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23 février 2017 4 23 /02 /février /2017 05:55

Romain Delvès et Margot Garonne sont âgés d’une trentaine d’années. Tous deux sont flics dans le même commissariat, policiers de base. Ils se connaissent, amis sans plus, gardant une certaine distance. Romain fait équipe avec Ivo Fonzi, qui joue volontiers les cadors, un adepte des opérations musclées, un partenaire ayant "l’esprit flic". Romain est issu d’un milieu très aisé. Paul Delvès, son père, fut l’unique héritier de la fortune familiale. Anna, sa mère, évolua un temps dans le cinéma. Lassée de l’attirance de son époux pour les jeunes filles, Anna s’exila au Canada, où elle vit depuis longtemps avec sa compagne. Il est vrai que, dans le chalet montagnard des Delvès, on accueillait beaucoup de jeunes, surtout des groupes de filles. Ce qui n’était pas sans créer des incidents, parfois violents.

Ce que Romain retient de positif, c’est sa relation avec Dimitri, venu de Lettonie. Dimitri avait douze ans de plus que le petit Romain, âgé de deux ans. Une relation fraternelle et complice s’établit entre eux. D’ailleurs, Dimitri s’est établi dans la région depuis. Le drame pour Romain se déroula quand il avait six ans. Son père fut abattu par des inconnus, une affaire jamais élucidée. C’est ce qui l’incita a entrer dans la police. De son côté, Margot Garonne est divorcée, mère de trois filles. Avec elles et son métier, sa vie est bien remplie. Quand Romain et Ivo Fonzi sont victimes d’un traquenard monté par des malfrats, Ivo ne tarde pas à mourir, tandis que Romain risque de sévères séquelles. Margot devient sa garde-malade, avant qu’il s’efforce de récupérer physiquement sa forme d’avant.

Romain a évoqué pour Margot le meurtre de son père Paul. La jeune femme fait bientôt une fixation sur l’affaire, remontant à un quart de siècle. En parallèle de son métier, elle retrouve Zoé Gardel, une des adolescentes qui séjournèrent au chalet des Delvès. Elle fut témoin du crime, se souvient qu’il s’agissait de la vengeance d’une femme, accompagnée par deux comparses. Le prénom de la tueuse sonnait américain, mais elle ne s’en rappelle plus exactement. Peut-être cette Jessica, qui joua dans le film réalisé par Anna ? Margot déniche le vrai nom de cette personne, Jeanne, et se rend dans le village côtier au bord de l’océan, où elle vit. Quant à Romain, il a choisi de traquer les assassins d’Ivo Fonzi. S’il retrouve leur piste, grâce au détective qu’il a engagé, il sera sans pitié envers ces tueurs.

L’avenir de Romain n’est certainement pas dans la police, d’autant que le vrai flic, c’était son défunt partenaire. Autant faire rénover le chalet familial des Delvès, et s’y installer. Margot ne renonce pas, quant à elle, rencontrant un gendarme retraité qui enquêta sur le meurtre de Paul. Lorsqu’elle fait la connaissance de Dimitri, Margot entame une nouvelle étape dans sa vie. Convaincre sa hiérarchie de relancer l’affaire Paul Delvès ? Pas facile…

Jacques Bablon : Nu couché sur fond vert (Éd.Jigal, 2017)

Titillée par le meurtre de Paul Delvès, [Margot] avait demandé à Romain de rassembler ce qui avait trait à l’été meurtrier. Il avait mis dans une boite tout ce qu’il avait ramené du chalet.
Romain ne savait pas quoi penser de l’insistance de Margot à reprendre en main l’enquête. Qu’elle s’occupe de son père mort qu’elle n’avait pas connu vivant était troublant. Ça tenait de l’hommage ? De l’intrusion déplacée ? Il se dit surtout qu’il ne risquait rien à la laisser faire. Au mieux, il ne serait pas mécontent que l’assassin de son père se fasse choper. Ce serait sans l’ordre des choses. Mais pas plus, il n’était plus motivé par le sujet. Il savait que ça ne réparerait pas les dégâts que ça lui avait causés, qu’il n’y avait pas d’autre choix que de faire avec.

Il est bon de préciser qu’il ne s’agit pas ici d’un roman d’enquête, mais d’un authentique polar. On pourrait même dire : un polar de qualité supérieure. Sa finesse provient d’abord des portraits des protagonistes. L’auteur n’oublie pas que, dans la vraie vie, chacun à son propre parcours, linéaire ou plus chaotique. Margot, mère de famille divorcée, n’est pas si proche du célibataire Romain, fils d’un milieu fortuné marqué par des drames. Elle n’a pas de motif "objectif" de fouiller dans le passé, mais cela donne un sens à ses capacités mal exploitées dans la police. Quant à la relation entre Dimitri et Romain, elle est exemplaire dans sa subtile description : on a envie de répondre en écho que c’est bien ainsi que peut démarrer une longue et solide amitié mutuelle.

Cette histoire n’est pas située géographiquement, pas d’indication de ville ou de région. De tels détails n’étaient pas indispensables. Néanmoins, les décors sont habilement esquissés. Visuelles et réalistes aussi, les scènes s’y déroulant s’avèrent très vivantes. Les allers-retours dans les époques ajoutent du piment au récit. Tous les éléments de cette intrigue captivante en font un suspense riche, que l’on dévore avec passion.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 05:55

Mary Higgins Clark ou Mary Jane Clark ? Aux lectrices et aux lecteurs de choisir entre ces deux romans, désormais disponibles en format poche… ou de lire les deux.

 

Mary Jane Clark : Vengeance par procuration (Éd.Archipoche, 2017)

Eliza Blake est une journaliste de télévision new-yorkaise, présentant la session matinale d'infos "Key to America". Elle élève seule sa fille de sept ans, Janie. Elles sont encore sous protection depuis que la gamine a été victime d'un kidnapping durant cinq jours. Eliza à pour ami de cœur son collègue Mack McBride, trop absent car en poste à Londres. Avec BJ et Annabelle, Eliza forme une bonne équipe pour son programme, sans oublier son amie psy Margo Gonzalez. La journaliste a ses entrées dans la haute société de New York. Elle est proche de Vincent et Valentina Wheelock. Cette dernière fut gouverneur de l’État de New York, puis ambassadrice des États-Unis en Italie. Un long séjour à Rome que Vincent, conseiller officieux de son épouse, apprécia beaucoup et dont il est nostalgique.

De retour depuis quelques temps, le couple s'est installé à Tuxedo Park, dans la demeure familiale de Valentina. Leur fils étudiant Russell y loge aussi, tout en se consacrant à son avenir. Situé à soixante-dix kilomètres au nord-ouest de New York, Tuxedo Park est un site paysager tranquille réservé à l'élite. Le chef de la sécurité Clay Vitalli, père d'une jeune fille handicapée, veille strictement aux accès. Vincent a fait rénover la vieille demeure par le brillant architecte Zachary Underwood. Devenu idolâtre de Saint François d'Assise, Vincent a décidé de tout, et rebaptisé la maison "Pentimento" (le "repentir" en peinture). Le couple organise une grande fête qui sert d'inauguration, mais surtout dédiée à Saint François d'Assise. Ils reçoivent une centaine d'invités, dont Eliza Blake.

À la surprise générale, après un discours aux personnes présentes sur le thème de la repentance, Wheelock se suicide dans la serre. Eliza a pris des photos en cachette, mais pas pour les diffuser. À la télé, elle souligne néanmoins que Vincent s'est infligé des stigmates comparables à ceux du Christ. Annabelle et BJ remarquent sur une photo un pot de terre portant une double inscription. Cet indice laissé par Vincent, ils vont bientôt en découvrir le sens, ça concerne Tuxedo Park. Quelqu'un estime qu'Eunice, l'employée de maison des Wheelock, est un témoin gênant. Son décès passera pour une chute accidentelle. Valentina prépare les funérailles de Vincent, selon les volontés de celui-ci. On y lira "Le cantique de Frère Soleil", de Saint François d'Assise. Tandis que le politicien Peter Nordstrut, vieil ami des Wheelock, apparaît inquiet, Zachary Underwood l'architecte pense que Vincent a laissé un puzzle d'indices qui a un sens. Encore un témoin à supprimer…

Un suspense impeccable peut se comparer à une fine mécanique d'horlogerie. Pour que tout fonctionne avec précision, chaque élément doit trouver sa place au millimètre. Le sentiment que l'on ressent à la lecture de ce roman de Mary Jane Clark, c'est que l'intrigue y a été peaufinée afin d'approcher une perfection d'horloger. Dans la construction du récit, bien sûr, plus de cent-cinquante scènes courtes se complétant avec harmonie pour former un tableau complet. Ainsi que par la présentation détaillée, nuancée des personnages, ayant un rôle à jouer dans l'affaire, même lorsqu'il semble flou. Tout ça permet, on s'en doute, de suggérer une belle galerie de suspects. Ici, on évolue dans la société de haut-rang, entre notions intellectuelles, religieuses, et politiques. C'est l'ambiance dans les sphères dirigeantes, familles possédant du pouvoir et de la fortune depuis bien longtemps, qui est décrite dans cette histoire. Avec une belle part d'hypocrisie, et parfois quelques indicibles secrets.

Mary Higgins Clark ou Mary Jane Clark ? Deux suspenses en poche !

Mary Higgins Clark : La boîte à musique (Le Livre de Poche 2017)

À New York, Lane Harmon est une jeune veuve, mère de la petite Katie, quatre ans. Elle est la fille d'un défunt politicien. Sa mère et le nouveau mari de celle-ci sont proches des cercles du pouvoir. Lane est l'assistante de Glady Harper, célèbre décoratrice d'intérieur au caractère affirmé. Cette dernière accepte d'aménager la nouvelle maison d'Anne Bennett, à Montclair, dans le New Jersey. Nul ne peut ignorer qu'elle fut l'épouse d'un investisseur financier escroc, Parker Bennett. Il a disparu en mer suite au naufrage de son voilier, il y a deux ans, au moment où les preuves de ses méfaits étaient avérées. Parker Bennett, qui aurait soixante-seize ans aujourd'hui, a détourné cinq millions de dollars. Si son fils Eric a remboursé ce qu'il pouvait, l'essentiel du pactole reste caché quelque part.

Eric Bennett tient à prouver qu'il n'était pas complice de l'escroquerie paternelle. Il a d'ailleurs engagé le cabinet d'investigations de Patrick Adams pour le démontrer. Pourtant, beaucoup sont sceptiques au sujet de tous les Bennett. À commencer par certaines victimes, d'origine modeste. Tel Ranger Cole, dont l'épouse vient de mourir, qui cultive une envie de vengeance. Il s'est procuré une arme à feu. Au FBI, Rudy Schell continue depuis deux ans à mener l'enquête. Ce qui se traduit bientôt par l'inculpation de la secrétaire de Parker Bennett. Sans doute Eleanor Becker fut-il fascinée par son patron, mais elle ne mesurait pas l'arnaque. Sous un faux nom, l'agent du FBI Jonathan Pierce s'est installé dans la maison voisine de chez Anne Bennett, surveillant ses visites.

Lane Harmon s'avoue attirée par Eric Bennett. Malgré l'opinion générale, elle accepte de dîner avec lui. Tous deux vont beaucoup se rapprocher, ce qui semble convenir à Katie. La décoratrice Glady a aussi pour cliente la comtesse Sylvie de la Marco, héritière d'un vieux mari. Née dans un milieu pauvre, celle-ci s'appelait Sally Chico. À vrai dire, elle n'est pas si sûre de toucher la fortune de son époux. Pour financer ses travaux, la comtesse de la Marco fait chanter un certain George Hawkins, un Anglais vivant depuis deux ans dans une île des Caraïbes. Elle est la seule à savoir qu'il s'agit de l'escroc en cavale. Outre ce chantage, Parker Bennett a un autre souci : dans sa fuite, avant de quitter le pays, il a laissé le numéro de son compte en Suisse caché auprès de sa femme Anne…

Ce résumé ne révèle rien de plus qu'une part de la base de l'intrigue, telle que racontée par l'auteure dans le premier tiers du récit. C'est dire qu'il y a bien d'autres choses à découvrir, que de multiples péripéties attendent les lecteurs. On peut compter sur le savoir-faire incontestable de Mary Higgins Clark pour faire mijoter à sa façon tous les ingrédients à sa disposition. Elle maîtrise toujours à la perfection son histoire. On évolue ici dans la haute société, avec ses valeurs et ses codes. On vit dans des quartiers huppés, des demeures décorées à grands frais. L'investisseur financier Parker Bennett s'inspire ouvertement de Bernard Madoff, qui ruina des petits épargnants par ses magouilles. Un suspense bien mené, évidemment.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 05:55

Âgé de trente-sept ans, Andreï Mladin est journaliste dans la Roumanie démocratique des années 1980, sous le règne éclairé de Nicolae Ceaușescu. C’est un honneur pour Mladin de passer quelques jours dans la petite ville de Marna, où il réalise une série de reportages à la gloire de la florissante agriculture roumaine. En réalité, Mladin ne s’y amuse guère, en ce mois d’octobre pluvieux, plus humide que jamais. Certes, il fait la connaissance de la sculpturale Mirela, véritable déesse blonde. Toutefois, le journaliste n’est pas un de ces séducteurs claquant des doigts pour conquérir des femmes superbes. Il croise également deux figures locales, le vieil alcoolique Timofte et le jeune fada Miron.

L’homme prétendant avoir des révélations à lui confier, Mladin est le premier à découvrir le meurtre de Timofte. Ce qui ne peut qu’entraîner de la suspicion chez les policiers zélés de Marna, mais son métier le protège un peu. Surtout, les enquêteurs ont un coupable tout désigné : Miron. Son couteau est resté sur la scène du crime, et un voisin affirme l’avoir vu entrer chez Timofte. Même si Mladin est sceptique, l’évidence s’impose. Quand la mère de Miron fait appel à lui, le reporter est vite convaincu de l’innocence du simple d’esprit, bien incapable de "signer" son crime. Enquêter pour disculper Miron, pourquoi pas ? Mais Mladin ne dispose d’aucune preuve, et la police n’a pas de raison de l’aider.

En compagnie de Mirela, le journaliste découvre le principal lieu de plaisir de Marna, la Maison des Loisirs. On peut y gagner jusqu’à quatre cent lei aux machines à sous, y boire de l’alcool en catimini. Par contre, l’accès à la bibliothèque est contrôlé par un vigile aux airs de rhinocéros, afin de ne pas troubler la tranquillité des lecteurs. Ce qui provoque un incident pugilistique entre Mladin et le gardien costaud. Le directeur, Marin Bodea, se montre très arrangeant envers le reporter. Après avoir interrogé les rémouleurs de Marna, au sujet du couteau de Miron, Mladin entre en contact avec le colonel de police Dumitru Valerian. Ce dernier a besoin du journaliste pour de discrètes investigations.

Le major Pompiliu enquêtait sur des trafics massifs à la Grande Fabrique, l’usine locale. Il semble s’être suicidé, mais il a plus sûrement été assassiné. Mladin s’en convainc bientôt, la lettre d’adieu du policier apparaissant carrément fausse. Une visite clandestine nocturne à la Maison des Loisirs va permettre à Mladin de découvrir quelques éléments. Au risque d’attraper un mauvais rhume tenace. Que le reporter fouine bien trop en ville, cela déplaît fort au maire de Marna. Par contre, le directeur de la Grande Fabrique fait preuve d’une parfaite courtoisie, invitant même Mladin et Mirela à une réception dans sa belle demeure. L’assassin commet un troisième crime, toujours pour protéger son lucratif secret…

George Arion : La vodka du diable (Genèse Éd., 2017)

La différence de carrure entre lui et moi est nettement en sa faveur. Je décide donc de me pencher en avant, comme pour refaire mon lacet. Pris dans son élan, ce Goliath ne peut arrêter son geste et frappe dans le vide. Furieux d’avoir manqué son coup, il fonce vers moi, tel un bulldozer. Je m’écarte légèrement et tends la jambe, en faisant mine de vérifier le nœud de mon lacet. Quoi de plus efficace pour aider cet animal à entrer au plus vite en contact avec le sol ? Le colosse s’écrase sur le ventre et glisse dans un mouvement rectiligne à vitesse constante jusqu’à ce que son crâne percute une colonne. La collision est telle que l’ensemble du bâtiment en vacille…

Jusqu’en décembre 1989, le peuple roumain ne pouvait pas se plaindre de son quotidien. À la mort du dictateur Ceaușescu, la population a pu enfin se plaindre d’un régime qui ne fut nullement paradisiaque. Entre-temps, George Arion publia des romans policiers dans lesquels, loin de la propagande officielle, étaient décrits certaines réalités de l’époque. Même dans un pays supposé communiste, prospéraient des profiteurs et des combinards à l’abri du besoin, tandis que la plupart des habitants vivaient modestement. Quant à se fier à la police, institution politico-militaire, on la redoutait trop pour s’adresser à elle. On le devine ici, à travers le colonel de police qui évoque un épisode du passé pour qu’Andreï Mladin lui fasse confiance. Le contexte qui apparaît en filigrane renseigne le lecteur sur la Roumanie d’alors.

Avant tout “La vodka du diable” est une excellente comédie policière. C’est avec beaucoup d’humour que nous sont racontées les tribulations du reporter Mladin. Ce personnage n’a rien d’un super-héros, il subit davantage qu’il ne maîtrise les situations. “Quand on n’est pas le plus fort, il faut être le plus malin” dit un vieil adage, dont l’équivalent devait exister chez les Roumains. Le salut est parfois dans la fuite ou, au moins dans l’esquive, Mladin l’a bien compris. Derrière ses mésaventures souriantes, c’est une intrigue criminelle classique et solide qu’a concocté George Arion, ne nous y trompons pas. Un vrai roman policier, qui nous offre une belle dose de plaisir.

George Arion en 2014, à Penmarc'h (au festival Le Goéland Masqué).

George Arion en 2014, à Penmarc'h (au festival Le Goéland Masqué).

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:00

Il arrive que le lecteur intensif que je suis s’interroge sur son propre enthousiasme. Le doute ne vient pas de la qualité du roman évoqué, mais du risque d’exagération. Si tel titre mérite des louanges, si j’ai flashé sur lui, peut-être ai-je tort de m’emballer. Certes, je ne me suis pas trompé sur des auteurs comme Marin Ledun, Romain Slocombe, Nicolas Mathieu, Joseph Incardona… Par la suite, tous ont été consacrés par de prestigieux prix littéraires polar, du Prix Mystère au Grand Prix de Littérature Policière, en passant par les Trophées 813 et quelques autres. Outre cette ribambelle de récompenses pour chacun d’eux, un large public s’est montré curieux envers ces auteurs de talent. La confirmation, ce sont les lectrices et les lecteurs qui l’apportent ainsi.

Néanmoins, même en faisant preuve d’un certain discernement, nul n’est à l’abri d’une erreur, d’une fausse impression. En mai 2016, quand est publié “Rien ne se perd” de Cloé Mehdi, j’ai été happé par la lecture de ce roman. Dès les premières pages, j’ai compris qu’il s’agissait d’un livre d’exception. Me voulant aussi objectif que possible, j’ai cherché la faille, quelque scorie qui aurait modéré mon sentiment très favorable. Impeccable, cette jeune Cloé Mehdi avait écrit le meilleur roman de l’année, à coup sûr. Enthousiaste, donc. Mais serais-je le seul à lui trouver tant de perfection ? Des échanges avec des lecteurs avisés me rassurèrent un peu, ainsi que la lecture de quelques chroniques très positives.

Prix Mystère de la critique : les vainqueurs 2017

Puis “Rien ne se perd” fut récompensé par le Prix Étudiant du Polar 2016, et par le Prix Dora Suarez 2017. Moi-même, je classai ce livre en tête de ma sélection annuelle, le TOP 20 des meilleurs polars 2016. Outre le Grand Prix de Littérature Policière, il existe une distinction que je respecte depuis toujours, c’est le Prix Mystère ― créé en 1972. Il suffit de consulter la liste des lauréats pour se convaincre qu’il n’y a pas de fausse note dans l’attribution de cette récompense-là. Quarante-cinq auteurs français de premier plan se succèdent au palmarès. La dernière en date, c’est donc Cloé Mehdi pour “Rien ne se perd”. Être satisfait d’avoir mesuré tôt son talent, c’est une chose. L’essentiel reste qu’un large lectorat adopte ce roman. Le Prix Mystère contribuera à une reconnaissance publique.

Les 32 membres du jury ont par ailleurs décerné le du Prix Mystère du meilleur roman étranger à “Cartel” de Don Winslow, suite de son best-seller “La griffe du chien”, publié aux Éd.Seuil.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2016
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 05:55

Voilà bien longtemps qu’elle a décidé d’occulter son prénom qu’elle déteste, ne conservant que son patronyme : Blum. À Innsbruck, en Autriche, elle fut élevée "à la dure" par ses parents adoptifs. Ils possédaient une entreprise de pompes funèbres. Très jeune, Blum fut contrainte de les aider. À l’âge de vingt-quatre ans, elle décida d’en finir avec ce couple tyrannique, et les élimina impunément. C’est ainsi qu’elle rencontra Mark, qui est son mari depuis huit ans. Ils ont deux fillettes en bas âge, et Karl – son beau-père – vit avec eux. Mark est un bon flic, dans la lignée de son père, policier retraité. C’est lui qui fait engager Reza, un réfugié bosniaque, pour assister Blum aux pompes funèbres. Entre-temps, elle a modernisé l’entreprise de ses parents, et ne manque pas d’ouvrage.

Blum a trente-deux ans quand, alors qu’il quitte leur maison, Mark est victime d’un accident mortel à moto. Le chauffard s’est enfui. Blum et ses proches sont sous le choc. Elle peut compter sur le soutien moral de Massimo Dollinger, collègue de Mark et ami du couple. De son côté, son épouse Ute étant stérile et alcoolique, il trouve ainsi l’occasion de changer d’atmosphère. Pilotant la puissante moto réparée de Mark, Blum songe un temps au suicide. À quoi bon survivre après cet amour fusionnel avec son mari décédé ? Dans les archives de Mark, elle découvre le témoignage d’une nommé Dunja, une Moldave sans-papiers. Elle fut employée clandestinement dans un hôtel du Tyrol. Puis elle fut enfermée dans une cave avec deux autres personnes, durant cinq longues années.

Quand Blum retrouve Dunja, elle finit par lui confirmer avoir été victime de violences et de viols, par un groupe de cinq hommes. Le Photographe, le Prêtre, le Chasseur, le Cuisinier, le Clown, c’est ainsi qu’elle les appelait, en fonction des masques qu’ils portaient. Les deux autres personnes avec Dunja sont mortes aujourd’hui. Blum se rend dans le Tyrol, où l’hôtel qui employait la jeune Moldave a été vendu depuis. L’ex-propriétaire est devenu responsable politique. Amer, l’ancien concierge floué n’oublie pas que le fils de son patron se prenait pour un grand photographe. Blum y voit une piste à suivre. Quand elle en parle au policier Massimo, il pense que Dunja n’est qu’une malade mentale ayant tout inventé. Blum se sent parfaitement capable d’agir seule pour punir le Photographe.

Elle approche l’ex-propriétaire de l’hôtel, mais son heure à lui n’est pas encore venue. Il n’est pas très difficile pour Blum de repérer le Prêtre pervers. Séquestrer et éliminer ses cibles n’est pas compliqué quand on opère dans le domaine funéraire. Encore faut-il que les proches de Blum ignorent tout. Peut-être sera-t-il nécessaire d’impliquer Reza, quand même. Lorsque ses adversaires s’attaquent à Dunja, que Blum a recueilli, il est temps pour elle de passer à la vitesse supérieure, de piéger les derniers monstrueux complices…

Bernhard Aichner : Vengeances (Éd.Pocket, 2017) — Coup de Cœur —

Trois heures plus tôt, Blum avait ouvert la porte de la chambre froide. Il était allongé entre deux cercueils sur la table d’aluminium. Avant de le déposer là, elle l’avait attaché, ficelé comme un paquet, craignant qu’il ne se réveille avant son retour, et caché pour le cas où Karl ou une des filles serait, malgré tout, entré par inadvertance dans la salle de préparation. Blum était seule avec lui.
Le monstre qu’elle avait attrapé était étendu là. Elle l’avait terrassé et tiré hors de la voiture comme un paisible morceau de viande ne présentant plus aucun danger. Elle l’avait emmené en catimini dans la salle de préparation, transféré sans difficulté sur la table d’aluminium, avant de le faire rouler jusqu’à la chambre froide. Un jeu d’enfant ; tout s’était déroulé comme elle l’avait imaginé…

Même quand on lit intensivement, il arrive que l’on rate des petits chefs d’œuvres à leur publication initiale. Heureusement, une réédition en format poche permet de se rattraper. Bel exemple avec ce “Vengeances” de l’auteur autrichien Bernhard Aichner. “La maison de l’assassin”, son nouveau roman vient d’ailleurs de sortir chez l’Archipel. On y retrouve son héroïne singulière, Blum. Nous faisons sa connaissance dans ce premier opus. Blum n’est pas un personnage cynique, qui tuerait pour s’amuser, animée d’un vice meurtrier. Elle éprouve des sentiments profonds, allant jusqu’à la hantise et aux cauchemars. Blum est compatissante, "ouverte aux autres", employant un Bosniaque, accueillant une Moldave. Forte mais avec ses failles, Blum est de nature humaniste.

Mais la mort hautement suspecte de son mari adoré a changé la donne. Elle légitime une sanction envers chacun des coupables, des actes de vengeance aussi cruels qu’ils l’ont été eux-mêmes. Élevée dans une rigueur excessive, Blum sait garder son sang-froid quand il faut sévir. Cette histoire ne prétend pas justifier la Loi du Talion. D’autant que Blum agit sur des indices et non sur des preuves concrètes. À l’instar des intrigues de William Irish (Cornell Woolrich), c’est la démarche punitive qui guide le récit. Au final, on verra si Blum était dans son droit, ou non. Ajoutons que la narration de Bernard Aichner est à la fois fluide et subtilement écrite. Un suspense de haut niveau, à lire absolument.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 05:55

Jane Rizzoli est policière à la brigade des homicides de Boston (Massachusetts). Son amie médecin légiste Maura Isles collabore de près à ses enquêtes criminelles. Cette fois, c’est un homme de soixante-quatre ans, Leon Gott, qui a été retrouvé mort chez lui. Depuis quatre jours, il était pendu par les pieds après avoir été proprement éviscéré. La scène fait penser à un gibier qu’on aurait mis à faisander. Leon Gott était un taxidermiste réputé, et un chasseur d’animaux sauvages. Toute une galerie de bêtes naturalisées témoigne de cette double passion. À côté, son atelier était parfaitement équipé pour empailler même des animaux de grande taille. Selon une voisine, Leon Gott se montrait désagréable. On le savait veuf, et son fils Elliot (qu’il ne voyait guère) avait disparu six ans plus tôt.

Si la police a découvert quantité de viscères, c’est qu’il ne s’agissait pas seulement de celles de la victime, mais aussi d’un ou plusieurs animaux. En effet, un léopard des neiges – une espèce très rare – est décédé voilà quelques jours dans un zoo des environs. Leon Gott fut choisi pour le naturaliser par un mécène, Jerry O’Brien. Les responsables du zoo perdent une énorme somme si l’on ne retrouve pas ce léopard à la peau précieuse. Jerry O’Brien est un riche chasseur de gros gibier, un type infect se croyant tout permis qui possède lui aussi une collection de fauves empaillés. La police obtient peu d’éléments sur la disparition d’Elliot Gott lors d’un safari en Afrique. On déterre bientôt le cadavre d’une jeune femme à l’état de squelette, qui a certainement un lien avec le cas Leon Gott.

Jodi Underwood a été assassinée la même nuit que Gott. Ce fut une amie de son fils Elliot. Elle avait les dernières photos de celui-ci en Afrique du Sud dans son ordinateur, appareil qui a été dérobé suite au meurtre de Jodi. Elliot participait à un safari au Botswana, avec le guide Johnny Posthumus, son assistant noir Clarence, et six autres clients. Parmi eux, il y avait le romancier anglais Richard Renwick et sa compagne Millie Jacobson, libraire à Londres. Quand Clarence fut tué par des hyènes et déchiqueté, le voyage dans la brousse devait être interrompu. Mais le groupe fut bloqué par une panne de leur véhicule. Millie se sentait attirée par Posthumus, ce qui irritait Richard, jouant volontiers au mâle dominant. Dès qu’il y eut une deuxième victime, la paranoïa gagna les touristes.

À Boston, on cherche dans les fichiers de la police des affaires similaires au meurtre de Leon Gott. C’est ainsi que Jane part dans le Maine, sur la piste de Nick Thibodeau, suspect dans une série de crimes, qui échappe depuis longtemps aux poursuites. Son frère affirme que le disparu, bien que turbulent dans sa vie, était innocent. Jane Rizzoli va devoir voyager bien plus loin que la côte Est des États-Unis pour dénicher le témoin-clé de cette affaire, qui n’a nulle envie de quitter sa famille à Touwns River. La policière n’est pourtant pas à l’abri d’une erreur, avant d’identifier le coupable…

Tess Gerritsen : Écorchures (Presses de la Cité, 2017)

Pendant un moment, on n’entendit plus à l’intérieur du garage que le bourdonnement des mouches, tandis que Jane songeait à toutes les légendes urbaines qui impliquaient des vols d’organes. Puis elle se concentra sur la poubelle fermée au fond du garage, cernée par un essaim de mouches. Alors qu’elle s’en approchait, l’odeur de putréfaction s’accentua encore. En grimaçant, elle souleva le bord du couvercle. Un rapide coup d’œil fut tout ce qu’elle put supporter avant que la puanteur ne la fasse reculer avec un haut-le-cœur […]
Un crissement de surchaussures en papier accompagna Maura jusqu’à la poubelle. Jane et Frost s’écartèrent quand elle souleva le couvercle, mais même à distance, l’odeur répugnante d’organes en décomposition leur retourna l’estomac. Le fumet sembla exciter le chat tigré, qu se frotta contre la jambe de Maura avec encore plus de ferveur, miaulant pour attirer son attention.

Auteure d’une trentaine de romans, “Écorchures” étant la onzième enquête du duo Jane Rizzoli-Maura Isles, Tess Gerritsen fait partie du cercle des "valeurs sûres du suspense". Il ne s’agit pas simplement, pour des romancières chevronnées comme elle, de savoir doser les effets et de structurer efficacement l’histoire. La policière et la légiste ont, chacune, un vécu personnel qui humanise leurs personnages. Si elles ont un point commun, c’est le pragmatisme. Ce qui n’exclut pas l’intuition féminine, d’ailleurs. Un indice qui paraîtra faible à l’une, retiendra l’attention de l’autre. L’initiative d’un collègue policier semble sans grand intérêt à certains, mais Jane et Maura y voient une piste. Complémentarité avec des tiraillements, mais qui sert toujours utilement l’enquête.

Le scénario nous présente deux récits parallèles. Tandis qu’à Boston, on essaie de démêler des meurtres énigmatiques, Millie raconte par ailleurs son safari au Botswana six ans plus tôt. La jeune femme n’est pas enchantée par ce voyage, fut-ce dans ce pays magnifique, mais elle regrette d’avoir suivi son compagnon. Dans la situation de crise qui se produit, elle choisit de faire confiance à leur guide, contrairement aux survivants du groupe. Si tout va de mal en pis, qu’est-il advenu d’elle, de son compagnon risque-tout, et d’autres membres du groupe ?… Malgré cet axe double, c’est avec fluidité que Tess Gerritsen nous raconte les faits, avec quelques habiles fausses pistes et de multiples questions. Un roman qui captive, dans la meilleure des traditions.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 05:55

Piqûre de rappel pour un des excellents romans d’Elena Piacentini, désormais disponible en format poche chez Pocket. Après “Le cimetière des chimères”, elle n'avait pas le droit de décevoir son public. Elle est consciente de cette exigence. Une manière de ne pas se répéter consiste à changer d'ambiances. On va donc s'éloigner de la métropole lilloise, non pas en direction de la Corse natale de Leoni, mais vers les Vosges. Dans ces paysages de vallées et de forêts, le climat serait apaisant si l'on n'y commettait aussi quelques crimes. Bien qu'elle nous décrive la réelle beauté des lieux, l'auteure ne s’appesantit pas sur de redondants clichés. Par exemple, on dessine une fois pour toutes le village ou le bâtiment du Centre de soins Anna-Demange. À noter au passage que ce nom de famille, Demange, et ses déclinaisons sont très courant dans ce département lorrain.

L'incontournable Mémé Angèle est heureusement présente, avec ses délicieux aphorismes en langue corse et sa tendresse naturelle. Soulignons le rôle actif de la médecin légiste Éliane au côté de son compagnon Leoni. Outre l'équipe de policiers, et le cas singulier d'Aglaé Cimonard, on rencontre ici des personnages possédant de vrais caractères. Tels le loueur de gîte et éleveur de canards Frédéric, et la directrice trop soumise Évelyne, ou encore le couple de gendarmes associés à l'affaire. L'écriture nuancée nous permet de capter la nature intime de ces protagonistes.

En toile de fond, c'est du bizness des médicaments (et ses faramineux profits) dont il est question. À la suite du roman, Elena Piacentini explique sa réflexion à ce sujet. Pour élargir le marché, on “crée” de nouvelles maladies ou des problèmes psychologiques pas si avérés. Si la population mondiale est visée commercialement, les enfants sont une cible prioritaire. Il semble que les méfaits annexes de certains traitements n'entament pas la bonne conscience des industriels de la pharmacie, ni de quelques médecins complices. L'affaire du Mediator en a témoigné. On pourrait qualifier ces milieux de mafias, pour leurs pratiques souvent occultes, ou du moins opaques. Avec “Des forêts et des âmes”, un suspense d'enquête aussi réussi que les précédents, Elena Piacentini confirme ses qualités de romancière.

Elena Piacentini : Des forêts et des âmes (Éd.Pocket, 2017)

Experte en informatique, la frêle Aglaé Cimonard appartient à l'équipe du commandant Pierre-Arsène Leoni, à la Brigade criminelle de Lille. Sans doute est-elle la plus discrète du groupe, qui ignore tout de sa vie. On la surnomme Fée. Victime d'un accident avec une voiture pendant son jogging, l'agente Cimonard a été hospitalisée. Elle est dans le coma. Doutant d'un simple choc accidentel, Leoni prend l'affaire au sérieux. Dans l'appartement de la victime, ordinateurs et matériel technique ont d'ailleurs disparu. Elle est mise sous protection policière à l'hôpital. Il s'avère que la jeune femme a changé d'identité. Fille métissée d'une Chinoise, elle s'appelait Feng Leveneur. Sa vie a basculé à cause d'un drame familial. Une bonne raison de tourner la page, en changeant de nom.

Pendant une récente semaine de congés, Aglaé-Feng a pris contact avec Sophie Delaunay à Wissemberg, bourgade de trois cent habitants dans les Hautes-Vosges. Une piste que Leoni va explorer avec sa compagne, la médecin légiste Éliane Ducatel. Ils louent un gîte dans la région, tandis que Mémé Angèle – la grand-mère de Leoni, qui s'occupe de sa fille Lisandra – va tenter d'aider la victime. Tous les jours, la vieille Corse se rend à l'hôpital pour veiller sur Aglaé-Feng, espérant susciter une réaction de sa part. À Wissemberg, si le couple est bien accueilli par le loueur Fredo, la population pratique une certaine omerta au sujet de Sophie Delaunay. Ou plutôt, concernant l'établissement de soins pour adolescents dépressifs, où est elle employée comme beaucoup de gens d'ici.

Peu d'infos non plus sur la disparition de Mathieu Perrin, Juliette Becquart et Lucas Simler, trois ados traités au Centre Anna-Demange. Trois semaines plus tôt, le trio s'est enfui en volant la voiture de la directrice et de l'argent. Ils étaient devenus très complices depuis leur arrivée au Centre. Alors qu'ils sont reçus par Évelyne Thouvenot, directrice de cet établissement depuis l'origine, Leoni et Éliane apprennent la mort de Sophie Delaunay. Sa chute dans le massif montagneux environnant n'est sûrement pas due au hasard. Leoni et les gendarmes intervenus sur place sympathisent, n'ayant pas de raisons d'être rivaux. À l'hôpital de Lille, Mémé Angèle repère ce qui semble être une fausse infirmière. Il faut renforcer la surveillance autour d'Aglaé-Feng, dont l'état s'améliore vaguement.

Le fondateur du Centre, c'est le médecin Élias Marchal. L'établissement porte le nom de sa défunte épouse Anna. Si Évelyne Thouvenot lui est fidèle, il n'a jamais voulu en faire son amante. Élias Marchal fut l'inventeur d'un médicament sédatif aux effets secondaires dévastateurs, bien que le Zolopram n'a jamais été interdit. À cause d'une récente visite contrariante, menaçante pour sa réputation, Élias Marchal s'est isolé dans son chalet de Wissemberg. Il laisse au nommé Ferreira le soin de régler certains problèmes. D'autres morts violentes, passées ou à venir, risquent d'endeuiller ces décors forestiers…

Léoni et Éliane quittèrent la route principale pour emprunter le premier embranchement à leur gauche, à trois cent mètres du cœur de Wissemberg. Leur destination était signalée par un pan de mur en forme d’arc de cercle au centre duquel une plaque métallique gravée en lettres d’or annonçait "Centre Anna-Demange". La construction, de belle facture, était en partie dissimulée par les branches les plus basses d’un hêtre pourpre dont la taille colossale avoisinait les records de l’espèce. Passé l’entrée du domaine privatif, que Léoni jugea solennelle, ils débouchèrent sur un chemin dont la largeur et la qualité du revêtement surpassaient celles de la départementale.
— Une chose est sûre, ils ne manquent pas de moyens, commenta Éliane en faisant écho aux pensées de son compagnon.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 05:55

Jess Carano et Shayma Benzema sont des amies, pratiquantes d’arts martiaux au Fighting Club de Colombes. Ce qu’elles préfèrent, c’est le Mixed Martial Arts (MMA), un sport de combat où tous les coups sont permis. Officiellement, c’est interdit en France, sauf que les initiés – hommes ou femmes – se rencontrent pour de discrètes compétitions. En ce mois de juin, un duo de Japonais est venu sélectionner en France quelques sportives en vue d’un tournoi de MMA au pays du soleil levant, début juillet. Le nommé Kimura choisit Jess et Shayma, qui feront partie des huit championnes invitées par la société organisatrice. Les deux amies débarquent bientôt au Japon, pays dont Jess est une grande admiratrice.

L’élégant Kimura se montre d’emblée très strict sur le règlement. Il n’est plus question de dialoguer entre les compétitrices. Les jeunes femmes sont numérotées en fonction des combats prévus et passent une sorte de visite médicale. Jess réalise vite qu’on les traitent comme des cobayes, ce que son esprit rebelle accepte mal. Pour l’heure, il lui est difficile d’échanger son sentiment avec Shayma. La part touristique du voyage est brève, avant le premier combat, que l’une et l’autre dominent sans problème. Néanmoins, pour Jess, il n’est pas inutile de s’entraîner avec Kimura en vue du second affrontement. Camille Saint-Pierre a de la technique et de la puissance, elle n’est pas une adversaire facile à battre.

Kimura n’avait pas sélectionné par hasard Shayma et Jess. Elles sont effectivement les meilleures, même si seule l’une d’elles gagne en finale. Elles vont croiser le jeune Arthur Legendre, aspirant journaliste expatrié, qui va jouer un rôle certain dans la suite de leurs aventures. Quand Shayma disparaît après qu’elles se soient disputées, Jess s’inquiète à juste titre. Bien sûr, Kimura cherche avec elle où est passée son amie, mais la sportive a des raisons de penser qu’il ne fait pas le maximum pour retrouver Shayma. Kimura doit rendre des comptes au grand patron de cette opération, qui se montre très mécontent de la tournure prise par l’affaire. Rien ne doit faire obstacle à l’objectif qu’ils se sont fixés.

L’intrépide Jess peut compter sur Arthur, quand elle décide de retourner dans les locaux où s’est déroulée la compétition de MMA. Aussi déterminée et combative que soit Jess, le duo n’est certainement pas assez fort pour vaincre ceux qui ont déployé tant de moyens dans un but précis. Arthur risque d’être le premier a en faire les frais. Malgré tout, même si elle est encore traquée, Jess obtient un soutien inattendu. Si Shayma et elle parviennent à se dépêtrer des traquenards et rentrent en France, tout cela est-il véritablement terminé ?…

Marie-Alix Thomelin : Fight Girls (l’Atelier Mosésu, 2017) - Inédit -

Trop tard, son adversaire fond sur elle et la plaque au sol. Les rares passants, surpris et choqués, s’écartent et appellent à l’aide, impuissants. Jess tente de prendre l’avantage avec une clé au bras mais l’homme, fort et souple, s’y connaît et ne se laisse pas faire. Même si la fatigue de ces derniers jours l’a terriblement affaiblie, l’envie de vivre prend le dessus, lui permettant de se défaire de son emprise. Elle se relève d’un bond et se met à courir. Il est encore à quelques mètres d’elle.
Une station de métro. Elle s’y engouffre. Ses pas rapides résonnent dans l’atmosphère ouatée des transports en commun. La foule s’intensifie, et avec elle l’indifférence, ils ont le regard ensommeillé ou rivé sur leurs petits écrans. Si Jess a du mal à se frayer un passage, son poursuivant semble avoir encore plus de difficultés à la rejoindre…

Le format poche, ce sont aussi des inédits, dans la veine des collections ayant de longue date popularisé le polar (telles la Série Noire ou le Fleuve Noir). On aurait grand tort de sous-estimer les romans paraissant initialement en "poche", parfois regardés avec dédain. Ce “Fight Girls” en apporte une preuve éclatante, car il développe à la fois le fond et la forme. Intrigue criminelle, ça va de soi, puisque les héroïnes de l’histoire se trouvent impliquées dans des péripéties énigmatiques, affrontant des périls face auxquels leurs capacités sportives ne suffisent probablement pas. On remarque que le récit est structuré avec habileté, et surtout raconté avec une splendide fluidité.

Si Marie-Alix Thomelin "tient" parfaitement son scénario, c’est qu’elle sait parfaitement de quoi elle parle. On constate, à travers Jess, la fascination de l’auteure pour le Japon. Ce qui inclut une part d’idéalisation de ce pays, peut-être, mais sans caricature exagérée. Et avant tout, elle nous initie à ce sport de combat intense qu’est le MMA, ou free-fight. On n’est pas dans l’aspect hypocritement sexualisé du catch féminin à l’Américaine. On sent que ces jeunes femmes – distribuant des coups autant qu’elles en reçoivent – sont passionnées par ce sport, aussi violent soit-il. Une manière de trouver leur équilibre à une période donnée de leur vie, c’est ce que l’on peut discerner dans leur démarche. “Fight Girls” n’est pas juste un petit polar sympathique, mais un roman très enthousiasmant.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2017 Livres et auteurs
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