés eût été absurde, mais il ne tombe pas dans la caricature grotesque. C’est donc le “portrait d’une minorité” qui est ici dessiné. On peut se dire que s’ils se regroupent, ce qui est une manière de se protéger, la notion plus large de “communauté homo” reste très vague, en ce temps-là tout comme de nos jours. L’énorme différence, c’est que la quasi-totalité de la population actuelle ne les traitent plus tels des pestiférés.

En préambule, Westlake précise : “Ce livre n’est ni une condamnation ni un plaidoyer pour l’astrologie”. Les protagonistes croient dans les horoscopes, ce qui est parfaitement leur droit. Cet aspect est présenté avec le sérieux qu’adoptent les convaincus de ces pratiques. Que l’on en soit fervent ou que l’on y voit une supercherie proche de l’escroquerie, le sujet fait partie de l’intrigue, alimentant d’éventuelles pistes. Homosexualité et astrologie, les thématiques de Donald Westlake sont loin d’être "lisses" ou "bien pensantes", et c’est ce que l’on aime dans la plupart des romans de cet auteur remarquable.

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18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 06:05

La guerre d’Espagne pose un problème politique au gouvernement de Léon Blum. Un soutien visible aux Républicains est impossible, ce qui n’empêche pas la France de livrer des armes à ceux qui combattent le Général Franco et ses troupes. À Paris et dans plusieurs villes du pays, des attentats sont très certainement l’œuvre d’agents des services secrets espagnols traquant leurs adversaires. Aussi compétent soit-il, le ministre de l’Intérieur Marx Dormoy, proche de Blum, ne peut rien pour résoudre ces affaires. Même s’il imagine que les franquistes ont pu bénéficier de l’aide de l’extrême-droite, en particulier ceux de l’Action française.

En août 1937, la guerre civile se poursuit en Espagne, quand un sous-marin espagnol battant pavillon républicain fait escale dans le port de Brest. Le commandant de ce sous-marin est plutôt franquiste, mais il a craint une mutinerie. L’arrivée du C2 – c’est le nom du submersible – dans le Finistère n’échappe pas aux services secrets de Franco. Le 18 septembre, un commando dirigé par le commandant Julian Troncoso, maitre espion du Caudillo, basé à Irun, prend d’assaut le C2. Grâce à l’un des marins qui résiste, l’opération est un échec. Trois puissantes voitures prennent la fuite en direction de la frontière espagnole. Plus tard, la plupart des franquistes seront interpellés. Y compris Troncoso, malgré ses excellentes relations avec la France.

L’enquête de police sur l’affaire du C2 commence, révélant d’étranges liens avec les évènements parisiens, les attentats visant des Espagnols et l'extrême-droite française. Eugène Deloncle et les groupuscules fascistes restent actifs depuis le 6 février 1934, ratant de peu un coup d’État. Ils ont monté un réseau puissamment armé, en lien avec les dictatures européennes du moment : la Cagoule. Il existe des rapports très directs entre les services secrets de Troncoso (désavoué par Franco quand il sera arrêté) et les fascistes français, dont la police découvre les caches d’armes et met en prison les meneurs. Mais le contexte de ces années précédant de peu la 2e Guerre Mondiale ne permettra pas que toute la lumière soit faite…

"L’Affaire du sous-marin rouge" sur France 3 dès le 21 novembre

Écrit et réalisé par Hubert Béasse, "L’Affaire du sous-marin rouge" est une immersion documentaire dans la France de l’entre-deux guerres. Événement méconnu, l’affaire du C2 montre une nation divisée, proche de la rupture. La neutralité du gouvernement du Front populaire dans le conflit espagnol pèse sur ces années, tandis que progresse l’extrême-droite fascisante. Ce documentaire de 52 minutes présente quantité d’images d’archives, toujours impressionnantes, des animations retraçant certaines scènes, ainsi que l’analyse des faits réels et des aspects secrets du dossier par plusieurs historiens. Pour réaliser son film, Hubert Béasse s'est notamment appuyé sur le livre de Patrick Gourlay “Nuit franquiste à Brest” (Éd.Coop Breizh, 2013).

"L’Affaire du sous-marin rouge" est une coproduction Vivement Lundi !/France Télévisions avec la participation du CNC, de la Région Bretagne, de la Procirep et de l’Angoa. 

Diffusion sur France3 Bretagne et France3 Pays de la Loire le 21 novembre après le Grand Soir3 – Diffusion sur France3 Paris-Île de France le 5 décembre après le Grand Soir3 – Diffusion en replay gratuit pendant 7 jours sur Pluzz.fr à partir du 22 novembre 2016.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 06:04

Lucien Workan est commissaire à la PJ de Rennes, où il habite dans le centre-ville. Il se déplace avec sa Bentley personnelle, même si cette voiture lui cause parfois des soucis. Son équipe se compose du capitaine Lerouyer, un rouquin frisé à l’ascendance irlandaise, pas le plus efficace des policiers ; de Laurent Roberto, un grand échalas ardennais natif de Charleville-Mézières ; et de Leila Mahir, authentique Berbère approchant de trente ans, jolie brune aux cheveux courts, amante extravertie de Workan. Possédant un caractère vif, le commissaire se heurte souvent à sa hiérarchie et à la procureure Sylviane Guérin. Il n’est jamais ponctuel aux réunions, préférant mener ses investigations à sa guise.

Workan a deux raisons de se rendre à Saint-Lunaire, station balnéaire proche de Dinard et de Saint-Malo. Quelques semaines plus tôt, le cadavre d’une escort-girl a été retrouvé déchiqueté sur les rochers de la Pointe du Décollé. L’affaire est restée non-élucidée. Elle était l’invitée de Charles Cochet, un retraité parisien. Depuis, c’est une nommé Cathia, également prostituée, qui vit chez ce Cochet. Sa bienveillance envers les putes ne le rend pas vraiment suspect. Le principal motif pour lequel Workan se rend à Saint-Lunaire, c’est qu’il a rendez-vous avec Mrs Susan Drummond, une Anglaise septuagénaire. Ça fait trente ans qu’elle habite là, avec son majordome Pierre Langevin, à son service depuis dix ans.

Mrs Drummond raconte au commissaire une histoire qu’il a du mal à croire. Elle serait la descendante de Jack l’Éventreur ! Son aïeul se nommait Russell Stablehorse. Médecin sur le chantier du Tower Bridge à Londres, de 1886 à 1894, il fréquenta le quartier tout proche de Whitechapel. S’il laissa ses instincts meurtriers se débrider en 1888, il commit d’autres crimes partout où il passa, avant son mariage. La signature de Jack l’Éventreur, il ne l’a jamais revendiquée ; mais Mrs Drummond a découvert ses confessions écrites, quarante-cinq pages de texte. Sceptique au départ, Workan devra admettre intérieurement que la plupart de ces confidences sont très crédibles. Il a une autre raison de s’y intéresser.

En 1999, sa mère Ewa Potrechka fut assassinée à Paris, par un copieur de l’Éventreur. Un cas qui n’a pas été éclairci depuis cette époque, qui tourmente d’autant plus Workan qu’il reçoit régulièrement des "signes" du criminel. Mrs Susan Drummond a une sœur, Jessica, internée en psychiatrie à Dinan, non loin de là. Pas facile de l’approcher pour Workan, bien qu’un de ses amis l’y aide sur place. L’ultime "héritier" de Jack l’Éventreur serait le fils de Jessica, Terry Drummond, âgé de quarante-cinq ans, qui ne donne plus de nouvelles à sa famille. Workan s’aperçoit que Terry avait un frère, Harry, militaire supposé mort au début des années 2000. L’un d’eux a-t-il un lien avec le meurtrier d’Ewa, la mère de Workan ?

Pendant ce temps, Roberto et Leila enquêtent sur la violente agression d’un chirurgien d’une clinique rennaise. La victime est l’ami d’un politicien, ce qui amène la procureure à mettre la pression sur l’affaire. Du côté de chez Charles Cochet, les escort-girls défilent, ce qui peut entraîner d’autres crimes. À force de rassembler des indices, viendra pour Workan le temps de la confrontation avec le coupable…

Hugo Buan : L’héritage de Jack l’Éventreur (Éd.du Palémon, 2016)

[Mrs Drummond] se leva et alla farfouiller dans le meuble indien, sous les yeux de Workan qui n’en perdait pas une miette.
Elle présenta la première photo, de dimensions proches de celles d’un format A4. On voyait Russell Stablehorse poser debout devant une plate-forme en pierre et, assez loin derrière lui, l’ossature de la tour rive gauche encerclée par les échafaudages. Un photo en noir et blanc, presque sépia. Il portait ce qui semblait être la casquette des bateliers de la Tamise. Une moustache épaisse lui barrait le visage, il emprisonnait dans sa main droite le fourneau d’une bouffarde. Il avait les yeux brillants – rieurs ? Une blouse blanche, enfilée sur ses vêtements, le camouflait entièrement. Elle descendait jusqu’aux chevilles.
— Belle allure de médecin, murmura Workan.

C’est la huitième fois que les lecteurs ont rendez-vous avec le commissaire Workan. Diable d’homme, pas avare de réparties cinglantes voire de vrais "coups de gueule", qui apparaît malgré tout attentif dès qu’il s’agit d’affaires criminelles. D’autant plus que le contexte ici n’est probablement pas sans un étroit lien avec le décès sanglant de sa propre mère. Que l’on essaie pas de lui dicter la ligne à suivre, toutefois, car ça le ferait enrager. Il se peut pourtant qu’un cas annexe, l’agression d’un chirurgien, ait son importance. Mais c’est vers la côte de Saint-Lunaire et dans ses environs qu’il pense trouver la clé du mystère.

Hugo Buan n’ignore certainement pas que les "ripperologues" sont sourcilleux quant au respect exact des "cinq crimes canoniques" attribués à Jack l’Éventreur. C’est donc avec précision que sont présentés les meurtres supposés de Russell Stablehorse, s’il est bien le mythique Jack. Il en aurait commis d’autres, passés inaperçus. Ce qui relance la fameuse question : pourquoi cinq victimes, et plus rien ? Les ouvrages qui ont affirmé "démasquer" l’Éventreur s’avèrent globalement peu convaincants (l’auteur en cite quelques-uns) : non, l’affaire Jack n’est pas résolue, et sera sans doute longtemps "interprétée". Si Hugo Buan reste dans la fiction, il dissocie les crimes eux-mêmes de la célèbre lettre signée par l’Éventreur. L’intrigue joue habilement sur les époques (1888, 1999, et aujourd’hui) tout en gardant, comme toujours dans cette série, une belle part d’humour. Cette nouvelle enquête du commissaire Workan tient toutes ses promesses : on se régale !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 06:04

Le commissaire Pieter Van In est policier à Bruges, en Belgique. Il est entouré de son ami et collègue Guido Versavel, homo assumé, et de leur assistante Carine. Van In est le mari d’Hannelore Martens, juge d’instruction. Le couple a deux enfants, Simon et Sarah. Van In est un époux maladroit, qui ne lutte guère contre son addiction alcoolique et fume trop. Si Versavel essaie de l’amener à un meilleur équilibre de vie, c’est loin d’être gagné. En cette période de carnaval, un meurtre a été commis à Blankenberge, ville du bord de mer située à une demie-heure de Bruges. Luc Catrysse, inspecteur de police local, est chargé de cette enquête. La jeune et très séduisante Katja Geenen a été étranglée dans la rue. Fêtarde bien connue ici, elle participait évidemment au carnaval.

Erwin Nolens, le petit-ami de Katja, nettement plus âgé qu’elle, est sous le choc quand il apprend sa mort. Il se trouvait cette nuit-là chez son ami l’homme d’affaires Benjamin Vermeersch, ce qui lui fournit un alibi. Le dernier ayant vu vivante Katja semble être Joris Mareel, un jeune homme sans charme et désargenté. Il est actuellement introuvable. Luc Catrysse connaît fort bien Mme Mareel, la mère de Joris, avec laquelle il eut une liaison il y a quelques années. La vie de cette femme fut autrefois agitée. Pour en savoir plus, Van In et Hannelore prennent le ferry pour l’Angleterre. À York, il est confirmé qu’un enfant de Mme Mareel fut adopté par un couple mixte, une Belge mariée à un Anglais. Aujourd’hui quadragénaire, cet homme vit en Belgique, où il occupe un poste important.

Bien qu’ayant tenté de fuir à bord d’un canot à moteur, Joris Mareel a été rattrapé, avant d’être interrogé par Van In et Versavel. Comme Luc Catrysse, qui plaide la cause du jeune Mareel, les policiers brugeois penchent plutôt pour son innocence. Néanmoins, quand Joris braque une épicerie pour un beau butin et s’achète une moto afin de circuler librement, on peut s’interroger sur son comportement. De son côté, l’arrogant Erwin Nolens a été pris en flagrant délit avec une prostituée, car un pyromane avait entrepris de causer un incendie au domicile du fiancé de Katja. Nul doute que quelqu’un a voulu se venger de Nolens. Qui reste évasif sur ses relations intimes, hormis Katja. Vus les éléments récents recueillis par la police, l’alibi de Nolens apparaît beaucoup moins fiable.

Le commissaire Van In et Hannelore Martens décident de s’installer quelques temps à Blankenberge, afin de mieux comprendre l’affaire et l’ambiance de la station côtière. Lorsque Benjamin Vermeesch disparaît, ça ne trouble guère sa stupide épouse vivant dans leur luxueuse propriété. Pourtant, l’homme d’affaires est réellement en danger, tandis qu’une grosse rançon est réclamée, fut-ce par un amateur…

Pieter Aspe : Bas les masques (Albin Michel, 2016)

Van In prit sa veste au portemanteau et s’habilla pensivement en marchant vers la porte. Il se trompa de manche. Au cours de sa carrière, il avait déjà enquêté sur plusieurs dizaines d’affaires de meurtre et il les avait résolues pour la plupart, mais un coupable lui était rarement tombé tout cuit dans la main comme ça. Quelque chose lui disait que Joris Mareel était innocent. Aussi était-il bien décidé à investiguer tous azimuts. La question était : si ce n’est pas Joris Mareel, qui ? Il circulait tant de rumeurs alimentées par la haine et la rancune à Blankenberge qu’une chatte n’y aurait pas retrouvé ses petits.

On retrouve avec grand plaisir le commissaire Van In et ses proches pour cette nouvelle enquête, la 17e parue en France depuis 2007. C’est un personnage fort attachant, car s’il a des défauts, ceux-ci ne sont pas rédhibitoires. Il abuse de la bière (belge), c’est sûr. Il se montre parfois susceptible, exact. Côté couple, il dort plus souvent sur le canapé que dans le lit conjugal, en effet. Ce n’est pas qu’il se sente en état d’infériorité : c’est la complexité des rapports homme-femme qu’il maîtrise mal, car il arrive que tout aille pour le mieux entre Hannelore et lui. D’ailleurs, en ce qui concerne les relations compliquées, il va être servi lors de cette affaire.

Blankenberge étant une ville d’à peine vingt mille habitants, on ne sera pas surpris que des liens se tissent assez facilement. Néanmoins, concernant les principaux protagonistes, il ne s’agit pas de simples amitiés entre concitoyens. En observant la population autant qu’en essayant de régler un cas d’enlèvement, Van In et Versavel cherchent à éclaircir les secrets de chacun. Un solide roman d’enquête dans la très belle tradition, avec la tonalité propre aux intrigues de Pieter Aspe.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2016 Livres et auteurs
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