Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 04:55

Carl Belmeyer, c'est le journaliste-star qui présente depuis trois décennies le JT de 20h sur la principale télé française. Âgé de soixante-et-un ans, il est apprécié du public pour son professionnalisme, sa sincérité, sa solidarité corporatiste, sa compassion pour les victimes. Sa crédibilité, il l'a acquise grâce à son mentor Pierre-Yves Maillet, soixante-douze ans, toujours directeur de l'info de leur chaîne. Privilégier le spectaculaire et parler vrai, telles sont les clés de la popularité de Carl Belmeyer. Avec ce pro, la fabrication d'un JT, c'est du grand art. Ou plutôt une vaste manipulation, le mensonge à tous niveaux, le show de l'info dirigée pour influencer les cerveaux disponibles. Inventer des polémiques, choisir les plus racoleurs des sujets, voilà comment faire de l'audience. En réalité, Carl Belmeyer est un orgueilleux dépourvu du moindre sentiment. Il vit dans le luxe, fréquente les puissants.

Un accident mortel s'est produit en direct dans une émission putassière de télé-réalité. Ce qui entraîne une situation de crise au sein de la chaîne. Rien d'insurmontable, mais déjà un public hostile se mobilise, manifestant contre eux. Un show fédérateur autour d'une vieille gloire du spectacle ne suffira pas à calmer l'opinion. Pour riposter avec efficacité, Carl Belmeyer est l'atout n°1 de sa chaîne. Pierre-Yves l'envoie faire un reportage spécial au Liberia, pays en plein chaos ravagé par la guerre civile. Si Belmeyer hésite, son image quelque peu écornée par ailleurs l'amène à accepter. L'argument du “retour au journalisme de terrain”, ça fonctionne, ça fait sérieux. D'autant que, dès l'aéroport, le départ de Carl Belmeyer est très médiatisé. C'est ainsi qu'avec une équipe technique de choc, il débarque peu après de l'avion à Monrovia. Où il retrouve sa consœur et ex-amante Sarah Rouvier.

Dans ce pays où toute règle a disparu, le journaliste masque mal son stress, sa trouille. Il n'a pas tort d'avoir peur car, rapidement, un grave incident oppose leur petit groupe à des militaires excités. Carl Belmeyer enlevé et séquestré, voilà qui est excellent pour la chaîne et ses audiences. Pierre-Yves supervise la campagne de communication visant à sauver cet otage du terrorisme qui ne faisait que son métier. Conditionné, le public va adhérer en masse. On distribue des badges et des tee-shirts, on a écrit une chanson interprétée par des étoiles filantes de la variété actuelle, on prépare un livre sur l'évènement signé par le kidnappé. Une vidéo où, sous la menace, Carl Belmeyer transmet les exigences de ses ravisseurs passe de l'AFP jusqu'au sommet de l’État. Tout cela n'est que mystification. Il est vrai que la journaliste n'est pas libre, mais il se trouve bien loin du désordre africain.

Le mercenaire serbe Emir Zarkan ? Même quelqu'un de bien informé comme Belmeyer ignore à peu près tout de lui, de ses actions meurtrières à travers le monde, au service du plus offrant. Il a failli être intercepté à New York, ce que le JT traita tel un simple fait divers. On ne le surnomme pas au hasard “le Chat” : Zarkan semble avoir droit à plusieurs vies. Seuls les services secrets de plusieurs nations mesurent la dangerosité réelle de ce tueur. Il paraît prêt à se laisser approcher aujourd'hui, non sans difficultés. Vrai-faux prisonnier, Carl Belmeyer peut-il jouer un rôle dans cette affaire ? Certains le pensent…

Michaël Mention : Le carnaval des hyènes (coll.Ombres Noires, 2015) – Coup de cœur –

Informer, éduquer, distraire, ce sont les missions de la télévision depuis le développement de ce média dans les années 1950. Il vaut mieux en parler au passé, car ces principes ont depuis longtemps disparu du petit écran. Côté information, la télé d’État gaulliste relayait déjà une image truquée du pays. Par la suite, tous les gouvernants et autres politiciens d'opposition se sont servis à outrance de la télé. Rares étant ceux qui leur aient apporté la contradiction, ils auraient eu tort de se gêner. Depuis les années 2000, via les émissions de témoignages ou les micro-trottoirs, l'info prétend donner la parole à la population. Un simulacre cynique de démocratie, autant que ces "marches blanches" existant seulement parce que la télé vient les filmer. Le public critique la télé-réalité, les talk-shows ineptes, les débats orientés, et les jeux débiles, mais ils les regardent… et y participent.

Déontologie journalistique ? Voilà la formule la plus hilarante du 21e siècle. À la télévision, le moindre journaleux se prend pour un roi de l'info. S'il se déplace à deux cent mètres de ses studios, le voilà intronisé reporter. S'il intervient ponctuellement au JT, sur les chaînes info, c'est la consécration. “Le succès des uns, c'est avant tout la crédulité des autres” est-il dit dans ce roman. Ce n'est pas favoriser la fameuse "théorie du complot" de rappeler que la communication et la manipulation sont omniprésentes. Choix d'invité(e)s toujours plus catégoriques dans leur propagande idéologique, de pseudo-experts plus affirmatifs que de véritables spécialistes attestés, de montrer un pape agréable succédant à un pape antipathique, de tous ces thèmes traités "qui intéressent les Français" alors qu'ils nous les imposent : gobez cette mixture antalgique sans réfléchir, c'est pour votre bien.

Ce n'est pas une thèse sur l'info télévisée que nous propose Michaël Mention, c'est un vrai roman noir d'aventure, riche en péripéties. Et en personnages, tous plus pourris les uns que les autres, il faut bien l'avouer. On en finirait presque par avoir de la sympathie pour le héros, présentateur du JT. Ça ne va pas jusqu'à là, car cette histoire mouvementée est l'illustration de la désinformation telle qu'elle se pratique de nos jours. Surtout ne jamais évoquer ce qui se passe dans l'ombre, les enjeux politiques ou financiers, internationaux ou locaux. Le journaliste va passer cette fois de l'autre côté de ce miroir-là, celui dont il exploite la version orientée dans son JT. "Liberté d'opinion, liberté de la presse", oui. Ce qui ne signifie pas être dupe des charlatans de l'information. Entre action et réflexion sur un aspect de notre société, encore un excellent roman de Michael Mention.

Michaël Mention, novembre 2014.

Michaël Mention, novembre 2014.

Repost 0
25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 04:55

Né en 1952, David Lamb est aujourd'hui âgé de cinquante-quatre ans. Il exerce le même métier depuis dix-neuf ans. Sans être fortuné, Lamb est aisé. Séparé de Cathy, il a pour amante Linnie, qui ignore qu'il ne vit plus avec sa femme. Dans la banlieue de Chicago, Lamb vient d'assister aux obsèques de son vieux père. Dans la rue, il est abordé par une enfant de onze ans, sorte de jeu entre élèves d'une classe de 5e. Cette fillette malingre, avec ses tâches de rousseur, se prénomme Tommie. Lamb la situe bientôt : “Une gamine livrée à elle-même. Qui obtient tout juste la moyenne à l'école. Ni jolie, ni sportive, ni intelligente. Simplement une gamine qui a grandi moins vite que les autres mais qui veut rester dans la course...” Tommie vit dans un quartier très modeste avec sa mère et le compagnon de celle-ci, Jessie. Pas malheureuse, mais rien de très chaleureux dans son existence.

Dès leur deuxième rencontre, une complicité naît entre Lamb et Tommie. Peut-être parce qu'ils sont tous deux plutôt solitaires. Il sent que cette enfant a besoin d'une autre vie, et lui parle d'aller camper ensemble quelques jours. Au fil de leurs rendez-vous, Lamb lui fait miroiter les décors des grands espaces, des prairies de l'Amérique rurale montagneuse. À son travail, on comprend que Lamb ait besoin de prendre du recul après le décès de son père. Normal qu'il prenne des vacances en ce beau mois de septembre. Pour Tommie, leur relation n'est pas conventionnelle, mais acceptable : “Et qu'est-ce que sa démarche avait de répréhensible ? Qu'un type comme lui offre un bon déjeuner à une gamine comme elle, qu'il la gâte un peu ? À elle, cela lui faisait du bien. Lui, cela agissait comme un remontant pour son cœur meurtri. N'est-ce pas ?” Ils vont effectivement partir ensemble, en pick-up.

De Chicago, ils voyagent vers le Wyoming et le Nebraska. Lamb l'apprivoise, joue au guide à travers les paysages si différents qu'elle découvre, s'improvise conteur lors des étapes en motels. La nuit étoilée, elle ne la remarque jamais en ville à cause des lumières. L'idée de rentrer la titille, forcément, car elle sait que leur périple passerait facilement pour un kidnapping. D'ailleurs, pendant ce temps, que se passe-t-il du côté de Chicago ? Lamb et Tommie arrivent à destination, une propriété campagnarde sur El Rancho Road. Il y a un chalet, qui mérite une sérieuse remise en état. Leur installation restera précaire, même s'ils complètent par quelques achats pour la fillette dans une petite ville des environs. Il ne faudrait pas que le vieux voisin Forster s'intéresse de trop près à eux. Ni que les souvenirs douloureux de Lamb remontent à la surface, gâchant cet épisode paradisiaque…

Bonnie Nadzam : Lamb (Éd.Points, 2015) – Coup de cœur –

En 2011, ce roman fut couronné par le Flaherty-Dunnan First Novel Prize. Les flagrantes qualités humanistes de cette histoire ont assurément pesé dans l'attribution de ce Prix littéraire. Il figura parmi la vingtaine de titres sélectionnés du "Women's prize for fiction 2013". Il s'agit bien d'un "roman noir", davantage au sens sociétal de cette appellation, qu'au niveau criminel. Néanmoins, une mineure de onze ans partant à l'aventure avec un quinquagénaire qu'elle connaît à peine, c'est assimilé à un enlèvement, au moins dans tous les pays occidentaux. Qu'elle soit consentante, qu'il soit généreux, qu'il la traite amicalement en la surnommant "porcinette", que cette initiative n'ait absolument rien de sordide, l'adulte est coupable. Même si la tendresse, la gentillesse ne sont pas des crimes.

Pourtant, le but de David Lamb est clair : “Tu verras, tout le monde va en sortir gagnant. Ça renforcera l'amour que [ta mère et Jessie] éprouvent l'un pour l'autre, et l'amour qu'ils ressentent pour toi… Tu posséderas en toi la quiétude de la terre. Tu sauras tellement plus de choses. Tu auras touché du doigt l'âme secrète de ce pays. Tu en seras même imprégnée. Et tu la transmettras aux autres.” Subsiste-t-il des ambiguïtés dans le rapport entre la fillette et l'homme ? La psychologie de Lamb est à la fois plus tortueuse et plus subtile que celle d'un ravisseur d'enfant. C'est un besoin profond qui explique cette espèce de fugue avec la jeune Tommie, comme la nécessité d'une étape hors des sentiers battus, en décalage avec la normalité du monde, avant une possible suite. Pas un strict polar, mais une remarquable intrigue, digne d'un sincère "Coup de cœur".

Repost 0
28 mai 2015 4 28 /05 /mai /2015 04:55

En 1919, La Nouvelle Orléans est une grande ville comptant plus de 380.000 habitants. Malgré une géographie particulière et des ouragans ponctuels, sa prospérité vient de ses différences avec tant d'autres villes américaines, plus puritaines. Multiculturelle, "The big easy" tolère tous les excès permettant de faire la fête, même si le quartier de Storyville n'est plus autant un lieu de débauche. Si la forte population noire subit comme ailleurs la ségrégation, c'est elle qui donne sa tonalité musicale à cette agglomération, grâce au jazz et au blues. À l'image de ce jeune cornettiste de dix-huit ans, qui se nomme encore Lewis Armstrong. La mafia italienne est très présente à La Nouvelle Orléans. Ses membres sont des Siciliens, tous venus de Monreale, ce qui limite les guerres de clans. Gangrenée par la corruption, la police locale a une réputation exécrable.

Cette année-là, un criminel vite surnommé "le Tueur à la hache" assassine sauvagement depuis quelques semaines des couples d'épiciers d'origine italienne. Sur les lieux, il laisse à chaque fois une carte de tarot, images de luxe peut-être françaises, pas de la fabrication courante. C'est le policier Michael Talbot qu'on charge d'enquêter sur ce meurtrier qui va bientôt récidiver en tuant le couple Schneider, dont lui est avocat. Michael Talbot est marié avec Annette, ils ont deux enfants. Un mariage clandestin, car son épouse est Noire. Il sait que sa mission est une sorte de piège. S'il est très mal vu, c'est parce qu'il dénonça un de ses collègues, Luca d'Andrea. Cet inspecteur participait à de nombreux trafics. Il vient de sortir de prison, après une détention de cinq années.

Ida Davis est une jeune métisse de dix-neuf ans. Amie de toujours de Lewis Armstrong, elle n'ignore pas les tourments familiaux de celui-ci, même s'il conserve le moral grâce à la musique. Ida Davis est secrétaire de l'agence Pinkerton de La Nouvelle Orléans, dirigée par le flemmard Lefebvre. Pour prouver sa valeur de détective, Ida entreprend d'enquêter sur le "Tueur à la hache". Son ami Lewis va souvent l'accompagner, car la ville n'est pas si sûre. Ils interrogent d'abord Mme Hawkes, infirmière des premières victimes. Ida pense que cette série de meurtres masquent un trafic de fausse monnaie. Prenant en filature un jeune voleur malingre, Ida et Lewis aperçoivent son boss, Cajun massif à la barbe rousse. Il semble s'agir d'un nommé Morval, propriétaire d'une usine.

Côté police, Michael Talbot ne néglige pas les tuyaux du journaliste John Riley, qui lui conseille de rechercher un certain Lombardi. Kerry Behan est un jeune agent arrivé depuis peu de son Irlande natale. Il est conscient que Michael est mal aimé des autres, mais il va grandement l'aider. En 1911, le policier Jake Hatener traita une affaire ressemblant fort à celle du "Tueur à la hache", mais ce flic désagréable s'est bien gardé d'en parler à Michael. Suivant la consigne de leur supérieur, Michael et Kerry se renseignent sur des repris de justice supposés cinglés. Pourtant, c'est plutôt vers "la Main Noire" des Siciliens, que les deux policiers espèrent trouver des indices. Les mafieux prétendent que l'assassin ne peut qu'être un Noir, ce qui est très improbable pour Michael.

Mandaté par Don Carlo, le vieux caïd de la mafia, l'ex-policier Luca d'Andrea mène aussi son enquête. Un moyen de financer son retour en Sicile. Il va même jusque dans le bayou, contactant la prêtresse vaudoue Simone, sur le conseil d'un vieil ami Haïtien. Quand il est arrêté pour avoir cambriolé le bureau d'une des victimes du criminel, Luca d'Andrea propose à Michael Talbot de travailler de façon complémentaire. Quand John Riley publie une lettre écrite par le "Tueur à la hache", la panique gagne jusqu'à la mairie de La Nouvelle Orléans. D'autant que la ville est menacée par l'arrivée d'un nouvel ouragan…

Ray Celestin : Carnaval (Le Cherche Midi, 2015) ─ Coup de cœur ─

Pas de hasard si ce suspense a été récompensé en Grande-Bretagne par le Prix John Creasey du premier roman, par la Crime Watchers Association. L'intrigue s'inspire du cas réel d'un tueur en série signant Axeman qui, tel Jack l’Éventreur, cessa brutalement ses crimes (en octobre 1919) et ne fut jamais identifié. L'auteur reproduit la vraie lettre que ce meurtrier adressa à la presse. Cette fiction ne prétend pas reconstituer l'affaire telle qu'elle se déroula. Ray Celestin crée des personnages qui, selon des motivations diverses, enquêtent afin d'arrêter le coupable. Si le policier intègre Talbot et son assistant Kerry ont un rôle officiel, la mafia missionne un ancien flic pour mener d'autres investigations.

Il faut avouer que les deux plus attachants protagonistes sont Ida Davis, la téméraire secrétaire de chez Pinkerton, prête à sillonner la ville du French Quarter jusqu'aux docks, en passant par les honky tonks de Back'O Town et autres quartiers typiques, avec son ami musicien. C'est un Louis Armstrong jeune, à l'air encore poupin (“Son visage rond d'un noir très sombre était l'écrin idéal pour son sourire si reconnaissable”), mais qui a déjà traversé quelques épreuves, qui deviendra quelques années plus tard un maître du jazz. On frémit avec ce couple d'amis, déterminé et sans trop de complexes, mais plutôt inexpérimenté. Ils seront directement en danger : “Ida hurla et Lewis la dévisagea avec de la panique dans le regard. L'une des brutes, le plus petit, sortit une matraque et assomma Lewis.”

Enquête criminelle, certes. Néanmoins, c'est le contexte de La Nouvelle Orléans qui offre sa force à ce roman. Les décors sont restitués avec soin, sans toutefois s’appesantir. La mythologie de cette ville cosmopolite est évoquée. Non sans humour, lorsqu'est cité un héros local, Jean Lafitte : “Sans ce pirate on serait Anglais, et on parlerait leur langue.” S'il est question de culte vaudou, la prêtresse Simone est surtout guérisseuse, soignant même les pauvres filles après avortement. Bien que majoritaires, les Noirs ne peuvent pas grand choses contre le racisme ambiant, ni contre les lois. Mais à l'occasion d'obsèques, ou sur les bateaux à vapeurs du Mississippi, les meilleurs joueurs de blues et de jazz s'expriment, améliorant tant soit peu leur condition sociale.

À la veille de la Prohibition (qui entra en vigueur en janvier 1920), on consomme ici de l'absinthe, pourtant déjà interdite. La Nouvelle Orléans étant un port important, tous les trafics s'y développent. Bien entendu, tout en restant assez discrète, la mafia pèse sur l'économie de la ville. Les conditions climatiques ont aussi un sens, car la pluie drue est annonciatrice d'une tempête féroce. On le constate, l'aspect meurtrier n'est pas le seul atout favorable de ce remarquable suspense. Quant à découvrir l'identité du "Tueur à la hache", on verra bien si nos enquêteurs y parviennent. Un roman de qualité supérieure.

La Nouvelle Orléans en 1919 ( coll.Richard Campanella : www.richcampanella.com )

La Nouvelle Orléans en 1919 ( coll.Richard Campanella : www.richcampanella.com )

Repost 0
12 mai 2015 2 12 /05 /mai /2015 04:55

Jarring est un lobbyiste quadragénaire carrément speedé. L'argent, il n'en manque pas, claquant de belles sommes pour s'acheter toutes sortes d'excitants, de drogues. Il en a besoin afin que son énergie ne retombe jamais. Son suivi chez un psy et les quelques antidépresseurs qu'on lui prescrit n'y suffiraient pas. D'autant que, quand il n'entend pas la voix de son défunt père, c'est celle de son chat qui lui parle. Ce qui est paradoxal chez lui, c'est qu'il est allergique aux félins au point de les maltraiter, mais qu'il ne peut s'en passer. Des problèmes auxquels il remédie grâce à l'alcool et aux substances illégales. Dans son job, il doit être shooté au maximum. Laissons-le expliquer son métier :

Je bricole des stratégies cyniques pour contrer les attaques permanentes des entreprises concurrentes de mes clients, je travaille aussi pour des politiques en manque d'image, ou tout simplement avec des petits soucis. J'adore mon job. Je bosse jour et nuit, vis à cent à l'heure […] Je suis le "Scarface" de la communication, "L'Inspecteur Harry" du lobbying. Je massacre, j'égorge, j'impose dans la douleur mes idées… enfin, celles de mes clients […] Ma réputation me précède. Des clients, j'en ai eu des milliers. Des stars, des gros poissons, des ministres. Mon carnet d'adresses est bourré à craquer de gens qui ne diront que du bien de mon travail. Que je sois défoncé, obsédé, pédé, drogué, complètement taré, ils s'en moquent. Je suis celui qui les a sortis de la merde…”

Sa nouvelle mission, pour laquelle son devis réclamera un budget conséquent, c'est de valoriser les OGM, de positiver autour de ces produits, peut-être de faire passer des lois qui les autoriseront sans restriction. Un tel projet tient sur un Post-It : “Une stratégie médiatique, un mouvement populaire, une réaction en chaîne sur les OGM. Une "réaction sociétale", faire entendre à la majorité d'un peuple que bouffer de la merde est vital, voire épanouissant.” Pour ça, il a besoin des méthodes de la communicante Catherine, une vraie tornade en contact perpétuel avec des tas de décideurs, et de son équipe affûtée. En plus, côté sexe, c'est aussi hyper chaud quand Catherine se déchaîne. Pour le défoulement, il se procure aussi un Magnum 357 digne de son héros, l'inspecteur Harry Callahan.

Trouver une personne charismatique qui incarnera les bienfaits des OGM, voilà la carte à jouer. Un casting, mille possibilités pour le staff de Catherine. Jarring pense que c'est un homme politique qu'il lui faut, pas trop connu donc malléable. Il repère le candidat idéal, député-maire dans un bled du Sud. Avec son dernier chaton et un stock de drogues, il file sur l'autoroute, trajet halluciné jusqu'à cette bourgade endormie. Hermétique aux réseaux Internet, ce trou perdu, ça ne va pas l'aider. À cause du chat, il est refoulé à l'hôtel local, et doit dormir dans sa voiture. À cause de sa désinvolture, n'ayant pas de rendez-vous, il est pareillement refoulé à la mairie. Il n'est pas coutumier de ces contretemps.

Difficile à joindre, le politicien lui donne finalement rendez-vous dans un garage de la commune. Pas de maire, mais des types patibulaires dans cet endroit louche. Le but est de le décourager, en employant la force sans hésiter, qu'il comprenne une fois pour toutes. Heureusement que, en état de choc, il va trouver un pharmacien compatissant. Le député-maire, il en a besoin pour l'opération OGM, mais il ne renonce pas à se venger des brutes qui l'ont tourmenté, non plus. Quitte à dépasser un point de non-retour…

Jérémy Bouquin : À mort le chat ! (Éd.Lajouanie, 2015) Coup de cœur

C'est un roman trash, agressif, décalé, provocant. Le premier chat-pitre est là pour nous donner la tonalité : sous amphétes et autres dopants type "pot belge", ça va zigouiller sec et remuer grave. Âmes sensibles et amis des chats s'abstenir. Le lobbying, ça ne fait pas dans la guimauve ultra-sucrée, ni dans la balade automobile respectueuse des limitations de vitesse. On charge la dose de stimulants sans modération, puis on secoue les idées et les gens, on force le passage et on impose son tempo d'enfer, dans ces milieux-là. Aucun sentiment, de l'efficacité. Tout est un produit, la politique venant en tête : “La politique est devenue un passe-temps. Les guerres de partis : ridicules ; depuis longtemps, j'ai compris que les valeurs, la vitrine, n'existent pas. Ces types sont des cannibales, des prédateurs juste bons à se massacrer... Escroqueries, abus, détournements, tout cela n'est que le triste background d'une caste qui préfère diriger à trouver des solutions.”

Dans la vie réelle, il semble que les carrières de lobbyistes ne soient pas tellement longues, ils tournent la page, trouvent une planque chez leurs relations. Ici, le héros aura-t-il cette sagesse ? À trop jouer avec le feu, à trop se prendre pour l'inspecteur Harry, les abus finissent par se payer, on s'en doute bien. Surtout si tout cela repose sur des bases plus tourmentées qu'il y paraît… Soyons clairs : la psychologie y étant brutale, il est plus que probable que ce roman noir déplaise à des lectrices et lecteurs habitués aux intrigues conventionnelles, aux histoires énigmatiques. Pour d'autres, ce rythme effréné, en sur-régime, avec ses moments sanglants et crasseux, c'est justement ce qui offre sa saveur acidulée à ce suspense. Voilà pourquoi “À mort le chat !” mérite un grand Coup de cœur.

Repost 0
21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 04:55

Âgé de vingt-six ans, Patrick Cusimano vit à Ratchetsburgh, dans la banlieue de Pittsburgh (Pennsylvanie). Célibataire, il est employé de nuit dans une station-service. Il est amateur de films d'horreur et de hard rock métal. Il habite avec son frère Mike et sa petite amie Carolyn dans la maison de leur père. John Cusimano est en prison après avoir, en état d'ébriété avancé, heurté et tué un enfant dans un accident de voiture. La population ne cache pas son hostilité envers ses fils Patrick et Mike, qui ont tardivement alerté la police. Sur Internet, on réclame la vengeance aussi à leur encontre. Troublé après un choc avec un cerf, Patrick ne veut plus conduire. Laisser sa voiture garée devant chez les voisins ne va guère leur plaire. Par ailleurs, au hasard d'une absence de Mike, Caro couche avec Patrick. Pour ce dernier, si proche de son frère, difficile d'effacer cette trahison.

Jeff Elshere est pasteur d'une communauté catholique radicale. Son épouse et lui ont deux filles. L'aînée, Layla, est une lycéenne âgée de dix-sept ans. Elle doit son prénom à une chanson célèbre d'Eric Clapton, avant que ses parents n'adhèrent à la religion. Son look gothique, Layla l'a choisi depuis l'an dernier, après un problème au lycée, polémique dans laquelle son père joua un certain rôle. Depuis, elle joue les rebelles avec une bande d'amis provocateurs. Entrant au lycée, sa jeune sœur Verna subit les conséquences de la pagaille semée par Layla. L'anonymat, elle ne doit pas y compter. Un groupe d'élèves imbéciles la surnomme Vénérienne, en raison de son prénom curieux. Il n'y a que le jeune Jared qui lui montre un peu de sympathie en cours de dessin. Au fond, Verna admet que Layla n'a pas tort de la traiter de "zombie obéissante", conforme à l'attente de leurs parents.

Tandis que Verna suit Layla et sa bande d'amis marginaux, allant jusqu'à se teindre les cheveux à l'exemple de sa sœur, la gothique Layla a fait irruption dans la vie de Patrick. Elle vient l'asticoter à la station-service, le relance ensuite pour qu'ils sortent ensemble. Le jeune homme sait que neuf années de différence, Layla étant mineure, ça risque de poser un sévère problème. Caro commence à vraiment s'inquiéter des menaces contre les frères Cusimano. La maison est toujours au nom de leur père : certains vengeurs pourraient bien faire pression pour qu'elle soit vendue. Se marier avec Mike, mener leur vie ailleurs, Caro ne sait si ce serait mieux. Pour l'heure, afin d'éviter un problème de voisinage, il faut vider le garage des affaires du père pour y ranger la voiture de Patrick.

Au lycée, Verna se forge une carapace pour résister : “Elle s'en fichait. Elle était coriace. Elle était du titane.” Après les saloperies des forums Internet, les graffitis sur son casier, et un "cadeau" de très mauvais goût, Verna est agressée et humiliée par le groupe de lycéen(ne)s hostile, qui filme la scène. La direction du lycée ne l'aidant pas, Verna rejoint sans complexe Justinien et les amis rebelles de Layla. La gothique et Patrick sont devenus de plus en plus intimes, même si le jeune homme ne sent pas de sentiment pour elle. Car il y a aussi Caro. Sans oublier tout le reste de leurs ennuis présents et à venir. Règlements de comptes et dérapages funestes sont à craindre…

Kelly Braffet : Sauve-toi ! (Rouergue Noir, 2015) – Coup de cœur –

Quelle place peuvent espérer les jeunes des classes moyennes modestes dans l'Amérique actuelle ? Le monde est-il si exemplaire, qu'il suffise de suivre un chemin tracé ? Est-il normal qu'on les confine dans des jobs sans intérêt, qu'on instrumentalise leurs esprits au nom d'une religion ou des codes traditionnels ? Pourquoi accable-t-on des fils pour la faute d'un père, pourquoi laisse-t-on l'impunité à des cadors de lycée persécutant les plus faibles ? Pourtant, ces jeunes gens sont simplement issus du quotidien et ne réclament que la paix, une vie tranquille. Qu'on leur accorde plus de confiance ou de liberté, face aux valeurs strictes en vigueur, est-ce si grave ? S'ils se marginalisent après avoir été montrés du doigt, n'est-ce pas la société qui risque d'en faire des monstres ?

Ces questions-là, Kelly Braffet ne les formule pas ouvertement. Néanmoins, c'est bien ce qu'elle illustre à travers cette histoire. Le regard qu'elle porte sur un aspect des États-Unis incite à la réflexion, non pas à juger les personnages. Leurs douleurs intimes, elle nous les transmet avec une belle empathie. C'est l'oppression "des autres" qui les perturbe, qui complique leur vie ordinaire. La force de se défendre, Layla l'a peut-être trouvée. Sa jeune sœur tente d'y parvenir. Patrick s'est replié sur lui-même, avec une part d'indifférence. Caro et Mike croient encore au futur. Une intrigue aussi sombre que fascinante de réalisme et de crédibilité, une sorte de témoignage sociologique, voilà ce que Kelly Braffet nous présente dans cet excellent roman noir humaniste.

Repost 0
24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 05:55

À Florence, durant l'été 1963. Le commissaire Bordelli est un célibataire âgé de cinquante-trois ans. Cet ancien combattant se montre bienveillant avec les gens modestes, fussent-ils des petits délinquants. Il circule en Coccinelle, apprécie les bons plats de son restaurant habituel, aime bien la mûre prostituée Rosa actuellement en vacances. Bordelli a noté les qualités du jeune policier Piras, dix-huit ans, originaire de Sardaigne. Pendant la guerre, le père de celui-ci fut le plus proche ami soldat de Bordelli. Malgré la chaleur, le commissaire va devoir enquêter sur une mort suspecte. Une riche vieille dame nommée Rebecca Peretti Strassen semble avoir succombé chez elle à une crise d'asthme. Toutefois, certains indices obligent à douter de cette version, tel ce flacon de médicament trop bien vissé.

Diotivede, le médecin légiste âgé de soixante-dix ans, partage les soupçons de son ami policier. On ne peut guère se fier au témoignage des voisines, affirmant entendre des cris et des coups dans la maison de la défunte. Le docteur Bacci, médecin traitant de la dame, précise que Rebecca Peretti Strassen était allergique à un pollen tropical. Après avoir entendu la déposition de Maria, dame de compagnie de la victime, le commissaire fait la connaissance de Dante, le frère de la défunte. C'est un scientifique, ou plutôt un inventeur farfelu aux allures de savant fou. Ce qui n'est pas pour déplaire à Bordelli. Pas plus que sa sœur, Dante ne fait confiance à leurs deux neveux, Anselmo et Giulio Morozzi. Ils risquent une grosse surprise à l'ouverture du testament de leur vieille tante Rebecca.

Les frères Morozzi étaient en vacances au bord de la mer, à Marina di Massa. Tandis que l'autopsie renforce les soupçons de meurtre, les neveux sont interrogés au commissariat. S'ils ont tous les deux un alibi en commun, une soirée de fête où beaucoup les ont vus, ils restent assez tendus face à Bordelli. Son ordinaire bienveillance ne s'appliquera pas à ce duo-là. D'ailleurs, avec le jeune Piras, il ne tarde pas à aller vérifier sur place si l'alibi des neveux est valable, ce qui semble le cas. Pourtant, un ami milanais des deux hommes, qui leur avait prêté sa puissante voiture, l'a retrouvée éraflée ensuite. Pas exactement une piste, bien sûr, mais une interrogation supplémentaire pour le commissaire.

De son côté, le légiste confirme qu'il n'y a pas d'erreur possible sur l'heure de la mort. S'il émet des hypothèses, le jeune Piras se perd en conjectures quant au mode opératoire du crime. Pénétrer dans la demeure de la victime, c'est explicable, mais comment a-t-on pu profiter de son allergie ? Le repris de justice Botta, fin cuisinier, a concocté un délicieux et surprenant menu pour les amis que le commissaire a invité à dîner. Non, ce ne sera pas en cette occasion que le policier fera toute la lumière sur l'affaire en cours. Un peu d'intuition et quelques preuves finiront par susciter des aveux…

Marco Vichi : Le commissaire Bordelli (Éd.Philippe Rey, 2015) – Coup de cœur –

Un nouveau personnage de commissaire de police, qui nous vient d'Italie ? On ne peut que se montrer curieux : sachant que l'intrigue se passe il y a un demi-siècle, s'agirait-il d'un énième clone de Jules Maigret, du même genre d'enquête ? Certes, c'est d'une affaire criminelle classique dont il est question, mais les caractéristiques du héros apparaissent sensiblement différentes. Le tolérant Bordelli ne croit pas en la prospérité économique affichée en Italie, dans ces années-là. La misère est encore bien présente : “Je suis fou parce que je refuse de condamner les pauvres gens et parce que je déteste ce pays ivre de rêves qui croit en la Fiat 1100.” On nous cite encore l'exemple de ce fonctionnaire rencontré par Bordelli, dont personne n'ouvrait les rapports depuis des années. Et puis, ces politiciens ex-serviteurs du fascisme, s'étant recasés dans la Démocratie chrétienne.

Le contexte n'est pas sans importance, en toile de fond. La guerre est toujours dans les esprits, datant d'il y a vingt ans. Bordelli l'a vécue, y pense souvent, et en parle entre amis. Au quotidien, le commissaire est ouvert aux rencontres, et rend même service à son cousin Rodrigo, touché par une passion amoureuse inattendue. Typique des années 1960, amusant à nos yeux, Bordelli commence à s'inquiéter de la nocivité du DDT, insecticide que l'on croyait la panacée… Et l'enquête, alors ? Elle progresse, sans précipitation mais sans lenteur non plus. C'est le “comment” qui est le plus compliqué à déterminer. Voilà donc un commissaire fort sympathique et humain, dans de savoureuses investigations. On espère vivement lire bientôt ses autres aventures, puisque l'auteur en a écrit plusieurs.

Repost 0
1 mars 2015 7 01 /03 /mars /2015 05:55

Âgé de trente-cinq ans, Tony Perdudo est un célibataire napolitain myope. Son principal métier est journaliste, mais il arrondit ses fins de mois en bricolant pour un site Internet, et en donnant des cours au petit Carletto. Sa meilleure amie Marinella est docteur dans une polyclinique de la ville. Si les amours de la jeune femme manquent d'équilibre, Tony reste un copain fidèle. Parmi les casse-pieds l'entourant, il y a la mère du journaliste, ainsi que son rédacteur en chef, ne lui ayant jamais rien confié d'intéressant depuis dix-sept ans qu'il exerce ce métier. Tout ça peut expliquer les insomnies de Tony, qui se retrouve souvent tôt le matin à se balader dans les rues des quartiers espagnols de Naples.

C'est ainsi que ce 21 juin, à cinq heures moins le quart, via Speranzella, Tony découvre le cadavre d'un ours. Entre la foule et les carabiniers, ça ne tarde pas à créer de l'animation dans cette rue. Les pompiers vont bientôt enlever cet animal mort. Ce qui doit clore le problème pour l'adjudant Fallone, que Tony connaît bien. Le rédac-chef veut un véritable scoop, mieux que les photos circulant déjà sur le web. Selon les vieux voisins sollicités par Tony, ce peut être un ours échappé du zoo désormais fermé. Pourtant, ce zoo est assez éloigné d'ici. Marinella va beaucoup aider son copain Tony : on a décelé trois impacts de pistolet sur le cadavre du vieil ours de type marsicain. Ayant de son côté retrouvé des douilles via Speranzella, Tony écrit son article qui va passer à la "une".

Compte-tenu des révélations du journaliste, l'adjudant Fallone doit lancer une enquête, sous la direction de la procureur Cristina Principe. Dès le départ, la juge est convaincue de sa propre hypothèse : c'est forcément un avertissement entre clans rivaux de la Camorra. Via Speranzella, une commerçante relance l'idée du zoo. Ce qui incite Tony à tenter une visite clandestine dans l'ancien parc. Très rapidement repéré, il est tabassé par des sbires expérimentés, avant d'être interrogé par les propriétaires du zoo. Il s'en sort en jouant au naïf. Son journal lui demande un article sur la "smorfia", loterie traditionnelle de quartier, un truc bien folklorique mais qui ne fera sûrement pas avancer l'affaire.

En présence du médecin légiste, la conférence de presse de la procureur Cristina Principe n'a d'autre but que de classer l'affaire. L'autopsie n'apporte pas d'élément nouveau. Et la thèse de la juge concernant la Camorra semble confortée par le fait qu'un des mafieux impliqués fut surnommé l'Ours, étant enfant. Explication plutôt boiteuse, selon Tony. Puisqu'on tient à fermer le dossier, il se consacre à son élève, Carletto. Ce dernier écrit une rédaction étonnamment bien rédigée, qui produit un déclic chez le journaliste. Il y est question d'un cirque où personne n'est vraiment joyeux, celui de Renato Orfeo. Or, celui-ci ressemble beaucoup à un des hommes que Tony a aperçus durant sa visite au zoo.

Le directeur du cirque recommande au journaliste de se mêler de ses oignons. D'ailleurs, on le lui fera comprendre en incendiant son scooter. Voilà quelques temps que Tony a remarqué par ici une énigmatique jeune fille brune en jeans et aux yeux bleus. Il se renseigne sur cette Tiziana Martino, dont l'aïeul fut un caïd apprécié dans le quartier. Après un article de commande sur les cafards qui pullulent en cette saison, Tony va explorer les dessous de Naples. Ce qui n'est pas sans danger pour lui…

Antonio Menna : L'étrange histoire de l'ours brun abattu dans les quartiers espagnols de Naples (Ed.Liana Levi, 2015) — Coup de cœur

Cette comédie à suspense renoue avec la meilleure tradition du polar. D'abord, il s'agit d'un roman parfaitement bien construit. Un mystère singulier, l'apparition d'un ours en pleine ville, conduit à plusieurs pistes plausibles. Bien sûr, il n'est pas question de croire une seconde à l'hypothèse de la Camorra. Et l'on verra que la vérité est diablement moins simple, donc beaucoup plus excitante.

Ensuite, nous avons là un "anti-héros" attirant la sympathie. Du moins celle des lecteurs, car il passe pour un homme sans grand relief au sein de son quartier. Tout juste le met-on en garde de ne pas trop chercher de secret dans une ville telle que Naples, mais le bonhomme est obstiné. Sa "partenaire" Marinella joue un rôle non négligeable à ses côtés.

Au final, l'impression générale est extrêmement agréable, car c'est le genre de livre qu'on dévore en douceur. Une histoire riche en bizarreries, dont on a franchement envie de découvrir les péripéties suivantes. D'une certaine façon, c'est également le portrait d'un quartier populaire napolitain, avec ses coutumes et ses habitants. Avec son omerta autant qu'à travers son quotidien. Ce remarquable suspense souriant mérite, à l'évidence, un chaleureux Coup de cœur.

- Disponible dès le 5 mars 2015 -

Repost 1
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 05:55

À Bucarest (Roumanie), Andreï Mladin est un journaliste âgé de vingt-sept ans vivant avec son chat Mécène. Mal réveillé ce jour-là, il découvre un corps étalé au milieu de ses livres, tué à coups d'haltères. Il se souvient mal de la soirée de la veille. Le plus urgent reste de faire disparaître le cadavre, sans que sa curieuse voisine Madame Margareta s'interpose. Après avoir caché le mort à la cave, il nettoie son appartement…

Tout a commencé par l'interview de la jeune et belle violoniste Mihaela Comnoiu. Coup de foudre entre le journaliste et la virtuose. Certes, le père de la jeune femme, le Dr Paul Comnoiu se montre plutôt méprisant envers Andreï Mladin. Et le journaliste peut craindre que des rivaux, tel l'acteur beau-gosse Marian Sulcer, entravent leur idylle. Pourtant, l'enjôleuse Mihaela apparaît vraiment amoureuse de lui. Le journaliste reçoit des lettres de menaces, avant d'être agressé dans la rue. Puis au téléphone, des gens semblent prêts à payer cher pour qu'il cesse sa relation avec Mihaela.

Le cadavre est celui du vieux Valentin Meranu, qui est au service de la famille Comnoiu. La veille, lors d'une soirée chez le père de Mihaela, on a cru Andreï Mladin ivre parce qu'il était victime d'un malaise. Valentin et l'acteur Marian Sulcer l'ont raccompagné chez lui. Il semble que Sulcer ne soit pas monté à l'appartement du journaliste. Si l'acteur a un alibi, celui-ci est bientôt informé par sa concierge. Le Dr Paul Comnoiu n'apprécie guère quand le journaliste l'interroge sur son emploi du temps de la nuit en question. Et, inquiète pour le vieux Valentin, Mihaela lui reproche son comportement d'alcoolique.

Une inondation a envahi la cave de l'immeuble d'Andreï Mladin. Le corps de Valentin ne s'y trouve plus, on l'a ramené à l'appartement. Le journaliste s'arrange pour s'en débarrasser, malgré sa voisine curieuse, Madame Margareta. Dès le lendemain, la police découvre le cadavre sur un terrain vague voisin. Andreï Mladin poursuit son enquête, sur la piste d'une Ford Capri rouge. S'ensuivent de multiples péripéties, indiquant qu'il est personnellement visé par une complexe machination. Les bienveillants policiers Buduru et Pahonţu vont discrètement suivre l'affaire, et ne seront pas loin pour arrêter les coupables…

George Arion : Qui veut la peau d’Andreï Mladin ? (Genèse Éd., 2015) — Coup de cœur —

Préfacée par Claude Mesplède, cette excellente comédie policière nous est racontée par le héros, Andreï Mladin, ce qui donne comme toujours une belle vivacité à l'histoire. D'autant que les chapitres courts relancent le récit. Parmi les éléments souriants, il utilise de nombreuses fois l'expression “fin de citation” après avoir évoqué des paroles venues de son grand-père, par exemple. On nous l'explique : “Pendant le régime autoritaire, l’expression «fin de citation» était employée par tout orateur reprenant les propos du Conducator. La redondance de cette rhétorique est bien entendu tournée ici en dérision par l’auteur.”

Car c'est bien dans la Roumanie du temps de Nicolae Ceaușescu, que se déroule cette affaire. On le constate aussi par certains détails : la nourriture provient des pays frères et amis : “En route vers mon appartement, je prends mon courage à deux mains et entre dans un magasin pour y faire quelques courses : une boîte de haricots chinois, un pot de poivrons bulgares, une boîte de sardines soviétiques et une bouteille de vin albanais...”

Un petit journaliste face à la bourgeoisie communiste, telle est la place d'Andreï Mladin : “– J’ai élevé Mihaela loin de toute vulgarité. Je lui ai appris à résister, à ne pas être engloutie par l’anonymat, à monter aussi haut possible, parmi les élus, les génies. Ce sont eux les véritables maîtres du monde (…) Toi aussi, tu as voulu rejoindre cette sphère, Mladin ! En vain ! Il est impossible à un vagabond de prendre la place d’un roi ! Tu auras beau porter les vêtements les plus élégants, fréquenter les salons les plus huppés, tu resteras un insecte rampant qui n’habitera jamais qu’une grotte sordide.”

Entre cadavre encombrant et innocent persécuté, l'histoire est racontée avec une bonne part d'humour. C'est ainsi que George Arion s'inscrit dans la meilleure tradition du polar. On a hâte de lire d'autres romans de cet auteur.

 

- Disponible dès le 13 février 2015 -

Repost 0

Action-Suspense Contact

  • : Le blog de Claude LE NOCHER
  • Le blog de Claude LE NOCHER
  • : Chaque jour des infos sur la Littérature Policière dans toute sa diversité : polar, suspense, thriller, romans noirs et d'enquête, auteurs français et étrangers. Abonnez-vous, c'est gratuit !
  • Contact

Toutes mes chroniques

Plusieurs centaines de mes chroniques sur le polar sont chez ABC Polar (mon blog annexe) http://abcpolar.over-blog.com/

Mes chroniques polars sont toujours chez Rayon Polar http://www.rayonpolar.com/

Recherchez D'autres Infos Ici

Action-Suspense via Twitter

Pour suivre l'actualité d'Action-Suspense via Twitter. Il suffit de s'abonner ici

http://twitter.com/ClaudeLeNocher  Twitter-Logo 

Libres lectures

Petit rappel : Toutes mes chroniques, résumés et commentaires, sont des créations issues de lectures intégrales des romans analysés ici, choisis librement, sans influence des éditeurs. Le seul but est de partager nos plaisirs entre lecteurs.

Abonnez-vous à Action-Suspense, pour recevoir chaque jour mes chroniques et mes infos sur l'univers du polar. Facile et gratuit !

Spécial Roland Sadaune

Roland Sadaune est romancier, peintre de talent, et un ami fidèle.

http://www.polaroland-sadaune.com/

ClaudeBySadauneClaude Le Nocher, by R.Sadaune

 http://www.polaroland-sadaune.com/