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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 07:08

Kwan Chun-dok fut considéré comme le meilleur policier de Hong Kong. Sa carrière, qui débuta en 1967, dura trente ans. En 1997, il était tout juste quinquagénaire, alors on créa pour lui un poste de conseiller spécial, afin qu’il aide les enquêteurs de son ancien service, la section B du CIB, sur des cas que lui-même choisissait. C’est ainsi que Kwan devient le mentor de l’inspecteur Lok, disciple qui le sollicite jusqu’à la fin. Car hélas, en 2013, le vieux policier est mourant. Dans un coma terminal, il gît sur le lit d’une clinique. S’il ne peut réagir, Kwan entend et comprend les propos tenus autour de lui. C’est pourquoi l’inspecteur Lok a réuni dans cette chambre cinq membres de la famille Yue, entre autres propriétaires de la clinique de la Charité.

Il s’agit de résoudre le meurtre dont a été victime de M.Yuen, le PDG de cette puissante entreprise familiale, gendre de son fondateur M.Yue. On a pu croire que c’est lors d’un cambriolage ayant mal tourné qu’il a été tué. Mais aucune trace n’indiquait qu’un voleur soit venu de l’extérieur. Et tout le monde ne sait pas utiliser l’arme du crime, un fusil de pêche sous-marine. En outre, l’assassin a agi autour d’une cérémonie à la mémoire de la défunte épouse de M.Yuen. L’inspecteur Lok comprend qu’il est bon de se pencher sur la vie de chacun des membres du cercle des Yue. Grâce à un bricolage informatique simple et efficace, Kwan Chun-dok transmet (par oui ou par non) ses impressions à son disciple. Néanmoins, les secrets des Yue sont complexes, rendant l’affaire épineuse…

Dix ans auparavant, l’inspecteur Lok avait succédé à Kwan en tant que chef du CIB. Après une opération de police ratée contre le banditisme hongkongais, il enquêta sur les grands patrons de deux triades majeures, la Société de l’Infinie Justice et la Tige de la Florissante Loyauté. Le fils acteur de Grand-père Ngok, un des caïds, fut agressé. Sans doute pour avoir trop approché Tong Wing, une jeune artiste de dix-sept ans, la protégée de Chor, le second caïd. Puis la police reçut une vidéo, bientôt diffusée sur Internet, où Tong Wing était attaquée par des malfaiteurs. Sur les lieux, Lok comprit que le cadavre de la jeune fille avait sûrement été emporté par les tueurs. Kwan Chun-dok était resté dans l’ombre, mais il suivait de près l’affaire, l’embrouillant même pour que la vérité soit faite…

C’est à l’époque de la rétrocession de Hong Kong à la Chine que Kwan quitta son poste au CIB, en 1997. Son adjoint Tsoy était son successeur légitime, Lok n’étant encore qu’un inspecteur de l’équipe. Tandis que Kwan va devenir "conseiller spécial", reste à traquer les frères Shek, des truands dont l’un d’eux s’est tout juste échappé de prison… En 1989, et dès 1977, Kwan Chun-dok montra sa perspicacité dans des dossiers compliqués. Mais il faut remonter en 1967 pour saisir ses motivations profondes. Vaguement employé et livreur, le jeune homme envisage d’entrer dans la police. Bien que ça ne paraisse pas un métier honorable à beaucoup de gens, et qu’il ne soit pas sans dangers.

À cette époque, surgissent de violents conflits sociaux à Hong Hong. Les policiers sont la cible des grévistes, en tant que symboles de la répression dirigée par les Britanniques. La tension est forte avec la Chine voisine, les partisans de Mao manipulant les ouvriers. Un jour, dans la chambre voisine de la sienne, Kwan Chun-dok entend une conversation entre comploteurs. Préparant un attentat sanglant, ils passeront très bientôt à l’action. Kwan en identifie l’instigateur, le nommé M.Chow. Il va donner un sacré coup de main à Ah Sept, l’agent 4447, un policier fréquentant son quartier. Ce qui lancera sa carrière personnelle…

Chan Ho-kei : Hong Kong noir (Éd.Denoël, 2016) ― Coup de cœur ―

Le meurtre était confirmé, et la nouvelle redoubla l’attention que le public portait à l’affaire – plaçant les enquêteurs sur le gril par la même occasion. Lok et ses hommes devinaient qu’ils allaient bientôt voir l’état-major se pencher sur leur travail. Ils comptaient en particulier sur l’aide du bureau du crime organisé. Mais aucun policier n’aime à se voir dépossédé d’une affaire en cours ; il voit sa propre valeur rabaissée, celle de ses efforts passés niée. Aussi leur moral était-il au plus bas, et le découragement commençait-il à pointer à mesure que les pistes explorées se révélaient aussi improductives les unes que les autres. C’était la première fois que Lok était responsable en personne d’une enquête après dix-sept années dans la police, et la pression commençait à lui peser. Plus il s’angoissait, moins il parvenait à réfléchir sereinement.
Le lendemain de la découverte, il se retrouva à contempler la photo encadrée sur son bureau qui le représentait avec Kwan Chun-dok. Il décida d’aller le voir le soir-même pour accorder un peu de répit à sa propre cervelle torturée…

On peut hésiter à se plonger dans ce pavé de 660 pages. Et la perspective de situer les personnages aux noms asiatiques peut rebuter. Eh bien, on aurait tort. Car il s’agit d’un roman fascinant, le mot n’est pas exagéré. Un "roman", alors que six enquêtes nous sont présentées ? Oui, cette histoire se lit effectivement en continuité, et non comme une suite de nouvelles. Avec le policier émérite Kwan Chun-dok (et son adepte l’inspecteur Lok), on vit à l’heure de Hong Kong. Quelle ville étrange, énigmatique, à la géographie mal définissable, fourmillante de vie, mais aussi de trafics et de crimes, depuis bien longtemps sous l’emprise de triades mafieuses ! Au fil du récit, on va remonter le temps par étapes, en des années marquantes, d’aujourd’hui jusqu’à l’époque d’émeutes qui agitèrent ce qui était alors une colonie britannique.

Dans la postface, il est intéressant de lire l’explication par l’auteur de sa démarche. Entre romans “orthodoxes” (où prime l’enquête) et “sociétaux” (avec le réalisme des situations), il a choisi d’utiliser ces deux facettes, de ne pas en privilégier une d’elles. Il est vrai que nous découvrons des intrigues passionnantes, parfaitement conçues et racontées, autant qu’un contexte spécifique. De nombreux soubresauts jalonnent l’Histoire de Hong Kong, avec leur impact sur les forces de police. Telle une horloge détraquée, le mécanisme qui la fait fonctionner s’est parfois grippé, et ça continue à l’ère chinoise. Mais peut-être y a-t-il des habitants qui, à l’instar de Kwan et Lok, entretiennent les pièces défaillantes – en nettoyant les impuretés qui salissent Hong Kong.

Pour l’anecdote, on notera que les dictons ont leur place dans l’esprit des Chinois de cette ville. Sans oublier la notion de bluff, présente dans une grande partie de ces enquêtes. La police doit s’avérer plus rusée que les criminels, n’est-ce pas ? Ce qui introduit une part de complicité avec le lecteur. Loin d’un exotisme de pacotille, subtil et entraînant, “Hong Kong noir” est un remarquable roman à suspense, qui se lit avec délectation.

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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 06:02

En 1906, Le Touquet-Paris-Plage est une station balnéaire en pleine expansion sur la Côte d’Opale. À son retour d’Afrique, où il a passé dix années, c’est là que compte s’installer Armand Lamier. Âgé de trente-deux ans, il se nomme en réalité Rémi d’Andrézy. Après un passage dans le Légion, il partit pour le Transvaal, en Afrique du Sud, pour combattre aux côtés des Boers. Il y fut accusé du meurtre de son ami Jacob Joubert. Celui-ci possédait un exceptionnel diamant jaune, le "Jua Jicho", que le véritable assassin a dérobé. Ensuite, Rémi se joignit à une mission archéologique en Égypte, avant de regagner la France.

Au Touquet, la veuve de Jacob et leur fille Anne ont trouvé refuge chez un cousin, Herloff van Straaten, courtier en diamants. Il souhaite un prochain mariage entre son fils Ernst et Anne, dix-huit ans. Ernst n’est autre que le meurtrier de Jacob. Il est acoquiné avec les Liebmann, qui habitent un château près de Longwy. Ceux-ci sont des fabricants de canons prêts à livrer aux Allemands des secrets sur les nouveaux modèles. Ernst séjourne chez eux à cette époque. Si sa prudente mère Hortense approuve tant soit peu le mariage à venir de sa fille, Anne ne paraît pas enchantée par cette perspective.

Rémi d’Andrézy va habiter dans la maison de ses défunts parents. Son père adoptif a été condamné et exécuté pour un crime qu’il n’a pas commis. Rémi lui-même est toujours soupçonné du meurtre de Jacob. Il peut compter sur le soutien de Clarisse, l’employée de sa voisine, Mme Hoursine. Puisqu’on cherche un précepteur pour donner des rudiments de culture à Anne, Rémi se propose et obtient ce poste. Tous deux ne tardent pas à éprouver des sentiments amoureux mutuels. Néanmoins, la position de Rémi reste instable. Car des sbires d’Herloff van Straaten veillent, s’interrogeant sur le nouveau venu.

Une lettre posthume de sa mère laisse entendre que les origines réelles de Rémi ne sont pas ce qu’il croyait. Un certain Arthur Brisson est détenteur de mystérieuses informations, mais il est assassiné chez Rémi avant d’avoir pu les lui révéler. C’est alors qu’intervient le commissaire parisien Brochard. Il croit reconnaître le cambrioleur qu’il pourchasse depuis plusieurs années. Raoul d’Andrésy, se faisant aussi appeler Limézy, loge ponctuellement à la villa L’Arlésienne, au Touquet, où il est rejoint par son assistant, Grognard. Ni Raoul, ni Rémi ne savent qu’ils sont frères jumeaux. Leur famille ayant été autrefois ruinée, ils ont été élevés séparément. En Normandie ou au Touquet, des gens s’en souviennent-ils ?

Si le notaire qui employa naguère Rémi reste amical, d’autres lui veulent du mal. Il lui est bien difficile d’identifier ce joueur de limonaire (orgue de barbarie) présent lors des crimes récents. Quant au commissaire Brochard, il pense tenir son coupable. Grâce à Anne, Rémi parvient à s’échapper lors de son transfert en train vers Paris. Puis c’est Clarisse qui va l’aider à vivre dans la clandestinité. De son côté, sous le nom de Limézy, son frère Raoul fréquente la haute société de Paris-Plage, avant d’espionner ces industriels de l’armement qui semblent bien trahir la France. Le meurtre de la mendiante Maria dans la maison de Rémi, puis celui d’un tailleur de diamants d’Anvers dans le métro parisien, vont relancer l’enquête du commissaire Brochard…

Philippe Valcq : Le diamant jaune (Pôle Nord Éditions, 2016) — Coup de cœur —

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite. Il réfléchissait. Le plan de ce fourbe était à la fois simple et machiavélique. Il épousait Anne et lui offrait le diamant jaune comme cadeau de mariage de la part de son père. Ainsi, dans l’hypothèse où d’autres personnes auraient eu connaissance de la destination de cette pierre, celle-ci ne pourrait pas alors être considérée comme volée.
Ce plan devait comporter une suite abominable. Une fois marié, il s’arrangerait pour se débarrasser des deux femmes et récupérerait le plus légalement possible le "Jua Jicho".
[Rémi] devait contrecarrer à tout prix ce dessein diabolique…

Philippe Valcq : Le diamant jaune (Pôle Nord Éditions, 2016) — Coup de cœur —

Il n’est pas rare que, chez de petits éditeurs, on déniche des romans d’excellent niveau. À cet égard, la collection "Belle Époque" de Pôle Nord Éditions apparaît fort prometteuse. Ce titre retient d’autant plus l’attention que l’on peut le lire comme une nouvelle aventure inédite d’Arsène Lupin. Il ne nous échappe pas que Raoul d’Andrésy n’est autre que le célèbre gentleman-cambrioleur, le nom de Limézy figurant parmi ses autres pseudonymes. Le prénom Clarisse fait également partie de la mythologie lupinienne : ce fut celui de la compagne d’Arsène. On sait encore que la jeunesse du futur roi du cambriolage comporte bien des zones d’ombres. On aura noté les initiales d’Armand Lamier (A.L.), fausse identité de son frère Rémi. Un jumeau ? Eh oui, pourquoi pas ? Aussi intrépide que lui, bien sûr.

Hormis les références à l’univers de Lupin, c’est le contexte utilisé par l’auteur qui offre un charme certain à cette intrigue. Que Philippe Valcq soit incollable sur cette région de la Côte d’Opale et sur Le Touquet-Paris-Plage, c’est l’évidence même, puisque cet érudit a bon nombre d’ouvrages à son actif sur ce sujet. En effet, à l’instar de Sable d’Or les Pins (en Bretagne) et de quelques autres, des stations balnéaires ont été créées "ex nihilo" dès la fin du 19e siècle. Les dunes du Touquet firent partie de ces expériences imaginées par des promoteurs d’alors. Par ailleurs, nous sommes à l’époque où Louis Blériot envisage de traverser la Manche en avion, où le préfet Lépine règne sur la capitale, et où les rapports avec nos voisins Prussiens s’enveniment de jour en jour. Un thème patriotique qui figure aussi dans certaines aventures d’Arsène Lupin, faut-il le rappeler ?

La caractéristique principale des pionniers de la Littérature Policière, dont on publiait les romans en feuilletons, était de présenter une suite incessante de péripéties, captant ainsi l’intérêt des lecteurs. Du mystère, certes, mais des rebondissements à foison, du nouveau tout au long du scénario. Révéler quelques détails n’empêche pas d’attiser la curiosité, on sait déjà que la suite sera autant trépidante. C’est dans cet esprit que Philippe Valcq a conçu le présent récit, conformément à cette grande tradition. Un roman très réussi.

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 04:55

Désormais, ce Jurassien est chef de la petite brigade de gendarmerie à Clairvaux-les-Lacs, assisté par Caro et Serge. Le petit groupe manque cruellement de moyens, se cantonnant à des missions de moindre importance. Mais pour le sous-officier, l’essentiel était de rester dans sa région natale. À l’âge de sept ans, il fut "initié" à l’esprit de la forêt, à son silence. Depuis cette époque, il se montra plutôt distant envers le monde extérieur, circonspect quant au tumulte agitant à présent la société. Par exemple, l’émission de télé racoleuse qui fascine en ce moment les Français, c’est exaspérant pour quelqu’un comme lui. Rien que du spectacle, éloigné des réalités du quotidien. Même les plus mystérieux des meurtres ne captivent plus une population indifférente à ce qui est moins médiatisé.

Pourtant, c’est bien l’œuvre d’un tueur en série, ces massacres auxquels sont confrontés le gendarme jurassien et sa modeste équipe. D’abord, du côté de Saint-Claude, il y eut la famille Sarella, trois victimes. Une affaire à laquelle s’intéressa aussi le journaliste local Thomas Servano, flairant un cas sortant de l’ordinaire. Ce ne sont ni d’éventuels témoins, ni les "autorités compétentes" qui vinrent en aide à cette brigade peu préparée au crime de cette espèce. Le monstre criminel a récidivé en assassinant le famille Fioretti, habitant aussi une maison isolée. Deux carnages visant des gens sans histoire. Quand il recense les dossiers des grands criminels de l’Histoire, hommes et femmes, il s’aperçoit que beaucoup d’entre eux étaient, comme leurs victimes, des personnes plutôt banales en apparence.

Les enquêteurs se demandent si, pour gagner la confiance des victimes, le tueur ne les a pas rassurés en portant un uniforme ? Le troisième massacre se passe vers Mâcon. Abattus avec un fusil, les Lamosse vivaient dans un lotissement, donc pas à l’écart. Sans doute s’agissait-il d’une famille plus instable que les précédentes. Jouant les ados rebelles, la fille Lamosse fréquenta des petits voyous des environs. Il est probable que ces marginaux soient mêlés à des trafics de drogue, ce qui ne signifie nullement que la jeune fille ait été impliquée. L’interpellation de ces frères délinquants et de leur oncle complice vire à la fusillade entre eux et les gendarmes. Non sans causer des victimes. Servano, le journaliste, va lui aussi subir les conséquences de série de meurtres. Le Jurassien finit par découvrir le véritable point commun existant entre ces crimes…

Patrick Eris : Les arbres, en hiver (Éd.Wartberg, 2016) Coup de cœur

Lorsque je m’assis sur un des bancs installés face au lac, une fois de plus, j’eus l’impression diffuse que cette affaire sanglante affectait la forêt elle-même. Comme si ces meurtres étaient des actes "contre nature", au sens le plus littéral du terme. Je n’aurai pas de mots pour l’exprimer autrement, même si ceux-ci sont bien réducteurs.
Les arbres n’étaient pas encore entièrement dénudés, et une première ligne de hêtres dépenaillés se découpait sur la crête sombre des conifères aux sommets déchiquetés. Le soleil apparaissait souvent entre des nuages échevelés d’un beau gris-bleu, et ses rayons illuminaient les flots tout en créant mille jeux d’ombre et de lumière dont la beauté me saisit les entrailles. Une légère brise ridait le lac, le reconfigurant constamment en mille visages en perpétuel mouvement, où se reflétaient partiellement les caprices des rayons dorés. Un tel décor donnait une idée de ce qu’était le sacré, même à un mécréant comme moi. Devant tant de beauté, on ne bougeait pas, on ne parlait pas, on respirait à peine. On contemplait.
À ce moment de communion, j’aurais dû trouver la paix intérieure. Et pourtant, non. Cette affaire ne me laisserait jamais tranquille, je le savais…

Bien que mal connu, Patrick Eris est un auteur déjà chevronné, capable d’allier la forme, le fond, et l’écriture. Ce roman adopte la forme du scénario à suspense, avec une enquête d’autant moins rectiligne que les gendarmes sont peu aguerris face à ces affaires. Non pas qu’ils soient ignorants des sujets sur les tueurs en série. Mais on ne va pas déplacer le gratin des experts scientifiques citadins jusqu’en pleine Plouquie pour quelques familles exécutées chez elles. Les investigations s’avèrent sinueuses, voire chaotiques. Même si notre héros anonyme n’en voit pas vite le bout, il progresse – et le lecteur avec lui.

À notre époque, et pire encore dans le proche avenir présenté par l’auteur, les médias décident de ce dont il faut parler. On délaisse les faits locaux, l’info sur la vraie vie de la majorité des Français. Ici est abordé le fond de l’histoire, son contexte social. Hypnotisés par des shows, conditionnés par de prétendus spécialistes, entraînés par une démagogie qui sépare de plus en plus les citoyens, le plus sale égoïsme règne en maître. Des crimes dans la cambrousse ? Ça ne retient plus guère l’attention générale. Une émeute ressemble davantage au cinéma, c’est plus excitant. Les crimes en Ploukistan, qui s’en soucie ?

C’est ainsi que le gendarme jurassien cultive logiquement sa misanthropie, se réfugiant dans ses forêts montagneuses quand il n’écoute pas les "Variations Goldberg" de Bach. Un comportement qu’on n’est pas loin d'adopter parfois, quand on observe le monde actuel. Pour faire partager ces états d’âme, ça passe par une écriture exprimant l’intériorité, le "ressenti", sans négliger la fluidité du récit. Jouant autant sur le mystère, l’aspect sociétal, et l’esprit du personnage central, le style harmonieux de Patrick Eris est fort séduisant. Un polar de très belle qualité, qui mérite évidemment un Coup de cœur.

© photo Claude Le Nocher

© photo Claude Le Nocher

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 04:55

À Marseille, en mai 1981. Luc Rio est âgé d’une vingtaine d’années. Surnommé Louka, il est étudiant à la fac de Luminy. Il occupe une ex-chambre de bonne dans l’immeuble où habite sa grand-mère, Mamété, qui passe ses journées à écouter des chansons anciennes. La copulation avec sa voisine défraîchie n’excite plus guère Louka, qui préfère le petit cul rond de l’étudiante Lucie, vingt ans. Celle-ci appartient à la famille Barbelasse, membres de la bourgeoisie d’affaires phocéenne. Son oncle est politicien de droite, officiellement un modéré, mais entouré des gros bras du Service d’Action Civique gaulliste. Ça chauffe dans ce camp politique à la veille du 10 mai, d’autant qu’éclate le cas Maurice Papon. Ministre de Giscard, ex-Préfet de police contestable, il envoya jadis des Juifs à la mort.

Louka n’est pas vraiment politisé. Son parcours est déjà assez compliqué comme ça. Fils d’un truand abattu par la police, abandonné par sa mère, il a longtemps vécu dans des familles d’accueil, via la DDASS. Ce n’est qu’à sa majorité que Mamété s’est souvenue de lui. Il y a aussi "l’Ouncle", ancien complice de son père au temps de la French Connection, duquel Louka reste proche. Pas sûr que le vieux malfaiteur soit aussi rangé qu’il l’affirme, à vrai dire. C’est par son entremise que Louka va tenter sa chance au poker, et perdre une très grosse somme, à rembourser sans tarder. Néanmoins, le jeune homme ne compte pas renoncer à la Renault Fuego d’un jaune pétant qu’il vient d’acquérir. Sa combine pour se procurer du fric fonctionne encore, même s’il serait bon qu’il commence à se méfier.

En effet, Louka a trouvé une astuce pour détourner les versements des clients de l’agence bancaire où il est inscrit sous une fausse identité. Le directeur et deux spécialistes, des clones de Dupont et Dupond, examinent les mouvements bancaires et finiront sûrement par dénicher le fraudeur. Louka est déjà lancé sur une autre opération. Son ami Jeannot, traumatisé depuis la guerre d’Algérie, est employé aux Archives Départementales. Dans les documents transitant par lui, on retrouve des lettres de délation remontant à la 2e Guerre Mondiale. Faire chanter ceux qui, plusieurs décennies plus tard, ne voudraient pas que soit révélé cet aspect de leur passé, c’est jouable. Sans grands risques, puisque Louka utilise la boîte à lettres du voisin de sa grand-mère.

La dette de jeu serait remboursée sans trop de difficulté, s’il ne surgissait un problème. Ses amours avec Lucie, un moment contrariés, sont de nouveau au beau fixe. Ça se gâte du côté de "L’Ouncle", il fallait s’y attendre. Mamété écoute toujours en boucle ses vieilles chansons. Les électeurs giscardiens battus s’inquiètent pour leur argent, après la victoire de Mitterrand : le danger socialo-communiste les guettent. Tout en s’intéressant à la vie marseillaise à l’époque de l’Occupation, Louka est approché par Roland Barbelasse, oncle politicien de Lucie, en vue des prochaines Législatives. Quand un meurtre est commis dans son immeuble, et que son studio est saccagé, Louka sait qu’il doit être prudent…

Maurice Gouiran : Le printemps des corbeaux (Éd.Jigal, 2016) – Coup de cœur –

Je n’avais qu’un seul but dans l’immédiat : fuir, ne pas me faire cravater. J’ai senti que le directeur sortait de l’agence derrière moi et allait tenter de me poursuivre. Ce gars n’avait ni la santé, ni la tenue pour espérer me rattraper. Il s’est contenté de hurler à l’adresse de deux flics en baguenaude en haut de la rue de Rome :
— Arrêtez-le, c’est un voleur !
L’ignare… J’ignore sur quelle planète il avait vu le jour. Certainement pas la phocéenne, parce qu’ici les condés n’arrêtaient jamais les voleurs ! Les deux flics ne l’ont même pas calculé, ils ont poursuivi leur chemin comme si de rien n’était. Tandis que le pauvre directeur s’égosillait sur les dérives d’une société française dont les représentants de l’ordre s’avéraient incapables de protéger les citoyens, j’ai traversé la rue de Rome en me faufilant dans une circulation dense…

Ce roman entraînant de Maurice Gouiran possède une multitude de qualités. D’abord, par sa facette purement "polar", puisqu’il est question de banditisme, de chantage, et autres moyens illégaux de se procurer rapidement un maximum d’argent. Voilà trente-cinq ans, l’informatique balbutiante permettait des arnaques bien plus rentables que les braquages. Héritier de la truanderie paternelle, Louka teste ces méthodes nouvelles avec un certain succès. Ce qui n’exclut pas un meurtre, dans cette affaire. S’il veut mener à bien tout ce qu’il a en cours, le quotidien du jeune homme ne connaît pas de temps mort. Cela nous garantit un récit mouvementé, pour notre plus grand plaisir.

Une autre qualité essentielle, c’est le contexte. L’auteur évoque des épisodes méconnus ou oubliés du passé dans ses romans. Ici, l’Histoire de Marseille entre les années 1940 et 1980 apparaît en toile de fond. Les odieuses lettres de délation et le marché noir durant la guerre, les trahisons au sein des réseaux de Résistants, les compromis politicards qui sont de mise dans la cité phocéenne, la hautaine bourgeoisie financière qui ne vaut pas mieux que des petits commerçants magouilleurs, sans oublier les cadors du banditisme toujours aussi dangereux. Le portrait dressé par Maurice Gouiran n’a rien de démonstratif, ni de caricatural : la réputation malsaine de Marseille n’est pas un mythe, on le constate.

L’auteur nous invite à sourire : le pseudonyme utilisé par Louka pour son compte bancaire n’est pas anodin. L’atout ironique de cette intrigue réside dans la période choisie, en mai 1981. Ceux qui l’ont vécue se souviennent, aussi bien des espoirs suscités chez les uns par l’élection de François Mitterrand, que de la panique des autres face à une défaite qu’ils ne digéraient pas (devenus "l'opposition", ils se qualifiaient toujours "d'ex-majorité"). Si le personnage de Louka ne prend pas parti, par rapport aux nantis telle la famille de Lucie, il se sent quand même "de l’autre côté de la barrière sociale". Citons enfin l’évocation de la scandaleuse affaire Papon, rappelant aux Français la connivence scabreuse entre quelques grands notables politiques et le nazisme.

Avec “Le printemps des corbeaux”, le chevronné Maurice Gouiran nous présente un de ses meilleurs romans, un polar plein de péripéties et riche en rappels historiques.

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 04:55

Au Brésil, Antônio Francisco Bonfim Lopes naît le 24 mai 1976, dans la favela de Rocinha, une des plus populeuse de Rio-de-Janeiro. Antônio est le fils de Dona Irene, employée de maison, et de Gerardo Lopes, barman. Il a un demi-frère, Carlos, premier fils d’Irene. À cette époque, entre un afflux de gens venus de régions pauvres du pays et une économie mal en point, les favelas sont de plus en plus touchées par les trafics de drogue. Les gangs sont issus de mouvements guérilleros, tel le Commando rouge. Dênis de Rocinha est le premier caïd à s’intituler "parrain" et à instituer une organisation basée sur le narcotrafic. Il est soutenu par des représentants des quartiers, élus. Malgré le climat violent et la drogue qui circule, une certaine stabilité règne dans la favela de Rocinha, qui grossit.

Antônio est âgé de douze ans au décès naturel de son père Gerardo, qu’il vénérait. Garçon intelligent, il ne va pas se mêler des affaires crapuleuses liées aux trafics, mais obtenir un bon emploi et se marier avec Vanessa quelques années plus tard. Hélas, âgée d’environ neuf fois, leur fille Eduarda est victime d’une maladie rare, histiocytose langerhansienne. Le traitement s'avérera efficace, mais horriblement coûteux. Âgé de vingt-quatre ans, Antônio est contraint d’abandonner son travail. Dans le même temps, l’incompétence du nouveau président brésilien provoque une catastrophe économique dans le pays. À Rocinha, le taux de mortalité violente est en forte hausse. Soixante pour cent de la consommation de cocaïne de Rio passe par cette favela. Dênis étant hors jeu, c’est le "parrain" Lulu qui dirige les activités mafieuses. Il est nettement mieux organisé que son prédécesseur.

Un tournant s’opère dans la vie d’Antônio, qu’il faudra maintenant appeler Nem. Lulu lui a accordé un prêt, et l’a fait entrer dans son gang, avec un rôle modeste. Face à la police corrompue et aux milices paramilitaires crées dans les années 1990, les trois factions de trafiquants sont néanmoins prospères. Avec un taux de plus de soixante-dix homicides pour cent mille habitants, Rio reste une des villes les plus criminelles du monde. C’est en partie dû à la guerre opposant les gangs rivaux. Le "parrain" Lulu va y remédier en partie, grâce à une bonne gestion de Rocinha. Fermeté, générosité, bizness rentable, charisme, autant de qualités qui font qu’on le respecte. Antônio-Nem fait bientôt la preuve qu’il est un des meilleurs lieutenants du "parrain" Lulu, gérant avec fluidité ses responsabilités.

Côté personnel, c’est un peu plus compliqué pour Nem. Vanessa est de nouveau enceinte, mais sa nouvelle "fiancée" Simone, aussi. Les deux femmes n’entendent pas que Nem se défile. Le truand Dudu, ex-caïd de Rocinha, et sa bande disputent sa suprématie à Lulu. En avril 2004, à Pâques, ils causent de sérieux troubles dans la favela, sous l’œil du BOPE, le service d’action commando de la police. Malgré les conseils de Nem, Lulu est assassiné. Une période d’instabilité va logiquement s’ensuivre : trop fêtard, le "parrain" Bem-te-vi n’a qu’un rôle provisoire dans la succession. C’est Nem qui, avec l’aide de son ami d’enfance Joca, devient le nouveau chef. Il reste dans la ligne voulue par Lulu, limitant même le port d’armes dans les rues afin de faire baisser la mortalité violente.

Exit Joca, trop impétueux. Nem s’allie avec Bibi-la-dangereuse, bénéficiant ainsi de l’aide du truand Saulo. Mais diriger sans faille l’organisation est un vraie casse-tête pour Nem. “Une entreprise stressante et complexe, certes, mais qui tourne du feu de Dieu.” En 2008, il va se remarier avec la belle Danúbia, vingt-et-un ans, et apparaître tel un notable de Rocinha. Tandis que la politique du président brésilien Lula porte ses fruits, Nem est cible d’une enquête menée par un trio de policiers : Barbara Lomba, Reinaldo Leal et Alexandre Estelita ne le lâcheront plus, même si son arrestation doit être désordonnée. Réaliste et fatigué par une vie trop dense, Nem entame un processus de reddition…

Misha Glenny : Nem de Rocinha (Globe Éd., 2016) – Coup de cœur –

“Depuis l’arrestation de Dênis de Rocinha en 1987, plusieurs parrains se sont succédé pour diriger le secteur au nom du Commando rouge. Leur espérance de vie moyenne, une fois au sommet, était de dix mois environ, leur carrière étant abrégée soit par une arrestation, soit la plupart du temps par un assassinat. Au cours de cette période, Rocinha a souvent été répartie entre deux ou trois chefs, tous désignés par Dênis depuis sa cellule.
Ce dernier divisait pour mieux régner, ce qui provoquait de sérieuses frictions entre les dirigeants du haut et ceux du bas, leur autorité découlant directement du stock d’armes constitué grâce aux bénéfices du trafic de drogue. C’étaient en général de jeunes hommes entre dix-sept et vingt-huit ans. Si certains se montraient raisonnables, d’autres étaient de quasi-psychopathes avec un goût très marqué pour la violence. Lorsque Dênis donne sa bénédiction à Lulu en 1998, l’ambiance s’améliore donc grandement.”

Ce livre ne raconte pas seulement l’histoire d’Antônio, dit Nem de Rocinha. Ce reportage nous décrit la société brésilienne, la vie à Rio de Janeiro, en particulier depuis la décennie 1980, à travers un quartier singulier. Quelle image avons-nous de ces favelas ? Violentes mais pittoresques, populaires et gangrenées par les trafics ? C’est bien trop parcellaire pour en comprendre le fonctionnement. Car le système socio-économique qui s’impose ici n’a pas d’équivalent exact dans les pays occidentaux. Il serait trop basique d’affirmer que c’est l’argent de la drogue qui fait vivre ces faubourgs de Rio. Vrai, mais l’organisation des favelas est largement plus complexe. Les habitants miséreux ne pouvant pas compter sur les autorités, il s’est créé une autonomie financière de quartiers.

Économie parallèle et mafieuse ? Oui. Toutefois, le système doit autant à l’attachement des Cariocas à leur favela : même employés dans les secteurs chics de Rio, ils y gardent un lien fort. Souvent, ils y habitent toujours, bien que hantés par la peur, la mort étant omniprésente à Rocinha ou dans les favelas autour. S’il est concret, avec les rivalités entre gangs que ça suppose, et un rapide turn-over des caïds locaux, le concept de Mafia est facteur d’équilibre. Certains "parrains", tel Lulu, sont avant tout des "juges de paix", durs avec les malfaisants, bienveillants envers la population. Il suffit de corrompre des policiers mal payés pour s’assurer qu’ils laisseront tranquille les gangs. C’est ainsi que la notion de "sécurité" prend un tout autre sens, bien plus meurtrier, dans les favelas.

À l’opposé de tant de sujets sur le Brésil, le reporter Misha Glenny ne se contente pas d’un regard superficiel sur l’évolution récente de ce pays. Avec lucidité, il transcrit l’atmosphère dans laquelle vit le peuple brésilien. Il souligne cette capacité d’adaptation : le principe mafieux apparaît le "moins mauvais" pour surmonter la pauvreté, on l’adopte. Pour des gens intelligents comme Antônio, ça peut devenir un moyen – risqué – de grimper dans l’échelle sociale. Une ascension rapide ne permettant guère de rester au sommet, on s’en doute, car les rouages du système mafieux sont viciés. Il arrive même que des forces de police fassent correctement leur métier, puis que la justice écarte du jeu les "parrains" en les plaçant dans des prisons hautement sécurisées.

Voilà un livre vivant, édifiant, puissant, fascinant, retraçant la vérité tumultueuse d’une favela, explorant au-delà d’un reportage ordinaire des réalités brésiliennes humaines, tourmentées et brutales. Remarquable !

 

- "Nem de Rocinha" est disponible dès le 18 août 2016 -

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Coups de Cœur Livres et auteurs
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5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 04:55

Tom Kendall tient depuis an et demi une boutique de monnaies anciennes, timbres, livres d’occasion, magazines. Un commerce qui fonctionne, mais ne sera vraiment rentable que dans les années à venir. C’est pour Tom Kendall un moyen de reconstruire sa vie. Ancien combattant durant la guerre de Corée, il avait épousé la brune Marie, timide et taciturne. Une nuit, il retrouva Marie morte égorgée. Évidemment, Tom fut le premier suspect. Mais le docteur Greene démontra que son emploi du temps plaidait pour lui. Et qu’il pouvait s’agir d’un suicide, car la dépressive Marie souffrait de "mélancolie régressive". Leur ami Art Hughes avait tenté de la soutenir moralement. Après l’affaire, il resta fidèle à Tom.

Ce dernier fit un séjour en psychiatrie, puis ouvrit sa boutique. Sa petite amie Katherine Munson, dite Kit, une grande blonde au franc-parler, collabore avec lui et souhaite qu’ils se marient. Elle finit par quitter Tom, qui retarde toujours l’échéance car il culpabilise encore. Il imagine possible qu’il ait assassiné Marie. En effet, Tom a des "absences", des trous de mémoire sur des moments précis, quelques heures ou toute une nuit. Le fait qu’il ait tendance à s’alcooliser n’arrange rien. Les mots tels "tailler" ou "trancher" le révulsent. Son ami Art Hugues semble prendre ses distances, lui conseillant de consulter un psy. Un soir dans un bar, il est pris à partie par un sale voyou muni d’un couteau, Joe Calgary, bientôt stoppé par Tom et les barmen.

Tom finit la nuit avec Trixie Fisher, la fille rousse que l’autre ringard espérait racoler. Au matin, quand il se réveille, Tom se retrouve avec le cadavre ensanglanté de Trixie, égorgée. Il ne peut certifier qui l’a tuée, Joe Calgary ou lui. “Un couteau est silencieux”, se répète-t-il. Tom alerte la police, puis il est amené au commissariat. Le lieutenant de police Cohen fait correctement son métier. Le District Attorney Howard apparaît bien plus roublard. Vu le passé de Tom, de lourdes charges peuvent être retenues contre lui. Le poignard ayant servi pour tuer Trixie a été volé dans la boutique de Tom. Joe Calgary, introuvable, semble hors de cause.

Kit ne laisse pas tomber Tom : elle a engagé un avocat sérieux, son ex-fiancé Anthony Mingo. Toutefois, un témoignage accable Tom : il est reconnu par l’aveugle Blind Bill. Quand Joan, une amie de Trixie, est assassinée de manière identique, le D.A.Howard n’a d’autre choix que de faire libérer Tom. Ne pas se disculper par lui-même, comment serait-ce possible ? “Brusquement, je réalisai que je n’avais pas l’intention de tenir ma promesse envers Howard. Je ne pouvais pas rester à l’écart de ceci, parce que j’étais toujours dedans, jusqu’au cou. Et je resterais impliqué dans cette affaire jusqu’à ce qu’on ait retrouvé le tueur. Jusqu’à ce que j’aie été réellement innocenté et que Kit le sache, et n’ait plus peur de moi” se dit Tom.

Après que Blind Bill soit passé à sa boutique pour s’excuser de son erreur, Tom se rend chez l’avocat Mingo. Il s’aperçoit de la fascination de celui-ci pour les criminels sanglants d’autrefois. Une passion excessive, estime Kit, qui le connaît bien. Dans un bar mal famé, Tom est contacté par Helen Calgary. Sans nouvelles de Joe, celle-ci lui avoue tout ce qu’elle sait. Le policier Cohen préférerait que Tom cesse de jouer au détective amateur. Pourtant, il lui appartient de définir le rôle de chacun autour de cette série de crimes…

Robert Bloch : L’Éventreur (Fleuve Noir, 1983) – Coup de cœur –

Bien qu’il y ait évidemment ici des allusions au célèbre criminel londonien de 1888, il ne faut pas confondre ce roman avec “La nuit de l’Éventreur” du même auteur, qui évoque l’histoire de Jack l'Éventreur. Le présent titre fut publié (par François Guérif) en 1983 dans la collection Engrenage du Fleuve Noir, puis chez NéO en 1989, et chez Pocket en 1994. Plus aucune réédition depuis vingt-deux ans, ce qui est aberrant pour un suspense d’aussi belle qualité. Car c’est un chef d’œuvre du roman criminel qu’avait concocté Robert Bloch. Le mot n’est pas un superlatif exagéré : tout est agencé avec maestria pour ménager le suspense, offrir de multiples hypothèses – toutes plausibles – quant au nom du coupable, et même envisager que le héros ne soit pas si innocent qu’il le prétend.

Si le principal suspect se nomme Joe Calgary, ce n’est ni un hasard, ni en référence à la ville canadienne, dans l’Alberta. C’est un clin d’œil au film de Robert Wiene “Le cabinet du Docteur Caligari” (1920). D’ailleurs, il en est question dans une scène, citant en particulier les acteurs Werner Krauss et Conrad Veidt. Ce film-culte traite de la folie meurtrière, tout comme cette fiction de Robert Bloch. Un thème qui passionnait cet écrivain. Il prête à un de ses personnages une (malsaine) fascination comparable pour les assassins.

Écrit en 1954, ce livre présente aussi un aspect sociologique. Le héros a été marqué par un épisode vécu durant la guerre de Corée, alors encore récente. Il souffre d’amnésie partielle, problème de santé longtemps mal compris aussi par la justice. À l’époque, les États-Unis n’admettant ni leurs faiblesses, ni les séquelles des conflits, la médecine s’occupe peu des troubles post-traumatiques. À noter aussi, deux belles pages sur la clochardisation : “Oh, c’est facile de se sentir satisfait de soi-même, distingué et supérieur, quand on passe à côté des clodos […] Il suffit de presque rien pour commencer, une toute petite pichenette… Vous perdez votre boulot, votre maison, votre femme ou les gosses, ou tout simplement vous perdez votre sang-froid…”

Ce roman n’est pas dénué d’humour. À l’exemple de Cohen, l’enquêteur, qui n’est pas un Irlandais comme beaucoup de flic d’alors, et n’a pas l’allure de sa fonction : “C’était peut-être un excellent policier, mais jamais il n’obtiendrait un rôle dans une émission policière à la télé.” Ou de ce barman, agacé par les ruses grossières des flics. Sans oublier une sacrée auto-dérision de la part du héros : “Tom Kendall, le détective amateur. Quelle était l’histoire déjà ? Ah oui, le détective amateur qui s’introduit dans la chambre du meurtrier, à la recherche de preuves et qui se fait assommer. Très amusant, vraiment, pourtant c’est ce que je faisais en ce moment même. J’étais là sans revolver, ni couteau, ni lime, ni pince-monseigneur, ni même une lampe électrique. Rien, à part une petite intuition et une grande case en moins.” [traduction de François Truchaud].

Bien au-delà d’un "classique de la Littérature policière", un roman magistral qui mérite un Coup de cœur pour son excellence absolue.

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Publié par Claude LE NOCHER - dans Suspense Story Coups de Cœur
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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 04:55

Vrainville est une petite bourgade normande au bord de la Manche, non loin de Dieppe. On y vit plutôt bien, car l’économie locale est depuis longtemps florissante grâce aux Ateliers Cybelle. C’est après la Première Guerre Mondiale que Gaston Lecourt entreprend de créer une activité qui profitera à toute la population. Une fabrique de sous-vêtements féminins voit bientôt le jour, employant toujours davantage de couturières. Gaston Lecourt négocie d’abord avec une acheteuse parisienne, puis développe la diffusion des produits haut-de-gamme des Ateliers Cybelle. On construit à Vrainville cent quarante-neuf maisons pour loger le personnel, sans exiger de loyer. Gaston Lecourt met à disposition de tous son vaste appartement parisien et sa grande villa, pour des activités de loisirs.

Son fils Marcel Lecourt prend sa succession, restant dans la ligne édictée par le créateur des Ateliers Cybelle. Le premier samedi d’août reste la fête rituelle en mémoire de Gaston Lecourt ; le jour où les ouvrières reçoivent leur prime annuelle, aussi. Les sous-vêtements se vendent toujours aussi bien, assurant encore la prospérité de Vrainville. Ensuite, c’est le fils de Marcel, Vincent Lecourt, qui reprend les rênes de la fabrique, assisté par sa sœur Hélène. Dans le même temps, son ami assureur Patrick succède également à son propre père, à la mairie de Vrainville. Étant déjà patron, Vincent n’a pas visé le poste de maire. Il envisageait une autre carrière, les circonstances l’ont amené à suivre la voie familiale. Il y a le cas de leur autre ami de jeunesse, Maxime, responsable du C.E. aux Ateliers.

Orphelin, Maxime fut élevé par sa grand-mère. On s’étonne ici qu’il soit resté à Vrainville, alors qu’avec son talent, il aurait pu connaître un autre destin. On le suppose attaché à la bourgade où il a toujours vécu. Mécanicien d’entretien à la fabrique, Maxime s’est marié avec Marie, employée aux Ateliers Cybelle. Par le passé, Marie a traversé une épreuve qui marqua sa vie. Âgée de dix-neuf ans, future aide-soignante en études à Nancy, elle fut une des trois victimes d’un violeur. On la rapatria rapidement dans son village natal, qu’elle n’a plus quitté depuis. Ces viols se produisirent dans la nuit du 12 juillet 1998, à l’heure où les footballeurs français furent sacrés champions du monde. Entre Dieppe et Vrainville, une autre affaire eut lieu la même nuit, un accident de voiture.

Vincent, Patrick et Maxime étaient à bord de la 205 GTI du premier, rentrant chez eux à la suite d’une soirée arrosée. La voiture des trois étudiants heurta la jeune Fanny, habitante de la commune. Lâchement, ils quittèrent les lieux, non sans avoir été repérés par le clan Lecarré, des marginaux bagarreurs qui firent après coup chanter Marcel Lecourt. Si le violeur de Marie fut arrêté, cet accident ne fut jamais élucidé. Sortie du coma handicapée, Fanny mit de longues années à se reconstruire, devenant finalement webmaster. Chacun des trois jeunes poursuivit son parcours jusqu’à aujourd’hui. Il convient aussi de citer la jeune Mélie née le 12 juillet 1998 à Marseille, admiratrice des Ateliers Cybelle ; et William, policier Noir, de parents Réunionnais, qui venaient en vacances à Vrainville autrefois.

La crise économique ! Les délocalisations, la compétitivité, le ralentissement de l’activité ! Les Ateliers Cybelle sont à leur tour touchés par le problème. C’est pourquoi, bien que lui-même continue à vivre dans le luxe, Vincent Lecourt a décidé de vendre son entreprise à un fonds de pensions américain, le Cabinet Barns. Un jeune avocat français cynique est chargé de préparer le rachat. Ou plutôt, de mettre la pression sur l’ensemble du personnel à commencer par le Comité d’Entreprise. D’imposer des loyers, jusqu’alors gratuits, et surtout de désorganiser la production des Ateliers. Mélie, engagée depuis peu, et Maxime motivent la population pour s’opposer au rachat. C’est seulement quand il y a un mort que les médias s’intéressent au combat solidaire des ouvrières des Ateliers Cybelle…

Hervé Commère : Ce qu’il nous faut c’est un mort (Fleuve Éd., 2016) – Coup de cœur –

Il est vrai que le monde bouge, que l’économie change, que la mondialisation a bouleversé les pratiques commerciales, que nous devons tous nous y adapter. Il est certain que des entreprises parfois centenaires ne peuvent plus fonctionner dans l’esprit des fondateurs, qu’elles ne peuvent plus être aussi généreuses avec leur main d’œuvre. Pourtant, cette approche comptable – donc dénuée d’imagination – de la gestion de sociétés, est-ce vraiment une fatalité ? Chacun rend l’autre responsable : les dirigeants d’entreprises qui fabriquent accusent le commerce de tirer les prix vers le bas. Les clients gagnent moins, dépensent moins, et c’est ainsi que déclinent les entreprises. Néanmoins, le train de vie des décideurs économiques n’a pas baissé, ni celui des actionnaires principaux. Quant aux cercles de la finance, ils se portent très bien, jouant avec des milliards.

En ces temps de crise, c’est une grande partie de la population qui subit les conséquences de la baisse du pouvoir d’achat. Certes, on ne nous le cache pas, les médias relatent des cas houleux ou douloureux à travers la France. En se gardant bien de désigner les vrais fautifs, de dénoncer la connivence entre l’univers financier et ces "grands patrons" qui se moquent du sort de leur personnel. Plus facile de s’en prendre aux politiciens impuissants. Quant à ce qu’on appelait autrefois la solidarité ouvrière, elle a généralement disparu : on réclame des indemnités pour soi quand l’entreprise ferme, les autres on s’en fiche. Voilà la triste réalité. Il peut y avoir des situations différentes, plus réactives tant que l’esprit d’union existe encore. Ces exemples se font rares. C’est ce qu’Hervé Commère illustre remarquablement dans ce "polar social".

Cette histoire est un chassé-croisé de personnages. Puisqu’ils représentent la population, au-delà même de ce village, c’est légitime. On n’a pas de mal à discerner chacun dans son rôle, sans qu’il y ait la moindre caricature. À part des gens plus pervers que la moyenne, hermétiques à toute humanité tel l’avocat, il n’y a là ni gentil, ni méchant. Bien sûr, par égoïsme, le patron Vincent n’est plus dans la ligne de son aïeul, mais sa sœur Hélène tente de rester la garante des idées d’origine. Celle-ci admet qu’eux d’eux ne sont pas des victimes, contrairement au personnel des Ateliers Cybelle. Sauver cet outil de production, cela exige de s’engager, de se battre, d’y croire toujours. La jeune Mélie n’est pas la seule à "en vouloir" : on appréciera la façon dont elle humilie l’avocat. Pour ce qui est de faire connaître leurs revendications, il est évident qu’une mort suspecte attirera les médias.

Pour qu’on parle de "polar social", il est nécessaire qu’apparaisse un aspect criminel, voire plusieurs. Cette base est présente dès le début du scénario. Un viol et un accident, qui ont modifié tant de choses dans le parcours des victimes ! Puis intervient une autre mort, peut-être un suicide, ou un meurtre ? Si William, policier Noir de 38 ans, doté d’une ravissante épouse et d’un charmant bambin, suit les faits se déroulant à Vrainville, ce n’est pas strictement pour mener l’enquête. Plutôt pour comprendre ce qui a changé depuis son enfance dans ce village, naguère quasi-paradisiaque. Sa couleur de peau suscite un brin de racisme, mais lui octroie une position neutre dans le conflit social en cours. Si le puzzle est complexe – les êtres humains et leurs actions étant ainsi faits, Hervé Commère organise magistralement son récit. Un roman noir "véridique", a lire absolument.

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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 04:55

Quand il reprend connaissance, il vient d'échouer sur une plage, rejeté par la mer. Il est amnésique, ignorant son identité, n'ayant gardé que des bribes de mémoire. Il regagne le cottage qu'il loue depuis dix-huit mois, retrouve son chien Bran. Une lettre lui apprend son nom et son adresse : Neal Maclean, au village de Luskentyre, sur l'île de Harris dans les Hébrides, archipel à l'ouest de l’Écosse. Un couple d'amis voisins en visite lui donnent de vagues éléments supplémentaires. Neal est ici pour écrire un livre sur la disparition de trois gardiens de phare, sur un îlot des environs, en décembre 1900. Un mystère local devenu mythe historique. Son ordinateur lui apprend qu'il n'écrit aucun livre, en réalité.

Neal se sent tel un fantôme. Sally n'est autre que sa maîtresse. Elle ajoute des précisions, qui ne réveillent en rien les souvenirs de Neal. Depuis qu'il est ici, il fréquente souvent "la route du Cercueil", correspondant à une carte qu'il a trouvée. Sally et lui s'y rendent, et y découvrent dix-huit ruches dissimulées, qui doivent appartenir à Neal. Si sa voiture est au port de Rodel où il l'a laissée, plus de traces de son bateau. Il a probablement coulé, ce qui expliquerait son retour houleux. Peu après, Neal est agressé dans son cottage. Une tierce personne inconnue intervient, chassant l'intrus. C'est sur une des îles Flannan, où se situe le phare des trois gardiens, que Neal pense dénicher des éléments utiles.

Dans la chapelle en ruine de cet îlot, il découvre le cadavre d'un homme tué récemment. Il est incapable de savoir de qui il s'agit, mais peut imaginer l'avoir tué avec violence. S'en retournant en urgence au cottage, Neal trouve une mallette cachée contenant des liasses de billets, des documents sur son passé et son adresse supposée à Édimbourg. Malgré les difficultés, car il va passer pour un fuyard, et payer en billets devient suspect, il se rend dans cette ville afin d'approcher son épouse et sa fille. Mais elles ne le reconnaissent pas. En s'adressant aux archives écossaises, il trouve l'explication : il n'est pas Neal Maclean, ne peut absolument pas être cet homme.

Par ailleurs, Karen est une jeune fille de dix-sept ans arborant un look "gothique". Depuis le suicide de son père, elle se heurte souvent avec sa mère. Celle-ci compte refaire sa vie, le nommé Derek étant déjà son amant avant la disparition de son mari. Karen ressent le besoin d'en savoir davantage sur son père, chercheur dans un institut spécialisé financé par la multinationale Ergo. Elle s'adresse à son parrain, perdu de vue, le meilleur ami de son père. Il étudiait les effets, apparemment sans conséquences sur la nature, de certains produits de l'agrochimie. Mais, peu avant son suicide, il fut viré de cet institut, à cause d'une étude pointue autour des abeilles.

Ayant lu une lettre posthume adressée par son père, Karen quitte son foyer afin de poursuivre ses investigations, de Londres à Glasgow, et plus loin encore. Le cadavre de la chapelle en ruine ayant été découvert, le policier Gunn mène l'enquête du côté de Luskentyre. Il s'intéresse rapidement à Neal Maclean, absent. La propriétaire du cottage, Sally et Jon, la postière, le loueur de bateau, confirment le comportement suspect de Neal ces derniers jours. Obtenir l'autorisation de perquisitionner n'est qu'une formalité, dans ces conditions. De retour sur l'île, "Neal" ne peut échapper aux questions du policier…

Peter May : Les disparus du phare (Rouergue noir, 2016) – Coup de cœur –

Il est imprudent d'utiliser des superlatifs, l'excès d'enthousiasme pouvant paraître exagéré à celles et ceux qui consultent les commentaires sur un livre. Pourtant, ce roman mérite d'exprimer sans nuance le plaisir que l'on éprouve à sa lecture. "Excellentissime" ne paraît pas excessif, non. Auteur chevronné et productif, récompensé par plusieurs prix littéraires, Peter May nous présente ici une intrigue exemplaire. D'abord, on entre dès le départ dans le vif du sujet. L'amnésique qui doit retrouver son identité et va bientôt s'interroger pour savoir s'il est un assassin, c'est un postulat assez classique du roman policier. Encore faut-il ne pas embrouiller inutilement les faits, opacifier une énigme déjà complète. L'auteur fait preuve d'une parfaite maîtrise, d'une sacré habileté pour nous inviter à "accompagner" les découvertes de son personnage central. Et il y en aura énormément.

Évidemment, les décors jouent aussi un rôle dans le récit. Ces îles écossaises d'une rude beauté, ces villages et ces petits ports traditionnels, ces mystères et ces mythes d'antan (telle "la route du Cercueil") planant sur les populations, tout cela contribue à l'ambiance. Il est également question des lobbies de l'agro-bizness, producteurs de pesticides et de tant de poisons, dont on n'ignore pas le poids politique et financier international. Que les abeilles soient indispensables à la vie, ils s'en moquent bien. Aspect sociétal qui s'ajoute en toute légitimité à cette histoire criminelle aux multiples péripéties captivantes, et aux dangers encourus par le héros. De la première à la dernière ligne, on se passionne pour ce remarquable suspense : un "coup de cœur" s'impose !

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