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25 décembre 2014 4 25 /12 /décembre /2014 05:55

Pour ce Noël 2014, Action-Suspense vous propose un petit quiz. Savourez cet extrait d'un grand classique de la Série Noire, dialogue entre le héros et un flic. Êtes-vous capable de reconnaître ce roman, son auteur, son personnage principal ? N'hésitez pas à suggérer vos réponses dans les commentaires !

Quiz de Noël 2014 : extrait-mystère d'un classique du roman noir

« J'allai à la salle de bains et tamponnai à l'eau froide ma joue tuméfiée. Je me regardai dans le miroir, j'avais la pommette en compote, avec des reflets noirâtres et des balafres ouvertes par le canon du pistolet. Mon œil gauche était, par-dessus le marché, souligné d'un coquard blême. Je n'allais pas être beau à voir pendant quelques jours.

Là-dessus, j'aperçus le reflet d'Ohls dans la glace. Il faisait rouler entre ses lèvres son éternelle cigarette non allumée, comme un chat qui asticote une souris à moitié morte, essayant de la faire courir une dernière fois.

La prochaine fois, n'essaie pas de faire le mariolle avec les flics, dit-il (…)

Je me tournai vers Ohls.

Les coyotes du désert auront de quoi se nourrir cette nuit. Félicitations. Le métier de flic élève vraiment l'âme, Bernie. Le seul problème dans la police, ce sont les policiers.

Dommage pour toi, héros, dit-il avec une férocité soudaine. J'ai eu du mal à pas rigoler quand tu es rentré chez toi pour te faire tabasser. Ça m'a fait plaisir, figure-toi. C'était un sale boulot qui devait être fait salement. Pour faire parler ces gens-là, il faut leur donner un sentiment de puissance. T'as pas été trop amoché, mais il fallait bien les laisser te sonner un peu.

Désolé, désolé que tu aies dû souffrir comme ça.

Les traits tendus, il me dévisagea agressivement.

Je peux pas encaisser les gens qui vivent du jeu, dit-il avec une violence soudaine. Ils sont aussi dégueulasses que les trafiquants de drogue. Tu t'imagines que dans leurs grosses boîtes de Las Vegas ou de Reno, il n'y a que des types pleins aux as qui vont se ramasser au jeu pour se marrer ? Mais c'est pas ceux-là qui font marcher le racket, c'est la foule des pauvres pigeons qui paument régulièrement le peu de fric qu'ils peuvent mettre de côté (…) Et chaque fois que le gouvernement prend sa part sur le jeu en appelant ça des impôts, il contribue à la prospérité de la pègre. Le coiffeur du salon de beauté y va de ses deux dollars, ils sont ramassés par le syndicat qui fait son beurre. Les gens veulent une police honnête, non ? Pourquoi ? Pour protéger les bookmakers ? Nous avons des courses de chevaux légales dans cet État toute l'année. Elle ne sont, en principe, pas truquées, et l’État touche sa part (...) Ça c'est du jeu légal, mon pote, un business réglo, sans bavure approuvé par l’État. Alors, tout va bien, non ? Mais pas pour moi ; pas du tout. Parce que c'est un truc qui engraisse les flambeurs. Et, tout bien pesé, il n'existe qu'une forme de jeu : l'arnaque.

Alors, ça va mieux ? Lui demandai-je en tamponnant mes blessures à l'iode décoloré.

Je ne suis qu'un vieux flic flapi et blasé. Et je suis en rogne, voilà tout.

Je me détournai pour le regarder.

Tu es un flic épatant, Bernie, mais tu te plantes complètement. En un sens, les flics sont tous pareils. Ils interviennent toujours à tort. Si un type perd sa chemise au craps, interdisez le jeu. S'il se cuite, interdisez l'alcool. S'il tue quelqu'un dans un accident de voiture, arrêtez de fabriquer des bagnoles. S'il se fait pincer avec une nana dans une chambre d'hôtel, interdisez la baise. S'il tombe dans l'escalier, ne bâtissez plus de maisons.

Oh, la ferme !

Que je la ferme, surtout ! Je ne suis qu'un citoyen quelconque. Passe la main, Bernie. Si on a des truands, des mafieux, des équipes de tueurs, ce n'est pas à cause des politiciens véreux et de leurs acolytes à la mairie et dans les tribunaux. Le crime n'est pas une maladie, c'est un symptôme. Les flics me font penser aux toubibs qui te refilent de l'aspirine pour une tumeur au cerveau, tandis que les flics la soigneraient plutôt à la matraque...»

© Gallimard.

Quiz de Noël 2014 : extrait-mystère d'un classique du roman noir
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24 décembre 2014 3 24 /12 /décembre /2014 06:30

J'espère que les suggestions d'Action-Suspense vous auront permis à toutes et à tous de trouver durant cette année 2014 des lectures polars à votre goût. Qu'il s'agisse des titres actuels ou, peut-être, de romans plus anciens, l'essentiel reste de découvrir la grande diversité de ces littératures policières. Voilà ce que j'essaie de partager avec mes visiteurs chaque jour. Pour ces Fêtes, puisque ce n'est pas le choix qui manque, le Père Noël aura sûrement pensé à vous offrir un ou plusieurs polars. Alors, régalez-vous autant que moi, à la lecture de ces livres. Car c'est toujours le plaisir qui doit guider les lecteurs.

Joyeux Noël 2014 !

Comme chaque année, voici une carte postale “Spécial Noël” qui nous présente un couple de lecteurs typiques. Sans doute à cause du réchauffement climatique, plutôt que de s'emmitoufler dans un grand manteau rouge, elle et lui ont choisi une tenue légère et décontractée. Ce qui ne gêne nullement leur ardeur dans la lecture, n'en doutons pas. Un p'tit clin d'œil, et tant pis pour les esprits chagrins qui trouveraient ça sexiste.

Joyeux Noël 2014 aux lectrices et aux lecteurs !

---> Jeudi 25 décembre, Action-Suspense vous propose un petit quiz !

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 05:55

Il pleut dru sur New York en ce matin de mars. Quelques heures plus tôt, un homme a été tué d'un coup de pic-à-glace dans un club coûteux du Village, ni un endroit sélect, ni un boui-boui. La police est sur place. La victime était le révérend Jonathan Prentis, âgé de cinquante-et-un ans. Originaire de l'Arkansas, cet évangéliste baroudeur prêchait afin de sauver les âmes en perdition face à tous les vices. Il avait passé trois semaines à New York. Il venait d'animer un dernier meeting au Madison Square Garden, pour cent quatre-vingt-seize personnes. Il devait poursuivre les jours suivants à Chicago. Le lieutenant Nathan Shapiro et l'inspecteur Tony Cook, de la Criminelle Sud, mènent l'enquête.

Selon le serveur français, le révérend Prentis était habillé “en civil”. Il est arrivé seul, mais plus tard une jolie blonde se trouvait avec lui dans son box. Plusieurs whiskies ont été consommés, alors que l'ecclésiastique prônait l'abstinence. Fils de rabbin, le lieutenant Shapiro n'est ni à l'aise dans ce contexte chrétien, ni sûr d'être à la hauteur face à cette affaire. Tony Cook espère des infos grâce à son amie Rachel Farmer. La police investit le QG du révérend, un étage de l'Hôtel Wexley. Higgs, adjoint dévoué de Prentis, répond aux questions de Shapiro. Le décès de “la Voix” ne sera pas sans conséquences. Mme Hope Prentis, une blonde trentenaire, n'a pas vu son mari depuis six heures du soir, la veille. Enrhumée, elle est sous médicaments.

Mme Prentis est la sœur du trésorier de la “Mission de la Rédemption”, raison sociale de cette société religieuse. Ils engagent des chorales de pros pour leurs réunions évangéliques, dont vingt-quatre permanents qui ont des alibis. Après le chef de chorale, Shapiro rencontre la mastoc et rigoriste Mme Mathews, économe de la Mission. Tony Cross enquête dans un autre hôtel de luxe, sur la Cinquième Avenue, non loin du Village. Prentis y a séjourné seul avant ses prestations, fin février. Un client courtois sans histoire, ne fréquentant pas le bar de l'hôtel. Néanmoins, rien n'exclut qu'il ait reçu une femme dans sa chambre. Tony Cook pensait avoir une piste du côté de la choriste Janet Rushton. Elle vient d'être assassinée, étouffée dans son appartement.

Arthur Minor, son chevalier servant, n'est sûrement pour rien dans la mort de Janet. Possible que ce soit elle, la blonde vue avec le révérend au club. Possible qu'elle lui ait servi de “guide” dans la préparation de ses réunions évangéliques new-yorkaises. Ça reste à confirmer. Quant à la très pieuse Hope Prentis, des dates de voyages aériens posent question. Le témoignage du nommé Rex Prince aidera sans doute Shapiro et Cook, avant de présenter leurs conclusions à Cornélius Ogden, le délégué du District Attorney...

Richard Lockridge : La mort du prêcheur (Série Noire, 1971)

C'est une enquête policière traditionnelle et de belle qualité que nous propose “La mort du prêcheur”. À l'évidence, c'est son contexte qui lui donne sa place dans la Série Noire. La victime est un de ces évangélistes médiatisés, à l'époque surtout par les journaux, qui se servent d'un supposé charisme pour répandre leur version de la foi religieuse. Un peu de séduction, une dose de fanatisme, des discours enflammés, des mises en scènes à grand spectacle, ces révérends plus ou moins autoproclamés soignent (encore aujourd'hui) leur bizness. L'activité de ces pasteurs génère des sommes très importantes, dons déductibles des impôts, même s'ils affectent de ne pas s'intéresser à l'argent. Croyance sincère ? C'est possible, mais beaucoup de ces groupuscules religieux ressemblent fort à des sectes. Un double crime d'ordre privé ou en lien avec la “Mission de la Rédemption” ? On le verra à l'heure du dénouement.

La plupart des romans de Richard Lockridge (1898-1982) écrits avec sa femme Frances Lockridge (1896-1963) ont été publiés en France chez Le Masque : dix-huit sur vingt-deux titres, loin de la totalité des œuvres de ce couple productif. On connaît mal la série qui fit leur gloire aux États-Unis, les enquêtes de Mr et Mrs North. Seuls cinq titres, dont “Mort d'un géant” (Albin Michel, 1954), “L'essence du drame” (Fleuve Noir, 1984) et trois autres au Masque ont été traduits. Deux suspenses de Richard Lockridge sont sortis dans la Série Noire : “La mort du prêcheur” (1971) et “Le bavard silencieux” (1973). Le lieutenant Nathan Shapiro fut pourtant le héros d'une dizaine de romans, dont “Un rai de lumière” (Le Masque, 1978), seule autre histoire traduite dans cette série.

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22 décembre 2014 1 22 /12 /décembre /2014 05:55

Âgé de quarante-trois ans, George Gattling est originaire de Bainbridge, en Géorgie. Il vit à Gainesville en Floride. Il exploite un atelier de sellerie automobile, expert en capitonnage intérieur des voitures. Il a une belle clientèle grâce aux universitaires et aux étudiants du secteur. Sa sœur Precious et son fils de vingt-deux ans, Fred, habitent avec lui. Fred est un simplet, un attardé mental fort attachant. George a pour amante l'étudiante Betty, dix-neuf ans, qui joue quelque peu avec lui. La grande passion de George, ce sont les rapaces. Dans une nature devenant de plus en plus artificielle par ici, il piège des faucons, avec des rats comme appâts. Cette fois-là, ce n'est pas un petit épervier, c'est un beau faucon qu'il est parvenu à capturer. Une femelle, en réalité, selon George.

Bien que son savoir théorique soit vaste sur la question, ayant lu des tas d'ouvrages, il espère ne pas se planter pour dresser l'animal. L'attacher à une souche, puis l'affamer oui, mais pas trop. Enfermer dans un placard de précédentes prises a entraîné leur mort. Ce n'est pas son vieux copain et employé Billy Bob, aussi natif de Bainbridge, qui comprendra l'esprit de la fauconnerie. C'est un manuel doué, qui préfère s'enivrer le dimanche avec la famille de George. La mort soudaine et curieuse du jeune Fred bouleverse la vie des Gattling. Si leur groupe familial était singulier, ça leur procurait jusqu'à là un équilibre. Entre ce décès mal explicable et l'affaitage de son rapace, George risque de virer maboul. Heureusement, Billy Bob se charge des diverses formalités.

Quant à Betty, elle trouve malsaine, sadique, la fascination de son amant pour le dressage d'oiseaux de proie. Cette fille est sans nul doute sexuellement décomplexée. Pourtant, à cause des circonstances qu'ils traversent, Betty découvre la jouissance avec un certain trouble. Ce n'est pas du côté de Ma, sa sévère mère, que George peut espérer réconfort et compréhension. Il est vrai qu'avec ce faucon qui ne quitte plus son poing ganté, normal que George passe pour un cinglé aux yeux de ses proches. Y compris d'Alonzo, le père absent du pauvre Fred, que George va devoir affronter.

Le voilà bientôt pourchassé par le pasteur Roe, Billy Bob et les autres. À l'abri de la forêt, George imagine le meurtre de Fred : “Bien sûr qu'il se soupçonnait. Il se soupçonnait de tout. Depuis toujours.” Il rejoint Betty, pour qu'elle l'aide à entrer au funérarium où repose Fred. Elle sait convaincre le croque-mort. “Les gens ne se pointent pas à quatre heures du mat' avec un faucon sur le bras. Les gens ne font pas ça, sauf s'ils sont barjots. Ça, il peut le comprendre.” Il y aura quelques complications, quand même…

Harry Crews : Le faucon va mourir (Série Noire, 2000)

Aux États-Unis comme partout, la réussite sociale est la vertu majeure. Diriger sa petite entreprise, avoir sa place dans une agréable ville universitaire de Floride, être convié à des cocktails mondains, lutiner une petite amie pas farouche, le quadragénaire George Gattling a déjà “gagné” tout cela. Telle n'est pas la vraie nature de son caractère. C'est un solitaire dans l'âme. Le regard des autres lui importe de moins en moins. Peut-être un peu l'opinion de Betty qu'il voudrait impressionner, mais il se moque du reste.

Ce n'est que de l'hypocrisie, si l'on n'accomplit pas ce que l'on veut réellement. Il y a ceux qui se sentent bien dans une existence formatée, et d'autres qui ont viscéralement besoin de choisir une autre voie. George est obsédé par la fauconnerie. Pour lui, l'aptitude à dresser des rapaces est la seule “reconnaissance” qu'il souhaite. Ce qui le marginalise, bien sûr. D'autant qu'il devrait montrer davantage d'affliction, suite au décès de ce neveu handicapé qu'il aimait. Ce serait retomber dans une normalité dont il s'est écarté. C'est d'ailleurs Betty qui exprime le mieux cette idée : “Si tu veux être quelqu'un, si tu veux apprendre quelque chose, faire quelque chose, il faut être hors norme. Tout ce qui est normal, c'est du pipeau. La normalité, c'est de la merde.”

Ce n'est pas la mort qui domine cette histoire. C'est le droit à une liberté égoïste. Quitte à s'enfermer dans un délire personnel, qui passera pour de la folie dans votre entourage. Ce qui fait penser à cette réplique de Gabin dans “Un singe en hiver” : “J'ai pas encore les pieds dans le trou, mais ça vient, bon dieu ! Tu te rends pas compte que ça vient ? Et plus ça vient, plus je me rends compte que j'ai pas eu ma dose d'imprévu ! Et j'en redemande. T'entends ? J'en redemande !” George Gattling a aussi besoin de l'ivresse de la liberté, de ne plus se soumettre – fut-ce pour un temps donné – au poids des conventions.

Publié en 1973, “Le faucon va mourir” a été traduit (par Francis Kerline) en 2000 dans la Série Noire, avant une réédition sous couverture illustrée en 2003. “The hawk is dying” a été adapté au cinéma par Julian Goldberger en 2006, avec Paul Giamatti, Michelle Williams, Michael Pitt, Rusty Schwimmer, Robert Wisdom, sous le titre français “Dressé pour vivre” (sorti en 2008). Un inédit de Harry Crews, “Les portes de l'Enfer” est annoncé chez Sonatine Éditions, pour l'automne 2015.

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21 décembre 2014 7 21 /12 /décembre /2014 05:55

Shug Francis et son associé Fizzy Waters dirigent un garage auto qui leur permet depuis des années de faire du trafic de voitures volées. Gros bizness, affaire rentable, mais Shug ambitionne de s'emparer du réseau de Peter Jamieson, le caïd du trafic de drogue. En s'alliant avec le mafieux Alex MacArthur, qui a de sérieuses complicités bien placées, c'est jouable. Pour Fizzy, il y a trop de risque. Fort possible, car le tueur à gages Calum MacLean vient de supprimer le comptable de Shug, Richard Hardy. En même temps que le nommé Kelly, pas réglo avec Jamieson. C'est ainsi que Calum compte enterrer sa dernière mission. Il lui faut disparaître sans laisser de traces exploitables par son patron.

Il n'a guère pu mettre d'argent de côté, car l'organisation de Jamieson surveille sûrement ses mouvements bancaires. Depuis l'affaire Frank MacLeod, on lui fait confiance, mais jusqu'à un certain point. Calum a donc besoin de son frère William pour obtenir certains faux-papiers. Lorsqu'on remarque la disparition du comptable Hardy, ça intéresse l'inspecteur Michael Fisher. Vu qu'il était employé par Shug Francis, les dossiers de Richard Hardy pourraient parler. Deana Burke, la compagne de Kenny, contacte le policier Fisher. Elle est convaincue de la mort de son ami, indic de l'inspecteur. Jamieson et son associé Young restent informés de tout ce qui se trame, via le truand George Daly ou le flic corrompu Greig. Ils savent pour Deana et la police.

Ils envoient quelqu'un pour la calmer, celle-là. Après la visite de l'émissaire du caïd, Deana informe avec véhémence l'inspecteur Fisher qu'il y a des fuites dans son service. Greig, très certainement, se dit le policier. Ce qui conforte la piste Shug Francis. William MacLean doit inventer une histoire pour leur mère, afin qu'elle ne s'inquiète pas de ne plus voir Calum. Il se méfie aussi du faussaire, mais il obtient les papiers commandés. Tout se passe bien, en apparence, sauf qu'un fouineur a compris le lien entre le faussaire et le gang Jamieson. Shug Francis demande à Hutton, son tueur à gages, d'éliminer son associé Fizzy, malgré leur amitié de toujours. Mauvaise idée, selon Hutton. Alors, il consulte indirectement le camp Jamieson pour savoir comment agir…

Malcolm Mackay : Ne reste que la violence (Éd.Liana Levi, 2014)

Il existe mille manières de décrire les milieux mafieux, et d'évoquer l'un des personnages-phares de cette mythologie, le tueur-à-gages. On imagine que ces exécuteurs n'ont guère la possibilité de “sortir du dispositif”, puisqu'ils savent qui commanditent les meurtres. Le cas de Calum MacLean est un peu singulier car on le voit tel un homme encore jeune, non pas comme un baroudeur blasé. Après “Il faut tuer Lewis Winter” et “Comment tirer sa révérence”, c'est la dernière étape de la trilogie dont il est le héros. Nul besoin d'avoir lu les précédents titres pour se plonger dans ses mésaventures. Impliquant son frère, non sans égoïsme s'avouera-t-il finalement, il profite de l'imbroglio créé entre les caïds de la région. Car c'est un chassé-croisé entre eux qui est le moteur de cette intrigue. Le policier Fisher espère, de son côté, ramener dans sa nasse de gros poissons du banditisme.

Les chapitres sont courts. L'auteur ne situe pas les lieux géographiques, esquisse tout juste les décors des scènes. Une volonté qu'on peut regretter, çà et là quelques précisions n'auraient pas nui. On l'a bien compris, la tonalité se veut sèche. À l'exemple de Deana, face à Fisher qui reste distant : “Elle peut voir ses efforts. La tension que lui impose la simple conversation. Mais elle ne perçoit pas sa répugnance, ou du moins ne l'identifie pas. Elle pense seulement que c'est un con arrogant.” Qu'on ne cherche aucun humour, même allusif, dans le récit. Le crime pur et dur ne fait pas de sentiment. Une sombre froideur règne dans cette histoire, exprimant le besoin viscéral de Calum de disparaître. En semant le chaos derrière lui, si possible. Les amateurs de noirceur dans le polar ne peuvent qu'apprécier ce suspense.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 05:55

La revue trimestrielle “Quinzinzinzili vient de sortir son 27e numéro de l'hiver 2014. Chaque numéro coûte 7€. On peut s'y abonner (pour 20€ par an/28€ pour l'étranger) en s'adressant à la Société des Amis de Régis Messac (71 rue de Tolbiac, Paris 13e). À Paris, cette revue est disponible chez plusieurs libraires. Les romans et autres écrits de Régis Messac sont réédités aux éditions ExNihilo, 42bis rue Poliveau, Paris 5e.

Pour les passionnés des littératures policières, il faut d'abord signaler un bel article de Jean-Louis Touchant, autour du roman noir de Dashiell Hammett “The Glass Key”. Sorti en 1931 aux États-Unis, il fut publié dès l'année suivante chez Gallimard dans la collection Les Chefs-d'œuvres du roman d'aventure. Si “Moisson Rouge” ou “Le faucon maltais” ont marqué les esprits, J.L.Touchant nous montre que l'écriture de Hammett est bien plus subtile dans “La Clé de Verre”. On peut aussi relire ici la chronique que Régis Messac (1893-1945) consacra à ce livre en août 1932.

À découvrir aussi, un article bien documenté sur la littérature prolétarienne. L'écrivain Henry Poulaille avait réuni pour un recueil quelques travaux d'auteurs, ouvrage qui n'a été publié qu'en 2013 sous le titre “La littérature par le Peuple” (Ed.Plein Chant/Les Amis d'Henry Poulaille). En son temps, Régis Messac commenta des ouvrages de certains des auteurs ayant été retenus pour ce recueil. Ses textes, ses comptes-rendus critiques, complètent l'approche de Poulaille.

La revue Quinzinzinzili n°27 est disponible

Le principal dossier de ce vingt-septième numéro de "Quinzinzinzili" est consacré à un double thème : la Guerre d'Espagne, et les premiers succès littéraires d'André Malraux. Le milieu intellectuel des années 1930, généralement pacifiste et proche du Front Populaire en France, ne pouvait que se sentir concerné par les évènements espagnols. Dès le début de cette décennie, avec la proclamation de la République, le malaise couve dans la société et dans l'Armée. Les tensions montent dès 1934, mais c'est aux élections de 1936 qui voient la victoire du Frente Popular que se déchaîne la guerre civile. Regis Messac suit de près la montée fasciste. Il écrit dans des hebdos pacifistes comme "Le Barrage". Il chronique des livres tel celui d'un magistrat de Burgos, qui témoigne de l'ambiance née de ce nationalisme qui deviendra le franquisme. Autant de textes "à chaud" issus du contexte d'époque, ce qui leur attribue une valeur. En parallèle, Régis Messac n'est nullement convaincu par les livres d'André Malraux : "Les conquérants", "La voie royale", "L'espoir". Les romans d'aventure de Georges Sim seraient aussi convaincants, selon lui.

Pour mémoire, l'enseignant Régis Messac est l'auteur d'une thèse “Le «detective Novel» et l'influence de la pensée scientifique”, publiée en 1929 et rééditée par Les Belles Lettres, récompensée en 2012 par le Prix Maurice Renault de l’association 813. Ce fut un écrivain éclectique ("Valcrétin", "Quinzinzinzili","Le miroir flexible", "La cité des asphyxiés", "A bas le latin !"). Dans les années 1930, Régis Messac fut un des principaux contributeurs de la revue "Les Primaires". Outre les articles culturels, il fut l'auteur d'éditoriaux politiques, à la tonalité pacifiste et sociale, tranchant avec le populisme qui montait alors. Cette revue "Quinzinzinzili" est riche d'informations sur son temps, sur son univers.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Infos et évènements
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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 05:55

Un recueil de neuf nouvelles de Pascal Garnier (1949-2010)

"Elle et lui" : C'est certainement la première fois qu'ils prennent le même métro. Elle, jeune employée de bureau, mène une vie très active et aime à se cultiver. Elle rêve parfois à Constantine, le ville d'origine de ses parents. Elle n'attire pas plus que ça l'attention. Lui, il travaille au rayon poissonnerie d'un supermarché. Même en se nettoyant bien, un odeur de marée persiste sur lui. Il rentre chez lui, s'inquiétant pour son vieux chat. Une panne du métro, ça perturbe et retarde les passagers. Il fait nuit quand elle et lui descendent à la même station.

"Vieux Bob" : Le café-tabac-restaurant d'Arlette, elle l'a hérité de sa mère. De même que le vieux berger allemand Bob, gardien illusoire des lieux. Il se traîne quelquefois, rarement, jusqu'à l'arbre d'en face pour y faire ses besoins. Sinon, il reste douillettement installé non loin du comptoir. Pendant le service, il gêne le personnel qui va et vient. Bien davantage que Pierrot, le pilier de comptoir qui écluse bière sur bière. Qu'on l'envoie faire un tour à la campagne, ça ne dérange pas le vieux Bob.

"Cabine 34" : C'est un vacancier anonyme en villégiature pour une quinzaine de jours en bord de mer. À la plage, allongé sur sa natte, il observe la famille qui occupe la cabine 34. Des gens qui possèdent sûrement une villa cossue dans les environs. Parmi leurs enfants, c'est surtout la gamine qui retient l'attention de ce touriste. Au point de lui inspirer un désir obsédant. Il aimerait bien approcher de plus près cette famille et la petite fille, savoir où donc habitent ces voisins de plage et leur chien Boulou.

"Ville nouvelle" : La famille Jantet s'est installée ici voilà une douzaine d'années. C'était plus que neuf, puisque tous ces quartiers étaient encore en chantier. Robert et Édith, les parents. Olivier et Nelly, les enfants. Les Brisseau et leur fils Antoine, les voisins. Ni loin, ni près de Paris, propre mais pas tellement vivant, comme souvent ces villes nouvelles. Le temps a passé. Il y a un an que, après Olivier, sa sœur Nelly a quitté la maison. Une sorte de fuite, car elle revient rarement déjeuner en famille. Édith ressent une nervosité morose qu'elle s'efforce de masquer tant bien que mal.

"Paris-Melun-Paris" : Un trajet dans un train de banlieue. C'est aussi bien un vieux couple qui rentre vers Melun, sans avoir grand-chose à se dire, observant le paysage déjà connu. Ou, dans l'autre sens, un jeune homme un peu tendu accompagné de ses parents. Lui, il va prendre le train seul, abandonnant ses proches sur le quai de la gare.

"Eux" : Ils se sont rencontrés la veille dans un bal, à Caen. Victor est Malien, vivotant depuis quelques années en France, logeant dans un foyer, s'habillant classe pour sortir. Il bosse aux entrepôts, derrière la gare. Née ici, la très brune et rondelette Zoubida est fille de Harki. L'ambiance familiale est plus ennuyeuse que tout pour elle. Chacun de son côté, Victor et Zoubida estiment que ce bal n'a rien de tellement excitant. Ensemble, ils éprouvent un besoin d'évasion. Une parenthèse qui n'a pas nécessité de les mener loin, juste jusqu'au bord de la mer.

Pascal Garnier : Vieux Bob (Éditions In-8, 2014)

Publié dans la collection Polaroid dirigée par Marc Villard, ce recueil inclut encore trois autres nouvelles : “La barrière”, “Couple chien plage”, “Ami”. Dans tous ces textes, c'est un regard aiguisé sur le quotidien que porte Pascal Garnier. Peu de faits marquants, ni de réel héroïsme, dans la population lambda. Invisible parmi la foule, on prend le métro ou le train. Ou, tels Édouard et Marie-Hélène, jeune couple modeste et futurs parents, on se balade dans les rues tristes avec un landau. On rumine certains souvenirs, peut-être des moments un brin plus heureux.

Il arrive qu'un fantasme malsain traverse l'esprit, avec ou sans conséquence. On va au boulot, à la plage, ou manger dans ce bistrot dans lequel rôde un vieux chien inoffensif. Ces moments et ces images, c'est avec humanisme que l'auteur savait les décrire. Photos instantanées qui nous parlent du monde tel qu'il va, en bien et en mal, beaucoup mieux que ne le ferait un sociologue. Pascal Garnier a su illustrer la banalité apparente de notre quotidien, ces neuf nouvelles en témoignent.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Polar_2014 Livres et auteurs
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18 décembre 2014 4 18 /12 /décembre /2014 05:55

Au début des années 1970, le Montana compte à peine 700.000 habitants. État du nord des États-Unis, où se trouve la petite ville de Midbury, 1500 âmes dans un comté qui en recense 3500 à 4000. Quadragénaire, Chick Charleston en est le shérif depuis quelques années. Âgé de dix-sept ans, étudiant doué pour le base-ball, Jason Beard est un supplétif dans l'équipe du shérif, trop jeune pour être adjoint. Néanmoins, Charleston lui accorde sa confiance pour certaines missions. Ce soir-là, il y avait un pique-nique au clair de lune, sur le territoire vallonné de Midbury. Buster Hogue a été abattu d'une balle dans la tête. Sa tête chauve, avec ou sans son chapeau, faisait une belle cible. Il est transporté par Jason aux urgences d'un hôpital proche. Rien n'indique qu'il survivra malgré les soins apportés par le Dr Ulysses Pierpont, qui est psy et non généraliste comme Old Doc Yak.

Veuf, père de Buster Junior et du simplet Simon, Buster Hogue est un gros propriétaire de la région, cumulant les terres et les troupeaux. C'est peu dire qu'il a beaucoup d'ennemis dans la contrée. Souvent, il s'agit de bisbilles sans conséquences entre voisins. Comme avec Guy Jamison, qui tient un ranch pour touristes qu'il n'a pu étendre à cause de Hogue. Jason et le shérif vont ensuite interroger Ben Day, dans son ranch minable. Lui aussi a eu des embrouilles carabinées avec le puissant Buster Hogue. Le plus taiseux des témoins qui étaient au pique-nique, c'est le vieux McNair. Il déteste les flics, qu'il traite de “taons”. Assez copain avec Hogue, il a récupéré son chapeau abîmé. Moitié-Français, moitié-indien, Pierre Chouquette est une sorte d'ermite qui ne s'occupe que de son boulot, ramasser du bois. Que Buster Hogue ait été blessé grièvement ne l'intéresse nullement.

Pratiquant la pêche à la ligne après une averse, Jason trouve la douille de l'arme du crime. La mort de Buster Hogue venant d'être annoncée, il s'agit officiellement d'un meurtre. Le shérif doit calmement remettre les choses au clair avec Buster Junior, qui l'a publiquement provoqué pour son manque d'efficacité. Jason et Charleston rendent visite au Professeur Hawthorne (avec sa fille Marguerite). Cet ancien géologue dans le pétrole, devenu écolo, est un collectionneur d'armes anciennes. Un de ses fusils a disparu, probablement l'arme du crime. Ne résidant que ponctuellement ici, le psy Pierpont vient parler au shérif du cas de Simon Hogue, son patient. Une semaine passe jusqu'aux obsèques de Buster Hogue, sans progrès de l'enquête. Neuf jours plus tard, c'est au tour de Ben Day d'être assassiné dans sa ferme, d'un coup de feu. Ce qui ne trouble guère sa veuve.

La vieille Mrs Jenkins perdant la tête, elle a dû être confiée à un lointain hôpital. Jason l'y a conduite. Au retour, il fait la connaissance par accident de Mike Day, le frère de Ben Day. Un homme assez malin dans les investissements, semble-t-il. La police de l’État a envoyé un enquêteur à Midbury, Gus Gewald. Ce dernier pense qu'il s'agit d'une affaire d'adultère entre Buster Hogue et Ben Day, non sans envisager d'autres hypothèses improbables. Le shérif a collecté plus d'indices qu'il n'y paraît. Il va bientôt piéger le coupable…

A.B.Guthrie Jr : Retour de bâton (Série Noire, 1994)

Alfred Bertram Guthrie, Jr. (1901-1991) se fit connaître en France avec deux westerns : “La Captive aux yeux clairs” (Denoël, 1947) et “Oregon-Express” (Denoël, 1956), Prix Pulitzer 1950. Ces romans ont été réédités en 2014 chez Actes Sud, collection «L’Ouest, le vrai» sous le titre “La Route de l’Ouest”. La Série Noire publia plusieurs romans de la série ayant pour héros le shérif Chick Charleston : “Retour de bâton” (1994 - Wild Pitch), “Le produit d'origine” (1996 - The Genuine Article), “Les loups sont innocents” (1981 - No Second Wind). Deux autres titres avec Chick Charleston, Playing Catch-up (1987) et Murder in the Cotswolds (1989) n'ont jamais été traduits en français.

Si Nicholas Evans, James Lee Burke, et quelques autres romanciers ont pris depuis pour décor le Montana, A.B.Guthrie Jr les précéda avec autant de talent. Cette histoire racontée par le jeune Jason Beard, c'est avant tout la chronique d'une petite localité du Montana. Un pochtron qui est plutôt mieux en cellule que dehors, un incident avec le vieux cheval du vieux Plenty Toogood, Mabel Main la standardiste gardée malgré l'automatisation du téléphone, la vieille Mrs Jenkins qui chantonne n'importe quel air, Jason assez bon sportif qui rend de menus services à chacun, tout cela constitue la vie d'une bourgade telle que celle-ci. Dans ce pays peu peuplé, les distances avec les villes voisines font également partie du rythme de leur quotidien.

Décrire l'ambiance ne signifie pas que l'intrigue soit mineure, bien au contraire. Mais ça explique que le shérif Chick Charleston ne se précipite pas dans son enquête, qu'il ne compte nullement sur des empreintes ou des témoignages décisifs. À côté de son équipe routinière d'adjoints, la jeunesse de Jason est un atout qu'il ne néglige pas. Au final, on s'aperçoit que la construction du roman est plutôt subtile. Cette première enquête du duo offre un suspense de très belle qualité.

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