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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 05:00

Dans tous les polars, on croise de drôles d’oiseaux, quelques crédules pigeons, plus souvent des rapaces que des blanches colombes. Les détectives y laissent souvent des plumes, tandis que des volatiles appelés poulets n’ont pas toujours le beau rôle. D’habitude, le corbeau est celui qui expédie des dénonciations anonymes. La noirceur de son plumage, ses croassements narquois, et son goût des déchets parfois sanglants, en font un oiseau patibulaire, morbide autant que néfaste. Sébastien Rutès réhabilite l’image trop sinistre du corbeau dans ce roman, disponible en poche dès le 6 mai 2015 chez Babel Noir. Oser l’inventivité, tenter la différence, voilà une expérience trop rare chez la plupart des auteurs. Bravo à ce romancier qui imagine une intrigue excentrique, inspirée. Soyons curieux des formes singulières, ce qu'il nous propose ici.

Sébastien Rutès : Mélancolie des corbeaux (Babel Noir, 2015)

Karka est un corbeau freux parisien vivant dans le Parc Montsouris. Il habite au dernier étage de son arbre, un févier d’Amérique, cherchant peu de contact avec les oiseaux des alentours. Les seuls échos du monde extérieur lui sont rapportés par ses amies les mouettes voyageuses. Karka apprécie en particulier l’esprit d’aventure de la jeune mouette Iaha, la nièce de la caractérielle Ierk. Le vieux corbeau préfère aujourd’hui sa solitude. Il fut autrefois un véritable bourlingueur, vie trépidante qu’il regrette. Une blessure à l’aile, qui le fait encore souffrir, l’obligea finalement à s’installer à Paris : Jusqu’à mon accident, je n’y venais que rarement. Mes migrations occasionnelles ne survolaient pas la capitale, et ce n’était qu’à l’appel de Krarok que je quittais l’abri des futaies alpines.

Logeant dans la charpente de Notre-Dame, Krarok est le maître du Conseil des animaux de Paris. Karka et lui sont amis de longue date. Karka s’est éloigné de cette assemblée, car il n’a guère de sympathie pour le Grand Duc Bubo. Des faits inquiétants se déroulant depuis peu au Bois de Boulogne, Krarok charge son ami d’une mission. On signale des disparitions, sans que l’on retrouve les corps. On soupçonne des lions d’avoir pris possession du Bois. Ce qui ne correspond à aucune répartition des zones animalières parisiennes prévues par le Conseil. Pour éclaircir l’affaire, les vieilles méthodes de Karka seront probablement les plus efficaces.

Il interroge Léon, le vieux lion du Jardin des Plantes. Karka apprend ainsi la disparition suspecte de Pfurr, le chat du gardien. Il existe certainement un lien avec l’affaire des lions. Entre la jeune corneille mantelée qui s’est installée en voisine, et la tourterelle émissaire du Conseil, Karka se sent flatté que de belles oiselles s’intéressent à lui. L’hiver arrivant sur Paris, l’enquête de Karka risque de s’enliser dans le silence et le froid. Mais les sourdes tensions qui règnent entre animaux vont pousser le corbeaux chevronné à réagir…

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 04:55

À Madrid, il est aujourd'hui connu sous le nom de Poe. Âgé d'environ trente-cinq ans, il fut un écrivain très prometteur. Sous la houlette du mentor Harold, sa carrière interrompue dévia vers le journaliste. Désormais, Poe écrit dans le plus grand secret des romans à l'eau de rose qu'il signe sous un pseudo féminin exotique. Il passe pour le secrétaire ou l'amant de la romancière invisible. À part le Greffier, un flic singulier, personne ne sait la vérité. Pendant quelques temps, à l'époque de ses errances où il était gros consommateur de bières, Poe fut l'ami d'un type dans ses âges, qui sortait de nulle part. Celui se faisait appeler Dieu Jr, et affirmait être le second fils du Créateur après Jésus.

S'il était plutôt sympathique, l'allure de Dieu Jr s'avérait assez anodine, à l'opposé de son frère aîné. Un homme de taille moyenne, un peu bedonnant, et qui puait des pieds, voilà ce qu'on retenait de lui. Il avait un sexe très spécial, qui ne simplifiait pas sa relation avec les femmes. Sa mère Mariah vivait dans une communauté hippie, quand elle eut un enfant du gourou de ce groupe, Dieu en personne. Plus tard, Mariah se maria pour de bon avec George S.Atan, menant une vie bourgeoise qui ne convenait guère à Dieu Jr. Il séjourna alors pendant plusieurs années au Ciel, auprès de son Père légitime et de son frère. Ce qui le rendit cynique vis-à-vis de la religion, dont son géniteur avait fait une affaire de fric.

Quand Dieu Jr revint sur terre, il joua un peu au squatteur au Vatican, afin que l'agence principale de l'entreprise paternelle reconnaisse son existence. Après cet échec, il choisit l'Espagne. Pourquoi ? “Tu connais un autre pays où le business de mon père pèse aussi lourd, toi ? Même l'Italie ne peut pas rivaliser. C'est ici qu'est né l'Opus Dei, Poe, qui a plus de pouvoir que le gérant à ce qu'on dit. Et puis tu crois quoi, que j'allais me faire trouer la peau en Galilée entre les tirs de Juifs et de Palestiniens ?” Outre Poe devenu son ami, DieuJr réussit à rassembler une bande de musicos et créa un groupe de hard-rock satanique, les Fucking Deus. Succès éphémère, notoriété qui restait trop relative pour Dieu Jr.

Il fut l'invité unique d'un talk-show, émission de télé diffusée sur toutes les chaînes. Une poignée de chroniqueurs agressifs s'amusèrent à humilier en direct Dieu Jr. Sa sincérité ne suffisait pas. Il n'était pas au mieux de sa forme face à eux, par exemple incapable de prouver son statut en faisant un miracle. Dieu Jr préféra disparaître dans l'anonymat. Poe et ses anciens disciples, qui ont bien réussi dans leurs vies, l'ont perdu de vue. Le Greffier contacte Poe après que deux anciens journalistes du talk-show aient été assassinés. Sous la pression de son collègue le Roquet, le policier doit retrouver d'urgence Dieu Jr, et faire la lumière sur sa culpabilité possible. Poe accepte de l'aider, en souvenir du récent passé.

L'écrivain interroge Angélique, qui fut l'assistante de la première victime. Poe et elle vont vite devenir amants, mais pas question qu'il lui révèle son secret de romancier. Faire le tour des anciens apôtres de Dieu Jr, ou tenter d'approcher des chroniqueurs de l'émission, pas sûr que ça porte ses fruits. Le détective privé José Mariá Arregui, en mission pour le Vatican, est un allié plutôt utile. Némo, ado doué en informatique, également : selon ses sources, DieuJr doit mourir dix jours plus tard. Après le meurtre du père Aurapel, un des chroniqueurs qui l'humilia, Dieu Jr téléphone à Poe pour certifier qu'il n'est pas l'assassin de tous ces gens. S'il se manifeste, Poe aura intérêt à mettre Dieu Jr à l'abri du côté de Toulouse, tandis qu'il poursuit sa chaotique enquête…

Carlos Salem : Le plus jeune fils de Dieu (Actes Noirs, 2015)

Carlos Salem est un conteur exceptionnel. Ses lecteurs n'en doutaient pas. Il en apporte définitivement la preuve avec ce roman. Il revisite la Bible, nous entraînant dans le plus débridé des récits : “L'évangile de bière-fiction a cet avantage, par rapport à un évangile traditionnel, qu'il n'est pas nécessaire de virer tous les gros mots. Sans eux, raconter l'histoire de Dieu Jr tiendrait de l'impossible… Un autre avantage et non des moindres, c'est que je peux vous raconter la vérité. Sachez seulement que mes souvenirs ne sont pas très fiables puisque Dieu Jr et moi, nous vivions complètement perchés.”

Le narrateur Poe apparaît tant soit peu comme l'alter-ego de Carlos Salem. Tout en narrant les faits, il revient sur des épisodes épicés qu'ils ont vécu ensemble, avec ce second fils de Dieu. On reconnaîtra sans difficulté les apôtres hard-rockers de ce Christ nouvelle génération, dont le poissonnier Peter successeur du pêcheur Pierre. À un détail près, crucial pour devenir célèbre, malgré tout : “J'ai beau additionner dans tous les sens, le résultat est toujours le chiffre onze. Et c'est seulement maintenant que je réalise que Dieu Jr n'a pas eu son Judas. Son Frèrissime l'aura dépassé même en ça.”

Quant aux méthodes omnipotentes de Dieu-le-Père pour veiller sur nous, elles ont évolué : “L'ancien système basé sur les anges fouineurs qui vont et viennent Lui coûtait un bras en heures supplémentaires, en plus d'être totalement inefficace. Donc, Il l'a remplacé par la télé il y a une dizaine d'années. Une façon de sous-traiter aux humains le plus gros du travail… La télé, c'est à Lui. Toutes les télés Lui appartiennent. En fait, c'est plus compliqué vu que, comme l'affaire marchait bien, Il a vendu une grande partie de ses actions. Mais c'est Lui qui garde le contrôle.”

Si, dans l'ambiance madrilène, ce copieux roman est riche en fantaisie, en péripéties, en multiples portraits drôles et mordants (ceux des chroniqueurs-télé exécutés, entre autres) ou poétiques (tel celui de Fleur internée en psychiatrie), Carlos Salem n'oublie pas l'intrigue criminelle. La mort et l'humour vont de pair chez cet auteur. Avec l'ombre de détectives façon Philip Marlowe, la présence d'un méchant policier, une série de crimes bien cruels, et tout le mystère entourant ce diable de Dieu Jr. Un remarquable roman, qui confirme plus que jamais la créativité originale de l'auteur.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 10:00

Depuis 2012, les Espaces Culturels E.Leclerc ont leur prix littéraire polar. Ils ont déjà récompensé Caryl Férey pour “Mapuche” (2012), Paul Colize pour “Un long moment de silence” (2013), Hervé Le Corre pour “Après la guerre” (2014). Cette année encore dix libraires des Espaces Culturels, Michel-Edouard Leclerc et Paul Colize (président du jury en 2015) ont dû choisir parmi les ouvrages sélectionnés : Maxime Chattam “Que ta volonté soit faite” (Albin Michel), Dominique Manotti “Or noir” (Série Noire), Bernard Minier “Une putain d'histoire” (XO Éditions), Fred Vargas “Temps glaciaires” (Flammarion), et Gilles Vincent “Hyenae” (Éd.Jigal).

La lauréate du Prix Landerneau Polar 2015 est Fred Vargas pour “Temps glaciaires”.

On est ravi que soit récompensée une fois de plus une romancière méritante, dont l'œuvre a été maintes fois mise à l'honneur : “Les jeux de l'amour et de la mort Prix du festival de Cognac 1986 ; L'homme aux cercles bleus Prix du festival de Saint-Nazaire 1992 ; Debout les morts Prix polar Michel Lebrun de la ville du Mans 1995, Prix Mystère de la critique 1996 ; Salut et liberté Trophée 813 de la meilleure nouvelle 1997 ; L'homme à l'envers Grand prix du roman noir de Cognac 2000, Prix mystère de la critique 2000, Prix Sang d'Encre des lycéens 1999, Trophée 813 (1999) ; Pars vite et reviens tard Prix des libraires 2002, Prix des lectrices ELLE 2002, Trophée 813 (2002), Deutscher Krimipreis 2004 ; Sous les vents de Neptune Trophée 813 (2004) ; Dans les bois éternels Trophée 813 (2006). Sans oublier la BD Les quatre fleuves scénario de Fred Vargas, dessins de Baudoin 2000, Prix ALPH-ART du meilleur scénario Angoulême 2001. Et aussi le Duncan Lawrie International Dagger en 2006 et en 2007 (meilleur roman policier traduit en anglais). Il se peut qu'on ait oublié ici d'autres prix littéraires reçus par Fred Vargas.

Au regard de ce palmarès impressionnant, saluons la belle originalité du jury qui a choisi de confirmer pour la énième fois qu'une de nos plus grosses vendeuses de polars méritait un coup de pouce supplémentaire grâce à ce Prix Landerneau. N'ayant lu dans cette sélection finale que le roman noir de Maxime Chattam “Que ta volonté soit faite”, je me garderai bien de donner une opinion sur les quatre autres titres.

Il est vrai que la Série Noire (avec Caryl Férey) a déjà reçu ce prix, ce qui limitait peut-être les chances de Dominique Manotti pour “Or noir”. Il est certain que Bernard Minier (“Une putain d'histoire”) connaît un beau succès dans les ventes de ses précédents titres (Glacé” qui s'est vu décerner plusieurs prix, Le Cercle, N'éteins pas la lumière”). Publié chez Jigal, auteur d'une dizaine de livres, Gilles Vincent reste le plus discret de cette sélection, encore que son roman “Sad Sunday” ait obtenu le Prix Marseillais du Polar en 2010. Quant à Maxime Chattam, lui aussi multi-récompensé, il aborde dans son polar une autre manière, c'était l'occasion de le souligner.

Prix Landerneau Polar 2015 : Fred Vargas “Temps glaciaires”

Question qualité des romans et des auteurs, rien à redire. L'indépendance des jurés, on la suppose entière. L'excellente Fred Vargas de nouveau primée, ça fait toujours plaisir. Peut-on néanmoins s'autoriser à noter que, comme tant d'autres, le Prix Landerneau du polar “vole au secours de la victoire” ? Qu'il ne dépasse guère le degré zéro dans la mise en valeur des talents français actuels ? Les premiers mois de 2015 n'en ont pourtant pas manqué. Il suffit de consulter les catalogues des éditeurs pour s'en apercevoir, autant chez les “grands” que chez le plus modestes.

On me répondra qu'il faut bien choisir. Ou (c'est du vécu) que tel prix doit être réservé “au meilleur du meilleur du roman noir” (la suite ne le démontra pas). Sauf qu'on pourrait citer une douzaine de titres sûrement égaux en qualité à celui récompensé. Sauf que les responsables de ce Prix Landerneau, minimisant tout risque sans doute, ne misent surtout pas sur des auteurs moins connus. Alors que ceux-ci auraient besoin d'une visibilité, de la promotion de grands réseaux de vente. Autant on est heureux de l'initiative de Michel-Edouard Leclerc, autant cet ultra-conformisme vers lequel s'est dirigé ce prix est carrément décevant, pour ne pas dire très discutable. On espère qu'en 2016, davantage de chances seront accordées à de nouveaux talents actuels.

Prix Landerneau Polar 2015 : Fred Vargas “Temps glaciaires”
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements Polar_2015
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 04:55
Arras 1er mai 2015 : 14e Salon du livre d’expression populaire

À Arras depuis quatorze ans, à l'initiative de l'association Colères du Présent, le Salon du livre d’expression populaire et de critique sociale invite le 1er mai des auteurs, des artistes qui sont plus ou moins acteurs de notre société. En 2015, parmi les auteurs de romans noirs, on pourra rencontrer :

Pascal Dessaint, Caryl Férey, Marin Ledun, Marcus Malte, Nicolas Mathieu, Jean-Bernard Pouy, Jérôme Leroy, François Médéline, Tim Willocks, Natalie Beunat, Chrysostome Gourio. Et bien sûr des auteurs de bédé, ainsi que des personnalités ayant un regard aiguisé sur le monde, tel le journaliste Edwy Plenel ou Robert Scarpinato, procureur à Palerme.

De nombreux débats sont programmés.

Au Cinémovida, quelques-unes de ces animations :

11h30 : Pourquoi faut-il une presse libre ?

Avec Edwy Plenel (Mediapart), Maurice Ulrich (L’Humanité), Franck Jacubek (Liberté Hebdo), Liliane Roudière (Causette) et  Denis Sieffert (Politis)– animé par le Club de la Presse Nord-Pas-de-Calais.

13h00 : Débat Charlie Hebdo – autour du livre posthume de Charb, Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu du racisme avec Marika Bert et Agathe André (Charlie Hebdo)

14h00 : Les 70 ans de la Série noire

Rencontre avec Jean-Bernard Pouy, Caryl Férey, Jérôme Leroy, animée par Hervé Delouche et Gwenaëlle Denoyers (Revue 813)

Au Studio PFM, 11h00 : Hommage à Hammett chez Syros

Éditeur mis en avant cette année sur le Salon du livre. Présentation et débat autour d’Hammett détective avec son éditrice Natalie Beunat, et les auteurs Tim Willocks et Jérôme Leroy.

Au Studio PFM, 17h00 : Le roman noir, objet littéraire, enjeu politique

Table ronde en partenariat avec la revue 813, Philippe Corcuff, auteur de Polars, philosophie et critique sociale, Nicolas Mathieu auteur de "Aux animaux la guerre" et François Médéline, auteur de "Les Rêves de guerre". 

Arras 1er mai 2015 : 14e Salon du livre d’expression populaire
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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 19:00

La situation est dramatique pour le peuple du Népal. Médecins Sans Frontières sait gérer l'urgence. Ils ont besoin de notre soutien.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 04:55

Policière au commissariat du 10e arrondissement de Paris, Lisa Heslin est âgée de trente-trois ans. Son supérieur, le capitaine Daniel Magne, est aussi son compagnon. Elle est la fille du juge Heslin, célèbre magistrat en son temps, qui fut abattu à Paris en 1992, devant le Palais de Justice. Un meurtre rappelant ceux des juges italiens anti-mafia, Borsellino et Falcone. Le juge Heslin était proche de la sphère politique. Il était séparé de son épouse depuis quatre ans, Lisa ayant douze ans étant élevée par ses grands-parents. La jeune femme apprend que sa mère est agonisante dans une clinique de Sanary-sur-Mer, dans le Var. Elles n'ont jamais eu d'affinités. Néanmoins, après avoir prévenu Daniel Magne, Lisa saute dans un TGV à destination de Marseille, afin de rejoindre le Sud.

Le coursier Samir Khaleb a été abattu lors d'une livraison. Si Daniel Magne en a été avisé, c'est que l'arme à feu utilisée est celle qui servit pour l'assassinat du juge Heslin. Il ne faut surtout pas que Lisa, toujours absente, soit informée de tout ça. Policier d'origine turque, Rafik infiltre la société Paris-Courses, qui employait la victime. Le patron est un dur, dont le jeune flic doit se méfier. Sur décision du ministre lui-même, Daniel Magne obtient une promotion, intégrant l'équipe du commandant Picaud, au 36 quai des Orfèvres. On est sur un dossier sensible, que Magne continue à gérer. Tandis qu'il étudie les vieux dossiers du juge Heslin, notant la piste de l'association AAEM basée en Savoie, un deuxième homme est abattu avec la même arme que le juge et Samir Khaled, après avoir été égorgé.

À Sanary, Lisa découvre qu'Aline Heslin, décédée entre-temps, n'était pas du tout sa mère biologique. Elle reste sa seule héritière. Entre autres, de la Jaguar de son père, garée dans le garage de son ex-épouse. Le notaire, jadis ami du juge Heslin, lui apprend qu'elle hérite aussi d'un chalet en Suisse, dont nul ne connaissait l'existence. Il confie à Lisa une lettre posthume de son père. Le juge Heslin y révèle les secrets de la naissance de sa fille. Sa véritable mère, belle Sicilienne prénommée Gina, fut massacrée par une organisation qu'il désigne sous le nom de La Pieuvre. Peu après que Lisa ait été attaquée par des inconnus qui pourraient bien être des flics, c'est le notaire qui est retrouvé égorgé dans son bureau. Et, à Paris, le médecin qui mit au monde Lisa est également assassiné.

Un des collègues de Daniel Magne se rend en Suisse, recherchant le juge Disbach qui fut en contact avec le juge Heslin. Ce magistrat mourut quelques mois après son confrère français dans un accident de voiture. À Paris-Courses, Rafik interroge les coursiers. Des truands d'ex-Yougoslavie pourraient rôder autour de cette société. Si la sensuelle Yasmina sait quelque chose, le patron la surveille et peut être violent avec elle. Quand Rafik trouve le cadavre maltraité de Yasmina, il se venge sur ledit patron. Mais La Pieuvre veille dans l'ombre, supprimant le jeune policier. De son côté, Lisa qui s'est dirigée en Jaguar vers la Suisse s'aperçoit que son véhicule peu discret est pris en filature. Elle change de voiture, avant d'arriver au chalet abandonné de son père. Daniel Magne réalise que, si Heslin se méfiait de tout le monde, il est prudent que lui aussi reste sur ses gardes…

Jacques Saussey : La Pieuvre (Éd.Toucan Noir, 2015)

Si l'assassinat du juge Heslin fait référence aux juges italiens Borsellino et Falcone, on pense aussi aux magistrats français François Renaud et Pierre Michel, abattus par la pègre en 1975 et 1981. Le contexte mafieux évolue avec les époques, mais les méthodes restent radicales dès que ces organisations se savent visées par la Justice. Des accointances avec la politique ne sont jamais à exclure. Des liens avec les mafieux plus récemment venus de pays de l'Est ou des Balkans, non plus. Un climat de danger règne dès qu'on enquête sur ces milieux générateurs d'argent sale, basés sur les trafics et les crimes. Sont-ils aussi puissants qu'on le suggère ? C'est fort probable.

Jacques Saussey connaît les règles d'un thriller efficace : une narration simple et fluide, une construction du récit où deux enquêtes sont menées en parallèle, (ici s'ajoute même la notion de temps), beaucoup de mystère avec une flopée de questions dont les réponses n'arrivent que progressivement, une série de meurtres froids, une menace criminelle fantomatique. Encore faut-il être capable d'ordonnancer l'intrigue, afin de captiver sans répit les lecteurs. C'est ce que réussit à faire habilement cet auteur, qui n'oublie pas une part indispensable de psychologie, en ce qui concerne en particulier Lisa. L'ambiance est sombre et glacée, naturellement. Même si l'on est pas dans l'humour, on notera quand même un double clin d'œil quand un personnage va de la rue Thilliez à la rue Jonquet. Un solide thriller, comme les aiment tous les amateurs du genre.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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28 avril 2015 2 28 /04 /avril /2015 04:55

“Je ne suis pas le public visé par ce roman”. La tentation est grande de se contenter d'une formule passe-partout. Une sentence lapidaire, qui ne serait pas tellement honnête. D'emblée, il suffit de lire la présentation-éditeur du livre pour réaliser que ça s'adresse plus sûrement à des trentenaires qu'aux quadras, quinquas et au-delà :

“Et si l’homme parfait n’existait pas ? C’est la question que se pose Paul, que sa compagne vient de presser d’emménager à deux, et tous les aventuriers de la vie conjugale qu’il croise sur sa route, du jeune père de famille en burn-out à l’addict aux sites de rencontres. Ont-ils définitivement perdu le mode d’emploi avec les femmes ? Le récit incisif de leurs histoires hilarantes n’épargne personne, pas même leurs compagnes, à qui tout semble réussir. Comment surmonter cette crise de la masculinité ? Ils choisissent de se révolter et mettent en place une drôle de structure d’entraide, dans le plus grand secret: le club des pauvres type. Guide de survie conjugale, ce roman réjouissant et libérateur décrypte les nouvelles relations entre hommes et femmes.”

L'auteur étant âgé de trente-quatre ans, il évoque un univers actuel plus parlant pour les personnes de sa génération. Si l'on n'a pas une première expérience hâtive, dès la prime jeunesse, s'installer en couple autour de trente ans représente un véritable séisme dans la vie de chacun. Un homme célibataire a pris des habitudes, que sa compagne s'acharnera à modifier. Initiatives auxquelles il apparaît quasiment impossible de résister. Les hommes ont-ils un sens de la diplomatie et de la courtoisie si développé, de nos jours ? Non, ils se montrent seulement plus lâches que leurs aïeux mâles. Y compris le week-end où “il faut en profiter” pour des activités qui prennent bientôt des allures de marathon. Le tout étant principalement décrété par madame, comme il se doit.

Jonathan Curiel : Le club des pauvres types (Éd.Fayard, 2015)

Accepter le nouveau décor imposé par sa femme, ça peut répondre à l'idée de partage dans le couple. Mais que deviennent les relations avec vos amis ? Alors même que, tel le pauvre Paul, il faut tolérer une troupe bruyante de pipelettes : “Claire ramène une armée de copines sous acide sans me prévenir ; je ne suis pas de taille à les affronter seul, démuni, une à une, et à leur offrir une image peu glorieuse de moi. Je fais confiance à Claire pour justifier mon sommeil précoce par la lourde charge de travail au bureau qui m'abrutit.” Et puis, que Paul n'oublie pas d'organiser l'anniversaire de Claire, d'inviter un maximum de ses amies, proches ou pas. À l'inverse, Éric, Grégoire, et les autres, il ne faudrait grand-chose pour que Claire les raye sans pitié de la liste des relations de Paul.

Espérer qu'un week-end consacré à l'Enterrement de Vie de Garçon d'un copain en Lozère échappera à la sagacité de Claire, c'est également illusoire ! La routine du couple peut être compensée par des accès de jalousie, telle celle de Claire envers l'attirante Sophie. Voilà une nouvelle occasion de chercher une parade, afin de s'abriter du tsunami que risque de provoquer l'ire féminine. La bonne solution consiste-t-elle, pour Paul, à prendre du recul ? À tenter la colocation, à créer une sorte de club réunissant ceux qui ont connu plus de déboires que de plaisirs dans leur vie de couple ? À se réunir secrètement au sous-sol d'un bistrot avec Julien, Bastien, Louis, Éric, Karl, Grégoire ? Il est possible que, malgré la solidarité entre hommes, de ce club naisse davantage de doutes que de combativité. Quoi qu'il en soit, restons optimistes pour Paul et Claire…

Cette histoire, dont l'ambition est de restituer les aléas de la vie en commun, comporte de nombreux moments humoristiques (mais pas que...). Disons-le, l'accumulation de scènes tourmentées du quotidien peut donner une impression d'excès. Un sujet sur lequel les lectrices auront leur opinion (se reconnaîtront-elles?). Une drôlerie que certains lecteurs trouveront sûrement hilarante, parfois mordante. Ou qui fera sourire avec bienveillance, celles et ceux qui ont passé l'âge de ces mésaventures conjugales de trentenaires citadins. Une seule conclusion possible : à chacun de tester, d'adhérer ou pas à ce roman.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Livres et auteurs
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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 04:55

Élise Andrioli est célèbre pour avoir vécu des aventures criminelles agitées, racontées par une romancière. Cette année, accompagnée de l'indispensable Yvette Holzinsky, Élise va pouvoir profiter de l'effervescence du Festival de Cannes. Car l'adaptation cinéma de “La mort des bois”, avec Jodie Foster et Vincent Cassel dans les rôles principaux, est projetée à cette occasion. On a invité Élise, qui va loger avec Yvette au Majestic, à faire partie du jury Jeunes Talents. Sur son fauteuil roulant high-tech, doté d'un ordinateur vocal, Élise en oublierait presque qu'elle est tétraplégique, aveugle et muette, capable d'utiliser sa seule main gauche. Non, elle ne risque pas de gommer ses handicaps, mais c'est bien excitant d'évoluer parmi les stars. À commencer par son chouchou, Hugh Laurie, le Dr House.

Dès l'arrivée, les mondanités s'enchaînent. Élise fait la connaissance des autres jurés et de trois ados marseillais surdoués, héros d'un film de Mehdi Boualem. À noter un incident sans gravité qui conduit la maman de la jeune Gwendoline à l'hôpital. Frissons pour Élise, à la montée des marches du Palais, avant un beau succès à la projection de “son” film. La poétesse et jurée Valeria Fortine meurt noyée dans une piscine lors de la fête qui suit. Fort étonnant pour une si bonne nageuse. Personne autour n'a rien remarqué. Le capitaine de police Kevin Isidore, fan du chanteur Sting, champion de boxe thaïe, s'occupe de l'affaire. Élise l'imagine sans mal, et ne tarde pas à le surnommer pour elle-même Fernandel Columbo. Selon la légiste Véra Martineau, la victime a été droguée.

Le lendemain, Élise et Yvette sont bloquées dans les toilettes par un cadavre qui entrave l'accès. Il s'agit d'un vigile du Festival, un certain Derek. La probabilité de deux décès consécutifs dans un même espace était pourtant infime. La mort de ce Derek s'explique mal, car il ne se droguait pas. Cocktails et visionnages de films se poursuivent pour Élise, sous la houlette d'Yvette. Celle-ci est sous le charme de Charles Moroni, un vieux barman cannois de belle prestance. Le troisième jour, se produit un accident : l'attachée de presse Maëva Osmond fait une chute mortelle. En attente de l'accouchement de son épouse, le policier Isidore tâtonne. Le jour d'après, c'est le jeune cinéaste Loïc Safran qui est, à son tour, supprimé. Une fléchette dans la carotide, ça ne pardonne pas.

Si Mehdi Boualem fait un bon suspect, toutes les hypothèses sont ouvertes. Est-il possible qu'Élise ne soit pas visée elle aussi, dans cette série de drames ? Elle y aura droit également. Mais ce sont d'autres victimes qui, les jours suivants, sont encore à déplorer. Nouveau papa, Kevin Isidore est perplexe : “Rien ne tient debout. À croire que quelqu'un s'amuse à bâtir un échafaudage branlant pour que je m'y casse la comprenette. Mais je tirerai le fil jusqu'à l'extérieur du labyrinthe.” Il serait bon que le policier se presse et qu'il garde un œil sur Élise, car l'ambiance va bientôt chauffer au Palais des Festivals…

Brigitte Aubert : La mort au Festival de Cannes (Éd.Seuil, 2015)

C'est une magnifique comédie noire qu'a concoctée ici Brigitte Aubert, offrant de nouvelles aventures à l'héroïne de “La mort des bois” et de “La mort des neiges”, Élise Andrioli. Si elle reste lourdement handicapée depuis un attentat alors qu'elle n'avait que trente-six ans, Élise a un mental d'acier. Et une capacité à nous raconter ce qu'elle entend, ce qu'elle perçoit, ce qu'elle devine. Si elle accepte qu'on lui ouvre le chemin dans les méandres du Palais des Festivals, elle ne tient nullement à susciter la pitié. Surtout pas avec les stars qu'elle vénère autour d'elle. D'ailleurs, dans toutes les péripéties qu'elle traverse, Élise ne cesse d'évaluer une situation qui échappe autant aux policiers qu'aux invités.

On ne peut s'empêcher de citer deux ou trois délicieux extraits : “Nous autres, les Hercule Poirot de banlieue, on a toujours des suspects en réserve. C'est comme ça dans tous les bons polars. L'auteur sort les suspects de son clavier plus vite qu'un magicien les lapins de son chapeau.” Car Élise compte bien écrire elle-même un roman : “L'enquêteur de mon polar sera d'un calme à toute épreuve, en plus d'être beau, costaud, drôle et cultivé. À se demander pourquoi il se retrouve célibataire et alcoolique. Ben oui, tous les détectives sont mal rasés, pochtrons et ténébreux.” Si on la flatte, Élise pense : “Un compliment sur mon physique ! Je m'en ferais presque pipi dessus de joie, comme un chiot – eh oui, on ne dit pas "chiotte" pour les femelles, Dieu merci.” Quant à l'utilisation abusive du téléphone portable, elle en deviendrait nostalgique : “Et pourtant, nous n'étions pas plus angoissés qu'aujourd'hui… On est tous transformés en bébés qui pensent que leur mère a disparu dès qu'ils ne la voient plus. On n'a plus confiance dans le lien, dans la vie.”

Humour, noirceur et suspense, telles sont les qualités des meilleurs polars de Brigitte Aubert. Cette incursion ravageuse au Festival de Cannes démontre une fois de plus qu'elle est une romancière chevronnée et d'un grand talent. Une intrigue mouvementée, que l'on savoure avec un réel plaisir.

- Ce roman est disponible dès le 7 mai 2015 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2015 Livres et auteurs
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