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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 06:12

 

Bien qu’il ne s’agisse pas de fictions, deux ouvrages documentaires récemment publiés s’adressent aux lecteurs de polars. L’un raconte la conception du monde réel de l’espionnage, vue par un ancien professionnel. L’autre reprend plusieurs études sur le roman noir. Une autre manière, analytique, d’aborder le thème.

Dans la collection Sagesse d’un métier, les Éditions l’Œil neuf présentent le livre d’Alain Chouet La sagesse de l’espion (2010)

C’est ne rien comprendre que d’accuser les services secrets de faire "dans l’illégalité". Le fait est évident. Ils ne font même que cela. C’est leur vocation et leur raison d’être. Le renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des autres. Le problème n’est pas d’obtenir, fût-ce avec virtuosité, ce que les autres peuvent dire ou montrer, mais bien ce que leurs lois, leurs coutumes ou leur environnement social leur interdisent formellement de communiquer ou de faire. DocuCHOUETConsidérant cette fin, il va de soi que les moyens mis en œuvre seront en rapport : manipulation, séduction, corruption, violence, menace, chantage, au terme d’un processus qui aura mis à nu toutes les facettes de l’objectif visé, pénétré son intimité, exploité toutes ses vulnérabilités.

Né en 1946 à Paris, Alain Chouet est entré à la DGSE en 1972. Il a longtemps servi en postes extérieurs au Moyen Orient, en Afrique du Nord et en Europe avant de diriger le Service de renseignement de sécurité chargé de la lutte anti-terroriste, de la contre-criminalité et du contre espionnage à l’étranger.

Voici un extrait du début de cet ouvrage.

« L’Histoire humaine est plutôt fertile en affaires d’espionnage et de renseignement (…) Mais si l’histoire des espions se perd dans la nuit des temps, elle reste largement celle d’individus isolés, marqués du sceau du destin et en général voués à un sort funeste. En revanche, les services d’espionnage organiquement constitués, disposant de personnels, locaux, budget et moyens permanents sont de création très récente. Les plus anciens datent du début du 20e siècle. La France attendra 1946 pour se doter d’un service de renseignement à vocation généraliste et planétaire, le SDECE. Il n’est nul besoin de se livrer à des analyses sociologiques fines pour concevoir que, si les services de renseignement n’existaient pas, c’est tout bêtement parce qu’ils ne correspondaient pas à un besoin.

Jusqu’à la moitié du 20e siècle, les unités politiques, économiques et sociales étaient suffisamment statiques, isolées, indépendantes, pour ne pas avoir à intervenir de façon subtile dans la vie de leurs voisins, concurrents ou adversaires. La concurrence politique et économique entre systèmes autarciques, protectionnistes et centralisés ne pouvait se résoudre que par la menace ou l’exécution d’affrontements armés et violents. Au mieux pouvait-on espérer repousser les échéances par le jeu de quelques ambassadeurs habiles ou des alliances, y compris matrimoniales, savamment orchestrées.

Dans ce contexte la classe guerrière, et plus tardivement la diplomatie, instruments ultimes du pouvoir de l’État, disposaient d’un statut social reconnu et privilégié. La noblesse était avant tout d’épée. Les casernes ont encore aujourd’hui quelque nostalgie du sang bleu et les annuaires diplomatiques ne sont pas chiches en particules. La guerre et la diplomatie, modes ordinaires de relations entre les peuples, ont été rapidement normalisées par des ensembles de lois communément acceptées et généralement respectées, qui ont trouvé leur origine dans les traités de Westphalie et d’Utrecht et leur achèvement dans les Conventions de Genève et de Vienne.

L’espion était évidemment hors de ces normes. Son utilisation se bornait au besoin ponctuel du chef de guerre d’être informé des dispositions de l’armée adverse ou à celui du Prince de percer les intentions malveillantes du potentat voisin. Comme on ne passait quand même pas tout son temps à préparer des batailles ou à ourdir des complots, la fonction était intérimaire et, puisqu’il faut bien vivre, mercenaire. Le métier n’y gagnait pas en prestige. Affranchi des allégeances personnelles qui constituaient le seul fondement des sociétés antérieures à l’idée nationale, l’espion était littéralement un individu sans foi ni loi, félon par définition, gibier de potence par destination...»

http://www.sitedit.eu/mutu/oeil9/index.php?sp=liv&livre_id=51

 

DOCU-Manières de NoirLes Presses Universitaires de Rennes publient donc un livre consacré à l’étude de la fiction policière contemporaine. Sous la direction de Gilles Menelgado et Maryse Petit, Manières de noir mène l’enquête sur le roman policier : à quoi sert-il aujourd’hui ? Quelle a été son évolution depuis les années 70 ? Quelle est sa place actuelle dans la littérature ? La contamination par le "Noir" de la littérature générale est examinée ici, à travers les œuvres d’auteurs européens et américains contemporains, tels que Fred Vargas, Thierry Joncquet, Didier Daeninckx, Ian Rankin, David Peace, Henning Mankel, les frères Vaïner, James Ellroy, Jerome Charyn, Michael Connelly, etc, mais également celles d’écrivains mainstream comme Graham Swift, Kasuo Ishiguro ou encore Patrick Modiano, eux aussi séduits par la "manière noire" qui participe à divers degrés de leur imaginaire fictionnel.

Parmi les thèmes abordés : de Delphine Cingal, "Lectures du corps : de Sherlock Holmes à Kay Scarpetta"; de Mchèle Witta, "Le roman policier historique : une anomalie ?"; de Stéphanie Benson, "La langue étrange de David Peace ou l’exilé du Yorkshire"; de Maryse Petit, "Harry Bosch ou la stratification du monde" (Michael Connelly); de Léo Lapointe, "«Donnez-nous notre pékin quotidien» la polarisation du monde comme produit d’une rencontre"; de Françoise Abel, "Nostalgie des valeurs-valeur de la nostalgie chez M. V. Montalban"; de Maria Dolorès Vivero García, "L’humour dans l’enquête criminelle chez Fred Vargas"… et bien d’autres sujets développés.

348 pages et un cédérom (Paroles d’écrivain: Tanguy Viel - Dominique Manotti - Fred Vargas - Freddy Michalski (traducteur) - Table ronde avec Léo Lapointe, Philippe Huet (écrivains) et Gilles Guillon (éditeur).

http://www.pur-editions.fr/detail.php?idOuv=2408

 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 06:15

 

PLAQUE1Coup d’œil sur les nouveautés parues chez Pocket en ce mois de septembre. Outre "Chiens de sang" de Karine Giebel, chroniqué ici, trois thrillers nous sont proposés.

 

Pocket-Sept1On ne présente plus Myron Bolitar, le personnage créé par Harlan Coben, qui le considère comme son double inversé. Il est de retour dans "Peur noire".

Mauvaise passe pour Myron Bolitar : au moment même où son agence bat de l'aile, ce coup de fil d'Emily Downing... Un premier amour qui reprend contact n'est jamais très bon signe. D'autant qu'il y a treize ans, Emily n'a rien trouvé de mieux à faire que de le plaquer pour Greg, le rival détesté. L'homme qui a élevé, lui apprend aujourd'hui Emily, son propre fils, Jeremy... La nouvelle désarçonne Bolitar mais une seconde le remet vite en selle : Jeremy souffre d'une grave anémie qu'une greffe de moelle osseuse seule pourrait guérir. Et l'unique donneur compatible s'est évanoui dans la nature... Des pères, des fils, un journaliste plagiaire, un tueur en série, des tuiles en pagaille et des ardoises à régler... La course au donneur est lancée, et l'enjeu n'a rien d'une partie de base-ball...

 

Pocket-Sept2Après "Le dernier templier" et "Eternalis", voici le nouveau thriller de Raymond Khoury : "Le Signe".

Et si un symbole s'apprêtait à changer le destin de l'humanité ? Alors qu'une équipe de télévision effectue un reportage sur les conséquences du réchauffement climatique en Antarctique, une gigantesque sphère de lumière apparaît au-dessus des glaces, avant de se volatiliser. Les images, diffusées dans le monde entier, mettent la planète en émoi. Est-ce le présage d'une catastrophe écologique imminente ? Un message divin ? Un ovni ? Une gigantesque supercherie ? Tandis que la communauté scientifique se mobilise pour tenter d'interpréter cette apparition, en Égypte, un moine reconnaît le signe : il s'agit d'un motif que dessine inlassablement le père Jérôme, un célèbre ermite. La journaliste Gracie Logan décide de se rendre dans le désert égyptien... 

 

Pocket-Sept3

Après "Shadow man", sort le nouveau suspense de Cody Mc Fadyen : "La mort en face".

 

Agent chevronné du FBI, Smoky Barrett peine à croire ce que lui révèle la jeune Sarah : l'adolescente affirme que, depuis dix ans, un inconnu sort de l'ombre régulièrement pour torturer et tuer sous ses yeux les gens qu'elle aime. Sans aucune explication, il a décidé de ruiner méthodiquement sa vie et de la pousser vers la folie. Si tous les meurtres précédents étaient maquillés en suicide, les trois derniers révèlent enfin l'existence du bourreau de la jeune fille. Le monstre aurait-il enfin commis une erreur ? Ou bien a-t-il réservé à Smoky un rôle de choix pour achever son terrifiant "chef-d'oeuvre" de cruauté ?

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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14 juillet 2010 3 14 /07 /juillet /2010 06:11

 

Coup d’œil sur cinq suspenses qui sont publiés à la rentrée 2010, de fin août à début octobre. Des romans que l’on peut déjà découvrir à travers leurs présentations d’éditeurs.

Paul Cleave : Un employé modèle (Éd. Sonatine, fin août)

rentée-CLEAVEChristchurch, Nouvelle-Zélande. Joe Middleton contrôle les moindres aspects de son existence. Célibataire, aux petits soins pour sa mère, il travaille comme homme de ménage au département de police. Ce qui lui permet d’être au fait des enquêtes criminelles de la ville. En particulier celle relative au Boucher de Christchurch, un sérial-killer sanguinaire accusé d’avoir tué ces dernières semaines sept femmes dans des conditions atroces. Même si les modes opératoires sont semblables, Joe sait qu’une de ces femmes n’a pas été tuée par le Boucher de Christchurch. Il en est même certain, pour la simple raison qu’il est le Boucher de Christchurch.

Contrarié par ce coup du sort, Joe décide de mener sa propre enquête, afin de punir lui-même le plagiaire. Et, pourquoi pas, de lui faire endosser la responsabilité des autres meurtres. Ayant accès à toutes les données de la police, il va d’abord se concentrer sur cette «septième victime» pour tenter de connaître le mobile du tueur. Il lui faudra ensuite savoir comment l’homme qu’il cherche a pu avoir connaissance de son mode opératoire dans les moindres détails, au point de leurrer les forces de l’ordre. Se mettre dans la peau du tueur, en quelque sorte: ça, il connaît !

rentrée-WAGNERJan Costin Wagner : L’hiver des lions (Éd. Jacqueline Chambon, 1er septembre)

Comme chaque année depuis la mort de sa femme, Kimmo Joentaa choisit d’être de garde au commissariat et de passer le soir de Noël dans la solitude. Mais voilà que surgit une femme blonde, une prostituée qui veut d’abord porter plainte contre un client, avant de se rétracter. À peine est-il rentré chez lui que Kimmo Joentaa reçoit un appel téléphonique. Le médecin légiste vient d’être retrouvé mort, assassiné dans un bois enneigé où il faisait du ski. Quelques jours après, c’est un célèbre créateur de faux cadavres pour le cinéma qui est à son tour poignardé. Les deux hommes possèdent un point commun: ils ont participé à un talk-show télévisé, dont le présentateur est bientôt victime d’un attentat qui échoue. Le policier comprend que quelque chose s’est passé durant l’émission, un fait un a bouleversé le meurtrier actuel. Encore une fois, c’est l’empathie du commissaire pour ceux que la perte d’un proche a rendu inconsolable, et qui vivent dans l’obsession de la mort, qui va le mettre sur la voie. Humanisme et délicatesse des sentiments, tels sont les atouts de Kimmo Joentaa.

Petros Markaris : L’empoisonneuse d’Istanbul (Éd.Seuil, 9 septembre)

rentrée-MARKARISKatérina, la fille du commissaire Charitos, se marie civilement, pas devant le pope ! La cérémonie tourne court : personne ne se parle. Pour calmer sa femme, Charitos lui offre un voyage à Istanbul où ils prennent contact avec la petite communauté grecque des Roums. Mais le séjour est bientôt troublé. Maria, une nonagénaire, aurait empoisonné son frère en Grèce avant de filer à Istanbul. Pour éviter un incident diplomatique, Charitos est chargé par son supérieur d'enquêter en collaborant avec un jeune collègue turc : méfiance ancestrale au programme. Multiplication de cadavres, indices minces. La vieille Maria se déplace comme un fantôme et a toujours une longueur d'avance sur la police. Charitos rentrera-t-il à temps pour le mariage religieux auquel Katérina a finalement consenti ?

Sophie di Ricci : Moi comme les chiens (Éd.Moisson Rouge, septembre)

rentrée-DI RICCILe jour où son père lui annonce l'achat d'un mobile home "sympa pour l'été", Alan décide de quitter sa famille crasseuse. Il part pour la grande ville où il erre de fast-food en pubs, de mecs en mecs et de taudis en squat. Il y rencontre Mickey et Bouboule, les siamois, deux gamins paumés qui tapinent sur le boulevard pour se payer leurs doses. Alan convoite cet argent facile car il commence à être grillé dans les bars où il lève habituellement des pigeons. Sur le boulevard, il est la vedette. Mais un gamin comme lui ne couche pas. Du moins, pas dans les bagnoles, ni contre le grillage de l'impasse où il emmène ses michés. Il est trop beau pour ça. Trop fier et trop sûr de lui, aussi.

Le type étrange qui les observe presque tous les soirs dans une Peugeot 306, on l'appelle Hibou. Momo a dit qu'il avait plein de fric, parce que c'est un ancien du grand banditisme. Il est dangereux et armé. Et même que si c'est pas un ancien bandit, ce type-là est sûrement tueur à gages.

Dan Waddell : Code 1879 (Éd.Le Rouergue, 6 octobre)

rentrée-WADDELLLa journée de l’inspecteur Grant Foster commence mal. Le cadavre d’un homme, que son assassin a amputé des deux mains avant de le poignarder, vient d’être découvert abandonné dans un cimetière de l’ouest londonien. Le corps semble être tombé du ciel. Lors de l’autopsie, Grant Foster relève une inscription énigmatique, taillée au couteau dans la peau de la victime. Le seul talent d’enquêteur de Foster ne suffira pas pour venir à bout de ce mystère. L’indice laissé par le tueur l’oblige à contacter un généalogiste professionnel, Nigel Barnes. Alors que peu après un deuxième corps est identifié, le duo se trouve plongé dans les bas-fonds du Londres victorien de la fin du 19e siècle. Ils vont parcourir les obscurs méandres d’une affaire criminelle datant de 1879, qui semble liée aux meurtres actuels. Une course contre la montre est engagée contre le psychopathe qui, selon Nigel Barnes, prépare d’autres exécutions. Foster doit interrompre au plus tôt ce parcours sanglant…

À noter aussi : Début octobre, paraîtra le très attendu deuxième roman de Carlos Salem chez Actes Noirs, Nager sans se mouiller. Aux Éditions du Rouergue, à cette même période, Les disparus de Laogaï de Michel Imbert s’annonce comme un roman sombre de belle qualité. Après Seul le silence et Vendetta, PLAQUE1le nouveau roman de R. J. Ellory aux Éditions Sonatine, Les anonymes, sort le 7 octobre. Le même jour, sortie du nouveau titre d’Anne Perry chez 10-18 (format hors collection) De soie et de sang. Les admirateurs d’Elizabeth George découvriront encore ce jour-là Le cortège de la mort, aux Presses de la Cité. Naturellement, il y aura bien d’autres suspenses à découvrir en cette rentrée 2010...

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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10 juillet 2010 6 10 /07 /juillet /2010 06:24

 

Alexandre Clément nous présente son nouveau titre "Le roman de Tony" (Editions Papier Libre, poche 11 €).

« Toute personne qui penserait s’y reconnaître, serait dans l’erreur. Quelques lieux qui existent réellement et quelques affaires criminelles qui ont assuré la renommée de Marseille en son temps servent de décor. Mais on sait que depuis des décennies, la République a bien travaillé, que la Mafia n’existe pas en France et que les hommes politiques, la police et la justice ne sont pas corrompus.»

ALEXANDRE CLEMENTTel est l’avertissement de l’auteur, Alexandre Clément. Les Marseillais et ceux qui connaissent bien la ville sauront lire entre les lignes. Pour ceux à qui la capitale phocéenne et ses personnages pittoresques sont étrangers, "Le roman de Tony" ne pourra que combler leur curiosité. Avec grand plaisir. L’histoire d'un grand bandit marseillais sur plusieurs décennies ne manque pas de piquant ni d’émotions fortes. Dans ce roman vivement mené, l’auteur nous fait vivre l'ascension et la chute d'un caïd qui a compté pour beaucoup dans l’histoire du grand banditisme Français. Mais derrière cette triste et bruyante saga, écrite dans un style parfaitement réaliste, c'est le contexte social et historique de la ville qui est mis en avant.

Alexandre Clément a obtenu le Prix du Polar Marseillais en 2007 pour son roman "Sournois" paru chez L’écailler du Sud. Il est également l’auteur de "Frédéric Dard, San-Antonio et la littérature d’épouvante" (publié par Les polarophiles tranquilles en 2009). Voici les premières lignes de son nouveau roman…

« Même si je n’étais jamais passé auparavant devant un tribunal, je savais que ce serait comme ça. Que c’était la règle du jeu : le procureur demanderait le maximum et l’avocat essaierait de réduire la peine dans une discussion de marchands de tapis. Le soleil m’arrivait en pleine figure, du côté gauche, ça me faisait cligner de l’oeil et je commençais à avoir un peu chaud dans le costume sombre que j’avais enfilé pour la circonstance, histoire d’avoir l’air d’un jeune homme de bonne famille. C’était un jour ordinaire: la société rendait sa justice. La salle était bondée, le tribunal correctionnel était toujours encombré. Des mecs et des putasses qui attendaient leur tour pour avoir leur compte, comme à la sécurité sociale ou à l’ANPE, bien rangés sur leur petits bancs de bois sombre et lustré par des années de délinquances.

J’entendais vaguement, à travers le brouhaha, le procureur qui faisait des effets de manche en racontant que je n’avais aucune excuse dans ma conduite. C’était un petit gros, avec une calvitie qui lui mangeait la moitié du crâne et des lunettes à monture métallique qu’il faisait glisser sur le bout de son nez. Il avait joint ses mains boudinées sur le devant de sa poitrine, seuls les bouts de ses doigts se touchaient, comme j’imaginais un prélat en train de dire la messe.

— Il ne faut pas se laisser abuser par la jeunesse du prévenu et son visage d’ange, disait-il avec sa voix mielleuse. Il vient d’un bon milieu, monsieur le président, son père est fonctionnaire, sa mère travaille dans une cantine scolaire, son frère réussi en tant qu’expert comptable. Ce sont des gens modestes, mais sans problème, qui se sont toujours débrouillés pour essayer d’offrir le meilleur à leurs fils. Ils ont fait tous les sacrifices pour leurs enfants. Et d’ailleurs, Antoine Vercellone n’avait pas de si mauvais résultats scolaires que ça. Il aurait pu choisir une autre voie, s’il avait eu un peu plus de discipline et de fermeté de caractère. Mais, non, il a fait le pari d’une autre destinée. Ce n’est pas une victime de la société, mais la société qui est victime de ses agissements déviants…

Oui, il avait raison, je n’étais pas une victime, encore que ça dépend comment on voit les choses. Parce que moi, je trouve qu’on est tous des victimes, victimes de notre connerie congénitale, victimes des trou-du-culs qui nous entourent, PLAQUE1victimes des circonstances et du hasard des rencontres. Souvent je me suis posé cette question, est-ce que j’aurais pu devenir autre chose que ce que je suis devenu ? Bah, à quoi bon disserter, on ne devient que ce qu’on est. Ce n’est même pas la fatalité, c’est comme ça…»

Consultez le site www.editions-nuits-blanches.com

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 06:21

 

«  Maudite Maggie Paddington !

Sur la route de Portree, ville principale de l’île de Skye, le docteur Oliver McLaughlin ne cessait de pester. Enfin parvenu devant sa maison bleue, il plongea la main dans le vide-poches, s’empara de son bipper, et déclencha rageusement l’ouverture du portail automatique.

Vingt heures trente , songea le médecin, et il fait déjà nuit. Même en juin, les nuages s’accrochent sur les sommets des Cuillin Hills, comme pour mieux nous raccourcir les jours…Maudite Maggie ! tonna-t-il encore.

Mais puisque le portail tardait à s’ouvrir, le docteur trouva le temps de réfléchir : Cesse de te plaindre, Oliver… A cinquante ans passés, si tu as choisi l’isolement de Skye, avoue que c’est aussi parce que tu n’en pouvais plus de Glasgow… Ton idéal de médecine pour les plus démunis, ta "médecine sociale", ça ne t’a pas aidé à faire fortune. Tu t’y es même épuisé.

SWEENEY-2010Involontairement, McLaughlin émit un profond soupir, et il cessa de tapoter sur le volant de sa Volvo. Mais pour aussitôt s’énerver de plus belle : Maggie Paddington, cette sournoise ! Je me doutais bien que sa brusque fièvre n’était qu’un prétexte pour m’attirer dans ses filets. Me déranger en plein dîner avec mon épouse, pour me recevoir dans cette chemise de nuit indécente… Non, vraiment !

D’ailleurs, se souvint-il brusquement, j’espère que Priscilla m’aura gardé une part de son appétissant chranachan. Je raffole de ces sucreries. Le docteur s’aperçut alors que les voyants au-dessus du portail avaient cessé de clignoter, et que l’entrée était enfin dégagée.

Il engagea la première, puis relâcha doucement la pédale d’embrayage. Mais, au même instant, sa portière s’ouvrit d’un coup. Oliver eut à peine le temps de distinguer le visage encagoulé qui se jetait sur lui. L’homme lui passa le bras autour du cou, arracha sa ceinture, et le tira violemment hors du véhicule. La Volvo cala instantanément.

Affalé sur le trottoir, le bras droit remonté dans le dos, et la gorge étreinte par le biceps de son agresseur, McLaughlin entendit une voix sourde lui ordonner :

  – Prends ta sacoche !

Sans réfléchir, de sa main gauche encore libre, le médecin s’empara de la serviette tombée sur le plancher. Aussitôt, l’inconnu le força à se relever, puis il l’entraîna de l’autre côté de la rue. Le cerveau saturé par le souffle de l’homme dans ses oreilles, la seule pensée qui traversa l’esprit du docteur McLaughlin fut : Je crois que le cranachan attendra… »

 

Ainsi débute "Les démons de l’île de Skye", nouvelle enquête de l’inspecteur Sweeney, le héros créé par John-Erich Nielsen. Nul doute que cette nouvelle affaire, menée par le jeune policier à l'apparence indescriptible, soit aussi agitée que les précédentes.

James Callahan, le plus célèbre acteur écossais, coule des jours heureux dans son château de Havengear, en compagnie de son épouse l'actrice américaine Shauna Powers et de sa fille adoptive Lucy. Jusqu'à ce qu'une nuit de juin, toute la famille disparaisse. Les traces de sang dans le hall d'entrée ne présagent rien de bon. Et qui se trouve à bord du voilier de Callahan ? Huit jours d'enquête, peut-être huit jours d'enfer, avec pour seul objectif de retrouver les disparus. Tel est le programme pour l'inspecteur Sweeney, qui va être confronté aux démons de l'Île de Skye...

PLAQUE1Nous en saurons plus début août 2010, à la sortie de ce roman. Il sera présenté à l'occasion du Festival Interceltique de Lorient.

En attendant, on peut toujours contacter le site de l’éditeur :

www.headoverhills.com.fr

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11 juin 2010 5 11 /06 /juin /2010 06:30

 

Coup d’œil sur l’actualité de la collection Seuil Policiers. Ce sont trois romanciers confirmés qu’on nous propose en cette fin de printemps 2010. ASEUIL-CONNELLY-1uteur, entre autres, de Créance de sang, L’Oiseau des Ténèbres, Deuil interdit, Echo Park et Le Verdict du plomb, on ne présente plus Michael Connelly. Sa qualité n’est plus à démontrer, puisqu’il a été récompensé par tous les Prix Littéraires américains de sa catégorie. Michael Connelly nous revient avec "L’épouvantail".

Viré du L.A. Times, le journaliste Jack McEvoy hésite entre le dégoût et la rage. Mais c’est la fierté qui finalement l’emporte : dans les quinze jours qu’il lui reste, il compte mener une enquête qui lui vaudra, telle est son ambition, le prix Pulitzer. Et les pontes de la direction n’auront plus que leurs yeux pour pleurer. Son temps est compté. À priori, l’histoire d’Alonzo Winslow, un dealer meurtrier de 16 ans, n’a rien de prometteur: le gamin a avoué. Dans des conditions pour le moins douteuses, toutefois. Embarqué dans une aventure qui le dépasse, convaincu que la police a triché, Jack lance un S.O.S. à Rachel Walling, l’agent du FBI qu’il aime depuis toujours. Sans se douter que dans le même mouvement, il enclenche le piège machiavélique tendu par un tueur d’une intelligence et d’une cruauté ahurissantes.

 

SEUIL-PERRY-1Né en 1947, Thomas Perry a remporté l’Edgar en 1983. Il s’est fait connaître grâce à la série Jane Whitefield. Après "Blonde de Nuit", voici le nouveau suspense de Thomas Perry : "Silence".

Un soir, Wendy Harper, la propriétaire d’un restaurant très en vogue de Los Angeles, est sauvagement agressée par un inconnu qui, c’est clair pour elle, veut la tuer. Heureusement, des voitures arrivant sur le parking où elle est rossée, le tueur doit s’enfuir. Apeurée, elle contacte le détective privé et ancien flic Jack Till, qui l’aide à disparaître de la circulation. Six ans plus tard, Eric Fuller, son ancien amant, est accusé de son assassinat. Qu’il n’a évidemment pas commis. La seule solution consiste à retrouver Wendy, afin de la présenter au District Attorney qui prononcera un non lieu. Jack Till se lance à sa recherche. Dans l’ombre, quelqu’un engage aussitôt un couple de tueurs à gages pour achever le travail interrompu six ans plus tôt. Et accessoirement, pour supprimer Jack Till.

 

SEUIL-CHILD-1Auteur de nombreux romans depuis 1997, dont Liste mortelle, Folie furieuse et Les Caves de la Maison Blanche, Lee Child est devenu une référence du roman d’action, avec son super héros Jack Reacher. Après "Sans douceur excessive", où celui-ci enquêtait sur un étrange kidnapping assorti d’une forte rançon, une mission à haut risque, ce personnage revient dans "La faute à pas de chance".

L’hélicoptère, un Bell 222, survole le désert californien quelque part à l’est de Los Angeles. L’homme, Franz Calvin est allongé sur une civière à même le sol, à 1500 mètres d’altitude. Il a les deux jambes cassées. Quand un des pilotes ouvre la porte latérale, tranche son harnais, et soulève le brancard à la verticale, Franz fait un pas instinctif en avant. Hurle de douleur, tente de se rétablir sur l’autre jambe, tombe et bascule dans la nuit. Dix-sept jours plus tard, Jack Reacher se tient devant un distributeur de billets à Portland, Oregon. Fauché, incognito, en cavale. PLAQUE11030 dollars ont été versés sur son compte. 1030, c’est le code d’alerte de son ancienne unité d’élite de la CIA. L’un d’eux serait-il en danger de mort ? Un seul moyen pour le savoir : les retrouver.

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2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 06:30

Parmi les nouveautés de juin 2010, coup d’œil chez J’ai Lu. Au programme, deux solides thrillers. J'aiLu-FERRIGNOL’un nous entraîne dans un roman d’aventure placé dans un avenir proche, l’autre nous propose un suspense psychologique dans un décor vénitien. Deux titres à découvrir…

 

Robert Ferrigno : "Feddayin !"

2040. Après une attaque nucléaire et une guerre civile, les États-Unis sont devenus pour l’essentiel une république islamique, exceptés quelques États sous la coupe de fondamentalistes chrétiens. La paranoïa règne. Lorsque disparaît une jeune historienne engagée, l’ancien feddayin Rakkim est lancé sur ses traces. Rakkim comprend vite que la jeune femme est en possession de documents susceptibles de saper les fondations du nouvel ordre…

Robert Ferrigno est né en Floride en 1947.J'aiLu-WILSON Ancien joueur professionnel de poker, il est notamment l'auteur de Pas un pour sauver l'autre (Seuil, 2000) et de Faux pas à Los Angeles (Encre de nuit, 2006).

 

Andrew Wilson : "La langue du mensonge"

Adam Woods est un jeune diplômé en histoire de l'art. Gordon Crace, un vieillard excentrique et collectionneur, qui vit reclus depuis vingt ans dans un somptueux palais vénitien. Entré en son service comme secrétaire, Adam est fasciné par cet érudit capricieux et secret. Commence alors entre ces deux personnages un étrange jeu de confessions intimes d'où surgit le spectre de l'ancien amant de Crace, mort en 1967.

Corruption, séduction, atmosphère envoûtante... un thriller vénéneux et subtil dans la lignée de Patricia Highsmith, où Andrew Wilson excelle à faire vaciller toutes nos certitudes. Le premier roman de cet auteur.

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21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 06:10

 

La collection Sang d’Encre des Presses de la Cité nous proposent actuellement deux thrillers particulièrement mystérieux. De la campagne britannique jusqu’au Canada urbain, d’une tuerie collective à un meurtre sans explication, voilà deux solides suspenses à l’ambiance intense.

BALE-2010Tom Bale : "La femme qui en savait trop"

Chilton est un paisible village anglais du Sussex. En ce froid samedi matin de janvier, Julia Trent trouve l’ambiance étrange au cœur de la bourgade. Bientôt, elle remarque le cadavre du postier, abattu près de son véhicule. Puis, c’est dans l’église que Julia découvre plusieurs cadavres. Moira, l’épicière qu’elle a croisé quelques minutes plus tôt, a été tuée à son tour dans son commerce. Ayant vu le criminel, Julia est visée et tente de s’enfuir. Un homme en noir intervient. Complice du tueur, ce motard supprime l’assassin. Julia parvient à se cacher, le temps que la police arrive et que le type en noir quitte le village. Découvrant l’apocalypse s’étant produite à Chilton, les policiers alertent George Matheson. Doté d'une compagne souffrante, c’est le notable le plus influent du village. Son ami l’inspecteur Sullivan vérifie qu’on a volé un fusil dans la propriété inoccupée de Matheson. Même les habitants de la ferme Hurst, isolée, ont été éliminés.

D'après la police, il ne s'agit que d'un fait divers de plus, un acte de folie perpétré par un individu visiblement dérangé. Pour Julia Trent qui, légèrement blessée, a survécu à la tuerie, l'affaire est loin d'être classée. Elle affirme à qui veut l'entendre avoir vu un deuxième homme, le jour du drame. Pour l’introuvable motard vêtu de noir, Julia est un témoin gênant. Craig, dont le père est une des victimes du carnage, a lui aussi besoin de comprendre. Peut-être bien que le village est au centre de nébuleux intérêts, d’une affaire financière douteuse. Sans doute est-il fort dangereux de chercher la vérité…

PLAQUE1ROTENBERG-2010Robert Rotenberg : "Silence radio"

Vivant à Toronto, âgé de 63 ans, Kevin Brace est l’animateur très connu d’une émission de radio matinale diffusé dans tout le Canada. M.Singh, son livreur de journaux, apprécie sa gentillesse. Mais ce jour-là, "lorsque M.Kevin leva les mains dans la lumière, M.Singh vit mieux le liquide rouge et s’aperçut qu’il était bien plus épais que du jus d’orange. Le cœur de M.Singh se mit à battre plus vite. C’était du sang. Il ouvrit la bouche mais, avant qu’il ait pu prononcer un mot, M.Kevin se pencha vers lui et murmura : — Je l’ai tuée, Monsieur Singh. Je l’ai tuée."

Kevin Brace s’accuse du meurtre de Katherine Torn, 47 ans, sa compagne depuis quinze ans. Après la découverte du cadavre par la police, Brace s’enferme dans un mutisme que ni son avocate Nancy Parish, ni le procureur adjoint Fernandez ne comprennent. Pas plus que l’inspecteur Greene et l’agent Kennicott, policiers chargés du dossier . À l’inverse, d’autres acceptent de parler, mais ne semblent pas dire toute la vérité. De décembre à juin, une sinueuse enquête s’annonce pour déterminer les conditions énigmatiques du meurtre. Et M.Singh, dans tout ça ? Il continue à suivre l'affaire... 

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Boulevard du Polar
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