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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 04:55

Originaire de New York, Maureen Coughlin est âgée de trente ans. Elle s'est installée à La Nouvelle Orléans, où elle termine sa formation d'agent de police. À New York, quelques mois plus tôt, elle a traversé une épreuve violente, ce qui l'a incitée à tourner la page. Diplômée, elle doit faire ses preuves sur le terrain, avant d'être titularisée. Elle est tutorée par le sergent Preacher Boyd, gros bonhomme placide autant que chevronné. Ce qui contraste avec Maureen, sportive musclée mais plutôt maigrichonne. Elle reste en contact avec sa mère Amber, et le compagnon de celle-ci, Nat Waters, retraité du NYPD. Ils ont fêté ensemble sa remise de diplôme, dans le Vieux-Carré de La Nouvelle Orléans. Maureen veut prouver qu'elle a toute sa place dans la police d'ici, largement restructurée depuis le désastre causé par l'ouragan Katrina.

Bill Loehfelm : L'antre du mal (Éd.10-18, 2016) – Coup de cœur –

Suite à une arrestation agitée au sein d'un couple de junkie dans le 6e District, secteur où elle est affectée, Maureen espère que ça n'aura pas des conséquences négatives. Boyd ne manque pas de lui rappeler que, hiérarchie oblige, c'est à la Criminelle de poursuivre cette enquête, pas à une agente comme elle. Maureen doit observer les quartiers où ils opèrent, chercher à s'y intégrer. Par exemple, en ne bousculant pas la Mère Mairesse, vieille figure locale. Ou en restant courtoise avec Norman Wright, petit délinquant qui essaie de forcer la voiture d'un certain Bobby Scales. Autour, Maureen repère une nouvelle fois un trio d'adolescents. Des guetteurs au service des trafics, certainement. Elle finira par les identifier, mais n'est pas aussi rapide à la course que l'un d'eux, Mike-Mike, âgé de treize ans. Son "cousin" Goody, quinze ans, sait se faire discret.

Le troisième gamin a douze ans, il se prénomme Marques. Il est doué avec ses baguettes pour jouer de la musique. Il fait partie de l'orchestre Roots of Music, destiné à l'insertion des jeunes. Un môme récupérable, peut-être. Contrairement à ce jeune plus âgé, affichant une allure à la Bob Marley, qui semble bien être le second de l'introuvable Bobby Scales. C'est quand le voleur Norman Wright est assassiné, que Maureen entre en contact avec Christine Atkinson, capitaine à la Criminelle. Elle va collaborer avec l'enquêtrice sans pour autant oublier qu'elle n'est qu'une "bleue". Côté vie privée, ce n'est pas la stabilité pour Maureen : elle est l'amante de Patrick, cuisinier promis à un bel avenir, mais celui-ci va finalement rompre. Pour tous deux, c'est leurs métiers respectifs qui priment. Maureen se recueille parfois dans une église désaffectée, comme pour effacer son passé new-yorkais.

Lorsque la Plymouth de Bobby Scales est retrouvée incendiée, la policière Atkinson fait de nouveau appel à Maureen. Car, dans le coffre, on a découvert le cadavre d'un des jeunes du trio qu'elle connaît. Étonnant que l'affaire se soit produite dans ce secteur si fréquenté, estiment l'enquêtrice et Maureen. Sans doute la jeune agente de police ne passe-t-elle pas inaperçue, car elle est bientôt menacée par l'émule de Bob Marley. Dont le boss reste dans l'ombre. Preacher Boyd et Maureen obtiennent des infos sur le trio d'ados : seul Marques n'est pas encore un repris de justice fiché. Il est possible que le rôle de la Mère Mairesse ne soit pas si neutre dans tout cela. Même lors de ses heures de repos, Maureen reste impliquée dans le dossier, bien que ça n'entre pas dans ses fonctions. Sa ténacité risque d'obliger Bobby Scales à réagir avec violence…

Bill Loehfelm : L'antre du mal (Éd.10-18, 2016) – Coup de cœur –

Voilà un authentique roman noir à classer parmi les histoires de durs-à-cuire. Au centre, une jeune femme dont le portrait nous est dessiné avec une subtile crédibilité. Son aventure précédente, retracée dans “Face au Mal”, est un sinistre épisode de sa vie, ce qui marque encore sa mémoire. L'essentiel, c'est qu'elle prend un nouveau départ, faisant preuve d'un beau volontarisme.

Le premier aspect que l'on retient, c'est donc son initiation au métier de policière. D'agent de police de base, dans les rues, et non pas – c'est important – d'enquêtrice gradée. Elle doit apprendre à maîtriser ses réactions rageuses, à écouter et à parlementer, à s'insérer dans la population à majorité noire. Son sympathique formateur lui répète assez quelles sont les règles à suivre ! Lui non plus, on n'a pas de mal à l'imaginer, ce gros flic vite essoufflé, néanmoins donnant de bons conseils et sachant jauger la future titulaire. Duo percutant auquel il convient d'ajouter la capitaine Atkinson. Un modèle à imiter pour Maureen. Un personnage d'un professionnalisme froid, mais plus cordiale en privé.

Toutefois, ce polar ne se résume assurément pas à sa part criminelle. C'est, probablement avant tout, un magnifique hommage à cette ville complexe qu'est La Nouvelle Orléans. Entre le sinueux Mississippi et le lac Pontchartrain, la géographie s'y exprime de façon différente d'ailleurs : “Aucun témoin n'indiquerait que le suspect s'était enfui vers l'est ou vers l'ouest. Sur les canaux de la police, les opérateurs radio recouraient aux points cardinaux, mais pour tous les autres, rien n'était au nord ou au sud. C'était lakeside, côté lac, ou riverside, côté fleuve. Rien n'était à l'est ou à l'ouest. C'était uptown ou downtown.” Du Superdome, temple du football américain et de l'équipe des Saints, au Vieux-Carré, vestige touristique de la colonisation française, La Nouvelle Orléans possède une identité – qui échappe au reste des habitants des États-Unis.

Ce n'est pas dans les lieux assez connus que Maureen débute en tant qu'agent de police, mais dans des quartiers populaires. Dont l'auteur parvient à nous faire sentir l'ambiance. Avec ses maisons shotgun, ici ses parcs et ses ruelles, là ces lieux (tel le Charity Hospital) pas tous réhabilités après Katrina. Ou encore ces gargotes, vendant des plats cajuns ou mexicains. Même si tout est gangrené par les trafics et la violence, on veut encore croire au "thou shalt not kill" (Tu ne tueras point) biblique. Cette ville singulière et attachante, Maureen va elle aussi tomber sous son charme.

Un roman noir remarquable, à ne surtout pas manquer.

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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 04:55

Mattia Lorozzi, onze ans, élève de CM2, est orphelin de père depuis plusieurs années. Son père Ryad Younès fut éducateur de quartier dans cette ville. Demi-frère de Mattia, Stefano est un chirurgien trentenaire. Il n'a jamais voulu se mêler de la nouvelle vie de leur mère. Jeune adulte, Gina, la sœur de Mattia, voyage beaucoup depuis quelques temps, comme si elle fuyait leur ville. Amélia, la mère du gamin, a souhaité confier son fils à Zé, qui en est devenu le tuteur légal. Âgé de vingt-quatre ans, Zéphyr Palaisot est un gardien de nuit passionné de grande poésie littéraire. À cause de la mort de l'étudiante Émilie Vauquier, il a traversé une sombre période. Issu d'une famille honorable, il a rompu avec ses parents. Il vit avec la jeune Gabrielle, une suicidaire qui vient encore de se rater. Elle risque à tout moment d'être internée en psychiatrie, même si Zé la protège autant qu'il le peut.

Réfractaire à toute forme d'enseignement, Mattia baigne dans une ambiance dépressive. Silencieux de nature, ça lui convient malgré tout. Il est préférable de faire profil bas face aux services sociaux, mais Zé et lui n'y échapperont certainement pas. Mattia est suivi par une psy, à laquelle il se confie modérément, mais dans un climat de confiance. Elle peut, le moment venu, lui éviter de finir dans un foyer. Amélia, sa mère, ne donne plus signe de vie depuis quelques semaines. Sa sœur Gina réapparaît le soir de Noël. Néanmoins, pour Mattia, le bilan actuel n'est guère joyeux. D'autant que deux hommes rôdent autour de Zé et lui. Probablement des policiers. Les flics ne sont pas appréciés dans cette ville, depuis une bavure remontant à une quinzaine d'années. Le policier qui tua l'adolescent Saïd Zahidi bénéficia de la mansuétude de la Justice, ce qui entraîna quelques heurts.

Mattia n'était pas encore né au temps de cette affaire. Il a compris que son père fut très marqué par la mort de Saïd. Certes, la victime était un ado turbulent, frondeur, sûrement de la graine de racaille. Pourtant, son décès n'eut rien à voir avec de la légitime défense : le flic Thomas Ross l'a tué volontairement. Ce qui provoqua l’écœurement de Gina et de la population du quartier de Verrières. Aujourd'hui, on voit de nouveau fleurir des tags à la mémoire de Saïd sur les murs de la ville. Que l'on efface bien vite. Ces rappels du passé sont l'œuvre de Karim, un ami de Gina resté fidèle aux proches de Saïd, dont la jeune Siham. Pris sur le fait par la police, Karim résiste fièrement aux interrogatoires, refusant de signer toute déposition. Des tags, c'est nettement moins grave que le meurtre de Saïd. Il n'est pas exclu que quelqu'un ait envie de venger sa mort, même quinze ans après.

Le sommeil de Mattia est troublé par d'oppressants cauchemars, des hallucinations. La psy explique qu'il s'agit de "paralysie du sommeil", problème récurrent chez Mattia. Entre le saccage de l'appartement de Zé, la demande d'internement par un tiers visant Gabrielle, une visite des services sociaux, et le passage devant un juge pour décider si Zé doit rester son tuteur, l'univers de Mattia n'a rien de tranquille. S'il se sent aussi volontaire que sa sœur Gina, et bien qu'ils soit intelligent et observateur, il reste un enfant de onze ans. Quoi qu'il arrive par la suite, il aura besoin d'un équilibre mental dont son environnement est plutôt dépourvu…

Cloé Mehdi : Rien ne se perd (Éd.Jigal, 2016) – Coup de cœur –

Si Cloé Mehdi avait rédigé un plaidoyer militant, une charge contre les abus policiers, le roman n'aurait pas grand intérêt. La délinquance existe, et les forces de l'ordre font leur métier, intervenant contre ceux qui défient les lois. En cas de meurtre, pour la Justice, il ne doit pas y avoir deux poids deux mesures, voilà tout. On est d'accord pour "préserver la paix sociale", éviter par exemple des émeutes. Toutefois, n'oublions pas de mesurer les conséquences de certains faits, touchant personnellement témoins ou protagonistes. Il y a ceux qui garderont une distance, quasi-indifférents au sort des autres, tel Stefano. Et puis d'autres qui prendront à cœur les circonstances du drame. Ce qui fut le cas du père du petit Mattia. Répondre qu'il s'agit alors de schizophrénie ? “C'est à peine si tu trouveras deux psychiatres capables de t'en donner la même définition” admet la psy de Mattia.

L'angle choisi par l'auteure est nettement plus habile. À travers le regard de ce gamin, on suit ici son quotidien chahuté par les réalités du monde des adultes. Gabrielle n'est pas la seule à trouver que vivre est d'une lourde complexité. S'il n'a que vingt-quatre ans, s'il fut un étudiant exemplaire, le parcours de Zé a été très vite semé d'embûches, suite à un épisode déterminant. Il en va de même pour tout l'entourage du petit Mattia. Et c'est ce qui fait la force de cette histoire, évidemment. Il est facile de décréter qu'il s'agit de "cas sociaux", d'une sorte de fatalité. La psychiatrie, puisqu'il en est largement question, n'est pas un problème de génétique, ni de milieu social. Ça vient d'une perception intime, d'un sentiment d'impuissance face à ce que l'on ne peut gérer. Ceux qui se croient forts ou supérieurs devraient y réfléchir : au cours d'une vie, certains faits sont pesants à porter.

Un thème aussi noir doit comporter des passages plus légers, nul doute que l'auteure le sache. Une part de poésie, comme quand Mattia et sa sœur grimpent sur une grue pour regarder la ville. De la tendresse protectrice, dans la relation entre Zé et Gabrielle. De l'humour grinçant, quand il faut incarner "la famille idéale" aux yeux des travailleurs sociaux : correspondre aux normes, simuler le conformisme façon télé-réalité ou sitcom à l'américaine, oui c'est de la bêtise. En toile de fond, l'intrigue criminelle issue du passé, mais probablement pas close, apparaît telle une ombre. Il convient de saluer la subtile écriture de Cloé Mehdi : chacun des aspects de cette fiction apparaît d'une juste tonalité, chaque instant du récit décrit le vrai vécu ordinaire des personnages. Coup de cœur évident pour un remarquable "polar social".

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 04:55

Frank Cairnes est plus connu en tant que Felix Lane, pseudonyme sous lequel il signe ses romans policiers à succès. Veuf âgé de trente-cinq ans, il habite depuis cinq années dans un cottage du Gloucestershire. Son fils Martie avait à peine sept ans quand, le 3 janvier de cette année-là, il fut victime d'un mortel accident de la route. Le chauffard qui l'a renversé s'est enfui. Felix Lane culpabilisa d'abord, puis reçut des témoignages de sympathie. Pas plus que la police, il ne trouva de renseignement sur le responsable de la mort de Martie. Néanmoins, il confie dans son journal intime sa volonté inébranlable de châtier le coupable en préservant sa propre impunité. Parmi ses hypothèses, il en retient une qui explique que la voiture cabossée du chauffard n'ait pas été retrouvée : il s'agit certainement d'un pro de la mécanique, peut-être d'un garagiste capable de réparer les dégâts.

Alors qu'arrive l'été, Felix trouve finalement un témoin : prénommé George, le conducteur coupable était accompagné d'une jolie passagère. Il est bientôt établi que c'est l'actrice de cinéma Lena Lawson. Felix s'installe à Londres, et trouve facilement un prétexte pour faire la connaissance de la jeune femme. Après quelques dîners et autres sorties ensemble, la frivole actrice s'avoue éprise de Felix (qu'elle surnomme Pussy). Grâce à elle, il obtient le nom qu'il cherche : George Rattery, propriétaire d'un garage automobile à Severnbridge, dans le Gloucestershire, est le beau-frère – et l'ex-amant – de Lena Lawson. Felix et elle vont séjourner en ce mois d'août chez les Rattery. Outre l'antipathique et brutal George, tyran domestique nerveux et méprisant, s'y trouvent son épouse trop soumise Violet, leur fils de douze ans Philip, ainsi que la rigide mère du chef de famille, Ethel Rattery.

À cet endroit, la rivière Severn est assez large pour pratiquer le nautisme, un des loisirs favoris de Felix Lane. Ce qui l'inspire pour son projet d'éliminer George Rattery, assassin de son fils. Mais, ne sachant pas nager, le garagiste n'est guère pressé d'accepter son invitation à une balade en bateau. Felix se sent proche du jeune Phil : parce qu'il lui fait penser à son fils, et parce qu'il est rudoyé par son père George et sa grand-mère Ethel. Il est temps pour Felix de convaincre le garagiste, et d'organiser le chavirage du voilier qui causera la mort de George. Rapidement, la navigation sur la Severn s'avère fort agitée, Felix s'arrangeant pour effrayer son passager. Toutefois, George est d'un caractère méfiant et il a pris quelques dispositions en cas de décès suspect. L'auteur de romans policiers se retrouve dans une impasse. Néanmoins, George va mourir peu après.

Nigel Strangeways est un détective amateur qui, avec son épouse Georgia, contribue aux enquêtes de Scotland Yard. D'ailleurs, c'est son ami l'inspecteur Blount qui s'occupe de la mort de George Rattery. Le suicide ayant été écarté, Felix Lane apparaît comme le plus suspect dans l'entourage actuel du défunt garagiste. Son journal intime montre qu'il était déterminé à supprimer George, quoi qu'il soit advenu. Première interrogée, Lena Lawson défend ardemment Felix. Nigel et son épouse comprennent qu'il est souhaitable d'écarter le petit Phil de ce drame, et le prennent sous leur protection. Ce qui mécontente la mère du garagiste, Ethel Rattery. Les investigations de Nigel s'annoncent sinueuses…

Nicholas Blake : Que la bête meure (BibliOmnibus, 2016) ― Coup de cœur ―

On peut l'affirmer sans crainte : “Que la bête meure...” figure parmi les chefs d'œuvres de la littérature policière. Claude Chabrol ne s'y trompa pas, en l'adaptant à l'écran en 1969. La structure de l'histoire est exemplaire : le "journal" de Felix Lane nous éclaire sur toutes les circonstances de l'affaire, puis vient une tentative vengeresse de meurtre, à laquelle succède l'enquête du détective amateur, avant la conclusion explicative de l'ensemble des faits. On ne nous cache rien des péripéties, ni des éventualités. Peut-être garde-t-on plus secrètes les intentions de certains protagonistes. Tous sont là, devant nos yeux, présentés avec leurs défauts et leurs qualités, leur psychologie et leurs actes. Le récit limpide est parfaitement ajusté pour nous offrir un suspense impeccable. Et même intense.

Bien que l'intrigue se place vers 1938, il serait absurde d'y voir quoi que ce soit de "daté" ou de "vieillot". Canots à voile et TSF ont été remplacés par nos voiliers et médias actuels, mais le contexte général est valable à toute époque, y compris aujourd'hui. La vengeance est un thème éternel, d'autant plus quand il s'agit d'un parent s'en prenant au meurtrier de leur enfant. Notons encore que la partie "enquête criminelle" ne se résume pas à une audition de témoins tant soit peu balisée. Elle explore toutes les facettes des relations entre les personnages impliqués, imagine des hypothèses contradictoires mais crédibles. Écrit avec maestria, construit avec brio, ce polar d'énigme reste une véritable référence.

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 04:55

Mère d'une fillette de dix ans, Kristine Rush est âgée de vingt-sept ans. Elle est assistante en salle d'opération à l'hôpital de Las Vegas. Kristine est originaire de Tonopah, modeste bourgade minière du Nevada. À cause de sa mère junkie, elle n'en garde pas que de bons souvenirs. Le chirurgien Daniel Hawthorne, le fiancé de Kristine, appartient à une famille bien plus aisée. Le défunt père du praticien était vétérinaire. Imogene, sa mère, habite leur propriété familiale près du lac Arrowhead, en Californie. En ce 3 juillet, Kristine et Daniel comptent fêter le lendemain l'Independence Day chez Imogene. Ils roulent depuis Las Vegas sur l'I-15, à travers le désert Mojave, où la température dépasse 40°.

Le couple doit faire halte dans une station-service désaffectée. Alors qu'elle se change dans les WC, Kristine est agressée par un inconnu. De retour à leur véhicule, la voiture est toujours là, mais Daniel a disparu. Des messages SMS via le téléphone du chirurgien vont vite confirmer qu'il a été enlevé. Kristine imagine que c'est une affaire d'argent, qu'une rançon sera bientôt réclamée. Le ravisseur prétend s'appeler Malthus. Il la surveille depuis dix mois, semblant tout savoir de la jeune femme. Sans doute reste-t-il non loin d'elle, lui imposant la suite. Un jeu de piste débute sur l'aire d'un casino, autour d'une attraction, où on remet à Kristine une carte routière indiquant l'étape suivante.

Sur place, Malthus provoque la mort d'un agent de sécurité du casino. C'est Kristine qui risque fort d'être accusée, car on l'aura vue en conversation avec le vigile, puis le frôlant en voiture. Elle prend la fuite, évitant par ailleurs d'expliquer ce qui se passe à Imogene, sa future belle-mère qui la relance par téléphone. La carte indique qu'elle doit s'arrêter à Baker, petite ville du désert, où on lui donnera d'autres indications dans un "diner" (snack-bar). Kristine est contrainte de s'humilier devant la serveuse Lacy et un consommateur, heureusement compréhensif. L'étape d'après la conduit, en début de nuit, dans un parc aquatique à l'abandon. Elle y découvre un homme mourant, vêtu des habits de Daniel.

Kristine est prise en auto-stop par la camionneuse Crystal. Malgré l'aspect malpropre de la jeune femme errante, elle accepte de la déposer à Barstow, en Californie. Mais c'est dans une pouilleuse chambre de motel que Kristine se réveille finalement, sanglante, car il y a un nouveau cadavre auprès d'elle. Comme pour celui du parc aquatique et pour le vigile, tous les indices la désigneront en tant que coupable. Avec cruauté, se vantant de sa méchanceté, Malthus ne se prive pas de le lui rappeler par téléphone. Kristine réussit à voler une moto, mais elle n'ira pas aussi loin qu'elle voulait. Enfin, vient la confrontation directe avec Malthus. Cette fois, Kristine et sa fille Abby sont en danger de mort…

Vicki Pettersson : Survivre (Sonatine Éd., 2016) – Coup de cœur –

Vicki Pettersson n'est pas une néophyte en écriture. Sa trilogie “L'étreinte du Zodiaque” a été traduite en français, depuis 2014. Il s'agissait de romans appartenant au Fantastique, où l'intrépide héroïne Joanna Archer évoluait entre le Bien et le Mal dans les décors de Las Vegas, ville natale de l'auteure. Ici, c'est dans un thriller qu'elle entraîne ses lecteurs. Les personnages viennent toujours de la célèbre ville du jeu, dans le Nevada. Et c'est encore une jeune femme énergique qui va être au centre de l'intrigue. Étrange aventure, certes, mais il s'agit donc d'un jeu de piste sanglant, d'une sorte de course-poursuite perverse, qui s'inscrit dans la meilleure tradition des romans "sous tension". Ajoutons-y la chaleur étouffante du désert Mojave, on imaginera facilement les tourments de l'héroïne.

Si on entre vite dans l'action, pour notre plus grand plaisir, le portrait de Kristine Rush est agréablement nuancé. Cette jeune femme au caractère volontaire s'avoue incapable de pleurer, ce qui n'en fait pas une baroudeuse pour autant. Elle a gravi l'échelle sociale avec intelligence, mais se trouve face à une situation exceptionnelle qui ne peut que la secouer. Elle espère pouvoir saisir sa chance d'en sortir, malgré l'omniprésence dans l'ombre de cet adversaire, pour lequel la vie humaine n'a pas d'importance. Après les douloureuses premières épreuves, le nommé Malthus sera identifié. C'est bel et bien un tueur en série, dont les motivations psychologiques sont obsessionnelles et mortifères.

Magistralement construit, “Survivre” fait partie de ces polars effrénés que l'on dévore, qui rendent accro au point d'en reprendre au plus vite la lecture. Plus on avance au côté de l'héroïne, plus on approche du dénouement en frémissant avec elle, plus on est certain d'un final en apothéose. Voilà un remarquable suspense intense !

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 04:55

Écosse, été 1946. Homme mûr, Douglas Brodie vient d'être engagé comme reporter à la Gazette de Glasgow. Policier avant la guerre, il fut sous-officier dans la 51e Division des Highlands. Avec la blonde avocate Samantha Campbell, ils ont besoin de se remettre d'un cas dramatique récent, qui leur a valu quelques mésaventures. Le meurtre spectaculaire d'Alec Morton, élu local chargé des finances, c'est son expérimenté collègue journaliste Wullie McAllister qui va enquêter là-dessus. Les budgets pour la reconstruction de Glasgow doivent attirer toutes sortes de margoulins. La corruption toucherait-elle les élites, ou bien Morton a-t-il voulu y faire obstruction ? Wullie cherchera tous azimuts des infos secrètes.

Douglas Brodie est contacté par un certain "Ismaël", afin que Samantha Campbell défende un ancien soldat de son unité vivant dans la misère, ayant commis un méfait. L'avocate parvient à limiter la peine de prison, mais l'ex-militaire condamné se suicide bientôt. Parmi les faits divers, Douglas note quelques graves agressions ressemblant à des règlements de comptes. Ces actes sont vite revendiqués par Les Marshals de Glasgow, justiciers signant soit en coupant un bout de doigt, soit en laissant une marque infamante sur les victimes. Douglas recense dix-neuf hommes attaqués par ces commandos masqués. Ceux qui sont visés semblent être des coupables trop légèrement sanctionnés par la justice.

Ça donne matière à des articles qui intéressent le public, quelle que soit l'amoralité de ces agressions. Douglas est convaincu que le fameux "Ismaël" est l'organisateur de ces actes. Sans approuver, il admet que l'iniquité des juges peut entraîner de telles réactions. Et ce n'est pas avec l'inspecteur-chef Sangster que la police fera correctement son métier. Le reporter a davantage confiance dans l'honnête sergent Duncan Todd. Glanant çà et là des indices, Douglas essaie de calmer sur le whisky, et de retrouver la forme en pratiquant la natation. Il s'installe dans la grande maison de Samantha, même s'ils ne sont pas prêts à entamer une relation intime. Peut-être menacée par Les Marshals de Glasgow, la mère de Douglas va un temps séjourner avec eux, à l'abri du risque.

Agressé chez lui, en famille, un avocat est hospitalisé dans un état très sérieux. Douglas ne se prive pas de provoquer par ses articles les justiciers autoproclamés. Les extraits de la Bible, cités par les vengeurs violents, ne font que souligner le narcissisme sadique du nommé "Ismaël" et de ses sbires. Quand ils s'introduisent chez l'avocate et Douglas, il est temps de sortir les fusils de chasse Dickson du père de Samantha, qui pourront servir. Les justiciers changent de méthode, appelant désormais la population à dénoncer les salauds. La vague d'agressions qui s'ensuit n'est pas forcément légitime. Quand un homosexuel est tué au Monkey Club, on peut conclure que Les Marshals de Glasgow sont allés trop loin.

Contactant directement le reporter, "Ismaël" prétend qu'ils ne sont pas coupables de ce crime. Il n'empêche que deux autres homos sont assassinés à leur tour. Les recherches de Wullie McAllister, le journaliste chevronné, commencent à porter leurs fruits. Des notables de Glasgow, possiblement concernés par le meurtre de Morton, Douglas ne va pas tarder à en rencontrer lors d'une soirée mondaine. En effet, Samantha Campbell appartient aussi au gotha. Douglas remarque un de ces hauts-responsables : “Entre lui et moi, ce fut la haine au premier regard.” Le reporter devra clarifier ses rapports avec "Ismaël" s'il veut espérer comprendre ce qui se passe actuellement dans cette ville…

Gordon Ferris : Les justiciers de Glasgow (Éd.Seuil, 2016) – Coup de cœur –

Après “La cabane des pendus", première aventure du héros démobilisé Douglas Brodie, retour dans le Glasgow de 1946 pour la deuxième étape d'une tétralogie dédiée à l’Écosse d'après-guerre. Il n'est pas indispensable d'avoir lu le titre précédent, que l'on ne peut que conseiller, désormais disponible en poche chez Points. Gordon Ferris nous plonge directement dans l'ambiance et les lieux de l'époque : c'est donc avec un vrai plaisir que l'on s'installe durablement dans la lecture de cet excellent roman noir.

Bien sûr, l'action criminelle est présente tout au long du récit. Avec tout ce que l'on peut soupçonner de corruption d'un côté : “Venez profiter d'une occasion de tripler votre mise comme il ne s'en présente qu'une fois par siècle ! Les appels d'offre pleuvraient, et leurs heureux bénéficiaires s'enrichiraient au point de faire passer Crésus pour un clochard…” Il est plus que probable que, en Écosse comme dans toute l'Europe, la reconstruction ait occasionné maintes malversations. Certes, ces chantiers ont donné du travail au peuple, mais ont surtout engraissé honteusement de sales combinards.

D'autre part, l'auteur retrace les comportements revanchards, incitations à la délation qui ciblent des gens jugés avec trop de clémence. Avec le risque de sérieux dérapages, trop punitifs selon les cas, ou donnant le prétexte de se venger de personnes innocentes. Dans tous les cas, c'est franchement malsain. Même si, au départ, on s'interroge comme Brodie sur le bien-fondé de ces actes, on réalise bientôt leurs excès. Y compris sous couvert de citations bibliques, la haine n'amène que la haine… C'est ici tout un contexte, décrit avec une belle souplesse narrative, qui rend fascinante cette sombre histoire.

Une chanson évoquée dans ce roman, de l'immense artiste Peggy Lee.

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 05:55

Âgée de vingt-cinq ans, Penny Harrigan est originaire du Nebraska. Ses parents habitent à Omaha, où elle fut étudiante. Aspirante avocate, elle n'a pas encore réussi ses diplômes. Peut-être parce que Penny ne croit guère être destinée à ce métier. Depuis six mois, elle est employée dans un grand cabinet d'avocats à Manhattan. Elle est consciente de n'être qu'une sous-fifre besogneuse obéissant aux ordres. Moins réaliste, Penny imagine que des agents de sécurité lui servent d'anges gardiens à New York. Entre sa moqueuse collègue Monique et ses deux colocataires, elle se demande ce que l'avenir lui réserve. C'est alors qu'elle fait par hasard, au cabinet d'avocats, la connaissance de Linus Maxwell. Malgré l'allure assez quelconque de Penny, ce milliardaire l'invite à dîner le soir-même.

Maxwell est un bel homme de quarante-neuf ans. Il a fait fortune dans les technologies qui s'appliquent à tant de produits actuels. Propriétaire de médias, il soigne son image en jouant au pygmalion avec certaines femmes. Grâce à Maxwell, Clarissa Hind est devenue Présidente des États-Unis. Il a été le mentor de l'actrice française Alouette d'Ambrosia, qui a reçu plusieurs Oscars. Si la princesse anglaise Gwendolyn est montée sur le trône, c'est suite à leurs rapports. À chaque fois, les relations entre Maxwell et ses compagnes durent exactement cent trente-six jours. Que cet homme puissant s'intéresse à une jeune femme aussi ordinaire que Penny, c'est très flatteur pour elle. Tel un conte de fée dont elle serait la Cendrillon. C'est lors d'un séjour à Paris que débute vraiment leur idylle insolite.

Penny y croise Alouette d'Ambrosia, qui lui conseille de ne jamais faire l’amour avec Maxwell. Jalousie d'ex-amante ? Néanmoins, elle ne tarde pas à entamer une expérience sexuelle avec son prince charmant. Penny admet vite qu'elle sert de cobaye à Maxwell : il lui fait connaître l'extase absolue, la jouissance permanente, en testant sur elle tous les gadgets qu'il a inventés. Cette gamme de sex-toys est innovante, issue de ses recherches scientifiques depuis de nombreuses années. Ils sont conçus pour satisfaire sexuellement tous types de femmes, dont Penny est exemplaire de la "normalité". Ils vont bientôt être commercialisés sous le label Beautiful You. Même si leur relation s'achève brutalement, les aspects financiers et médiatiques devraient convenir à la jeune femme.

Les ventes de la gamme Beautiful You explosent rapidement. Monique, avec qui Penny habite maintenant, en est une utilisatrice forcenée, comme des milliers de femmes. Elles pourront se passer des hommes si ça continue ainsi. Mais le produit-phare Beautiful You, la libellule intime, semble souvent défectueux. Envisager une action en justice contre Maxwell ? Le jeune avocat Tad Smith, ami de Penny et Monique, n'y croit pas longtemps. La Présidente des États-Unis intervient en personne auprès de Penny. L'affaire ayant pris une tournure meurtrière, et les diverses conséquences de l'utilisation de ces sex-toys étant néfastes, Penny doit réagir. Elle entreprend un périple jusqu'aux confins du monde pour mesurer le danger des projets de Maxwell…

Chuck Palahniuk : Orgasme (Sonatine Éd., 2016) – Coup de cœur –

À n'en pas douter, voilà un des romans les plus enthousiasmants de l'année. La tonalité de la narration s'avère à la fois ironique et énigmatique. Ça commence à la façon de milliers de romances, par l'ébauche d'un amour improbable entre la pauvre héroïne et le séduisant mâle charismatique. À l'opposé des codes classiques, la jeune femme pénètre dans un univers de débauche, bien plus pervers que "Cinquante nuances de Grey". Sans vulgarité ni masochisme, puisqu'il s'agit d'expériences basées sur la science et certaines traditions, Penny jouit des initiatives de Maxwell, scènes à la fois chaudes et techniques. On mesure l'écart entre l'image proprette des Américaines et la quête de plaisir intense qui habite les femmes ciblées par le démiurge. Tout cela étant raconté sur un tempo sans temps mort.

Le suspense porte donc sur la finalité des manipulations dirigées par ce diable de Maxwell. L'intrigue joue sur ses secrets et ses méthodes. C'est là qu'intervient la part sociologique du roman. Le marketing (depuis la conception des produits jusqu'à la vente, en passant par la publicité, facile quand les médias vous appartiennent) permet le conditionnement des clientes de sex-toys. Peut-être au point d'en faire des zombies. Alors, pourquoi ne pas les attirer vers d'autres articles que vendent aussi vos sociétés ? Mais l'objectif est encore plus vaste. Répudiés, des hommes tentent vainement de contrer le phénomène, non sans créer des troubles à New York. Ce qui ajoute une dose d'humour mordant au récit. Quant aux secrets de Maxwell, sa protégée est loin de les imaginer.

Même si ce n'est pas la seule cause, Internet a entraîné le développement de bon nombre de pratiques décomplexées. Le sexe étant de moins en moins tabou, même des personnes en apparence équilibrées peuvent glisser vers l'excès. Il est évident que Chuck Palahniuk a bien observé nos mœurs actuelles pour écrire cette fiction incluant des péripéties agitées, une satire sociale, des agissements criminels, et de multiples sourires narquois sur la recherche du nirvana. Le résultat est carrément fascinant ! Une histoire particulièrement inspirée.

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25 février 2016 4 25 /02 /février /2016 05:55

Danny Brogan et Claire Taylor vivent, avec leurs fillettes Barbara et Irene, à Madison dans le Wisconsin. Le couple partage les mêmes références culturelles, ayant trait à l'Amérique de 1930 à 1960. Danny a repris le bar-grill de son père, et ils habitent la maison familiale cossue. Sa sœur Donna s'est installée dans une autre ville du Midwest. Le parcours de vie de Claire Taylor, quadragénaire ayant huit ans de moins que Danny, fut plus sinueux. Elle fut adoptée à l'âge de trois ans. Adolescente, elle se passionna pour le théâtre. C'est ainsi qu'elle devint la petite amie de Danny. Ils se séparèrent quand Claire partit pour Chicago, dans l'espoir de développer une carrière de comédienne. Avec Paul Casey et leur groupe d'amis, elle vivota ainsi durant plusieurs années, sans rencontrer le succès. Huit ans plus tard, elle rentra à Madison, où Danny l'attendait. Depuis, ils mènent une vie stable.

À part Dee, son amie coiffeuse venue de Californie une vingtaine d'années plus tôt, qui lui a créé une page Facebook qu'elle n'utilise guère, Claire n'a que peu de relations. Le couple a perdu une forte somme d'argent voilà quelques mois, à cause de l'escroc Jonathan Gatt désormais en prison, mais Danny ne semble pas en faire un drame. Autour d'Halloween, pour se changer les idées, Claire vient de passer une semaine à Chicago. Elle a revu Paul Casey, par sentimentalisme mais pas vraiment pour renouer. Il a évité de lui préciser qu'il ne fait plus de théâtre, qu'il est employé dans la quincaillerie de son vieux père. Claire est de retour auprès de sa famille. Sauf qu'il n'y a personne chez eux. Elle s'aperçoit que la maison a été entièrement vidée, à l'exception de son espace personnel. Danny lui a laissé un signe rassurant. Claire est dans l'impossibilité de les joindre, ni lui, ni leurs filles.

Declan Hughes : Au-dessus de tout soupçon (Presses de la Cité 2016) – Coup de cœur –

Claire découvre le cadavre massacré de son chien dans leur propriété, telle une sinistre farce d'Halloween. Le lendemain, elle reçoit un avis officiel d'expulsion, la maison étant gage de leurs dettes. Puis se présentent deux flics locaux, Nora et Ken. Tous les trois constatent que le cadavre du chien a été remplacé par celui d'un homme. Gene Peterson, la victime, était un copain de Danny depuis qu'ils avaient onze ans. Claire l'a quelque peu connu aussi, plus tard. Le couteau de boucher de Danny est certainement l'arme du crime. Nora essaie de mesurer la situation. Par la suite, elle interrogera Dee et d'autres proches du couple. Ce sera une bibliothécaire ex-enseignante qui lui offrira les meilleures infos. La petite bande de copains composée de Danny Brogan, Dave Ricks, Ralph Cowley, et Gene Peterson fut autrefois au cœur d'une sombre affaire, qui marqua les esprits.

De son côté, Danny peut compter sur son ami cool Jeff Torrance pour qu'il le véhicule dans sa Mustang. Ayant mis ses filles à l'abri chez sa sœur Donna, il rencontre dans sa prison Jonathan Glatt. L'escroc nie toujours en être un. Surtout, il apprend à Danny une info fort troublante. Danny révèle ensuite à Jeff qu'il subit depuis son mariage un chantage, en lien avec son passé et celui de Ralph, Dave et Gene. Un manuscrit inachevé de Ralph Cowley relate l'affaire d'autrefois, accablant pour Danny. Le maître-chanteur est sûrement Gene Peterson, bien qu'il n'en ait pas la preuve. Encore ignore-t-il que Charlie Toland, Irlandais de Belfast, clandestin aux États-Unis reconverti en tueur-à-gages, est impliqué dans les faits actuels, en mission pour un certain M.Wilson de Chicago. Quant aux versions sur le drame du passé imputé à Danny, et sur la vie de l'orpheline Claire, il y en a plusieurs…

 

Declan Hughes concocte un suspense magistral, autour d'une famille supposée ordinaire. Que le mari soit encore perturbé par un épisode horrible vécu quand il avait onze ans, que sa femme ait traversé une époque plutôt bohème sans lendemain, ce sont des aléas de la vie. Chacun a bien le droit de taire, de laisser en retrait, des passages de son existence. Si ça n'impacte pas la "vie en société", les Américains tolèrent petits débordements et autres secrets très privés. Toutefois, l'apparence d'un mode de vie sans histoire peut devenir plus compliquée, si quelqu'un s'en mêle négativement. Harcèlement et manipulations pouvant entraîner des conséquences désastreuses, voire mortelles.

Si ce récit énigmatique nous procure une excellente impression, ça provient à la fois de la tonalité – avec un regard souvent ironique sur les protagonistes, des multiples faux-semblants, et des révélations que nous livre progressivement l'auteur – avec parfois quelques effets de surprise. Parmi les investisseurs floués par l'escroc, outre Danny et ses trois amis, il y a un cinquième nom qui étonne, par exemple. Une intrigue fascinante par sa solidité, impeccable avec sa précision d'orfèvre.

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 05:55

À Rio-de-Janeiro, Teodoro Avelar Guimarães vit avec sa mère Patrícia, infirme en fauteuil roulant depuis l'accident qui causa la mort de son mari, et leur chien Sansão. Étudiant en médecine, Teo est depuis l'enfance indifférent au reste du monde. “Il n'aimait personne, ne nourrissait aucun attachement pour personne, n'éprouvait aucun manque, aucune nostalgie, aucune aspiration : il se bornait à vivre.” Existence routinière revendiquée : “Un vide rempli d'avance d'émotions ternes et timides. Et peut-être n'était-ce pas plus mal ainsi. En tout cas, il s'en accommodait.” Quand Noël approche, ce sont les vacances d'été au Brésil. Lors d'une soirée de fête où il s'ennuie autant que d'habitude, Teo fait bientôt la connaissance de Clarice Manhães, jeune fille menue âgée de vingt-quatre ans.

Teo est troublé par la désinvolture déroutante de Clarice, fille de bonne famille, étudiante décomplexée qui projette d'écrire un scénario de film intitulé “Jours parfaits”. Il s'arrange pour obtenir des renseignements sur elle, pour entrer à nouveau en contact. Clarice n'est pas dupe du jeu de Teo. Quand elle s'énerve contre lui, il l'assomme et la kidnappe. Il va la droguer avec un des médicaments de sa mère Patrícia, une fois rendus à son domicile. Teo doit calmer aussi le chien Sansão, qui a senti un problème, au risque d'empoisonner l'animal. Il se procure dans un sex-shop des objets de bondage, afin d'empêcher Clarice de s'enfuir. Teo évite de dire la vérité à sa mère au sujet de Clarice, évoquant sa nouvelle petite amie avec laquelle il va partir quelques temps en voyage.

En effet, Clarice avait prévu de s'absenter durant plusieurs semaines. Elle avait réservé un chalet isolé à l'Hôtel du Lac des Nains, à Teresópolis, afin de travailler sur son scénario. Teo et Clarice s'y installent, la jeune fille restant séquestrée et menottée. Pas évident que le jeune étudiant obtienne cette symbiose amoureuse qu'il espère : “Tu crois vraiment que m'enfermer et me faire des piqûres de narcotique toutes les cinq minutes va m'inciter à t'aimer ?” s'insurge Clarice. Néanmoins, leur première semaine de séjour se déroule à peu près bien, selon les critères de Teo. Il finit par acheter des alliances de fiançailles. Clarice fait semblant d'accepter sa demande en mariage, mais va tenter de prendre sa liberté en mains. Teo maîtrise la situation, punissant sa compagne.

Le violoniste Breno, véritable petit ami de Clarice, s'introduit nuitamment au chalet. Teo ne peut pas rester sans réagir. Le couple quitte rapidement les lieux. Puisque Clarice avait prévu de faire un repérage pour son scénario sur l'Ilha Grande, c'est la destination choisie par Teo. Non sans quelques soucis en cours de route. Il loue pour un mois une maison à une vieille dame prénommée Gertrudes, prénom qui fait fantasmer Teo. Par téléphone, il est ponctuellement en contact avec sa mère et celle de Clarice. Il paraît que la police est à la recherche de Breno. Malgré le décor idyllique, il se peut que la relation entre Teo et sa captive change brutalement. Et que la suite se complique bien davantage…

Raphael Montes : Jours parfaits (Éd.10-18, 2016) – Coup de cœur –

Raphael Montes écrit que sa mère lui suggéra : “Si tu essayais plutôt d'écrire une histoire d'amour ?” Ce jeune auteur brésilien (né en 1990) a suivi son conseil. En effet, il s'agit ici d'une intrigue romantique, d'une certaine façon. Toutefois, rien à voir avec la platitude de ces récits où, après tant de déceptions sentimentales, la belle héroïne larmoyante trouve (malgré quelques écueils) l'amour auprès du prince charmant, séduisant et équilibré, dont elle a toujours rêvé. Raphael Montes a concocté une aventure mille fois plus excitante que ces niaiseries à la guimauve. Non seulement les péripéties se succèdent sur un tempo de bon aloi, mais la psychologie de tous les personnages est d'une sacrée justesse.

S'apitoyer sur le sort malheureux de Clarice ? Décréter que Teo est cruel et pervers ? Ce n'est nullement l'intention que fait passer l'auteur. On comprend que, tous deux issus de famille honorables, Clarice et Teo sont des monstres d'égoïsme. La jeune fille se fiche des conventions, l'étudiant en médecine est centré sur lui-même. Absurdement, Teo maltraite Clarice pour se faire aimer, mais celle-ci s'aime-t-elle vraiment ? On trouve une belle part d'humour noir dans cette affaire. Difficile de citer des passages explicites, car ces sourires sont liés au contexte. Telle cette grande valise rose, si pratique pour transporter une frêle jeune fille. Suspense mouvementé, états d'âme et drôlerie se marient harmonieusement dans ce roman remarquable.

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