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26 octobre 2014 7 26 /10 /octobre /2014 05:55

À La Nouvelle-Orléans, que s'est-il passé dans les années qui suivirent l'ouragan Katrina, catastrophe qui détruisit une partie de l'agglomération ? Dans un premier temps, parce qu'il faut reconstruire et relancer l'économie locale, l'argent afflue et le crédit permet de croire en un avenir plus serein. Vivement décriée avant et pendant le sinistre pour son racisme et sa corruption, la police se réorganise. Fut-ce pour protéger des quartiers neufs comme les maisons Brad Pitt, situées en bordure du Marais aux Alligators. C'est dans cette brigade qu'a été affecté Luke Martin, flic issu du ghetto voisin. Plus jeune, il fut tenté par les bandes sévissant depuis le Marais aux Alligators. Bien vite, Luke Martin réalise que le plus puissant des gangs, c'est la police.

Même en disposant de moyens et en bénéficiant de l'impunité, “tenir” ce quartier sensible semble mission impossible. Luke et sa brigade parviennent à montrer leur détermination aux voyous d'en face. Bien que l'insécurité ait nettement baissé, les politiciens ne font guère écho à ce succès, préférant cultiver les craintes de la population. Luke obtient un poste au centre-ville de La Nouvelle-Orléans. Il se marie bientôt à Luella Johnson, institutrice mais fille d'une famille de flics, dont le père retraité a encore une petite influence. Au cœur de La Grosse Facile, surnom qu'il attribue à La Nouvelle-Orléans, Jean-Baptiste Lafitte est le patron de plusieurs bars et autres bordels dans le secteur de Bourbon Street. Lui aussi profite du regain d'activité des dernières années.

Les Lézards de la finance ont lancé une nouvelle arnaque, la Grande Déflation. Revaloriser le super-dollar peut sembler une excellente idée. Sauf pour tous ceux qui ont des crédits, dont les salaires ne peuvent suivre les remboursements. La police est chargée d'exécuter les avis d'expulsion contre les endettés, ruinés par cette opération monétaire. J.B.Lafitte s'inquiète, car il n'est pas plus à l'abri que les autres. Par un ordre de mission, Luke Martin est chargé de s'auto-expulser de sa maison. Il arrive à gagner du temps, en obtenant le soutien de Big Joe Roody, chef du Syndicat de la Police. Luke doit passer à la vitesse supérieure, militer activement contre les expropriations. Dans son premier discours public, il appelle les policiers de la ville à refuser de se charger des expulsions.

Bien qu'étant blanche de peau, MaryLou Boudreau a compris que le meilleur filon qu'elle puisse exploiter, c'est le Vaudou. Initiée au “loas”, esprits mystérieux de cette culture, elle devient une disciple d'Erzulie, se laissant habiter par cette démone bénéfique. C'est sous le nom de Mama Legba que MaryLou devient une célébrité du sud de la Louisiane. Avec sa Troupe surnaturelle, elle anime même une émission de télé à succès. En tant que leader du mouvement anti-expulsions, Luke sera invité dans ce talk-show. Ou plutôt imposé, par le Syndicat de Big Joe Roody et les politiciens démocrates. Alors que l'élection du futur gouverneur approche, il faut contrer la clique des Républicains de Bâton-Rouge, au service des financiers. “Rendre le pouvoir au peuple”, voilà ce dont Luke doit être le symbole.

Grâce aux pouvoirs de Mama Legba et d'Erzulie, la fête du Mardi-Gras de La Nouvelle-Orléans a été débridée cette année, sans aucun interdit, et les ouragans ont épargné la région. Un vrai miracle, après lequel ses amis incitent Mama Legba à se porter candidate au poste de gouverneur. Mais si elle gagne, la Garde Nationale risque d'être envoyée pour restaurer l'ordre à La Nouvelle-Orléans. Pas plus que MaryLou, le très chrétien colonel Hathaway n'est un politicien. Éviter l'insurrection et protéger la population, même si ce n'est pas sans danger pour Mama Legba, tel est leur objectif. Et peut-être viendra le temps de la prospérité dans un État de Louisiane libéré…

Norman Spinrad : Police du peuple (Fayard, 2014) – Coup de cœur –

Né en 1940, l'écrivain Norman Spinrad est un grand nom de la Science-Fiction. Toutefois, c'est sous le signe de la “politique-fiction” que se place ce nouveau roman. Une genre qui laisse sceptique certains lecteurs, pensant qu'on va leur asséner un énième discours vide sur les bienfaits de tel ou tel dogme. Non, la politique n'est pas que propagande. “Et si, après une gigantesque catastrophe, on imaginait un nouveau départ, une remise à zéro des compteurs pour que le peuple vive mieux qu'avant ?” : tel est ici le propos de l'auteur. Écrire une thèse aurait moins d'impact que de l'illustrer par une histoire, qui met en scène les protagonistes de terrain, ceux qui peuvent initier ce changement.

Spinrad n'a pas choisi par hasard la police comme socle du renouveau. Il faut se souvenir de l'exécrable réputation, parfaitement justifiée, des flics de la Nouvelle-Orléans avant le passage de Katrina. Les actes racistes se multipliaient, la corruption était de mise. Autour de l'ouragan, les policiers ne vinrent quasiment pas en aide aux victimes. La rumeur les accusa même de piller les maisons désertées pour cause d'inondation. Elle a été capable du pire, elle serait donc capable du meilleur, estime l'auteur. Encore faut-il des leaders qui soient téméraires, qui n'aient pas peur du Pouvoir officiel, limitant les compromissions afin d'atteindre le but fixé. Dans le cas présent, passer d’un “État policier” (titre original) à une “Police du Peuple” (titre en français). Soulignons que la traduction de Sylvie Denis paraît effectivement dans l'esprit et la tonalité fluide de Norman Spinrad.

Résumer un roman aussi riche oblige à n'en retenir que la ligne principale, à occulter tant de détails qui en font la saveur. Le parcours de Luke (Martin Luther) Martin, les calculs de Big Joe Roody, ou l'apparente désinvolture de J.B.Lafitte sont décrits avec une précision qui les rend très crédibles. Sans doute dépassée par les évènements, sous l'emprise du Vaudou, MaryLou devenue Mama Legba se doit d'être l'icône de ces temps nouveaux. En fait, les intérêts des personnages présentés seraient assez divergents : l'indépendance face à la finance et à ses larbins les réunit. Pour que l'humain prime sur tout le reste, pour qu'un autre monde moins stressant soit possible, pas forcément idéal ou plus joyeux, mais sans pesant dirigisme.

La solidarité a disparu au profit d'un individualisme effréné, la politique n'est plus que gestion comptable. Grâce à Norman Spinrad, voilà un scénario inverse et optimiste – utopique ou pas – que l'on aimerait voir se réaliser. Un Mardi-Gras festif perpétuel, comme à La Nouvelle-Orléans, pourquoi pas ? Un roman très excitant.

Norman Spinrad : Police du peuple (Fayard, 2014) – Coup de cœur –
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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 04:55

Marco Benjamin est lieutenant de police à Lyon. Âgé de quarante-trois ans, il est divorcé de Caroline. Marco et elle ont une fille de seize ans, Chloé. Son ex-femme vit désormais avec l'artiste-peintre Julio Savenaze. Le commissaire Massé, son supérieur, n'ignore pas l'impétueuse nature de Marco Benjamin. Il l'a pourtant désigné comme chef de groupe, pour enquêter sur un tueur en série qui s'attaque à des adolescentes. Le coupable est un cruel sadique qui torture à mort ses victimes. La dernière disparue est une fugueuse âgée de seize ans, Jennifer. Telle sa fille Chloé, celle-ci a pu fréquenter des concerts de rock, et y croiser un pseudo-photographe qui l'aurait enlevée. Un guérisseur apprécié des notables lyonnais, Ismaël, pourrait probablement aider Marco.

Le policier se rend dans une ferme ardéchoise afin de rencontrer cette espèce de gourou, sosie d'un Jésus-Christ idéalisé. Ses visions semblent précises. Marco se lance dans une opération en campagne, entre une vache excitée et un corbeau mort. Il découvre bientôt la cabane où a été torturée Jennifer, ensanglantée et moribonde. Image fantomatique qui ne va plus le quitter, jusqu'à ce qu'il mette la main sur le tueur. Un tel choc entraîne pour Marco quelques séances chez un psy. Auquel le policier préfère parler des comics Marvel et des super-héros de bédé, plutôt que de son état de santé. Marco invente un personnage à son image, Suicide-Man. Il crée un site Internet à la gloire de ce héros dépressif mais invulnérable. Sur les photos, Marco arbore le tee-shirt de Superman.

Entre son ex Caroline et Chloé, qui demande à prendre la pilule, le moral ne risque pas de s'améliorer pour Marco. Son collègue Paul est blessé d'un coup de couteau le soir où Marco et lui pensent avoir identifié le tueur. Après avoir pris en otage une fillette, l'homme s'enfuit. Suicide-Man a sauvé la gamine, c'est le plus important. Tout juste âgée de dix-huit ans, la rousse Elsa est une fervente admiratrice du site de Suicide-Man. Elle a fugué, ce qui se conçoit quand on constate la bêtise de son père. Marco accepte d'héberger la jeune fille, malgré l'ambiguïté de leur différence d'âge. Le policier et Elsa consultent à nouveau Ismaël, au sujet du tueur qui a blessé Paul avant de disparaître. Le spiritisme du gourou ne donne cette fois que des indications imprécises.

Disposant d'un appât, Marco et Ismaël vont traquer avec succès le criminel. Toutefois, le policier reste insatisfait, imaginant que leur suspect a été piégé par son donneur d'ordres. Pour le commissaire Massé, les clowneries de Suicide-Man ont suffisament duré. Joanna, l'assistante d'Ismaël, va requinquer sexuellement Marco. Au grand dépit de la jalouse Elsa. Le policier va être accusé d'un meurtre. Ça n'est pas pour déplaire à son collègue Lanson. Si Suicide-Man n'a pas dit son dernier mot, il lui faut d'abord échapper à la police…

Alain Gagnol : Un fantôme dans la tête (Le Passeur Éd., 2014) – Coup de cœur –

Certes, les enquêtes de police ordinaires ne sont pas sans charme. Un flic bedonnant qui fume la pipe, collecte les indices, interroge les témoins puis le suspect, un scénario de bon aloi. Néanmoins, quand le flic est beaucoup plus déjanté, pas loin d'avoir “les fils qui se touchent”, au point de se transformer en personnage de bédé pour éviter de sombrer dans la plus noire dépression, ça devient nettement plus excitant. Quand il s'occupe des crises de somnambulisme de son ex-épouse, s'inquiète de l'obsession pour la pilule de sa fille, se fait casser les oreilles dans des soirées rock pour djeunes, ça le rend plus attirant. Quand il s'invite dans une sorte de secte façon hippie, écoute un Jésus-Christ réincarné, se laisse séduire par une adepte bronzée, c'est peu conventionnel et bien plus piquant.

Marco Suicide-Man ne perd jamais de vue la monstruosité du tueur qu'il pourchasse. Mais lui-même applique des méthodes pouvant laisser perplexes sa hiérarchie et ses collègues. C'est dire qu'il s'embarque (et le lecteur avec lui) dans des aventures mouvementées et pleines de risque. Sans se départir d'un humour mi-jovial, mi grinçant : “J'aime bien quand tu te compares à des hémorroïdes, Lanson, cela prouve qu'il te reste encore des moments de lucidité.” Vêtu d'un vieux tee-shirt défraîchi de Superman censé le protéger, notre héros bouscule avec bonheur les investigations classiques. Sourires et succession de péripéties sont au programme de cet excellent suspense. Bravo à Alain Gagnol pour ce polar, un des plus endiablés de l'année. Coup de cœur.

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22 septembre 2014 1 22 /09 /septembre /2014 04:55

Gillian Carax, c'est la flic de choc de la police lilloise. Elle s'autorise une vraie liberté dans sa vie intime, entre son pizzaïolo préféré et son collègue Dubois. Ce dernier est marié à Sandy, psychologue scolaire, ce qui les oblige à interrompre leur relation. Leur complicité de policiers reste intacte, y compris face à leur supérieur Pelletier. Tenu par l’Égyptien Bachir Hassan, le Bar des Îles est un des endroits que Gillian fréquente volontiers. On vient d'y retrouver le cadavre au visage mutilé de Djamila, serveuse dans ce bar, et prostituée à l'occasion. C'était une des indics de Gillian. Le corps a été tué ailleurs, puis déposé ici. Déjà sur l'affaire, Paul Dubois va être rejoint par son amie Gillian. Bachir dit ne rien savoir, mais on ne peut pas lui accorder une totale confiance.

Dans l'appartement de Djamila, Gillian découvre des vêtements de luxe. Facile de deviner que la victime faisait des extras, participant à des soirées sexuelles. La laide prostituée Soraya, Égyptienne d'origine aussi et copine de Djamila, n'aide pas tellement Gillian. Le proxénète Sergio ferait un possible suspect, mais ce n'est pas un type si violent, et il a un bon alibi. Il y aurait encore un certain Mustapha, mais son arme habituelle n'est pas celle du crime. La victime étant cliente de la discothèque Le Pirate, Gillian y tente sa chance. Elle fait la connaissance d'un cardiologue quadragénaire, Albin Lefébure, dit “Frédéric”. Elle se fait appeler “Mélissa”. Il lui propose bientôt de participer à des soirées sado-maso où, vu son allure de guerrière, elle jouera de façon convaincante le rôle de dominatrice.

C'est du côté de Courtrai, en Belgique, qu'une certaine Marilyn tient un club SM. Première soirée un peu trop simplette pour Gillian-Mélissa, si ce n'est qu'elle reconnaît un client de l'endroit, un magistrat lillois. L'enquête avançant trop lentement, Gillian se permet une visite clandestine chez le couple Lefébure. Elle y dérobe l'ordinateur et le portable du fameux “Frédéric”. L'expertise n'y trouvera rien de vraiment compromettant, le médecin et son ami magistrat s'avérant prudents. Par contre, il se confirme que “Frédéric” possède un alibi solide le jour de la mort de Djamila.

Une branche familiale égyptienne de la victime semble pratiquer l'intégrisme religieux. Peut-être les enquêteurs devraient-ils chercher de ce côté ? Quand Gillian provoque une nouvelle rencontre avec “Frédéric”, il lui propose un scénario plus élaboré que la première fois. Chez Marilyn, va avoir lieu un simulacre de cérémonie héritée de l’Égypte ancienne, dans une sorte de temple antique reconstitué. Avec le magistrat et deux jeunes femmes, Eva et Audrey. Cette fois, les choses vont s'accélérer. Les coupables éliminent les traces, compliquant la tache de Paul Dubois et Gillian. Celle-ci prétextera finalement un voyage à Londres pour régler quelques comptes...

Lucienne Cluytens : La panthère sort ses griffes (l'Atelier Mosésu, 2014) – Coup de cœur –

S'il est un roman qui répond exactement à la définition du polar d'action et de suspense, c'est bien ce nouveau titre de Lucienne Cluytens. Elle a concocté une solide histoire, ce qui tient au fait que l'auteure n'est nullement une néophyte. Elle publie depuis dix ans, chez Liv'Éditions (deux romans), puis chez Ravet-Anceau (quatre titres dans la collection Polars en Nord), ainsi que chez Krakoen. Lucienne Cluytens est une romancière qui maîtrise ses intrigues, sachant dans le cas présent exploiter une tonalité rythmée. Car ça bouge sans temps mort, dans cette aventure trépidante de la fonceuse Gillian.

Voilà donc une héroïne intrépide qui pourrait rivaliser avec les plus redoutables flics de la littérature policière ou du cinéma, sans craindre les adversaires dangereux, musclés ou rusés. C'est dans le cadre de “soirées spéciales” qu'elle va intervenir. En effet, la Belgique frontalière a la réputation d'abriter des clubs sulfureux. Si, dans la majorité des cas, le SM sert juste de piment à des jeux sexuels assez ordinaires, des séances scénarisées sont sûrement plus extrêmes. Pas de voyeurisme exagéré : l'érotisme reste ici lié à l'affaire criminelle. Quoi qu'il arrive, la détermination de Gillian-la panthère à éclaircir l'affaire est sans faille, qu'on se le dise ! Un polar très excitant, dans la meilleure tradition.

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5 septembre 2014 5 05 /09 /septembre /2014 04:55

Gérard Escaude est un policier de quarante-trois ans, en poste au commissariat Ouest de Toulouse, quartier Saint-Cyprien. Surnommé Gégé, voilà vingt ans qu'il exerce le métier, avec des hauts et des bas. Il trouve prétentieux son supérieur actuel, Le Ninir, qui n'a rien d'un flic de terrain. Il est actuellement flanqué d'un stagiaire, le jeune Victor Galéras. Son expérience, Gégé essaie de la transmettre à ce policier à peine sorti de Cannes-Écluses. Le vendredi 12 avril, un week-end peinard s'annonçait pour Gérard. Mais une sexagénaire, Mme Duval, a été poignardée à son domicile. En état de choc, son mari a été hospitalisé. Le retraité de la SNCF Marcel Duval est le présumé assassin de son épouse. Il essaie de s'évader de l'hôpital, avant d'être rapidement rattrapé et interrogé par Gégé.

Marcel Duval n'a rien d'un criminel endurci. En policier chevronné usant de psychologie, Gégé l'amène naturellement aux aveux. Une ultime dispute entre les sexagénaires, qui a entraîné ce meurtre, c'est presque banal. Duval avait une jeune amante, de la moitié de son âge, amatrice d'art comme lui. Un message maladroit de cette Marie-Jo Vigouroux a déclenché le drame. L'enquête de voisinage évoque, pour les Duval, un couple fréquentant peu de monde, sans histoire. L'autopsie révèle que la victime avait avalé une forte dose de phénobarbital, avant l'avalanche de coups de couteau. C'est un médicament devenant vite mortel, interdit depuis bon nombre d'années. Il est vrai que la défunte mère de Mme Duval en a utilisé pour soigner sa schizophrénie, naguère. Il en reste à leur domicile.

Marcel Duval n'explique rien quant au phénobarbital. Toutefois, il a un fils de vingt-six ans, Théo, interné à Paris, souffrant de schizophrénie. Après avoir questionné le psy ayant traité le jeune homme, Gégé profite d'un week-end à Paris chez son copain Maurice, pour se renseigner. De l'hôpital Sainte-Anne à une clinique spécialisée de la rue du Banquier, on lui confirme l'éventuelle dangerosité de Théo. Son récent emploi du temps laisse perplexe le policier. De retour à Toulouse, Gégé rencontre la prostituée Katia, de son vrai nom Marie-France Bentajou. Elle a vécu quelques temps en Ariège, façon baba-cool, avec Théo. Elle affirme que Marcel Duval fréquenta avec une belle assiduité ses collègues prostituées. Gégé et Victor vont bientôt pourchasser leur suspect le plus probable…

Patrick Caujolle : Beau temps pour les couleuvres (Éd.du Caïman, 2014) – Coup de cœur –

Ancien policier, Patrick Caujolle entretient sa vocation littéraire depuis plusieurs années. Il a publié de la poésie, des ouvrages consacrés à des cas criminels dans le Sud-Ouest, ainsi que “Ennemis publics n°1” et “Les casses du siècle” chez Le Papillon Rouge Éd. On avait pu remarquer une jolie souplesse narrative dans ses livres précédents. Entre des récits courts et un roman, existe néanmoins une grosse différence de format, voire de style. C'est avec grand plaisir que l'on constate que Caujolle est ici tout aussi convaincant. D'abord, par sa tonalité plutôt enjouée : “Et puis les amis, c'est comme les voitures, les jardins ou les maîtresses, ça s'entretient, tandis que les ennemis c'est tout de même plus confortable à gérer. Une fois que vous en avez un, avec un peu de chance, c'est pour la vie.”

Il s'agit donc d'un roman d'enquête ayant pour héros un policier. Rien de plus logique, vu le passé de l'auteur. Autant parler de ce que l'on connaît, de l'agglomération toulousaine et des investigations ordinaires d'un policier, en l’occurrence. Sans oublier le contexte qui fut longtemps alcoolisé dans les commissariats, Gégé le reconnaît : “Crois-moi, ce que tu peux voir aujourd'hui dans les services n'est qu'une métastase de ce qui se passait autrefois. Maintenant, entre les jeunes intellos clonés qui passent le concours, et la hiérarchie sans couille qui nous dirige, je peux te dire que les apéros d'autrefois ont presque tous disparu […] Autant boire pour boire est nul, autant un apéro ou une bouffe avec le boss en jeans est primordial. C'est ça qui soude.”

Toutefois, Caujolle ne se borne pas à une caricature. À travers son héros, il retrace aussi l'état d'esprit du métier de policier, l'évolution des pratiques. “Maintenant, c'est vrai, avec votre technique, vous en savez parfois autant, et ça fait moins d'alcooliques, mais c'est plus pareil. Chacun son groupe, chacun son morceau de gras, et la hiérarchie distribue les bons points en fin d'année pour faire des jaloux […] L'ADN est une preuve, pas un aveu. Et tu t'apercevras dans ta carrière que le plus important pour les familles des victimes, c'est de comprendre...” Le témoignage est un des éléments de cette histoire, sans oublier pour autant une véritable intrigue. Un roman policier authentique, bien écrit, et passionnant.

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22 août 2014 5 22 /08 /août /2014 04:54

Ce n'est qu'à partir de septembre 1981 que Christian Napier s'interroge sur l'histoire de sa famille. Né en mars 1936 à Truro, en Cornouailles, il est donc âgé de quarante-cinq ans. Dans les années 1960, Chris tenta une aventure musicale. Il épousa la chanteuse Melody Farren (de son vrai nom Myfanwy Probin) qui eut son heure de gloire. Bien que divorcés, elle l'aida financièrement quand il créa une activité sérieuse à Pangbourne. Le commerce de voitures anciennes de prestige, telle est la vocation de l'entreprise Les Décapotables de collection Napier. Ça fonctionne plutôt bien. D'autant que Chris ne boit plus une goutte d'alcool, son vieux démon, depuis une dizaine d'années. Il a une sœur aînée, Pam, mariée à Trevor Rutherford. Leur fille Tabitha se marie, ce qui donne l'occasion à Chris de revenir à Tredower House, qui est désormais un hôtel de luxe appartenant au couple Rutherford.

Pendant l'entre-deux-guerres, les grands-parents de Chris exploitaient une petite épicerie à Truro. La grand-mère Adelaïde vendait, à l'étage, des vêtements de mode à crédit. Le père de Chris, Melwyn (marié à Una), prit la suite du commerce parental. Adelaïde avait un frère, Joshua Carnoweth, grand-oncle de Chris. Le temps de la ruée vers l'or était clos ou presque quand il tenta sa chance en Amérique. Néanmoins, dans le Yukon canadien et en Alaska, il en trouva assez pour faire fortune. Le grand-oncle Joshua s'engagea durant le premier conflit mondial, puis revint s'installer à Truro. Il fit l'acquisition du domaine de Tredower House. Joshua prit pour gouvernante son ex-fiancée, veuve d'un M.Lanyon. Les Lanyon vécurent chez le grand-oncle durant de nombreuses années. Le dernier fils de la lignée, Nicky Lanyon, fut durant leur enfance le meilleur ami de Chris Napier.

Les premiers souvenirs de Chris remontent à l'époque de la Seconde guerre mondiale, et aux années suivantes, agréables pour l'enfant qu'il était. Tout bascula durant l'été 1947. Avec un complice, son ami Edmund Tully, Michael Lanyon assassina le grand-oncle Joshua. Bien que l'exécutant ait certainement été Tully, ce dernier ne fut pas condamné à mort. Étant l'instigateur, le père de Nicky Lanyon fut pendu. Pourquoi éliminer leur protecteur ? Il semble que Joshua ait prévu de modifier son testament, bien davantage en faveur de la famille de sa sœur Adelaïde, les Napier. En effet, après la mort de Michael Lanyon, ceux-ci purent jouir de la fortune de Joshua et développer leurs commerces. Aujourd'hui retraité, le policier George Treffry enquêta sur le meurtre de Joshua. Un cas limpide à ses yeux. Michael Lanyon fut d'autant plus justement condamné qu'il fit tuer son bienfaiteur.

Nicky avait une sœur, Michaela, née après la mort de leur père. Leur mère s'était remariée avec Neville Considine, qui prit en charge les deux enfants. Michaela a disparu depuis seize ans, probablement victime d'un tueur en série. Personne ne l'a vraiment cherchée. Après le suicide de Nicky, Emma Moresco contacte Chris. C'est Michaela, qui vit sous cette fausse identité. Il va la tenir informée de son enquête, et plus si affinités. Par contre, une femme se faisant appeler Paula Lucas, Laura Banks ou Marilyn Buckley, rôde autour de la famille Napier. Elle semble animée de mauvaises intentions, à l'égard de Chris mais aussi de Trevor Rutherford. Depuis sa libération, on ne trouve plus signe de vie d'Edmund Tully, le complice. Chris essaie d'exploiter cette piste. Témoin au procès Lanyon, Sam Vigus va faire douter encore davantage Chris. Il ira jusqu'au bout de ses découvertes…

Robert Goddard : Le retour (Sonatine Éd., 2014) – Coup de cœur –

Sachant que ce n'est pas en une quarantaine de lignes qu'on résumera ce genre d'histoire, il est toujours délicieux de synthétiser un tel livre. On peut bien révéler deux ou trois éléments, car quantité d'autres surprises attendent les lecteurs – et le héros. Notons une première subtilité, à son sujet : en effet, Chris mène “une sorte d'enquête”. Qui n'a rien à voir avec des investigations policières. Il s'informe en tâtonnant, se remémore l'époque, rend visite à des gens qu'il a connus, subit divers déboires. Homme mûr, il conserve un flegme bienvenu. Ce n'est pas strictement la justice qui le guide, mais le besoin de savoir.

Si la formule “secrets de famille” est très souvent exagérée pour présenter une intrigue, il faut reconnaître qu'elle s'applique ici. Non seulement, le destin des Napier et celui des Lanyon est intimement lié depuis les grands-parents, mais leur sort à tous reste marqué d'une proximité depuis par ces faits initiaux. Y a-t-il une faute à l'origine ? Le grand-oncle Joshua a-t-il commis une erreur, autrefois ? Là encore, il existe davantage de finesse dans le récit. Car tous les protagonistes, y compris des personnages annexes, possèdent une véritable densité : chacun a joué (ou joue encore) un rôle à part entière dans l'affaire.

La méthode narrative rappelle quelque peu certains romans de Thomas H.Cook. Le passé côtoie le présent de façon très naturelle, sans qu'une transition soit indispensable. Parfaite description de la vie d'antan, il faut le souligner. D'ailleurs, Chris assume : “Vivre dans le passé. Cette phrase est toujours employée de façon péjorative, comme si le passé était nécessairement inférieur au futur, ou en tout cas moins important. On ne reproche jamais à personne de regarder vers l'avant, seulement de regarder en arrière. Mais la vérité, c'est que nous vivons bel et bien dans le passé, que ça nous plaise ou non. C'est là que notre vie prend forme. Quelque part devant nous, près ou loin, c'est la fin. Mais derrière, enveloppé dans les nuages de l'oubli, se trouve le commencement.” (traduction Élodie Leplat).

Dans le décor des Cornouailles, une fascinante saga familiale racontée avec maestria, un roman d'une magnifique intensité. Ce suspense de Robert Goddard, le quatrième publié en France, s'avère absolument remarquable.

- "Le retour" de Robert Goddard est disponible dès le 28 août 2014 -

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25 juillet 2014 5 25 /07 /juillet /2014 04:55

À Chicago, le docteur Jennifer White est âgée de soixante-quatre ans. Elle fut chirurgienne orthopédique. Son mari James, brillant avocat, est décédé un an plus tôt dans un accident de voiture. Leur fille Fiona a vingt-quatre ans. Âgé de vingt-neuf ans, leur fils Mark est un avocat toujours fauché, n'ayant pas hérité du talent paternel. Magdalena, aide-soignante, vit avec Jennifer. Car, si elle a été un des meilleures de sa spécialité médicale, le docteur White est aujourd'hui atteinte de démence sénile. Alzheimer, en langage courant. Malgré la surveillance, il lui arrive de sortir de chez elle dans de mauvaises conditions. Ou d'avoir des crises d'agressivité dues à la maladie. Elle est suivie par Carl Tsien, médecin qui fut un de ses collègues, et participe à des séances collectives autour de la mémoire. Géré par sa fille, le compte en banque de Jennifer montre qu'elle est très riche. Connaissant son frère Mark, Fiona veille à ce qu'il ne puisse accéder à cette fortune, qu'il dilapiderait.

Amanda O'Toole est une voisine et amie de longue date de Jennifer et James White. Elle est retraitée de l'enseignement depuis une douzaine d'années. Son mari Peter l'a quittée voilà quelques années, pour refaire sa vie en Californie. Jennifer White est restée proche de la septuagénaire Amanda, marraine de Fiona. Les disputes entre amies n'étaient pas rares, au point que Jennifer considérait parfois Amanda comme déloyale envers elle. Ça avait commencé plusieurs années plus tôt, en particulier lors d'une sortie champêtre des deux couples avec les enfants. Petite altercation pleine de sous-entendus, qui aurait pu nuire à l'harmonie entre Jennifer et James. Amanda vient d'être assassinée chez elle. On l'a amputée de quatre doigts d'une main. Une relation assez tumultueuse, une opération dont Jennifer fut coutumière, il n'en faut pas plus pour qu'elle soit suspectée. L'inspectrice Luton ne semble pas admettre que la maladie empêche Jennifer de se souvenir.

Sur le carnet de Jennifer, soit on lui écrit des faits récents, soit elle note des éléments de sa vie. Il y a des messages de sa fille, des rapports de Magdalena. Mais rien concernant le jour supposé de la mort d'Amanda. L'état de Jennifer se dégrade, son témoignage devient plus relatif que jamais. Qu'elle possède encore son bistouri et ses lames servant à opérer n'est pas une preuve décisive. État agité de Jennifer, oublis fréquents, hygiène réduite, prise incertaine des médicaments : Fiona songe à vendre la maison et à placer sa mère en gériatrie. Jennifer se croit encore parfois lucide sur son cas. Mais elle pense que son mari est toujours vivant, n'identifie pas facilement ses enfants ou Magdalena. Quand elle est orientée vers un établissement médicalisé, la policière Luton vient encore l'interroger, sans avertir ses enfants. Quelle est encore la vérité pour l'esprit affaibli de Jennifer ?…

Alice LaPlante : Absences (Éditions 10-18, 2014) – Coup de cœur –

Qui a tué l'amie et voisine Amanda, pourquoi et comment ? Ce n'est pas cet aspect de l'intrigue criminelle qui retient l'attention ici. Ce qui fascine, c'est que toute l'histoire est racontée par Jennifer White, atteinte de sénilité, avec la progression de la maladie que ça suppose. Ayant été une femme de caractère et une chirurgienne hors-pair, son esprit reste encore assez vif pour ne pas se réfugier dans le renoncement. Jusqu'à un certain point.

Il y a des moments d'ironie dans son récit, d'autres plus pathétiques – sans être mélos. Elle reçoit la policière dans sa chambre de clinique psy comme si elle était encore médecin en rendez-vous, et rien n'apparaît délirant dans cette scène. Son regard sur ses enfants n'est pas affectueux, car c'est un sentiment plus nuancé qui l'a toujours habitée. Une certaine froideur, peut-être due à son métier, qui s'exprima également au décès de sa propre mère : “Comme si des termites rongeaient mes émotions. Grignotant d'abord les bords, puis s'enfonçant plus profondément jusqu'à tout détruire. Me privant de la chance de lui faire mes adieux.” Ce qui contribue à aggraver son état actuel, sans doute.

Une situation médicale, où le rôle des deux enfants n'est pas neutre. Gérer au mieux (le moins mal possible) la protection d'un parent n'est pas facile. Ce n'est compréhensible que par ceux qui le vivent, alors que les regards des autres ou de la personne malade peuvent croire à une rapacité financière, par exemple. On sait combien les “aidants” sont mal aidés psychologiquement. Ça figure en filigrane dans ce roman. Si la part de suspense n'est pas oubliée, la mort d'Amanda devant s'expliquer, c'est la vision de l'affaire par la narratrice diminuée mentalement qui offre toute sa force à ce livre. Une fiction, certes, mais de vrais cas comparables existent.

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14 juillet 2014 1 14 /07 /juillet /2014 04:55

Veuf de Suzanne, le policier Mehrlicht élève seul son fils ado. Âgé de cinquante-deux ans, il dirige un service criminel au commissariat parisien du 12e. “Son visage anormalement vert lui donnait un air de batracien, que renforçaient ses deux gros yeux gonflés et noirs. Quelques fils s'échappaient de son crâne en guise de chevelure, et achevaient d'en faire une grenouille à cheveux.” Son équipe se compose de Sophie Latour, bretonne rousse qui préserve son obscure vie privée et de Mickael Dossantos. Sportif connaissant par cœur le Code Pénal, ce dernier fraya naguère avec l'extrême-droite. Ex-amis qui pourraient nuire à son métier, il le sait, d'où sa rectitude actuelle. Mehrlicht se voit attribuer un nouveau stagiaire “beau et con à la fois”, Guillaume Lagnac. Il est ordinaire que Mehrlich tourmente les nouveaux venus. Là, il devrait même se méfier de ce fils d'un haut-fonctionnaire, qui entend lui tracer une belle carrière dans son sillage.

Mehrlicht est un habitué de l'hôpital Saint-Antoine, où son ami Jacques est traité dans le service cancérologie. En ce 1er novembre, un autre patient vient d'y être empoisonné. Un vieux monsieur aurait “vu la Faucheuse, toute vêtue blanc, comme un ange. C'était l'Ange de la Mort, dans sa robe blanche.” La meurtrière serait donc une brune en noir, infiltrée parmi les visiteurs, puis déguisée en infirmière. On découvre que le poison est un cocktail d'aconit et d'amanite vireuse, produits peu courants. En voulant protéger le vieux témoin, Dossantos frôle la mort face à la tueuse qui rôde à l'hôpital. Mehrlicht connaissant bien ses classiques en matière d'empoisonneuses, il trouve celle-ci atypique. Ça se confirme quand une famille est assassinée par la même personne, près des Champs-Élysées. La baby-sitter employée depuis deux ans est sûrement la coupable. Elle s'appellerait Morgane Grandier. Sauf qu'il n'existe personne de ce nom.

Si le commissaire Matiblout et le service de Mehrlicht gardent cette double enquête, c'est grâce à l'intervention de papa Lagnac. Bonne aubaine pour la carrière de son fils. On voit paraître sur Internet des articles bien informés sur ces affaires, titrant “La France a peur”. S'agissant de cas d'empoisonnements, ça risque de créer la panique dans le public. Le portrait de la suspecte est diffusé dans les médias. Ce qui ne l'empêche pas de défier la police, se montrant devant une caméra de l'Arc-de-Triomphe. On recense d'autres crimes à lui attribuer, celui du couple Beaufert et de la famille Charpeau, dix victimes au total. Pendant ce temps, un ministre spécule sur des ouvrages de bibliophiles fort rares. Son vendeur à face de rat n'aime pas ces transactions. Il va falloir qu'à contre-cœur Mehrlicht, ses adjoints et son stagiaire, s'expatrient dans un bled perdu du Limousin pour retrouver éventuellement la trace de la Némésis, pour faire cesser sa vendetta karmique...

Nicolas Lebel : Le jour des morts (Marabout, 2014) – Coup de cœur –

Après “L'heure des fous” (2013), voici le deuxième roman de Nicolas Lebel. Son premier titre était une sympathique comédie policière, plutôt réussie. Ici, l'auteur s'avère encore plus convaincant. Peut-être d'abord, parce qu'il ne cherche pas à imiter ces suspenses aux chapitres courts, censés être plus rythmés. Il obtient un tempo tout aussi vif en alternant les scènes, offrant une construction homogène au récit. Ce procédé traditionnel a fait ses preuves, et tout indique que Nicolas Lebel souhaite s'inscrire dans la forme classique des meilleurs polars. C'est ainsi que nous suivons donc l'enquête, mais aussi une part plus privée de la vie de Mehrlicht, Latour, Dossantos, Matiblout et Lagnac-fils.

Si le mystère criminel plane, la tonalité est globalement souriante, parfois mordante dans l'humour. Le plus bel exemple est sans doute ce reportage-télé sur la pluie, un moment d'anthologie qui témoigne de l'inanité de certaines infos. Mehrlicht reste caractériel, pour le plus grand plaisir des lecteurs. Il sait se montrer humain, avec son ami cancéreux ou en face de l'aubergiste Mado. Notons encore qu'il s'asseoit sur la loi Evin, assumant de prendre cette liberté. Chevronné, Mehrlicht ne cache pas son aversion envers les jeunes cadors diplômés mais inexpérimentés et sourds à ses conseils. Voilà une solide intrigue à la narration fluide et enjouée, capable de nous captiver passionnément.

On chronique aussi ce roman chez l'Oncle Paul, chez Pierre, chez Emotions (Gruznamur), chez Jacques Teissier, chez Du bruit dans les oreilles, chez Foumette, chez Passion Thrillers.

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25 juin 2014 3 25 /06 /juin /2014 04:55
Maurizio de Giovanni : La méthode du crocodile (Ed.10-18, 2014) – Coup de cœur

L'inspecteur Giuseppe Lojacono est Sicilien d'origine. Voilà environ un an qu'il a été muté au commissariat San Gaetano, à Naples. Une sanction qu'il doit à la calomnie d'un mafieux l'ayant accusé de complicité. Son épouse et leur fille Marinella ont dû être mises à l'abri dans l'Île. À cause de sa femme, Lojacono n'a actuellement plus de contact téléphonique avec Marinella. Il végète au bureau des plaintes, avec le brigadier Giuffrè, écarté de toutes les enquêtes. Qu'on ironise en le surnommant Montalbano l'agace prodigieusement. Le soir, il dîne à la trattoria de Letizia. Elle n'est pas insensible au charme de ce quadragénaire aux yeux bridés, qui lui donnent l'air d'un Chinois.

Cette nuit-là, Lojacono est de service quand un jeune de seize ans est abattu dans la cour de son immeuble. Fils unique d'une infirmière de milieu modeste, Mirko Lorusso faisait un peu de trafic de drogue auprès d'ados de son âge, pour le compte du petit caïd Antonio. Ce jeune à scooter n'était pas sérieusement un délinquant. Sur place, Lojacono remarque la douille du projectile qui a tué Mirko, ainsi qu'un mouchoir en papier humide. C'est la substitut du procureur Laura Piras qui est chargée de l'affaire. Lojacono est vite écarté de l'enquête par son supérieur. Letizia connaît la mère de Mirko, et estime qu'il s'agit d'une famille honnête. Lojacono ne croit pas que la Camorra soit impliquée dans ce cas.

Âgée de quatorze ans, Giada de Matteis appartient à un milieu aisé. C'est en rentrant chez elle après son cours de violon, en début de nuit, qu'elle est abattue. La méthode étant similaire, il ne peut s'agir que du même assassin. Les médias se sont déjà emparés de cette affaire, donnant un surnom au tueur : le Crocodile. À cause des mouchoirs humides de larmes. Pour Lojacono, c'est surtout quelqu'un de très bien préparé, utilisant la même méthode de chasse que les crocodiles. Si le policier assiste aux obsèques de Giada, il est toujours exclu de l'enquête, tandis que Laura Piras met la pression sur Di Vincenzo, son supérieur. Le brigadier Giuffrè est convaincu que Locajono serait plus compétent.

Donato Rinaldi est un étudiant de vingt-trois ans, fils d'un médecin réputé qui a beaucoup d'influence sur lui. Pas question de rater ses examens pour une amourette. Néanmoins, ce soir-là il est sur le point de sortir, quand le Crocodile l'abat dans le garage de la maison. Le père ne le découvrira qu'au matin. Comme Lojacono, Laura Piras ne croit pas dans la piste mafieuse. La substitut finit par associer l'inspecteur sicilien à l'enquête officielle.

Lojacono a noté que les trois jeunes victimes étaient des enfants uniques élevés par un seul parent. Pendant ce temps, dans sa chambre d'hôtel, un vieux monsieur – quasiment anonyme dans cette ville grouillante de vie – continue à écrire une sorte de longue lettre racontant son périple meurtrier napolitain. Son ultime cible pourrait être la petite Stella...

Maurizio de Giovanni : La méthode du crocodile (Ed.10-18, 2014) – Coup de cœur

Maurizio de Giovanni s'est fait connaître en France avec sa série publiée chez Rivages/Noir, ayant pour héros le commissaire Ricciardi. Ici, il s'agit des enquêtes à Naples d'un second policier, Giuseppe Lojacono (gentiment appelé Peppuccio, par la restauratrice Letizia). Étant Sicilien, ses collègues se moquent en le nommant Montalbano, personnage créé par Andrea Camilleri. De la part de l'auteur, un hommage au Maître, à n'en pas douter. Il a été victime d'une dénonciation calomnieuse, mais ce qui le perturbe principalement, c'est de ne plus avoir de contact avec sa fille. Il en cauchemarde, d'autant que l'affaire criminelle en cours concerne également des jeunes des mêmes âges que Marinella.

Le fait qu'il soit en position de faiblesse, confiné dans un bureau, inutile au service, en proie à des états d'âme, rend évidemment sympathique ce policier. La magistrate Laura Piras, qui s'implique dans son métier suite à une déception sentimentale, est aussi plutôt attachante malgré sa dure carapace de pro. Par ailleurs, on suit la rédaction de la lettre du vieux monsieur, clé essentielle de ces crimes. Même si l'on ne connaît pas Naples, l'auteur nous situe les quartiers en fonction des classes sociales qui y résident. La Camorra ne peut pas être totalement absente d'une histoire se déroulant dans cette ville, bien sûr. Sans doute bien servie par la traduction, la fluidité narrative de Maurizio de Giovanni est un régal. En effet, les courtes scènes très vivantes s'enchaînent avec harmonie. Un polar authentique, de fort belle qualité.

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